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1. – Introduction

1 L’ocytocine fut découverte en 1906 par Sir Henry Dale. Il nomma cette sécrétion hypophysaire en référence à l’effet qu’il lui avait découvert : celui de contracter les muscles lisses de l’utérus lors de l’accouchement. Le terme ocytocine (OT) vient donc des mots grecs ôkus et tokos, signifiant littéralement « accouchement rapide ». Ce n’est toutefois qu’en 1954 que l’OT fut décrite par le biochimiste américain Vincent du Vigneaud comme une hormone polypeptidique composée d’une séquence de 9 acides aminés.

2 L’OT peut être définie comme une neurohormone car elle est synthétisée par des cellules nerveuses, à savoir les neurones magnocellulaires situés dans les noyaux supraoptique et paraventriculaire de l’hypothalamus. Les terminaisons de ces neurones se joignent aux parois des capillaires sanguins de la neurohypophyse, permettant ainsi à l’OT d’être libérée dans la circulation sanguine et d’agir en tant qu’hormone.

3 En tant que neurohormone, elle dispose également d’une fonction de neurotransmetteur. Elle est en effet transmise dans d’autres structures du système nerveux central via le liquide céphalo-rachidien (voir Vening, de Jong & Barendregt, 2010) ainsi que par les projections axoniques des neurones du noyau paraventriculaire de l’hypothalamus (Ganong, 2004). Ces derniers envoient leurs projections vers les centres végétatifs de la formation réticulée, vers les aires cérébrales extrahypothalamiques (comme l’amygdale, l’hippocampe, le septum, le noyau acumbens, l’aire ventrale tegmale et le cortex frontal) (Argiolas & Gessa, 1990), ainsi que vers des neurones de la moelle épinière et du tronc cérébral (Purves, Augustine, Fitzpatrick, Hall, LaMantia, McNamara, & Williams, 2005).

4 La libération d’OT dans le système nerveux central et l’activation neuronale, ainsi que sa libération dans la circulation sanguine, peut être provoquée par des stimuli sexuels ou liés à la reproduction tels que le coït, la stimulation génitale et de la poitrine, des stimuli olfactifs, l’allaitement ou encore la parturition. Cette libération se produit également lors de stimulations non sexuelles tels le toilettage, les contacts avec la progéniture et les contacts tactiles (par exemple, les massages) (Campbell, 2008).

5 Une fois libérée, l’OT se fixe sur des récepteurs qui lui sont propres. À l’heure actuelle, un seul type de récepteur spécifique à l’OT a pu être découvert. Il s’agit des récepteurs ocytocinergiques (OTR). Ces OTR sont distribués dans des aires cérébrales variées (par exemple, l’amygdale, l’hippocampe, le septum, le noyau accumbens, l’aire ventrale tegmale …) (Landgraff & Neumann, 2004). Toutefois, la distribution et la régulation des OTR dans le cerveau varient fortement selon les espèces (Insel, Young, & Wang, 1997). Ceci explique pourquoi, malgré de nombreuses similitudes observées, il est hasardeux d’inférer que l’effet observé dans une espèce (c’est-à-dire le rat) se retrouvera dans une autre (c’est-à-dire l’humain). Chez l’être humain, au niveau périphérique, ces OTR se retrouvent principalement dans les voies digestives (Monstein, Grahn, Truedsson, & Ohlsson, 2004), les reins, le cœur, le thymus et le pancréas (Kiss & Mikkelsen, 2005). Il existe cependant une différence entre les sexes. En effet, chez la femme, les OTR sont distribués principalement sur les parois musculaires lisses de l’utérus ainsi qu’au niveau des mamelons (Kimura, Tanizawa, Mori, Brownstein, & Okayama, 1992). Chez l’homme, nous retrouvons des OTR dans le corps caverneux et dans l’épididyme du pénis (Vignozzi et al., 2004).

6 Depuis maintenant plus de deux décennies, de nombreux psychologues et psychiatres se sont intéressés à l’OT, faisant de celle-ci l’hormone dont les effets psychologiques sont les mieux connus. Ces recherches ont permis de mettre en avant l’implication de l’OT dans les processus d’attachement (c’est-à-dire Ditzen et al., 2009 ; De Dreu et al., 2010 ; Feldman, Weller, Zagoory-Sharon, & Levine, 2007 ; Gordon, Zagoory-Sharon, Leckman, & Feldman, 2010 ; Van Ijzendoorn & Bakermans-Kranenburg, 2011), la reconnaissance de visages (c’est-à-dire Savaskan, Ehrhard, Schultz, Walter, & Schachinger, 2008 ; Rimmele, Hediger, Heinrichs, & Klaver, 2009), la discrimination et la reconnaissance des émotions (c’est-à-dire Shamay-Tsoory et al., 2009 ; Van Ijzendoorn & Bakermans-Kranenburg, 2011), l’inférence de l’état mental d’autrui (c’est-à-dire Domes, Heinrichs, Michel, Berger, & Herpertz, 2007), le traitement des indices sociaux positifs (c’est-à-dire Guastella, Mitchell, & Dadds, 2008), la confiance (c’est-à-dire Kosfeld, Heinrichs, Zak, Fischbacher, & Fehr, 2005 ; Baumgartner, Heinrichs, Volanthen, Fischbacher, & Fehr, 2008, Mikolajczak, Pinon, Lane, de Timary, & Luminet, 2010 ; Mikolajczak, Gross et al., 2010) la générosité (c’est-à-dire Zak, Stanton, & Ahmadi, 2007), la régulation des relations intergroupes (c’est-à-dire De Dreu et al., 2010 ; De Dreu, Greer, Van Kleef, Shalvi, & Handgraaf, 2011) pour ne citer que les recherches les plus représentatives.

7 Ces études, qui mettent en évidence l’implication de l’OT dans la modulation des processus sociaux, ont rapidement valu à l’OT des appellations telles que « l’hormone de l’amour », « l’hormone de l’attachement », ou encore « la grande facilitatrice de vie » (Oxytocin, the great facilitator of life, Lee, Macbeth, Pagani et Young, 2009). Elles ont également abouti à la commercialisation de l’OT. Bien que l’utilisation de l’OT de synthèse (c’est-à-dire Syntocinon□, Novartis, Bâle, Suisse), dans le cadre d’une clinique obstétrique, soit ancienne et courante, certains laboratoires parapharmaceutiques (c’est-à-dire www.verolabs.com) ont développé des produits à base d’OT (par ex., un parfum à l’OT) destinés aux personnes toutes venantes, afin qu’ils puissent bénéficier de ses vertus sociales. Mais ces appellations sont-elles empiriquement correctes et cette commercialisation scientifiquement fondée ? L’OT est-elle vraiment l’hormone de l’amour décrite dans la presse populaire ?

8 La revue de la littérature que nous avons menée vise à répondre à ces questions. Nous y découvrirons que l’ocytocine participe effectivement à la régulation des interactions sociales mais qu’il ne s’agit pas uniquement d’une hormone « pro-sociale ». Nous verrons qu’elle comporte également une facette plus obscure et tenterons d’expliquer dans quelles conditions celle-ci apparaît.

9 Dans les lignes qui suivent, nous effectuerons, dans un premier temps, une revue exhaustive des différentes études menées sur l’OT. Nous fournirons dans un second temps un cadre d’interprétation à ces résultats, qui permettra de nuancer la vision que l’on se fait de l’ocytocine à ce jour. Finalement, nous pointerons les failles présentes dans cette littérature et développerons les pistes de recherches qui nous apparaissent les plus prometteuses.

2. – L’ocytocine, ciment de la relation sociale ?

10 Selon Aristote, dans l’Éthique à Nicomaque, l’Homme est un « animal social ». Il fait partie des espèces grégaires, caractérisées par le regroupement des individus en sociétés plus ou moins structurées, où chaque membre dépend partiellement des autres pour assurer sa survie et assouvir ses besoins. Les recherches tendent à montrer que l’OT jouerait un rôle prépondérant dans son inscription dans le monde social, tant en facilitant l’initiation des relations qu’en consolidant celles-ci (Kendrick, 2000). Les espèces grégaires ont d’ailleurs plus de récepteurs à l’ocytocine que les espèces solitaires (Insel & Shapiro, 1992). C’est ce que nous allons approfondir ci-dessous.

2.1. – Ocytocine et engagement relationnel

11 Les études menées chez l’animal (c’est-à-dire, Insel & Shapiro, 1992 ; Carter, Grippo, Pournajafi-Nazarloo, Ruscio, & Porges 2008) et chez l’humain (c’est-à-dire Taylor et al., 2006) montrent que l’ocytocine augmente la recherche de contact social, facilitant par là même l’initiation de la relation. Chez l’humain, cet effet passe par un double processus : l’OT augmente la confiance en soi, tout en augmentant parallèlement l’attractivité et la confiance inspirée par autrui

2.1.1. – L’ocytocine augmente la confiance en soi

12 L’être humain doit disposer d’une certaine confiance en lui afin d’interagir dans le monde social. En effet, il n’est pas rare de rencontrer un individu extrêmement timide qui adoptera des comportements d’évitement social. Quelques études se sont intéressées à l’influence de l’OT sur la confiance en soi et ont permis de mettre en évidence son influence dans ce processus. Cardoso et ses collaborateurs (2011) ont montré qu’une administration intranasale d’OT augmentait la manière dont les participants percevaient et rapportaient certaines facettes positives de personnalité réputées durables et stables : augmentation de l’auto-évaluation de l’extraversion, de l’ouverture aux nouvelles expériences, des émotions positives, de la cordialité ou encore de l’ouverture d’esprit. L’évaluation des facettes négatives de leur personnalité ne se différenciait pas de celles du groupe contrôle. Ces auteurs suggèrent donc que l’OT favorise l’auto-perception de valeurs personnelles positives et, donc, favorise la confiance en soi. De même, Guastella, Howard, Dadds, Mitchell et Carson (2009) ont montré que, chez les personnes souffrant d’anxiété sociale généralisée, une administration intranasale d’OT permettait une meilleure évaluation de leur performance durant un évènement socialement stressant (c’est-à-dire une présentation orale en public). Cette meilleure évaluation se manifestait tant sur le fond (c’est-à-dire qualité du discours proposé) que sur la forme (c’est-à-dire attitude corporelle, intonation de la voix, débit de la parole …). Ces résultats, émanant d’une auto-évaluation des sujets, suggèrent que chez ces personnes, l’OT a permis d’accroître la confiance en soi.

2.1.2. – L’ocytocine augmente l’attractivité et la confiance inspirée par autrui …

13 La confiance en l’autre est un pré requis pour l’affiliation sociale et pour l’approche sociale chez l’humain. De nombreuses études se sont intéressées au lien unissant l’OT à la confiance et ont permis de mettre en évidence le rôle crucial que joue cette hormone dans ce processus. Theodoridou et ses collaborateurs (2009) ont montré que l’OT module positivement la perception sociale d’un individu inconnu, de sorte que celui-ci nous paraît plus attractif et, a priori, plus digne de confiance. Loin de se limiter à une simple perception, cet effet s’étend aux témoignages concrets de confiance. Une administration d’OT exogène accroît les comportements de confiance (Kosfeld et al., 2005 ; Baumgartner et al., 2008 ; Mikolajczak, Gross et al., 2010). Bien que la majorité des études au sujet de la confiance ait utilisé des tâches impliquant des partages monétaires (trust game par exemple), l’OT n’influence pas uniquement la confiance de l’individu lorsque de l’argent est en jeu, mais également lorsque des informations personnelles et confidentielles sont en jeu (Mikolajczak, Pinon et al., 2010).

14 De manière particulièrement intéressante, Baumgartner et collègues (2008) ont montré que l’OT augmentait la capacité de l’individu à refaire confiance à autrui (ex. à un individu X) après une trahison (par un individu Y). Il serait intéressant que des études futures tentent de déterminer si cet effet est explicable par des processus mnésiques (l’OT favorise l’oubli de la trahison) ou motivationnels (l’OT augmente la motivation à se réengager). [1]

2.1.3. – … mais pas sans discernement !

15 Bien que l’OT facilite les comportements d’approche (Taylor, 2006), cette facilitation ne se fait pas indifféremment des bénéfices ou des préjudices qui pourraient être retirés ou subis dans l’interaction. En effet, l’OT facilite la détection d’un état pathogène (c’est-à-dire infectieux) chez un congénère et module le comportement en conséquence : l’individu adoptera un comportement de retrait vis-à-vis d’un partenaire potentiellement contagieux mais adoptera un comportement d’approche si l’interlocuteur lui paraît sain (Kavaliers & Choleris, 2011). De la même manière, l’OT ne rend pas l’individu naïvement sociable ou confiant. Une étude de Mikolajczak, Gross et al. (2010) montre que l’individu ne donne sa confiance (c’est-à-dire, ne confie son argent) que si son interlocuteur lui paraît fiable. Si tel n’est pas le cas, l’OT n’a aucun effet sur la confiance.

2.1.4. – L’ocytocine permet la reconnaissance sociale

16 Une fois la relation initiée, il importe de garder une trace en mémoire de celle-ci pour faciliter les relations futures. La reconnaissance sociale est la capacité à reconnaître un congénère en tant qu’individu familier. Elle se fonde sur la mémoire sociale qui permet à l’individu d’adopter des comportements appropriés lorsqu’il entre en relation avec un congénère connu. Cette habileté sociale essentielle à la formation des liens sociaux et à la survie de l’espèce semble partiellement être déterminée par l’OT.

17 Chez les animaux, de nombreuses études (voir par exemple : Winslow & Insel, 2004 ; Neumann, 2008 ; Lee et al., 2009 ; Heinrichs, Von Dawan, & Domes, 2009) ont permis de montrer l’importance de l’OT dans la reconnaissance sociale. Chez les rongeurs, la reconnaissance sociale passe avant tout par les voies olfactives. Dluzen et ses collaborateurs (Dluzen, Muraoka, Engelmann, & Landgraf, 1998 ; Dluzen, Muraoka, & Landgraf, 1998) ont montré qu’injecter de l’OT dans le bulbe olfactif d’un rat avant une première rencontre avec un congénère améliore la capacité à reconnaître celui-ci comme familier ultérieurement. De même, d’autres études montrent que chez les souris qui présentent une déficience du gène de l’OT (OT-KO mouse), la présentation répétée d’un congénère ne diminue pas le temps d’exploration olfactive. Ceci est donc le signe qu’en l’absence d’OT, les rongeurs ne parviennent pas à encoder un individu comme étant un congénère familier (Fergusson, Aldag, Insel, & Young, 2001 ; Lim, Bielsky, & Young, 2005 ; Takayanagi et al., 2005). Toutefois, lorsque l’on injecte de l’OT dans l’amygdale de ces souris déficitaires, leur capacité à discriminer les individus est restaurée (Fergusson et al., 2001). Il est également remarquable de voir que lorsque l’on administre un antagoniste de l’OT à des campagnols des prés, ceux-ci présentent une atténuation des contacts sociaux qui peut aller jusqu’à l’isolement social (Carter et al., 2008). Ces études suggèrent donc que l’OT joue un rôle déterminant dans la socialisation.

18 Chez l’être humain, la reconnaissance sociale se base essentiellement sur des signaux visuels et auditifs. De récentes études (Kéri & Benedek, 2009 ; Perry et al., 2010) montrent que l’OT permet à l’individu de mieux discriminer les mouvements typiquement humains (c’est-à-dire une silhouette humaine en mouvement). En effet, les participants qui ont reçu de l’OT (par rapport à un groupe contrôle) parviennent à repérer avec plus de précision les stimuli pictographiques représentant un mouvement biologique parmi une série de stimuli neutres (cercles, formes abstraites …). Ces études suggèrent donc que l’OT orienterait spécifiquement la perception de l’individu vers des stimuli socialement pertinents et faciliterait la reconnaissance des membres de notre espèce.

19 De même, l’OT semble améliorer la reconnaissance et la mémorisation des visages. Une administration d’OT, tant chez la femme que chez l’homme, permet une reconnaissance accrue de visages précédemment présentés, et ce, jusqu’à 24 heures après l’encodage (Savaskan et al., 2008 ; Guastella, Mitchell & Matthews, 2008). Cet effet n’est pas lié à une amélioration générale des capacités mnésiques. Au contraire, l’amélioration de la mémoire semble spécifique aux stimuli sociaux (Unkelbach, Guastella & Forgas, 2008 ; Rimmele et al., 2009).

2.1.5. – L’ocytocine améliore l’identification des émotions

20 Outre le fait qu’elle améliore la reconnaissance des visages, l’OT semble également faciliter la reconnaissance des émotions d’autrui. Ceci n’est pas étonnant dans la mesure où interagir de manière adéquate avec un individu requiert de pouvoir reconnaître avec précision l’émotion qui l’anime. Les études suggèrent que l’OT facilite la reconnaissance des émotions de diverses manières. Tout d’abord, l’OT augmente la détection des stimuli émotionnels. Les individus sous OT identifient mieux la présence de visages émotionnels présentés brièvement (moins de 60 ms) dans une série de visages neutres que les individus sous placebo (Schulze et al., 2011). Ensuite, l’OT augmente la fixation sur la région oculaire de l’interlocuteur, ce qui est particulièrement adaptatif car la région des yeux est une zone clé dans la reconnaissance émotionnelle (Guastella et al, 2008). Dans la lignée de ce qui précède, Domes et ses collaborateurs (Domes, Heinrichs, Michel et al., 2007) ont montré que les individus sous OT lisaient mieux les émotions dans le regard de leur interlocuteur que les individus sous placebo [2]. Cet effet est encore plus marqué chez les individus qui ont d’ordinaire des difficultés à identifier les émotions d’autrui : chez les personnes présentant un haut degré d’alexithymie, l’OT permet une meilleure reconnaissance émotionnelle. Alors que chez des sujets présentant un faible score d’alexithymie, il n’y a pas d’effet de l’OT sur la performance. L’alexithymie serait donc une variable modératrice de l’effet de l’OT sur la reconnaissance des émotions d’autrui. En outre, en favorisant la reconnaissance émotionnelle, l’OT pourrait influencer positivement les comportements interpersonnels des alexthymiques et disposerait d’un effet thérapeutique potentiel (Luminet, Grynberg, Ruzette, & Mikolajczak, 2011). De même, les performances au Read the Mind in the Eyes Test (qui évalue la capacité à inférer l’état mental d’autrui sur base de son regard) sont améliorées chez des patients souffrant de troubles autistiques qui ont reçu de l’OT de synthèse (Guastella et al., 2010). Ce résultat est cliniquement important car l’autisme se caractérise par des déficits majeurs de reconnaissance émotionnelle, (Guastella et al., 2010). Quelques études suggèrent que l’OT agirait également sur la reconnaissance des émotions vocales. Hollander et ses collègues (2007) ont montré que l’administration d’OT à des sujets souffrant de troubles autistiques permettait d’améliorer leur capacité à identifier les émotions dans la prosodie [3].

21 Bien que l’ensemble de la littérature s’accorde sur l’idée que l’OT améliore la reconnaissance émotionnelle, il existe cependant quelques discordances quant au type d’émotions dont la reconnaissance serait facilitée par l’OT. Selon certains auteurs, l’OT faciliterait uniquement la reconnaissance des émotions à valence positive telle la joie (Di Simplico, Massey-Chasse, Cowen, & Harmer, 2009 ; Marsh, Yu, Pine, & Blair, 2010 ; Van Ijzendoorn & Bakermans-Kranenburg, 2011). Pour d’autres, cet effet ne serait valable que pour les émotions à valence négative telle la peur (Fischer-Shofty, Shamay-Tsoory, Harari, & Levkovitz, 2010 ; Guastella, Carson, Dadds, Mitchell, & Cox, 2009). Finalement, certains suggèrent que l’OT disposerait d’une action générale sur la reconnaissance et la discrimination des émotions, peu importe la valence, en augmentant la saillance des indices sociaux permettant de les discriminer (Shamay-Tsoory et al., 2009). Les données actuelles ne permettent pas d’expliquer ces discordances. Mais au regard de ce que nous avons vu plus haut (c’est-à-dire l’OT améliore particulièrement les capacités de ceux qui en ont le moins au départ), il est probable que des différences contextuelles et personnelles expliquent ces divergences.

22 Les sections qui précèdent montrent à quel point l’OT est un élément prépondérant dans l’initiation de la relation sociale. En effet, l’OT semble être impliquée dans un nombre considérable de processus permettant la mise en place de la relation : l’OT augmente la confiance en soi, augmente l’attractivité et la confiance inspirée par autrui tout en permettant à l’individu de conserver sa capacité de discernement, favorise la reconnaissance sociale et améliore l’identification des émotions.

2.2. – Ocytocine et maintien de la relation

23 Une fois la relation initiée, l’être humain aura à cœur de la maintenir afin de s’assurer une stabilité sociale. Or, l’OT joue également un rôle dans le maintien de la relation. Tout d’abord, l’ensemble des effets de l’OT dans la formation du lien social vont être remobilisés pour le maintien de ce lien. En effet, pouvoir reconnaître l’autre, inférer l’état mental de l’autre, reconnaître et discriminer au mieux ses émotions afin d’adopter un comportement adéquat sont des éléments essentiels à la préservation du lien. De même, s’il est nécessaire d’avoir confiance en l’autre pour initier le lien social, il l’est tout autant pour conserver ce lien.

24 Ensuite, l’OT va faciliter le maintien de la relation par un processus circulaire : l’OT favorise des comportements pro-sociaux qui augmentent en retour le taux d’OT. Zak, Kurzban et Matzner (2005) ont ainsi montré que lorsqu’un individu A reçoit un signe de confiance volontaire [4] d’un individu B (par exemple : B confie son argent à A, ce qui est un signe qu’il a confiance en lui), son taux basal d’OT augmente ainsi que son sentiment de loyauté envers l’individu B. Ceci l’encouragera à se montrer digne de la confiance reçue et à la réciproquer. Un système de réciprocité se mettra en place qui consolide ainsi la relation entre les deux individus.

25 D’autres études ont montré que l’OT permettait un renforcement de la relation par le biais des comportements tendres et du support social. En effet, le taux d’OT est positivement corrélé avec le nombre de contacts physiques (du type « câlin ») reçus (Light, Grewen, & Amico, 2004) ainsi qu’avec la qualité du support social en général (Grewen, Girdler, Amico, & Light, 2005). Lorsqu’une personne se retrouve face à une situation socialement stressante, telle une présentation en public, l’administration exogène d’OT ou, de manière plus écologique, l’augmentation du taux d’OT résultant du support social ou du comportement tendre dispensé par le partenaire ou par un proche inhibera l’axe hypothalamo-hypophysosurrénalien, bien connu pour son implication dans le stress. L’individu ressentira donc moins d’anxiété et aura une meilleure auto-évaluation de sa performance (Heinrichs, Baumgartner, Kirschbaum, & Ehlert, 2003). Le comportement du partenaire ayant stimulé la production et la libération de l’OT sera vécu comme positif par l’individu-cible car il sera assimilé à l’effet anxiolytique ressenti. Ceci augmente la probabilité que le précédent comportement du partenaire soit de nouveau sollicité par l’individu-cible, favorisant ainsi la consolidation de la relation.

26 Enfin, au regard du maintien de la relation de couple, il est extrêmement intéressant de voir que l’OT favorise les interactions positives entre partenaires, et en particulier lors de conflits (Ditzen et al., 2009). En effet, lorsque l’on induit expérimentalement un conflit de couple (en leur demander de discuter de leurs divergences en matière d’éducation, de finances, ou de sorties par exemple), les couples ayant reçu de l’OT exogène présentent un ratio de comportements positifs/négatifs plus favorable durant la discussion que les couples ayant reçu un placebo. En effet, nous pouvons observer une augmentation des comportements positifs et une diminution des comportements négatifs chez les sujets sous OT. Cet effet est particulièrement remarquable car on sait par ailleurs que le ratio comportements positifs/comportements négatifs est un prédicteur de la qualité et de la longévité des relations (Gottman, 1994). Dès lors, les comportements tendres entre partenaires, producteurs d’OT endogène, favorisent les comportements positifs au sein du couple et, par la même occasion, maintiennent la relation entre les partenaires (Holt-Lunstad, Birmingham, & Light, 2008)

2.3. – Ocytocine et cohésion du groupe d’appartenance

27 Dans les sections qui précèdent, nous avons adopté une perspective individuelle. Lorsque l’on étend la perspective à un système relationnel plus étendu, tel un groupe social, on constate que l’OT permet d’assurer la cohésion du groupe tout en le protégeant.

28 Zak et al. (2007) ont ainsi montré que l’OT augmentait la générosité envers un inconnu. Les individus sous OT partagent en effet plus équitablement une somme reçue avec un inconnu que les individus du groupe placebo. Une autre étude (Barraza & Zak, 2009) a montré que lorsque l’individu est témoin d’une scène à forte valence émotionnelle (positive ou négative), son taux plasmatique d’OT augmente et cette augmentation accroît la générosité envers un individu inconnu.

29 Si l’OT accroît les comportements de coopération, elle n’agit toutefois pas indistinctement. Lorsqu’on rend saillante l’appartenance de l’interlocuteur à l’endogroupe ou à l’exogroupe, l’OT semble favoriser les membres de l’endogroupe. De Dreu et al. (2010) ont en effet montré que l’OT promouvait particulièrement la confiance et la coopération au sein de l’endogroupe. Elle n’engendre toutefois pas de comportements agressifs vis-à-vis de l’exogroupe, sauf lorsque l’individu se sent menacé. L’OT peut ainsi favoriser l’agressivité défensive mais pas l’agressivité offensive. La méta-analyse d’Ijzendoorn et Bakermans-Kranenburg (2011) confirme cette idée : l’administration exogène d’OT crée un biais pro-endogroupe, mais n’engendre pas, de facto, de biais anti exogroupe. Ceci sera dépendant de la situation (c’est-à-dire menace de l’exogroupe perçue par l’individu).

3. – Ocytocine, comportement tendre et sexualité

30 Outre son rôle dans l’initiation et le maintien des relations, l’OT semble également jouer un rôle clé dans les comportements sexuels, en influençant les aspects physiologiques motivationnels et expérientiels des comportements sexuels (IsHak, Kahloon, & Fakhry, 2011).

31 Lorsque l’on s’intéresse à la distribution des OTR, il est remarquable de constater que ceux-ci sont fortement présents dans diverses zones corporelles érogènes : au niveau du mamelon et des parois musculaires utérines chez la femme (Kimura et al., 1992), ainsi qu’au niveau du corps caverneux et de l’épididyme du pénis chez l’homme (Vignozzi et al., 2004). Une stimulation de ces zones lors des rapports intimes induira une libération d’OT dans le système nerveux central ainsi qu’une activation neuronale subséquente (Campbell, 2008). Les contacts tactiles qui accompagnent l’activité sexuelle, tels les massages ou les contacts physiques tendres induisent une activité ocytocinergique similaire.

32 Plusieurs études réalisées chez les animaux ont permis de mettre en évidence le rôle de l’OT dans les comportements sexuels. Lorsque l’on infuse intracérébralement de l’OT dans la partie caudale de l’aire ventrale tegmale chez le rat mâle, il en résulte une érection spontanée du pénis, et ce, même chez des rats castrés ou déficients en testostérone (Melis et al., 2007). De plus, il se produit une augmentation de la stimulation des récepteurs dopaminergiques des voies méso-limbiques impliquées dans les processus de récompense et de motivation (Melis et al., 2007). Cette étude suggère donc que l’OT libérée durant l’activité sexuelle augmenterait la motivation à l’activité sexuelle et le sentiment de récompense suscité par cette dernière. Il est également intéressant de voir que l’OT libérée durant le coït induit une réduction des comportements anxieux durant une période post-coïtale pouvant s’étendre jusqu’à 40 minutes (Waldherr & Neumann, 2007). Chez les rates (Benelli et al., 1995) et chez les hamsters de Syrie femelles (Whitman & Albers, 1995), l’OT augmente significativement le nombre de lordoses [5] et la durée de celles-ci durant l’œstrus (les chaleurs), lorsque le taux de progestérone est à son maximum. De même, lorsque l’on administre à ces animaux un antagoniste de l’OT durant cette période, tant le nombre que la durée des lordoses sont inférieures à ceux des animaux contrôles. En outre, Cushing et Carter (1999) ont montré que l’administration sous-cutanée d’OT chez les femelles campagnols de plaine augmentait la réceptivité sexuelle de celles-ci. Ces chercheurs ont administré de l’OT à des campagnols vierges durant cinq jours avant de les mettre en présence d’un mâle durant 48 heures. Les résultats ont montré que ces femelles étaient significativement plus enclines à s’accoupler (c’est-à-dire fréquence accrue de lordoses), que celles ayant reçu une simple injection de solution saline.

33 Chez l’être humain, les études sont plus laconiques et forment un ensemble moins cohérent. Carmichael et ses collègues (1987) ont observé une élévation significative du taux d’OT plasmatique durant l’activité sexuelle, l’orgasme et durant une période post-coïtale de 30 minutes. L’OT aurait notamment pour fonction de faciliter la contraction des muscles lisses de l’utérus durant le coït (Rampin, 2004) et de stimuler la contraction des muscles lisses du canal déférent au moment de l’orgasme chez l’homme, aidant ainsi la libération du sperme (Filippi et al., 2003). Cependant, l’inhibition de la libération de l’OT par des antagonistes n’empêche en rien l’éjaculation (Filippi et al., 2003). Néanmoins, une récente étude de cas unique a permis de montrer que l’administration intranasale d’OT durant le coït permettait au sujet de retrouver une éjaculation normale alors qu’il souffrait d’anorgasmie et qu’aucun autre traitement ne faisait effet (IsHak, Berman, & Peters, 2008). Il est également notable que des volontaires masculins chez qui on avait inhibé la libération de l’OT ont rapporté une diminution du niveau subjectif de plaisir et d’excitation lors de l’orgasme (Murphy, Checkley, Seckl, & Lightman, 1990). Pourtant, une étude de Burri, Heinrichs, Schedlowski et Kruger (2008) montre que l’administration intranasale d’OT chez l’homme augmente le taux d’épinéphrine, connue pour son action excitatrice, durant la masturbation, mais pas l’excitation sexuelle subjective. Chez la femme, le taux d’OT augmente lors de l’excitation sexuelle et atteint un pic maximal lors de l’orgasme (Blaicher et al., 1999). Anderson-Hunt et Dennerstein (1994) ont par ailleurs montré dans une étude de cas unique que la patiente, recevant un traitement à l’OT pour faciliter l’allaitement, rapportait un sentiment d’excitation sexuelle et une lubrification du vagin accrus. Cet effet a été confirmé par Salonia et al. (2005) qui montrent que le taux d’OT plasmatique est positivement corrélé avec le niveau d’excitation sexuelle ainsi qu’avec l’intensité de la lubrification vaginale.

34 Comme le montre la section précédente, la manière dont l’OT influence les comportements sexuels chez l’humain n’est pas encore parfaitement claire à ce jour. Une chose est cependant certaine : les comportements sexuels engendrent une libération d’OT (par ex. Carmichael et al., 1997). Cette libération ocytocinergique, de par ses multiples actions pro-sociales, contribue certainement à renforcer le lien entre les partenaires.

4. – Ocytocine, partum et post-partum

35 En favorisant l’initiation et le maintien du lien et en jouant un rôle prépondérant dans les comportements sexuels, l’OT participe à la procréation. Les périodes qui en découlent sont également fortement influencées par l’OT, tant d’un point de vue physiologique durant le travail et l’allaitement, que d’un point de vue psychologique en termes de représentations mentales maternelles précoces.

4.1. – Ocytocine et grossesse

36 Les variations du taux d’OT durant la grossesse ne sont pas encore parfaitement claires à ce jour. Pour certains, le taux d’OT plasmatique est stable tout au long de la grossesse, augmente durant le travail pour atteindre un pic jamais égalé dans les minutes qui suivent l’accouchement, puis redescend et se stabilise dans le post-partum (van der Post et al., 1997 ; Feldman et al., 2007). Pour d’autres (Levine et al., 2007) la stabilité ocytocinergique durant la grossesse et le post-partum n’est qu’apparente et masque de profondes différences individuelles. En mesurant le niveau d’ocytocine plasmatique à trois périodes (durant le premier trimestre de grossesse, au début du troisième trimestre de grossesse et durant la période post-partum), ces chercheurs ont mis en avant qu’il existait des variations individuelles (élévation vs diminution) du taux d’OT plasmatique. Ces différences pourraient expliquer les différences de représentation maternelles, que nous évoquons au point 3.

4.2. – Ocytocine et accouchement

37 Comme indiqué dans l’introduction, l’étymologie du terme ocytocine (OT) provient des mots grecs ôkus et tokos, signifiant littéralement « accouchement rapide ». En effet, les premiers effets reconnus de l’OT ont été la contraction des muscles lisses de l’utérus chez les mammifères (Dale, 1906 ; Dale, 1909).

38 La stimulation du cervix (col de l’utérus) propre à la phase de travail a pour conséquence d’accroître la production d’OT dans l’hypophyse postérieure et de sa libération subséquente (Gimpl & Fahrenholz, 2001 ; Russell, Leng, & Douglas, 2003). Parallèlement, durant la phase de travail, la sensibilité des récepteurs ocytocinérgiques (OTR) situés dans les muscles lisses de l’utérus (Kimura et al., 1992) s’accroît et leur densité augmente, pouvant atteindre un nombre 200 fois plus élevé par rapport à celui d’un utérus non gravide (Fuchs & Fuchs, 1984). Ces deux actions combinées permettent les contractions utérines qui favorisent la sortie du nouveau-né, la délivrance du placenta, et le repositionnement de l’utérus après l’accouchement. Ces effets facilitateurs permettent de prévenir et de réguler les hémorragies associées aux parturitions difficiles (Mitchell, Fang, & Wong, 1998).

4.3. – Ocytocine et allaitement

39 Parallèlement à son action utérine, l’OT est également connue pour son effet sur l’allaitement. Bien que n’agissant pas sur la production de lait (qui dépend d’autres hormones : les oestrogènes et la prolactine), l’OT permet l’éjection de celui-ci (Ott & Scott, 1911 ; Sala, Luther, Arballo, & Cordero Funes, 1974 ; McNeilly, Robinson, Houston, & Howie, 1983 ; Kent, Kennaugh, & Hartmann, 2003, Uvnäs-Moberg & Petersson, 2005). La production d’OT étant dépendante, entre autre, de stimuli sensoriels (Campbell, 2008), l’hypophyse postérieure libère cette dernière dans la circulation sanguine lorsque le nourrisson enclenche le processus de tétée en stimulant tactilement le mamelon. L’OT ainsi libérée se fixe sur les OTR, situés dans les glandes mammaires. Cette fixation engendre une contraction des cellules myoépithéliales entourant les acini remplis de lait, provoquant ainsi la propulsion du lait vers les canaux galactophores correspondants. L’OT poursuit son action en permettant, une nouvelle fois, la contraction des fibres musculaires entourant ces canaux, afin d’acheminer le lait jusqu’au mamelon où il sera éjecté (Prime et al., 2009). Il est à noter que le taux d’OT plasmatique augmenterait uniquement durant la phase de nourrissage. Cette variation serait donc transitoire et disparaîtrait entre deux allaitements (Feldman et al., 2007).

4.4. – Ocytocine et représentations maternelles

40 Au vu de ces considérations, il serait aisé de penser que l’impact de l’OT durant la grossesse résiderait uniquement dans ses propriétés physiologiques et mécaniques. Cependant, de récentes études ont permis de démontrer que, dès cette période, l’OT agirait sur la relation future entre la mère et le nouveau-né. Bien que rares, ces études ont mis en avant que le lien unissant l’OT durant la grossesse et la qualité du lien d’attachement subséquent opérait par la représentation mentale, chez la mère, de la future relation. Le taux d’OT plasmatique présent durant la grossesse aurait ainsi comme propriété de préparer le comportement maternel après la naissance. Les mères qui présentent un taux d’OT élevé en début de grossesse et/ou une augmentation du taux d’OT entre le premier et le troisième trimestres (Feldman et al., 2007 ; Levine, Zagoory-Sharon, Feldman, & Weller 2007) développeraient des schèmes cognitifs facilitant la mise en place de représentations mentales du lien mère-enfant (exemple : projection de la future relation) et des comportements associés (toucher du ventre, vocalisation à l’attention du bébé …). Ces représentations mentales précoces favoriseraient l’émergence de comportements maternels typiques ou adéquats dès le début de la période postpartum (contacts oculaires accrus, vocalisations « maternantes », affects positifs, contacts physiques affectueux, pensées affiliatives, surveillance accrue de l’enfant …) et donc favoriseraient le lien d’attachement.

41 Ces études montrent donc que, durant la grossesse, l’OT induirait un type d’attachement préliminaire à l’attachement mère-enfant : l’attachement fœtal. Sans pour autant prétendre que l’OT déterminerait la qualité et l’adéquation des soins prodigués par la future mère ou du lien d’attachement, ces études suggèrent que l’impact de l’OT durant la grossesse, faciliterait l’initiation de la relation mère-enfant.

5. – Ocytocine et lien parents-enfant

42 Quelle que soit l’espèce, le premier lien social que l’individu va créer est celui avec ses parents, et ce, dès sa naissance. Les recherches suggèrent que l’OT joue un rôle prépondérant dans l’initiation et le maintien du lien affiliatif, en influençant les interactions entre parents et enfant.

5.1. – L’ocytocine favorise le développement de l’attachement

43 Les premières études ayant mis en évidence les propriétés affiliatives de l’OT ont été réalisées sur des animaux (c’est-à-dire Kendrick, 2000 ; Lim & Young, 2006 ; Campbell, 2008 ; Ross & Young, 2009 ; Insel, 2010). Chez la rate, les comportements maternels apparaissent d’ordinaire uniquement après la parturition. Les rates nullipares présentent quant à elles des comportements d’évitement, voire d’agression, envers les jeunes qu’on leur présente (Numan, 1988). Une administration d’OT chez des rates vierges induit un panel de comportements maternels tel que le léchage, le regroupement des petits, la construction d’un nid dans la cage … (Pedersen & Prange, 1979 ; Pedersen, Ascher, Monroe, & Prange, 1982). Des résultats similaires ont été trouvés chez les brebis où une infusion intracérébroventricualaire d’OT chez des femelles non gravides induit des comportements maternels, en moins d’une minute, envers des agneaux non familiers (Kendrick, Keverne, & Baldwin, 1987). Outre le fait qu’elle diminue l’agressivité envers les jeunes, l’OT augmente l’agressivité envers les intrus qui s’introduisent dans la cage. L’OT induit donc un comportement de protection des jeunes avec qui un lien d’attachement s’est créé (Pedersen, 2004 ; Debiec, 2005 ; Bosch, Meddle, & Beiderbeck, 2005). Signe irréfutable de l’implication de l’OT dans le comportement maternel, l’apparition de ces comportements maternels est inhibée par l’administration d’un antagoniste de l’OT (c’est-à-dire l’Ornithine Vasotocin Analog) et par des lésions portées aux cellules ocytocinergiques (Insel, 2000). D’autres études en milieu semi-naturel ont permis de montrer que, chez des souris déficientes en OT, suite à une lésion cérébrale expérimentale, les comportements maternels se voyaient sévèrement altérés (Ragnauth et al., 2005 ; Takayanagi et al., 2005). Il est à noter, toutefois, que l’OT serait uniquement impliquée dans l’initiation des comportements maternels et non dans leur maintien. Une fois le comportement maternel établi, les lésions des noyaux paraventriculaires de l’hypothalamus (producteurs d’OT) n’interfèrent pas avec ces derniers (Kendrick, 2000).

44 Chez les mâles, les comportements affiliatifs, tant vis-à-vis du jeune que des pairs, seraient induits par une hormone proche de l’OT : la vasopressine (Insel & Young, 2000 ; Insel, 2010). Dès lors, aucune étude ne s’est intéressée à l’impact que l’OT pourrait avoir sur le comportement paternel chez l’animal. Comme nous le verrons plus loin, l’OT a toutefois un impact sur le lien paternel chez l’humain.

45 Loin d’agir uniquement au niveau des comportements parentaux, l’OT induit également des réponses affiliatives spécifiques chez le petit. En réponse à une séparation par extraction du nid, les souriceaux émettent des vocalisations inhabituelles. Il a été démontré que les souriceaux dépourvus du gène de l’OT émettent moins de vocalisations suite à un isolement par rapport à des souris contrôles. L’OT jouerait donc un rôle dans l’attachement du petit envers ses parents et sa fratrie (Winslow et al., 2000 ; Fergusson, Young, & Insel, 2002).

46 Fort de ces considérations, des études ont été menées afin de déterminer si l’OT influence de manière analogue l’attachement parents-enfant chez l’humain. Toutefois, pour des raisons éthiques évidentes, les études sur l’humain sont corrélatives plutôt qu’expérimentales.

47 Des études d’imagerie cérébrale (Bartels & Zeki, 2004) ont permis d’identifier différentes zones cérébrales activées par l’amour maternel. Les résultats montrent qu’une zone s’active particulièrement chez les mères lorsqu’on leur présente des photographies de leurs enfants. Il s’agit de la substance grise périaqueducale, riche en OTR (Lambert & Lotstra, 2005). Il n’est donc pas surprenant de trouver un lien entre OT et amour maternel. Des études précédemment citées ont montré que le taux d’OT en début de grossesse (Feldman et al., 2007) ou la variation de taux d’OT entre le premier et le troisième trimestres de la grossesse (augmentation du taux plasmatique d’OT entre le début et la fin de la grossesse) (Levine et al., 2007) prédisaient la qualité de l’attachement avec le nouveau-né. Certaines études (Heinrichs et al, 2001 ; Neumann, 2008 ; Riem et al., 2011) montrent en outre que l’OT libérée par les comportements maternels primaires, tels l’allaitement du nourrisson ou le contact tactile avec la progéniture, inhibe l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénal. Cette inhibition a pour effet de réduire le stress, l’anxiété et le dégoût, ce qui place la mère dans un état d’esprit serein et calme, propice au développement de la relation d’attachement avec l’enfant.

48 Lorsque l’on s’intéresse aux premiers mois de la relation parentale, on remarque que l’OT plasmatique reste stable, tant chez la mère que chez le père. Plus le taux plasmatique d’OT est élevé, plus les manifestations d’attachement sont présentes (Gordon et al., 2010). Chez la mère, ces manifestations prendront la forme de contacts « affectueux » (vocalisations maternantes, contacts physiques affectueux …), alors que chez le père, elles seront de type « stimulant » (contacts tactiles, présentation d’objet dans le jeu …) (Feldman, Gordon, Schneiderman, Weisman, & Zagoory-Sharon, 2010). Une étude uniquement basée sur les comportements paternels (Naber, van Ijzendoorn, Deschamps, van Engeland, & Bakermans-Kranenburg, 2010) a permis de montrer que l’administration d’OT de synthèse à de jeunes pères augmente la réactivité et la patience, et diminue l’hostilité durant la période de jeu avec l’enfant.

49 Si le taux d’ocytocine influence la relation parent-enfant, l’inverse est vrai également. Une étude a montré que les interactions parents-enfant augmentent en retour le taux d’OT plasmatique chez les deux parents (Feldman et al., 2010). Cette élévation se produit uniquement lorsque le parent entre dans une interaction prototypique de son sexe (de type contacts « affectueux » et chez la mère et de type « stimulation » chez le père), et ce, quel que soit le sexe de l’enfant.

5.2. – L’attachement influence le développement du système ocytocinergique

50 Chez les animaux, des études ont montré que la qualité de l’attachement se transmettait de manière transgénérationnelle (Francis, Diorio, Liu, & Meany, 1999 ; Francis, Champagne, & Meany, 2000 ; Francis, Young, Meany, & Insel, 2002). Les rates ayant bénéficié de comportements maternels adéquats de la part de leur mère reproduiront ce schème comportemental sur leurs propres petits. De même, les rates n’ayant pas bénéficié de comportements maternels de la part de leur mère n’en prodigueront pas à leurs petits. Il y a donc une transmission affiliative de génération en génération. Sachant que l’OT est nécessaire pour l’initiation du lien d’attachement chez l’animal, ces études suggèrent que les comportements maternels adéquats pourraient favoriser le développement du système ocytocinergique, et en particulier en augmentant le nombre d’OTR, chez le petit. C’est ce que nous allons voir ci-dessous.

51 Chez l’homme, aucune étude n’a mesuré de manière directe l’impact de l’attachement sur le développement du système ocytocinergique. Cependant, des mesures indirectes ont pu être réalisées. Une étude (Meinlschmidt & Heim, 2007) a permis de montrer que l’administration d’OT de synthèse à des hommes adultes ayant connu une séparation parentale précoce diminuait moins leur taux de cortisol salivaire basal par rapport aux participants n’ayant pas connu de séparation parentale précoce. Ces participants seraient donc moins sensibles aux effets de l’OT exogène (qui d’ordinaire inhibe l’axe HPA). Les auteurs suggèrent donc que l’attachement aux parents durant la petite enfance influencerait la mise en place et le nombre d’OTR cérébrales. Dans une seconde étude (Gordon et al., 2008), il a été démontré que chez de jeunes adultes célibataires, le taux basal d’OT plasmatique est positivement corrélé avec la remémoration (action de se rappeler et de se représenter les interactions vécues lors de la phase d’attachement) et la qualité du lien d’attachement aux parents durant la petite enfance. Bien qu’il ne s’agisse que d’études exploratoires, ces résultats sont congruents avec la littérature chez l’animal.

52 Il est donc probable que la boucle liant l’OT à l’attachement existe aussi chez l’humain : libérée lors des contacts physiques parents-enfants (ex. tétée, prise dans les bras) l’OT faciliterait l’émergence et le maintien de l’attachement envers l’enfant chez les parents. La qualité de la relation d’attachement influencerait à son tour la mise en place d’un système ocytocinergique chez l’enfant, de sorte que les personnes ayant eu un attachement plus sécurisant auraient le plus d’OTR. Celles-ci seraient ensuite les plus sensibles aux effets de l’OT. La boucle est donc bouclée.

7. – Discussion

53 Les études présentées dans cette revue de la littérature attestent bien que l’OT est une hormone jouant un rôle crucial dans nos interactions sociales. De l’engagement et du renforcement de la relation avec nos congénères au lien d’attachement entre parents et enfant, en passant par les comportements amoureux et sexuels, l’OT accompagne l’être social. Cependant, ce consensus sur les effets généraux de l’OT ne doit pas masquer les divergences et les zones d’ombre qui restent à éclaircir.

54 Ainsi, s’il semble attesté que l’OT améliore la reconnaissance des émotions faciales, les effets au niveau des émotions spécifiques ne sont pas toujours congruents d’une étude à l’autre. Certaines études trouvent que l’OT favorise surtout la discrimination et la reconnaissance des visages ayant une valence émotionnelle négative (c’est-à-dire peur ou colère) ou neutre (c’est-à-dire Fischer-Shofty et al., 2009 ; Guastella et al., 2009) tandis que d’autres trouvent que l’OT favorise surtout ceux ayant une valence positive (c’est-à-dire visage souriant) (c’est-à-dire Di Simplico et al., 2009 ; Marsh et al., 2010). Cette problématique est également présente au sujet de l’implication de l’OT dans la sexualité où certaines études soulignent l’importance de l’OT dans la perception de l’excitation sexuelle (c’est-à-dire Murphy et al. 1990) alors que d’autres ne montrent aucun lien entre ces variables (Burri et al., 2008). Ce manque de consensus souligne le fait que la quasi-totalité des recherches menées jusqu’à présent ont mis en évidence les effets psychosociaux de l’OT sans pour autant proposer une solide base théorique quant à son mode d’action. On sait très peu de chose des médiateurs neurobiologiques des effets de l’OT. Le peu d’études s’intéressant aux médiateurs de l’OT suggère que les effets comportementaux de l’OT sont généralement le résultat d’une cascade de réactions. L’OT interagit avec d’autres hormones (c’est-à-dire cortisol) et neurotransmetteurs (c’est-à-dire dopamine). Dès lors, il est inconcevable d’imaginer que le panel de comportements induits par l’OT soit le résultat de son unique action. Il est donc essentiel que les études futures déterminent l’ensemble des éléments qui médiatisent l’action de l’OT.

55 Au-delà des modes d’action spécifiques (médiateurs), le cadre général d’interprétation des effets de l’OT reste discuté. Les résultats des recherches disponibles sur l’OT à ce jour peuvent être expliqués de trois manières différentes (Kemp & Guastella, 2011) : 1. l’OT favorise les comportements positifs et pro-sociaux ; 2. l’OT augmente la saillance des indices sociaux disponibles ; ou 3. l’OT favorise les comportements sociaux d’approche et inhibe les comportements sociaux de retrait. Pour Kemp et Guastella (2011), le troisième cadre d’interprétation permet de mieux expliquer l’ensemble des résultats obtenus à ce jour. Ce cadre d’interprétation permettrait selon eux d’expliquer la divergence qui existe entre la reconnaissance des visages présentant une émotion à valence positive versus une émotion à valence négative. Ainsi, la meilleure reconnaissance des visages à expressions émotionnelles négatives proviendrait de l’inhibition des comportements de retrait social, alors que la meilleure reconnaissance des visages à expressions émotionnelles positives serait due à un effet facilitateur des comportements d’approche sociale.

56 Bien que séduisante à première vue, nous émettons certaines réserves quant à cette interprétation. Elle ne prend en effet pas en compte des résultats récents qui montrent que l’OT n’inhibe pas toujours les comportements de retrait social. Mikolajczak et ses collaborateurs (Mikolajczak, Gross et al., 2010) ont montré que, lorsque la situation est potentiellement délétère pour l’individu, l’OT favorise au contraire les comportements de retrait social, tels que la méfiance. Dès lors, un quatrième cadre d’interprétation nous semble plus approprié. Il se fonde sur le précédent, mais y ajoute une nuance de taille : celle de l’effet adaptatif d’un comportement donné dans une situation donnée. Nous proposons que, lorsque les contingences sont favorables, l’OT favorise l’approche sociale et inhibe le retrait. Par contre, lorsque l’approche serait délétère pour l’individu, l’OT agirait de manière inversée en inhibant les comportements d’approche et en favorisant les comportements de retrait. Ce nouveau cadre d’interprétation permet d’expliquer l’ensemble des données publiées à ce jour.

57 Peut-on dès lors encore parler de l’OT en tant qu’hormone « prosociale » dans ces conditions ? S’il est évident que de nombreuses études ont mis en avant l’impact prosocial de l’OT, notamment en montrant qu’elle favorise la confiance (Kostfeld et al., 2005), la générosité (Zak et al., 2007), la loyauté (Zak et al., 2005) ou encore l’empathie (Barraz & Zak, 2009 ; Hurlemann et al., 2010) ; d’autres ont également mis en avant certains aspects plus sombres de l’OT, qui, bien qu’étant ancrés dans l’interaction sociale, s’éloignent fortement de la pro-sociabilité bien veillante. En effet, nous avons pu voir que bien que l’OT augmente la cohésion au sein du groupe d’appartenance de l’individu, ce n’est pas le cas vis-à-vis des membres de l’exogroupe (De Dreu et al., 2010 ; De Dreu et al., 2011). De même, l’OT favorise les comportements de jalousie lorsqu’un individu est lésé par rapport à un partenaire et favorise les comportements de jubilation lorsque l’individu lèse ce même partenaire (Shamay-Tsoory et al., 2009). Ces exemples montrent donc bien que si l’OT est effectivement une hormone sociale, elle n’induit pas forcément des comportements « prosociaux ».

58 Dès lors, l’image glamour et réductrice de l’OT proposée dans la presse et, dans une moindre mesure, par la communauté scientifique est erronée. Il convient de plutôt considérer l’OT comme une « glu sociale » que comme une « hormone miracle et bienveillante ». La vision édulcorée et miraculeuse de l’OT occulte le fait qu’elle n’agit pas seule et que ses effets dépendent du contexte. Comme nous l’avons vu précédemment (voir point 6), les effets de l’OT sont modérés par les caractéristiques de l’interlocuteur — telles que son groupe d’appartenance (De Dreu, 2010, 2011) ou sa fiabilité apparente (Mikolajczak, Gross et al., 2010) — et les caractéristiques de l’individu — telles que sa personnalité alexithymique (Luminet, Grynberg, Ruzette, & Mikolajczak, 2011) ou son degré d’anxiété sociale (Labuschagne et al., 2010). Dès lors, il est primordial que de futures recherches s’attellent, d’une part, à répertorier l’ensemble des effets modérateurs de l’OT et, d’autre part, à déterminer leur impact sur la compréhension théorique du rôle de l’OT.

7.1. – Pistes pour les recherches futures

59 La présente revue de la littérature met en évidence que les études menées sur l’OT chez l’être humain résultent très souvent de paradigmes expérimentaux qui impliquent une administration intranasale d’OT ponctuelle. Ce cadre bien précis (manipulation de produit, expérience en laboratoire, utilisation de paradigmes expérimentaux visant à mesurer un élément bien précis et s’éloignant de situations de la vie réelle, étude en une session …) suscite de nombreux questionnements. Bien qu’il s’agisse d’études solides, nous ne disposons que de très peu d’éléments sur la validité écologique de ces études. Plus problématique encore, nous ne savons pas à quoi les doses utilisées dans ces études (entre 24UI et 60 UI) correspondent dans la vie réelle. De ce fait, on peut se demander si l’OT dispose d’un impact aussi puissant dans notre vie de tous les jours, c’est-à-dire lors d’interactions sociales sans qu’il y ait une manipulation expérimentale du taux d’OT. Dès lors, il est crucial que les études futures s’orientent vers des paradigmes plus écologiques si l’on veut disposer prochainement d’une vision globale et solide de l’impact de l’OT sur nos comportements naturels.

60 De même, nous devons constater que la grande majorité des études sur l’OT ont été réalisées sur une population saine. Or, les rares études menées sur populations cliniques suggèrent que l’ocytocine serait en lien avec certains troubles socio-émotionnels et pourrait même jouer un rôle thérapeutique pour ces derniers. Une étude récente a montré que l’administration l’OT à des personnes présentant un score d’alexythimie élevé permettrait d’accroître transitoirement leur capacité à identifier les émotions d’autrui (Luminet et al., 2011). L’OT améliorerait également la reconnaissance des émotions chez des sujets souffrant de troubles autistiques (Andari et al., 2011 ; Guastella et al., 2010 ; Hollander et al., 2007), favoriserait les interactions de ces sujets avec des individus socialement coopératifs (Andari et al., 2011), permettrait une augmentation du sentiment de confiance envers autrui (Andari et al., 2011), et une administration répétée d’OT leur permettrait de mieux contenir leurs comportements répétitifs (c’est-à-dire comportements compulsifs, attachement inhabituel à certains objets, comportements stéréotypiques ou d’auto-stimulations répétitifs) (Hollander et al., 2003). De même, l’OT permettrait d’atténuer, à court terme, les symptômes phobiques (c’est-à-dire peur excessive d’être évalué négativement par les autres lors d’une interaction sociale) chez les personnes atteintes d’anxiété sociale généralisée. (Guastella, Howard et al., 2009). Il est donc possible que l’OT dispose d’un potentiel thérapeutique (Striepens, Kendrick, Maier, & Hurlemann, 2011 ; voir cependant Kéri, Kiss, & Kelemen, 2008, pour une exception). Par conséquent, étudier l’implication de l’OT dans l’étiologie ou la pharmacopée des troubles socio-émotionnels nous semble constituer une voie d’investigation prometteuse.

61 Outre l’utilisation de protocoles plus écologiques et l’extension des recherches aux populations cliniques, les études futures gagneraient à étendre l’investigation de l’OT au-delà de ses effets sociaux. La grande majorité des études réalisées chez l’humain l’ont été sur population saine, au travers d’un paradigme social. Or, certaines études montrent que l’OT a également un effet sur la douleur (c’est-à-dire Ohlsson et al. 2005), par exemple. Il est donc probable que l’OT joue un rôle protecteur au niveau de la santé. Les recherches futures devront le déterminer.

7.2. – Conclusions

62 En conclusion de cette revue, il apparaît que la vision édulcorée de l’OT dispensée par les médias ne reflète qu’une part de sa réalité. Il s’agit avant toute chose d’une neurohormone adaptative, qui régule nos comportements sociaux de manière prosociale ou non, en fonction du contexte. Bien qu’étant certainement l’hormone la plus étudiée et la mieux connue des psychologues, il reste encore énormément à investiguer au sujet de l’OT. Les recherches futures devront s’atteler à identifier les variables modératrices de ses effets afin d’affiner la compréhension théorique de son action. Elles devront également étendre les investigations expérimentales aux champs cliniques et de la santé en utilisant, si possible, des paradigmes plus écologiques.

Notes

  • [1]
    Il faut toutefois souligner ici que dans l’étude de Baumgartner (2008) précédemment citée, le sujet interagissait avec un partenaire différent après une trahison. Dès lors, il est impossible d’en inférer que l’OT permet un rétablissement de la confiance envers le partenaire à la suite d’une trahison de sa part.
  • [2]
    Les auteurs ont comparé les performances au Read the Mind in the Eyes Test (Baron-Cohen, Wheelwright, Hill, Raste et Plumb, 2001) d’individus sous ocytocine et sous placebo.
  • [3]
    Le contenu de la phrase est identique dans les différentes conditions émotionnelles, seul le ton et les inflexions de la voix véhiculent l’émotion (c’est-à-dire intonations joyeuses, effrayées, colériques, …).
  • [4]
    L’ocytocine n’augmente pas si la marque de confiance n’est pas intentionnelle.
  • [5]
    La lordose est une posture réflexive proposée par une femelle réceptive lorsque un mâle affiche un comportement d’approche sexuelle (Lee et al., 2009).
Français

Résumé

L’ocytocine (OT), une hormone polypeptidique bien connue pour son implication durant l’accouchement, suscite depuis plus de deux décennies un intérêt sans cesse grandissant dans la communauté scientifique. Ces recherches ont permis de mettre en avant le rôle crucial de l’OT dans les processus psycho-sociaux. À tel point qu’elle a été élevée au rang d’hormone « pro sociale » par excellence. Mais cette réputation est-elle scientifiquement fondée ? L’OT est-elle vraiment l’hormone de l’amour décrite dans la presse populaire ? La revue de la littérature que nous avons menée vise à répondre à ces questions. Dans un premier temps, nous proposerons une revue exhaustive des différentes études menées sur l’OT. Nous fournirons dans un second temps un cadre interprétatif qui permettra de nuancer la vision que l’on se fait de l’OT à ce jour. Finalement, nous pointerons les failles présentes dans cette littérature et développerons certaines pistes de recherches pertinentes.

Mots clés

  • ocytocine
  • comportements sociaux
  • revue

Keywords

  • oxytocin
  • social behaviors
  • review

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Anthony Lane
Institut de Recherche en Sciences Psychologiques, Université catholique de Louvain, Louvain-la-Neuve, Belgique
Correspondance : Anthony Lane, Département de Psychologie, Université catholique de Louvain, Place Cardinal Mercier 10, B-1348 Louvain-la-Neuve, Belgium
Belgian National Fund for Scientific Research (FRS-FNRS), Belgium
anthony.lane@uclouvain.be
Olivier Luminet
Institut de Recherche en Sciences Psychologiques, Université catholique de Louvain, Louvain-la-Neuve, Belgique
Belgian National Fund for Scientific Research (FRS-FNRS), Belgium
Moïra Mikolajczak
Institut de Recherche en Sciences Psychologiques, Université catholique de Louvain, Louvain-la-Neuve, Belgique
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Mis en ligne sur Cairn.info le 01/11/2017
https://doi.org/10.4074/S0003503313002066
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