Accueil Revues Revue Numéro Article

L'Homme & la Société

2002/1 (n° 143-144)

  • Pages : 256
  • DOI : 10.3917/lhs.143.0185
  • Éditeur : L'Harmattan

ALERTES EMAIL - REVUE L'Homme & la Société

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 185 - 201 Article suivant
1

Nous souhaitons ici nous interroger sur les défis que l’épidémie du SIDA pose au mouvement gai et lesbien américain, du point de vue des identifications et de l’action collectives, ainsi que de l’identification des sujets. Aux États-Unis, en effet, le SIDA continue à affecter principalement des hommes homosexuels  [1][1] Source : Centers for Disease Control and Prevention,... et constitue donc une menace tant pour la survie des personnes que pour celle des communautés gaies et lesbiennes. C’est pourquoi il est devenu l’objet de revendications et d’actions collectives fortement mobilisatrices. Mais, bien que le SIDA ne soit pas en soi une « maladie gaie », la majorité de cette communauté semble s’identifier au phénomène qui contribue justement à la stigmatiser. Pour expliquer ce rapport problématique, il convient d’étudier la dynamique de mouvement social dans laquelle il s’inscrit.

2

En effet, depuis ses origines dans les années 1950, le mouvement gai et lesbien est polarisé par deux approches, essentialiste et constructiviste, qui mènent à deux types d’action, différentialiste et intégrationniste. Cependant, nous constaterons que ce mouvement atteint sa pleine puissance et devient un véritable mouvement social, au sens où l’entend Alain Touraine  [2][2] Alain Touraine réserve ce terme aux « conflits réellement..., lorsqu’il dépasse ces oppositions binaires. De fait, confrontés à une maladie qui, comme nous allons le voir, les replace face à cette alternative, les gais et les lesbiennes ont réussi à élaborer une stratégie identitaire forte qui abolit la dichotomie « différent-même ».

3

En revanche, une comparaison de la mobilisation contre le SIDA à San Francisco et à New York met en évidence les limites auxquelles se heurte cette stratégie, face à la diversité des communautés gaies et lesbiennes. En 1993, nous avons mené une enquête de terrain dans ces deux villes et réalisé soixante entretiens non-directifs avec des acteurs sociaux issus de ces communautés, d’où il ressort une remise en cause de l’orientation politique purement identitaire, qui a tendance à donner de la communauté une image uniforme, en rendant certains acteurs invisibles : ceux-ci ont désormais à cœur de rendre compte de leurs identités individuelles. Face à ces problèmes liés aux identifications individuelles et collectives, nous proposons de substituer à la pseudo-alternative « différent-même » une polarisation des types d’action selon que l’initiative provienne de la base ou des élites. Autrement dit, le véritable défi du mouvement gai et lesbien serait de faire concorder les identifications collectives avec la subjectivité des acteurs.

4

L’existence des communautés et du mouvement gais et lesbiens date des années 1950 et depuis lors deux conceptions opposées de l’identité et de l’action collectives des homosexuels se font concurrence. Ainsi, au cours des années 1950 et 1960, le mouvement dit « homophile » se distingue de la subculture qui se développait dans les bars. Ce mouvement visait des objectifs instrumentaux à l’aide d’une stratégie intégrationniste fondée sur l’idée ainsi formulée par Marilyn Rieger, chef de file de l’organisation Daughters of Bilitis : « l’homosexualité n’a rien à voir avec nos idéaux, nos principes, nos espérances et nos aspirations  [3][3] Cf. John D’Emilio, Sexual Politics, Sexual Communities :.... » Le monde des bars fit, au contraire, naître une culture dont l’objectif symbolique était de s’affirmer essentiellement différent afin de valider une identité de toute façon rejetée par le groupe dominant ; cette affirmation symbolique reposait, entre autres, sur le travestissement et la mise en scène ironique des rôles attribués aux sexes (camp  [4][4] Voir aussi Joan Nestle, A Restricted Country, Ithaca,...).

5

Mais, en 1969, eurent lieu à New York les émeutes de Stonewall, qui donnèrent naissance au Gay Liberation Front ; le mouvement qui en est issu est venu poser les problèmes en des termes qui dépassent cette opposition. Le mouvement gai de libération sexuelle se refuse, en effet, à agir en fonction des règles imposées par le groupe dominant, que ce soit pour s’y conformer (intégrationnisme) ou pour les rejeter (différentialisme). Il revendique, au contraire, le droit des sujets à se définir par l’action en tant que personnes à part entière. Comme dans le mouvement des femmes, les acteurs affirment une identité différente : « dans notre cri à la différence il y a la rage passionnée de signifier aux dominants que nous ne sommes pas eux, mais que nous sommes bien nous », écrit Colette Guillaumin  [5][5] Colette Guillaumin, Sexe, race et pratique du pouvoir..... Mais il s’agit en même temps d’affirmer que la responsabilité de cette différence incombe justement au système dominant, qui empêche ceux et celles qui dévient de ses normes d’accéder à un plein statut d’individualité  [6][6] Voir Martha Shelley, « Gay Is Good », in Karla Jay....

6

De fait, ce mouvement lutte pour remettre en cause les catégories mêmes d’homosexuel et d’hétérosexuel, et pour promouvoir une sexualité qui soit un outil d’égalité et de liberté  [7][7] Allen Young, « Out of the Closets, Into the Streets »,.... Il ne s’agit donc ni d’intégration, ni de séparation des homosexuels ; ainsi, écrit encore Colette Guillaumin : « contrairement à ce qui nous est souvent affirmé, il ne s’agit nullement d’une alternative « Différent/Même », il ne s’agit pas de choisir, puisque nous sommes à une place déterminée, celle de la différence  [8][8] Op. cit., p. 99.. » Cette forme d’action collective met en avant une « identité offensive », c’est-à-dire, selon Alain Touraine, « non pas l’appel à un être mais la revendication d’une capacité d’action et de changement  [9][9] Op. cit., p. 178. » qui vise à « [mettre] en cause le contrôle social de l’historicité, des modèles de construction des relations entre un ensemble social concret […] et son environnement  [10][10] Ibid., p. 68.. »

7

C’est donc bien le dépassement de l’alternative intégrationnisme/différentialisme qui permet de conflictualiser le rapport social à la sexualité et de générer un véritable mouvement social gai et lesbien.

8

L’évocation historique de l’action collective des gais et lesbiennes au cours des années 1950 à 1970 permet d’éclairer la situation de ce mouvement face au SIDA. Cette maladie est apparue à la fin d’une période de la vie politique américaine où, sous la présidence de Jimmy Carter, l’État s’efforçait de lutter contre les inégalités sociales et de refléter la diversité de la société américaine. Afin de profiter de ces ouvertures, le mouvement gai et lesbien avait perdu de son caractère offensif pour s’appuyer principalement sur ses groupes de pression dans une stratégie plutôt intégrationniste. Mais le SIDA a alors donné des homosexuels une image « encore plus monstrueuse aux yeux des centristes et des personnes plus conservatrices. […] Le SIDA a servi de justification à une hostilité et une violence plus ouvertes à l’encontre des lesbiennes et des gais, » affirme Carmen Vázquez  [11][11] Entretien réalisé à San Francisco le 19 mars 1993 ;.... Cette violence stigmatisante est donc similaire à une violence raciste symbolique « liée […] à une situation définie en termes de communauté, d’appel à l’homogène, à la ségrégation, voire à l’élimination du groupe racisé  [12][12] Michel Wieviorka, L’Espace du racisme, Paris, Seuil,... ». Or, selon Pierre-André Taguieff, la réponse à un tel racisme différentialiste est généralement un antiracisme de « lutte contre la ségrégation et pour l’intégration assimilatrice des individus, quels que soient leurs groupes d’appartenance ethnique [13][13] Pierre-André Taguieff, La Force du préjugé. Essai sur... ». De même, le SIDA a de fait renforcé l’intégrationnisme du mouvement gai et lesbien : « le SIDA nous a forcés à nous présenter d’une façon plus conservatrice en disant aux gens : nous sommes comme vous », estime encore Carmen Vázquez.

9

À l’inverse, dans le domaine concret de la lutte contre l’épidémie, des campagnes de prévention et du soutien apporté aux malades, les communautés gaies et lesbiennes ont à nouveau dû se replier sur elles-mêmes. Sous la présidence de Ronald Reagan, les pouvoirs publics menant une politique nationaliste et conservatrice, ils ne cherchaient pas à reconnaître la communauté homosexuelle comme un partenaire valable. De surcroît, l’État s’efforçant de se désengager notamment du domaine de la santé publique et de la lutte contre la pauvreté, il n’a pas pris la juste mesure de cette épidémie nouvelle, qui touchait une minorité considérée comme volontairement marginale et potentiellement dangereuse pour la nation. La mobilisation est donc venue du groupe minoritaire, par le biais d’organisations communautaires d’entraide, telles que Gay Men’s Health Crisis (GMHC) à New York et Shanti Project à San Francisco. Ainsi, le fait que de nombreuses lesbiennes, qui cherchaient justement à affirmer une identité et une présence féminines au sein de la communauté homosexuelle, se soient engagées dans la lutte contre le SIDA manifeste un renforcement du lien communautaire entre les gais et les lesbiennes. Face à la menace de mort, individuelle et collective, ces communautés ont donc eu tendance à se replier sur l’objet de leur différence et de leur exclusion, afin de survivre.

10

Au milieu des années 1980, le mouvement de lutte contre le SIDA se trouvait donc dans une situation semblable à celle que Steven Epstein décrit à propos de la communauté gaie et lesbienne des années 1970, avec « une tension accrue entre une activité politique de plus en plus essentialiste et une théorie constructiviste déjà fermement en place [14][14] Steven Epstein, « Gay Politics, Ethnic Identity : The... ». C’est alors que l’on découvrit la transmission hétérosexuelle du VIH, qui dissocia donc le SIDA de l’homosexualité. Mais, par un effet inversé, c’est également à la fin des années 1980, en 1987, qu’apparut ACT UP, symbole de l’affirmation gaie et lesbienne dans la lutte contre le SIDA. ACT UP est né à New York de la colère des acteurs de la base, qui se voyaient disparaître du discours public sur le SIDA et souhaitaient lutter contre l’institutionnalisation d’organisations telles que GMHC. Par son sigle même  [15][15] Les lettres désignent « AIDS Coalition To Unleash Power »..., ACT UP entend, en outre, battre en brèche l’image de respectabilité sociale que la communauté s’était forgée dans ses premiers efforts, d’ailleurs fructueux, pour réduire la propagation du VIH parmi les homosexuels.

11

Avec des symboles tels que le triangle rose, utilisé par les nazis pour désigner les prisonniers homosexuels dans les camps de concentration, ACT UP se livre à une affirmation identitaire différentialiste et se revendique explicitement comme étant issu de la communauté gaie et lesbienne. Mais, dans le même temps, cette organisation réclame un investissement des pouvoirs publics dans la lutte contre une épidémie qui touche principalement des hommes homosexuels, et affirme ainsi les pleins droits de citoyens des individus homosexuels ou atteints du SIDA. L’approche est donc à la fois différentialiste et intégrationniste ; ou plutôt : elle vise au-delà, faisant de l’État un ennemi dans un conflit qui a pour buts matériels d’obtenir des crédits plus importants pour la recherche, une mise sur le marché plus rapide des médicaments et une politique de prévention qui prenne en compte la transmission homosexuelle du VIH sans toutefois présenter les gais comme responsables de l’épidémie. Ce conflit se donne également un objectif symbolique, ainsi exprimé par une jeune militante d’ACT UP :

12

« Est-ce qu’il faut convaincre la population que des « gens bien » sont en train de mourir pour qu’ils commencent à se faire du souci ? Ca ne me convient pas. […] Il ne s’agit pas simplement de dire : nous sommes comme tout le monde, alors traitez-nous comme tout le monde, mais de dire : nous réclamons ces droits car nous y avons droit ; non pas de convaincre tous les gens que nous sommes comme eux, mais de dire : ça ne fait rien, nous ne sommes pas comme vous et nous avons tout de même le droit de ne pas être victimes de discrimination  [16][16] Entretien, San Francisco, 21 mars 1993.. »

13

Il s’agit, en somme, de faire reconnaître les gais et lesbiennes comme des citoyens à part entière, qui ont droit au respect et à la protection des services publics. Cette stratégie place donc l’enjeu sur le terrain plus vaste de la définition sociale de la citoyenneté.

14

Ce sursaut d’activisme ravive des stratégies propres au mouvement du début des années 1970. Dans l’activisme de rue, en particulier, la communauté gaie et lesbienne se rend visible aux yeux du public et, par l’affirmation d’une identité offensive, les individus se font les sujets de leur rôle social et deviennent de véritables acteurs sociaux. En remettant les conditions du changement social entre les mains de la base, ACT UP a donc refondu l’identité gaie et lesbienne ; et en résolvant ainsi l’opposition traditionnelle entre différentialisme et intégrationnisme, ACT UP a finalement réveillé le mouvement social gai et lesbien.

15

On constate donc que, contre toute attente, loin de mettre fin au mouvement gai et lesbien, l’épidémie de SIDA lui a fourni des adversaires à affronter et des objectifs urgents à atteindre, qui ont permis de relancer la dynamique de mouvement social. Ce second souffle a également conduit à la naissance, en 1990, de Queer Nation, association informelle dont les membres étaient, pour la plupart, issus d’ACT UP et qui, comme l’explique l’un de ses militants, s’efforçait de ne pas limiter la visibilité des gais et lesbiennes aux enjeux liés au SIDA :

16

« À la fin des années quatre-vingt et au début des années quatre-vingt-dix, à cause de la stigmatisation due au SIDA, ce n’était pas facile du tout d’être gai ou lesbienne. Alors, ce qu’a fait Queer Nation, c’est de remettre de la « gaieté » dans tout ça, pour que les gens soient fiers de ce qu’ils sont. […] Ce qu’on fait c’est qu’on va […] dans les endroits où vont les hétéros pour montrer qu’on a autant le droit d’y être qu’eux. […] Les gens s’imaginent que [les homosexuels restent] dans le quartier du Castro  [17][17] Le quartier gai de San Francisco., alors qu’en fait on va partout mais sans se faire nécessairement identifier  [18][18] Entretien, San Francisco, 27 mars 1993.. »

17

Ici aussi, la stratégie consiste à clamer sa différence en reprenant à son compte l’insulte « queer  [19][19] L’adjectif « queer » signifie « bizarre » et est utilisé... » tout en s’appropriant symboliquement les espaces publics : les militants de Queer Nation ne cherchent ni à se séparer volontairement du reste de la société, ni à s’intégrer en s’adaptant au modèle dominant, mais à pénétrer de force dans le domaine public où, quand et comme ils l’entendent.

18

Si l’on compare les rapports de force internes des communautés gaies et lesbiennes de San Francisco et New York, en revanche, on peut alors percevoir les limites auxquelles se heurte ce type de stratégie identitaire. En ce qui concerne la lutte contre le SIDA, notamment, la communauté sanfranciscaine utilise un modèle « décentralisé », dans lequel Shanti Project et la San Francisco AIDS Foundation redistribuent les fonds publics auprès de plus de deux cents petites associations implantées dans divers quartiers et animées par des acteurs sociaux « qui proviennent de la base : non pas des gens qui en sont sortis, mais des personnes qui sont encore en contact avec la base, » explique l’un d’entre eux  [20][20] Entretien réalisé à San Francisco le 17 mars 1993 auprès.... C’est-à-dire qu’ils partagent l’expérience vécue des personnes auxquelles ils s’adressent. L’objectif et le résultat sont que l’aide et la prévention reposent sur la restauration de la dignité et de la capacité d’action des bénéficiaires (« empowerment »), de telle sorte qu’ils ne demeurent pas dans un état de passivité mais soient, à leur tour, susceptibles de devenir des acteurs sociaux. Par conséquent, la lutte contre le SIDA a un caractère proprement politique, qui vise à faire exercer aux individus leurs pleins droits de citoyens (« enfranchisement ») et à mobiliser l’ensemble de la communauté.

19

À New York, par contre, les pouvoirs politiques ne s’étant pas impliqués, les organisations « décentralisées » telles que New York AIDS Coalition et Minority Task Force on AIDS [21][21] Ces deux organisations sont similaires à EACH. ont des moyens d’action très limités. C’est donc GMHC qui gère la lutte contre l’épidémie de façon « centralisée » : les tâches administratives sont accomplies par des salariés et le travail sur le terrain par des bénévoles, souvent issus des classes moyennes, qui font œuvre de générosité plus que de restauration de la dignité et de la capacité d’action : il se crée ainsi un rapport de clientélisation et non de restitution des droits de citoyen. Cette différence s’explique notamment par le lien historique entre l’émergence de la communauté gaie et lesbienne sanfranciscaine et le mouvement contestataire beatnik  [22][22] Manuel Castells, The City and the Grassroots : A Cross-Cultural... de sorte que « le mouvement gai suit plutôt un schéma qui part de la base [grassroots] en Californie, » écrivent Charles Perrow et Mauro Guillén. Mais à New York, « un modèle orienté du haut vers le bas [top-down] prédomine nettement, dans lequel les gais sont moins unis et « les chefs de file politiques gais [émergent] davantage de la préférence des responsables publics » ainsi que des médias  [23][23] Charles Perrow et Mauro Guillén, The AIDS Disaster :... ».

20

Cette différence entre New York et San Francisco se reflète dans des organisations telles que Gay and Lesbian Alliance Against Defamation (GLAAD), qui lutte contre les représentations fallacieuses ou hostiles des gais et lesbiennes dans les médias. Deux représentants sanfranciscains de GLAAD critiquent, par exemple, le port du ruban rouge, qui exprime un message de solidarité avec les victimes du SIDA dénué de toute référence à l’homosexualité. L’un d’eux déclare ainsi :

21

« C’est moins risqué pour des personnalités hétéros de soutenir la lutte contre le SIDA que la lutte contre l’oppression des gais et des lesbiennes. Mais les jeunes gais se suicident trois fois plus que les jeunes hétéros, et c’est aussi une épidémie ; et puis si je sors de cet immeuble et que je me fais casser la figure avec une batte de base-ball parce que je tiens la main de mon copain, c’est une épidémie de haine. Mais personne ne porte un ruban rouge pour ça. »

22

Et sa camarade d’ajouter : « [porter un ruban rouge] amène une séparation [entre les enjeux liés au SIDA et les enjeux des gais et lesbiennes], et nous ne voulons pas d’une séparation  [24][24] Entretien, San Francisco, 27 mars 1993.. » Dans une position proche de celle d’ACT UP, ces militants estiment donc que la question du SIDA et celle de l’homophobie sont indissociables, et que le calcul consistant à traiter l’une séparément de l’autre conduit à un discours inauthentique.

23

À New York, une représentante de la même organisation manifeste au contraire un profond agacement pour toute question touchant l’impact du SIDA sur le mouvement gai et lesbien, et ajoute :

24

« Il faut s’attaquer […] à tout ce qui nous empêche d’être représentés dans les médias comme des gens normaux et tout à fait ordinaires [average, boring people]. Nous voulons que les médias montrent l’ensemble de notre communauté, y compris la vie tout à fait ordinaire et normale de la plupart d’entre nous  [25][25] Entretien, New York, 7 avril 1993.. »

25

Autre responsable de GLAAD à New York, un jeune avocat émet cette critique et ce souhait :

26

« Les médias ne nous représentent pas de façon convenable, notamment en termes d’activités professionnelles. […] Je veux voir des « lesbiennes motardes » [dykes on bikes] mais aussi des agents de change et des étudiants en droit gais  [26][26] Entretien, New York, 8 avril 1993. ! »

27

La position défendue par les deux New-Yorkais est exclusivement intégrationniste, tandis que celle des deux Sanfranciscains articule égalité et différence ; mais, de surcroît, cet intégrationnisme manifeste une appartenance à une catégorie sociale moyenne ou aisée. En effet, soutient Joan Nestle, « un homme blanc qui est avocat et qui est gai, tout ce dont il a besoin, ce sont les droits civiques pour les gais ; mais ce n’est pas le cas de la plupart des gens  [27][27] Entretien, New York, 16 avril 1993.. » Il prédomine donc, à New York, un rapport de pouvoir que résume ainsi ce jeune gai d’origine portoricaine :

28

« Je ne voudrais pas m’associer à des gens comme Tom Stoddard ou David Mixner  [28][28] Tom Stoddard, avocat, est l’une des personnalités célèbres.... Des gens comme ça pensent qu’ils agissent pour la défense des gais, alors qu’en fait ils agissent pour la défense de leurs propres intérêts de classe : ils agissent pour qu’on puisse continuer à avoir des agents de change gais et des hommes d’affaires gais ; c’est tout ce qui les intéresse : ces pauvres petits qui vont devenir des agents de change et des hommes d’affaires gais  [29][29] Entretien, New York, 14 avril 1993. ! »

29

La communauté gaie et lesbienne new-yorkaise semble donc en proie à un phénomène de dépolitisation, qu’illustre l’un de ses membres quadragénaires :

30

« Avant, la manifestation de la gay pride se rendait de Greenwich Village à Central Park et le but était justement de sortir du Village pour être visibles à l’extérieur. Maintenant, elle va de Central Park à Greenwich Village et ça devient une occasion pour les commerçants du Village de faire des affaires. […] Ca montre que l’identification publique des gens n’est plus principalement politique  [30][30] Entretien, New York, 5 avril 1993.. »

31

C’est cette dépolitisation qui conduit à la clientélisation mise en évidence dans la lutte contre le SIDA. En conclusion, tandis que l’identification gaie et lesbienne demeure attachée à l’action collective à San Francisco, elle semble avoir perdu à New York son caractère politique, puisqu’une élite issue du milieu des affaires y détient le contrôle de l’identité collective et que l’initiative ne provient pas de la base.

32

De fait, la réalité épidémiologique du SIDA pose le problème du pouvoir au sein des communautés gaies et lesbiennes d’une façon particulièrement urgente. Au début des années 1990, le SIDA est entré dans une « troisième phase », la majorité des nouveaux cas apparaissant dorénavant parmi les utilisateurs de drogues intraveineuses et leurs partenaires sexuels, pour la plupart issus des minorités ethniques  [31][31] Source : Centers for Disease Control, HIV/AIDS Surveillance.... Par conséquent, même si les gais d’origine européenne constituent encore la majorité du nombre total de malades, trois données manifestent ce que l’on a appelé « le changement de visage du SIDA » (« the changing face of AIDS ») : la progression la plus rapide du taux de séropositivité est désormais parmi les jeunes hommes afro-américains  [32][32] Sunny Rumsey, « AIDS Issues for African-American and... ; à New York, où cette maladie est devenue la principale cause de décès pour les jeunes femmes âgées de vingt-cinq à trente-quatre ans, parmi le nombre total de femmes atteintes par le SIDA, on compte 84 % de Latinas et d’Afro-Américaines  [33][33] Harlon Dalton, « AIDS in Blackface », in Nancy McKenzie.... Le SIDA met donc plus que jamais en évidence une diversité de formes d’exclusion : l’homophobie, le racisme, le sexisme et la pauvreté.

33

Les entretiens que nous avons réalisés montrent, d’une part, que la nouvelle donne épidémiologique, ainsi que les rapports de force internes aux communautés gaies et lesbiennes remettent en cause aussi bien la lutte institutionnelle contre cette maladie, que l’activisme lié à ACT UP. En effet, ces deux formes d’engagement restent dominées par des modes d’action principalement mis en œuvre par des Blancs, qui ne peuvent pas toujours s’appliquer tels quels aux gais et aux lesbiennes appartenant aux minorités ethniques. Mais, explique un responsable de Minority Task Force on AIDS,

34

« avec le SIDA, on ne peut pas se contenter de laisser mourir les gens parce que le matériel ne leur est pas adapté ou parce qu’ils ne veulent pas s’adapter au modèle dominant. Si bien que le SIDA est un enjeu autour duquel la tension entre intégrationnisme et différentialisme peut se résoudre : on peut diversifier les façons de se présenter, pour permettre aux gens de devenir actifs et pour mieux partager le pouvoir [au sein de la communauté]  [34][34] Entretien, New York, 13 avril 1993.. »

35

Notre étude de terrain indique, d’autre part, que ce sont principalement des personnes issues des minorités ethniques qui remettent en cause le modèle d’action dominant et récusent l’idée d’une identité gaie et lesbienne « universelle ». Toutefois, ce discours donne lieu à un conflit au sein de la communauté à San Francisco, tandis qu’il n’obtient pratiquement pas d’écho à New York. La communauté sanfranciscaine est donc animée de tensions apparemment insurmontables, un calme de surface régnant à New York. Mais ce même informateur attribue cette situation au fait que « la couleur est très sensible à New York. C’est pourquoi il est important que les communautés d’ici puissent fonctionner séparément, afin que nous ne soyons pas constamment obligés de nous bagarrer avec les Blancs  [35][35] Entretien, New York, 13 avril 1993. ». Ainsi, l’apparente unanimité de la communauté gaie et lesbienne new-yorkaise dissimule la marginalisation des gais et lesbiennes de couleur et masque, en réalité, une forme d’éclatement.

36

Par les enjeux qu’elle impose de traiter, l’épidémie de SIDA amène donc à remettre en question une identification gaie et lesbienne fondée sur des formes d’action collective pratiquées depuis plus de vingt-cinq ans et réactivées par ACT UP. L’usage politique de l’identité homosexuelle se trouve, en effet, confronté au défi de prendre en compte ceux qui s’identifient délibérément comme gais ou lesbiennes « de couleur », une identité « qui ne peut affirmer la capacité d’agir sur la base d’une identification naturelle, mais seulement sur la base d’une coalition volontaire, d’affinités et de parenté politique, » écrit Donna Haraway  [36][36] Donna Haraway, « A Manifesto for Cyborgs : Science,.... A contrario, estime Lisa Duggan, « toute politique fondée sur la prépondérance d’une identité sexuelle définie comme unitaire et « essentielle », […] et qui fixe le désir dans une direction liée au genre, représente, en fin de compte, le point de vue d’un sujet « masculin, gai et blanc du vingtième siècle  [37][37] Lisa Duggan, « Making it Perfectly Queer », Socialist.... » En effet, les enjeux liés à la « troisième phase du SIDA » montrent que l’usage d’une identité uniforme mène à un divorce entre le discours dominant de la communauté et la réalité vécue par certains acteurs sociaux. Or, écrit Jeffrey Escoffier :

37

« la politique identitaire telle qu’elle est pratiquée aux États-Unis est compétitive, en partie parce que diverses communautés se font concurrence pour un espace limité dans la vie publique. À chacun des degrés de la mobilisation politique, nous en sommes réduits à faire proliférer les identités afin de garantir une meilleure représentation ; et cette rivalité pour obtenir une représentation mine le projet multiculturel  [38][38] Jeffrey Escoffier, « The Limits of Multiculturalism »,.... »

38

Une identification collective univoque contribue donc à l’éclatement de la communauté gaie et lesbienne en une infinité de sous-groupes, qui neutralise la possibilité d’un conflit social et renforce finalement le statu quo.

39

L’alternative consiste à faire en sorte que l’identité collective émerge des individus et de la complexité de leurs identifications sociales. Selon le même auteur :

40

« l’affirmation d’une expérience commune au sein d’un groupe se heurte vite à des limites et à des différences. L’identité de chacun se situe au cœur d’un réseau d’affiliations collectives et d’engagements personnels qui peuvent être opposés, contradictoires, ou même simplement différents. […] L’action politique finit par provoquer des conflits internes ou par diviser des mouvements politiques en fonction des lignes de partage sociales les plus significatives d’une période historique donnée, telles que la classe, la religion, la race ou l’âge. Mais même l’identité d’un individu n’est jamais en parfaite harmonie ou en totale unité avec elle-même. […] C’est pourquoi la politique de l’identité doit aussi être une politique de la différence  [39][39] Jeffrey Escoffier, « Sexual Revolution and the Politics.... »

41

La politique identitaire apparaît alors comme une « politique de l’identique », à laquelle seule une politique des différences peut faire obstacle. Les différences ne doivent pas s’entendre ici dans un sens essentialiste, mais comme des facteurs de changement social qui motivent l’action collective par l’identification personnelle. À propos du rôle des femmes « de couleur » dans le Mouvement des femmes, Audre Lorde définit ainsi la différence comme « ce lien brut et puissant à partir duquel se forge notre pouvoir personnel. En tant que femmes, on nous a appris soit à ignorer nos différences, soit à voir en elles des causes de séparation et de soupçon, plutôt que des forces en vue du changement  [40][40] Audre Lorde, « The Master’s Tools Will Never Dismantle... ». Cette auteure ne récuse donc pas la nécessité stratégique d’une affirmation communautaire, mais elle met en garde contre tout aplanissement artificiel des différences, qui dépouille la pratique politique identitaire de la force qu’elle tient de l’engagement personnel des acteurs.

42

La communauté gaie et lesbienne traverse donc une crise qui touche au cœur même de sa définition et de son existence. Deux faits en témoignent. D’une part, de plus en plus de gais séronégatifs se sentent désormais exclus d’une communauté qui a mis en œuvre des efforts énormes dans la lutte contre le SIDA  [41][41] Voir Mireya Navarro, « Healthy, Gay, Guilt-Stricken :.... De plus en plus de gais tendent à se comporter de façon « individualiste » plutôt que « communautariste », notamment dans le domaine sexuel, ce qui explique en partie la recrudescence, depuis le début des années 1990, des nouvelles infections et la « rechute » (« relapse ») de l’épidémie parmi les hommes gais. D’autre part, l’épanouissement sexuel des individus semble reprendre le pas sur la responsabilisation collective pour le bien de la communauté ; un jeune gai new-yorkais fait ainsi cette déclaration significative : « Je faisais partie de Queer Nation pendant un moment, et puis je me suis reconverti dans la baise  [42][42] Entretien, New York, 8 avril 1993. ! » Il nous semble que ces deux types d’attitude ne correspondent pas forcément à un repli sur la sphère privée, mais peuvent constituer la base d’un renouveau de la dynamique de mouvement social, face à l’uniformisme auquel une part importante de la communauté semble se résoudre.

43

Pour ce qui est des enjeux du mouvement gai et lesbien, en effet, nombreux sont ceux qui souhaitent faire reconnaître l’homosexualité comme un caractère inné et involontaire, afin d’obtenir la défense des droits civiques pour les homosexuels au même titre que pour les minorités ethniques. Joan Nestle conteste cette stratégie :

44

« Nous aurions tort d’essayer d’obtenir les droits civiques sur la base de la détermination biologique. Je crois que nous devrions nous affirmer comme une communauté de choix et faire étendre la définition des droits civiques aux communautés de choix. […] Il faut que nous soyons convaincus que nous sommes un bienfait pour cette société. […] Je crois que nous devrions être très audacieux dans notre démarche politique : ce n’est vraiment pas le moment d’être réservés  [43][43] Entretien, New York, 16 avril 1993.. »

45

Cette attitude fonde alors l’identification collective sur une action offensive qui engage un conflit portant sur la définition d’un autre fondement du lien social : la notion même de droits civiques.

46

En somme, alors que la tendance dominante du mouvement gai et lesbien suit le schéma : identification collective  identification individuelle  action sociale, les trois exemples que nous venons d’exposer suggèrent une alternative, suivant le schéma : identification individuelle  action sociale  identification collective. Autrement dit, au lieu que les individus commencent par s’assimiler à une identification collective uniforme et, pour ainsi dire, « préfabriquée », afin d’adhérer à une action collective qui vise à leur propre bien-être, les gais et lesbiennes qui se reconnaissent dans cette seconde approche entendent reprendre leurs droits de sujets et affirmer une identité individuelle complexe, qui tienne compte des diverses modalités immédiates, notamment sexuelles, de leur oppression et de leur stigmatisation, et qui puisse constituer un réel moteur de l’action sociale.

47

Celle-ci prend des formes apparemment aussi peu sociales que l’épanouissement sexuel personnel, ou la pratique du sexe à moindre risque (safer sex). Ainsi, concernant les gais « de couleur », le cinéaste Marlon Riggs, auteur de Tongues Untied : Black Men Loving Black Men, déclare : « apprendre à nous aimer et à nous épanouir mutuellement ne serait pas seulement, pour les hommes noirs américains, un acte révolutionnaire, mais bien l’acte révolutionnaire par excellence  [44][44] Revon Kyle Banneker, « Marlon Riggs Untied », Out/Look,.... » La sexualité apparaît donc aussi comme un moyen de résoudre la tension entre identités ethnique et sexuelle, que provoque une politique identitaire gaie et lesbienne univoque. De même, Cindy Patton affirme :

48

« Le sexe à moindre risque est synonyme de libération sexuelle. […] Il est difficile de persuader les réticents de pratiquer le sexe à moindre risque si l’État conserve le pouvoir d’arrêter des gens au motif de sodomie. Il est difficile de promouvoir l’estime de soi alors que les lesbiennes et les gais sont catégoriquement déclarés inaptes à être parents ou enseignants  [45][45] Cindy Patton, « Resistance and the Erotic », in Peter.... »

49

Face à un État qui prohibe certaines pratiques sexuelles et face à l’épidémie de SIDA, il convient donc, selon elle, de contester la tendance dominante du mouvement gai et lesbien, qui cherche à s’éloigner de l’expérience érotique pour accéder au politique. Un tel usage politique de l’identité gaie et lesbienne peut ainsi poser les prémisses d’un renouveau du mouvement de libération sexuelle qui défende à la fois le droit des individus à leur épanouissement en tant que sujets, la nécessité de reconnaître la communauté gaie et lesbienne comme un acteur collectif ayant des besoins propres, ainsi que la remise en cause d’un système social de contrôle de la sexualité qui porte préjudice à toutes les personnes, indépendamment de leur orientation sexuelle. Pour les gais et les lesbiennes, cette modalité de l’action passe, certes, par la visibilité mais aussi par le fait « d’être soi-même », c’est-à-dire à la fois membre d’une communauté, citoyen et individu. Il ne s’agit donc plus de politiser l’érotique mais, en somme, d’érotiser le politique.

50

Nous avons montré que le mouvement gai et lesbien parvient au mieux à se constituer en mouvement social, au sens tourainien du terme, lorsqu’il résout l’opposition entre intégrationnisme et différentialisme. Il se fonde alors sur l’expression d’une identité offensive et vise au changement social par la remise en cause du contrôle des valeurs de la société américaine. De fait, avec l’épidémie de SIDA, l’apparition d’ACT UP en 1987 a réveillé ce type de dynamique dans un mouvement devenu principalement intégrationniste. Cependant, la nouvelle configuration épidémiologique du SIDA vient remettre en cause cette mobilisation. À San Francisco, où la communauté gaie et lesbienne fonctionne sur un système où l’initiative provient de la base, les enjeux liés aux minorités, notamment ethniques, au sein de la communauté créent des dissensions internes. L’exemple de New York, où les diverses sous-communautés gaies et lesbiennes fonctionnent séparément, à cause d’une structure communautaire orientée du haut vers le bas, montre toutefois que la situation conflictuelle sanfranciscaine peut signifier un renouveau de la mobilisation gaie et lesbienne contre le SIDA. Ce renouveau passe nécessairement par une remise en cause de la politique identitaire de la communauté gaie et lesbienne, qui se trouve donc confrontée au défi de remettre en question son fondement identitaire même, afin de s’assurer que les identifications collectives ne soient pas imposées, mais constituent bien le reflet de la subjectivité des individus. Cette problématique trouve un terrain d’application privilégié dans le domaine de la lutte contre le SIDA à San Francisco, mais ils nous semble qu’elle s’illustre, au-delà du SIDA, dans la crise de mobilisation du mouvement gai et lesbien, à travers le désir qu’expriment certains acteurs sociaux « d’être eux-mêmes » et de fonder leur identité politique sur leur identité individuelle et leur épanouissement personnel. Cette érotisation du politique cherche à remplacer une politisation de l’érotique qui semble s’essouffler. Mais, selon nous, ce qui semble miner le mouvement gai et lesbien peut, en réalité, donner lieu à la refondation d’un véritable mouvement social portant sur le contrôle des valeurs de la société américaine.

51

Université Paris XII - Val de Marne

52

Anthropologie politique et sociale de l’Amérique du Nord

Notes

[1]

Source : Centers for Disease Control and Prevention, HIV/AIDS Surveillance Report, vol. 11, n° 2, décembre 1999.

[2]

Alain Touraine réserve ce terme aux « conflits réellement centraux » dans lesquels « les acteurs ne se bornent pas à réagir à des situations, mais produisent également celles-ci. » (Le Retour de l’acteur. Essai de sociologie, Paris, Fayard, 1984 (350 p.), p. 68-69)

[3]

Cf. John D’Emilio, Sexual Politics, Sexual Communities : The Making of a Homosexual Minority in the United States : 1940-1970, Chicago, University of Chicago Press, 1998 (269 p.), p. 79.

[4]

Voir aussi Joan Nestle, A Restricted Country, Ithaca, NY, Firebrand Books, 1987 (189 p.), p. 37-39 et 100-109.

[5]

Colette Guillaumin, Sexe, race et pratique du pouvoir. L’idée de nature, Paris, Côté-femmes, 1992 (239 p.), p. 92-93.

[6]

Voir Martha Shelley, « Gay Is Good », in Karla Jay et Allen Young (eds.), Out of the Closets : Voices of Gay Liberation, London, Gay Men’s Press, 1992 (307 p.), p. 31.

[7]

Allen Young, « Out of the Closets, Into the Streets », in Karla Jay et Allen Young (eds.), Op. cit., p. 28-29.

[8]

Op. cit., p. 99.

[9]

Op. cit., p. 178.

[10]

Ibid., p. 68.

[11]

Entretien réalisé à San Francisco le 19 mars 1993 ; Carmen Vázquez était alors responsable des politiques de santé auprès de la communauté gaie et lesbienne pour la municipalité de San Francisco.

[12]

Michel Wieviorka, L’Espace du racisme, Paris, Seuil, 1991, p. 140.

[13]

Pierre-André Taguieff, La Force du préjugé. Essai sur le racisme et ses doubles, Paris, La Découverte, 1987, p. 399.

[14]

Steven Epstein, « Gay Politics, Ethnic Identity : The Limits of Social Constructionism », Socialist Review, vol. 17, n° 1, 1987, p. 20.

[15]

Les lettres désignent « AIDS Coalition To Unleash Power » mais le verbe « act up » signifie « faire des siennes ».

[16]

Entretien, San Francisco, 21 mars 1993.

[17]

Le quartier gai de San Francisco.

[18]

Entretien, San Francisco, 27 mars 1993.

[19]

L’adjectif « queer » signifie « bizarre » et est utilisé péjorativement pour désigner les homosexuels.

[20]

Entretien réalisé à San Francisco le 17 mars 1993 auprès de deux responsables de EACH (Early Advocacy and Care for HIV), association animée par des hommes gais de couleur pour apporter soutien, soins et prévention aux hommes gais de couleur.

[21]

Ces deux organisations sont similaires à EACH.

[22]

Manuel Castells, The City and the Grassroots : A Cross-Cultural Theory of Urban Movements, Berkeley, CA, University of California Press, 1983 (450 p.), p. 138-145.

[23]

Charles Perrow et Mauro Guillén, The AIDS Disaster : The Failure of Organizations in New York and the Nation, New Haven, CT, Yale University Press, 1990 (206 p.), p. 112 ; ces auteurs citent Randy Shilts, And the Band Played On : Politics, People and the AIDS Epidemic, New York, St Martin Press, 1987 (630 p.), p. 340-341.

[24]

Entretien, San Francisco, 27 mars 1993.

[25]

Entretien, New York, 7 avril 1993.

[26]

Entretien, New York, 8 avril 1993.

[27]

Entretien, New York, 16 avril 1993.

[28]

Tom Stoddard, avocat, est l’une des personnalités célèbres de la communauté gaie de New York ; David Mixner, ami personnel de Bill Clinton, a activement participé à la campagne présidentielle de 1992, notamment à propos du projet d’intégration des homosexuels dans l’armée.

[29]

Entretien, New York, 14 avril 1993.

[30]

Entretien, New York, 5 avril 1993.

[31]

Source : Centers for Disease Control, HIV/AIDS Surveillance Report, novembre 1991.

[32]

Sunny Rumsey, « AIDS Issues for African-American and African-Caribbean Women », in ACT UP/New York Women and AIDS Book Group (ed.), Women, AIDS and Activism, Boston, MA, South End Press, 1990 (295 p.), p. 103.

[33]

Harlon Dalton, « AIDS in Blackface », in Nancy McKenzie (ed.), The AIDS Reader : Social, Political, Ethical Issues, New York, Meridian, 1991 (597 p.), p. 125.

[34]

Entretien, New York, 13 avril 1993.

[35]

Entretien, New York, 13 avril 1993.

[36]

Donna Haraway, « A Manifesto for Cyborgs : Science, Technology and Socialist Feminism in the 1980s », Socialist Review, vol. 15, n° 2, 1985, p. 73.

[37]

Lisa Duggan, « Making it Perfectly Queer », Socialist Review, vol. 22, n° 1, 1992, p. 18.

[38]

Jeffrey Escoffier, « The Limits of Multiculturalism », Socialist Review, vol 21, n° 3/4, 1991, p. 69.

[39]

Jeffrey Escoffier, « Sexual Revolution and the Politics of Gay Identity », Socialist Review, vol. 15, n° 4/5, 1985, p. 149.

[40]

Audre Lorde, « The Master’s Tools Will Never Dismantle the Master’s House », in Cherríe Moraga et Gloria Anzaldúa (eds.), This Bridge Called my Back : Writings by Radical Women of Color, New York, Kitchen Table : Women of Color Press, 1983 (261 p.), p. 99.

[41]

Voir Mireya Navarro, « Healthy, Gay, Guilt-Stricken : AIDS’s Toll on the Virus-Free », New York Times, 11 janvier 1993, p. A1/A16, et David Tuller, « Uninfected Gays Suffering Too », San Francisco Chronicle, 19 mars 1993, p. A1/A4.

[42]

Entretien, New York, 8 avril 1993.

[43]

Entretien, New York, 16 avril 1993.

[44]

Revon Kyle Banneker, « Marlon Riggs Untied », Out/Look, vol. 3, n°. 2, 1990, p. 18.

[45]

Cindy Patton, « Resistance and the Erotic », in Peter Aggleton, Graham Hart et Peter Davies (eds), AIDS : Social Representations, Social Practices, London, Falmer, 1989 (276 p.), p. 244.


Article précédent Pages 185 - 201 Article suivant
© 2010-2018 Cairn.info
Chargement
Connexion en cours. Veuillez patienter...