CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Au Kurdistan [1], « pays des Kurdes » (fig. 1), le peuplement a d?abord été mélangé jusqu?à la fin du xxe siècle. Outre les Kurdes, Turcs, Arabes et Persans, on trouvait notamment, et en nombre relativement important, des Chrétiens, Assyro-chaldéens, Nestoriens ou Arméniens, populations dont les identificateurs étaient donc fort variés. Mais tous ont été également victimes de terreurs, massacres et expulsion. Ces sortes de politiques ont contribué à un premier bouleversement ? et à une simplification ? du peuplement de la région dès la Première Guerre mondiale. Les États mis en place après la guerre les ont poursuivies, avec les Kurdes comme cible principale. C?est à ces dernières politiques et à leur application que nous nous attacherons ici.

2Les travaux sur la modification coercitive du peuplement kurde désignent différentes politiques. L?historiographie kurde et les organisations non gouvernementales avancent que les Kurdes ont été victimes de génocides. Le génocide des Kurdes prend également place dans l'Encyclopédie des génocides éditée par Israël Charny (2001). Différents récents travaux d?ONG ont aussi insisté sur le fait que le Kurdistan a été la scène de nettoyages ethniques (FIDH, 2002 ; HRW, 2004). Les ONG rappellent aussi que les Kurdes ont été victimes de déplacements forcés, « crimes contre l'humanité » selon le Droit International. Tous ces travaux soulignent que, par massacres, expulsions ou déportations, des politiques de modification du peuplement, usant de la violence, ont été mises en place au Kurdistan. Ces diverses sources portent essentiellement sur le cas irakien qui fut certainement le plus violent et le plus « achevé » ; mais c?est l'ensemble du « territoire » kurde qui a été visé par tous les États de la région.

Fig. 1

Carte du peuplement kurde

Fig. 1

Carte du peuplement kurde

3Un aperçu global des politiques de modification coercitive du peuplement kurde est donné ici par comparaison des politiques menées par les différents États et analysées parallèlement [2]. De quelles manières et avec quels objectifs la modification du peuplement dans les pays partiellement peuplés de Kurdes a-t-elle été organisée ? Quels enjeux ces politiques recouvraient-elles ? Comment les populations et/ou les territoires visés étaient-ils définis ? L?analyse devrait permettre de revenir sur la pertinence de concepts comme « nettoyage ethnique » et « génocide », employés par nos principales sources [3].

4Les États (Turquie, Irak, Syrie, Iran) entre lesquels la population kurde est partagée, ont cherché à se fonder en tant que nations. Il s?agissait pour eux d?assurer la congruence de l'identité nationale et du territoire hérité d?un découpage surimposé. Des revendications territoriales contradictoires, notamment kurdes, rendaient d?autant plus urgente la mise en place de ce processus par nationalisation et « naturalisation des frontières » (Bozarslan, 2005, p. 323). C?est essentiellement dans ce but que diverses politiques visant à transformer le peuplement furent lancées par les différents gouvernements.

5Les politiques visant à homogénéiser la population ont deux versants. Comme l'écrit Stéphane Rosière, « l'État, et surtout l'État-nation, a généré l'adaptation de sa population à ses normes par l'intégration forcée (la non reconnaissance de l'altérité) ou, au contraire, par l'expulsion du corps social, potentiellement l'épuration, le ?nettoyage ? » (Rosière, 2005, p. 5). C?est ce que souligne également Hamit Bozarslan quand il écrit, à propos du Kurdistan, que « l'assimilation et l'exclusion constituaient [?] les deux volets d?une même politique, fondant l'une et l'autre, la nation » (Bozarslan, 2005, p. 323). Nous nous intéresserons ici à ces deux versants.

6Dans une première partie, nous analyserons les politiques d?intégration forcée ou d?assimilation lorsqu?elles visent une population spécifique sur un territoire défini. Elles concernent la modification des critères ethniques ou culturels de la population d?un territoire donné. Coercitives, elles font usage de la violence symbolique pour contraindre l'autre à se transformer ; ceci implique une définition ethnique de l'élément à modifier. Nous nous concentrerons ensuite sur les différentes politiques visant, quant à elles, la répartition des populations ethniquement définies sur le territoire, soit au peuplement proprement dit.

7Dans une seconde partie, nous analyserons les expulsions et massacres des populations kurdes, mettant en ?uvre la violence physique. Le contexte de guerre dans lequel ils sont survenus doit être pris en considération. En effet, la guerre a servi de prétexte à la mise en ?uvre de ces man?uvres et permis d?écarter ou de masquer la dimension ethnique du « nettoyage ». Nous discuterons ensuite la dimension génocidaire de la politique du Baath irakien, politique qui semble parfois dépasser la dimension territoriale. Enfin, si le nettoyage ethnique désigne « un ensemble de pratiques visant à l'homogénéisation nationale par élimination (expulsion, massacre) » (Roux, 2000, p. 485), nous verrons dans une dernière partie que, surtout en Irak, ces pratiques d?élimination ont été doublées par une colonisation des zones « nettoyées ». La colonisation a pour effet de modifier radicalement le peuplement du Kurdistan et de rendre la situation encore plus inextricable.

Faire autre ou assimiler

Diffuser l'altérité

8Lorsque la Turquie et la Syrie ont été fondées, les Kurdes ne furent pas reconnus en tant que nation. En Turquie, dès l'avènement de la République (1923), l'existence des Kurdes fut niée. Ils furent définis comme des « Turcs des montagnes », des tribus turques qui, du fait d?une longue résidence isolée dans les zones montagnardes de l'Est de la Turquie, auraient perdu leur langue et culture d?origine. Lors du recensement de la population organisé en Syrie en 1962, 120 000 Kurdes furent déchues de leur nationalité car ils étaient perçus comme des étrangers venus dans le but de détruire le caractère arabe de cet État (Nazdar, 1979, p. 316). En Irak, la position était plus ambivalente : depuis l'indépendance, les recensements ont pris en compte l'origine ethnique des individus, la composante kurde était donc reconnue. Les Kurdes devaient néanmoins partager pleinement l'idéal nationaliste arabe.

9Dans certains cas, l'assimilation des Kurdes aux nations majoritaires était possible. C?était vrai surtout en Turquie. L?assimilation visait à homogénéiser la population, à faire en sorte que les Kurdes se disent Turcs. Cette forme d?homogénéisation, bien que coercitive, passait moins par la violence physique que par la violence symbolique. Le corps « étranger » à la nation aurait pu être assimilé en évacuant son altérité. Cette transformation culturelle et symbolique lui aurait épargné l'expulsion (ou pis), et il aurait pu demeurer dans un territoire devenu homogène. Même si les Kurdes ne sont pas désignés en tant que tels dans cette formulation, ils sont visés en tant qu?éléments non turcs. En Turquie, les politiques d?assimilation passèrent donc par la diffusion de la culture et de la langue turques et par l'interdiction de l'emploi d?autres langues. Ces politiques ne s?appliquèrent d?abord qu?à un territoire particulier : le Kurdistan (toponyme interdit en Turquie). Dès 1925, le « plan de réforme de l'Est » (?ark ?slahat Plan?) a été mis en place. Il a jeté les bases de ce que l'on peut appeler la « politique kurde », intégrant repeuplement de la région, développement des infrastructures de transports mais aussi scolaires et militaires, et modification des données linguistiques. Son article 14 précise que : « dans les chefs lieux des départements et des arrondissements de Malatya, Elaz??, Diyarbakir, Bitlis, Van, Mu?, Urfa, Ergani, Hozat, Erçis, Adil cevaz, Ahlat, Palu, Çarsancak, Çemi?kezek, Ovac?k, H?sn?mansur, Behisni, Arga, Hekimhan, Birecik, Çermik, dans les bâtiments et autres fondations municipaux, dans les écoles, les bazars et les marchés, ceux qui utilisent une autre langue que le turc et se comportent de manière contraire aux ordres de l'État et des mairies seront incriminés et punis ». Tous ces départements sont situés à l'est de l'Euphrate. Selon l'article 17, « Le parler kurde des Kurdes dispersés dans les départements situés à l'ouest de l'Euphrate est immédiatement interdit, l'ouverture d?écoles pour filles est encouragée ainsi que le parler turc des femmes » (Bayrak, 1993, p. 486-487). Mentionnons également le rôle des Foyers turcs (Türk Ocaklar? ) créés en 1912 comme outils de diffusion de la culture turque. Selon Ahmet A?ao?lu, un de leurs initiateurs, le but des Foyers est « de réaliser l'unité de langue, de religion et de mentalité » [4], et donc l'unité nationale. Si, avant 1924, les Foyers turcs sont surtout concernés par l'arrivée de réfugiés et par leur intégration dans la nation turque, après la première importante révolte kurde (la révolte de Cheikh Said en 1925), les Foyers sont essentiellement créés dans l'Est du pays et concernent donc la population kurde. Près de 40 % des nouveaux foyers créés entre 1925 et 1931 sont situés à l'Est de la ligne Trébizonde-Adana. Ils ont alors pour mission essentielle de « renforcer l'unité nationale en diffusant la langue et la culture turque » (Georgeon, 1982, p. 196-197). Ainsi, dès 1925, un territoire particulier dont la population doit être homogénéisée est défini en Turquie.

10En Irak, le changement d?identité a également été « proposé » aux Kurdes, bien que de manière plus violente et beaucoup plus tard : à la veille de l'Anfal[5], en 1987, un recensement est organisé et donne la « possibilité » aux populations kurdes de se dire arabe et ainsi d?échapper ? théoriquement en tout cas ? aux massacres qui se préparent. La plupart des Kurdes refusent de le faire et sont chassés vers les territoires contrôlés par les peshmergas et visés par l'Anfal. Plus tard, en septembre 2001, la promulgation de la loi pour la « correction de nationalité » permet aussi à tout Irakien de changer d?identité. Comme le souligne la FIDH, il s?agit d?une obligation : si les personnes inscrites sur les listes refusent de se dire arabe, elles seront déportées (FIDH, 2002, p. 11) [6].

11En Turquie, on peut devenir turc par soi-même, happé par l' assimilationnisme, « ce désir d?être l'Autre et de s?y fondre » (Chamoiseau, 1997, p. 216) ; en Irak, on a été contraint par la violence physique de se dire arabe, de fuir ou de périr.

La déportation comme outil d?assimilation : déplacer et diluer les peuples

12Si un des moyens d?assimiler une population est de diffuser en son sein la culture et la langue d?État, en Turquie, la modification du peuplement a été aussi clairement envisagée comme outil d?assimilation. Ainsi, les premiers articles du plan de réforme de l'Est concernent le peuplement. La République, dans ses premières années [7], a proposé l'installation, en région kurde, de réfugiés turcs ( muhacir ) et la déportation de familles ou tribus rebelles. L?article 5 du Plan propose que les réfugiés de Yougoslavie, d?Albanie, d?Iran ou du Caucase soient installés dans les lieux inoccupés depuis la disparition des Arméniens, notamment entre Elaz??, Ergani et Diyarbak?r, Elaz??, Palu et K??? et entre Palu et Mu? (Bayrak, 1993, p. 483-485). Un nombre important de réfugiés y a effectivement été installé dans les années suivant l'émission du plan de réforme de l'Est. L?État a soutenu cette installation en payant le voyage, en donnant des terres et de l'argent à ceux qui peuvent être considérés comme de véritables « colons turcs » (Bayrak, 2004, p. 457-483).

13La loi sur l'installation (iskân kanunu) votée en 1934 en Turquie a visé le même objectif ; elle « précise les moyens par lesquels on peut attacher plus fortement ces personnes à la patrie et les assimiler à la culture turque [?] Pour arriver à assimiler ceux qui sont de culture turque, mais qui parlent d?autres langues que le turc, le gouvernement les oblige à s?installer dans les lieux qu?il choisit lui-même » [8]. Cette loi divise le territoire en trois zones : la première est constituée par des districts dont l'évacuation est désirable pour des raisons sanitaires, économiques, culturelles, politiques ou de sécurité ; la seconde est constituée de districts désignés pour le transfert et la réinstallation de population dont on désire l'assimilation à la culture turque ; la troisième est constituée de lieux où l'on souhaite accroître les populations de culture turque. Ainsi, on souhaite diluer la population kurde en implantant des groupes de culture turque alors que d?autres régions, majoritairement turques, sont désignées pour l'implantation dispersée de Kurdes. Ainsi, le déplacement forcé et la déportation sont envisagés, au moins au début de la République, comme un moyen d?assimiler la population kurde. Martin Van Bruinessen, dans son article sur Dersim [9], qualifie ces mesures relatives au peuplement, ainsi que toutes les autres mesures « assimilatrices », d?ethnocide qu?il définit comme « la destruction de l'identité ethnique » (1994, p. 7-12). Selon lui, la loi de 1934 relative au peuplement, donne un cadre légal à une politique d?ethnocide ou d?assimilation.

Le nettoyage ethnique : la guerre comme prétexte ?

14Le Kurdistan a enregistré plusieurs vagues de déplacements forcés et de massacres. Les Empires ottoman ou perse ont déplacé les tribus rebelles vers des régions relativement éloignées comme l'Anatolie centrale ou le Khorasan iranien. La raison de ces déportations était de rétablir l'ordre dans des régions troublées. À partir du début du xxe siècle, les politiques de peuplement sont devenues clairement nationales et ont visé à l'homogénéisation du territoire de la nation à légitimer. Nous limiterons notre examen à celles-ci [10]. La modification coercitive du peuplement prit donc plusieurs formes : évacuation forcée, déportation, destruction que nous tentons de cerner en évoquant les justifications avancées par les États responsables.

Terroristes et traîtres

15Les Kurdes, qui ne sont généralement pas reconnus par les discours officiels, ne sont donc pas nommés en tant que tels. Les contextes dans lesquels les déplacements de population ? voire les massacres ? sont organisés, obligent les gouvernements à nommer les populations concernées en évacuant le terme ethnique, et à insister sur des prétextes de sécurité. Les Kurdes, groupes minoritaires situés aux marges des territoires nationaux ont souvent constitué des mouvements armés qui ont pu s?opposer à la volonté de l'État d?intégrer ses périphéries territoriales ? c?est le cas notamment des révoltes kurdes dans les premières décennies de la République turque ? ou viser, plus récemment, l'autonomie ou l'indépendance du Kurdistan (c?est le cas des mouvements du PKK ? Partiya Karkerên Kurdistan ? Parti des travailleurs du Kurdistan ? en Turquie, ou du PDK ? Parti démocratique du Kurdistan, en Irak). Dans les deux cas, toutefois, les États ont tenté de pacifier et/ou d?homogénéiser leurs marges territoriales. C?est souvent dans ces contextes de « pacification » ou de guerre (de 1975 à 1990 en Irak ; dans les années 1920 et 1930 et de 1984 à 1999 en Turquie) que les déplacements de population ont eu lieu. On peut parler alors, pour reprendre l'expression de S. Rosière (2006), de « nettoyage de translation territoriale et de périphérie ».

16Dès les premières années de la République turque, les révoltes kurdes qui s?échelonnent entre 1925 et 1940 ont été suivies de déportations vers l'ouest de la Turquie. Les populations y sont assignées à résidence et n?ont alors pas l'autorisation ni de sortir d?un territoire bien défini, ni de retourner dans leur territoire d?origine [11]. La population du Dersim, qui s?est révoltée à la fin des années 1930, est qualifiée par l'État de « bandits » (haydut) (Van Bruinessen, 1994, p. 6).

17La seconde période de déplacements massifs en Turquie est celle de la guerre opposant le PKK à l'armée turque à la fin des années 1980 et dans les années 1990. Les villages de la région de peuplement kurde sont alors vidés sous prétexte que leurs habitants soutiennent et abritent les « terroristes » du PKK.

18En Irak, on qualifie de « saboteurs » les combattants kurdes (alliés à l'Iran durant la guerre Iran-Irak) mais aussi tous leurs proches et les habitants des régions qu?ils contrôlent. Le contexte de guerre et les préoccupations de sécurité (aussi bien internes qu?externes) permettent à l'État de ne pas nommer les populations kurdes mais de les définir comme traîtres à la nation [12]. Le lexique de la maladie, de la cure et du « nettoyage » s?y rapporte plus qu?à l'ethnicité. Néanmoins, l'ensemble de la population kurde est concerné par les déplacements et pas seulement les hommes portant les armes.

Un territoire à « nettoyer »

19Les territoires concernés sont explicitement les territoires kurdes, même s?ils ne sont jamais nommés ainsi. Dans ces territoires, en contexte de guerre, les premières cibles sont les régions frontalières : ainsi, dans la première période de la guerre opposant le PKK et l'État turc, les premiers villages évacués sont situés dans les régions proches de la Syrie et de l'Irak (fig. 2). Certaines d?entre elles sont déclarées « zones interdites ». Suite aux Accords d?Alger signés entre l'Iran et l'Irak et précisant qu?un no man?s land de vingt-cinq kilomètres devait être créé aux frontières, Saddam Hussein interdit toute vie dans une bande de cinq kilomètres de large le long des frontières pour empêcher les « infiltrations ». Ce « cordon sanitaire » est ultérieurement élargi à dix puis quinze et enfin trente kilomètres. Tous les villages se trouvant dans cette zone sont détruits (fig. 3) : il faut empêcher la population de soutenir d?éventuels maquisards (Kutschera, 2005, p. 353-354). De la même manière, l'Anfal concerne d?abord les territoires frontaliers avec l'Iran contre lequel l'Irak sort d?une guerre meurtrière. On remarque donc nettement une volonté de sécuriser les frontières nationales.

20Une fois ces territoires vidés, la zone concernée est élargie. En Turquie, on procède méthodiquement : entre 1990-1992, les forces armées ont détruit les villages de la région de Hakkari, ?irnak, Van et Siirt. En 1993, ce sont les régions de Bitlis, Diyarbakir et Mardin qui sont touchées ; entre 1994 et 1995, celles de Tunceli et Bingöl puis en 1996 celle de Sivas (fig. 2). En Irak, l'accord du 11 mars 1970, prévoit l'autonomie du Kurdistan dont les frontières doivent être déterminées par un recensement. Le recensement n?a pas eu lieu et une déclaration unilatérale du gouvernement irakien en 1974 a reconnu la région autonome du Kurdistan comprenant les gouvernorats d?Erbil, Suleymaniye et Dohuk [13]. Le Kurdistan est alors divisé en deux zones : la région autonome kurde et les autres régions de peuplement kurde qui restent sous contrôle irakien. C?est dans la partie du Kurdistan restée sous domination de l'État central irakien que le peuplement est le plus profondément modifié (régions de Mossoul et Kirkouk).

Évacuations et déportations

21En Turquie, lors de la guerre contre le PKK, l'armée a procédé à une évacuation forcée sans politique de réinstallation. Les villes de Lice, ??rnak, Varto et Kulp sont détruites ; plus de 3 000 villages sont évacués par l'armée en collaboration avec les korucu[14]. Ils sont ensuite détruits ou brûlés comme les vergers et le bétail, et les champs minés, interdisant tout retour. La population est rarement prévenue au préalable et doit quitter le village dans l'urgence. La réinstallation se fait sur le mode individuel et anarchique. On se réinstalle soit dans les villes proches (Diyarbakir, Van, Urfa, Mardin, Batman, etc.) dont la population augmente brutalement, soit dans des villes plus éloignées (Mersin, Adana, Ankara, Izmir, Istanbul'). On compterait actuellement quatre millions de déplacés internes en Turquie [15]. Sans politique de réinstallation, on peut dire que cette méthode vise plus à la désertification du Kurdistan ? et surtout de ses campagnes ? qu?à l'assimilation des populations kurdes. Les moyens économiques se combinent alors aux moyens politiques : l'économie rurale étant détruite par la guerre, toute la région reste très sous-développée, expliquant aussi en partie les migrations vers les villes et vers l'ouest du pays (fig. 2).

22Dans les régions kurdes d?Irak, on estime que 25 villes et 4 500 villages ont été détruits. Ces destructions ont été accompagnées de déplacements forcés, voire de déportation de population. Elles ont été opérées en trois grandes vagues successives. La première a lieu suite à l'échec de Barzani et aux accords d?Alger : les zones touchées sont les régions pétrolifères de Kirkouk et Khanaqin, la région de Barzan et les régions frontalières. Selon Human Rights Watch (2002, p. 8), au moins deux cent cinquante mille personnes auraient été déplacées dans les zones frontalières allant de Khanaqin sur la frontière iranienne à Sinjar sur la frontière syrienne. La seconde vague est celle de l' Anfal : deux mille villages détruits, plusieurs centaines de milliers de personnes déplacées et cent mille tuées, notamment par l'utilisation des gaz chimiques (fig. 4). La troisième vague commence après 1991 et l'établissement d?un État kurde fédéré d?Irak du Nord ; elle concerne surtout Kirkouk et sa région. Cent vingt mille personnes auraient été déplacées des régions sous contrôle du Baath entre 1991 et 2000 (HRW, 2002, p. 15). En Irak, contrairement à la Turquie, les évacuations forcées sont généralement doublées de déportations (impliquant une réinstallation forcée). Ces déportations ont été mises en ?uvre par le régime de Saddam Hussein depuis les années 1970 jusqu?à sa chute en 2003. La population, si elle n?est pas massacrée, est envoyée dans des camps de regroupements ou dans des camps de transit présentés par le gouvernement comme des villages modernes mais plutôt comparables à des camps de concentration, situés dans des zones kurdes contrôlées par le régime [16]. La population peut également être réinstallée plus loin, hors des zones kurdes, dans le sud du pays et notamment dans les provinces de Diwaniyya, Samawa, Nasiriyya et Al Ramadi. Après les accords d?Alger, plusieurs centaines de milliers de Kurdes ont été déportés dans le sud : tous les cadres du PDK sont déplacés vers Kout, Amara et Nasiryya ; les habitants de la région de Barzan sont déplacés vers le sud (FIDH, 2002, p. 6). Au total, plus d?un million de personnes sont déportées et regroupées dans des camps (fig. 3 et 4).

Fig. 2

Évolution des villages en Turquie, 1985-2000

Fig. 2

Évolution des villages en Turquie, 1985-2000

Fig. 3

Le nettoyage du Kurdistan irakien, 1975-1988

Fig. 3

Le nettoyage du Kurdistan irakien, 1975-1988

Source : Brié, 2006 ; Babakhan, 1994.
Fig. 4

Arabisation du Kurdistan irakien, 1975-2003

Fig. 4

Arabisation du Kurdistan irakien, 1975-2003

Source : Brié, 2006 ; Babakhan, 1994.

Vers des pratiques génocidaires ?

23Dès les années 1990, les ONG ont souligné et dénoncé le génocide des Kurdes en Irak. L?idée de génocide est défendue parce qu?il est avéré que le régime voulait nettoyer le Kurdistan et exterminer l'ensemble de la population de la région. Les ONG ont fait un travail considérable en analysant les immenses archives du régime baathiste concernant la mise en place de l'Anfal et ont mis à jour tous les rouages administratifs qui l'ont permis [17]. Si elles insistent surtout sur les campagnes Anfal, des pratiques génocidaires semblent avérées plus tôt, dès 1983, avec l'extermination des hommes de la tribu Barzani notamment. Les combattants du PDK, convaincus que seule une victoire iranienne pouvait chasser Saddam, se sont alliés aux troupes iraniennes contre lequel l'Irak était en guerre. Le 31 juillet 1983, lors d?une rafle punitive, huit mille hommes de la tribu ont été emprisonnés puis tués dix jours après leur arrestation et ensevelis dans des fosses communes des régions désertiques du pays. Selon Hamit Bozarslan, ces assassinats de masse visent à « éradiquer l'ascendance et la descendance de leur groupe réel ou supposé ». La répression n?est liée ni à un impératif sécuritaire, ni à des enjeux territoriaux, elle vise à « défaire la naissance » (2005, p. 332) : à anéantir le groupe.

24L?Anfal, campagne systématique de destruction, a été dirigée par Ali Hassan Al-Majid, cousin de Saddam Hussein, en 1988. Elle s?inscrit dans le contexte de la fin de la guerre Iran-Irak et s?annonce dès 1987 avec la nomination d?Ali Hassan Al-Majid comme secrétaire général du bureau du Nord du parti Baath le 18 mars 1987. Celui-ci obtient les pleins pouvoirs. La phase préparatoire de l'Anfal est lancée : les opérations militaires d?avril 1987 visent à créer, entre les zones tenues par le gouvernement et celles tenues par les peshmergas, une zone tampon inhabitée afin de couper ces derniers du reste du pays. En juin 1987, Al-Majid promulgue une série de directives imposant de tirer à vue sur toute personne surprise dans les « zones interdites » (soit tenues par les peshmergas), de procéder à des bombardements aveugles afin de tuer le plus grand nombre de personnes. Tout ravitaillement alimentaire et toute pratique de l'agriculture dans ces zones sont par ailleurs proscrits [18]. En octobre 1987, le gouvernement lance un ultimatum aux Kurdes vivant dans les « zones interdites » : ils doivent les quitter et se rendre aux villages collectifs. La campagne de l'Anfal, proprement dite, vise les zones interdites et comprend huit phases visant huit régions et s?étendant du 23 février au 6 septembre 1988. Toutes ces opérations se déroulent de manière identique : les bombardements au gaz toxique des régions tenues pas les peshmergas et des villages occupés par les civils sont suivis des assauts de l'infanterie qui pillent et détruisent les villages en les incendiant, les dynamitant ou en les rasant au bulldozer. La population est ramassée et amenée dans des camps de transit alors que de nombreux hommes disparaissent [19].

25Middle East Watch cite The Destruction of the European Jews de Raul Hilberg selon lequel « tout processus de destruction répond à un modèle inhérent. Il n?y a qu?une façon dont un groupe éparpillé peut-être détruit. Cette opération se décompose en trois étapes indissociables : définition, concentration (ou capture), anéantissement » (MEW, 2003, p. 39-40). MEW relève le fait que la campagne d?Anfal correspond au schéma d?Hilberg. Le recensement de 1987 permet en effet la définition de la population visée mais aussi la concentration en expulsant les « saboteurs » vers les zones kurdes qui seront par la suite détruites. La volonté d?anéantir l'ensemble de la population kurde située dans les zones interdites est clairement marquée par l'utilisation des armes chimiques. Le terme de purification est souvent employé (MEW, 2003, p. 83). En revanche, le nom même d?Anfal provient d?une sourate du Coran selon laquelle les biens, les âmes, la vie et l'honneur des infidèles sont halal (casher) pour les Musulmans. Les Kurdes, considérés comme des infidèles, peuvent être tués en toute bonne conscience. Malgré tout, l'enjeu territorial reste primordial. En effet, après les expulsions et massacres, des colons arabes sont implantés dans les régions « nettoyées ». Par ailleurs, les Kurdes de Bagdad ou les déportés ne sont pas exterminés. Le régime de Saddam Hussein n?extermine donc pas tous les Kurdes, mais seulement ceux qui vivent au Kurdistan. Ainsi, apparaît-il que le régime était plutôt fixé sur le mouvement national kurde et le Kurdistan que sur les Kurdes en tant que tels.

Fig. 5

La campagne de l'Anfal en Irak, 1987

Fig. 5

La campagne de l'Anfal en Irak, 1987

26Selon Jacques Sémelin, le génocide se place dans la continuation de l'épuration ethnique, « toutes deux orientées vers l'éradication », mais il les distingue de la manière suivante : « Comme le souligne bien Helen Fein, dans le premier cas (l'épuration), le départ ou la fuite sont encore possibles, tandis que dans le second cas (le génocide), toutes les portes sont fermées ». J. Sémelin, pour réintroduire le concept de génocide en sciences sociales, en préfère une définition restreinte : « le processus particulier de la destruction des civils qui vise l'éradication totale d?une collectivité dont les critères sont définis par le persécuteur » (Sémelin, 2002, p. 11). Bien sûr, au Kurdistan, les populations visées n?ont eu aucune possibilité de fuir sous l'effet des gaz chimiques. Mais les gaz chimiques n?ont jamais été utilisés contre les Kurdes vivant hors du Kurdistan ainsi peut-on parler d?un nettoyage ethnique (aux méthodes extrêmes) qui, selon S. Rosière, se différencie du génocide par son enjeu territorial affirmé : « si le génocide a pour finalité un peuple, le nettoyage ethnique a pour finalité un territoire » (2006, p. 6).

Coloniser : l'arabisation

27Dans certains cas, des politiques de colonisation s?ajoutent à l'élimination (expulsions et massacres) modifiant et complexifiant encore le peuplement du Kurdistan. En Irak, la déportation des Kurdes s?est accompagnée de l'installation de colons arabes dans les régions kurdes. Parfois, des Arabes, et surtout, parmi eux, les chiites du sud du pays sont envoyés de force dans les régions kurdes pour coloniser la région. Outre ces méthodes coercitives, des méthodes incitatives, comprenant octrois de logements et de terres et compensations financières, sont employées pour attirer les Arabes au nord. Ce processus de colonisation se déroule aussi, quoi que de manière moins spectaculaire, en Syrie. On parle communément de politique d?arabisation. Cette politique vise, en Syrie, les territoires frontaliers de la Turquie, et en Irak, l'ensemble des territoires peuplés de Kurdes. Néanmoins, en Irak, l'arabisation touche avant tout les régions sous contrôle du Baath : c?est-à-dire, de 1975 à 1991, les régions kurdes qui ne jouissent pas du statut d?autonomie et, de 1991 à la chute de Saddam en 2003, les régions qui restent à l'extérieur de la zone protégée et du territoire de l'État kurde d?Irak du Nord proclamé le 4 octobre 1992 [20] et notamment Kirkouk, Khanaqin, Mandeli (fig. 5). Aussi bien en Syrie qu?en Irak, l'arabisation vise clairement l'appropriation des ressources. En Syrie, les territoires peuplés de Kurdes constituent une bonne partie des terres fertiles de ce pays semi-désertique. En Irak, la politique d?arabisation vise, dès le départ, Kirkouk et sa région, importante zone pétrolifère du pays [21]. Elle vise également la ville et la région de Khanaqin où le pétrole est aussi abondant. Ces régions représentent également les plus riches régions agricoles du pays. De ce fait, des migrations traditionnelles de travail du sud vers le nord irakien renforcent l'arabisation. Très partielle en Syrie, elle est beaucoup plus achevée en Irak où elle a été opérée en trois grandes vagues correspondant aux trois grandes vagues de « nettoyage ». Outre l'emploi de la terreur et d?un lourd appareil législatif, réformes agraires et recensements permettent ainsi l'arabisation des régions kurdes.

Réformes agraires

28En Syrie, quelques mois après la prise de pouvoir du Baath en novembre 1963, le chef politique de la province de la Djézireh (nord-est syrien, province kurde), Mohamed Talab Hilal publie une Étude sur la province de Djézireh du point de vue national, social et politique dans laquelle il expose un plan en douze points. Il propose notamment une politique de batr, soit d?ablation par le transfert de population et sa dispersion, une politique de hizâm, soit de ceinture arabe, une politique d?iskân, soit de colonisation par l'implantation d?Arabes, une politique de socialisation par la création de « fermes collectives » pour les Arabes (Nazdar, 1979, p. 316-317). Ce plan ultérieurement renommé « Plan pour l'établissement de fermes modèles d?État dans la province de la Djézireh » met bien en évidence que c?est par le biais de réformes agraires ou d?aménagements agricoles que l'arabisation est envisagée. Le plan de la ceinture arabe qui vise à l'arabisation d?une zone de 280 km de long et de 15 km de large le long de la frontière turco-syrienne concerne 332 villages. Il n?est que très partiellement mis à exécution puisque la politique de ceinture arabe est suspendue en 1976. Néanmoins, en 1975, 40 « villages modernes » ont été construits par l'État dans la ceinture arabe. Plusieurs milliers de familles dont les villages avaient été ennoyés par la mise en eau du barrage de Raqqa y ont été installés. 30 000 Kurdes auraient été incités à partir entre 1965 et 1975 sans qu?il n?y ait pour autant de déportations organisées comme en Irak (Nazdar, 1979, p. 318 ; Pérouse, 1997, p. 79) (fig. 6).

29Cette politique agraire semble avoir joué un grand rôle dans la politique d?arabisation. La réforme lancée en 1958, est achevée en 1969, permettant de doubler la surface des terres cultivées du pays. Selon O. Winckler cette expansion s?est faite essentiellement le long de la frontière turque. Si ce même auteur précise que la plupart des terres sujettes à expropriation étaient localisés dans le nord-est alors que la population était plus concentrée dans le sud et l'ouest du pays, il ne souligne pourtant pas les liens que la réforme agraire pouvait avoir la politique de ceinture arabe pourtant mise en place à la même période (1999, p. 119 et 124).

Fig. 6

Arabisation de la Syrie, 1960-1970

Fig. 6

Arabisation de la Syrie, 1960-1970

30En Irak, c?est également par l'intermédiaire de projets de développement agricole et par des réformes agraires que l'arabisation (ta?rib) a été lancée. Le projet d?irrigation de la plaine de Hawija, située au sud-ouest de la ville de Kirkouk, voit le jour au milieu des années 1930. Il a consisté en la construction d?un canal d?irrigation transportant de l'eau depuis le cours du Zab. La terre est alors divisée et distribuée aux membres de la tribu arabe Al-Ubaid issue du gouvernorat voisin de Diyala. Les Kurdes présents jusqu?alors ne reçurent pas de terre. On peut dire que c?est la première colonie arabe de la région planifiée et organisée. De la même manière, les plaines de Qaraj et de Qara Tepe, au sud du gouvernorat d?Erbil sont peuplées de tribus arabes qui, parfois armées par l'État et constituant des milices, menaient des attaques contre les Kurdes, alors forcés de quitter leurs terres. D?après le recensement de 1957, on constate que 27 705 Arabes ont été installés dans le district de Hawija grâce au projet d?irrigation (Talabani, 2001, p. 25). Le projet d?irrigation « Kirkouk », plus tard renommé « Saddam Hussein », utilise les eaux du bas-Zab pour irriguer les plaines de Dubz, Daquq et Tuz Khurmatu au sud de la route Kirkouk-Bagdad. Il a permis la construction de près de deux milliers de logements pour les familles de colons arabes (Talabani, 2001, p. 54) Des réformes agraires ont également été menées par les différents régimes irakiens pour servir l'arabisation. La réforme agraire du Parti Ba?ath lancée en 1970 (loi n° 117) a limité la taille des propriétés à 1 000 dunums (1 dunum = 1 000 m2) et aboli toute sorte de compensation en argent qu?accordait le régime précédent [22]. Les terres laissées vides sont expropriées, nationalisées, puis louées à des Arabes à des prix très bas (HRW, 2002, p. 16-18). Là où le régime ne pouvait garantir la sécurité des Arabes, notamment au nord de la province de Kirkouk, les villages ont été détruits et de nouveaux villages construits. Une fois les Kurdes partis, ils n?eurent plus l'autorisation de se réinstaller dans la région. Leurs biens immobiliers ont été expropriés et vendus. Des méthodes similaires sont employées dans la ville même de Kirkouk où les grands travaux ont « nécessité » la destruction de quartiers entiers et où les expropriations furent monnaie courante. Les destructions et reconstructions sont généralement accompagnées de changements toponymiques qui participent aussi clairement des politiques relatives au peuplement.

Le recensement

31Le but de l'arabisation étant véritablement d?inverser la proportion des groupes ethniques dans les régions kurdes et surtout dans les régions pétrolifères, les méthodes de recensement et la révision des limites administratives des provinces qui le précèdent permettent de modifier facilement le rapport démographique dans la province de Kirkouk.

32Le recensement de 1957 est considéré comme étant l'unique recensement fiable jusqu?à aujourd?hui. Les recensements suivants sont généralement considérés comme faussés, dans la région de Kirkouk notamment. Il est très fréquent que des tribus kurdes soient recensées comme arabes. Ainsi, par exemple, celles de Quakay ou de Barzinji sont enregistrées comme arabes dans le district de Tuz Khurmatu de la province de Kirkouk en vue du recensement de 1977. Ce recensement succède à l'accord de mars 1970 prévoyant l'octroi de l'autonomie du Kurdistan et un recensement qui devait permettre de délimiter les frontières du Kurdistan autonome. Or, on remarque que, à la suite de la signature de cet accord, la politique d?arabisation s?accélère et que le recensement est sans cesse repoussé ? comme nous l'avons dit plus haut, le territoire autonome sera défini, sans recensement, par un décret unilatéral en 1974. Il est clair que c?est dans le but de ne pas y rattacher Kirkouk. Nous avons évoqué plus haut le recensement de 1987 préparant l'Anfal et permettant à tout citoyen de devenir arabe par simple demande écrite ? par opposition, quiconque souhaitant être considéré comme kurde verrait sa maison détruite et serait sujet à la déportation vers la région autonome (MEW, 2003, p. 120). Lors du recensement de 1997, de nombreux Kurdes (mais aussi les Chrétiens et Turkmènes) de la province de Kirkouk ont été enregistrés comme Arabes et ceux qui refusent sont expulsés. On signale aussi que si les Kurdes ne se font pas enregistrer comme Arabes au recensement de 1997, ils ne peuvent ni acheter de biens immobiliers, ni recevoir un travail dans les compagnies pétrolières ou dans l'administration (International Crisis Group, 2006, p. 2).

33La modification des limites administratives de la province de Kirkouk qui a eu lieu en 1976, un an avant le recensement, participe de l'arabisation de la province. Quatre des sept districts de la province de Kirkouk en sont séparés et rattachés à des provinces voisines : Chamchamal et Kala?r sont rattachés à la province de Sulaymaniyah, le district de Kifri où les Kurdes sont majoritaires est rattaché à la province de Diyala, une province majoritairement arabe. Tuz Khumartu est rattaché à celle de Salahaddin (Kirkouk). Seuls les districts de Hawija, arabisé dès les années 1930-1940, et de Dubz, arabisé en 1963, restent rattachés à la province de Kirkouk qui est elle-même rebaptisée Al-T?amin (nationalisation). Le nombre d?Arabes augmente dans les recensements ultérieurs à Kirkouk.

Tab. 1

Recensement de 1957 dans la ville de Kirkouk

Tab. 1
Langue maternelle Kirkouk-ville Kirkouk-région Total Arabe 27 127 82 483 109 620 Kurde 40 047 147 540 187 593 Turc 45 306 38 065 83 371 Chaldéen assyrien 1 509 96 1 605 Source : Talabani, 2001, p. 43.

Recensement de 1957 dans la ville de Kirkouk

Tab. 2

Composition ethnique du gouvernorat de Kirkouk : comparaison entre les recensements de 1957 et 1977

Tab. 2
Nationalité 1957 1977 Kurde 48,3 % 37,63 % Arabe 28,2 % 44,41 % Turkmène 21,4 % 16,31 % Source : Talabani, 2001, p. 44.

Composition ethnique du gouvernorat de Kirkouk : comparaison entre les recensements de 1957 et 1977

34Encore aujourd?hui, les violences dans la ville et la région de Kirkouk sont, au moins en partie, liées à la composition ethnique de la province et au projet de recensement de population devant permettre l'éventuel rattachement de la province à la région autonome du Kurdistan. Suite à la chute de Saddam Hussein, la Constitution intérimaire (Transitional Administrative Law) a été votée. Son article 58 prévoit le retour des Kurdes déplacés avec restauration ou compensation pour les pertes de propriétés, la réinstallation des Arabes dans leurs lieux d?origine (avec compensations financières et dotations de terres), l'annulation de la loi sur la correction de la nationalité, la redéfinition des divisions administratives de la province de Kirkouk [23]. La Constitution irakienne votée en octobre 2005 embrasse ces dispositions par l'article 139(2). Celui-ci prévoit également l'organisation d?un recensement et d?un référendum à Kirkouk et dans les autres territoires disputés avant le 31 décembre 2007 [24]. De 2003 à 2006, trois cent mille personnes seraient retournées à Kirkouk. Une commission a été créée en janvier 2004 pour restaurer les biens confisqués à Kirkouk (Iraq Property Claims Commission, renommée, en 2006, Commission for the Resolution of the Real Property Dispute). Elle doit permettre la réinstallation des déplacés et déportés. Les Arabes ne sont plus forcément les bienvenus et certains quittent la région ou quittent les villages pour les villes voisines dès le début de la guerre en 2003. Les Arabes venus dans la région pendant les périodes d?arabisation sont aussi menacés par les Kurdes et forcés de quitter leur maison. Ainsi les ONG parle-t-elle d?inversement ou d?annulation du nettoyage ethnique : un récent rapport de Human Rights Watch est ainsi intitulé Reversing ethnic cleansing. L?enjeu de ces retours est humain et social mais il est aussi politique. Les dirigeants kurdes semblent déterminés à voir Kirkouk rattachée à la région autonome du Kurdistan. Rekurdifier la province le permettrait. Nuri Talabani expliquait ainsi à International Crisis Group : « Les nouveaux arrivants ne sont pas obligés de partir mais le souhaiteront. Ce ne sera pas confortable pour eux de rester car ils savent qu?ils n?appartiennent pas à cette terre. Ce sera difficile car Kirkouk ne sera pas un foyer pour eux » (2006, p. 13). Le chef du gouvernement kurde, Massoud Barzani affirmait lui-même : « Toute la zone qui avait une majorité kurde avant que les politiques délibérées d?installation de familles arabes commencent, en 1961, sont Kurdes. C?est pour cela que Kirkouk n?est pas seulement une partie du Kurdistan mais son c?ur? Ces Arabes doivent partir, parce qu?ils ont été installés ici pour ?arabiser ? le Kurdistan » (HRW, 2004, p. 53). De telles paroles laissent présager que les mouvements de population ne sont pas encore achevés et que les tensions relatives au peuplement bouleversé du Kurdistan ne sont pas prêtes de s?éteindre.

Conclusion

35L?étude conjointe des différentes politiques étatiques de modification coercitive du peuplement kurde met clairement en évidence qu?elles ont pour but d?homogénéiser la nation d?une part, son territoire de l'autre. Pourtant cette homogénéisation ne devait pas forcément passer par des mesures de peuplement ; ce fut essentiellement le cas en Turquie où l'on estimait que les Kurdes pouvaient être assimilés. Dans ce cas précis, le déplacement, la déportation et la colonisation étaient avant tout envisagés comme des méthodes d?assimilation ; le but était bien d?intégrer la population kurde au corps national en l'y diluant ? qu?il demeure même dans le territoire Kurdistan. Dans la plupart des cas cependant, la modification du peuplement visait, au contraire, l'élimination de la population kurde du territoire du Kurdistan. On ne peut pas comprendre ces politiques d?homogénéisation du territoire national sans tenir compte des contextes de guerres dans lesquels les Kurdes, peuplant les régions frontalières, sont toujours considérés comme une menace à l'unité de la nation et de son territoire. Prendre en compte ce contexte permet également de réfléchir à l'emploi de la notion de « nettoyage ». En effet, s?il y a « nettoyage » au Kurdistan irakien ? avec expulsion, destruction de tous les villages, de toutes les villes, massacres et concentration de la population ailleurs ? on peut mettre en doute la pertinence de l'usage du terme dans le cas turc où seul l'espace rural fut visé en tant qu?espace échappant au contrôle de l'État et de l'armée. Aujourd?hui, une fois la guerre achevée, le retour est possible et l'État turc soutient ? bien que parfois à reculons ? quelques politiques de retour aux villages. Quant à l'usage du terme de génocide, récurrent, notamment chez les ONG et dans l'historiographie kurde [25], bien que des pratiques génocidaires soient clairement identifiables en Irak, le caractère territorialisé de ces politiques nous fait plutôt pencher vers l'usage du terme de « nettoyage ». En effet, les Kurdes ne sont pas massacrés en tant que tels mais plus parce qu?ils occupent ? et revendiquent ? le Kurdistan. Ces mesures de « nettoyage » furent souvent doublées de colonisation. Ce double mouvement de population a bouleversé de manière extrême le peuplement du Kurdistan mais aussi de tous les États concernés par la population kurde, puisque l'on retrouve désormais des Kurdes jusqu?à Istanbul, Damas, Bagdad ou Bassora. Il a aussi profondément complexifié le peuplement et ses enjeux. La situation actuelle du Kurdistan irakien et de Kirkouk en est témoin.

Notes

  • [1]
    Le Kurdistan n?est pas et n?a jamais été le territoire d?un État, d?où l'impossibilité de lui donner des frontières fixes, immuables et légitimées. On peut néanmoins utiliser le critère de peuplement et dire que le Kurdistan correspond aux territoires transfrontaliers de la Turquie, la Syrie, l'Irak et l'Iran où la population kurde constituait ? et constitue encore souvent ? la majorité. Toutefois les modifications du peuplement brouillent également ce critère. On se réfèrera, sur l'impossible délimitation des frontières du Kurdistan et le problème du peuplement à J.-F. Pérouse (1999).
  • [2]
    Connaissant moins le cas iranien, par ailleurs peu documenté, je me concentrerai sur la Syrie, l'Irak et la Turquie.
  • [3]
    Celles-ci sont les rapports et travaux d?ONG. En effet, les travaux universitaires concernant les politiques de modification coercitive sont encore rares. Nous pouvons néanmoins citer ceux de Joost Jongerden et les récents travaux d?universitaires turcs tels que Kurban Dilek, Yükseker Deniz, Betül Çelik Ayçse, Unalan Turgay, Aker A. Tamer (2006).
  • [4]
    Georgeon (1982, p. 192). L?auteur cite A. A?ao?lu dans Türk Yurdu, III/18, 1924.
  • [5]
    « L?opération héroïque d?Anfal » selon la terminologie irakienne, est la campagne de destruction planifiée et systématique des zones kurdes entreprise par le gouvernement de Saddam Hussein sur le territoire irakien entre mars 1987 et avril 1988. Elle est caractérisée par un emploi massif des armes chimiques, des pertes humaines et matérielles énormes, et des déplacements de population considérables. Nous y reviendrons ultérieurement dans cet article.
  • [6]
    « Elle consistait à forcer les Kurdes ou les membres des communautés non arabes à ?corriger? leur appartenance nationale ancienne et à ?redevenir? arabes » (Hakim, 2004). Voir également Brié (2006).
  • [7]
    Les travaux de Fuat Dündar montrent néanmoins la continuité entre les politiques de peuplement du Comité Union et Progrès à la fin de l'Empire ottoman et celles de la République de Mustafa Kemal.
  • [8]
    Journal officiel turc, n° 2773, 21 juin 1934. Version traduite en français dans CHEAM, 1934, archives du CHEAM n° 60, cité par Bozarslan, p. 328.
  • [9]
    La loi de 1935 sur Dersim ( Tunceli Kanunu ) crée le département de Tunceli dont le gouverneur militaire reçoit des pouvoirs extraordinaires pour mettre en place la déportation. Suite à cette loi, des révoltes éclatent. Leur répression par l'armée est qualifiée parfois de génocide. 10 % de la population du département aurait été tuée.
  • [10]
    Concernant les populations kurdes déplacées en Anatolie centrale sous l'Empire ottoman, on se réfèrera notamment à Alakom Rohat (2003), ?arktan her Zaman Güne? Do?maz. Orta Anadolu Kürtleri, Stockholm, Apec.
  • [11]
    Sur les Kurdes du Dersim installés à la fin des années 1930 dans la région de la mer Égée, par exemple, on peut lire Yücel Müslüm, « Mavi Sürgünleri », Evrensel, 4-10-2001.
  • [12]
    En Irak, les Kurdes Fayli, chiites, furent déportés vers l'Iran en deux vagues (1969-1971 ; 1980) essentiellement parce que considérés comme d?origine perse, ils étaient perçus comme une « cinquième colonne ». En effet, dès la première Constitution et le Code de la nationalité (1924), ils n?ont pas été considérés comme des « Irakiens authentiques » mais des Irakiens de « rattachement iranien ». Saddam Hussein déclarait : « Expulser toute personne dont le regard s?étend au-delà des frontières et lui ordonner de quitter immédiatement le pays en lui disant : prends tes affaires et tire-toi, tu nous étais venu pieds nus et après que l'on t?a rendu humain, tu as commencé à rechercher tes oncles et cousins, vas-y, pars donc chez tes oncles? et c?est ce que nous avons fait en Irak, sans nous en soucier outre mesure. Si nous n?avions pas agi ainsi, la cinquième colonne serait maintenant partout dans le pays ». Cité par Babakhan (1994, p. 187). Sur les Kurdes Fayli voir Babakhan (1994, p. 165-291).
  • [13]
    Soit la moitié des terres revendiquées par les Kurdes. Cette zone délimitait un petit Kurdistan de 37 062 km2 qui fut élargit à 42 138 km2 en 1976.
  • [14]
    Le système des korucu ou protecteurs de villages est mis en place en 1987. Il s?agit d?une sorte de milice constituée de Kurdes, salariée et armée par l'État, qui travaille aux côtés de l'armée et de la police.
  • [15]
    Voir, pour les travaux les plus récents concernant la population déplacée en Turquie : Kurban et alii (2006). Cet ouvrage collectif s?intéresse aussi aux politiques de réinstallation dans les villages d?origine qui apparaissent depuis quelques années non sans difficultés.
  • [16]
    Les villageois sont rassemblés dans de grosses agglomérations accueillant 20 000 à 40 000 habitants mais sans aucune infrastructure. « Ce sont des agglomérations symétriques de maisons alignées s?étirant sur des dizaines de kilomètres le long des routes principales ; elles sont entrecoupées par tout un réseau de routes éclairées et suffisamment larges pour permettre le passage des blindés ». (Rimscha, Schneider, 1992, p. 28). Ces agglomérations sont entourées d?un réseau de postes de garde et de retranchements mais aussi de fils barbelés. Aucun emploi n?était créé dans ou à proximité de ces camps ; la culture des terres était interdite (Babakhan, 1994, p. 139-144). Après la guerre du Golfe, en 1991, et l'établissement d?une zone protégée et d?un État kurde en 1992, la plupart des personnes installées dans les camps ont fui pour se réinstaller dans les villages de la zone sous contrôle kurde.
  • [17]
    Voir notamment les travaux de Middle East Watch.
  • [18]
    Le texte complet présentant ces directives est présenté dans Babakhan (1994, p. 132-134, p. 137-138).
  • [19]
    Pour des analyses détaillées de cette campagne voir Kutschera (2005) et Middle East Watch (2003).
  • [20]
    Il regroupe environ 4 millions d?habitants sur 36 447 km2. Le découpage de cet « État » (non reconnu) a été arbitraire ; il correspond à une ligne de cessez-le-feu lors de la guerre du golfe en 1991. Il couvre uniquement les trois gouvernorats d?Erbil, Duhok et Suleymaniye et correspond en gros à la « région autonome » kurde de mars 1974.
  • [21]
    Kirkouk comporte un des plus grand champ pétrolier de l'Irak (13,5 billions de barils avérés). La compagnie exploitante est, à partir de 1929, l'Iraq Petroleum Compagny. Ses quartiers généraux sont déplacés de Tuz Khurmatu à Kirkouk. L?arabisation commence autour du pétrole : on observe un changement ethnique et social dans la ville. On vient de l'extérieur de la région pour travailler dans l'industrie pétrolière. On n?y trouve pas de Kurdes ; les rares présents seront progressivement congédiés et on leur interdira de travailler dans le secteur pétrolier.
  • [22]
    Elle prolonge la réforme agraire du gouvernement de Qassim (loi n° 30 de 1958) qui réduisait la propriété à 2 000 dunums.
  • [23]
  • [24]
    Article 139 (2) : « The responsibility placed upon the executive branch of the Iraqi Transitional Government stipulated in Article 58 of the Transitional Administrative Law shall extend and continue to the executive authority elected in accordance with this constitution, provided that it completes (normalization and census and concludes with a referendum in Kirkouk and other disputed territories to determine the will of their citizens), in a period not to exceed (the thirty first of December two thousand and seven) ». www.iraqigovernment.org.
  • [25]
    Un exemple : Kendal Nezan, président de l'Institut Kurde de Paris, parle de l'Anfal comme de la « version irakienne de la Shoah ». Institut Kurde de Paris, Peintres de l'Anfal, Institut Kurde de Paris, Paris, 1993. Le génocide kurde, symbolisé par la destruction de la ville d?Halabja, est un moment clé de l'historiographie kurde.
Français

Résumé

La Turquie, l'Irak, la Syrie, nouveaux États nations créés après la Première Guerre mondiale, ont tous développé des politiques coercitives de peuplement au Kurdistan, territoire objet de revendications nationales contradictoires. Nous donnons ici, par une approche comparative, un aperçu global de ces politiques de modification coercitive du peuplement kurde en nous arrêtant sur les objectifs de ces politiques et sur la manière dont elles ont été menées. En nous concentrant sur leur dimension territoriale, nous réfléchirons à leur conceptualisation dans le contexte kurde. Il apparaît que le souci premier étant la construction nationale, ces politiques visent soit à l'assimilation des populations à une population nationale, soit à leur exclusion (voire éradication) du territoire contesté. Ainsi nous analysons en premier lieu les politiques de modification du peuplement visant clairement à l'assimilation des populations kurdes à la population majoritaire. Les seconde et troisième parties traitent de l'exclusion de ces populations du territoire contesté. Enfin, la dernière partie s?attache à analyser les processus de colonisation de ce territoire ? autre versant des politiques coercitives de peuplement. Ce processus complexifie encore la question du peuplement au Kurdistan.

Mots-clés

  • Kurdistan
  • Turquie
  • Syrie
  • Irak
  • peuplement
  • nettoyage ethnique
  • construction nationale
English

The population of Kurdistan upside down: from assimilation to colonization

Abstract

Turkey, Syria and Iraq, new nation states funded after the 1st World War, have undertaken coercive populating policies in Kurdistan, a territory claimed by antagonist nationalisms. Using a comparative approach, we give here a global view of those policies towards Kurds in Kurdistan mainly by paying attention to the goals of these policies and to the methods used to ensure them. Focusing on the territorial dimension of these policies, we discuss the way we can conceptualize them within the Kurdish case. It appears that the main aim being to build the national unity, these policies tend either to assimilate the Kurdish populations or to exclude them. Therefore, we analyse first the policies aiming at assimilating the Kurdish population to the national population. Then, we deal with the policies aiming at excluding or even eradicating these populations from Kurdistan. At last, we analyze the colonization process, the other side of the populating policies; process that highly complicates the populating issue in Kurdistan.

Keywords

  • Kurdistan
  • Turkey
  • Syria
  • Iraq
  • populating
  • ethnic cleansing
  • national building

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Clémence Scalbert Yücel
Vacataire à l'INALCO (Paris) dans le département Eurasie, chargée du cours « Géographie de la Turquie ».
Mis en ligne sur Cairn.info le 01/01/2010
https://doi.org/10.3917/lig.711.0063
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