Accueil Revues Revue Numéro Article

L'Europe en Formation

2009/1 (n° 351)


ALERTES EMAIL - REVUE L'Europe en Formation

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 119 - 148 Article suivant
1

Les conséquences de l’actuel processus de mondialisation figurent bien évidemment parmi les sujets de préoccupations de l’opinion publique, tant dans leur dimension économique – impact que ce processus peut avoir sur ses intérêts matériels – que culturelle – incidences sur l’identité et les valeurs. L’intérêt du public pour ce sujet semble apparaître à partir de la seconde moitié des années 1990, mais surtout à la fin de cette même décennie. En effet, jusqu’aux manifestations de Seattle en 1999 à l’occasion de la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la mondialisation fait plutôt l’objet d’un intérêt de la part d’universitaires, d’experts, de hauts fonctionnaires et de représentants d’organisations professionnelles, par exemple d’agriculteurs ou d’organisations patronales, et donc d’un débat académique ou d’experts. À l’instar des questions internationales dans l’après-guerre, on peut donc parler jusqu’à cette date d’une sorte de « consensus permissif » de l’opinion sur la mondialisation, même si des processus d’intégration régionale, comme l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), les politiques prônées par les institutions financières internationales (Banque mondiale et Fonds monétaire international) ou les activités de certaines firmes multinationales ont pu susciter des réactions de la part du public. Cependant, ces différentes actions n’étaient pas dirigées à proprement parler vers une mondialisation dont le terme n’était pas encore bien connu et utilisé. Cette dernière faisait donc l’objet d’un certain consentement tacite de la part du public, principalement fondé sur une indifférence globale pour des sujets jugés comme trop complexes et éloignés de leurs préoccupations quotidiennes. Cela change totalement à la fin des années 1990, notamment sous l’influence des organisations de la société civile et plus particulièrement des mouvements antimondialisation/altermondialistes qui lancent des campagnes de dénonciation de la politique de telle ou telle organisation, qui dénoncent les conséquences de négociations internationales, notamment sur l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI) entre 1995 et 1998, ou qui soulignent les excès supposés de la mondialisation à l’occasion d’événements spécifiques, comme la crise financière en Asie de l’Est en 1997-1998. L’objet de cet article est de faire le point une dizaine d’années après l’émergence publique de ces mouvements et la publicisation du débat sur la mondialisation sur l’état de ce débat en se basant plus précisément sur une analyse des perceptions par l’opinion publique à l’échelle globale de ce processus de globalisation.

Le processus de mondialisation en débat

Les deux débats sur la mondialisation

2

Le célèbre sociologue Anthony Giddens identifiait en 2000 deux phases bien distinctes dans le débat sur la mondialisation. Le premier débat – The First Globalization Debate[1][1] Anthony Giddens, Leslie Sklair, « The Globalization... –, remontant au début des années 1990, aurait soulevé les questions de la réalité et des caractéristiques de la mondialisation. Il s’agit, en effet, d’un débat académique, d’origine anglo-saxonne, sur les nombreuses conceptions de la « globalisation » définie à la fois comme l’aboutissement du système économique capitaliste qui devient une économie mondiale de marché [2][2] Immanuel Wallerstein, Le système du monde du xve siècle..., comme l’une des conséquences majeures de la modernité générant une interdépendance économique, politique et culturelle [3][3] Anthony Giddens, The Consequences of Modernity, Oxford,..., ou encore comme une « nouvelle époque globale [4][4] Martin Albrow, The Global Age. State and Society Beyond... » caractérisée par les processus de déterritorialisation, de démédiatisation et de dépossession [5][5] Zigmunt Baumann, Les coûts humain de la globalisation,.... Ce débat purement théorique [6][6] Une grille d’analyse du débat théorique sur la globalisation..., et, de ce fait, essentiellement « qualitatif », met en évidence cinq dichotomies principales : (1) ancienneté versus nouveauté des processus de globalisation ; (2) prolongement de la modernité versus rupture avec la modernité au profit d’une « postmodernité [7][7] Frederic Jameson considère qu’il existe une causalité... » ; (3) renforcement de l’État provoqué par la globalisation économique versus fin de l’État-nation ; (4) homogénéisation culturelle versus diversité culturelle ; (5) croissance économique versus inégalités sociales. Trois conceptions principales sur la globalisation sont nées de ce débat théorique. La vision des « sceptiques », partagée par de nombreux historiens et sociologues notamment français tels Pierre Bourdieu, Charles-Albert Michalet, Armand Mattelart, Serge Latouche, ou encore la politologue Suzanne Berger, consiste à dire que l’actuel processus de mondialisation n’est pas nouveau car il résulte de l’expansion du système capitaliste à l’échelle globale. Ils estiment en outre que, si l’expansion du système capitaliste mondial n’est pas régulée par les États, la mondialisation creusera davantage les inégalités sociales et le clivage Nord-Sud. A contrario, la conception des « globalistes », qui sont pour la plupart des économistes, comme Theodore Levitt, et des « acteurs » de l’économie (Kenichi Ohmae, Alain Minc), mais aussi des journalistes (Thomas Friedman), présente la globalisation comme un processus inédit, irréversible et nécessairement bénéfique pour tous ceux qui savent comment s’y adapter. Cette « mondialisation heureuse [8][8] L’expression fait allusion au titre de l’ouvrage d’Alain... » nourrie par la globalisation de l’économie de marché et les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), aplatirait la terre [9][9] En référence à l’ouvrage de Thomas Friedman, devenu... du fait du libre-échange et des mouvements des capitaux, de marchandises, des informations et des personnes. Enfin, en tentant de réconcilier les sceptiques et les globalistes, une troisième catégorie dans le débat, les « transformalistes [10][10] Les transformalistes sont souvent aussi appelés « réformistes ».... », conçoivent la mondialisation comme un processus complexe et ambigu qui, pour être bénéfique politiquement, économiquement et culturellement, nécessite non seulement une régulation étatique, mais aussi une gouvernance mondiale [11][11] David Held, Democracy and Global Order. From the Modern.... Les transformalistes les plus connus sont Zigmunt Baumann, Ulrich Beck, Anthony Giddens, David Held et Roland Robertson.

3

Si le premier débat sur la mondialisation reste un débat académique et, dans ce sens, élitiste et qualitatif, privilégiant les grandes modèles théoriques sur la mondialisation, le second débat – The Second Globalization Debate – est focalisé, comme le souligne Anthony Giddens, sur les conséquences de la mondialisation telles qu’elles sont perçues par ceux qui la vivent, et, de ce fait, par l’opinion publique. Le tournant se serait produit symboliquement, selon lui [12][12] Anthony Giddens, The Second Globalization Debate, A..., à Seattle, même si on peut penser que la crise financière en Asie en 1997-1998 a constitué une première alerte pour l’opinion publique dont peut témoigner par exemple le rapide succès en France de l’Association pour une taxation des transactions financières pour l’aide aux citoyens (Attac) créée en juin 1998 dans le sillage de cette crise. À partir de la fin des années 1990, le débat public sur la mondialisation tend donc à primer sur le débat académique, d’autant que l’intérêt des sociologues et des politologues pour cette thématique paraît moins important, en particulier après les attentats aux États-Unis le 11 septembre 2001 [13][13] David Held et Paul Hirst, « Globalisation After 11....

L’irruption de l’opinion publique dans le débat sur la mondialisation

4

Les sondages d’opinion et les articles de presse sur la mondialisation constituent bien entendu les symptômes de cet intérêt croissant du public pour le sujet. Dans le premier cas, un organe de presse et/ou un organisme commandent une enquête auprès d’un institut de sondage pour évaluer ce que l’opinion pense d’un sujet parce qu’ils estiment qu’il est important de connaître son point de vue. Ainsi, les premiers sondages réalisés en France sur le thème de la mondialisation datent, par exemple, de la fin des années 1990 et sont en particulier liés aux manifestations antimondialisation/altermondialistes : sondage CSA pour Challenges réalisé en septembre 1998 ; « L’impact de la mondialisation », enquête BVA pour L’Expansion réalisée en septembre 1999 après le « démontage » du restaurant McDonald de Millau par des militants de la Confédération paysanne, avec José Bové à leur tête, et leur incarcération ; « Les Français et la mondialisation », sondage CSA pour Marianne réalisé en novembre 1999 en perspective du sommet de l’OMC à Seattle ; ou « Les Français et la mondialisation », enquête Sofres pour Le Monde en juillet 2001 à l’occasion du G8 de Gênes où se déroulent d’importantes manifestations altermondialistes et où des violences de la part des manifestants les plus radicaux brutalement réprimées par la police qui font un mort et plusieurs centaines de blessés. Dans le second cas, la presse s’efforce de traiter des sujets qui suscitent l’intérêt de ses lecteurs. Or, à partir des années 1990, on peut percevoir une montée régulière du nombre d’articles publiés sur le thème de la mondialisation dans la presse grand public. Une étude menée en Allemagne, par exemple, sur le nombre d’articles consacrés à la mondialisation parus dans le quotidien de gauche allemand Tageszeitung (TAZ) entre 1990 et 2002 [14][14] Felix Kolb, « The Impact of Transnational Protest on... indique que le nombre d’articles apparaît dérisoire entre 1990 et 1994 (voir graphique 1). Il explose entre 1995 et 1997, passant de plus de 50 articles par an en 1995 à plus de 350 en 1997, année de la crise financière en Asie de l’Est. Après avoir quelque peu stagné de 1997 à 1999, en diminuant même cette dernière année, malgré les manifestations de Seattle qui se déroulent à la fin de l’année, il s’élève à nouveau entre 1999 et 2001, pour atteindre le chiffre de plus de 600 articles annuels en 2001, année du sommet du G8 à Gênes. On le voit, l’intérêt public pour la mondialisation a débuté dans la seconde moitié des années 1990 pour exploser au tournant du siècle, entre Seattle et Gênes, c’est-à-dire au plus fort des manifestations dites « antimondialisation » lors des sommets internationaux (OMC, Banque mondiale-Fonds monétaire international, G8, Forum économique mondial de Davos, Conseils européens).

Graphique 1 - Nombre d’articles publiés dans le TAZ sur la mondialisation, par année, 1990-2002Graphique 1
Source : Felix Kolb, « The Impact of Transnational Protest on Social Movement Organizations : Mass Media and the Making of ATTAC Germany », Donatella Della Porta et Sidney Tarrow, Transnational Protest and Global Activism, Rowman & Littlefield, 2004.

Perceptions de la mondialisation par l’opinion publique

5

Cet intérêt pour ce que le public pense de la mondialisation s’est rapidement internationalisé. Ainsi, au-delà des enquêtes nationales, des enquêtes d’opinion portant notamment sur le thème de la mondialisation ont été menées à l’échelle « globale » ou de l’Union européenne à partir du début des années 2000. L’interprétation des résultats de ce type d’enquêtes exige bien évidemment une certaine prudence. Les questions liées à la « mondialisation » sont tout d’abord loin de susciter le même intérêt et d’avoir la même signification selon le pays ou les catégories sociales. On doit remarquer ainsi que le nombre de personnes qui ne se prononcent pas sur ce thème, que ce soit par méconnaissance ou par indifférence, apparaît souvent relativement élevé.

6

Par ailleurs, la formulation des questions peut être relativement biaisée, tout comme le type de questions posées. Ces enquêtes sont, en effet, très souvent commandées par des organismes américains, comme le German Marshall Fund of the United States, le Pew Research Center ou le Program on International Policy Attitudes (PIPA), ce qui a une incidence certaine sur les questions posées. Aux États-Unis, en effet, la mondialisation est principalement perçue à travers la question du commerce, alors qu’en Europe, par exemple, elle le serait davantage à travers la question de la finance et du rôle des actionnaires sur la marche des entreprises [15][15] Voir notamment Eddy Fougier, « Perceptions de la mondialisation.... Les questions posées dans ces enquêtes globales concernent donc plutôt le commerce international et jamais la finance internationale, qui constitue pourtant l’une des grandes caractéristiques de la mondialisation. Or, on peut supposer que les perceptions de l’impact des marchés financiers sur l’emploi par exemple seraient assez défavorables, notamment en Allemagne et en France. D’ailleurs, l’enquête Eurobaromètre de 2003 sur la mondialisation [16][16] Commission européenne, « Mondialisation », Flash Eurobaromètre... indiquait que, pour les Européens interrogés, les marchés financiers étaient les principaux bénéficiaires de ce processus (pour 80 % d’entre eux) après les firmes multinationales. 59 % d’entre eux estimaient également que les milieux financiers avaient trop d’influence sur le processus de mondialisation et 62 % ne leur faisaient pas confiance pour garantir que celle-ci aille dans la bonne direction.

7

Même si certains résultats peuvent s’avérer contradictoires, on peut néanmoins identifier diverses tendances que l’on retrouve dans différentes enquêtes ou qui sont récurrentes dans le temps. Les enquêtes « globales » auxquelles nous nous sommes intéressés ici sont plutôt récentes. Elles envisagent la mondialisation à travers deux dimensions : l’ouverture économique et l’ouverture culturelle. Dans le premier cas, la mondialisation peut être perçue comme un processus d’ouverture économique susceptible d’avoir un impact matériel sur l’existence quotidienne des individus. Dans le second cas, elle peut être perçue comme un processus d’ouverture culturelle par lequel un ensemble d’influences provenant de l’étranger sont susceptibles d’avoir un impact sur les valeurs et l’identité d’une population déterminée.

La perception de la mondialisation en tant que processus d’ouverture économique

8

Les questions posées dans les enquêtes d’opinion sur la mondialisation renvoient en premier lieu à la dimension économique de ce processus et à son impact matériel, donc à la fois économique, social et environnemental.

Un consensus global sur l’économie de marché et le commerce

9

De ce point de vue, la première des tendances récurrentes dans les perceptions de la mondialisation par l’opinion publique telles qu’elles peuvent apparaître dans diverses enquêtes transnationales est certainement l’acceptation globale de l’économie de marché et du commerce international. L’enquête 47-Nation Pew Global Attitudes Survey réalisée en 2007 [17][17] Enquête réalisée auprès de 45 200 personnes dans 47... indique ainsi que, dans 40 des 47 pays sondés (soit 85 % des pays sondés), une majorité des personnes interrogées disent avoir une vision positive de l’économie de marché, en répondant de façon favorable à la question : « êtes-vous d’accord avec le fait que la plupart des individus vivent mieux dans une économie de marché, même si certaines personnes sont riches et d’autres sont pauvres ? ». Cette acceptation concerne tous les continents. Dans cette enquête, les pays où les taux d’acceptation sont les plus élevés sont la Chine (75 %), ceux d’Asie du Sud – Bangladesh (81 %), Inde (76 %) – et d’Afrique subsaharienne – Côte d’Ivoire (80 %), Nigeria (79 %), Kenya (78 %), Ghana (75 %), Afrique du Sud (74 %). Les régions les plus favorables à l’économie de marché sont, dans cette enquête, l’Amérique du Nord (moyenne de 70,5 %), l’Afrique (70 %), l’Europe occidentale (67 %), l’Asie (66 %), devant le Maghreb-Moyen-Orient (63 %), l’Europe orientale (57 %) et l’Amérique latine (56 %). En dehors du Japon et de l’Éthiopie, l’opposition à l’économie de marché n’est majoritaire dans aucun autre pays de l’échantillon. Il faut noter que, dans ces pays, comme dans cinq autres, les points de vue sont très partagés : en Argentine (43 % pour, 44 % contre), au Pérou (47 % pour, 42 % contre), en Bulgarie (42 % pour, 46 % contre), en Jordanie (47 % pour, 48 % contre), en Indonésie (45 % pour, 48 % contre), au Japon (49 % pour, 50 % contre), et en Éthiopie (47 % pour, 51 % contre). Les pays où la part des personnes est la plus opposée à l’économie de marché sont l’Éthiopie (23 %), l’Argentine (21 %), la France (21 %), l’Égypte (19 %), le Koweït (19 %) et la Bulgarie (18 %).

10

L’étude réalisée en 2007 par GlobeScan [18][18] Enquête réalisée par GlobeScan auprès d’environ 9 400... donne un même type de résultat. Elle indique qu’une majorité est d’accord avec l’idée selon laquelle le système de libre entreprise et d’économie de marché constitue le meilleur système sur lequel on peut fonder l’avenir du monde dans 14 des 18 pays sondés (soit 78 % des pays sondés). Les taux les plus élevés se situent en Asie – Philippines (73 %), Inde (68 %), Chine (66 %), Indonésie (63 %) – et en Amérique du Nord – États-Unis (70 %), Canada (64 %). Dans les autres pays, les points de vue sont partagés. Quoi qu’il en soit, dans aucun pays, une majorité ne se dégage pour s’opposer à l’économie de marché. Les deux seuls pays où le nombre d’opposants dépasse les soutiens sont la France (41 % pour, 45 % contre) et la Turquie (34 % pour, 41 % contre). Les régions où les moyennes sont les plus élevées sont l’Amérique du Nord (67 %), l’Asie (65 %), l’Afrique (63 %), devant l’Europe (54 %) et l’Amérique latine (51 %).

11

Cette approbation globale de l’économie de marché semble assez constante depuis quelques années. Ainsi, dans l’enquête de 2002 du Pew Global Attitudes Project[19][19] « Views of a Changing World », enquête réalisée en..., une majorité se montrait déjà favorable à l’économie de marché dans 33 des 44 pays de l’échantillon (soit 75 % des pays sondés). Une majorité s’y opposait tout de même dans six pays : Bulgarie (62 %), Argentine (56 %), Japon (55 %), Jordanie (53 %), Russie (51 %), Pologne (51 %). L’enquête de 2007 tend donc à révéler une certaine progression de cette approbation, quelquefois même de façon spectaculaire, et ce, sur tous les continents (voir tableau 1). Dans l’enquête GlobeScan de 2005, une majorité était favorable à l’économie de marché dans 16 des 20 pays sondés (soit 80 %) [20][20] Enquête GlobeScan Report on Issues and Reputation réalisée.... En dehors des Français interrogés (50 % contre, 36 % pour), dans aucun autre pays, une majorité des personnes sondées ne s’opposait à l’économie de marché [21][21] Sur la perception assez spécifique des Français sur.... On peut néanmoins observer une baisse du soutien à l’économie de marché entre 2005 et 2007 dans 10 des 18 pays que comptait l’échantillon cette dernière année. C’est tout particulièrement le cas pour les Sud-Coréens interrogés (- 15 points), les Turcs (- 13), les Chinois (- 9), les Britanniques (- 7) et les Brésiliens (- 7). Au-delà de l’approbation globale de l’économie de marché, les résultats extrêmement contrastés sur l’évolution récente de cette approbation ne permettent pas d’identifier une quelconque tendance dans un sens comme dans un autre : le soutien par exemple des Chinois, des Britanniques ou des Brésiliens sondés progressant dans une enquête ou régressant dans l’autre.

Tableau 1 - Progression de l’approbation de l’économie de marché, en nombre de points, 2002-2007Tableau 1
12

Dans l’enquête 47-Nation Pew Global Attitudes Survey, on doit remarquer qu’en dehors des Bulgares et, dans une certaine mesure, des Éthiopiens, la population de l’ensemble des pays anciennement ou encore formellement communistes de l’échantillon soutient majoritairement l’économie de marché : Chine (75 %), Pologne (68 %), Ukraine (66 %), République tchèque (59 %), Russie (53 %), Slovaquie (53 %). On peut même y rajouter la population de deux pays latino-américains caractérisés par la mise en place récente de politiques de rupture avec le « néolibéralisme », à savoir le Venezuela de Hugo Chavez, celui-ci aspirant à instaurer le « socialisme du XXIe siècle », et la Bolivie d’Evo Morales : 72 % des Vénézuéliens et 53 % des Boliviens sondés apportent leur soutien à l’économie de marché. La méfiance quasiment unique des Bulgares vis-à-vis de l’économie de marché tient tout d’abord au fait que l’économie du pays, particulièrement liée à l’Union soviétique, a été l’une des plus affectées en Europe centrale et orientale par la fin du COMECON. Elle a aussi beaucoup pâti des sanctions économiques contre la Serbie entre 1992 et 1995. Le PIB bulgare s’est ainsi contracté de 1989 à 1993 et le niveau de vie de la population a baissé d’environ 40 % durant cette période. C’est seulement en 2004 que le niveau de vie des Bulgares a pu retrouver le niveau de la période antérieure à 1989. Pour la plupart d’entre eux, on peut dès lors supposer que l’économie de marché n’était donc pas synonyme de prospérité, bien au contraire. Par ailleurs, la période de « transition » sous le contrôle du FMI et de la Banque mondiale, semble ne pas être encore achevée dans le pays et surtout ne pas avoir donné des résultats probants pour la population, malgré les nombreuses promesses faites par les responsables politiques [22][22] L’une des promesses emblématiques a été faite par Simeon.... La transformation de l’économie, vue par les Bulgares comme une panacée qui améliorerait vite leur niveau de vie, s’est révélée un processus à la fois long et difficile. Même si les réformes économiques sont évaluées de façon plutôt positive par la Commission européenne dans son dernier rapport sur la Bulgarie [23][23] Rapport de la Commission au Parlement européen et au..., du fait d’une croissance économique importante depuis 10 ans [24][24] Selon des données Eurostat, le taux de croissance annuel..., d’une baisse du chômage officiel [25][25] Le taux de chômage, qui était en Bulgarie de 19,5 %... et d’une réduction de la dette extérieure du pays, la réalité économique reste difficile pour la population. Le niveau de vie des Bulgares est le plus faible des 27 pays de l’UE. En 2007, le PIB par habitant des Bulgares en standards de pouvoir d’achat représentait 38,1 % de la moyenne de l’UE (contre 27 % en 1998 par exemple), soit le taux le plus faible des 27. Par ailleurs, le salaire minimum du pays aujourd’hui reste presque 10 fois inférieur à la moyenne de l’UE. L’effondrement de l’économie et du niveau de vie en Bulgarie après la fin du communisme puis la déception face aux résultats de cette transition qui se font attendre, certaines retombées négatives de cette transition comme la hausse des prix [26][26] Le taux d’inflation en Bulgarie dépasse 6 % en moyenne..., les conséquences négatives et bien visibles de la libéralisation économique, comme la montée des inégalités sociales et de la corruption, et les différences persistantes de niveau de vie par rapport au reste de l’UE peuvent donc expliquer les réticences des Bulgares à l’égard de l’économie de marché, même si on doit noter que le nombre de personnes qui la soutiennent a beaucoup augmenté depuis 2002 (+ 11 points). Un autre symptôme de cette « morosité » générale des Bulgares réside bien entendu dans le très faible taux de fécondité des femmes. Ce taux, qui était tombé à 1,09 enfant par femme en 1997, soit l’un des taux les plus faibles du monde et, en tout cas, le plus faible de l’UE d’alors, reste très faible avec, en 2006, 1,37 enfant par femme [27][27] Source : Eurostat..

13

La position du public vis-à-vis du commerce entre nations semble également faire l’objet d’un certain consensus à l’échelle globale. Ainsi, dans l’enquête 47-Nation Pew Global Attitudes Survey de 2007 [28][28] Op. cit., l’affirmation « des relations commerciales croissantes entre les pays sont plutôt une bonne chose » recueille une majorité de réponses positives de la part des personnes interrogées dans les 47 pays de l’échantillon. Le taux d’approbation le plus faible est celui des Américains (États-Unis) interrogés avec 59 %. Les régions les plus favorables au commerce semblent être l’Afrique subsaharienne, l’Asie, le Moyen-Orient, l’Europe orientale au sens large et, dans une moindre mesure, l’Amérique latine et l’Europe occidentale (voir tableau 2). En moyenne régionale, les régions les plus favorables au commerce sont ainsi l’Afrique (88 %), l’Asie (84 %), l’Europe orientale (83,5 %), devant l’Europe occidentale (79 %), l’Amérique latine (78 %), le Maghreb-Moyen-Orient (76 %) et l’Amérique du Nord (70,5 %). En 2002 également [29][29] Views of a Changing World, 2002, op. cit., dans les 35 pays de l’échantillon, une majorité des personnes interrogées estimaient que le commerce était une bonne chose pour leur pays. Il est tout de même intéressant de noter que le soutien du public en faveur du commerce a baissé entre 2002 et 2007 en particulier dans les pays industrialisés : Canada (- 4 points), République Tchèque (- 4), Corée du Sud (- 4), Allemagne (- 6), Royaume-Uni (- 9), France (- 10), Italie (- 12), États-Unis (- 19).

Tableau 2 - Pays les plus favorables au commerceTableau 2
14

Dans une autre étude, réalisée en 2006-2007, World Public Opinion 2007[30][30] Enquête réalisée pour le Chicago Council on Global..., une majorité des personnes interrogées dans les 14 pays sondés estime que le commerce est une bonne chose pour l’économie de leur pays, mais aussi pour les entreprises de leur pays. Les personnes interrogées considèrent majoritairement dans 13 de ces pays, en dehors des Argentins, que le commerce est une bonne chose pour des consommateurs comme eux, et dans 12 pays, en dehors des Argentins et des Russes, qu’il est une bonne chose pour leur niveau de vie. Il est à noter que, dans les deux cas, les Argentins et les Russes qui ont répondu sont plus nombreux à avoir une vision positive du commerce que ceux qui en ont une vision négative. Le nombre de personnes qui n’ont pas répondu à ces deux dernières questions est cependant relativement important. Il est souvent supérieur à 20 % notamment pour les pays de l’échantillon d’Europe orientale et de l’ex-espace soviétique et pour l’Argentine. Enfin, les opinions sont également favorables au commerce international dans une enquête du German Marshall Fund of the United States, Transatlantic Trade and Poverty Reduction Survey[31][31] GMF, « Transatlantic Trade and Poverty Reduction Survey »,..., réalisée dans plusieurs pays européens et aux États-Unis. En 2007, dans les 7 pays de l’échantillon, une majorité des personnes interrogées, souvent assez nette, avait une vision favorable du commerce – de 65 % des Français ou des Américains interrogés à 86 % des Italiens –, tandis que les personnes qui en avaient une vision défavorable étaient assez peu nombreuses – de 14 % des Polonais interrogés à 33 % des Français. La liberté de circulation des biens, des services et des personnes au sein de l’Union européenne pour les pays européens et des biens et des services au sein de l’ALENA pour les États-Unis font également l’objet d’une perception majoritairement favorable dans les différents pays de l’échantillon de la même enquête. Une large majorité des personnes interrogées dans ces 7 pays se montrait tout autant favorable à un renforcement du libre-échange. Enfin, dans 6 de ces 7 pays, en dehors des Français sondés, une majorité estimait que ce renforcement permettrait d’accroître la prospérité à la fois dans leur pays et dans le monde.

Une vision plutôt partagée de la mondialisation

15

Cela ne signifie pas pour autant qu’il existe un consensus de l’opinion publique dans le monde sur la mondialisation, surtout sur les conséquences sociales et environnementales de ce processus et du commerce. La mondialisation en tant que telle semble faire, en effet, l’objet d’un point de vue plus partagé du public.

16

Certes, l’enquête World Public Opinion 2007[32][32] Op. cit. indique qu’une majorité des personnes interrogées dans 15 des 18 pays sondés considère la mondialisation et tout particulièrement les relations croissantes de l’économie de leur pays avec celle des autres plutôt comme une bonne chose pour celui-ci. Dans aucun pays de l’échantillon, le nombre de personnes ayant une vision négative ne dépasse celles qui en ont une vision positive. Les pays où la population sondée semble la plus enthousiaste sont la Chine (87 %), la Corée du Sud (86 %) et Israël (82 %). On doit noter néanmoins qu’aucun pays africain ne figure dans l’échantillon et que le nombre de personnes qui ne se prononcent pas est souvent important. C’est le cas des pays d’Europe orientale au sens large – Russie (34 %), Ukraine (34 %), Pologne (27 %) –, mais aussi de l’Argentine (23 %) et des Philippines (20 %). Par ailleurs, la question sur les « relations croissantes de l’économie de leur pays avec celle des autres » semble renvoyer davantage aux relations commerciales qu’à la mondialisation en tant que telle et donc susciter des réponses plutôt favorables comme on a pu le voir à propos des perceptions du commerce international. Par ailleurs, cette façon de définir la mondialisation dans la question peut paraître relativement biaisée, notamment si l’on juge les résultats d’autres enquêtes où les questions sont formulées d’une façon un peu plus « neutre ». Ainsi, l’enquête Voice of the People 2006[33][33] « Views of Globalisation from around the World », enquête... indique que, pour 38 % de l’ensemble des personnes interrogées, la mondialisation est une bonne chose pour leur pays ; que pour 15 % d’entre elles, elle est une mauvaise chose ; que pour 31 % d’entre elles, elle n’est ni bonne, ni mauvaise ; tandis que 16 % ne se prononcent pas. Si les Africains (71 %) et les Asiatiques (52 %) sondés y sont favorables, en revanche, les résultats sont beaucoup plus partagés pour les Européens et les Nord-Américains (voir tableau 3). Le décalage des points de vue entre le « Nord » – Europe occidentale, Amérique du Nord, Europe centrale et orientale – et le « Sud » – Afrique, Asie-Pacifique – semble assez notable de ce point de vue, l’Amérique latine se situant quelque peu entre les deux.

Tableau 3 - Points de vue sur la mondialisation, en %Tableau 3
17

Ces résultats partagés sont confirmés par les résultats de l’enquête Transatlantic Trade and Poverty Reduction Survey[34][34] Op. cit. réalisée dans plusieurs pays européens et aux États-Unis (voir tableau 4). Si, globalement, les opinions favorables tendent à dépasser les opinions défavorables dans les 7 pays de l’échantillon, les résultats sont néanmoins très partagés et le nombre de personnes qui ont une vision négative de la mondialisation apparaît très important. En tout cas, ces résultats sont très différents de l’opinion sur le commerce international que l’on a pu identifier dans cette même enquête.

18

Les enquêtes menées à l’échelle européenne indiquent également qu’il n’existe pas réellement de consensus sur le sujet. Leurs résultats paraissent d’autant plus significatifs que la question posée – « lorsque vous entendez le mot “mondialisation”, à quoi pensez-vous en premier lieu ? » – paraît beaucoup moins biaisée que celle du World Public Opinion 2007 par exemple. Or, les réponses à cette question sont, elles aussi, partagées. En 2008, pour les Européens interrogés [35][35] Commission, « L’opinion publique dans l’Union européenne »,..., la mondialisation renvoie d’abord aux délocalisations de certaines entreprises vers des pays où la main-d’œuvre est moins chère (41 %), puis aux investissements étrangers dans notre pays (16 %), aux opportunités en termes de nouveaux débouchés pour les entreprises de notre pays (16 %) et à une concurrence accrue pour les entreprises (13 %). En 2007 [36][36] Commission, « L’opinion publique dans l’Union européenne »,..., les résultats étaient assez proches : délocalisations (35 %), opportunités (22 %), concurrence accrue (15 %), investissements étrangers dans notre pays (14 %). Les points de vue étaient alors assez tranchés entre, d’une part, les pays où la population sondée privilégiait les délocalisations dans leur perception de la mondialisation – France (57 %), Grèce (50 %), Allemagne (46 %), Autriche (46 %), Finlande (46 %), Luxembourg (45 %), Belgique (44 %) – et, d’autre part, les pays où celle-ci donnait la priorité aux opportunités – Danemark (47 %), Suède (41 %), Pays-Bas (34 %). Une autre question générale sur la mondialisation posée dans les enquêtes européennes donne des résultats aussi très partagés : « la mondialisation constitue-t-elle une bonne opportunité pour les entreprises de notre pays grâce à l’ouverture des marchés ou bien une menace pour l’emploi et les entreprises de notre pays ? ». 39 % des personnes interrogées choisissent la première option et 43 % la seconde option [37][37] Eurobaromètre Standard 69, op. cit.. La mondialisation apparaît ainsi comme une opportunité pour une majorité de la population sondée de pays scandinaves ou traditionnellement « commerçants » – Danemark (78 %), Suède (64 %), Pays-Bas (63 %) –, de certains des nouveaux entrants de 2004 – Slovaquie (56 %), Malte (54 %), Estonie (51 %) – et d’un pays candidat – Macédoine (57 %). Elle est perçue comme une menace principalement par d’anciens membres de l’UE – Grèce (67 %), France (66 %), Luxembourg (61 %), Belgique (58 %), Autriche (56 %), Portugal (53 %), Allemagne (50 %) –, mais aussi par quelques nouveaux membres depuis 2004 – Chypre (62 %), Hongrie (56 %), Lettonie (54 %). Il est à noter que les personnes qui ne se prononcent pas sur cette question sont relativement nombreuses dans certains pays, notamment dans la partie Sud-est du continent : Turquie (45 %), Roumanie (36 %), Lituanie (34 %), Bulgarie (32 %), Espagne (31 %).

Tableau 4 - Perceptions de la mondialisation 2005-2007, en %Tableau 4
19

Dans ces enquêtes, le nombre de personnes qui ne se prononcent pas sur la mondialisation apparaît relativement significatif. C’est tout particulièrement le cas des populations interrogées en Europe centrale et orientale et dans l’ex-Union soviétique. Ainsi, dans l’enquête Eurobaromètre de 2008 [38][38] Eurobaromètre Standard 69, op. cit., les taux de non-réponses des personnes interrogées en Bulgarie et en Roumanie, par exemple, dépassent 25 % pour chaque question dans la partie consacrée à la mondialisation. Cela tendrait à indiquer que le concept de « mondialisation » n’est pas particulièrement évocateur pour la population de ces pays. Cela peut s’expliquer par le fait que, jusqu’à la fin des années 1990, les pays de l’Europe de l’Est étaient politiquement et économiquement isolés des processus de la globalisation économique, libérale et occidentale, se déroulant de l’autre côté du mur de Berlin. Cet isolement était encore plus marqué pour la Bulgarie de Jivkov et la Roumanie de Ceausescu, et ce, pour des raisons différentes. Ainsi, lorsque les pays de l’Europe de l’Est se sont ouverts en 1989 à la globalisation économique occidentale, les populations locales ont vite assimilé celle-ci au processus d’européanisation, voire d’intégration européenne, et plus globalement au processus de transition économique. Le terme « globalisation » lui-même était d’ailleurs rarement prononcé dans les médias ou par les hommes politiques au début des années 1990, ces derniers parlant plus d’une période de « transformation » ou de « transition », comme on l’appelle encore aujourd’hui en Bulgarie. Un autre facteur expliquant cette méconnaissance de la mondialisation découle du fait que le débat académique sur les définitions et les théories de la mondialisation n’a jamais eu lieu dans ces pays [39][39] Dans une étude comparée sur les discours français et.... Certes, dans le milieu académique, la problématique est connue grâce à la traduction de certains des ouvrages constitutifs du débat académique anglo-saxon sur la mondialisation, mais il manque un débat national tant intellectuel que public sur ces questions.

Une mondialisation source d’inquiétudes

20

Une première forme d’inquiétude assez répandue à propos de la mondialisation réside dans le fait que ce processus irait trop vite. Ainsi, dans une enquête GlobeScan réalisée en 2007-2008 [40][40] Enquête GlobeScan pour BBC World Service et le Program..., sur l’ensemble des personnes qui ont été interrogées dans 34 pays, 50 % estiment que la mondialisation va trop vite (et même 19 % qu’elle va bien trop vite), tandis que 35 % pensent, au contraire, qu’elle ne va pas assez vite. Parmi les pays où la population sondée considère que la mondialisation va trop vite, on peut trouver celle de pays industrialisés (Australie, Canada, Espagne, France, et dans une moindre mesure, Allemagne, États-Unis, Italie, Royaume-Uni), de pays arabes (Égypte, Émirats arabes unis, Liban), mais aussi, de façon notable, de pays asiatiques (Chine et, dans une moindre mesure, Corée du Sud, Inde et Japon). En revanche, dans de nombreux pays émergents notamment, une majorité de la population sondée estime que la mondialisation ne va pas assez vite : Brésil, Indonésie, Philippines, Turquie (pays auxquels on doit rajouter le Portugal). Il est malgré tout assez significatif de noter qu’une majorité de la population interrogée dans les principales économies dans le monde – pays du G7, Australie, Espagne, Chine, Inde, Corée du Sud – estime que la mondialisation va trop vite et même qu’au moins 19 % des sondés en Australie, au Canada, en Chine, en Espagne, aux États-Unis, en France, en Inde ou en Italie pensent qu’elle va bien trop vite.

21

Les réticences manifestées à l’égard de la mondialisation proviennent aussi en grande partie des inquiétudes relatives à son impact social et environnemental. Les enquêtes tendent d’ailleurs à révéler une certaine forme de clivage Nord-Sud de ce point de vue ou plutôt entre pays émergents et en transition et pays industrialisés. Dans l’enquête World Public Opinion[41][41] Op. cit., une majorité des personnes interrogées de 12 des 14 pays de l’échantillon estime que le commerce international est une bonne chose pour la création d’emploi. Il est malgré tout intéressant de noter le contraste assez frappant entre, d’une part, les économies émergentes ou à croissance rapide où les points de vue sont les plus favorables (Israël, Mexique, Thaïlande, Chine, Pologne) et, d’autre part, les deux seuls pays industrialisés depuis longtemps où la vision négative est largement majoritaire (États-Unis, France). Les perceptions sont encore plus partagées sur les conséquences du commerce international sur la sécurité de l’emploi et surtout sur l’environnement. On trouve une majorité ayant une vision positive dans 8 des 13 pays de l’échantillon dans le premier cas et dans seulement 4 des 14 pays dans le second cas. Une part notable des personnes interrogées exprime néanmoins un point de vue négatif sur l’impact du commerce sur la sécurité de l’emploi – Russie (32 %), Inde (37 %), Argentine (39 %), Corée du Sud (47 %), États-Unis (67 %), France (80 %) – et sur l’environnement – territoires palestiniens (32 %), Inde (34 %), Thaïlande (35 %), Arménie (36 %), Mexique (41 %), Russie (44 %), Argentine (46 %), Corée du Sud (49 %), États-Unis (49 %), France (66 %). C’est dans les pays les plus industrialisés de l’échantillon (Corée du Sud, États-Unis, France) que les inquiétudes sont d’ailleurs le plus ouvertement exprimées sur ces questions, alors que les pays émergents et en transition se montrent les plus optimistes : une large majorité des Chinois, des Israéliens, des Mexicains, des Polonais et des Thaïlandais interrogés estiment que le commerce international a un impact positif sur la création d’emploi ; une importante majorité de Chinois, d’Israéliens et de Thaïlandais considèrent qu’il a des conséquences positives sur la sécurité de l’emploi ; et une majorité de Chinois, d’Indiens, d’Israéliens et de Palestiniens qu’il a un impact positif sur l’environnement. Dans l’enquête Transatlantic Trade and Poverty Reduction Survey[42][42] Op. cit., qui ne concerne que des pays européens et les États-Unis, on peut remarquer que le public paraît assez partagé sur les conséquences d’un renforcement du libre-échange sur l’emploi. Une majorité des Américains interrogés (57 %), de Français (59 %) et de Slovaques (52 %) estiment ainsi que cela détruit plus d’emplois que cela n’en crée. Le nombre de personnes interrogées qui partagent ce point de vue dans les autres pays de l’échantillon est également important : Allemagne (41 %), Royaume-Uni (43 %), Italie (43 %), Pologne (44 %). Seuls les Allemands interrogés sont une majorité à penser que le libre-échange crée plus d’emplois qu’il n’en détruit. Ce n’est sans doute pas un hasard puisque l’Allemagne est la première puissance exportatrice dans le monde et, on le sait, la croissance économique du pays a été portée ces dernières années par la croissance des exportations.

22

Une autre source d’inquiétude à propos de la mondialisation réside dans le fait que celle-ci favoriserait une concentration des richesses. L’enquête Voice of the People 2006 indique ainsi que, pour 58 % des personnes interrogées dans les 64 pays de l’échantillon, la mondialisation bénéficierait d’abord aux riches, contre seulement 5 % qui pensent qu’elle favoriserait les pauvres et 21 % les deux à égalité. Ce sont les populations sondées dans les régions du Nord qui soutiennent le plus l’idée que la mondialisation bénéficierait aux riches – Europe occidentale (76 %), Amérique du Nord (66 %) –, tandis que celles des autres régions ont un point de vue plus mesuré même si elles partagent globalement cette idée – Amérique latine (58 %), Afrique (56 %) et Asie-Pacifique (52 %). La population d’Europe centrale et orientale semble plus indécise avec seulement 40 % de point de vue dans ce sens, mais avec 33 % de personnes qui ne se prononcent pas. La part des personnes interrogées qui considèrent que la mondialisation bénéficie aux pauvres est extrêmement faible : de 2 % en Europe à 7 % dans la région Asie-Pacifique. Dans l’enquête GlobeScan réalisée en 2007-2008 [43][43] Op. cit., 64 % de l’ensemble des personnes interrogées et une majorité d’entre elles dans 27 des 34 pays estiment également que les bénéfices et les coûts du développement économique des dernières années n’ont pas été partagés de façon équitable dans leur pays. C’est tout particulièrement le cas au Chili, en Corée du Sud, en Israël, en Italie, au Japon, au Liban, aux Philippines, au Portugal et en Turquie. Les seuls pays où l’économie nationale est perçue comme équitable sont l’Australie, le Canada, la Chine, les Émirats arabes unis, le Ghana et le Nigeria. Une enquête européenne de 2008 [44][44] Eurobaromètre Standard 69, op. cit. indique également que, pour 63 % des Européens interrogés, la mondialisation profite uniquement aux grandes entreprises et pas aux citoyens (contre 22 % qui pensent le contraire).

23

Enfin, la mondialisation fait tout particulièrement l’objet d’une inquiétude dans les pays du Nord en raison des délocalisations d’activités d’entreprises vers des pays à faible coût de main-d’œuvre et, plus largement, du développement de l’investissement étranger. Cela tend même à affecter l’image que le public a des entreprises multinationales. Les contrastes Nord-Sud sont souvent assez marqués de ce point de vue.

24

Dans l’enquête Voice of the People 2006, 51 % des personnes interrogées dans les 64 pays de l’échantillon considèrent que l’investissement étranger est nécessaire et positif, contre 32 % qui pensent que celui-ci est dangereux. Les contrastes sont cependant très nets sur cette question selon les régions : 74 % d’avis positif en Afrique, 57 % en Europe occidentale, 56 % en Amérique latine, 49 % en Asie-Pacifique, 45 % en Europe centrale et orientale et seulement 38 % en Amérique du Nord où 43 % des personnes sondées voient l’investissement étranger comme dangereux. Au moins un tiers des répondants partagent ce dernier point de vue en Europe centrale et orientale (36 %), en Europe occidentale (34 %) et en Amérique latine (33 %). L’image des entreprises multinationales, qui sont les principaux acteurs de l’investissement international, apparaît ainsi contrastée selon les régions. Dans l’enquête 47-Nation Pew Global Attitudes Survey, le point de vue sur l’influence positive des grandes entreprises de pays étrangers dans le pays des personnes sondées apparaît partagé. La vision des entreprises multinationales est très positive dans tous les pays du Sud et dans ceux d’Europe orientale (voir tableau 5). On peut remarquer que figurent parmi ces pays ceux qui bénéficient le plus d’investissements directs étrangers (Asie, Europe orientale, Brésil, Mexique, etc.) et sans doute ceux qui souhaiteraient en obtenir davantage (l’Afrique subsaharienne et, dans une moindre mesure, le monde arabe). En revanche, les ressortissants de grands pays industrialisés se montrent plus réservés vis-à-vis des entreprises étrangères. Les points de vue sont en tout cas beaucoup plus partagés en la matière : France (55 % d’avis négatifs, 44 % d’avis positifs), Italie (49 %, contre 38 %), Allemagne (47 %, contre 48 %), États-Unis (45 %, contre 45 %), Canada (44 %, contre 48 %), Royaume-Uni (41 %, contre 49 %). On peut également remarquer que si la vision des entreprises étrangères s’est améliorée entre 2002 et 2007 dans différents pays du Sud – Bangladesh (+ 27), Jordanie (+17), Argentine (+14), Inde (+12), Pakistan (+10), Brésil (+7), Liban (+7), Nigeria (+7) ou en Pologne (+17), en revanche, elle s’est dégradée dans les principaux pays industrialisés – États-Unis (-5), France (-6), Canada (-7), Japon (- 9), Allemagne (-10), Royaume-Uni (-12), Italie (-13) –, mais aussi de façon assez notable en Chine (-12).

25

Une enquête GlobeScan réalisée en 2005-2006 [45][45] Enquête GlobeScan pour BBC World Service et le Program... indiquait déjà que les soutiens les plus nets des firmes multinationales se trouvaient dans des pays asiatiques (Corée du Sud, Inde, Indonésie, Philippines) et africains (Nigeria, Sénégal, Tanzanie). En revanche, les points de vue négatifs étaient les plus nombreux dans les pays industrialisés (France, Royaume-Uni, Australie ou Italie). Ces perceptions contrastées valaient aussi en grande partie pour la Banque mondiale et le Fonds monétaire international [46][46] Voir résultats dans la même enquête, op. cit.. Elles opposent en particulier, d’un côté, les Africains interrogés plutôt favorables et, de l’autre, les Européens et les Nord-Américains, beaucoup plus critiques, même si le nombre de personnes qui ne se prononcent pas est très élevé dans les deux cas. Enfin, l’enquête Transatlantic Trade and Poverty Reduction Survey[47][47] Op. cit. indique également que le nombre de personnes qui ont une opinion défavorable des entreprises étrangères investissant dans leur pays n’est pas négligeable, en particulier en France (38 %, contre 59 % d’opinions favorables) et aux États-Unis (40 %, contre 53 % d’opinion favorables). Il convient néanmoins de reconnaître que, dans les 6 pays européens de l’échantillon et aux États-Unis, une majorité des personnes interrogées ont une vision favorable de l’investissement des entreprises étrangères sur leur sol.

Tableau 5 - Vision positive de l’image des grandes entreprises de pays étrangersTableau 5
26

On l’a vu, pour une grande partie des Européens sondés, et tout particulièrement pour les Européens de l’Ouest, la mondialisation signifie en premier lieu les délocalisations de certaines entreprises vers des pays où la main-d’œuvre est moins chère. Or, ces délocalisations sont perçues avec méfiance d’autant plus que 72 % des Européens interrogés estiment que les entreprises délocalisent avant tout pour augmenter leur profit, contre 17 % qui considèrent que celles-ci n’ont pas d’autre choix si elles veulent éviter de fermer [48][48] Eurobaromètre Standard 69, op. cit.. Les enquêtes d’opinion indiquent que les Américains sont également très préoccupés par l’outsourcing, l’externalisation de l’activité des cols blancs dans des pays à faible coût de main-d’œuvre. En 2004, par exemple, une enquête [49][49] Global Views 2004. American Public Opinion and Foreign... indiquait que, pour 72 % des personnes interrogées aux États-Unis, l’outsourcing était une mauvaise chose. Dans l’enquête Transatlantic Trade and Poverty Reduction Survey[50][50] Op. cit., les délocalisations (outsourcing to another country) sont d’ailleurs désignées comme le premier responsable des pertes d’emploi national par une très forte proportion des personnes interrogées dans les pays d’Europe occidentale – Allemagne (54 %), Italie (47 %), France (44 %), Royaume-Uni (31 %) – et aux États-Unis (44 %). On doit remarquer qu’une autre cause de pertes d’emploi souvent mentionnée est l’immigration. C’est notamment le cas au Royaume-Uni (22 %), en Pologne (21 %), en Italie (13 %), en Slovaquie (12 %) et aux États-Unis (11 %). Si l’on rajoute les délocalisations et l’immigration, on peut voir que les principales causes de chômage pour les populations interrogées sont liées à l’étranger. C’est le cas pour 60 % d’entre elles en Allemagne et en Italie, 55 % aux États-Unis, 53 % au Royaume-Uni et 50 % en France. Il est à noter qu’un nombre très faible de personnes mentionne le commerce international comme origine des destructions d’emplois.

La perception de la mondialisation en tant que processus d’ouverture culturelle

27

Les préoccupations liées à la mondialisation n’ont pas trait, en effet, qu’aux seuls intérêts matériels, elles concernent également les valeurs et l’identité et par conséquent le rapport plus général aux étrangers, notamment sur le territoire des personnes interrogées, comme les migrants. Or, les résultats des enquêtes d’opinion tendent à indiquer que, pour une partie notable de la population sondée, la mondialisation constitue un facteur d’insécurité identitaire.

28

Dans l’enquête 47-Nation Pew Global Attitudes Survey, les personnes interrogées sont, en effet, une majorité dans tous les pays de l’échantillon, en dehors de la Suède, à considérer que leur mode de vie traditionnel est menacé. Les taux dépassent souvent 80 %, que ce soit en Afrique – Mali (94 %), Tanzanie (89 %), Nigeria (88 %), Kenya (87 %), Côte d’Ivoire (86 %), Ghana (85 %), Ouganda (85 %), Sénégal (83 %), Éthiopie (82 %) –, en Amérique latine – Argentine (86 %), Brésil (84 %), Chili (84 %), Mexique (81 %), Venezuela (80 %) – ou en Asie – Bangladesh (92 %), Corée du Sud (92 %). De même, en dehors des Suédois, une majorité dans les 46 autres pays de l’échantillon considère que leur mode de vie doit être protégé des influences étrangères. Les taux les plus élevés se situent en Asie (voir tableau 6), en Afrique subsaharienne, dans le monde arabe et au Moyen-Orient, ainsi qu’en Italie (80 %). D’ailleurs, à la question « êtes-vous d’accord avec l’affirmation selon laquelle notre culture est supérieure à celle des autres ? », les personnes interrogées dans la plupart des pays, en dehors des Suédois, des Britanniques, des Français et des Allemands interrogés, répondent par l’affirmative. Les chiffres peuvent dépasser 80 % dans certains cas : Inde (93 %), Indonésie (89 %), Tanzanie (87 %), Bangladesh (86 %), Corée du Sud (86 %), Pakistan (82 %), Éthiopie (82 %), Bulgarie (81 %), Turquie (80 %).

Tableau 6 - Perception par l’opinion publique du rapport à l’étrangerTableau 6
29

Bien évidemment ce rapport très méfiant vis-à-vis de tout ce qui peut venir de l’étranger vaut tout particulièrement pour la perception des migrants. On a pu le voir dans l’enquête Transatlantic Trade and Poverty Reduction Survey où l’immigration était dénoncée comme l’une des principales causes de chômage. À la question « êtes-vous d’accord avec l’idée de rendre plus restrictif et de renforcer les contrôles à l’entrée des personnes étrangères dans notre pays ? », la majorité de 44 des 47 pays sondés dans l’enquête 47-Nation Pew Global Attitudes Survey répond par l’affirmative. Seuls les Sud-Coréens, les Japonais et les Palestiniens sondés ne sont pas une majorité à être d’accord avec cette affirmation. Les taux sont particulièrement élevés en Afrique subsaharienne, en Asie, en Europe, ainsi qu’en Turquie (77 %), au Venezuela (77 %), et aux États-Unis (75 %). On peut tout de même observer entre 2002 et 2007 une réduction de la volonté de durcir les mesures contre l’immigration dans plusieurs pays industrialisés – Royaume-Uni (- 4), États-Unis (- 6), Canada (- 7), France (- 7), République Tchèque (- 7), Pologne (- 7), Slovaquie (- 10), Corée du Sud (- 12) – et en Amérique latine – Mexique (- 5), Bolivie (- 6), Argentine (- 6), Venezuela (- 8), Pérou (- 18). Il semble cependant exister une certaine forme de lien entre la volonté de préserver son mode de vie des influences étrangères, le fait de considérer sa culture comme supérieure à celle des autres pays et de prôner une plus grande fermeté vis-à-vis de l’immigration (voir tableau 6).

30

L’enquête Transatlantic Trade and Poverty Reduction Survey[51][51] Op. cit. indique également que, pour une majorité de 5 des 7 pays de l’échantillon, l’immigration doit être limitée. C’est notamment le cas pour 65 % des Britanniques interrogés et 62 % des Américains interrogés. Ils sont aussi une large majorité dans 6 des 7 pays à estimer que l’immigration de travailleurs réduit le salaire des travailleurs non qualifiés, une majorité dans 5 des 7 pays à considérer qu’elle limite les possibilités d’emploi pour les travailleurs nationaux, et une large majorité dans les 7 pays à affirmer que les travailleurs immigrants sont souvent des charges pour les services sociaux.

Une aspiration à une mondialisation plus régulée

31

L’un des enseignements de ces enquêtes est par conséquent le souhait exprimé par une grande partie de l’opinion de voir la mondialisation davantage régulée. L’idée, en particulier véhiculée par le « consensus de Washington [52][52] Ce qui a été appelé « consensus de Washington » correspond... », selon laquelle le marché doit être laissé à lui-même en dehors de toute intervention de l’État et que sa seule autorégulation suffit à garantir prospérité et stabilité ne semble plus réellement faire l’objet d’un consensus au sein de l’opinion. Les réactions aux tourments financiers provoqués par la crise des subprimes en sont l’un des meilleurs symptômes récents. Dans les enquêtes, même si elles acceptent largement l’économie de marché, les personnes interrogées souhaitent que l’État joue un certain rôle de régulation, notamment afin de venir en aide aux populations défavorisées. Ainsi, dans l’enquête GlobeScan de 2007 [53][53] Enquête réalisée par GlobeScan pour le PIPA, op. c..., la majorité des personnes interrogées de 16 des 18 des pays de l’échantillon estiment que le système de libre entreprise et l’économie de marché fonctionnent au mieux dans l’intérêt de la société lorsqu’ils sont accompagnés par de fortes régulations gouvernementales. Seuls les Turcs et les Brésiliens interrogés ne sont pas une majorité à partager pas ce point de vue. En outre, dans l’enquête 47-Nation Pew Global Attitudes Survey, à la question « êtes-vous d’accord avec le fait qu’il est de la responsabilité de l’État de s’occuper des populations les plus nécessiteuses ? », une très large majorité des personnes interrogées dans les 47 pays sondés répondent favorablement et même les personnes interrogées de plusieurs pays se montrent majoritairement tout à fait d’accord, et ce, dans tous les continents : en Afrique subsaharienne – Tanzanie (73 %), Sénégal (68 %), Nigeria (66 %), Côte d’Ivoire (65 %), Mali (61 %), Kenya (58 %), Éthiopie (57 %), Ouganda (54 %) -, dans le monde arabe et au Moyen-Orient – Koweït (70 %), territoires palestiniens (68 %), Maroc (67 %), Turquie (62 %), Liban (60 %), Israël (60 %) –, en Europe au sens large – Bulgarie (67 %), Ukraine (64 %), République Tchèque (58 %), Russie (57 %), Suède (56 %), Pologne (54 %), Espagne (53 %), Royaume-Uni (53 %), Allemagne (52 %) – et dans une moindre mesure en Asie – Bangladesh (65 %), Pakistan (58 %), Inde (57 %), Malaisie (54 %) – et en Amérique latine – Brésil (60 %), Argentine (55 %), Chili (54 %).

32

Par ailleurs, même si l’opinion soutient largement le commerce international, elle souhaite que les accords commerciaux incluent des normes minimales sur le plan social et environnemental. Cette « maîtrise » de certains excès de la mondialisation passerait, en effet, aux yeux de l’opinion par le respect de normes minimales de travail et de protection de l’environnement. Dans l’enquête World Public Opinion[54][54] Op. cit., une majorité, souvent très large, des personnes interrogées dans l’ensemble des pays de l’échantillon (10 pays) soutiennent ainsi l’idée de normes minimales en matière de conditions de travail et de protection de l’environnement dans les accords commerciaux. C’est tout particulièrement le cas en Argentine, aux États-Unis, en Israël, en Pologne et en Ukraine où les taux d’approbation dépassent 85 %. Il est à noter que les Chinois interrogés, et dans une bien moindre mesure, les Indiens partagent ce point de vue. Dans l’enquête Transatlantic Trade and Poverty Reduction Survey[55][55] Op. cit., une large majorité des personnes interrogées dans les 7 pays de l’échantillon (pays européens et États-Unis) soutient également l’idée que des normes de travail et environnementales devraient être incluses dans les accords commerciaux avec les pays en développement.

33

Pour les Européens, l’Union européenne est généralement considérée comme l’instrument privilégié pour réguler la mondialisation. Ainsi, dans une enquête Eurobaromètre de 2003 spécifiquement consacrée à la mondialisation [56][56] Op. cit., 62 % des Européens interrogées estimaient que ce processus pouvait être efficacement contrôlé et réglementé, 56 % d’entre eux considéraient qu’il fallait renforcer la réglementation actuelle pour encadrer le développement de la mondialisation et 61 % faisaient confiance à l’UE pour garantir que la mondialisation aille dans la bonne direction. Celle-ci était d’ailleurs l’acteur en qui les Européens faisaient le plus confiance de ce point de vue, à la différence notable des gouvernements nationaux (taux de confiance de 45 %), des milieux financiers (33 %), des entreprises multinationales (31 %) ou des États-Unis (28 %). On peut supposer que l’UE continue à être perçue comme le meilleur moyen de réguler la mondialisation, même si on peut s’interroger cependant sur la validité de ces résultats dans une Europe de l’après-élargissements et alors que le débat sur les délocalisations vers les nouveaux États membres fait rage. La confiance qu’une partie de la population ouest européenne pouvait avoir dans la capacité ou même la volonté de l’UE de réguler la mondialisation a dû être certainement rognée. En témoignent les résultats de l’Eurobaromètre standard de 2008 [57][57] Eurobaromètre Standard 69, op. cit.. Dans cette enquête, 44 % des Européens interrogés considèrent que l’Union les aide à les protéger des effets négatifs de la mondialisation, mais pas moins de 35 % d’entre eux ne suivent pas ce point de vue. Il convient d’ailleurs de remarquer que les pays où la population sondée est majoritairement d’accord avec cette affirmation sont aussi souvent les pays où l’opinion est la plus favorable à la mondialisation : Danemark (62 %), Belgique (61 %), Pays-Bas (59 %), Suède (53 %), Portugal (52 %). Bien évidemment, les pays où le nombre de personnes en désaccord avec cette affirmation est le plus important sont aussi ceux qui se montrent le plus inquiets vis-à-vis de la mondialisation : Grèce (56 %), Autriche (54 %), Lituanie (50 %), France (48 %), Slovénie (47 %), Allemagne (44 %), Finlande (43 %), République tchèque (41 %), Hongrie (41 %) et Luxembourg (40 %). On l’a vu, les pays européens où la population assimilait le plus la mondialisation aux délocalisations étaient justement la France, la Grèce, l’Allemagne, la Finlande et le Luxembourg. Il semble donc bien que l’UE soit perçue dans ces pays par une partie de l’opinion comme un facteur d’accélération de la mondialisation qui favoriserait les délocalisations, notamment en direction des nouveaux membres d’Europe centrale et orientale, plutôt que comme un facteur de protection vis-à-vis des excès de ce processus.

Le grand retour des questions sociales et nationales

34

L’interprétation des résultats des diverses enquêtes d’opinion que nous avons étudiées ici tend à indiquer que la vision « angélique » de la mondialisation, telle qu’elle était défendue par les globalistes, a vécu. On peut d’ailleurs se demander si elle n’a jamais existé aux yeux de l’opinion publique. Deux présupposés relatifs à la mondialisation paraissent, en effet, battus en brèche par ces résultats. Le premier est l’idée véhiculée par les « mondialo-enthousiastes » des années 1990 selon laquelle la mondialisation réglerait la question de la pauvreté. Elle est bien exprimée, par exemple, par le célèbre éditorialiste américain du New York Times, Thomas Friedman, qui affirmait dans son non moins célèbre ouvrage sur la mondialisation, The Lexus and the Olive Tree. Understanding Globalization : « L’idée-force derrière la mondialisation est le capitalisme de marché – plus vous laissez les forces de marché agir et plus vous ouvrez votre économie au libre-échange et à la concurrence, plus votre économie sera efficiente et florissante [58][58] Anchor Books, 2000. ». Or, les enquêtes d’opinion sur la mondialisation tendent à indiquer que ce processus suscite de nombreuses inquiétudes à propos de son impact sur l’emploi, le niveau des salaires ou des prix, les inégalités et la concentration des richesses. Non seulement, la « question sociale » ne semble pas réglée par la mondialisation, mais elle paraît même être ravivée par ce processus. La contestation altermondialiste en est certainement l’un des meilleurs symptômes.

35

Le second présupposé était tellement répandu qu’il en devenait une idée reçue. Il consistait à considérer que le processus de mondialisation marquait la fin des frontières et des économies nationales et, par-delà cette dimension économique, la fin des nations et que cela représentait une merveilleuse nouvelle pour tout un chacun. Le consultant en management japonais Kenichi Ohmae en était l’archétype, lui qui écrivait en 1990 : l’économie mondiale « devient si puissante […] qu’elle a fait presque disparaître les frontières nationales traditionnelles, et qu’elle tire la bureaucratie, l’armée et le milieu politique vers le statut de secteurs en déclin [59][59] The Borderless World, Harper Collins, 1990. ». Or, les enquêtes tendent à indiquer que la mondialisation est un facteur d’inquiétude pour une large partie de l’opinion car elle constitue une menace pour l’identité et les valeurs locales et nationales. Cela provoque un certain nombre de réticences vis-à-vis des influences culturelles et même économiques en provenance de l’étranger. La volonté de restreindre l’accès au territoire national aux migrants en est l’un des principaux symptômes. Ces inquiétudes nourrissent donc les mouvements nationalistes, intégristes ou d’extrême droite qui rejettent tous l’influence des étrangers et de la mondialisation censée être pernicieuse pour leur pays ou leurs traditions. Il correspond aussi en large partie à une nouvelle phase de l’actuel processus de mondialisation davantage marqué par la montée en puissance du nationalisme économique, du protectionnisme, des réticences face à l’activité des fonds souverains et aux délocalisations que par la volonté de dépasser l’État-nation et la dimension nationale des économies.

36

En définitive, si les « globalistes » souhaitaient que l’économie ne soit pas « corrompue » par la politique, l’opinion publique paraît au contraire plus encline à prôner une intervention de la politique dans la sphère économique en réinvestissant les questions sociale et nationale.

37

L’analyse des enquêtes d’opinion « globales » sur la mondialisation remet par conséquent en cause le point de vue des « globalistes », qui paraissait pourtant largement dominant, au moins jusqu’au début des années 2000, en particulier sur le caractère irréversible du processus de mondialisation. Cela ne signifie pas que les forces hostiles à ce processus soient majoritaires. Néanmoins, les inquiétudes exprimées à propos de ses conséquences matérielles et identitaires paraissent notables, en particulier au sein des pays industrialisés. Sa poursuite ne pourra donc être garantie sans heurts tant que les inquiétudes du public ne seront pas prises en compte et même levées. En outre, un consensus semble se dégager sur l’idée que ce processus va trop vite. On ne peut pas savoir, pour le moment, quel peut être l’impact de ce sentiment du public à l’égard de la mondialisation. En tout cas, le souhait d’une « pause » dans le processus de mondialisation semble dominer désormais dans plusieurs pays, notamment dans les principales économies mondiales. Ce sentiment correspond sans doute aussi aux craintes relatives à la montée d’une certaine forme de nationalisme économique, de protectionnisme, du rôle des grands pays émergents comme la Chine et l’Inde et des fonds souverains, mais aussi des préoccupations relatives aux crises énergétiques, alimentaires, financières et climatiques. Les inquiétudes paraissent, de ce point de vue, tout particulièrement prégnantes dans les pays occidentaux. La population semble percevoir, en effet, qu’à travers la mondialisation, une grande parenthèse historique se referme, celle de la domination à la fois économique, technologique et militaire de l’Occident sur le reste du monde. L’enjeu au cœur de la mondialisation, qui alimentait les deux premiers débats sur ce processus, ne paraît plus être l’extension du modèle capitaliste libéral américain à l’échelle du monde et ses conséquences, mais bien ce grand rééquilibrage au profit des pays émergents et sans doute la mise en cause d’un modèle de développement désormais incompatible avec les ressources énergétiques en voie d’extinction et la nécessité de lutter contre le réchauffement climatique. Le débat actuel sur la mondialisation, semble-t-il, ne porte donc plus désormais sur les grands modèles théoriques visant à expliquer sa réalité et ses caractéristiques (The First Globalization Debate), ni sur son impact et sa dimension proprement politique (The Second Globalization Debate). Il semble devoir désormais porter sur trois éléments fondamentaux. Le premier est l’interrogation sur la forme que pourrait prendre ce « monde multipolaire » qui est en gestation et qui remet en cause la domination séculaire de l’Occident sur le monde. Son émergence devrait être certainement accélérée par les difficultés actuellement rencontrées par les États-Unis. Les inquiétudes exprimées par une partie des opinions dans les pays occidentaux sont d’une certaine manière le reflet de cette crainte d’être les grands « perdants » du nouveau monde qui se met en place.

38

Le second élément est la nécessité pour le monde de faire face aux crises financière, alimentaire, énergétique et climatique en privilégiant une action à une échelle globale, la seule qui puisse être efficace, et la coopération sur le conflit afin de préserver la paix. Cela passe donc par une priorité nouvelle à accorder à une gouvernance globale et à une régulation de la mondialisation qui, jusqu’à présent, ont tardé à se mettre en place. Cette aspiration à la régulation de la mondialisation est exprimée dans les enquêtes d’opinion, tout comme la tentation d’un rejet des influences étrangères pour se réfugier dans un entre-soi rassurant dans un contexte de crise. Rien ne paraît donc jouer à l’avance de ce point de vue.

39

C’est la raison pour laquelle le troisième élément réside bien entendu dans la tension intrinsèque qui semble exister entre ce monde multipolaire naissant, et qui suscite des inquiétudes notamment dans les pays occidentaux, et la nécessaire recherche d’un consensus global pour pouvoir gérer des crises à l’échelle globale et dans la coopération alors que la tentation peut être le « chacun pour soi » dans une course folle dans la quête de ressources de plus en plus rares, qu’elles soient alimentaires ou énergétiques, ou dans une fuite en avant irresponsable (changement climatique). On semble donc bien sorti des illusions, largement idéologiques, projetées par les « globalistes » sur l’actuel processus de mondialisation car jamais la politique, au sens d’une action collective devant se situer au-dessus des intérêts particuliers et des égoïsmes de chacun, n’a été sans doute aussi nécessaire.

Notes

[1]

Anthony Giddens, Leslie Sklair, « The Globalization Debate », an interview taken from a series of lecture sessions on July 21, 2000 at the London School of Economics (LSE), www.fathom.com/course/10701014/session1.html.

[2]

Immanuel Wallerstein, Le système du monde du xve siècle à nos jours, deux tomes : Capitalisme et économie-monde. 1450-1640, tome I, Paris, Flammarion, 1980 ; Le mercantilisme et la consolidation de l’économie-monde européenne, 1600-1750, tome II, Paris, Flammarion, 1985.

[3]

Anthony Giddens, The Consequences of Modernity, Oxford, Polity Press, 1990 ; Modernity and Self-Identity. Oxford : Polity Press, 1991.

[4]

Martin Albrow, The Global Age. State and Society Beyond Modernity, 1996, Stanford University Press.

[5]

Zigmunt Baumann, Les coûts humain de la globalisation, Paris, Hachette Littérature, 1999.

[6]

Une grille d’analyse du débat théorique sur la globalisation articulée autour de cinq problématiques précises – « conceptualisation » ; « causality »?; « periodization », « propensity or degree of impact » et « socio-cultural consequences » –, est développée par David Held, Anthony McGrew, David Goldblatt, Jonathan Perraton (eds.), Global Transformations. Politics, Economics and Culture, Cambridge, Cambridge, Polity Press, 1999. Certains thèmes du débat sont repris et approfondis dans une collection d’articles dirigée par David Held, Anthony McGrew (eds.), The Global Transformations Reader. An Introduction to the Globalization Debate, Cambridge, Polity Press, 2000. Voir aussi Mike Featherstone, Scott Lash, Roland Robertson (eds.), Global Modernities, London, Sage Publications, 1995.

[7]

Frederic Jameson considère qu’il existe une causalité entre la « postmodernité » et « la globalisation » dans la mesure où le « postmodernisme » est né dans la dernière phase du capitalisme marquée par le processus de mondialisation comme une sorte de réaction contre la domination des lois du marché et l’imposition du consumérisme au niveau global négligeant les particularités locales et culturelles. Frederic Jameson, Postmodernism, or, The Cultural Logic of Late Capitalism, London, Verso, 1990. Sur ce sujet, voir aussi David Harvey, The Condition of Postmodernity, Oxford, Blackwell, 1989.

[8]

L’expression fait allusion au titre de l’ouvrage d’Alain Minc, La mondialisation heureuse, Paris, 1993.

[9]

En référence à l’ouvrage de Thomas Friedman, devenu un best-seller aux États-Unis, The World Is Flat. A Brief History of the 21st Century, ICM Corporation, London, 2006 (La Terre est plate. Une brève histoire du XXIe siècle, Ed. Saint-Simon 2006, pour la traduction française).

[10]

Les transformalistes sont souvent aussi appelés « réformistes ». Ils sont représentés sur le plan politique par les sociaux-démocrates.

[11]

David Held, Democracy and Global Order. From the Modern State to Cosmopolitan Governance, London, Polity Press, 1995.

[12]

Anthony Giddens, The Second Globalization Debate, A talk with A. Giddens by John Brockman, the EDGE organization, 2000, www.edge.org/3rd_culture/giddens/giddens_index.html.

[13]

David Held et Paul Hirst, « Globalisation After 11 September : The Argument of Our Time ». An Open Democracy Dialogue, 2002, www.opendemocracy.net/document_store/Doc1009-5.pdf.

[14]

Felix Kolb, « The Impact of Transnational Protest on Social Movement Organizations : Mass Media and the Making of ATTAC Germany », Donatella Della Porta et Sidney Tarrow, Transnational Protest and Global Activism. Rowman & Littlefield, 2004.

[15]

Voir notamment Eddy Fougier, « Perceptions de la mondialisation aux États-Unis et en France », Politique étrangère, 3, juillet-septembre 2001.

[16]

Commission européenne, « Mondialisation », Flash Eurobaromètre 151b, enquête réalisée en octobre 2003.

[17]

Enquête réalisée auprès de 45 200 personnes dans 47 pays entre avril et mai 2007 pour le Pew Research Center.

[18]

Enquête réalisée par GlobeScan auprès d’environ 9 400 personnes dans 18 pays entre mai et août 2007 pour le Program on International Policy Attitudes (PIPA).

[19]

« Views of a Changing World », enquête réalisée en décembre 2002 dans le cadre du Pew Global Attitudes Project.

[20]

Enquête GlobeScan Report on Issues and Reputation réalisée entre juin et août 2005 dans 20 pays.

[21]

Sur la perception assez spécifique des Français sur la mondialisation, voir notamment Fougier, 2001, op. cit., Bruno Cautres, « Les Français face à la mondialisation », dans Elvire Fabri (dir.), Les Européens face à la mondialisation. Sondage international. Analyses qualitatives comparées, Kairos Future-Fondation pour l’innovation politique, 2007, p. 172-195, ou Eddy Fougier, « Les paradoxes français face à la mondialisation », L’Essentiel des relations internationales, 2007.

[22]

L’une des promesses emblématiques a été faite par Simeon de Saxe-Cobourg-Gotha (rebaptisé Saxecobourgotski, le fils du dernier tsar de Bulgarie) qui, lors des élections législatives du 17 juin 2001 remportées par son parti politique, le Mouvement National Simeon II (MNSS), a lancé sa fameuse phrase : en « 800 jours il redressera la politique économique et sociale du pays ». Cette promesse n’ayant pas été réalisée, le MNSS a cédé une partie du pouvoir lors des élections législatives de 2005 à une coalition politique à laquelle il participe actuellement avec le Parti socialiste bulgare (PSB) et le Mouvement pour les droits et les libertés (MDL), représentant la minorité turque en Bulgarie.

[23]

Rapport de la Commission au Parlement européen et au Conseil sur le progrès réalisé par la Bulgarie au titre du mécanisme de coopération et de vérification, COM (2008), 495 Final, 23.07.2008.

[24]

Selon des données Eurostat, le taux de croissance annuel moyen du PIB réel serait pour la Bulgarie de plus de 5 % entre 1998 et 2008, contre une moyenne de 2,4 % pour l’UE à 27 et de 2,2 % pour les pays de la zone euro ; et la croissance annuelle moyenne du PIB réel par habitant serait de près de 6 % en Bulgarie entre 1998 et 2008.

[25]

Le taux de chômage, qui était en Bulgarie de 19,5 % en 2001, soit le taux de chômage le plus élevé par rapport aux pays de l’UE d’alors, a baissé de façon continue pour atteindre 6,9 % en 2007, soit un taux à peu près équivalent à la moyenne de l’UE à 27, de 7,1 % (Source : Eurostat).

[26]

Le taux d’inflation en Bulgarie dépasse 6 % en moyenne depuis 2004 et se situait même autour de 7,5 % en 2006 et 2007, contre une moyenne de 2,0-2,2 % pour l’UE depuis 2004 (Source : Eurostat).

[27]

Source : Eurostat.

[28]

Op. cit.

[29]

Views of a Changing World, 2002, op. cit.

[30]

Enquête réalisée pour le Chicago Council on Global Affairs et WorldPublicOpinion.org auprès de 21 900 personnes entre juillet 2006 et mars 2007.

[31]

GMF, « Transatlantic Trade and Poverty Reduction Survey », enquête réalisée par TNS Opinion auprès d’environ 7 000 personnes dans sept pays en septembre 2007.

[32]

Op. cit.

[33]

« Views of Globalisation from around the World », enquête Gallup International réalisée auprès de plus de 58 000 personnes dans 64 pays entre juillet et septembre 2006.

[34]

Op. cit.

[35]

Commission, « L’opinion publique dans l’Union européenne », Eurobaromètre Standard 69, enquête réalisée de mars à mai 2008.

[36]

Commission, « L’opinion publique dans l’Union européenne », Eurobaromètre Standard 67, enquête réalisée d’avril à mai 2007.

[37]

Eurobaromètre Standard 69, op. cit.

[38]

Eurobaromètre Standard 69, op. cit.

[39]

Dans une étude comparée sur les discours français et bulgares sur la mondialisation, Anna Dimitrova soutient que, si le débat sur la mondialisation en France est très prononcé et marqué par une forte critique des aspects politiques, économiques et socioculturels de ce processus, l’intérêt de l’opinion publique pour la mondialisation en Bulgarie ne suscite pas un vrai débat. Confondue avec le processus d’intégration européenne, d’un côté, et avec la libre circulation de capitaux, d’idées et de personnes, de l’autre, la mondialisation suscite chez les Bulgares, et notamment chez les jeunes, de l’enthousiasme (les Bulgares étant les plus euroenthousiastes avant l’adhésion du pays à l’UE) et de la fascination. Voir Anna Dimitrova, « Les débats académiques sur les aspects culturels mondialisation à travers les discours en France et en Bulgarie », Lille, ANRT, 2008.

[40]

Enquête GlobeScan pour BBC World Service et le Program on International Policy Attitudes (PIPA) réalisée auprès de 34 500 personnes dans 34 pays entre octobre 2007 et janvier 2008.

[41]

Op. cit.

[42]

Op. cit.

[43]

Op. cit.

[44]

Eurobaromètre Standard 69, op. cit.

[45]

Enquête GlobeScan pour BBC World Service et le Program on International Policy Attitudes (PIPA) réalisée auprès de 37 500 personnes dans 32 pays entre octobre 2005 et janvier 2006.

[46]

Voir résultats dans la même enquête, op. cit.

[47]

Op. cit.

[48]

Eurobaromètre Standard 69, op. cit.

[49]

Global Views 2004. American Public Opinion and Foreign Policy, enquête pour le Chicago Council on Foreign Relations.

[50]

Op. cit.

[51]

Op. cit.

[52]

Ce qui a été appelé « consensus de Washington » correspond à dix principes de politiques économiques qui ont fait l’objet d’un consensus au sein des institutions présentes à Washington à propos de l’Amérique latine durant les années 1990. Cette expression forgée par le chercheur John Williamson dans un texte (« What Washington Means by Policy Reform ») présenté en novembre 1989 lors d’une conférence de l’Institute for International Economics (IIE) à Washington a été très souvent utilisé, notamment par ses pourfendeurs, pour décrire les politiques néolibérales prônées par les États-Unis et les institutions financières internationales (Banque mondiale, FMI) dans les pays du Sud et en transition.

[53]

Enquête réalisée par GlobeScan pour le PIPA, op. cit.

[54]

Op. cit.

[55]

Op. cit.

[56]

Op. cit.

[57]

Eurobaromètre Standard 69, op. cit.

[58]

Anchor Books, 2000.

[59]

The Borderless World, Harper Collins, 1990.

Plan de l'article

  1. Le processus de mondialisation en débat
    1. Les deux débats sur la mondialisation
    2. L’irruption de l’opinion publique dans le débat sur la mondialisation
  2. Perceptions de la mondialisation par l’opinion publique
    1. La perception de la mondialisation en tant que processus d’ouverture économique
      1. Un consensus global sur l’économie de marché et le commerce
      2. Une vision plutôt partagée de la mondialisation
      3. Une mondialisation source d’inquiétudes
    2. La perception de la mondialisation en tant que processus d’ouverture culturelle
    3. Une aspiration à une mondialisation plus régulée
  3. Le grand retour des questions sociales et nationales

Article précédent Pages 119 - 148 Article suivant
© 2010-2017 Cairn.info