Accueil Revues Revue Numéro Article

L'école des parents

2014/4 (N° 609)

  • Pages : 58
  • Affiliation : Revue publiée par la FNEPE
  • Éditeur : ERES

ALERTES EMAIL - REVUE L'école des parents

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Pages 3 - 3 Article suivant
1

L’être humain est un animal social par excellence. Depuis la nuit des temps il vit dans des clans, des tribus, des groupes sociaux. La famille, fabrique de liens, est le plus petit d’entre eux. L’homme en a besoin pour se nourrir, dans tous les sens du terme : s’alimenter, se construire, être protégé et stimulé à la fois… Jusqu’au milieu du XXe siècle, ces liens, très hiérarchisés, l’emportaient sur le désir individuel. Le père choisissait le métier de son fils, l’époux de sa fille, et personne n’y trouvait à redire, ni la mère, ni les principaux intéressés. L’idée qu’un individu puisse décider de son sort était impensable.

2

L’accès des femmes à la contraception et au monde du travail, donc à l’autonomie, a fragilisé le lien conjugal et offert à chacun, homme ou femme, la liberté de choisir sa vie. Les divorces se sont multipliés, les familles se sont recomposées. La découverte que le bébé était une personne, avec des compétences, a renforcé la montée de l’individualisme. Pourtant, les êtres humains restent pris dans un paradoxe : d’un côté, ils se doivent d’être épanouis ; de l’autre, ils sont toujours en quête de liens : liens amoureux, même s’il semble plus difficile de vivre en couple, et surtout liens de filiation, les seuls indissolubles. C’est ainsi que l’enfant, désiré, choyé, objet de toutes les projections, est devenu le centre de la famille. Cet enfant dont on souhaite, autre paradoxe, faire un individu autonome. Qu’est-ce qui nous pousse donc à rechercher ces liens ? Ce qui fait notre humanité, finalement, c’est notre dépendance à autrui, contrairement à ce que diffuse l’idéologie dominante.

3

J’en veux pour preuve les solidarités qui s’expriment aujourd’hui au sein des familles, qu’il s’agisse de venir en aide à un parent âgé, ou d’accueillir de jeunes adultes sous son toit, suite à un accident de parcours. Ces nouvelles solidarités ne sont pas dictées par le devoir, mais par notre sensibilité à la vulnérabilité d’autrui, elles sont plus interindividuelles que groupales. La solidarité reste le point fort de la famille et transcende, parfois, les liens biologiques. La famille est à la fois un lieu de refuge et d’attention, et celui d’une tension extrême, où les besoins de dépendance et d’indépendance se percutent. Pour affronter la vie, les êtres qui la composent doivent aimer la stabilité et le changement et, pour cela, les avoir vécus de l’intérieur. Nous nous construisons tous sur des contradictions, nous avons tous besoin de permanence et de ruptures. L’enjeu éducatif est d’arriver à maintenir l’équilibre entre les deux, y compris dans la dynamique familiale.

Pour citer cet article

Marcelli Daniel, « Familles paradoxales », L'école des parents, 4/2014 (N° 609), p. 3-3.

URL : http://www.cairn.info/revue-l-ecole-des-parents-2014-4-page-3.htm


Pages 3 - 3 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback