CAIRN.INFO : Chercher, repérer, avancer.

1Pionnier de l’intégration européenne, la Belgique vient de présider pour la douzième fois de son histoire le Conseil de l’Union européenne et peut se vanter, à ce titre, d’une belle expérience en la matière [1]. En général, les présidences belges sont appréciées car ses dirigeants sont indéniablement capables de trouver des compromis indispensables pour faire avancer le projet européen.

2Mais cette douzième édition ne ressemble pas aux onze précédentes [2]. Dressant un portrait fort noir du paysage économique et politique de l’Europe, le politologue américain Charles Kupchan [3] notait cet été dans le Washington Post : « Comme si cela ne suffisait pas, la présidence tournante de l’Union européenne est échue à la Belgique, pays où les tensions entre Flamands néerlandophones et Wallons francophones (sic) empêchent toujours la formation d’un gouvernement de coalition viable. L’État actuellement chargé de mener à bien le projet européen souffre précisément des problèmes de nationalisme que l’Union européenne avait pour mission d’éliminer. Voilà qui en dit long sur l’état actuel de l’Union. » [4]

3Le Royaume prend, en effet, les rennes de « la puissance européenne » [5] à un moment tout à fait particulier. Outre l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne (1er décembre 2009) qui institue de nouvelles fonctions permanentes, à l’instar du président du Conseil européen ou d’une Haute représentante pour les Affaires étrangères, se conjuguent et s’additionnent une série de crises politiques, économiques, financières mais aussi, et peut-être surtout, identitaires [6].

4La crise belge pose de manière emblématique – et sans aucun doute de façon très confuse –, la question du vouloir vivre, du savoir vivre ensemble. « Le débat parfois hermétique autour de BHV ne peut masquer une discussion plus fondamentale sur les conditions du vouloir vivre et du savoir-vivre au sein de l’État belge », notait justement le sénateur et constitutionnaliste belge Francis Delpérée : « Ce n’est pas qu’un ‘petit problème électoral périphérique’, comme on dit parfois. C’est un révélateur, au sens chimique du terme. C’est le produit que le photographe utilise pour faire apparaître une image cachée. BHV et les controverses qu’il a pu susciter sont le signe d’un malaise plus profond. C’est celui qu’éprouvent aujourd’hui les Belges. Les uns, spécialement au Sud, s’inquiètent des aventures que leur pays pourrait connaître. Les autres, notamment au Nord, s’impatientent devant les blocages du système politique » [7].

5À l’heure où la Belgique et l’Europe sont donc véritablement à la croisée des chemins – les « crise belge et crise européenne se renforcent l’une l’autre dans une dialectique négative qui conduit au blocage » [8] – l’historien s’interroge…

Une nécessité vitale de faire l’Europe

6Principal ressort de la conscience européenne, le pacifisme qui naît dans le sillage des deux guerres mondiales a indéniablement contribué à forger une véritable conscience européenne, c’est-à-dire la conscience de la nécessité vitale de la construction européenne [9]. Et cette conscience – en dépit de son dévoiement par la propagande nazie – se dotera, après 1945, d’une nouvelle dimension : il faut aussi unifier l’Europe pour garantir la paix et la démocratie, c’est-à-dire un espace de liberté.

7Mais aujourd’hui, la démocratie et la paix en Europe ne semblent plus être des thèmes mobilisateurs. Aussi, au-delà des crises économiques et politiques, la question est bien de savoir si l’unification européenne – véritable utopie dans les années 1920 et 1930 – peut encore incarner un « avenir radieux ».

8La réponse n’est guère évidente.

9Le fait est que la fougue est, depuis deux décennies, du côté des « antieuropéens » – pour utiliser un terme forgé, dès 1923, par Richard Coudenhove-Kalergi pour stigmatiser ses détracteurs. Faut-il, pour s’en convaincre, se remémorer la virulence des campagnes anti-Maastricht, anti-Constitution européenne ou anti-Lisbonne ? Plus récemment, est-il nécessaire de revenir sur l’épisode du 24 février 2010 lorsque Nigel Farage – eurodéputé du United Kingdom Independence Party (UKIP) –, a vivement invectivé le nouveau président du Conseil de l’Union européenne, en pleine séance du Parlement ?

10Le violent épisode, largement relayé par la presse européenne, illustre bien que depuis les années 1980, on assiste à la fois à une politisation et à une internationalisation du débat public européen [10]. Mais il dévoile aussi que le problème est inhérent au système institutionnel de l’Union : pas de véritables élections européennes partisanes suscitant des clivages politiques forts, pas d’Europe sociale, et surtout pas de président élu pour incarner l’Union [11] – et faut-il rappeler ici que l’un des paradoxes de la nomination d’Herman Van Rompuy au poste de président du Conseil européen a été précisément de relancer la crise belge [12] ? Mais, ceci étant, ce ne sont pas les obstacles structurels, mais le défaut de volonté politique qui serait la cause première du cantonnement des citoyens à leur espace public national, voire régional… [13]

11Telle est la quadrature du cercle : l’Europe en action ne fait plus rêver… sauf, peut-être, Bart De Wever et ses épigones de la Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA). Le Président de la N-VA et ses éminences grises ont d’ailleurs très fréquemment recours à l’Europe pour justifier des réformes de structures visant à l’autonomisation de la Flandre et à l’« évaporation » de la Belgique. Lorsque, quelques jours avant son triomphe électoral du 13 juin 2010, Bart De Wever convoqua la presse internationale pour la « rassurer » sur son projet nationaliste, n’avait-il pas installé, en arrière-plan, un large drapeau européen dont une étoile avait été remplacée par un lion flamand, illustrant mieux que n’importe quel discours le programme du parti :

12

Nous pensons que la Flandre doit devenir un État membre de l’Europe. Nous estimons que le niveau intermédiaire belge doit à terme s’évaporer. La Belgique n’offre pas les avantages que l’Europe peut nous offrir (notamment en termes de puissance interne, de politique de concurrence, d’union monétaire, de défense…). Ce que la Flandre ne peut pas résoudre, la Belgique ne le peut pas non plus. C’est l’intégration européenne qui a rendu ce processus possible.[14]
Dans un monde globalisé, où les échanges s’accélèrent, l’Europe et la Flandre – au nom du principe de subsidiarité – seraient donc plus compétentes que l’État belge pour gérer les défis futurs. Mais, et Bart De Wever qui a une formation d’historien le sait très bien [15], ce n’est pas l’intégration européenne qui a rendu ce processus possible… C’est l’essence même de la Belgique.
Pour comprendre l’actualité brûlante, il n’est pas inutile de revenir en arrière [16]. En effet, l’histoire tourmentée de ce petit pays « artificiellement » construit au xixe siècle aux confins de la latinité et de la germanité, soit au cœur de l’Europe, revient régulièrement semer la zizanie et empoisonner le climat politique [17].

La Belgique et l’esprit européen

13Aussi faut-il revenir vers les « forces profondes » [18] qui traversent, façonnent, déterminent la Belgique. Celles-ci induisent une réflexion qui renvoie, depuis longtemps, à l’idée d’Europe unie [19]. En d’autres termes, « l’esprit européen se manifeste d’une façon [aussi] claire et [aussi] assidue en Belgique », au regard de ses réalités géographiques, politiques et économiques : « L’absence d’une véritable cohésion politique, la préoccupation unique des affaires, le mépris de tout ce qui porte la marque d’un nationalisme artificiel », note, en 1922, le critique littéraire Franz Hellens, « favorisent le développement de cet esprit qui nous donne une grande liberté d’allure et de pensée, nous pousse aux actions d’audace, quand il ne paralyse pas entièrement nos mouvements » [20].

14Si d’après les romanistes Antoine Compagnon et Jacques Seebacher, on ne peut définir l’idée d’Europe – « l’idée d’Europe est insaisissable comme Dieu », affirment-ils, « la circonférence est partout et le centre nulle part » [21] – de nombreuses métaphores dévoilent, au contraire, que les intellectuels belges [22] situent plus ou moins précisément le centre de l’Europe… en Belgique.

15La position géographique intermédiaire du pays est évidemment capitale dans cette perception. « En somme », résume l’écrivain liégeois Paul Dresse de Lebioles [23], « nous avons été, depuis les Temps Modernes, un pays aussi souvent envahi qu’attaqué, un pays que submergeait sans cesse la marée des invasions, pour le laisser […] libre mais ruiné à des degrés variables ». Mais l’écrivain ajoute : « Il est vrai que cette position intermédiaire qui faisait notre malchance en cas de conflit, faisait notre prospérité en temps de paix[24]. »

16Ces quelques lignes publiées en 1945 – elles sont extraites d’un essai intitulé Le Complexe belge – soulignent très justement l’un des traits caractéristiques de la Belgique du xxe siècle : ce petit État, né en 1830, aux confins de deux grandes cultures et « fort » de 30 153 kilomètres carrés, n’est pas en mesure d’assurer seul la défense de son territoire. Cependant, alors que cette incapacité à se défendre détermine son statut de « petite puissance » [25], sa position intermédiaire s’avère être un atout majeur en temps de paix. Dressant un inventaire des images généralement utilisées pour caractériser la Belgique – « terre d’entre-deux », « carrefour de l’Occident », « plaque tournante », « charnière » –, Dresse ajoute que celle qu’il préfère est : « l’image du microcosme » et que « Bruxelles, résumé de la Belgique, est le microcosme du microcosme » [26].

17Mais il y a plus. D’un point de vue interne, la Belgique est – comme le soulignera encore opportunément Dresse – « une nation sans nationalité » [27]. Produit de la diplomatie européenne en 1830, ce petit État qui est composé de deux, puis de trois communautés linguistiques, n’est pas doté d’une « identité propre, univoque et spécifique » [28]. Or, dès que se pose la question de l’identité nationale, des auteurs tentent de démontrer l’existence – ou la non-existence – d’une nationalité belge en invoquant l’idée d’Europe unie.
En d’autres termes, instrumentalisée à des degrés divers, l’idée d’Europe a permis et permet encore aujourd’hui non seulement de (re)configurer la place et le rôle de la Belgique au sein du continent, mais aussi et parallèlement, de (re)penser l’existence de l’État.
En effet, qu’ils soient partisans ou détracteurs de « l’âme belge », les intellectuels ont (presque) toujours incorporé dans leur raisonnement l’idée d’Europe unie, soit pour défendre, comme Edmond Picard [29] ou Henri Pirenne [30], l’existence de cette âme belge, soit pour revendiquer, à l’instar d’Auguste Vermeylen [31] ou d’un Jules Destrée, l’émancipation d’entités régionales coincées au sein d’un État belge trop – voire mal ? – centralisé. Avec cette formule lapidaire, « Sire, il n’y a pas de Belges » [32] – formule devenue entre-temps, « Sire, il n’y a plus de Belges » [33] –, Jules Destrée demande déjà en 1912 une fédéralisation de l’État. Il prend soin de préciser : « On peut donc rêver aux États-Unis d’Europe et chérir sa patrie » [34].

Être flamands pour devenir européens

18Aux lendemains de la première guerre mondiale, la remise en cause de la place et du rôle de l’État se durcit considérablement, et particulièrement en Flandre.

19Alors que pour éviter l’effacement, les responsables du pays se tournent vers les Pays-Bas et vers le Luxembourg pour conclure des ententes politiques et économiques régionales [35], certains cercles préfèrent mettre l’accent sur la culture et l’histoire. Dans la foulée des travaux de l’historien néerlandais Pieter Geyl [36] – il considère la dislocation des Pays-Bas au xvie siècle et la fondation de l’État belge au xixe comme un « déraillement » temporaire – plusieurs ténors du mouvement flamand rêvent d’une grande « Néerlande » ou d’un « Diestland » [37]. Aussi l’autoritaire Joris Van Severen [38], adepte de Maurras et de Mussolini, lance le 6 octobre 1931 le Verbond van Dietsche Nationaal-Solidaristen (Verdinaso) [39] – soit un groupe politique révolutionnaire de droite, antiparlementaire, créé pour instaurer un ordre solidariste dans un État thiois autoritaire. Le Vlaamsch Nationaal Verbond (VNV) lancé par le leader flamand Staf De Clercq [40] entonnera le même refrain…

20Certains vont même jusqu’à postuler la disparition de la Belgique au nom de la sauvegarde de l’Europe. Ce raisonnement qui rappelle la propagande allemande dans la Belgique occupée de 1914-1918 [41] conduit encore le littérateur flamand Ward Hermans à écrire, en 1934, que la Belgique « n’est pas un facteur de paix mais bien de guerre en Europe » [42]. L’anti-belgicisme qui explose dans les années trente « va de pair avec un refus de démocratie et avec la diffusion de conceptions autoritarismes de droite, plus ou moins fascistes et, par la suite, nationales-socialistes » [43]. En ce sens, l’évolution des positions de l’hebdomadaire Nieuw Vlaanderen[44], lancé en octobre 1934 par le professeur louvaniste Hendrik Van De Wijer, illustre bien cette tendance. Favorable au fédéralisme, la revue adhérera, après les élections de 1936, au corporatisme autoritaire prôné par le VNV. Elle défendra la formation d’une « Derde Europa » qui, indépendante, regrouperait les États neutres autour du groupe d’Oslo.
Au sud du pays, l’éphémère organe francophone Vie Politique égrainera aussi avec force durant « la drôle de Guerre » ces arguments propres à faire valoir « la mission européenne de la Belgique… et des Pays-Bas » [45]. Devant la montée des périls, c’est bien aux pays « neutres » de travailler à l’élaboration de la paix européenne : « Quelle mission magnifique : la Belgique et les Pays-Bas, artisans d’une Paix européenne, – sauveurs de l’Europe et de sa civilisation ! » [46].

L’idée européenne dévoyée

21Malheureusement, à l’instar des intellectuels de la France de Vichy [47], plusieurs Belges – partisans depuis longtemps de l’unification européenne –, s’illusionneront sur l’Europe d’Hitler et collaboreront, avec l’occupant nazi, au nom de l’Europe. L’ancien major SS Franz Hellebaut, tandis qu’il est incarcéré à la prison de Saint-Gilles en instance d’être exécuté, rédige en 1946 un mémoire sur La genèse de l’ordre des nations dans lequel il écrit : « Le peuple belge en particulier éduqué depuis 1830 dans le culte d’une indépendance farouche et d’une démocratie querelleuse, considère peut-être avec un dangereux parti pris bien des légendes de son histoire » [48]. Ce Belge qui a versé dans la collaboration absolue avec l’ennemi nazi justifie son « parti pris » par l’impérieuse nécessité de réorganiser l’Europe sous l’égide de l’Allemagne hitlérienne, seule puissance capable de rétablir l’équilibre européen [49]. S’il est à peine nécessaire de préciser que ce mirage dans lequel la Belgique est sacrifiée au profit du IIIe Reich est alors loin de faire l’unanimité, il illustre cependant l’infériorité hiérarchique d’un pays qui a vu sa souveraineté bafouée par deux fois en moins de cinquante ans.

22Le cas du publiciste catholique Raymond De Becker [50] – l’encombrant ami d’Hergé – est aussi exemplaire… Nul doute qu’il pourrait faire réfléchir Bart De Wever [51]… L’européisme de cette « jeune relève » des années trente [52] plonge ses racines dans l’entre-deux-guerres. Même lorsque vers 1936 il supprimera le christianisme de l’équation, Raymond De Becker restera convaincu que l’ordre versaillais est dépassé, qu’il faut trouver de nouvelles formules pour garantir la paix du continent et, partant, pour celle du pays. Son engagement européiste prend une tournure plus combative lorsqu’il rejoint, à l’été 1940, l’équipe rédactionnelle du Soir « volé ». D’août 1940 à juin 1943 – moment où il prendra distance avec la collaboration parce que l’Allemagne n’aura pas tenu ses promesses européennes –, le publiciste livrera régulièrement pour le quotidien des articles où il exhorte les Belges à se mettre « au service du pays et de l’Europe » [53]. Bien entendu, il ne peut s’empêcher d’épouser, jusqu’à l’écœurement, les poncifs de la propagande nazie – antibolchevisme, antiaméricanisme, antisémitisme, méfiance vis-à-vis de la Grande-Bretagne… Mais, sa vision européenne n’est pas totalement dépourvue d’intelligence et de pragmatisme puisqu’il rêvera de faire de Bruxelles, la capitale de l’Europe [54].

23Paul-Henri Spaak – qui fut un temps proche de Raymond De Becker durant les années 1930 – combattra de toutes ses forces cette illusion dans laquelle la Belgique disparaît au profit d’une Europe allemande. Mais l’homme politique qui incarne véritablement, par-delà la seconde guerre mondiale, la « mission européenne de la Belgique » [55] recourt lui aussi à une instrumentalisation de l’idée d’Europe unie : tantôt, il l’utilise pour défendre la mission européenne du pays, tantôt il l’envisage pour résoudre les problèmes linguistiques. Mais, dans les deux cas, il faut garantir la survie de l’État belge [56].

24Dès lors, il semble bien, à relire les résultats de l’enquête menée en 1936 par La Revue belge que « l’unité belge [a toujours été] en péril » et que l’Europe est toujours venue à son secours.
La question des rapports difficiles entre le projet européen et la réalité belge reste d’actualité après la seconde guerre mondiale – et tandis que l’unification politique et économique du continent est déjà amorcée. Au début du mois de septembre 1969, dans la foulée du « Walen buiten » [57] et à la veille de la première grande réforme de l’État de 1970, la Belgique traverse une crise gouvernementale à ce point aiguë que certains n’hésitent pas à parler de la fin du Royaume, à l’instar du journaliste Etienne-Charles Dayez [58]. En 1969, il publie à Paris un ouvrage au titre éloquent, La Belgique est-elle morte ?[59], et clôt sa réflexion par un chapitre intitulé « La solution par l’Europe ? » en invitant une série de personnalités de tout premier plan à s’exprimer [60]. L’équation est toujours là et l’auteur de conclure : « Dans une certaine mesure, la Belgique peut même devenir un exemple, comme le Benelux le fut pour le Marché commun. L’Europe doit résoudre, elle aussi, les problèmes des communautés ou des patries. Mais la Belgique doit trouver une solution dans un temps plus rapproché. Dès lors, elle devient en quelque sorte le laboratoire de l’Europe de demain » [61].

Un pays en voie d’évaporation ?

25« L’unité belge [a toujours été] en péril » et l’Europe est toujours venue à son secours. Cette fois, c’est la N-VA qui l’affirme. L’enjeu est démocratique, assure-t-on, puisque le nationalisme « essence même de la démocratie » et « source de solidarité » ne peut plus se réaliser au sein de l’État belge. Celui-ci doit donc céder progressivement le pas à l’Union européenne, à la Flandre et accessoirement, à la Wallonie [62]. « Qui peut le plus, peut le moins » dit l’adage.

26S’il peut l’Europe, pourquoi Bart De Wever et ses stratèges ne pourraient-ils donc pas la Belgique ?

27Cette question rappelle l’anecdote suivante.

28Le 10 mars 1935, un militant proeuropéen flamand, Louis Andries, écrit au responsable de l’ « Union Jeune Europe » – mouvement né sur les bords du Lac Léman qu’il essaye d’implanter en Flandre : « Depuis bientôt un an », écrit-il au responsable suisse « nous travaillons à propager l’idée européenne dans les Flandres non sans succès » [63]. Mais Andries déplore amèrement « l’insuffisance des ressources financières et le peu d’encouragement moral de Bruxelles qui semble ignorer totalement et ne pas comprendre l’idée flamande et les aspirations linguistiques d’un peuple dominé depuis bientôt un siècle par un centre francisé comme Bruxelles ». Il demande dès lors purement et simplement l’indépendance de la section flamande vis-à-vis de la section bruxelloise, qui, selon lui, ferait mieux « de s’occuper de la partie française de la Belgique ». La réponse de Genève sera très réservée puisque le président – indiquant qu’il faut donner « une réponse ‘neutrale’ à cette lettre embarrassante » [64] – remercie Andries pour sa précieuse collaboration et ajoute, prophétique : « Nous avons eu également au début, en Suisse, quelques difficultés du même ordre, étant donné la différence de langues et de mentalités des habitants. Mais elles ont pu être complètement surmontées par la suite. Il n’y a pas de raison pour qu’il n’en aille pas de même en Belgique, car un mouvement qui veut propager l’idée d’une entente entre les peuples européens peut bien prétendre de ses membres qu’ils collaborent dans chaque pays avec un minimum d’harmonie »… [65]
Mais sans doute, rétorquera-t-on, la Suisse n’est toujours pas membre de l’Union…

Notes

  • [1]
    Cf. Ch. Franck, « La politique européenne belge : une continuité de quarante ans », in G. Duchenne, M. Dumoulin, A. Van Laer (dir.), La Belgique, les petits États et la construction européenne, Actes du colloque de clôture de la VIIe Chaire Glaverbel d’études européennes 2001-2002 (Louvain-la-Neuve, les 24, 25 et 26 avril 2002), Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2003, pp. 261-277 (Actes de la Chaire Glaverbel d’études européennes, n° 3).
  • [2]
    Ch. Franck, L. Isnard, « De la douzième présidence belge et des quelques autres », Revue générale, 2010, pp. 23-31.
  • [3]
    Charles Kupchan a dirigé les affaires européennes dans l’administration Clinton (1993-1997). Il est professeur de relations internationales à l’Université de Georgetown (Washington DC) et membre du Council on Foreign Relations – un groupe de réflexion en matière de politique étrangère.
  • [4]
    Article reproduit dans Le Courrier international, n° 1036, 9-15 septembre 2010, pp. 8-9
  • [5]
    T. Snégaroff, « L’autre puissance – La puissance de l’Union européenne », in P. Gauchon, J.-M. Huissoud (coord.), Les grandes puissances au xxie siècle. Rapport Anteios 2008, Paris, PUF, 2008, pp. 105-145.
  • [6]
    Ch. Lequesne, « L’Union européenne après le Traité de Lisbonne », Questions internationales. L’Europe en zones de turbulences, n° 45, septembre octobre 2010, pp. 8-18.
  • [7]
    F. Delpérée, « Les raisons de la colère », Revue générale, n° 6-7, juillet-août 2010, p. 1.
  • [8]
    D. Moïsi, « Derrière la crise belge, des fractures européennes », Les Echos. Article reproduit dans Le Courrier international, n° 1038, 23 au 23 septembre 2010, p. IV
  • [9]
    R. Frank, « Introduction », in R. Frank (dir.), Les identités européennes au xxe siècle. Diversités, convergences et solidarités, Paris, Publications de la Sorbonne, 2004, p. 9 (Internationale – 73). Voir également : A. Fleury, R. Frank (dir.), Le rôle des guerres dans la mémoire des Européens. Leur effet sur la conscience d’être européen, Bruxelles, Peter Lang, 1997 (Euroclio. Études et documents, n° 8).
  • [10]
    Cf. R. Frank, H. Kaeble, M.-F. Lévy, L. Passerini (dir.), Building a European Public Sphere. From the 1950’s to the Present. Un espace public européen en construction. Des années 1950 à nos jours, Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2010, 257 p.
  • [11]
    Cf. H. Kaelble, « L’émergence d’un espace public européen : dix héritages », Les rendez-vous de l’histoire. 27 leçons d’histoire, Paris, Le Seuil, 2009, pp. 165-171.
  • [12]
    Depuis les élections législatives de juin 2007, trois premiers ministres se sont succédé : Guy Verhofstatd, Yves Leterme et, début 2009, Herman Van Rompuy jusqu’en décembre 2009 moment où appelé à d’autres fonctions, c’est à nouveau Yves Leterme qui assume les fonctions de premier ministre. Puis survint la chute du gouvernement le 26 avril 2010 et les élections législatives du 13 juin avec leurs résultats discordants au Nord et au Sud du pays. Au sujet de l’interférence de cette crise politique avec l’exercice de la XIIe présidence belge, consultez Ch. Franck, « La politique européenne de la Belgique », Questions internationales. L’Europe en zones de turbulences, n° 45, septembre octobre 2010, pp. 100-103.
  • [13]
    R. Frank, « Introduction », in Les identités européennes au xxe siècle, op. cit., p. 193.
  • [14]
    Notre traduction à partir du texte suivant : « Wij geloven dat Vlaanderen moet evolueren tot lidstaat van Europa. Het belgisch tussenniveau zien we op termijn verdampen. België biedt immers niet de schaalvoordelen die Europa ons wel kan bieden (bv. Inzake interne macht, concurrentiebeleid, muntunie, defensie, …). Wat Vlaanderen niet op zichzelf kan oplossen, kan België ook niet. De Europese integratie maakt dit proces dus mogelijk ». Cf. N-VA, « Nu durven voor Vlaanderen. Verkiezingsprogramma. 13 juin 2010 », p. 5. Disponible sur http://www.n-va.be/.
  • [15]
    J.-P. Nandrin, « Polémique sur la collaboration. De Wever ou l’habit neuf d’un historien ignorant », La Libre Belgique, 29 septembre 2010.
  • [16]
    Comme le note Pascal Gauchon, « la géopolitique perdrait à s’éloigner de la géographie et de l’histoire pour ne se replier que sur le seul décryptage de l’actualité – un risque qu’elle court depuis qu’elle est devenue à la mode. […]. Ainsi la géographie ne saurait être séparée de l’histoire, pas plus que l’espace du temps ». J. Voisenet, « Les fondements de la puissance », in Les grandes puissances au xxie siècle, op. cit., pp. 71-104.
  • [17]
    Cf. infra.
  • [18]
    J.-B. Duroselle, P. Renouvin, Introduction à l’histoire des relations internationales, Paris, 1970, pp. 6-29. Pour ce qui concerne la Belgique, voir la mise au point de P. Deloge, « La Belgique – petite puissance – et la sécurité en Europe au xxe siècle », in La Belgique, les petits États et la construction européenne, op. cit., pp. 103-106 ; R. Coolsaet, La politique extérieure de la Belgique. Au cœur de l’Europe, le poids d’une petite puissance, Bruxelles, De Boeck Université, 2002, p. 369
  • [19]
    M. Dumoulin, « La Belgique dans la construction européenne. Un essai de bilan historiographique », in La Belgique, les petits États et la construction européenne, op. cit., p. 16 : « La Belgique a entretenu un rapport fort à l’Europe pour la bonne et simple raison que, depuis son indépendance, elle a dû y faire sa place ».
  • [20]
    F. Hellens, « Un balcon sur l’Europe », Le Disque Vert, novembre 1922, p. 34.
  • [21]
    A. Compagnon, J. Seebacher, L’Esprit de l’Europe, t. I : Dates et Lieux, Paris, Flammarion, 1993, p. 10
  • [22]
    Sur « l’intellectuel belge » qui passe pour être un « oxymore » au « statut improbable », voir P. Aron, J. Gotovitch, « Situation des intellectuels en Belgique », in Histoire comparée des intellectuels, Journée d’études, CERI, 23 janvier 1997, p. 11-18 ; P. Aron, « Existe-t-il un intellectuel belge ? », in L’inscription sociale de l’intellectuel, op. cit., p. 21-24 ; C. Vanderpelen-Diagre, J. Gotovitch, « Fascisme, autorité, identité. Valeurs des intellectuels francophones et flamands dans la collaboration », in A. Betz, S. Martens (dir.), Les intellectuels et l’Occupation (1940-1944). Collaborer, partir, résister, Paris, Autrement, 2005, p. 278-279 (Mémoires, n° 16).
  • [23]
    À propos de Paul Dresse (Liège, 24 septembre 1901 – Ixelles, 4 février 1987) et de cet essai, cf. R. O. J. Van Nuffel, « Paul Dresse », in Nouvelle biographie nationale, t. IV, Bruxelles, Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 1997, pp. 135-138.
  • [24]
    P. Dresse, Le Complexe belge, Bruxelles, Charles Dessart Éditeur, 1945, p. 105.
  • [25]
    D’après A. Fleury, qui se base sur les travaux de J.-C. Allain sur la moyenne puissance, une « petite puissance » est « un État dépendant, dont le sort est tributaire, soit de la volonté d’une grande puissance ou de groupe de puissances, soit de circonstances géographiques, stratégiques ou historiques qui lui sont favorables ». Cf. A. Fleury, « Les petits États dans la politique européenne aux xixe et xxe siècles », in M. Dumoulin, G. Duchenne (dir.), Les petits États et la construction européenne. Actes de la VIIe Chaire Glaverbel d’études européennes 2001-2002, Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2002, p. 17 (Actes de la Chaire Glaverbel d’études européennes, n° 2). Toutefois, G. Trausch notait à l’issue d’un colloque tenu en 1998 sur « Le rôle et la place des petits en Europe au xxe siècle » : « Le petit État n’est pas seulement petit par la taille mais encore par la perception des grands ». L’historien luxembourgeois ajoute que « les historiens n’ont pas grand-chose à gagner à ces discussions sur la définition du petit État, sinon à renforcer leur conviction qu’il faut travailler au cas par cas, c’est-à-dire sur la base d’une documentation aussi large et diversifiée que possible ». Cf. G. Trausch, « La place et le rôle des petits pays en Europe », in Les identités européennes au xxe siècle, op. cit., p. 111 et 115.
  • [26]
    Ibid., p. 48.
  • [27]
    P. Dresse, Le Complexe belge, op. cit., p. 93.
  • [28]
    E. Castano, N. Tousignant, « La Belgique et l’Europe – un démos sans ethnos », in G.-F. Dumont, Les racines de l’identité européenne, Paris, Economica, 1999, p. 100.
  • [29]
    « Vraiment le spectacle est curieux et impressionnant ! On entend parler, comme d’un séduisant espoir, des États-Unis d’Europe, grande et sereine Confédération qui grouperait en un seul organisme paisible et fraternel les peuples de même race de cette partie du Monde, malgré la différence de leurs langages, de leurs traditions, de leurs mœurs. […] Deux nations apparaissent présentement dans l’Occident en avant-coureurs de cet avenir séducteur : la Suisse et la Belgique. […] Eh bien, cette Belgique, prodigieusement peuplée, remarquablement prospère, diverse en ses éléments, harmonieuse néanmoins en ce qu’on pourrait nommer son mécanisme, son horlogerie totale allant aux réformes équitables à pas comptés, n’offre-t-elle pas un avant-goût, un raccourci des futurs États-Unis d’Europe ? Nos qualités nationales ne sont-elles pas celles qu’on souhaiterait à un tel ensemble ? ». E. Picard, Essai d’une Psychologie de la Nation Belge, Bruxelles, Larcier, 1906, p. 74 et 77.
  • [30]
    « Elle s’est réveillée au xixe siècle, et c’est à nous qu’il appartient aujourd’hui de lui rendre la pleine conscience d’elle-même. Car elle se trouve encore, cette patrie, dans les conditions où elle s’est formée dès le commencement de son histoire. Elle occupe encore les confins de deux grandes civilisations, elle est encore mi-romane, mi-germanique, elle peut encore, en cultivant avec soin ses aptitudes variées, en n’en laissant périr aucune, en les vivifiant les unes par les autres, en prenant conscience de son rôle européen, redevenir ce qu’elle a été à ses époques de splendeurs ». H. Pirenne, La Formation de la nation belge, Extraits et notice par A. Counson, Paris, Mertens, s.d. (probablement 1912), p. 95 (L’éducation populaire, n° 21).
  • [31]
    « Om iets te zijn, moeten we Vlamingen zijn. Wij willen Vlamingen zijn om Europeërs te worden ». Cf. A.Vermeylen, Vlaamsche en Europeesche Beweging, Gand, Flandria, s.d., p. 1
  • [32]
    J. Destrée, « Lettre au Roi sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre », Revue de Belgique, 15 août 1912, p. 2.
  • [33]
    Jean-Jacques Viseur, « Sire, il n’y a plus de Belges », La Dernière Heure, vendredi 17 septembre 2010. Bourgmestre de Charleroi depuis 2007, J.-J. Viseur a été ministre des Finances (1998-1999) et président du conseil d’administration de l’UCL. Il s’exprimait ainsi à la veille des fêtes de Wallonie
  • [34]
    J. Destrée, « Lettre au Roi sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre », Revue de Belgique, 15 août 1912, p. 2.
  • [35]
    G. van Roon, « Rapprochement en vagues successives. La préhistoire du Benelux », in A. Postma (e.a.) (dir.), Regards sur le Benelux. 50 ans de coopération, Bruxelles, Racine, 1994, p. 26-30 ; et, du même auteur, Kleine landen in krisis tijd, van Oslostaten te Benelux (1930-1940), Amsterdam – Bruxelles, 1987, p. 63-119.
  • [36]
    Au sujet de P. Geyl (15 décembre 1887 – 31 décembre 1966), cf. J. C. Boogman, « Pieter Geyl », in Bijdragen voor de Geschiedenis van der Nederlanden, vol. 21, Antwerpen, De Sikkel, 1967, p. 269-277 ; H. W. Von der Dunk, « Peter Geyl », in Nieuwe Encyclopedie van de vlaamse beweging, Tielt, Lannoo, 1998, 1. 1302-1305. Parmi ses travaux, voir Nederland en België, hun gemeenschappelijke geschiedenis en hun onderlinge bettrekkingen (1920) ; De Groot-Nederlandsche gedachte, 2 vol. (1925-1930), Geschiedenis van de Nederlandse Stam, 3 vol. (1930-1937, 1948-1959, 1961-1962) et Eenheid et tweeheid in de Nederlanden (1946).
  • [37]
    Au sujet d’un concept dont le contenu n’a cessé d’évoluer depuis le xixe siècle, cf. G. Provoost, « Dietsche beweging », in Winkler Prins Encyclopedie van Vlaanderen, t. I, 1972, p. 303 ; P. Van Hesse, « Diets », in Encyclopedie van de Vlaamse Beweging, t. III, 1998, p. 3059-3061 ; L. Wils, « De Grootnederlandse beweging 1914-1944 : ontstaan, wezen en gevolgen » (p. 415-450) et L. Vos, « De Dietse Studentenbeweging 1919-1940 » (p. 451-494), in Colluquium over de geschiedenis van de Belgisch-Nederlandse bettrekkingen tussen 1815-1945. Colloque historique sur les relations belgo-néerlandaises entre 1815 et 1945, Brussel/Bruxelles, 10-12 décembre 1980, Gand, 1982 ; voir également Ch. Laporte, « L’Utopie d’une Grande-Néerlande », La Libre Belgique, 13 mai 2008, p. 3.
  • [38]
    Au sujet de J. Van Severen (Wakke, 19 juillet 1894 – Abbeville, 20 mai 1940), cf. L. Wils, Joris Van Severen : een aristocraat verdwaald in de politiek, Davidsfonds, Louvain, 1994. Joris Van Severen modulera son discours au fil de la décennie : aux alentours de 1934, il envisage le rétablissement des XVII Provinces pour réunir les Flamands et les Néerlandais dans un État thiois où les Wallons bénéficieraient d’un statut particulier ; en 1937, abjurant son anti-belgicisme, il prône le retour aux Pays-Bas bourguignons pour rassembler, sous une même bannière, Néerlandais, Belges et Luxembourgeois.
  • [39]
    J. Van Severen, Programma van het Verbond van Dietsche Nationaal-Solidaristen, s.l., 1940.
  • [40]
    Au sujet de S. De Clercq (Everbeel, 16 septembre 1884 – Gand, 22 octobre 1942), cf. B. De Wever, Staf De Clercq, Bruxelles, Grammens, 1989.
  • [41]
    Elle s’efforce de démontrer que le pays est une construction accidentelle et artificielle de la diplomatie européenne. Cf. S. De Schaepdrijver, « Deux patries. La Belgique entre exaltation et rejet, 1914-1918 », in Cahiers d’histoire du temps présent, n° 7, 2000, pp. 17-50 et plus spécialement, p. 20 : « La non-existence de la Belgique devient le leitmotiv d’un nouveau discours, dans lequel seront tour à tour soulignés le fait qu’elle n’est pas une ‘nation historique’, la pauvreté de ses traditions, la faiblesse de sa volonté collective, son caractère improvisé et hétéroclite. »
  • [42]
    Notre traduction de « Belgïe is geen waarborg van vrede, maar factor van oorlog in Europa ». Cf. W. Hermans, West europeesch perspectieven, Anvers, Kiliaan, 1934, pp. 37-46. À propos de Ward Hermans qui sera membre de la SS-Vlaanderen, cf. S. Marteel, « Ward Hermans. Een Einzelgänger binnen de Vlaamse beweging », Mémoire de licence en Histoire, Universiteit Gent, 1999 ; et J. Meertens, « Het gedachtengoed van de Vlaams-nationalist Ward Hermans (1897-1992) aan de hand van zijn gepubliceerd polemisch werk 1919-1940 », Mémoire de licence en histoire, Katholieke Universiteit Leuven, 1999.
  • [43]
    L. Wils, Histoire des nations belges, op. cit., p. 231 (Histoire).
  • [44]
    Au sujet de « Nieuw Vlaanderen », cf. E. Gérard, « Nieuw Vlaanderen », in Nieuwe Encyclopedie van de Vlaamse Beweging, t. III, 1998, p. 3402-3404 ; sur sa vision européenne : T. Cobbaert, « In het Nieuwe Europa », op. cit., p. 47-50 et 87 ; et sur son corporatisme D. Luyten, « Le corporatisme, l’idéologie nouvelle d’une jeune élite belge », in Les relèves en Europe, op. cit, p. 203-219.
  • [45]
    P. Demeulenaere, « Pour une paix européenne », Vie politique, n° 4, novembre 1939, p. 15.
  • [46]
    Ibid.
  • [47]
    Cf. B. Bruneteau, « L’Europe nouvelle » de Hitler. Une illusion des intellectuels de la France de Vichy, Monaco, Éditions du Rocher, 2003, p. 10 (Démocratie ou totalitarisme).
  • [48]
    Centre études des guerres et des sociétés contemporaines (CEGES, Bruxelles) : F. Hellebaut, « La genèse de l’ordre des nations. Réflexions sur la défaite de l’Europe, Essai » [1290-1946, principalement 1946], Prison de St Gilles, juin 1946, 13 p. dactylographiées.
  • [49]
    Ibid., p. 2.
  • [50]
    Puisque sa biographie reste à écrire, consultez en attendant : G. Duchenne, Esquisses d’une Europe nouvelle, op. cit., pp. 186-199.
  • [51]
    Le mardi 21 septembre 2010, le président de la N-VA attaquait, dans une chronique écrite pour De Standaard, les historiens francophones qui ne se seraient pas suffisamment intéressés au passé collaborationniste de la Wallonie. Le leader politique créait encore un peu plus la polémique alors que parallèlement, il négociait (et négocie toujours à l’heure où ces lignes sont écrites) des accords pour parvenir à la formation d’un gouvernement fédéral
  • [52]
    L’expression a été forgée par l’historien français Olivier Dard – Le rendez-vous manqué des relèves des années 1930, Paris, Presses Universitaires de France, 2002, p. 9 (Le nœud gordien) – pour préciser et étendre la notion de « non-conformistes des années 1930 » lancée par J.-L. Loubet del Bayle dans Les non-conformistes des années 1930. Une tentative de renouvellement de la pensée politique française, Paris, Édition du Seuil, 1969.
  • [53]
    Archives de l’Auditorat militaire, Conseil de Guerre de Bruxelles, (Palais de Justice, Bruxelles) : Dossier « Le Soir volé », n°401B/48 : R. De Becker, « Deux ans au service du pays et de l’Europe », Bruxelles, 13 juin 1942.
  • [54]
    R. De Becker, « Bruxelles, ville européenne », Le Soir, 15 mai 1941, p. 1.
  • [55]
    G. Duchenne, « Spaak, la France, l’Europe et Le Rouge et Le Noir (1930-1933) », in G. Duchenne, V. Dujardin et M. Dumoulin, (dir.), Paul-Henri Spaak et la France, Bruxelles, Bruylant, 2007, pp. 29-52 (Bibliothèque de la Fondation P.-H. Spaak).
  • [56]
    P.-H. Spaak, « Discours du 31 octobre 1945 », in P.-F. Smets (textes réunis par), La Pensée européenne et atlantique de Paul-Henri Spaak (1942-1972), t. 1, p. 69 : Devant la Chambre des Représentants le 31 octobre 1945, il affirme « les petites et les moyennes nations, et en particulier la Belgique, ont un intérêt vital, un intérêt immense à ce que les grandes nations qui ont gagné la guerre, et qui l’ont gagnée grâce à leur entente et leurs efforts communs, restent unies après cette guerre ». Et d’ajouter « Jamais dans la politique du gouvernement belge ne naîtra l’idée de jouer la carte d’une grande nation. Au contraire, dans toute la mesure des possibilités, dans toute la mesure où nous avons un rôle à jouer, nous devrons essayer d’être un trait d’union entre les grandes nations européennes ».
  • [57]
    Littéralement, les « Wallons dehors » – slogan scandé par des étudiants flamands de l’Université catholique de Louvain qui, bien que située en Flandre, enseignait en français et en néerlandais. Le mouvement mènera les autorités du pays à fonder une « nouvelle » université catholique de Louvain à Louvain-la-Neuve en Région wallonne. À ce sujet, cf. V. Dujardin, M. Dumoulin, L’Union fait-elle toujours la force ? Nouvelle histoire de Belgique (1950-1970), Bruxelles, Le Cri, pp. 129-140
  • [58]
    Journaliste politique, Etienne-Charles Dayez a été directeur de l’information de la Radiodiffusion et de la Télévision belge. Il a couvert des dossiers brûlants de l’actualité belge : question royale, question scolaire, questions européennes (CECA, Conseil de l’Europe, etc.)
  • [59]
    E.-Ch. Dayez, La Belgique est-elle morte ? Paris, Fayard, 1969. L’ouvrage est sous-titré : « avec la participation de Léo Collard, Gaston Eyskens, Pierre Harmel, André Lagasse, Théo Lefevre, François Perin, François Persoons, Marc-Antoine Pierson, Herni Simonet, Paul-Henri Spaak, Omer Vanaudenhove, Paul Vanden Boeynants, Frans Van der Elst en toute liberté ».
  • [60]
    « Peut-être », écrit Spaak, « mais il faudrait pour cela que l’Europe soit faite ce qui n’est pas le cas et il n’est plus possible d’attendre pour résoudre nos problèmes. Il ne faut pas que l’idée de l’Europe unie devienne l’alibi que nous invoquons pour cacher nos déficiences ». À son tour, le social-chrétien Pierre Harmel qui en 1966, succède à Spaak, à la tête de la diplomatie belge explique : « Il est clair que la triple dimension du patriotisme contemporain, la notion qui abandonne une part de sa souveraineté aux instruments européens et la notion qui rend une part de liberté à ces communautés naturelles, propose ainsi trois fidélités au lieu d’une : attachement à son pays, attachement à l’Europe, attachement à sa communauté linguistique ou sa région. C’est plus subtil, c’est plus complexe, mais cette triple orientation, plus proche des faits réels, doit assurer un meilleur équilibre. C’est, me semble-t-il, le devoir des hommes politiques d’essayer que les institutions politiques épousent ces réalités. » Enfin, le libéral Jean Rey, alors président de la Commission européenne, ajoute prudent : « … En ce qui concerne les problèmes linguistiques, je crois qu’ils devraient être traités par des formules libérales dans lesquelles on ferait beaucoup plus appel à la bonne volonté des citoyens qu’à des méthodes de contraintes ».
  • [61]
    E.-Ch. Dayez, La Belgique est-elle morte ? op. cit., p. 172.
  • [62]
    N-VA, « Nu durven voor Vlaanderen. Verkiezingsprogramma. 13 juin 2010 », p. 5. Disponible sur http://www.n-va.be/.
  • [63]
    Centre d’archives et de recherches européennes de l’Institut européen de l’Université de Genève (CARE, Coppet) : Dossier AP 21 : Lettre de L. Andries à S. Gauthier, Anvers, 10 mars 1935.
  • [64]
    Ibid. : Lettre de S. Gauthier à F.-L. Mueller, s.l., s.d.
  • [65]
    Ibid. : Lettre de F.-L. Mueller à L. Andries, s.l. 20 avril 1935
Français

Résumé

À l’heure où la Belgique vient de présider l’Union européenne et se cherche, une nouvelle fois, un avenir, l’historien s’interroge... Aujourd’hui, l’Europe ne semble plus être un thème mobilisateur sauf peut-être pour Bart De Wever et ses épigones. Dans l’esprit de la N-VA, le recours à l’Europe est omniprésent pour justifier des réformes de structure visant à l’« autonomisation » de la Flandre et à l’« évaporation » de la Belgique. Dans un monde globalisé, où les échanges s’accélèrent, l’Europe et la Flandre – au nom du principe de subsidiarité – seraient donc plus compétentes que l’État belge pour gérer les défis futurs. C’est le processus d’intégration européenne qui le voudrait... Mais, la rhétorique, inhérente au discours politique belge, est beaucoup plus ancienne. Comme entend le démontrer cet article, l’Europe – quoique parfois de manière très surprenante – est toujours venue au secours de la Belgique.

English

Abstract

At a time when Belgium just held the rotating presidency of the Council of the European Union and at the same time tries, once again, to define its own future, there is much for historians to ponder : today’s Europe does not seem to be a mobilising theme anymore... except for Bart De Wever and his followers. The Flemish nationalist party N-VA continuously resorts to Europe to call for structural reforms aiming at giving more autonomy to Flanders by “evaporating” Belgium. According to the party, the challenges of the 21st century globalised world are best answered by Europe and Flanders, and not by Belgium. This would be a consequence of the European integration process... But this rhetoric is inherent to the Belgian political discourse and is much older than the recent communitarian tensions. This paper intends to show how Europe has always come to Belgium’s assistance, sometimes in a very surprising way.

Geneviève Duchenne
Docteur en histoire de l’Université catholique de Louvain (UCL), Geneviève Duchenne est aussi diplômée de la Katholieke Universiteit Leuven. Professeur invitée à l’UCL et aux Facultés universitaires Saint-Louis (Bruxelles), elle enseigne l’histoire des sociétés et des cultures occidentales et l’histoire de la construction européenne. Membre du Centre d’étude Histoire de l’Europe contemporaine (Cehec), elle poursuit actuellement des recherches sur l’idée européenne (en ce compris sur les mouvements d’opposition à l’Europe) ainsi que sur l’antiaméricanisme aux xixe et xxe siècles. Parmi ses publications récentes, mentionnons sa thèse de doctorat : Esquisses d’une Europe nouvelle. L’européisme dans la Belgique de l’entre-deux-guerres (1919-1939), Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2008, 750 p. (Euroclio. Études et documents).
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Mis en ligne sur Cairn.info le 19/07/2011
https://doi.org/10.3917/eufor.359.0047
Pour citer cet article
Distribution électronique Cairn.info pour Centre international de formation européenne © Centre international de formation européenne. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.
keyboard_arrow_up
Chargement
Chargement en cours.
Veuillez patienter...