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La psychiatrie de l'enfant

2004/2 (Vol. 47)


ALERTES EMAIL - REVUE La psychiatrie de l'enfant

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INTRODUCTION

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Par des photos fort évocatrices, Trevarthen (1978 et 1979) décrit comment, par l’imitation réciproque, la mère et l’enfant établissent l’intersubjectivité primaire, un échange d’affects qui est aussi le premier mode de connaissance interpersonnel, puis de cette enceinte l’enfant part à la conquête du monde des objets que la mère et l’enfant explorent ensemble et à propos d’eux échangent des affects : c’est dans l’intersubjectivité secondaire que la mère suscite l’intérêt de l’enfant pour l’objet qu’elle lui propose et le soutient par des jeux. Ces deux étapes semblent conditionner l’étape finale, l’exploration autonome de l’objet. Les travaux de Pêcheux et collègues (1992, 2000) semblent conclure en ce sens : d’une part, des bébés stimulés à 3 mois par des jeux autour des objets au détriment des jeux interpersonnels sans objets accusent une baisse d’intérêt pour les objets à 5 mois ; d’autre part, des bébés bien stimulés par leurs mères avec des jeux autour des objets à 5 mois explorent de façon autonome à 8 mois.

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De nombreux travaux soulignent l’importance du face- à-face aussi bien dans la régulation de la vigilance que dans l’orientation de l’enfant vers les objets. Dans cet espace intime, la mère détecte finement les signaux de l’enfant et y répond de façon contingente, entraînant une co ïncidence entre l’ajustement maternel et les comportements régulateurs de vigilance de l’enfant, tels que les fixations et les affects positifs dont le sourire (Stern, 1974 ; Trevarthen, 1974 ; Fogel et al., 1982 ; Gusella et al., 1988 ; Symons et Moran, 1987 ; Hsu et Fogel, 2001).

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Les mères déprimées qui stimulent faiblement et de façon inconsistante fragilisent et perturbent les comportements régulateurs de vigilance de l’enfant, qui produit plus de regards d’aversion et d’affects négatifs, ainsi que des sentiments d’impuissance envers lui-même et de méfiance envers sa mère (Field, 1984 ; Field et al., 1985 ; Tronick et Gianino, 1986 ; Field, 1995, 1998).

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La situation du still face reproduisant certaines séquences du comportement interactif des mères déprimées provoque les mêmes réactions de l’enfant (Brazelton et al., 1975 ; Tronick et al., 1978 ; Tronick et al., 1979 ; Trevarthen, 1977 ; Fogel et al., 1982). Par le Double TV Replay test, Murray et Trevarthen (1985) ont précisé que ce qui perturbe vraiment l’enfant, c’est le manque de contingence dans la réponse maternelle ; résultats pleinement répliqués par Nadel et al. (1999).

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Les mères intrusives qui surstimulent, ne respectant pas les limites de l’attention de l’enfant, le fatiguent et abrègent l’interaction (Brazelton, Koslowski et Main, 1974). Submergeant l’enfant, elles l’incitent à détourner le regard (Stern, 1971 ; Field, 1977), ou à les fixer sans les voir à travers un regard vitreux (Stern, 1977). Il semble toutefois que, d’après Field et al. (2001), les mères déprimées intrusives soient moins néfastes que les mères déprimées rejetantes : à 3 mois, la fréquence des interactions des dyades enfants/mères déprimées rejetantes est plus basse que celle des dyades enfants/mères déprimées intrusives ; à 12 mois, les enfants de mères déprimées rejetantes explorent moins que les enfants des mères déprimées intrusives, et leurs scores à l’échelle mentale de Baley sont plus bas que ceux des derniers (Hart et al., 1999) ; résultats que ces auteurs tentent d’expliquer par des différences de concentration plus ou moins élevée de substances biochimiques.

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Le face-à-face ne remplit donc sa fonction que sous certaines conditions, comme le montrent les expériences de Field (1977) et de Symons et Moran (1987). Lorsqu’on demande à la mère de maintenir l’attention de l’enfant, celui-ci la regarde moins et lui sourit moins qu’en face-à-face spontané. En revanche, lorsqu’on demande à la mère d’imiter le bébé, celui-ci la regarde plus et lui sourit plus qu’en face-à-face spontané. Dans un cas l’activité de l’enfant est forcée, dans l’autre elle est renforcée. Utilisant l’Interaction Rating Scale de Field (1980), Gable et Isabella (1992) cherchent à évaluer les capacités de réguler la vigilance à 1 mois et à 4 mois. Les résultats sont démonstratifs : à 1 mois comme à 4 mois, les enfants des mères qui stimulent adéquatement et fréquemment obtiennent un score élevé d’autorégulation de vigilance ; de plus, la corrélation entre les interventions maternelles à 1 mois et l’autorégulation à 4 mois est positive.

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Les conséquences de ces observations sont multiples. D’une part, le face-à-face constitue un lieu privilégié d’apprentissage de l’autorégulation de la vigilance et par là une étape fondamentale dans la genèse de l’exploration. Ce qui expliquerait peut-être que les bébés stimulés à 3 mois avec des objets au détriment des jeux en face-à-face explorent moins à 5 mois (Pêcheux et al., 2000). D’autre part, bien que le bébé soit programmé à percevoir le visage humain dès la naissance et le préférer à tout autre stimulation visuelle (Fantz, 1961 ; Goren et al., 1975), cette préférence n’est pas automatique : le bébé ne regarde la mère que lors d’une interaction caractérisée par l’ajustement maternel. Or la référence au regard, aux expressions mimiques et aux comportements gestuels maternels est capitale dans la genèse de l’exploration de l’objet (Bruner, 1975 ; Bakeman et Adamson, 1984 ; Saxon, Frick, Colombo, 1997 ; Pêcheux et al., 1992, 2000).

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Sur la base de ces données, nous pensons que les interactions synchrones devraient favoriser l’exploration du visage et par là l’exploration de l’objet et qu’au contraire les interactions asynchrones inhibent l’une comme l’autre.

MÉTHODOLOGIE DE LA RECHERCHE

Sujets

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Des familles d’origine française ont été contactées par courrier à partir des registres d’état civil de Châtillon et de Clamart, banlieues proches de Paris. Parmi celles qui ont répondu, nous avons retenu les familles dont les mères sont unipares, l’enfant né à terme et en bonne santé. 15 bébés ont été filmés en 1992 et 15 autres en 1993.

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Les données exposées ici concernent 19 bébés, 9 garçons et 10 filles, présents tous les mois en après-tétée. Tout au long de l’observation, ils présentent un QD moyen ou supérieur au Brunet-Lézine appliqué à chaque séance. Ils appartiennent à 7 familles d’employés de bureau, 2 d’artisans, 5 de cadres moyens, 5 de professions libérales ou cadres supérieurs. Les mères sont âgées de 25 à 40 ans, avec une moyenne de 33 ans ; les mères primipares ont 30 ans ; les quelques pères intervenant régulièrement dans le maternage ont en moyenne 30 ans.

Procédure d’observation

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L’enregistrement par camescope a lieu à domicile, autour de la date anniversaire du bébé à 1, 2 et 3 mois, au cours desquels se met en place l’exploration du visage et de l’objet. L’enregistrement débute par la tétée et se poursuit jusqu’à l’endormissement. Limité à une heure, il comprend trois situations : la tétée, le change et l’après-tétée.

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La situation d’après-tétée se prête le mieux à notre objectif. C’est le moment d’éveil durant lequel la dyade s’adonne à des face-à-face ou à des présentations d’objet pendant lesquelles l’attention du bébé pourrait se partager entre la présence maternelle et l’objet. En tétée et en change, les mères ne présentent pas d’objet, ces situations sont le plus souvent dominées par l’exploration du visage.

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La tranche horaire est choisie en fonction du meilleur état de vigilance de l’enfant et de la disponibilité de la mère. La visite avait lieu le matin pour les uns et l’après-midi pour les autres. Elle dure environ deux heures : quarante-cinq minutes à une heure d’enregistrement, une heure de bilan ; quels sont les événements vécus par le bébé depuis la dernière visite, comment il a évolué selon l’échelle Brunet-Lézine, application de quelques épreuves de cette échelle.

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Les parents sont priés de faire selon leurs habitudes. Et pour ne pas les figer devant la caméra, nous adoptons l’attitude de visiteur, conversant avec eux, selon leur souhait, à propos du bébé.

Codage

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Nous distinguons 3 catégories d’interaction et 3 types d’exploration.

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L’interaction synchrone est formée de comportements que la poursuite d’un même but rend réciproques, contingents et harmonieux. Elle s’accompagne d’émotions positives.

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L’interaction asynchrone est formée de comportements que l’opposition des buts rend discordants. Cette dysharmonie varie selon l’intensité de l’opposition : à peine perceptible dans des cas de simple divergence de buts (voir Appendice) ou franchement conflictuelle dans d’autres (voir l’échelle utilisée par Isabella, Belsky et al., 1989, 1991). Elle s’accompagne d’émotions négatives.

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L’interaction neutre se produit lorsque, prise dans une même situation, la mère partage son attention entre deux tâches. Par exemple : pendant le jeu, la mère s’occupe momentanément d’un deuxième enfant ; ou pendant que l’enfant s’absorbe dans la contemplation du mobile musical, la mère se tenant à côté bavarde avec l’observateur. On pourrait dire que dans cette situation chaque partenaire, tout en restant en contact, poursuit des buts parallèles. Dans cette catégorie, Isabella et Belsky (1989, 1991) rangent les interactions faibles et non significatives. Cette situation pourrait se rapprocher de celle de l’enfant privé de l’attention maternelle, mais nullement de celle de l’enfant laissé seul dans une pièce ; ces deux situations sont groupées par Pêcheux et collègues (1992 ; 2000) dans la situation de l’enfant seul.

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Quant aux types d’exploration, nous ajoutons à l’exploration du visage et à l’exploration de l’objet, l’exploration de cibles indéterminées, soit parce qu’elles sont diffuses comme la lumière, ou éloignées comme des tableaux accrochés aux murs, le plafond, ou des objets environnants situés à plus de 50 cm, soit parce qu’elles sont mouvantes en raison de la mobilité de l’enfant que la mère promène contre son épaule ou de l’attention flottante de l’enfant qui regarde sans fixer des points précis mais avec intérêt.

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Le codage des interactions, entrepris en 1998 et 1999, comprend plusieurs étapes : a) des étudiants de licence et de maîtrise et Nguyên transcrivaient les comportements enregistrés minute par minute jusqu’à réaliser un accord à 100 % ; b) Nguyên déterminait dans le flux interactionnel des unités d’interaction d’après l’orientation et le sens des comportements, autrement dit les buts poursuivis ; c) elle codait les interactions selon les catégories synchrone, asynchrone, neutre (voir Appendice). Après un an d’interruption, elle recodait une seconde fois, l’accord entre codages était supérieur à 98 % ; d) en 2000, selon les mêmes critères, Friemel codait les interactions, l’accord interjuges entre les codages est supérieur à 90 %.

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Appendice. — Quatre minutes de codage des interactions dyadiques

chez un bébé de 2 mois

Tableau 1
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Le codage des trois catégories d’exploration, exploration du visage (V), exploration de l’objet (O), exploration des cibles indéterminées (CI), a été effectué en 2000 par Nguyên et en 2001 par Friemel. La durée de chaque type d’exploration est relevée à l’aide de la minuterie du magnétoscope, en notant le temps à chaque pression sur la pause : pression déclenchée au début et à la fin d’une fixation ; le visionnement image par image autour de chaque pression permet un ajustement à la seconde près. L’accord interjuges est supérieur à 90 %.

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La mise en correspondance entre catégories d’interaction et types d’exploration a nécessité le chronométrage à la seconde des interactions, lorsque se produisent à l’intérieur d’une minute des interactions de différents types. Naturellement, si nous avions disposé d’un logiciel pour coder, nous aurions gagné un temps considérable et plus de précision. Le codage des temps d’exploration, de par ses contraintes, était si prenant que toute référence même inconsciente aux catégories d’interaction paraissait impossible. Toutefois, pour nous assurer de la totale indépendance entre le codage des interactions et celui des explorations, nous avons comparé le codage de Nguyên avec celui effectué par des étudiants ignorant aussi bien notre hypothèse que nos catégories d’interaction : l’accord interjuges était supérieur à 95 %.

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Si le regard dirigé vers le visage maternel, celui dirigé vers les cibles indéterminées et vers l’objet se caractérisent par une grande ouverture des yeux, la mobilité et la vivacité qui expriment l’intérêt, il faut préciser que lorsque le bébé regarde sa mère, il ne scrute pas son visage : son regard peut prendre diverses expressions d’accueil, d’enjouement ou d’attente, de malaise, de surprise, de mécontentement, etc. Plus centrée sur les expressions émotionnelles du visage, son exploration n’en livre pas moins une perception distinctive.

Pondération des durées

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Les durées des séances d’observation diffèrent d’un enfant à l’autre et pour un même enfant d’un mois au suivant. On pondère donc les occurrences d’interaction et les durées d’exploration par la durée de chaque séance. Ce qui donne le nombre d’interactions et les durées d’exploration par minute.

RÉSULTATS

Évolution des types d’exploration

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Le traitement par l’analyse de variance (Anova) en mesures répétées donne les résultats suivants.

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Le tableau 1 montre que sur l’ensemble des trois mois, les durées moyennes d’exploration des cibles indéterminées (23,8 s), du visage (11,5 s) et de l’objet (8,8 s) diffèrent significativement : F(2,36) = 14,3, p = .0000.

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Tableau 1. — Les durées moyennes des types d’exploration

au cours des trois premiers mois

Tableau 2
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La durée moyenne d’exploration augmente significativement : F(2,36) = 10,9, p = .0002, passant de 11,1 s à 14,9 s puis à 18,1 s, du premier au troisième mois. Cette évolution est due à l’augmentation significative de la durée d’exploration du visage : F(2,36) = 9,0, p = .007 et à celle également très significative de l’objet : F(2,36) = 13,0, p = .0001.

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L’évolution des types d’exploration d’un mois à l’autre, présentée par le graphique 1, indique qu’au premier mois l’exploration des cibles indéterminées (28,4 s) domine. L’exploration du visage est faible (4,6 s) : les bébés réagissent aux sollicitations maternelles d’engager le face-à-face en fonction de leur vigilance, très variable d’un enfant à l’autre et qui ne paraît pas sans rapport avec le degré d’ajustement maternel, comme nous le verrons. L’exploration de l’objet est presque nulle (0,4 s) et est le fait de quelques rares bébés ; même le mobile musical qui fascinera les mois suivants laisse les bébés de 1 mois indifférents. L’écart entre l’exploration des cibles indéterminées et l’exploration du visage est significatif : F(1,18) = 55,5, p = .0000 ; celui entre visage et l’objet l’est également : F(1,18) = 12,3, p = .002.

Figure 3

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Graphique 1. — L’évolution des types d’explorationau cours des trois premiers mois

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C’est peut-être ce peu d’intérêt pour les cibles délimitées qui faisait dire à Piaget (1936, 1937) que le tout jeune bébé ne perçoit que des tableaux et non des objets comme l’affirment Bower (1974), Spelke et al. (1992), bien qu’aucune expérience justifiant cette affirmation n’ait été réalisée au premier mois.

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Au deuxième mois, tout en restant la plus élevée, l’exploration des cibles indéterminées chute de 28,4 s à 21,6 s, tandis que les durées d’exploration du visage et d’objet augmentent ; leur somme passe de 5 s à 23,1 s, l’interaction ainsi produite est très significative : F(1,18) = 17,8, p = .0005. En effet, l’exploration du visage augmente significativement : F(1,18) = 8,7, p = .0086, passant de 4,6 s à 13,5 s. L’exploration de l’objet augmente également, passant de 0,4 s à 9,6 s ; l’augmentation est significative à F(1,18) = 8,1, p = .0109. L’écart entre l’exploration des cibles indéterminées et l’exploration du visage n’est plus significatif. En revanche, l’écart entre l’exploration des cibles indéterminées et celle de l’objet reste significatif à F(1,18) = 5,2, p = .0351.

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Au troisième mois, l’évolution des différents types d’exploration est moins marquée. L’exploration des cibles indéterminées est pratiquement inchangée. L’exploration du visage augmente légèrement. L’exploration de l’objet, passant de 9,6 s à 16,4 s (différence presque significative à F(1,18) = 3,8, p = .0671), rejoint celle du visage. L’écart n’est plus significatif entre les différents types d’exploration.

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Des changements spectaculaires marquent donc le deuxième mois, considéré par ailleurs comme formant un véritable palier du développement (Vurpillot et Bullinger, 1983). L’exploration du visage s’accompagne de sourires et de vocalises. L’interaction sociale représente l’activité préférée du bébé. C’est au travers de ce joyeux échange symbiotique (Wallon, 1934, 1943 ; Trevarthen, 1979, 1998) que le bébé apprivoise l’objet. L’espace conquis par l’objet sur les cibles indéterminées paraît médiatisé par les jeux interpersonnels autour de l’objet. L’attention qu’il lui accorde prolonge en quelque sorte la fascination émanant du visage maternel. À 1 mois, certaines mères secouent hochet ou agitent girafe couinante à moins de 20 cm des yeux du bébé sans obtenir de réaction. À 2-3 mois, l’objet acquiert de l’intérêt, mais en présence de la mère, comme le montreront les corrélations entre les durées des différents types d’exploration et les catégories d’interaction.

Évolution des différents types d’exploration en fonction des catégories d’interaction

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Le tableau 2 expose les durées moyennes et les erreurs types des différents types d’exploration se produisant au cours des différentes catégories d’interaction, pendant le premier mois, le deuxième mois et le troisième mois.

Tableau 4
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Le traitement par l’analyse de variance (Anova) en mesures répétées montre que globalement les catégories d’interaction influent significativement sur les temps d’exploration : F(2,36) = 31,6, p = .0000. La durée moyenne d’exploration en interaction synchrone est de 9 s par minute, elle est de 1,7 s par minute en interaction asynchrone et de 3,9 s par minute en interaction neutre. Ces durées diffèrent significativement : l’exploration en interaction neutre et l’exploration en interaction asynchrone le sont à F(1,18) = 10,4, p = .0005, a fortiori le sont aussi l’exploration en interaction synchrone et l’exploration en interaction asynchrone.

Figure 5

38

Graphique 2. — Évolution des catégories d’exploration en fonction des catégories d’interaction au cours des trois premiers mois

39

L’évolution des types d’exploration en fonction des catégories d’interaction, présentée par le graphique 2, montre qu’en interaction synchrone l’exploration des cibles indéterminées chute significativement du premier au deuxième et troisième mois, passant de 16,5 s à 11,3 s et à 10,7 s : F(1,18) = 4,9, p = .0396. L’exploration du visage augmente significativement du premier au deuxième et troisième mois, passant de 3,4 s à 11,4 s et à 12,7 s : F(2,36) = 7,4, p = .01. L’exploration de l’objet augmente significativement du premier au troisième mois, passant de 0,3 s à 3,9 s et 11,1 s : F(2,36) = 15,2, p = .0000.

40

Au premier mois, l’exploration des cibles indéterminées (16,5 s) et l’exploration du visage (3,4 s) diffèrent très significativement : F(1,18) = 16,8, p = .0001 ; également l’exploration du visage et l’exploration de l’objet (0,3 s) diffèrent très significativement : F(1,18) = 10,7, p = .0042) ; a fortiori l’exploration des cibles indéterminées et l’exploration de l’objet le sont.

41

Au deuxième mois, les durées d’exploration des cibles indéterminées (11,3 s) et d’exploration du visage (11,4 s) sont identiques, mais l’écart entre la durée d’exploration du visage et celle d’exploration de l’objet (3,9 s) reste significatif : F(1,18) = 9,1, p = .0074. La diminution significative [F(1,18) = 5,5, p = .0309] de l’exploration des cibles indéterminées (16,5 s vs 11,3 s) s’accompagne d’une augmentation significative [F(1,18) = 8,0, p = .0110] de l’exploration du visage (3,4 s vs 11,4 s) et de l’augmentation significative [F(1,18) = 9,8, p = .0057] de l’exploration de l’objet (0,3 s vs 3,9 s).

42

Au troisième mois, l’exploration des cibles indéterminées (10,7 s), l’exploration du visage (12,7 s) et l’exploration de l’objet (11,1 s) sont comparables, avec une légère supériorité de la durée de l’exploration du visage. Seule l’augmentation de l’exploration de l’objet du premier au deuxième mois (3,9 s vs 11,1 s) est significative : F(1,18) = 11,7, p = .0030.

43

L’interaction synchrone se caractérise donc par une diminution de l’exploration des cibles indéterminées et parallèlement par une augmentation de l’exploration du visage dès le deuxième mois. L’exploration de l’objet évolue moins rapidement : pratiquement nulle au premier mois, elle croît au deuxième et rejoint l’exploration du visage au troisième mois.

44

En interaction neutre, l’exploration des cibles indéterminées ne diminue pas significativement du premier mois (7,9 s) au deuxième mois (6,8 s) et au troisième mois (6,6 s), faute de stimulations directes.

45

L’exploration du visage augmente du premier mois (0,7 s) au deuxième mois (1 s) et au troisième (2,7 s) mais pas de façon significative. Cette augmentation est due à l’initiative du bébé qui s’oriente, par intermittence, vers la mère et la suit dans son interaction avec un tiers.

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En revanche, l’exploration de l’objet croît significativement [F(1,18) = 7,3, p = .0148], du premier mois (0,1 s) au deuxième mois (5,2 s), avec un léger fléchissement au troisième mois (4,5 s), peut-être à cause du changement d’objet laissé à la disposition du bébé : alors qu’au deuxième mois le bébé s’absorbe dans la contemplation du mobile musical suspendu au-dessus de son berceau, au troisième mois la plupart des bébés sont installés sur un tapis ou dans un relax face à un portique, dont ils peuvent appréhender les objets suspendus ; objets vivement colorés mais silencieux.

47

L’interaction neutre se caractérise donc par la prédominance de l’exploration des cibles indéterminées pendant les trois premiers mois, par une faible exploration du visage à partir du deuxième mois et par une augmentation significative de l’exploration de l’objet du premier au deuxième et au troisième mois.

48

En interaction asynchrone, les durées d’exploration sont nettement inférieures à celles en interaction synchrone et en interaction neutre. Elles n’évoluent pas d’un mois à l’autre. L’exploration des cibles indéterminées (3,8 s sur les trois mois) est significativement supérieure [F(1,18) = 17,9, p = .0005] aux explorations du visage et de l’objet (0,7 s sur les trois mois).

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Tableau 3. — Corrélations entre les durées d’exploration

et les fréquences des catégories d’interaction

Tableau 6
50

La situation d’interaction asynchrone se caractérise donc par une faible durée de tous les types d’exploration, mais avec la prédominance de l’exploration des cibles indéterminées et par l’absence de toute évolution. Tout se passe comme si en contrariant le bébé, la mère le détourne de son visage et de sa personne et du même coup de l’objet qu’elle propose ; de plus, elle affaiblit la vigilance de l’enfant. On observe toutefois une légère augmentation au deuxième mois et un peu plus au troisième mois de l’exploration du visage, en raison des coups d’œil jetés à la mère par le bébé contrarié, et de celle de l’objet qu’entraîne l’activité divergente de quelques bébés qui commencent à s’intéresser à des objets autres que ceux proposés par la mère.

51

L’effet des catégories d’interaction sur les types d’exploration est corroboré par les corrélations entre ces deux séries de données. Le tableau 3 montre que les interactions synchrones sont corrélées avec l’exploration des cibles indéterminées au premier mois (R = .51, p = .0161), puis au sond mois et au troisième mois avec l’exploration du visage (R = .64, p = .0005 et R = .60, p = .0011) et l’exploration de l’objet (R = .47, p = .0178 et R = .40, p = .0443).

52

Les interactions asynchrones sont corrélées avec seulement l’exploration des cibles indéterminées : R = .41, p = .0452 au premier mois et R = .59, p = .0016 au troisième mois.

53

Les interactions neutres sont corrélées d’une part avec l’exploration des cibles indéterminées au premier mois (R = .77, p = .0001) et au troisième mois (R = .82, p = .0000), et de l’autre avec l’exploration de l’objet au deuxième mois (R = .89, p = .0000) et au troisième mois (R = .57, p = .0025).

54

Les corrélations entre catégories d’interaction et types d’exploration semblent s’opérer en fonction du déplacement de l’exploration des cibles indéterminées vers l’exploration du visage et/ou l’exploration de l’objet. Ce déplacement est particulièrement intéressant en interaction neutre, où l’enfant s’occupe lui-même sans intervention maternelle. Du premier mois au sond mois, l’exploration des cibles indéterminées se déplace nettement vers l’exploration de l’objet. Au troisième mois, l’exploration de l’objet mis à la disposition de l’enfant, moins fascinant, laisse place à une recherche d’autres objets dans l’environnement.

DISCUSSION

55

Nos résultats confirment notre hypothèse. Ils confirment les résultats des travaux évoqués, en les précisant.

56

L’exploration évolue des cibles indéterminées au visage, puis à l’objet. L’exploration du visage en face-à-face entraînerait celle de l’objet, en faisant régresser l’exploration des cibles indéterminées. Tout se passe comme si en focalisant l’intérêt de l’enfant, elle fournissait un point de centration à son exploration. Par son pouvoir attractif, le visage permettrait la mise en place du processus attentionnel que l’enfant appliquera dans l’exploration de l’objet. Nous rejoignons Bakeman et Adamson (1984) quand ils déclarent que la maîtrise du processus attentionnel serait acquise dans le jeu de face-à-face et que les adultes socialisent l’attention à l’objet en la plongeant dans la sphère interpersonnelle.

57

En catégorisant les interactions d’après leur orientation vers des buts déterminés par les motivations des partenaires, nous avons pu montrer que le face-à-face ne remplit cette fonction qu’en interaction synchrone. C’est en interaction synchrone qu’on observe la diminution de l’exploration des cibles indéterminées en faveur de l’augmentation de l’exploration du visage et de l’augmentation de l’exploration de l’objet. Le décalage temporel observé entre l’augmentation de l’exploration du visage au deuxième mois et celle de l’exploration de l’objet au troisième mois indiquerait que la première entraîne la sonde.

58

Au contraire, l’interaction asynchrone affaiblit la vigilance et par la non-convergence des activités fait chuter tous les types d’exploration, notamment l’exploration du visage et l’exploration de l’objet, qui restent au même niveau pendant les trois premiers mois. Notons qu’ici l’asynchronie est le fait des mères non déprimées et qu’elle consiste en surstimulation : par exemple, présenter les jouets à une cadence telle qu’elle ne laisse pas au bébé le temps de terminer l’exploration d’un objet avant de regarder un autre, et en divergence : attirer son attention sur un jouet que la mère estime plus attractif comme le mobile musical, alors que l’enfant préfère explorer un élément mobilier tout banal comme, par exemple, un pied de chaise. Ici, le manque de contingence ne résulte pas d’un décalage temporel entre les comportements, mais de leur divergence. Sous ces formes, c’est l’intrusion qui est en cause. Aussi, l’affirmation de Field et al.(2001), selon laquelle le développement des enfants des mères déprimées intrusives ne diffère pas significativement de celui des enfants des mères non déprimées, nous rend perplexes ; nous aimerions savoir un peu plus ce qui distingue le comportement des mères déprimées rejetantes de celui des mères déprimées intrusives, outre la fréquence des interactions.

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En interaction neutre, l’enfant s’abandonne à l’exploration des cibles indéterminées ou explore un objet attractif comme le mobile musical ou le portique ; il se comporte comme l’enfant seul : la présence de la mère ne compenserait pas l’absence d’attention et d’intervention maternelles. Ce qui pourrait justifier que Pêcheux et coll. classent dans la même catégorie l’enfant laissé seul dans une pièce et l’enfant en présence de la mère, mais privé d’attention et d’intervention maternelles. Quoi qu’il en soit, contrairement à ce qui se passe en interaction asynchrone, en interaction neutre l’exploration de l’objet augmente avec l’âge, sans doute avec l’autonomie grandissante. L’asynchronie par intrusion apparaît donc plus néfaste que la privation de l’attention ou de l’intervention maternelles.

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Notre catégorisation des interactions dyadiques, centrée sur le partage ou non des mêmes motivations ou des mêmes buts, nous a permis d’affiner quelque peu les résultats acquis. Aussi, il semble qu’elle n’est pas dépourvue de toute utilité.

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Hiver 2004


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Notes

[1]

Maîtres de conférences à l’Université Paris VIII, UFR Psychologie, Saint-Denis.

Résumé

Français

L’analyse de variance (Anova) des données provenant de 19 bébés, observés au cours des trois premiers mois pendant la situation d’après-tétée, montre un effet très net des catégories d’interaction sur les types d’exploration. En interaction synchrone, l’exploration des cibles indéterminées qui prédomine presque exclusivement au premier mois régresse à partir du second mois en faveur de l’exploration du visage et de celle de l’objet ; l’exploration du visage précède celle de l’objet. En interaction neutre, marquée par l’absence de l’intervention maternelle, l’exploration de l’objet croît significativement à partir du second mois, au détriment de l’exploration des cibles indéterminées. L’interaction asynchrone se caractérise en revanche par une faible durée de tous les types d’exploration, lesquels n’évoluent pas au cours des trois premiers mois où prédomine l’exploration des cibles indéterminées. Ces résultats soulignent l’importance de l’ajustement maternel dans le processus d’exploration. Il favorise l’exploration du visage qui renforce à son tour la centration du regard sur des cibles délimitées.

Mots cles

  • Exploration
  • Interaction
  • Cibles indéterminées
  • Visage
  • Objet
  • Synchronie
  • Asynchronie

English

Mother/baby exploration and interaction : from the face to the object Variance analysis (Anova) of data from 19 babies, observed in the course of their first three months during the post-nursing situation, shows a very clear effect of interaction categories on the types of exploration employed. In synchronous interaction, the exploration of indeterminate targets which predominates almost exclusively in the first month, regresses beginning in the second month in favor of facial exploration and object exploration. Exploration of the face preceeds object exploration. In neutral interactions, marked by the absence of maternal intervention, object exploration increases significantly in the second month to the detriment of the exploration of indeterminate targets. On the other hand, asynchronous interaction is characterized by limited moments of all types of exploration which do not evolve in the course of the first three months when exploration of indeterminate targets predominates. These results emphasize the importance of maternal adjustment in the process of exploration. It gives preference to facial exploration which then reinforces centration of the gaze upon delimited targets.

Español

Exploración e interaccion madre/bebé : del rostro al objeto El aná lisis de variación (Anova) de los datos de 19 bebés observados durante los tres primeros meses en la situación después de haber mamado, muestra el claro efecto de las categorías de interacción en los tipos de exploración. En interacción sincrónica, la exploración de los objetivos indeterminados que predomina casi exclusivamente en el primer mes retrocede a partir del segundo mes a favor de la exploración del rostro y del objeto ; la exploración del rostro precede a la del objeto. En interacción neutra, caracterizada por la ausencia de intervención materna, la exploración del objeto aumenta significativamente a partir del segundo mes, en detrimento de la exploración de los objetivos indeterminados. La interacción asincrónica se caracteriza en cambio por la poca duración de todos los tipos de exploración que no evolucionan en el curso de los tres primeros meses y en la que predomina la exploración de los objetivos indeterminados. Estos resultados insisten en la importancia del ajuste materno en el proceso de exploración. Favorece la exploración del rostro que refuerza a su vez la centralización de la mirada en objetivos delimitados.

Plan de l'article

  1. INTRODUCTION
  2. MÉTHODOLOGIE DE LA RECHERCHE
    1. Sujets
    2. Procédure d’observation
    3. Codage
    4. Pondération des durées
  3. RÉSULTATS
    1. Évolution des types d’exploration
    2. Évolution des différents types d’exploration en fonction des catégories d’interaction
  4. DISCUSSION

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