Accueil Revues Revue Numéro Article

Langage et société

2012/3 (n° 141)


ALERTES EMAIL - REVUE Langage et société

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 21 - 46 Article suivant

1. Introduction [1][1] Merci à Michelle Auzanneau, Caroline Juillard et Cyril...

1

Depuis plus d’une dizaine d’années des publications font appel à la notion de « langue des jeunes »/ « parler jeune », « (urban) youth language », « Jugendssprache »… (cf., par exemple, Androutsopoulos & Scholz 1998, Bulot 2004, Caubet & al. 2004, Normann Jørgensen 2010, Kiessling & Mous 2004, Ledegen 2001) [2][2] Étiquette qui a été aussi beaucoup utilisée par les.... Il y aurait, en effet, des « jeunes » qui se distingueraient des « autres » dans un espace anthropo-social donné (quartier, ville, région, pays) notamment par leurs façons de parler. Celles-ci auraient des spécificités qui obéiraient à des processus linguistiques communs aux autres « parlers jeunes » (manipulations morphologiques et sémantiques ; importance de l’emprunt [3][3] Envisagé ici en tant que procès.…) quelles que soient les langues ayant contribué à leur genèse (cf., par exemple, Kiessling & Mous 2004 pour les « urban youth languages » en Afrique).

2

En faisant porter leur réflexion sur des objets réifiés tels que les « parler jeunes » (avec ou sans guillemets), certains (socio) linguistes [4][4] Dont moi-même. semblent prendre à leur compte une catégorisation qui est le résultat d’une double stigmatisation : sociale (« jeune ») et linguistique (« parler »). Mais qu’entend-on dans ce cas par « jeune » ? Cette stigmatisation sociale est-elle justifiée lorsque l’on s’intéresse à des faits de langue ? Est-il pertinent, d’un point de vue linguistique, de distinguer les « parlers jeunes » (« youth languages ») des autres « parlers urbains » (« urban vernaculars ») [5][5] Le même type de questionnement est proposé par Trimaille... ? Ces réifications sont-elles utiles ? Pour qui ?

3

On sait que « jeune » comme attribut catégoriel est problématique : la jeunesse et la vieillesse ne sont pas des données mais des construits sociaux : « l’âge est une donnée biologique socialement manipulée et manipulable et [...] le fait de parler des jeunes comme d’une unité sociale, d’un groupe constitué, doté d’intérêts communs, et de rapporter ces intérêts à un âge défini biologiquement constitue déjà une manipulation évidente » (Bourdieu 1984 : 144). Les rapports entre âge social et âge biologique n’ont en effet rien de simple : par exemple, les « jeunes » entrés tôt dans le monde du travail [6][6] Surtout avant 1959 où l’instruction n’était obligatoire... ne connaissent pas vraiment d’adolescence (cet état d’« irresponsabilité provisoire », ce « no man’s land social » où les « jeunes » sont adultes pour certaines choses, et enfants pour d’autres) tandis que faire des études tend à la prolonger. Par conséquent, il n’y aurait pas une seule « jeunesse » mais plusieurs « jeunesses » dans une société donnée [7][7] Question débattue par Trimaille (2004 : 105-106). Cf.....

4

On constate alors sans surprise que les « parlers jeunes », ainsi nommés par certains linguistes, n’ont pas toujours pour locuteurs les mêmes « jeunes ». Et si en France, par exemple, il s’agit le plus souvent de la façon de parler de « jeunes » qui sont issus de l’immigration et qui habitent dans des « cités », des quartiers « défavorisés » (Boyer et al. 1998), dans certains pays de l’Afrique francophone, des pratiques langagières qui ont été catégorisées comme « parlers jeunes »/ « youth languages » (le camfranglais/francanglais parlé au Cameroun, par exemple) concernent des « jeunes » francophones qui sont socialisés en milieu urbain – et par conséquent plurilingue – quels que soient leur appartenance sociale et leur niveau d’étude. On se propose donc ici d’interroger ce type de catégorisations lorsqu’elles sont appliquées au Cameroun et en France. Un questionnaire qui a été diffusé dans les deux pays offre quelques éléments de réponses. On verra aussi que le fait qu’un « parler jeune » soit doté d’un ou de plusieurs noms propres contribue à sa (recon) naissance [8][8] J’emprunte, en la changeant quelque peu, la graphie... en tant que « langue » (quelle que soit la définition que l’on peut donner à ce terme) et permette ainsi à ses locuteurs de revendiquer une certaine légitimation de leurs pratiques langagières.

2. Les « jeunes » : de quelques représentations et usages

5

Dans son analyse sur l’usage de « jeune » dans les années 1990 par le quotidien d’extrême-droite Présent, Maurer (1998 : 130) rappelle que si cette dénomination est bien employée par les médias et les politiciens de tous bords pour se référer à des personnes « qui sont bien en âge d’être qualifiées de tels »), elle a été reprise dès le début de cette décennie avec des guillemets (soit comme adjectif soit comme substantif) par ce journal pour se référer alors exclusivement à des jeunes d’origine maghrébine ou subsaharienne afin de contourner l’interdiction de désigner un individu par le biais de ses origines et éviter ainsi des procès pour racisme.

6

Mais d’ordinaire, à qui pense-t-on spontanément de nos jours et à quels critères fait-on appel lorsque l’on évoque les jeunes ? Pour essayer d’avoir quelques pistes, un très court questionnaire écrit a été soumis pendant l’année universitaire 2010-2011 à 73 Français (47 de genre féminin ; 26 de genre masculin) et à 37 Camerounais francophones (11 de genre féminin ; 26 de genre masculin) [9][9] Cette dominance d’ordre numérique des femmes dans les.... Il s’agissait de répondre à quatre questions dans l’ordre suivant :

7

1. Quand on parle des jeunes, de qui parle-t-on ?

8

2. Qu’est-ce qui les différencie des autres ?

9

3. Quel âge ont-ils ?

10

4. Comment parlent les jeunes ?

11

On pouvait s’attendre a priori à quelques divergences dans les réponses données en France et au Cameroun, notamment en ce qui concerne l’âge des « jeunes », l’espérance de vie n’étant pas la même et les représentations liées à la « vieillesse » étant elles aussi différentes [10][10] Comme l’attestent les usages de « vieux » et de « vieille ».... On pouvait aussi penser que les Camerounais francophones évoqueraient, pour la question 4, le camfranglais (appellation récemment transformée en francanglais et qui semble être la plus usuelle [11][11] Selon des enquêtes récentes (Feussi 2006, Harter 2007 [2005],...) étant donné que cette façon de parler est dotée depuis plus d’une vingtaine d’années d’au moins un nom spécifique (camfranglais) qui a été largement diffusé non seulement par les médias et les linguistes mais aussi par les locuteurs eux-mêmes (cf. Féral 2009). Le fait qu’une telle dénomination existe est important car elle permet de revendiquer une certaine légitimité de cette forme de français, contrairement aux « parlers jeunes » de l’Hexagone qui ne bénéficient pas, à ma connaissance, de noms spécifiques (Billiez & Trimaille 2000, Goudaillier 2001 [1997]).

2.1. Le questionnaire en France

Question 1 : Quand on parle des jeunes, de qui parle-t-on ?

12

Lorsque l’on regarde les fiches remplies par les Français, ce qui frappe tout d’abord, c’est que, pour répondre à la première question, moins de la moitié des enquêtés (31 sur 73) fait appel de manière exclusive à une tranche d’âge précise. La limite inférieure (c’est-à-dire l’âge minimum donné par l’enquêté) varie alors de 0 à 18 et la limite supérieure (c’est-à-dire l’âge maximum donné par l’enquêté), de 17 à 50 ans (cet âge avancé ayant été donné, sans surprise, par une femme née en 1938 ; seule à le faire, cependant, sur les 22 enquêtés de plus de 50 ans dont cinq ont plus de 70 ans). Le reste des enquêtés préfère préciser le terme « jeune » par un ou plusieurs substantifs se référant à l’âge : par exemple « des ados », « des enfants et des ados » « des ados et jeunes adultes », de la « préadolescence à l’âge adulte », « adolescents mais aussi ceux que l’on appelle adulescents », « des personnes qui ne sont pas adultes, les enfants, les adolescents et les adulescents ». Ceci traduit, encore une fois, le caractère flou et mouvant de l’âge que l’on attribue à la jeunesse (si l’on exclut la réponse auto-centrée « de mon âge » donnée par un enquêté né en 1991). Les catégories proposées englobent donc toujours l’adolescence qui est susceptible de s’attarder dans une période encore « ado » mais déjà « adulte » : « l’adulescence [12][12] Le mot-valise « adulescence » a été forgé dès 1988 par... ». Cette étiquette, que l’on trouve dans deux fiches (une femme née en 1957 et, probablement, sa fille, professeur des écoles née en 1980), est absente du Petit Robert (édition 2010) mais je l’ai entendue pour la première fois, il y a quelques années déjà, chez certaines de mes étudiantes, qui l’utilisaient avec délectation me semble-t-il. Dans une quinzaine de fiches, on précise que les « jeunes » n’ont encore ni profession ni responsabilités et qu’ils font des études ou suivent une formation professionnelle (« des primaires au collège », « des collégiens, des lycéens », « des collégiens, lycéens, étudiants », « ils sont au lycée ou à la faculté », « des étudiants, des apprentis »...) Lorsqu’il n’est pas fait appel à la notion d’âge de manière explicite ou implicite, on signale que les jeunes « se cherchent », qu’ils « doivent encore trouver une place, un rôle dans la société » ou que ce sont de « nouveaux chômeurs ». Deux fiches seulement évoquent les banlieues et/ou les immigrés : « jeunes de banlieux ! [sic] » (assureur, bac + 4, né en 1963) ; « jeunes peut avoir aussi un sens péjoratif pour les jeunes des cités, des banlieues, pour les immigrés » (institutrice retraitée, née en 1938).

Question 2 : Qu’est-ce qui les différencie des autres ?

13

Pour répondre à cette question, treize enquêtés, quel que soit leur âge, évoquent à nouveau l’âge (« leur âge » ou encore les pléonastiques « la jeunesse »/ « ils sont jeunes »), auquel ils ajoutent éventuellement une ou plusieurs autres caractéristiques (« leur vision de la vie », « les loisirs », « les études », « l’inactivité professionnelle », « les centres d’intérêt »). Les autres réponses font appel à des critères d’ordre culturel, moral ou physique. Sont le plus souvent évoqués, mais jamais exclusivement et quel que soit l’âge de l’enquêté, leur langage/façon de parler (dix fois) et leurs loisirs (dix fois). On pense aussi à des traits de caractère, qui sont positifs (« vivacité d’esprit », « pleins d’espoir », « motivés », « enthousiastes », « optimistes ») mais aussi négatifs (« irresponsables », « inconscients », « immaturité », « irrespectueux », « arrogants », « imprévisibles, incontrôlables, violents »...), et à des caractéristiques physiques qui sont, elles, toutes valorisées (« vivacité physique », « dynamiques », « ils ont moins de rides », « le plein d’énergie », « ils sont beaux »). On évoque aussi à nouveau le fait qu’ils n’ont pas encore de profession et dépendent financièrement de leurs parents.

Question 3 : Quel âge ont-ils ?

14

Cette question permet de savoir quelle(s) tranche(s) d’âge on peut attribuer à la jeunesse au cas où l’âge n’aurait pas été l’un des critères définitoires pour la première question. Ici, encore, les frontières établies sont incertaines : la limite inférieure varie de 0 à 18 ans tandis que la limite supérieure s’étend de 15 à 50 ans. Et dans le cas où des tranches d’âge ont été proposées pour la première question, elles sont tout simplement répétées pour la troisième mais aussi parfois précisées (par exemple, « moins de 25 ans », devient « de 12 à 25 ans » ou « de 15 à 25 ans » ; « des ados à 25 ans », « entre 13 et 25 ans » et « de la préadolescence à l’âge adulte », « de 14 à 20 ans »). L’enquêté (né en 1991) qui a répondu « de mon âge » a, quant à lui, considéré que les « jeunes » avaient « de 16 à 25 ans ». Sur deux fiches, la jeunesse bénéficie de quelques années de plus à la troisième question : « de 14 à 25 ans » se transforme en « au-dessous de trente ans » ; « moins de trente ans », en « 15-35 ans ». Notons aussi que deux personnes ont refusé de répondre à cette question, tout en montrant qu’elles étaient conscientes du problème qui était posé : « ça dépend » ; « ah, grande question ! ».

Question 4 : Comment parlent les jeunes ?

15

Dans la majorité des cas, on pense que les jeunes parlent d’une façon différente (même sur des fiches qui attribuent un âge avancé à la jeunesse !) dans la mesure où ils font appel à des mots et des expressions bien à eux. Parfois, le verlan est également évoqué mais on pense surtout aux nouvelles technologies, chats sur internet et « langage sms ». On se plaint du fait que les jeunes parlent mal non seulement parce qu’ils font des fautes de grammaire (et « des fautes d’orthographes [sic] à l’oral » [ !] comme le signale une étudiante de licence née en 1987), mais aussi parce que leur intonation est parfois vulgaire et qu’ils « respectent » moins les formules de politesse. Une enquêtée âgée de 27 ans et qui, de toute évidence, ne se catégorise pas comme « jeune » (« je n’ai pas parlé à un jeune depuis longtemps »), fait également remarquer que « le jeune parle vite, fort et adore étaler sa vie personnelle au téléphone ». Mais si une dizaine d’enquêtés ont des jugements négatifs sur la façon de parler des jeunes, une autre dizaine est plus nuancée et insiste sur le fait que cela dépend du « niveau social » ou de « l’éducation qu’ils ont reçue », et quatre personnes (jeunes et moins jeunes) pensent que les jeunes parlent « comme les autres », « comme des adultes » et même « assez bien dans l’ensemble » (façonnier, né en 1967).

2.2. Le questionnaire au Cameroun

16

Il a été très difficile d’avoir les avis de personnes de plus de 35 ans et, de façon générale, des réponses qui ne soient pas politiquement très correctes. Le fait que la diffusion du questionnaire ait été en partie relayée au Cameroun par un collègue qui venait d’accepter des responsabilités auprès du gouvernement, et que l’on ait été en période pré-électorale [13][13] Élection présidentielle du 9 octobre 2011. a sans doute joué un rôle non négligeable. Comme le signale D. Duke (communication personnelle) [14][14] Je remercie vivement George Echu (Université de Yaoundé),..., « this questionnaire raised a lot of suspicion because it was about youth. And the youth are the ones who riot during political unrest. Everyone’s mind is on the upcoming presidential election in October, and there is a lot of concern about potential unrest. So, most of the respondents were very hesitant to go on record saying anything at all ».

Question 1 : Quand on parle des jeunes, de qui parle-t-on ?

17

On peut cependant remarquer que, comme en France, la majorité des enquêtés n’évoque pas spontanément l’âge pour la première question. Lorsque c’est le cas (seulement 8 fiches), la limite inférieure varie entre 0 et 21 ans et la limite supérieure, entre 21 et 50 ans (l’âge le plus avancé ayant été donné, sans surprise, par un homme né en 1942). Le terme « adolescents » a été utilisé une seule fois et neuf enquêtés n’hésitent pas à (ré-) employer les termes « jeune » ou « jeunesse » pour définir les « jeunes » ! Trois enquêtés (nés dans les années 1980 et en 1992) signalent également que l’on parle d’eux. Lorsqu’il n’est pas fait appel à la notion d’âge par un chiffre ou un substantif, les réponses se démarquent nettement du questionnaire passé en France par le fait qu’elles ressemblent souvent à de la propagande politique : « quand on parle des jeunes, on parle de l’avenir de tout le peuple » (maçon né en 1980) ; « on parlent [sic] de ceux qui prendront la relève demain, en d’autres termes il s’agit du fer de lance de chaque nation » ; « on parle immédiatement des représentants d’une nouvelle génération, d’un meilleur avenir, du changement et d’un monde presque parfait » (lycéen né en 1989).

Question 2 : Qu’est-ce qui les différencie des autres ?

18

Là encore, on trouve une réponse politiquement très correcte : « les jeunes sont plus forts que les non jeunes. Cette forme peut servir à changer le Cameroun et par ricochet le monde » (coiffeuse née en 1985), mais un autre enquêté (le seul !) n’hésite pas à invoquer le potentiel des jeunes tout en critiquant le fait que des gens trop âgés veuillent poursuivre une carrière politique : « [les jeunes] sont différents des autres (parents) parce qu’ils ont encore toute la force de travailler et l’envie de rendre le meilleur d’eux-mêmes. Quant aux autres (vieux) qui sont fatigués au gouvernement et ne veulent pas partir en retraite » [15][15] Paul Biya, président de la République du Cameroun depuis 1982,.... Souvent sont évoqués l’immaturité et le manque d’expérience des jeunes – même chez les enquêtés, d’une vingtaine d’années seulement, qui se catégorisent comme tels – mais aussi, comme en France, des caractéristiques d’ordre physique, moral et culturel : « les jeunes sont émancipés, ils ont la joie de vivre, sont éveillés et conscients » (étudiante née en 1990) ; « leur force, leur dynamisme, la fraîcheur au niveau de la réflexion » ; « Ce sont leurs ambitions (ils ont des rêves bien à eux) qui paraissent sortir de l’ordinaire, ils ont leur style vestimentaire bien à eux et vivent au jour le jour » (étudiante née en 1989, qui considère, dans la question 1, que les jeunes ont entre 16 et 25 ans et qui se catégorise donc comme telle). On rappelle aussi parfois que c’est l’âge qui différencie jeunes et non-jeunes.

Question 3 : Quel âge ont-ils ?

19

La limite inférieure varie de 0 à 21 ans tandis que la limite supérieure s’étend de 20 à 70 ans, si l’on exclut la limite de 77 ans évoquée, sans doute par référence au journal Tintin [16][16] Tintin, qui a cessé de paraître en 1993, était sous-titré..., par ce lycéen de classe terminale, âgé de 22 ans : « c’est une question ambiguë parce qu’on ne saurait dire exactement à quelle tranche d’âge appartient la jeunesse, mais on a souvent coutume de dire qu’on est jeune de 7 à 77 ans ». On doit quand même se demander pourquoi la limite supérieure évoquée est plus haute qu’en France. Pourquoi des jeunes gens nés après 1990 catégorisent-ils comme « jeunes » des adultes de plus de 60 ans ? S’agit-il de réponses destinées à ne pas déplaire aux destinataires des questionnaires ? Sont-elles liées au contexte politique ?

Question 4 : Comment parlent les jeunes ?

20

Curieusement la majorité des commentaires ne sont pas des réponses à « comment parlent les jeunes ? » mais à « de quoi parlent les jeunes ? ». La formulation manquait sans doute de clarté pour des locuteurs habitués à utiliser quotidiennement plusieurs langues dans un pays où co-existent plus de 200 langues africaines (278 selon Lewis, 2009), un pidgin élaboré à base lexicale anglaise [17][17] Appelé généralement pidgin par ses locuteurs mais aussi..., parlé dans les deux provinces anglophones mais aussi dans une partie de la zone francophone, et deux langues officielles, le français et l’anglais. Sont donc évoqués les sujets de conversation abordés par les jeunes : « ils parlent de la pauvreté, du chômage, de la galère » (« débrouillard », né en 1981) ; « du chômage » (mécanicien né en 1994) ; « ils parlent du manque d’emploi et le manque d’étude (élève né en 1994). Ceux qui avaient donné des réponses politiquement très correctes aux questions précédentes, continuent sur leur lancée : « les jeunes pensent et parlent positivement. Ils croient au changement et au bonheur dans l’avenir » ; « ils parlent de grandes ambitions » ; « On sent qu’ils rêvent d’être employés dans les structures pour servir leur pays ».

21

Lorsque la question est vraiment traitée, il est généralement fait mention, comme on pouvait s’y attendre, au francanglais, le plus souvent nommé ainsi (avec des variantes orthographiques : frank-anglais, francanglais) ou encore franc-camer [18][18] Camer : apocope de « Cameroun », « Camerounais(e) /... (une réponse), camfrancanglais (une réponse) [19][19] Dénominations que l’on trouve également dans d’autres... : « les jeunes généralement parlent le frank-anglais c’est-à-dire un mélange de français et d’anglais » (secrétaire née en 1977) ; « ils utilisent le « franc-anglais qui est un mélange de français et d’anglais » (étudiant né en 1991) ; « les jeunes parlent d’un terme familial, plus souvent le franc-anglais » (graveur sérigraphe né en 1989) ; « Ils ont un langage qu’ils inventent, qui est accompagné des gestes incessants. Par exemple le francanglais » (étudiante née en 1992) ; « les jeunes de nos jours développent un langage particulier qui servent [sic] de code que les vieux ou les plus jeunes ne puissent pas comprendre. Au Cameroun on appelle le franc-camer » (étudiante née en 1990) ; « Au Cameroun, les jeunes aiment bien utiliser un langage qui est communément appelé le “camfrancanglais”. C’est une sorte de mélange d’anglais, de français et même de certaines langues vernaculaires locales » (informaticien né en 1975). Un élève de première (né en 1989) tient aussi à souligner l’intérêt qu’il y a pour les jeunes à parler bien le français : « Les jeunes parlent de différent [sic] manière comme il y a d’autres qui parlent ce qu’on appelle le francanglais qui est un mélange de l’anglais et de français et cette langue produit au Cameroun est parfois pervais [sic] (insultant [sic]) et il y a le français pure [sic] qui nous amène à bien dialoguer parce que une bonne maîtrise de la langue c’est savoir mieux l’utiliser, donc mieux s’exprimer ». Certains encore évoquent un « jargon bien à eux » sans lui donner de nom particulier mais en indiquant éventuellement qu’il s’agit « d’un mixage de français, anglais et parfois même espagnol » (titulaire d’un master 2 née en 1982). Un élève de 6ème (né en 1994) insiste cependant sur le fait qu’« ils parlent en “watisan” [20][20] « watiser » (? pidgin-english wat ?angl. white, « blanc ») :... comme les blancs ! ».

22

Contrairement aux réponses données par les Français, il n’est ici jamais fait allusion à la mauvaise qualité du français mais plutôt à un « mélange de langues », qui est d’ailleurs évoqué par les dénominations elles-mêmes. Les mots-valises camfranglais, francanglais et camfrancanglais affichent en effet l’apport, dans cette façon de parler, des langues officielles du Cameroun, le français et l’anglais (et éventuellement de celle des langues camerounaises avec « cam » [21][21] Le rôle non négligeable du pidgin, qui ne jouit d’aucun...), ce qui lui confère un certain prestige et une identité somme toute politiquement correcte. En outre, en affichant une rupture avec le français et en insistant sur le mélange de plusieurs langues, les appellations comme celle de camfranglais donnent l’impression que l’on a affaire à un objet linguistique aux contours bien définis qui se distinguerait nettement du français.

3. La responsabilité des linguistes [22][22] Le rôle joué par le linguiste en tant que créateur...

23

Certains linguistes (dont moi-même) et journalistes, en privilégiant l’appellation camfranglais ou francanglais à d’autres (du type français + qualifiant) qui sont aussi couramment utilisées par les Camerounais, comme, par exemple, français des jeunes, français du kwat [23][23] « Quartier »., français à la mode, français des yors [24][24] « Jeunes ». (Féral 2009, Feussi 2006, Harter 2007 [2005]), ont contribué à diffuser, chez les acteurs sociaux camerounais et dans la communauté linguistique internationale des linguistes, l’image d’une langue « autre » plutôt que celle d’une sorte de « français ». C’est sans doute cette nomination elle-même qui a permis à des linguistes camerounais, dans certaines de leurs publications, de donner à ces pratiques le statut de « langue » en ajoutant camfranglais (Ntsobé, Biloa & Echu 2008, Nzessé 2009 : 32) ou francanglais (Feussi 2008 : 19) à la liste des langues parlées au Cameroun [25][25] Camfranglais ou francanglais ne sont pas listés dans....

24

Il faut donc souligner le rôle joué par les linguistes dans l’essentialisation de « parlers jeunes » [26][26] L’étiquette « parler jeune » étant déjà, rappelons-le,... comme le camfranglais/francanglais, non seulement parce qu’ils ont donné la préférence à une désignation plutôt qu’à d’autres, également utilisées par les locuteurs eux-mêmes, mais aussi parce que certaines descriptions linguistiques n’ont pas tenu compte de l’hétérogénéité des pratiques et de l’importance qu’il fallait accorder à l’élaboration des observables. De ce fait, un certain nombre d’analyses se sont exclusivement appuyées sur des énoncés décontextualisés (ou des dialogues), apparemment fabriqués, qui présentaient beaucoup de déviance par rapport au français ordinaire alors qu’il faut très peu de mots catégorisés comme camfranglais/francanglais par les locuteurs camerounais pour que du discours en français soit perçu comme tel (Féral 2007, 2010a, 2010b) [27][27] Un exemple extrême de ce type de catégorisation est.... En outre, certaines publications donnent l’impression, d’après leurs inventaires, que pour parler camfranglais/francanglais le recours à un lexème catégorisé comme tel plutôt que son équivalent en français courant est systématique [28][28] Ce qui contribue à ce que j'ai appelé la « stigmatisation.... Pourtant, il s’agit de choix discursifs qui peuvent relever de l’hétérogénéité énonciative (Féral 2007). Il est par conséquent essentiel de ne pas exclure de l’analyse du camfranglais/ francanglais des énoncés qui sont en français ordinaire mais qui font partie d’un ensemble qui, lui, va être catégorisé comme étant en camfranglais/francanglais. Des travaux comme Kiessling & Mous (2004) sur les « Urban Youth Languages » en Afrique, ou Kiessling (2005), qui porte exclusivement sur le camfranglais, sont des contributions importantes dans le domaine mais ils peuvent laisser à penser que des « parlers jeunes » comme le nouchi en Côte d’Ivoire ou le camfranglais/francanglais au Cameroun ne comportent qu’un vocabulaire spécifique, à l’exclusion de termes couramment utilisés en français. Le titre de Kiessling (2005) « bàk mowà mè dó – Camfranglais in Cameroon » et le choix de la transcription (phonétique ; avec des tons !) pour ce qui est censé représenter l’objet linguistique étudié [29][29] Qui comporte deux mots français « moi » et « mes »,..., fabriquent, avant même la première ligne de l’article, une langue totalement exotique par rapport au français ! Si les locuteurs, dans leurs pratiques, créent une rupture avec le français ordinairement parlé au Cameroun en faisant appel, en plus d’un lexique courant de français, à des emprunts, des néologismes ou des manipulations morphologiques, les linguistes, dans les représentations qu’ils proposent de ces pratiques, créent un nouvel objet linguistique [30][30] Ce risque de « donner l’impression que les pratiques.... Certains d’entre eux n’ont pas hésité à le qualifier de « langue mixte » ou de « langue hybride » (cf., par exemple, Echu 2001 : 207, Nzessé 2009 : 32) sans que ce type de catégorisation ne soit d’ailleurs vraiment justifié [31][31] Qui est loin de faire consensus comme l’atteste le....

4. « Parlers urbains » et « parlers jeunes » : quelles différences ?

25

Dès 2005, le camfranglais/francanglais a été qualifié de « parler jeune » (sans guillemets) par Harter (2005, 2007) puis par Queffélec (2007). J’ai moi-même repris, avec des guillemets, cette catégorisation, car je voulais me positionner sur le terrain des « parlers jeunes » pour insister sur les problèmes posés par la description de pratiques catégorisées comme tels (Féral 2006a, 2007). Reste à savoir s’il est utile – et justifié – pour le linguiste d’avoir recours à une telle catégorisation, malgré le problème que pose la définition de « jeune » et l’hétérogénéité des faits linguistiques soumis à l’analyse.

26

Les « parlers jeunes » sont des phénomènes langagiers urbains. La ville est « par définition un lieu de variation et de contacts de langues » (Calvet 2002 : 48) qui a donné naissance à ce que certains linguistes ont nommé des « langues urbaines » (cf. le titre de Bulot et Bauvois 2002), des « parlers urbains » (Billiez 1999, Calvet 1994) ou, en anglais, des « urban vernaculars » (cf., par exemple, Mc Laughlin 2009, Beck 2010). Pour Calvet (1994 : 62), les « parlers urbains [sont] soumis à deux tendances contradictoires, l’une à la véhicularité et l’autre à la grégarité ou à l’identité ». Il distingue ainsi d’un côté « les formes véhiculaires urbaines », et de l’autre, « les formes identitaires » (ibid. : 63-67).

27

Pour illustrer les « formes véhiculaires urbaines », on peut reprendre l’exemple de Calvet (2002 : 49, citant Thiam 1990) : la véhicularisation du wolof en contexte urbain au Sénégal a eu des conséquences sur la structure de la langue non seulement dans son lexique (les emprunts au français ou à l’anglais) mais aussi dans son système de classes nominales qui est en train de se réduire. Pour « les formes identitaires », Calvet (1994 : 67-72) se réfère à l’étude de Billiez (1992) sur la façon de parler des jeunes Grenoblois issus de l’immigration ou encore au nouchi de Côte d’Ivoire. On peut dire qu’en Afrique francophone, d’une façon générale, l’appropriation du français concerne, dans des proportions différentes selon les locuteurs et les interactions, à la fois la fonction de communication dans un contexte multilingue (la véhicularité) et la fonction identitaire. Cette dernière est permise notamment par la mise à contribution des langues avec lesquelles il est en contact (Féral & Gandon 1994, Manessy & Wald 1984). Ainsi, toujours à Dakar, le « discours mixte » français-wolof (appelé souvent « wolof urbain » ou « urban wolof », Juillard & Ndiaye 2009 : 204) est « caractéristique des pratiques langagières des Dakarois qui ont été scolarisés et [il] se diffuse de plus en plus chez les jeunes et les adultes non scolarisés » (Dreyfus & Juillard 2004 : 185-186). De ce fait, « le français investit des espaces sociaux jusque-là réservés aux langues africaines et celles-ci pénètrent également les espaces sociaux traditionnellement dévolus au français » (ibid., 179). On voit bien ici que les dynamiques langagières urbaines n’ont pas seulement pour conséquence une réduction de la structure linguistique dans le cas de la « véhicularisation » d’une langue mais qu’elle met aussi à mal les frontières entre les différentes langues en contact. On voit en outre que les deux tendances à la véhicularité et à l’identité peuvent être simultanément mises en œuvre dans le discours, devenant ainsi complémentaires plutôt que contradictoires.

28

Pour Beck (2010 : 24), certains « urban vernaculars » en Afrique tels que le camfranglais à Yaoundé et à Douala, le sheng à Nairobi, le tsotsital/ iscamtho à Cape Town et à Johannesbourg, l’indoubil à Kinshasa, étaient à l’origine des « youth languages ». Mc Laughin abonde dans ce sens lorsqu’elle écrit : « Youth languages generally originate with lexical borrowing from other languages or from slang varieties, including the argots of crime and delinquence [sic] and exhibit high variation. After they become established as youth languages and their speakers grow older they may be adopted by the general urban population and can subsequently become urban vernaculars themselves » (Mc Laughlin 2009 : 9). On peut se demander ce que Mc Laughlin entend exactement par « established as youth languages ». Par qui seraient-ils établis ? Ne s’agirait-il pas tout simplement de la réification de pratiques ainsi qualifiées par les linguistes eux-mêmes ? Il est difficile de penser que l’on trouverait moins de variation aujourd’hui qu’hier dans ce que les locuteurs camerounais catégorisent comme étant du camfranglais/francanglais. La différence entre « urban languages » et « youth languages » ne concerneraient donc pas tant les faits linguistiques eux-mêmes que l’expansion de ces pratiques à des locuteurs plus âgés que les « jeunes » et le statut qui leur est donné par les linguistes. Beck (2010 : 20) souligne d’ailleurs que « all these urban languages are primarily caracterized by loans in their vocabularies ; influences of the structure of the languages are quite marginal [32][32] Ce que remarque aussi Bulot 2004 (cf. infra). ». On voit donc ici le danger tautologique que présente la réification de certaines dynamiques langagières urbaines par les (socio) linguistes : les « youth languages » n’auraient de véritable raison d’être qualifiés de tels que celle d’évoluer en contexte urbain – et multilingue – et d’avoir pour locuteurs des « jeunes ».

29

Dans leur introduction à Caubet et al. (2004), Bulot, Caubet & Miller (2004 : 7) rappellent que les « parlers jeunes » présentent des usages « à la fois perçus comme déviants et innovants » pour ceux qui ne les parlent pas. Une question qui se pose alors pour le camfranglais/francanglais est : déviant et innovant par rapport à quoi ? Certainement pas par rapport à l’image que les acteurs sociaux camerounais ont du français standard mais plutôt par rapport à celle qu’ils ont du français ordinairement parlé au Cameroun. Si l’on se réfère aux analyses différentielles comme l’Inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire de l’équipe Ifa (2004 [1983] et les nombreux autres inventaires qui ont suivi pour des pays africains particuliers, ce français parlé présente déjà des usages lexicaux « déviants et innovants ». Bulot, Caubet & Miller (2004 : 13) font également remarquer que si l’on regarde, dans les « parlers jeunes », les faits linguistiques proprement dits, « en dehors du renouvellement lexical, des néologismes et des procédés de code-switching, les procédés morpho-syntaxiques semblent relativement peu innovateurs que ce soit en français […], en swahili […] ou en Juba Arabic […] ». C’est aussi ce que l’on peut observer en camfranglais/francanglais pour la morpho-syntaxe (Féral 2007, 2010b).

30

Mais alors que peuvent apporter ces « jeunes » au langage et qu’ils abandonneraient quand ils deviendraient plus âgés ? Pour essayer de répondre à cette question, il peut être utile de faire une comparaison entre le camfranglais/francanglais parlé par les jeunes Camerounais francophones et le pidgin qui est couramment employé par des gens de tous âges (dorénavant « pidgin courant ») non seulement dans la partie anglophone mais aussi dans les villes francophones où on parle également camfranglais/francanglais. Il s’agit, en effet, de deux objets linguistiques dotés de noms spécifiques [33][33] Pidgin est en effet perçu par ses locuteurs comme un..., qui évoluent tous deux en contexte urbain et servent à la fois la fonction véhiculaire et identitaire (Féral 1989, 2010a). On peut cependant poser qu’il ne s’agit pas d’objets linguistiques de même nature, comme je l’ai résumé dans le tableau infra, non seulement du point de vue de leur genèse mais aussi de la discontinuité linguistique qui est créée ou non avec les langues européennes superposées : contrairement à ce qui se passe entre le pidgin et l’anglais, la discontinuité entre le français ordinaire parlé au Cameroun et le francanglais ne se situe pas au niveau syntaxique mais à celui du lexique, dont elle n’affecte qu’une partie.

Pidgin et camfranglais / francanglais : continuité et discontinuité linguistiques (d’après Féral 2009 : 136)
31

En effet, contrairement à ce qui se passe avec le pidgin « courant », où les emprunts faits à l’anglais ou au français (selon la région où il est parlé) servent à pallier des manques lexicaux (« lexical gaps ») et, de ce fait, à éviter de recourir à des périphrases (cf. Féral 1989), les emprunts, les créations, les mots manipulés morphologiquement (troncation, méthathèse) qui constituent les ressources lexicales du camfranglais/ francanglais s’ajoutent au lexique du français ordinairement parlé au Cameroun et servent notamment les fonctions cryptique et identitaire.

32

Dès les années 1970, on pouvait observer principalement à Yaoundé et à Douala le même genre de ressources lexicales (dont certaines comme reme, « mère » et les emprunts à l’anglais et/ou au pidgin [34][34] Étant donné que le pidgin est d’origine lexicale anglaise,... comme skul, « école » et go « aller » sont encore utilisées en camfranglais/francanglais) chez des jeunes (de genre masculin pour la plupart) sortis du système scolaire ou encore écoliers et étudiants. Ils appelaient leur façon de parler français makro (makro = voyou) et la catégorisaient comme étant un « argot » (Féral 1989) qu’ils disaient tenir – comme l’appellation français makro l’indique – des voyous qui l’utilisaient afin de « garder le secret ». Cette fonction cryptique, qu’ils invoquaient aussi pour leur propre utilisation du français makro, l’est encore pour ce qui est maintenant appelé camfranglais/francanglais comme l’illustre bien l’une des réponses au questionnaire. Mais il est évident que sa diffusion, au fil des ans, auprès d’un nombre de plus en plus important de Camerounais (et de Camerounaises, les jeunes filles s’y étant mises à leur tour), restés au Cameroun mais aussi expatriés – grâce notamment à Internet –, à l’intérieur d’une tranche d’âge qui semble s’élargir [35][35] Selon Ngo-Ngok Graux (2006), il est parlé en particulier – mais..., sa forte médiatisation dès la fin des années 1980 et le fait que des publications scientifiques en français et en anglais lui aient été consacrées, ont contribué à affaiblir cette fonction cryptique, même si on peut toujours inventer de nouveaux mots.

33

La création sur Internet par un blogueur camerounais http://etounou. free.fr.), d’un « dictionnaire » (au titre révélateur du point de vue de sa fonction identitaire : Parler camerounais) de « mots utilisés aussi bien en camfranglais qu’en pidgin, ainsi que des expressions du français parlé au Cameroun [36][36] Cet inventaire montre à quel point les frontières entre... » fait regretter à certains la vulgarisation de ce « we code » (« Du moment où le camfranglais n’est pas officiel, il devrait être notre chasse gardé [sic] quelque chose qui puisse nous permetre [sic] de communiquer sans que les autres vous comprenne […] maintenant que vous l’avez mis sur internet meme [sic] la police va consulter, et on ne peu [sic] même plus Aider un Frere [sic] en difficulté » ; Blog du Prési, 9/7/09), tandis que d’autres se réjouissent de pouvoir ainsi parfaire leurs connaissances (« merci mon bro [37][37] « Bro » ? pidg. broda ? angl. brother, « frère » (au... du village comme ça je pourrai faire une remise à niveau de temps en temps !! » Édouard, Blog du Prési, 24/01/08). D’autres encore les font partager en apportant leur propre contribution au dictionnaire et en ajoutant éventuellement des commentaires d’ordre métalinguistique (« Awash veut un peu dire arracher. C’est né de l’époque où […] », Édouard, ibid. ; « Pourquoi pour certain mot [sic] du dis emprunt bulu ? […] pourquoi tu ne dis pas emprunt de l’ewondo ou de l’eton ou du manguissa ou du makaa ou du… qui utilisent tout aussi bien ces mots ? », Massati, Blog du Prési, 17/04/08.).

34

Ce blog est donc, avec d’autres sites, le lieu de commentaires et de polémiques passionnés sur le camfranglais/francanglais qui tend à être considéré comme une « langue » dont certains souhaiteraient qu’elle soit reconnue officiellement. Pourtant, on voit bien que seul le domaine lexical est concerné : bien parler le camfranglais/francanglais, c’est connaître un maximum de mots qui se différencient de ceux du français ordinairement parlé au Cameroun, langue officielle qui est véhiculée par l’école mais qui est aussi utilisée comme langue de grande communication dans tout le sud, où aucune langue africaine ne peut jouer ce rôle [38][38] Contrairement au nord où le peul a une forte fonction... . Ce sont ces mots empruntés, manipulés (au niveau sémantique ou morphologique), créés, renouvelés, qui permettent aux locuteurs de camfranglais/francanglais de se distinguer tout d’abord des « autres » qui ne parlent que le français « ordinaire » [39][39] Je reprends ici le qualificatif utilisé par A. Souop... du Cameroun, c’est-à-dire les parents (identité « jeune » et fonction cryptique : « N’oublions pas que nous l’avons développé pour speak sans que nos repé et nos remé ne puissent nous ya [40][40] « N’oublions pas que nous l’avons développé pour parler... », mannolap, 19/10/04, http://www.grioo. com [41][41] Sous-titré : « le site de la communauté noire fran..., forum : « kamers et sympathisants, parlons camfrangl [sic] comme au quat [42][42] Cf. note 18. ») mais aussi des Français, de ces « white » [43][43] Des « Blancs » (? angl. white). qui leur ont imposé leur langue (« Pourquoi on doit seulement speak comme les white ? [Le camfranglais] c’est notre langue à nous que nous avons », Princesse Di, Blog du Prési, 24/06/07) et des autres Africains (identité « camerounaise », qui semble encore ne pouvoir se passer de la fonction cryptique)

35

Les Lock (« Maliens ») thatent [tchatent] leur bambara, les Senof (« Senegalais ») leur Woloff, don [donc] quand on est entre nous Camers il ne faut que les autres djos WestAf (« de l’Afrique de l’Ouest ») ya ce qu’on se tell, surout [sic] que ça leur [sic] vex et on peut les moronto sans pb. (25 février 2007, forum, http://www.cameroon-info.net) [44][44] « Les Maliens parlent leur bambara, les Sénégalais,...

36

Avec le pidgin, il en en est autrement puisque son seul usage suffit à affirmer une identité camerounaise étant donné qu’il n’y a pas intercompréhension entre un locuteur qui ne parlerait qu’anglais (ou une toute autre langue) et un locuteur qui ne parlerait que pidgin. La fonction identitaire est donc en œuvre dès que le pidgin est utilisé en tant que langue véhiculaire de préférence à l’anglais ou au français, langues officielles, quand les interlocuteurs maîtrisent aussi ces langues. Contrairement à ce qui se passe entre le français « ordinaire » et le camfranglais/francanglais, la discontinuité linguistique entre l’anglais et le pidgin n’a pas besoin d’être créée par l’ajout de nouveaux mots au lexique puisque les différences structurelles sont déjà bien marquées, notamment dans les domaines de la morphologie et de la syntaxe. La fonction cryptique peut être aussi présente, comme elle l’est pour toute langue en situation plurilingue lorsque les interlocuteurs ne partagent pas totalement le même répertoire verbal.

37

Ajoutons cependant que si les « jeunes » des villes francophones du sud du Cameroun parlent en général camfranglais/francanglais, certains d’entre eux parlent aussi pidgin même si celui-ci semble être en perte de vitesse chez les jeunes francophones (en outre, j’ai remarqué, lors d’une enquête menée en 2004 auprès de collégiens et de lycéens, qu’ils avouaient difficilement qu’ils le parlaient quand c’était le cas). Ceci peut s’expliquer par le fait qu’aucun prestige ne lui est accordé, qu’il est souvent associé aux Camerounais des régions anglophones, à l’ethnie bamiléké ou aux illettrés (cf. Féral 2009), que le français assume lui aussi la fonction véhiculaire, même au marché, et que le camfranglais/francanglais permet de poser non seulement une identité supra-ethnique, comme le pidgin, mais aussi « jeune » et d’afficher, somme toute, sa compétence en français.

38

Chez les locuteurs pidginophones de camfranglais/francanglais, on doit donc s’attendre à trouver des phénomènes dus au contact des langues (« code switching », « code mixing », etc.) entre français et pidgin (ce qui a été pour le moment à peine étudié [45][45] Cf. Féral 1989, pour une illustration de l’alternance...) et que des ressources lexicales catégorisées comme camfranglais/francanglais [46][46] On en trouve des exemples récents dans Nguetchuing- Timnou... soient utilisées en pidgin chez ces locuteurs et même chez des locuteurs anglophones. Ces phénomènes rendent évidemment les frontières entre les différentes langues encore plus floues non seulement dans les pratiques mais aussi parfois dans les catégorisations (cf. Féral 2009) même si en général la distinction est maintenue : « parler pidjin [sic] est une chose, parler le camfranglais en est une autre » (TBA, 17/01/02, http://www.grioo.com, forum : « kamers et sympathisants, parlons camfrangl comme au quat »).

5. Pour conclure : utiles inventions

39

Si l’on peut définir le camfranglais/francanglais en faisant un inventaire des ressources lexicales qui permettent aux acteurs sociaux camerounais francophones de catégoriser du discours en français comme tel (l’étude d’un tel objet linguistique ne peut donc se passer de celle des représentations ; Féral 2007, 2010a), les processus linguistiques mis en œuvre sont somme toute banals. Dès 1956, Guiraud soulignait le fait que des phénomènes comme la dérivation, la composition, les changements de sens, les emprunts n’étaient spécifiques ni de l’« argot » ni du « français populaire » mais d’« un langage parlé, familier et vivant […] dont les caractères se retrouvent dès que l’individu, quelle que soit son origine sociale, cesse de se soumettre aux contraintes de la langue scolaire et académique » (Guiraud 1956 : 79). Pour Gadet (2003 : 10), qui s’appuie sur plusieurs études de la « langue des jeunes » dans plusieurs villes de l’Hexagone et au Maghreb (notamment Billiez 1992, Billiez et al., 2003, Caubet 2002, Melliani 2 000), les « deux seules vraies ruptures par rapport aux formes héréditaires » sont « le verlan et l’hybridation » [47][47] La fréquence dans l’utilisation de certains traits....

40

Mais le camfranglais/francanglais illustre à peine cela : très peu de mots, en effet, font appel à la verlanisation. Et un item comme « meuf » [48][48] Il se trouve dans l’édition 2010 du Petit Robert avec..., dont l’usage semble récent au Cameroun, a été vraisemblablement emprunté au français hexagonal. En effet, les emprunts au français des « jeunes » mais aussi familier et vieilli (comme bachot, pour « bac (calauréat) ») et surtout à l’anglais et/ou au pidgin sont nombreux (Féral 2010b) : ces emprunts sont des noms et des verbes pour la plupart et l’on pourrait s’étonner du fait qu’il s’agisse seulement d’emprunts lexicaux et qu’ils appartiennent aux classes grammaticales qui sont le plus concernées par l’emprunt même lorsque le contact entre les langues n’est pas intense (cf. la « borrowing scale » de Thomason & Kaufman 1988 : 74-76). Cependant, ce que les jeunes apportent à la langue ici, et que les « autres » ne font pas/plus – ou en tout cas, moins – c’est la manipuler de façon délibérée, à des fins cryptiques mais aussi pour le plaisir. Et certains des jeunes qui parlent camfranglais, emploient aussi, ou ont employé, plus jeunes, des argots à clé non seulement dans la langue/ les langue(s) africaine(s) parlée(s) à la maison mais aussi en français, ce qui montre qu’ils manient celui-ci avec assez d’aisance pour pouvoir en changer volontairement la forme (Féral 1989 : 19-20). Mais encore une fois, les changements délibérés (« deliberate change ») sur la langue – qui peuvent, dans certains cas, être à l’origine d’un véritable changement linguistique – ne sont pas l’exclusivité des « jeunes » (Thomason 2007).

41

La catégorisation « parler jeune » appliquée au camfranglais/francanglais par les (socio) linguistes ne peut donc être justifiée par l’inventaire de procédés linguistiques qui se distingueraient du français couramment parlé au Cameroun. Ce qui la justifie, c’est plutôt la reconnaissance d’une catégorie de locuteurs, « les jeunes » comme usagers préférentiels, et même originels, de certaines ressources lexicales – créées, manipulées ou empruntées – à des fins cryptiques, identitaires et aussi ludiques. Cette catégorie d’usagers, on l’a vu dans les réponses au questionnaire diffusé en France et au Cameroun, englobe une réalité floue mais qui semble toujours inclure l’adolescence [49][49] Dont l’âge est également flou : Anatrella (2003 : 38),....

42

Si la catégorie « jeune » peut être utile pour les chercheurs puisqu’elle leur permet notamment, en ciblant une certaine population, de décrire des… « parlers jeunes » ( !) et de faire éventuellement des comparaisons entre ceux-ci [50][50] On sait également, depuis Labov (1972), l’influence..., la réification qui a été faite par les linguistes et les médias des pratiques langagières des jeunes sont également utiles pour les locuteurs. En effet, Bulot (2007 : 12) rappelle que « les considérer comme un objet de recherche contribue à l’existence sociale des parlers jeunes » et Boyer, en 1997, observait que ce « sociolecte générationnel » « accéd[ait] incontestablement par la grâce d’une médiatisation régulière, à une certaine respectabilité » (p. 13). Si cette « respectabilité », en partie due à la perméabilité entre « parler branché » et « parler des banlieues », a cédé la place à une véritable stigmatisation en France (cf., par exemple, l’article de Bentolila paru dans le Monde du 20 décembre 2007), la dotation de noms spécifiques semble avoir joué un rôle non négligeable dans l’accès à la respectabilité de certains « parlers jeunes » comme le camfranglais/francanglais. Il paraît en effet plus facile de revendiquer la légitimité du camfranglais, dont le nom évoque le Cameroun et ses deux langues officielles, que celle d’un français makro ! En outre, s’il y a eu une construction par les médias – et les linguistes – en France du phénomène « parler jeune », « parler branché » etc. (cf. Boyer 1997) et, au Cameroun, du phénomène camfranglais/francanglais, il y a aussi une récupération par les internautes camerounais des représentations, plus ou moins réifiantes, qu’en donnent les linguistes dans leurs publications [51][51] J’ai ainsi retrouvé mon nom, ma photo et certains de.... Consacrer tant d’heures et d’argent à analyser le camfranglais/francanglais, c’est, en quelque sorte, déjà lui donner le statut de « langue ». On peut alors, comme sur les forums qui lui sont dédiés, en revendiquer la légitimité, le doter d’un « dictionnaire », réfléchir à la nécessité de l’élaboration d’une orthographe et, ce faisant, commencer à décoller l’étiquette « parler jeune ».


Références bibliographiques

  • ANATRELLA T. (2003), « Les adulescents », Études, 3991-2, éditions S.E. R, p. 37-47.
  • ANDROUTSOPOULOS J.K. & SCHOLZ A. (eds) (1998), Jugensprache/Langue des jeunes/Youth Language, Frankfurt am Main, Peter Lang.
  • BECK R.M. (2010), « Urban Languages in Africa », Africa Spectrum, 45, 3, p. 11-41.
  • BENTOLILA A. (2007), Contre les ghettos linguistiques, Le Monde, 20 décembre 2007.
  • BILLIEZ J. (1992), « Le parler véhiculaire interethnique » de groupes d’adolescents en milieu urbain, dans Des villes et des langues, Actes du colloque de Dakar, Paris, Didier Érudition, p. 117-126.
  • — (éd.) (1999), Les parlers urbains, Lidil, 19.
  • BILLIEZ J. & TRIMAILLE C. (2 000), « Enjeux des désignations des sociolectes urbains générationnels », dans CALVET L.-J. & MOUSSIROU-MAYAMA A. (éds), Le plurilinguisme urbain, IUF/Didier Érudition, p. 209-228.
  • BILLIEZ J., KRIEF K., LAMBERT P., ROMANO A. & TRIMAILLE C. (2003), Pratiques et représentations langagières de groupes de pairs en milieu urbain, rapport de recherche.
  • BLANCHET P. (2004), « L’identification sociolinguistique des langues et des variétés linguistiques : pour une analyse complexe du processus de catégorisation fonctionnelle », dans Actes du colloque Identification des langues et des variétés dialectales par les humains et par les machines, Paris, École Nationale Supérieure des Télécommunications/CNRS, 2004, p. 31-36.
  • BLANCHET P., CALVET L.-J. & ROBILLARD D. de (2007), Un siècle après le Cours de Saussure : la linguistique en question, Carnets d’Atelier de Sociolinguistique, 1, Paris, L’Harmattan.
  • BOURDIEU P. (1984), Questions de sociologie, Paris, Les Éditions de Minuit.
  • BOYER H. (1997), « “Nouveau français”, “parler jeune” ou “langue des cités” ? Remarque sur un objet linguistique médiatiquement identifié », dans H. Boyer (éd.), Les mots des jeunes : observations et hypothèses, Langue française, 114, p. 6-15.
  • BOYER H., GOUDAILLIER J.-P, SEGUIN B., TEILLARD F. & BOUTAN P. (1998), « Et le langage des jeunes ? », Le français aujourd’hui, 124, p. 34-42.
  • BULOT T. (dir.) (2004), « Les parlers jeunes ; pratiques urbaines et sociales, » Cahiers de Sociolinguistique, 9.
  • — « Introduction : les parlers jeunes comme objet de recherche. Pour une approche de la surmodernité en sociolinguistique », dans G. LEDEGREN (dir.), Pratiques lingusitiques des jeunes en terrains plurilingues, p. 11-23.
  • BULOT T., CAUBET D. & MILLER C. (2004), « Introduction ; parlers jeunes et jeunes urbains : le nécessaire inventaire », dans CAUBET D., BILLIEZ J., BULOT T., LÉGLISE I. & MILLER C. (éds) (2004), Parlers jeunes ici et là-bas ; pratiques et représentation, Paris, L’Harmattan, p. 7-15.
  • BULOT T. & BAUVOIS C. (dirs) (2002), « Lieux de ville : langue(s) urbaine(s), identité et territoire. Perspectives en sociolinguistique urbaine », Marges Linguistiques, 3.
  • CALVET L.-J. (1994), Les voix de la ville ; introduction à la sociolinguistique urbaine, Paris, Payot.
  • — (2002), « La sociolinguistique et la ville : hasard ou nécessité », dans BULOT T. & BAUVOIS C. (dirs), Lieux de ville : langue(s) urbaine(s), identité et territoire. Perspectives en sociolinguistique urbaine, Marges Linguistiques, 3, p. 46-53.
  • CAUBET D. (2002), « Métissages linguistiques ici (en France) et là-bas (au Maghreb) », dans Ville-École-Intégration Enjeux, 130, p. 117-132.
  • CAUBET D., BILLIEZ J., BULOT T., LÉGLISE I. & MILLER C. (éds) (2004), Parlers jeunes ici et là-bas ; pratiques et représentation, Paris, L’Harmattan.
  • DREYFUS M. ET JUILLARD C. (2004), Le plurilinguisme au Sénégal ; langues et identités en devenir, Paris, Khartala.
  • DUBET F. (1996), « Des jeunesses et des sociologies. Le cas français », dans Sociologie et Sociétés, XXVIII, Montréal, Presses Universitaires de Montréal, p. 23-35.
  • ECHU, G. (2001), « Le camfranglais : l’aventure de l’anglais en contexte multilingue camerounais », Écritures, VIII, p. 207-221.
  • Équipe Ifa (2004 [1983], Inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire, EDICEF/AUF.
  • FÉRAL, C. de (1989), Pidgin-english du Cameroun, Peeters/Selaf.
  • — (2006a), « Décrire un « parler jeune » : le cas du camfranglais (Cameroun) », Le français en Afrique, 21, p. 257-266.
  • — (2006b), « Étudier le camfranglais : recueil des données et transcription », Le français en Afrique, 21, p. 211-218.
  • — (2007), « Ce que parler camfranglais n’est pas : de quelques problèmes posés par la description d’un « parler jeune » (Cameroun) », dans M. AUZANNEAU (dir.), La mise en œuvre des langues dans l’interaction, Paris, L’Harmattan, p. 259-276.
  • — (2009), « Nommer et catégoriser des pratiques urbaines : pidgin et francanglais au Cameroun », dans FÉRAL C. de (dir.) : Le nom des langues III. Le nom des langues en Afrique subsaharienne : pratiques, dénominations, catégorisations/•aming Languages in Sub-Saharan Africa : Practices, •ames, Categorisations, Louvain-la-Neuve, Peeters, BCILL, 124, p. 119-152.
  • — (2010a), « Pratiques urbaines et catégorisations au Cameroun. Français, francanglais, pidgin, anglais : les frontières en question », dans MARTINEZ P. & BLANCHET P. (dir.), Pratiques innovantes du plurilinguisme, Paris, AUF/Éditions des archives contemporaines, p. 7-22.
  • — (2010b), « “Pourquoi on doit speak comme les white ?” : appropriation vernaculaire du français chez les jeunes au Cameroun », dans DRESCHER M. & NEUMANN-. HOLZSCHUH I. (dirs), La syntaxe de l’oral dans les variétés non-hexagonales du français, Tübingen, Stauffenburg, p. 53-64.
  • — (2011), « Les “variétés” du français en Afrique. Stigmatisations, dénominations, réification : à qui la faute ? », dans PIEROZAK I., BULOT T. & BLANCHET P. (dirs), Approches de la pluralité sociolinguistique, Cahiers de sociolinguistique, 15, p. 41-53.
  • FÉRAL C. DE & GANDON F.-M, (éds) (1994), Le français en Afrique noire ; faits d’appropriation, Langue française, 104.
  • FEUSSI, V. (2006) « Le francanglais dans une dynamique fonctionnelle : une construction sociale et identitaire du francophone au Cameroun » http://www.sdl.auf.org/). Version préliminaire de « Le francanglais dans une dynamique fonctionnelle : une construction sociale et identitaire du ‘jeune’ francophone au Cameroun ». Le français en Afrique, 23, 2008, p. 33-50.
  • FEUSSI, V. (2008), Parles-tu français ? Ça dépend… Paris, L’Harmattan.
  • GADET F. (2003), « “Français populaire” : un classificateur déclassant », dans CALVET L.-J & MATHIEU P. (dirs), Argots « français populaires » et langues populaires, Marges Linguistiques, 6.
  • GASQUET-CYRUS M. (2002), « Sociolinguistique urbaine ou urbanisation de la sociolinguistique ? Regards critiques et historiques sur la sociolinguistique », dans BULOT T. & BAUVOIS C. (dirs) (2002), Lieux de ville : langue(s) urbaine(s), identité et territoire. Perspectives en sociolinguistique urbaine, Marges Linguistiques, 3, p. 54-71.
  • GOUDAILLIER, P., (2001) [1997], Comment tu tchatches ! Dictionnaire du français contemporain des cités, Paris, Maisonneuve et Larose.
  • GUIRAUD P. (1959), L’argot, Paris, PUF, coll. Que-sais-je ?
  • HARTER, A.-F. (2007). « Représentations autour d’un parler jeune : le camfranglais », Le français en Afrique n° 22, 253-266. [2005 : http://www. sdl.auf.org/]
  • JAMIN, M. (2009), « Langue des banlieues », « langue populaire » ou langue de l’Autre, dans BONNEMASSON-RICHARD S. (éd.), La langue de l’autre, actes du premier colloque « Europe », p. 91-106.
  • JUILLARD C. & NDIAYE M. (2009), « Nommer les langues au Sénégal ; perspectives historiques et sociolinguistiques », dans FÉRAL C. de (dir), Le nom des langues III. Le nom des langues en Afrique subsaharienne : pratiques, dénominations, catégorisations/•aming Languages in Sub-Saharan Africa : Practices, •ames, Categorisations, Louvain-la-Neuve, Peeters, BCILL, 124, p. 191-210.
  • KIESSLING R. & MOUS M. (2004), « Urban Youth Languages in Africa », Anthropological Linguistics, 46 (3), 303-341.
  • KIESSLING R. (2005), « bàk mowà mè dó » – Camfranglais in Cameroon, Lingua posnaniensis, XLVII, p. 87-107.
  • LABOV W. (1972), Language in the Inner City, Philadelphia, University of Pennsylvania Press.
  • LEDEGEN G. (dir.) (2001), Les « parlers jeunes » à la Réunion, Travaux et document, 15.
  • LEWIS M.P. (éd.) (2009), Ethnologue : Languages of the World, Sixteenth edition. Dallas, SIL International. Online version : http://www.ethnologue.com/.
  • MANESSY G. & WALD P. (1984), Le français en Afrique noire tel qu’on le parle, tel qu’on le dit, Paris, L’Harmattan.
  • MATRAS Y. & BAKKER P. (2003), The mixed Language Debate, Berlin, Walter de Gruyter.
  • MAURER, B. (1998), Qui sont « les jeunes » ? L’utilisation du dialogisme dans Présent, dans L’autre en discours, Montpellier, Université de Montpellier, Dyalang-Praxiling.
  • MC LAUGHLIN F. (2009), The Languages of Urban Africa, London/New York, Continuum.
  • MELLIANI V. (2000), La langue du quartier, Paris, L’Harmattan.
  • NGUETCHUING-TIMNOU H. (2004), Le camfranglais. Approche morpho-syntaxique. Mémoire de D.E. A, Université de Provence.
  • NICOLAÏ R. (2007a), « Contacts des langues et contact dans la langue : hétérogénéité, construction de l’homogène et émergence du “linguistique” », Journal of Language Contact, 1, Thema. www.jlc-journal.org, p. 199-222.
  • — (2007b), La vision des faits, Paris, L’Harmattan.
  • NGO-NGOK GRAUX É. (2006), « Les représentations du camfranglais chez les locuteurs de Douala et Yaoundé », Le français en Afrique, 21, 219-225.
  • NORMANN JØRGENSEN J. (2010), Love Ya Hate Ya ; The Sociolinguistic Study of Youth Language and Youth Identities, Newcastle upon Tyne, Cambridge Scholars Publishing.
  • NTSOBÉ A-M., BILOA E. & ECHU G. (2008), Le camfranglais : quelle parlure ? Étude , linguistique et sociolinguistique, Frankfurt am Main, Peter Lang.
  • NZESSÉ L. (2009), Le français au Cameroun : d’une crise sociopolitique à la vitalité de la langue française (1990-2008), Le français en Afrique, 24.
  • QUEFFÉLEC A. (2007), « Le camfranglais, un parler jeune en évolution : du résolecte au véhiculaire urbain », dans LEDEGEN G. (dir.) Pratiques linguistiques des jeunes en terrains plurilingues. Paris : L’Harmattan, p. 93- 118.
  • ROMAINE S. (1984), The Language of Children and Adolescents, Oxford/New York, Basil Blackwell.
  • SCHRÖDER A. (2007), « Camfranglais – A language with Several (Sur) Faces and Important Sociolinguistic Functions », dans BARTELS A. & WIEMAN D. (éds), Global Fragments ; (Dis) Orientation in the •ew World Order, Amsterdam, New York, Rodopi.
  • SOUOP A. (2009), La variation du français au Cameroun ; approche sociolinguistique et syntaxique, thèse de doctorat, Université de Provence.
  • THIAM N. (1990), L’évolution du wolof véhiculaire en milieu urbain sénégalais : le contexte da capo, Plurilinguismes, 2, p. 10-37.
  • THOMASON S. (2007), Language Contact and Deliberate Change, Journal of Language Contact, Thema, 1, p. 41-62.
  • THOMASON S. & KAUFMAN T. (1988), Language Contact, Creolization and Genetic Linguistics, Berkeley, University of California Press.
  • TRIMAILLE C. (2004), Études de parlers de jeunes urbains en France ; éléments pour un état des lieux, Les parlers jeunes, pratiques urbaines et sociales, Cahiers de sociolinguistique, 9, p. 99-132.
  • TRIMAILLE C. & BILLIEZ J. (2007), « Pratiques langagières de jeunes urbains : peut-on parler de “parler” ? » , dans MOLINIARI C. & GALAZZI E. (éds), Les français en émergence, Bern, Peter Lang, p. 95-109.

Notes

[1]

Merci à Michelle Auzanneau, Caroline Juillard et Cyril Trimaille pour leur lecture critique d’une première version. Le point de vue que je présente, et les imperfections qui demeurent, sont évidemment de ma seule responsabilité.

[2]

Étiquette qui a été aussi beaucoup utilisée par les médias. Cf., Boyer (1997), Trimaille (2004).

[3]

Envisagé ici en tant que procès.

[4]

Dont moi-même.

[5]

Le même type de questionnement est proposé par Trimaille & Billiez (2007) dans un article au titre très explicite : « Pratiques langagières des jeunes urbains : peut-on parler de “parler” ? »

[6]

Surtout avant 1959 où l’instruction n’était obligatoire que jusqu’à 14 ans.

[7]

Question débattue par Trimaille (2004 : 105-106). Cf. aussi Dubet (1996).

[8]

J’emprunte, en la changeant quelque peu, la graphie utilisée par Blanchet pour rappeler non seulement qu’« une langue ne ‘naît’ que lorsqu’elle est ‘reconnue’ en tant que telle » (Blanchet 2004 : 32) mais aussi pour insister sur le caractère perlocutoire de la nomination.

[9]

Cette dominance d’ordre numérique des femmes dans les fiches renseignées en France et des hommes au Cameroun est vraisemblablement due au fait que les étudiants qui ont diffusé le questionnaire dans leurs réseaux sociaux (parents, amis, amis des parents…), étaient des femmes en France (étudiantes de Licence des Sciences du langage ou de Master FLES à l’Université de Nice, cours dont les hommes sont quasiment absents) et des hommes au Cameroun (étudiants à l’Université de Yaoundé).

[10]

Comme l’attestent les usages de « vieux » et de « vieille » au Cameroun et dans d’autre pays africains : « terme de respect désignant une personne adulte (et spécialement le père, l’oncle ou toute personne adulte et importante) […] Au plur. Les parents, les anciens, les hommes plus âgés et les plus sages d’une communauté […]. Norme : connot. positive (marque de respect), jamais péjo. ou iron. comme en fr. st. » (Équipe Ifa 2004 [1983] ; les abréviations originales, aisément décryptables, sont ici conservées).

[11]

Selon des enquêtes récentes (Feussi 2006, Harter 2007 [2005], Féral 2009). Mais il existe d’autres appellations (cf. infra) : si quelques auteurs (Souop 2009, par exemple) préfèrent garder l’appellation plus ancienne de camfranglais parce qu’elle affiche une identité camerounaise, certains locuteurs, quant à eux, ont résolu le problème en créant « cam-francanglais ».

[12]

Le mot-valise « adulescence » a été forgé dès 1988 par le psychanalyste T. Anatrella (2003).

[13]

Élection présidentielle du 9 octobre 2011.

[14]

Je remercie vivement George Echu (Université de Yaoundé), Daniel Duke (Université de Leiden et SIL Cameroon), ainsi que Giuseppina Cutri (Université de Nice) pour avoir accepté de m’aider à diffuser le questionnaire au Cameroun.

[15]

Paul Biya, président de la République du Cameroun depuis 1982, à nouveau candidat à l’élection présidentielle du 9 octobre 2011 à l’âge de 78 ans, a été réélu pour un sixième mandat.

[16]

Tintin, qui a cessé de paraître en 1993, était sous-titré « le journal des jeunes de 7 à 77 ans » puis « le super journal des jeunes de 7 à 77 ans ».

[17]

Appelé généralement pidgin par ses locuteurs mais aussi nommé Kamtok dans quelques publications récentes.

[18]

Camer : apocope de « Cameroun », « Camerounais(e) / Camerounais(e) ».

[19]

Dénominations que l’on trouve également dans d’autres enquêtes (cf. Féral 2009).

[20]

« watiser » (? pidgin-english wat ?angl. white, « blanc ») : « parler comme un Blanc ».

[21]

Le rôle non négligeable du pidgin, qui ne jouit d’aucun prestige, quant à lui, est totalement occulté (cf. Féral 2007, 2009) !

[22]

Le rôle joué par le linguiste en tant que créateur et passeur de représentations a été discuté notamment dans Nicolaï 2007a, 2007b et Blanchet, Calvet & Robillard 2007.

[23]

« Quartier ».

[24]

« Jeunes ».

[25]

Camfranglais ou francanglais ne sont pas listés dans Ethnologue (Lewis 2009).

[26]

L’étiquette « parler jeune » étant déjà, rappelons-le, une réification.

[27]

Un exemple extrême de ce type de catégorisation est celui du roman d’E. Tsoungui, dont il a été dit sur Internet et dans Cameroon Tribune qu’il était écrit en camfranglais alors qu’une dizaine de lexèmes seulement (emprunts au pidgin et/ou à l’anglais notamment), dans ce livre de 208 pages, permettent de le qualifier de tel.

[28]

Ce qui contribue à ce que j'ai appelé la « stigmatisation linguistique » (2011 : 46).

[29]

Qui comporte deux mots français « moi » et « mes », un emprunt à l’anglais « back », un lexème qui est probablement la troncation de « dollars », la syntaxe étant celle du français.

[30]

Ce risque de « donner l’impression que les pratiques décrites forment “une ou des langues” à part » a déjà été souligné par Trimaille (2004 : 122) au sujet des « descriptions actuelles de parlers de jeunes » qui procèdent à une véritable « focalisation sur le “déviant” » (Trimaille 2004 : 114 ; cf. aussi Gasquet-Cyrus 2002 : 63-64).

[31]

Qui est loin de faire consensus comme l’atteste le titre The mixed language debate (Matras & Bakker 2003).

[32]

Ce que remarque aussi Bulot 2004 (cf. infra).

[33]

Pidgin est en effet perçu par ses locuteurs comme un nom propre plutôt que comme une catégorie de langue et le mot-valise kamtok (kam : « Cameroun » ; tok : « langue ») est maintenant utilisé par certains linguistes dans le souci de faire reconnaître ce pidgin, qui n’en est plus un, comme une langue spécifiquement camerounaise et de lui donner ainsi une certaine légitimité ; cf. Féral 2009).

[34]

Étant donné que le pidgin est d’origine lexicale anglaise, il est difficile de savoir si de tels emprunts en camfranglais/francanglais ont été directement faits à l’anglais ou ont transité par le pidgin (cf. Féral 2006b pour un développement sur cette question).

[35]

Selon Ngo-Ngok Graux (2006), il est parlé en particulier – mais non exclusivement – par des gens âgés de 12 à 35 ans.

[36]

Cet inventaire montre à quel point les frontières entre camfranglais/francanglais, français ordinaire du Cameroun et pidgin sont floues dans les pratiques.

[37]

« Bro » ? pidg. broda ? angl. brother, « frère » (au sens large, qui est couramment employé en Afrique).

[38]

Contrairement au nord où le peul a une forte fonction véhiculaire.

[39]

Je reprends ici le qualificatif utilisé par A. Souop dans sa thèse (2009). Il est inutile d’insister sur le fait qu’il ne s’agit pas de pratiques homogènes (cf. l’étude du français à Douala faite par Feussi (2008) dans le cadre d’une approche constructiviste).

[40]

« N’oublions pas que nous l’avons développé pour parler sans que nos pères et nos mères puissent nous comprendre ».

[41]

Sous-titré : « le site de la communauté noire francophone ».

[42]

Cf. note 18.

[43]

Des « Blancs » (? angl. white).

[44]

« Les Maliens parlent leur bambara, les Sénégalais, leur wolof, donc quand on est entre nous, Camerounais, il ne faut pas que les autres gars de l’Afrique de l’Ouest comprennent ce qu’on se dit, surtout que ça les irrite et on peut les (sens de « moronto » ?) sans problème. »

[45]

Cf. Féral 1989, pour une illustration de l’alternance entre ce qui s’appelait dans les années 1970 pidgin makro et français makro.

[46]

On en trouve des exemples récents dans Nguetchuing- Timnou (2004) et Schröder (2007) mais les analyses proposées sont très discutables.

[47]

La fréquence dans l’utilisation de certains traits semble être aussi un facteur différentiateur (Trimaille & Billiez 2007, Jamin 2009).

[48]

Il se trouve dans l’édition 2010 du Petit Robert avec la mention Arg. Fam., c’est-à-dire « mot d’argot passé dans le langage familier ».

[49]

Dont l’âge est également flou : Anatrella (2003 : 38), par exemple, situe l’adolescence entre 18 et 24 ans tout en faisant remarquer que « les jeunes générations [y] entrent de plus en plus tôt […] et en sortent tardivement » (ibid. : 42). Il fait ainsi référence aux « adolescents » de 15-19 ans (p. 43, note 10).

[50]

On sait également, depuis Labov (1972), l’influence que peuvent avoir les groupes de pairs dans la façon de parler des adolescents (cf. aussi Romaine 1984 : 182-195), ce qui justifie le fait que l’on puisse particulièrement s’intéresser à leurs pratiques.

[51]

J’ai ainsi retrouvé mon nom, ma photo et certains de mes travaux cités et commentés sur Le Blog du Prési.

Résumé

Français

La catégorisation « langue des jeunes »/ « parler jeune » (« youth language »), qui est utilisée par certains (socio) linguistes depuis une quinzaine d’années, est le résultat d'une double stigmatisation, sociale et linguistique. Il y aurait, en effet, des « jeunes » qui se distingueraient des « autres » notamment par leurs façons de parler. Celles-ci auraient des spécificités qui obéiraient à des processus linguistiques communs aux autres « parlers jeunes ».
Après avoir discuté la catégorisation « jeune », notamment à l’aide d’un questionnaire diffusé en France et au Cameroun, on se demande dans quelle mesure il est utile – et justifié – pour le linguiste de faire appel à celle de « parler jeune ». On remarque également que l’essentialisation par les linguistes de certaines pratiques langagières peut être utile pour leurs locuteurs car elle leur permet d’en revendiquer la légitimité, comme dans le cas du camfranglais/francanglais du Cameroun.

Mots clés

  • Jeune
  • langue des jeunes/parler jeune
  • catégorisation
  • essentialisation
  • camfranglais/francanglais
  • Cameroun

English

"Youth language" : a useful invention ? The categorisation "langue des jeunes"/"parler jeune" ("youth language") used by certain (socio) linguists for about fifteen years is the result of a social as well as a linguistic stigmatisation. Indeed, some “young” people are said to be distinguished from “others”, namely by the “language” they use. The linguistic “specificities” thus described are due to processes which are to be found in other “youth languages”. First, the categorisation “youth” is discussed using questionnaire data from France and Cameroon. Second, “youth language” is questioned : is this categorisation useful to linguists ? What criteria justify its use ? It is also stressed that the reification by linguists of some language practices can be useful to the speakers themselves since it allows them to claim a certain legitimacy of their way of speaking, as in the case of Camfranglais/Francanglais.

Keywords

  • Youth
  • youth language
  • categorisation
  • reification
  • Camfranglais/ Francanglais
  • Cameroon

Plan de l'article

  1. 1. Introduction1
  2. 2. Les « jeunes » : de quelques représentations et usages
    1. 2.1. Le questionnaire en France
      1. Question 1 : Quand on parle des jeunes, de qui parle-t-on ?
      2. Question 2 : Qu’est-ce qui les différencie des autres ?
      3. Question 3 : Quel âge ont-ils ?
      4. Question 4 : Comment parlent les jeunes ?
    2. 2.2. Le questionnaire au Cameroun
      1. Question 1 : Quand on parle des jeunes, de qui parle-t-on ?
      2. Question 2 : Qu’est-ce qui les différencie des autres ?
      3. Question 3 : Quel âge ont-ils ?
      4. Question 4 : Comment parlent les jeunes ?
  3. 3. La responsabilité des linguistes22
  4. 4. « Parlers urbains » et « parlers jeunes » : quelles différences ?
  5. 5. Pour conclure : utiles inventions

Pour citer cet article

de Féral Carole, « " Parlers jeunes " : une utile invention ? », Langage et société, 3/2012 (n° 141), p. 21-46.

URL : http://www.cairn.info/revue-langage-et-societe-2012-3-page-21.htm
DOI : 10.3917/ls.141.0021


Article précédent Pages 21 - 46 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback