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Le Mouvement Social

2004/2 (no 207)

  • Pages : 116
  • Affiliation : Revue précédemment diffusée par les Éditions Ouvrières (jusqu'en 1993), puis par les Éditions de l'Atelier (de 1993 à 2007).

  • DOI : 10.3917/lms.207.0075
  • Éditeur : La Découverte

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Étudier le Planning familial dans les années 1960 permet d’abord d’étudier l’histoire de la médecine et de la maternité, mais aussi et surtout l’articulation entre contraception et sexualité, à travers les propos et pratiques des adhérents, et les valeurs véhiculées par des responsables du Planning, qui correspondent aux différents discours de l’époque. 1 400 lettres ont été conservées au Planning familial de Grenoble. Elles ont toutes été écrites entre 1961, date de l’ouverture du centre, et 1964. Il est probable que les lettres écrites durant les premières années d’existence du centre sont plus nombreuses. En effet, avec le développement des centres dans toute la France à partir de 1962, les personnes intéressées ont pu plus facilement se rendre au centre le plus proche de chez elles. Cependant le Mouvement grenoblois a sans doute continué à recevoir des lettres qui n’ont pas été gardées. Parmi les lettres conservées au centre, il semble que le tri se soit fait de manière aléatoire, car beaucoup de lettres sans intérêt particulier (simples demandes de renseignements ou de rendez-vous) ont été conservées. Par ailleurs, un certain nombre de lettres ont été personnellement adressées au Dr Henri Fabre, fondateur du centre et médecin prescripteur de contraception, qui les a perdues. Bien que l’absence de lettres de la période 1965-1967 soit regrettable, cette correspondance constitue une source précieuse. Elle fait état du type de personnes touchées par le Planning familial et leurs motivations. Cependant beaucoup de choses ne sont pas dites, par honte ou par peur, et les correspondants s’efforcent de rester en phase avec les valeurs du moment (importance de la maternité, de la vie de couple, sexualité subordonnée à la reproduction). Les revues internes de l’association ainsi que les témoignages et analyses des militant-e-s et des dirigeant-e-s présentent les points de vue du Mouvement sur les sujets qu’il traite, et donnent des visions différentes les unes des autres sur la place des femmes, la sexualité et la maternité. Il s’agit des livres du Dr Marie-Andrée Weill-Hallé, fondatrice en 1956 de la Maternité Heureuse, qui devient ensuite Mouvement français pour le Planning familial (M.F.P.F.), et présidente de l’association jusqu’en 1978, Catherine Valabrègue, secrétaire générale, Évelyne Sullerot, cofondatrice de la Maternité Heureuse, et du Dr André Berge (pédopsychiatre et membre du M.F.P.F.). Ces sources sont variées et mettent en évidence l’état d’esprit des responsables du M.F.P.F. et des adhérentes. Elles apportent un exemple et un échantillon de ce que pensent les personnes de l’époque sur la sexualité et la contraception. Cependant elles ont aussi leurs limites. Elles s’efforcent de rester « politiquement correctes » ou se justifient de ne pas l’être, sauf dans les cas les plus désespérés, et ne donnent pas forcément le fond de leur pensée.

I. Historiographie et contextes historiques

L’historiographie de la sexualité et du Planning familial

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Le travail théorique sur le corps date de la fin des années 1960 et est en liaison avec le rôle clé du féminisme américain qui voit dans la conscience du corps un instrument de pouvoir. Les études sur ce thème sont liées au féminisme naissant et aux luttes pour l’avortement  [1][1] A.-M. SOHN et F. THÉLAMON (dir.), L’histoire sans les....

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L’histoire du corps des femmes a souvent laissé de côté la sexualité féminine. C’est un reproche régulièrement formulé par les Américains qui ont traité de la construction sociale de la sexualité, et la considèrent comme un axe important d’une histoire des rapports de sexe. Certains travaux ont été traduits en français. Les travaux de Marie-Jo Bonnet sur l’homosexualité féminine ont fait peu d’émules. Alain Corbin a regroupé des articles sur la sexualité et l’anxiété biologique dans Le temps, le désir et l’horreur, paru en 1991  [2][2] F. THÉBAUD, Écrire l’histoire des femmes, Fontenay-aux-Roses,.... Les travaux d’Anne-Marie Sohn sont les principaux travaux historiques sur la sexualité  [3][3] A.-M. SOHN, Les rôles féminins dans la vie privée à.... Ils traitent de la période allant du milieu du XIXe siècle au milieu du XXe siècle. La période 1945-1970, l’entre-deux féminismes, a longtemps été laissée de côté, jusqu’à la thèse de Sylvie Chaperon, soutenue en 1996  [4][4] S. CHAPERON, Le creux de la vague. Mouvements féminins.... Quant au Planning familial, il fait l’objet de deux études principales. La première est écrite par des militantes de l’association en 1982. Après un rappel historique de la bataille pour la contraception, cet ouvrage retrace l’histoire de la Confédération nationale, grâce à des témoignages et aux archives. Il détaille l’organisation interne, la formation des militants, l’évolution du Mouvement. Il contient beaucoup de renseignements intéressants, mais c’est une reconstruction par le M.F.P.F. de son histoire. Il a été écrit après le tournant pris dans les années 1970 (rapprochement avec Choisir de Gisèle Halimi et avec le M.L.A.C. – Mouvement pour la libération de l’avortement et de la contraception), qui l’amène à devenir un véritable mouvement féministe. Ce livre justifie la mutation du M.F.P.F., qui a induit de nombreux départs, en exagérant et en anticipant certains conflits et tendances de la fin des années 1960. La deuxième étude est constituée par la thèse de Sylvie Chaperon. L’auteure traite des différentes associations féminines et féministes, particulièrement Jeunes femmes et le Mouvement français pour le Planning familial  [5][5] M.F.P.F., D’une révolte à une lutte : 25 ans d’histoire.... Cette association a été créée en 1956, sous l’impulsion d’une gynécologue.

L’ouverture des centres de Planning familial

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Dans les années 1950, une gynécologue, le Dr Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, prend conscience des conséquences parfois dramatiques de la loi de 1920 qui interdit la contraception et la propagande anticonceptionnelle, et de l’hypocrisie régnant à ce sujet (les personnes les plus aisées s’approvisionnent en contraceptifs ou avortent à l’étranger, de nombreuses femmes avortent clandestinement), en particulier dans le milieu médical (qui refuse d’aider les femmes en détresse). Elle décide alors de prendre publiquement position en 1955, suite à un procès pour infanticide d’une femme dont le quatrième enfant est mort, faute de soins, alors qu’elle en attendait un cinquième. La jeune femme n’avait plus les possibilités morales et matérielles pour s’occuper de ses enfants. Le Dr Weill-Hallé se porte témoin à décharge. Elle évoque la responsabilité de la loi française qui interdit toute information sur les méthodes contraceptives couramment pratiquées à l’étranger. Ses propos sont relatés par la presse qui amorce le débat sur le contrôle des naissances. A l’automne, le journaliste communiste Jacques Derogy consacre dans Libération une série d’articles à l’avortement, sous le titre « Les femmes sont-elles coupables ? ». Les réactions sont si nombreuses qu’une tribune des lecteurs est ouverte dans le journal en novembre et que cette enquête est publiée en 1956 dans un livre préfacé par la gynécologue  [6][6] J. DEROGY, Des enfants malgré nous, Paris, Minuit,.... Cette dernière est contactée par Évelyne Sullerot, une ancienne résistante, protestante, âgée de trente-deux ans. Elle a interrompu sa carrière de professeure de lettres pour s’occuper de ses quatre enfants  [7][7] C. VALABRÈGUE, Contrôle des naissances et planning.... Elle propose au Dr Weill-Hallé de créer « une association de “femmes seulement car elles sont concernées au premier chef et ne peuvent attendre des hommes qu’ils se battent pour elles », une association qui informerait une population totalement ignorante de ce qui se pass[e] à l’étranger et militerait pour la parenté planifiée »  [8][8] E. SULLEROT, Le grand remue-ménage. La crise de la.... Avec une vingtaine d’autres femmes, intellectuelles, médecins ou sans profession, elles fondent la Maternité Heureuse, dont les statuts sont déposés en mars 1956  [9][9] M.F.P.F., D’une révolte..., op. cit., p. 83.. Les opposants sont nombreux. Ils craignent essentiellement la licence sexuelle et la baisse de la natalité et prônent le respect de la nature ou de Dieu pour les croyants, des valeurs familiales dans tous les cas. Le Conseil de l’Ordre des médecins vote un blâme au Dr Weill-Hallé  [10][10] E. SULLEROT, Le grand remue-ménage..., op. cit., p.... Catholiques et communistes s’opposent à une conception individuelle du bonheur et sont très attachés aux rôles familial et maternel des femmes  [11][11] S. CHAPERON, Le creux..., op. cit., p. 408,423-424.... Les partisans s’expriment également. Pour eux, contraception et forte natalité peuvent coexister, comme aux États-Unis, et les personnes doivent être libres de suivre ou non les préceptes religieux. Enfin, favoriser la libre maternité, c’est favoriser l’épanouissement conjugal et familial. Les députés radicaux et progressistes déposent séparément les premières propositions de loi visant à autoriser la contraception en 1956. Des associations comme la Grande Loge féminine de France, la Ligue de l’enseignement, l’Union rationaliste et Jeunes femmes (mouvement protestant) soutiennent l’action de Maternité Heureuse  [12][12] Ibid., p. 380; M. DUBESSET, « Les figures... », art..... L’opinion publique est partagée  [13][13] Enquête de l’I.N.E.D. de 1956 qui montre une opinion....

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A Grenoble, un groupe se constitue fin 1959, à l’initiative d’un gynécologue obstétricien, Henri Fabre, et d’un professeur de philosophie, Georges Pascal. Henri Fabre est un ancien résistant, adhérent au Parti communiste en 1941, puis présent sur une liste trotskiste aux élections législatives de 1946. Il s’investit également dans la Libre Pensée, association rationaliste. En 1951, il s’installe à Voiron et sa pratique de médecin le confronte à des situations dramatiques (jeune fille ayant contracté le tétanos suite à un avortement clandestin, femme qui meurt parce que l’avortement thérapeutique lui est refusé, nombreuses femmes qui demandent des contraceptifs). Il contacte le Dr Weill-Hallé et propose en 1958 à Georges Pascal de l’accompagner aux réunions du groupe parisien  [14][14] Entretien avec Henri Fabre, 19 avril 2000.. Ce dernier, après avoir commencé sa carrière de professeur de philosophie au lycée Champollion de Grenoble puis à l’École normale d’institutrices où il rencontre des jeunes femmes confrontées au problème de l’absence de contraception, enseigne à l’université de Grenoble  [15][15] Entretien avec Georges Pascal, 10 avril 2000.. Les deux hommes fondent une section iséroise en 1959, autour d’une quinzaine de personnes. Le Dr Fabre propose rapidement d’ouvrir un centre dont il prendrait l’entière responsabilité juridique dans un contexte où la propagande anticonceptionnelle et la fourniture des contraceptifs sont interdites. La création du centre est décidée le 24 mai 1961 et effective le 10 juin. La direction nationale y est opposée. « Mme Weill-Hallé a été hostile à l’ouverture, elle pensait que c’était trop dangereux, qu’on risquait des ennuis judiciaires et de discréditer le Mouvement »  [16][16] Ibid. Ces propos sont confirmés par l’échange de lettres.... L’inauguration du centre provoque de nombreuses réactions. La presse lui donne un large écho : Le Dauphiné Libéré, L’Espoir, Le Canard enchaîné, L’École Publique (journal des comités cantonaux d’action laïque), Réforme, le soutiennent. L’émission de la 1re chaîne Cinq colonnes à la Une lui consacre un reportage le 5 novembre 1961. De leur côté, l’Église catholique et l’Ordre des médecins s’y opposent  [17][17] Semaine religieuse de Grenoble, 19 octobre, 29 octobre,.... Cependant, voyant que l’ouverture du centre se passe sans problèmes juridiques, la direction nationale prépare la création d’un centre à Paris, ouvert en octobre 1961. Peu à peu, des centres se créent dans toute la France.

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Grenoble a joué un rôle pionnier, mais est suivi par la direction nationale du M.F.P.F. Ce dernier s’intéresse, à travers la contraception, à la sexualité des Français, dont nous allons voir quelles sont les pratiques dans les années 1950-1960.

Les pratiques sexuelles des Français

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Les relations prénuptiales sont assez fréquentes. La moitié des jeunes filles en ont au cours des années 1950. Pourtant la société reste intransigeante sur la vertu des femmes : en 1964, un sondage montre que 72 % des personnes interrogées sont favorables à la virginité des femmes avant le mariage. Les jeunes expriment clairement une double morale sexuelle. Interrogés par l’I.F.O.P. en 1961,66 % des jeunes de 16 à 24 ans considèrent que les pratiques sexuelles avant le mariage sont normales ou positives. Pourtant 83 % d’entre eux jugent dangereuses ou répréhensibles les relations sexuelles des filles avant le mariage  [18][18] A.-M. SOHN, Du premier baiser à l’alcôve. La sexualité... ! Le poids des traditions et de la morale catholique reste assez fort. Cependant, le plaisir est une préoccupation grandissante pour les couples, car il est le signe de l’amour, mais hommes et femmes ont un rapport différent à la sexualité : les femmes, plus souvent frigides, désirent moins les relations sexuelles, et les désirent surtout pour se rassurer sur la solidité de leur couple et leur attrait personnel  [19][19] A.-M. SOHN, Du premier baiser..., op. cit., p. 259....

II. Discours et pratiques des adhérents du Planning à travers leurs propos sur la contraception

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Dès l’ouverture du centre de Grenoble, de nombreuses personnes prennent contact avec lui.

Le corpus de lettres conservées par le centre de Grenoble

Présentation générale et motivations des correspondants du Planning

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Les lettres de l’association grenobloise sont spontanées et proviennent de partout : 3 % viennent de l’étranger (surtout des anciennes colonies), moins de 10 % de l’Isère, entre 20 et 25 % de Rhône-Alpes hors Isère, et plus de 60 % de la France hors Rhône-Alpes. Les proportions sont à peu près semblables de 1961 à 1964. 334 courriers sont des lettres où les correspondants non-adhérents se justifient de faire appel au Planning, tandis que 616 sont de simples demandes de renseignements : demandes de rendez-vous, questions sur les buts du Planning, ou, pour quelques-uns, demande d’avortement (quatre), de consultation conjugale ou psycho-logique (trois), d’éducation sexuelle (trois) ou de cours d’accouchement sans douleur (deux). Les questions posées par les correspondants sont diverses. Les lettres motivées des adhérents sont au nombre de 413. Pour eux, les services liés à la contraception suscitent le plus d’intérêt (223 lettres), l’accouchement sans douleur intéresse sept personnes, les autres services (bibliothèque) deux personnes, l’avortement est demandé par deux personnes, tandis que 52 personnes se plaignent de problèmes liés aux contraceptifs (saisie de leur commande à la douane, problème d’utilisation du diaphragme, questionnements sur le changement du gel spermicide qui n’est plus fabriqué à Grenoble mais à Paris en 1964). Enfin, le reste concerne les renouvellements d’adhésion, à Grenoble ou ailleurs, si un centre s’est créé dans un lieu proche des correspondants.

La situation matrimoniale, personnelle et familiale des consultants

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Sur 522 lettres motivées écrites par des femmes, 365 ne précisent pas leur situation matrimoniale. Les autres sont pour la plupart mariées ou fiancées (141). Parmi les 231 hommes qui justifient leur lettre, 187 précisent leur situation matrimoniale (tous sauf un sont mariés ou fiancés).

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Du point de vue socioculturel, le premier bilan, effectué en septembre 1961 par Henri Fabre, souligne l’homogénéité de l’appartenance sociale des consultants. « Il s’agit essentiellement de professions intellectuelles, de cadres, de fonctionnaires (professeurs, instituteurs, ingénieurs, postiers), quelquefois de commerçants; les consultants de milieux ouvriers sont assez rares. Ceci tient à plusieurs faits. D’une part les milieux intellectuels sont déjà « sensibilisés » à la question du contrôle des naissances; [...] la fraction de la presse ayant déjà abordé ces questions et ayant fait état de l’ouverture du Centre est lue essentiellement par ce milieu. D’autre part, les méthodes contraceptives modernes, bien qu’interdites et mal connues en France, sont cependant accessibles aux classes aisées pouvant se rendre à l’étranger; à la notion de méthodes contraceptives s’attachait jusqu’ici la notion de prix élevés [...]; le vocabulaire : contraception, planning, orthogénie, prophylaxie, etc., n’éveille aucun écho dans le milieu populaire »  [20][20] H. FABRE, « Le Centre de Planning familial de Grenoble »,....

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En 1963, le rapport d’activité présenté par le centre au colloque de Royaumont fait état du même constat et quelques mois plus tard, la présidente de l’association locale, Janine Millon, regrette que l’essor du mouvement grenoblois ne touche pas les classes défavorisées  [21][21] « Le centre de Grenoble », Planning familial : trois....

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Il est difficile de chiffrer, sur le plan grenoblois, la proportion des différentes professions et des différents milieux sociaux. En effet, les lettres reçues ne donnent pas une idée vraiment représentative, car la plupart des correspondants ne précisent pas leur profession. La situation professionnelle des maris n’est mentionnée que par 113 femmes et la leur dans 162 cas. Sur 213 lettres motivées par des hommes, 92 donnent leur situation professionnelle, 39 la situation professionnelle de leur femme. La majorité des jeunes sont étudiants : ils le signalent car c’est une justification de leur désir de retarder ou d’espacer les naissances. Les enseignants semblent également assez nombreux. 76 femmes se disent enseignantes, c’est-à-dire 12,2 % du total des correspondantes et 47 % de celles qui précisent leur profession. Parmi les hommes qui écrivent, 29 sont enseignants, soit 10 % du total et un tiers de ceux qui précisent leur profession. Cependant toutes les catégories sociales sont représentées : il y a des ouvriers-ères, des employé(e)s, des commerçant(e)s  [22][22] Il y a 950 lettres de première prise de contact, dont.... Ces données sont similaires à celles de Paris. Dans La contraception et les Français publié en 1967, le Dr Weill-Hallé présente une étude faite sur 7 600 couples qu’elle a suivis plusieurs années dans son cabinet. Les couples qui utilisent la contraception font partie du corps enseignant ou des professions libérales. Elle note 21,4 % d’institutrices parmi ces patientes, alors que seules 3,2 % des femmes sont institutrices sur le plan national. Le niveau culturel des femmes et la proportion de celles qui travaillent sont supérieurs à la moyenne nationale  [23][23] M.-A. WEILL-HALLÉ, La contraception et les Français.....

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La religion ne semble pas un critère déterminant pour les consultants. Seuls vingt-quatre correspondants de l’association grenobloise précisent leur attitude face à elle : neuf se disent catholiques, deux protestants, et treize athées (dix hommes et trois femmes). En revanche, l’enquête nationale présentée au colloque de Royaumont donne des indications sensiblement différentes : 21 % des consultants se disent catholiques pratiquants, 47 % catholiques non pratiquants, 21 % sans religion, et 11 % ont une autre religion. Quant au Dr Weill-Hallé, elle reçoit deux tiers de catholiques  [24][24] M.-A. WEILL-HALLÉ, La contraception..., op. cit., p. 153..... On peut donc en déduire que les consultants du Planning familial sont assez peu sensibles aux questions religieuses, et en particulier aux consignes données par l’Église, mais qu’ils se sentent plus proches du catholicisme que des autres religions ou de l’athéisme, et le disent si la question leur est posée. La France étant un pays de culture plutôt catholique, ce n’est pas étonnant.

Un problème féminin, plus facilement abordé par les jeunes

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Par ailleurs, les consultants sont surtout des consultantes. Le M.F.P.F. se défend de ne concerner que les femmes. Ainsi, dans un article de la revue, le Dr Weill-Hallé affirme que les correspondants sont surtout des hommes et que les consultants viennent en couple  [25][25] M.-A. WEILL-HALLÉ, « Les hommes aussi... », Planning.... Cet article est démenti par le témoignage d’une hôtesse d’accueil de la région parisienne, dans la revue Esprit, en 1966 : celle-ci souligne la rareté de la présence masculine dans les centres et l’explique par le fait que les méthodes contraceptives proposées sont féminines  [26][26] M. JACQUES, « La femme et la liberté de conception »,....

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A Grenoble, Simone Périllard fait le même constat : bien que mariées ou fiancées dans l’immense majorité des cas, les femmes viennent seules la plupart du temps  [27][27] Entretien avec Simone Périllard, 10 février 2000. L’enquête.... De plus, une fiche de consignes à l’adresse des responsables de permanences détermine l’attitude à adopter face aux « mineures »  [28][28] « Le fonctionnement des permanences », 1961, Chemise.... L’emploi du féminin est significatif. Cette féminisation est confirmée par l’étude des lettres.

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Les trois quarts des correspondants sont des femmes. Elles sont généralement mariées. Sur les 519 lettres  [29][29] Si l’on prend pour base le total des lettres de femmes... écrites entre 1961 et 1964 par des femmes qui veulent adhérer au M.F.P.F., 456 (88 %) sont écrites par des femmes mariées et 26 (5 %) par des fiancées. Seules 3 % des femmes se déclarent célibataires, les autres ne précisent pas leur situation. La contraception est donc vue comme un problème féminin, qui se pose dans le cadre conjugal, et Grenoble ne se démarque pas sur ce point.

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Enfin, le Planning familial touche surtout les jeunes. Le rapport d’activité présenté à Royaumont le souligne  [30][30] « Le centre de Grenoble », art. cit., p. 104.. Les lettres étudiées confirment cette tendance, bien qu’elles ne soient pas vraiment significatives, puisque lors de la première prise de contact, seul un quart du total des correspondants, soit cent cinquante-six femmes et soixante-douze hommes, précisent leur âge. Parmi eux, la catégorie la plus nombreuse est celle des 21-25 ans, avec 65,5 % d’hommes et 53 % de femmes, suivie des 25-35 ans avec 31 % de femmes et 18 % d’hommes. Les jeunes ont plus de facilité à aborder ces questions que leurs aînés  [31][31] L’enquête présentée à Royaumont donne 70 % de femmes....

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Pour tous ces correspondants, ce n’est pas évident d’aborder le problème de la sexualité. Certains se sentent coupables, d’autres le font sous un angle revendicatif.

Aborder la contraception, culpabilité ou revendication

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Le centre de Grenoble a beaucoup de succès dès les premières semaines parce qu’il répond à des attentes de la population. Cependant venir au Planning est une démarche parfois difficile, car les attentes et les espoirs que les consultants placent dans l’association sont d’ordre personnel et intime.

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Les personnes qui font appel au M.F.P.F. n’abordent pas toutes la contraception de la même façon, et dans les mêmes conditions psychologiques. Certaines affirment que leur santé et leur vie sont en jeu, si bien qu’elles n’ont pas d’autre choix que de prendre un contraceptif. Une petite partie s’exprime sur un ton revendicatif, estimant que la loi est injuste ou obsolète et félicitant l’association pour son action. Enfin, certaines se comportent comme des usagers : elles viennent chercher un service et ne donnent pas d’explication à leur démarche.

« Mon cas est alarmant » : la contraception pour répondre aux situations dramatiques

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Il est fréquent qu’à la volonté de limiter les naissances se mêle un sentiment de culpabilité. Le poids des tabous et de la culture judéo-chrétienne est très fort : les enfants doivent toujours être considérés comme d’heureux événements, et seul l’égoïsme peut conduire un couple à les voir différemment  [32][32] Propos tenus lors de l’émission de télévision « Le.... Cet état d’esprit se retrouve lors des entretiens dans les centres de Planning familial, alors que ces lieux sont conçus pour permettre la libre maternité. Une bénévole de la région parisienne souligne que les femmes « viennent toutes avec le sentiment qu’elles font quelque chose de coupable et qu’il faut plaider. Et c’est extraordinaire de constater qu’elles plaident devant des personnes qui sont justement là pour les aider à résoudre ce problème »  [33][33] M. JACQUES, « La femme... », art. cit., p. 1291.. A Grenoble, Simone Périllard fait le même constat : « Au début, on a eu surtout des femmes apeurées qui se comportaient comme si elles venaient chercher une permission »  [34][34] Entretien avec S. Périllard, 10 février 2000..

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Les lettres écrites au centre de Grenoble donnent une idée de la manière dont est abordée la contraception. Lors de la première prise de contact avec le Planning familial, beaucoup de correspondants sont sur la défensive et se sentent obligés de donner des détails sur leur vie qui expliquent le recours à la contraception. En 1961, ils sont environ 48 % à se justifier, mais ils ne sont plus que 32,5 % en 1962, et 24 % en 1964. Les images qui se rattachent au contrôle des naissances changent, et l’accès à la contraception est moins source de culpabilité. Il n’y a pas de différence notable entre les hommes et les femmes.

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Les personnes qui motivent leur lettre parce qu’elles culpabilisent se sentent tenues de préciser que leur amour des enfants ou leur égoïsme ne sont pas en cause. « J’aime beaucoup les enfants », « Nous aimons bien les enfants », « Non que je ne les aime pas, bien au contraire », sont des expressions qui reviennent régulièrement  [35][35] Lettre du 28 novembre 1961 d’un homme de 22 ans, fiancé,.... Elles montrent bien qu’il est inconcevable de refuser d’être parents. Parmi les lettres reçues par le Planning de Grenoble, 753 sont motivées. 355 correspondants ne précisent pas s’ils ont des enfants et combien. Parmi ceux qui le précisent, 57 n’ont pas d’enfants, 149 en ont un ou deux, 143 en ont trois ou quatre et 47 en ont plus de cinq.

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La culpabilité ou l’enthousiasme sont prégnants dans certaines lettres, mais la plupart des correspondants sont plus discrets sur leurs opinions.

L’absence de justifications : sérénité ou gêne ?

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La majorité des lettres sont succinctes, les correspondants se contentant de demander un minimum de renseignements. Il est difficile de savoir si cette attitude reflète une certaine sérénité face à ce problème – une association s’est créée pour rendre des services, les personnes intéressées se comportent comme des usagers; ou si, au contraire, le sentiment de honte est trop fort pour que ces personnes s’expriment librement par écrit.

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Le degré de sérénité ou de culpabilité face au contrôle des naissances se retrouve dans les attentes exprimées par les consultants du Planning. Ils refusent de subir la maternité, parce que les grossesses et les naissances non désirées leur posent de sérieuses difficultés, et qu’elles vont à l’encontre de leur bonheur.

Le bonheur conjugal et personnel passe par une sexualité dissociée de la procréation

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Les maternités involontaires, qu’elles aient eu lieu ou qu’elles soient redoutées, ont des retentissements sur la vie des femmes, des couples et des familles. Elles peuvent perturber la vie conjugale et mettre l’éducation des enfants en péril, s’ils sont trop nombreux. Les questions intimes sont parfois difficiles à aborder, car elles touchent à des sujets sensibles. Le refus de la maternité et l’état psychologique des femmes qui veulent utiliser la contraception menacent l’image de la bonne mère, tandis que certains correspondants revendiquent le bonheur individuel, montrant ainsi que la famille n’est pas toujours source de joies, et ne suffit pas à assurer le bonheur et l’équilibre. Ainsi, quatre-vingt-dix correspondants, soit 9,5 %, signalent l’existence d’enfants non désirés.

Le couple en péril

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De nombreux correspondants abordent la dimension psychologique des conséquences de l’absence de contraception fiable. Cent trente-six, c’est-à-dire 14 % du total et 40,5 % de ceux qui se justifient, évoquent des problèmes d’angoisse ou de dépression, tandis que quarante signalent des problèmes sexuels, directs pour les femmes (frigidité ou refus des rapports sexuels) et indirects pour les hommes (frustration liée à l’attitude de leur femme). De plus, une vingtaine de correspondants évoque des problèmes psychologiques indépendants de la question du contrôle des naissances, mais dont on peut supposer qu’ils sont aggravés par la peur de la grossesse.

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Quelques correspondants, dix hommes et vingt-deux femmes, disent clairement que leur vie conjugale est perturbée par l’impossibilité de contrôler efficacement les naissances. « Cela devient vital pour le bonheur de mon mariage »; « Je suis angoissée par la peur d’une nouvelle grossesse, que tout s’écroule, que nous soyons désespérés à pleurer et souffrir malgré toutes nos précautions »; « La crainte d’une nouvelle naissance pèse lourdement sur notre vie »  [36][36] Lettre du 17 février 1964, Verton (Loire-Atlantique);..., écrivent ainsi trois femmes. Quels que soient les termes utilisés, l’angoisse transparaît.

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Lorsque les correspondants évoquent leurs problèmes personnels, ils le font généralement de manière plus détaillée. La crainte d’une nouvelle grossesse est la cause de problèmes conjugaux, d’une part parce qu’elle rend les femmes malheureuses et anxieuses, d’autre part parce qu’elle rend difficile l’existence d’une vie sexuelle normale. Pour les femmes, c’est la peur obsessionnelle de la grossesse qui est la plus pénible à vivre. Elles sont 13 % à en parler, dont un tiers de celles qui se justifient, tandis que 11 % des lettres masculines, dont 24 % des lettres de justifications, évoquent cette question. Dans la moitié des lettres masculines, c’est l’angoisse des femmes qui est en cause, dans l’autre moitié, les hommes affirment que cette appréhension touche les deux membres du couple.

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Les hommes qui signalent ce problème souffrent parfois non de ce problème en lui-même, mais de ses conséquences sur leur vie sexuelle. 8 % des correspondants, dont 17 % de ceux qui se justifient, se plaignent de problèmes sexuels. En revanche, moins de 4 % des femmes, soit 10 % de celles qui se justifient, parlent de ces difficultés. Parler de la sexualité est difficile pour tous, mais probablement plus encore pour les femmes que pour les hommes. En effet, la sexualité masculine est légitimée par la société, qui considère que, dans un couple, les hommes ont plutôt besoin de sexe, et les femmes d’amour. De plus, il est probable que les femmes, trop préoccupées par les conséquences des maternités non désirées, fassent passer au second plan leur vie sexuelle, parfois plus subie que choisie.

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Un jeune marié, père d’un enfant, qui effectue son service militaire en Allemagne, raconte ainsi que, depuis que le médecin a affirmé à sa femme qu’elle était très fertile, celle-ci a peur, et connaît « une très nette frigidité ». Elle évite tout contact physique avec lui, au point de lui avoir demandé de ne pas venir en permission s’il n’a pas trouvé de moyen de contraception. Un autre jeune homme, dans une situation similaire bien qu’il n’ait pas encore d’enfants, explique qu’il « voudrai[t] connaître les joies d’un ménage heureux tout en voulant éviter un accident »  [37][37] Lettre du 4 décembre 1961, Allemagne; lettre du 12....

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Pour les couples mariés depuis plusieurs années, la situation s’est déjà nettement détérioriée. « Depuis quelque temps, le souci et la peur changent le comportement de mon épouse qui devient très nerveuse [...] et cela la fait beaucoup souffrir »  [38][38] Lettre du 20 janvier 1962, Tarascon (Bouches-du-Rhône),..., raconte un correspondant. Un autre homme marié est confronté à un dilemme, auquel il ne trouve pas de solution : « L’état de santé de ma femme nécessite qu’elle n’ait plus d’enfants. Je ne peux me résoudre à envisager de cesser toute relation sexuelle avec elle. [...] Nous vivons avec la perpétuelle angoisse qu’elle ne retombe enceinte »  [39][39] Lettre du 2 décembre 1961, Le Havre, Carton Courrier.... Les hommes ont parfois du mal à accepter que la crainte de la grossesse perturbe la vie sexuelle de leur couple, en rendant les femmes frigides ou en les poussant à refuser les rapports.

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Dans toutes ces lettres, l’épanouissement sexuel des femmes ne semble pas pris en compte.

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Certaines femmes expriment aussi leur désarroi face à ces problèmes. « Je viens de frôler la séparation, [...] étant toujours crispée dans l’appréhension d’une nouvelle grossesse. Mon mari est d’accord pour trouver vraiment un remède, j’ajoute que sinon il faiblira à nouveau, je suis forcée de le comprendre mais tout ceci est très pénible pour notre foyer »; « Je vis dans la crainte et l’angoisse. [...] Les rapports avec mon mari me sont extrêmement pénibles, c’est devenu une corvée, j’en arrive à éviter tout contact avec lui, ça devient chez moi une idée fixe “pourvu qu’il me laisse tranquille”. Il ne veut pas se priver, je ne veux pas céder »  [40][40] Lettre du 13 novembre 1962, Valenciennes, d’une femme.... Une jeune femme, dont le mari fait son service militaire en Algérie, dit clairement qu’elle prend à son compte les risques de la grossesse : « Un deuxième enfant serait une catastrophe. [...] Cependant je ne voudrais pas ennuyer mon mari avec la crainte de tomber enceinte »  [41][41] Lettre du 10 novembre 1961, Carton Lettres 61/63, Chemise.... « Il me semble légitime de ne pas frustrer mon mari d’une vie sexuelle », écrit une enseignante de vingt-huit ans, fiancée à un prospecteur géophysicien, et souhaitant attendre la stabilisation de leur situation avant d’avoir des enfants  [42][42] Lettre du 16 juin 1962, Gap, Carton Lettres 61/63,.... Une femme de trente-cinq ans, victime d’un infarctus et de phlébite, exprime les mêmes sentiments : « Les docteurs m’interdisent les enfants mais c’est tout “débrouillez-vous” et ce n’est pas des vies pour un mari »  [43][43] Lettre du 7 janvier 1961, Lurey (Ain), Carton Courrier....

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Ces propos vont dans le même sens que les lettres d’hommes citées précédemment. Les femmes sont perturbées parce qu’elles ont peur de tomber enceintes, les hommes sont perturbés parce qu’ils ne peuvent pas avoir de relations sexuelles satisfaisantes. Les femmes veulent souvent régler ce problème, non pour elles-mêmes, mais pour leur couple. Elles souhaitent l’épanouissement sexuel de leur conjoint pour éviter les problèmes conjugaux, les tensions, voire l’adultère, que neuf correspondantes disent redouter. Elles semblent prêtes à subir la sexualité, mais pas la maternité.

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De nombreuses personnes viennent au centre de Planning familial parce que leur couple est en péril, et qu’elles revendiquent le bonheur conjugal. D’autres font cette démarche au nom de la famille. Elles jugent que le rôle des parents est exigeant, et doit être rempli dans les meilleures conditions, pour le bonheur de leurs enfants.

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Dans l’ensemble, même les personnes les plus virulentes et les plus soucieuses de l’équilibre des femmes ne vont pas à l’encontre des valeurs traditionnelles : il faut avoir des enfants, c’est aux femmes de s’en occuper. Les consultants attendent du Planning familial une contraception efficace, qui leur permette d’éviter les grossesses non désirées et leurs conséquences : vies sexuelle, conjugale et familiale perturbées, fatigue ou problèmes de santé pour les femmes. Ces attentes sont-elles comblées ? Quel bilan les adhérents font-ils de leur adhésion et de la contraception ?

La contraception libère les couples : des attentes globalement satisfaites  [44][44] Cette partie s’appuie en partie sur les lettres d’adhérents...

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Au sujet de la contraception, les consultants sont partagés entre le désir de l’efficacité et la crainte des méthodes dites non naturelles, comme l’expriment certains correspondants. « Mon fiancé et moi pencherions vers les méthodes les plus naturelles. Mais ce qui compte avant tout, c’est qu’elles soient le plus sûr possible »; « Les conseils recueillis au hasard m’effraient : je crains que ces pratiques ou ces produits ne compromettent la possibilité d’avoir un enfant plus tard »  [45][45] Lettre du 18 janvier 1964, Montpellier, Carton Lettres.... Une fois informés et rassurés par le Planning familial, la plupart des consultants choisissent les méthodes préconisées par l’association, c’est-à-dire généralement un obturateur féminin associé à une gelée spermicide, parfois la méthode des températures. Le bilan que font les adhérents du M.F.P.F. des services liés à la contraception est globalement favorable, mais certains ne sont pas satisfaits.

Des adhérents non satisfaits

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Deux types de raisons poussent des adhérents à faire des reproches au Planning familial. Certains confondent contraception et avortement : parmi les lettres se trouvent cinq demandes d’avortement, liées à des problèmes de santé ou à des maternités successives. Un couple exprime son désaccord avec l’association sur ce point : « Ce que nous désirons, mon mari et moi, du Planning familial, ce sont de réelles possibilités de recourir à l’avortement quand une erreur s’est glissée dans les calculs des prises de température. [...] Notre déception nous empêche de renouveler notre inscription à un mouvement qui dans la pratique ne nous sert pas »  [46][46] Lettre de 1963, Loire, d’une femme mariée depuis 4....

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La deuxième raison est liée aux difficultés d’utilisation du diaphragme. Dix personnes écrivent pour s’en plaindre, tandis que cinq autres refusent de renouveler leur adhésion à cause de cela. « J’ai de la difficulté à le mettre et à l’enlever et je ne suis pas sûre qu’il soit bien placé », s’inquiètent certaines femmes. D’autres rejettent cette méthode : « Nous éprouvons de la RÉPUGNANCE à utiliser le diaphragme »; « Ayant les tissus trop mous et une forte constipation, je ne peux pas me servir de mon diaphragme »  [47][47] Lettre du 12 février 1962, Alger, Carton Lettres 61/63,.... A ces personnes le Planning familial fournit des informations complémentaires, et propose d’autres méthodes contraceptives.

Une amélioration de la vie personnelle et conjugale

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Si certains adhérents sont déçus, d’autres, un peu réticents au début, sont très enthousiastes ensuite. Un adhérent de Montferrand avoue ainsi : « Je dois vous dire en toute franchise que mon adhésion allait plus à l’esprit du mouvement qu’aux réalisations pratiques. Mes croyances religieuses, l’hésitation due à toute idée nouvelle, certains doutes furent autant de réticences qui en empêchèrent la mise en application. [...] Le temps aidant et mes préjugés tombés, je suis désormais convaincu de la nécessité et de l’importance de votre méthode »  [48][48] Lettre du 20 décembre 1962, Montferrand, Carton Lettres....

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Dix correspondants font un bilan très positif de l’utilisation de la contraception, qui a permis aux femmes de retrouver un certain équilibre, en faisant disparaître leur angoisse, et aux couples de reprendre une vie sexuelle normale. « Après quelques appréhensions les premiers mois, j’ai enfin acquis la tranquillité d’esprit et un certain équilibre psychique, mental et même corporel »; « Je peux avoir des rapports en toute sécurité et je n’ai plus d’approche des règles craintive »; « Pas un ennui, pas une inquiétude et surtout un rééquilibre de ma part. Quatre enfants, dont trois en trois ans, m’avaient fait prendre physiquement mon mari en horreur. Notre ménage est redevenu ce qu’il était autrefois, bon, solide, équilibré, et nos enfants bénéficient de cette entente »  [49][49] Lettre du 17 avril 1962, Carton Lettres 61/63, Ch.....

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Dans l’ensemble, il y a peu de lettres dans lesquelles les adhérents font le bilan de leur inscription au Planning familial, car les gens écrivent surtout pour poser des questions. L’enquête menée par le Dr Weill-Hallé dans son cabinet donne plus d’informations. 54,7 % des patients sont safisfaits du contraceptif qui leur a été prescrit, contre 23 % qui ne le sont pas. 41 % observent une amélioration de leur vie familiale, et 18,6 % considèrent que leur vie sexuelle a été rendue plus satisfaisante par l’usage de la contraception  [50][50] M.-A. WEILL-HALLÉ, La contraception..., op. cit., p. 102.... Les autres voient leur situation inchangée. Il est probable que la disparition de l’angoisse rende les femmes plus heureuses, et plus à même d’accepter les relations sexuelles, mais que les problèmes sexuels (frigidité) ne soient pas tous réglés pour autant car ils sont liés à bien d’autres éléments.

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La contraception a donc une importance cruciale pour les femmes et les couples qui s’en préoccupent et se dirigent en masse vers les centres de Planning familial. Poser le problème de la contraception revient à parler de sexualité libre, non subordonnée à la reproduction. C’est une question essentielle, traitée tant par les adhérents que par les dirigeants et les intellectuels des années 1960.

III. Discours et pratiques du Planning familial

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Avant d’étudier la morale sexuelle du M.F.P.F., il faut tout d’abord rappeler le contexte de l’ouverture des centres de Planning familial, s’interroger sur la réalité vécue par les Français et sur les influences qu’a reçues le Planning familial, à travers la psychanalyse notamment. En effet, des membres éminents du Planning appartiennent au monde « psy » et les idées de la psychanalyse commencent à imprégner l’ensemble de la société.

Le rôle de la psychanalyse

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La psychanalyse a joué un rôle important dans la prise en compte de la sexualité comme donnée essentielle de la vie des êtres humains. Cette sexualité est cependant normative et tout ce qui dévie de la norme est considéré comme relevant d’un déséquilibre psychique. Pour Freud, l’enfant connaît une bisexualité, et son évolution va le conduire à l’hétérosexualité. L’évolution psychosexuelle des filles est marquée par différentes étapes. Le premier objet d’amour des enfants est la mère, mais la petite fille doit ensuite en changer pour se fixer sur le père. Elle doit également renoncer à ses premières satisfactions sexuelles, qui sont clitoridiennes, pour se fixer sur le vagin. Ce changement de zone érogène se fait après la découverte de la différence des sexes et de son absence de pénis, qui engendre le complexe de castration. Les petites filles doivent donc accepter de devenir passives  [51][51] E. BADINTER, L’amour en plus, Paris, Flammarion, 1982,....

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Hélène Deutsch reprend ces thèses et les développe. D’origine juive polonaise, elle s’est installée aux États-Unis en 1935. Psychiatre et psychanalyste, c’est une disciple de Freud, qu’elle a découvert en 1911, et avec qui elle est entrée en analyse en 1918. Elle a centré ses recherches sur la psychologie des femmes et sur leur sexualité  [52][52] E. ROUDINESCO, « Hélène Deutsch, la fidèle du freudisme »,.... En 1944, elle publie un ouvrage qui est la synthèse et l’aboutissement de son travail. Dans ce livre, La psychologie des femmes, elle estime que l’évolution psychosexuelle des filles est à l’origine de leurs caractéristiques profondes. « L’absence d’activité vaginale spontanée constitue le fondement physiologique de la passivité féminine »  [53][53] H. DEUTSCH, La psychologie des femmes, Paris, P.U.F.,.... L’agressivité des filles, qui ne peut se tourner vers l’extérieur, se retourne alors contre elles, ce qui explique le masochisme féminin. Cette tendance est contrebalancée par le narcissisme, lié à la phase infantile pendant laquelle l’enfant s’aime lui-même, et au fait que les filles sont tournées vers elles-mêmes. « La femme féminine, qui est caractérisée par sa lutte pour l’harmonie entre les forces narcissiques de l’amour de soi et les forces masochistes du dangereux et douloureux don de soi, trouve ses plus hauts triomphes dans sa fonction sexuelle. Dans l’acte sexuel, le désir de son partenaire satisfait son amour d’elle-même et l’aide à accepter le plaisir masochiste »  [54][54] Ibid., vol. II, p. 93.. La sexualité féminine est caractérisée par la souffrance, des premières règles qui font d’elle une femme à la défloration et à l’accouchement, aboutissement douloureux des rapports sexuels. Il est à noter que, quelques années plus tard, il n’est plus dit par les théoriciens que les femmes désirent être vaincues, mais qu’une femme a « besoin de se sentir protégée, entourée et seulement en fin de compte étreinte et pénétrée par la force virile »  [55][55] M. NATANSON, Sexualité et éducation, Paris, Éd. Ouvrières,.... Les femmes qui ne correspondent pas à ce modèle seraient névrosées.

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L’analyse d’Hélène Deutsch rejoint celles de Ménie Grégoire et de Geneviève Gennari, qui considèrent que la différence des sexes est « une loi de l’espèce », et que pour être une vraie femme, il faut « se réaliser au féminin ». Ménie Grégoire fait des études supérieures, se marie après la Seconde Guerre mondiale et abandonne études et projets pour se consacrer à sa vie de famille. En 1949, elle participe au Comité de liaison des associations féminines (C.L.A.F.). Elle lit le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir (1949), mais ce livre remet trop radicalement en cause ses choix pour qu’elle l’accepte  [56][56] S. CHAPERON, Les années Beauvoir..., op. cit., p. .... En 1965, elle publie le Métier de femme, qui s’oppose au Deuxième Sexe et inscrit la différence des sexes et la maternité dans une nature qu’on ne peut pas nier. Geneviève Gennari est du même milieu, jeune, urbain, plutôt bourgeois, progressiste et intellectuel  [57][57] Ibid., p. 197.. Selon elle, il ne faut pas oublier la nature féminine. Freud et ses disciples, tout en ayant fait des découvertes importantes, qui ont parfois fait scandale, sur l’existence de l’inconscient et l’importance de la sexualité, n’ont pas tenu compte du cadre social. Peut-être l’équilibre des femmes reposait-il au début du siècle, sur leur capacité à accepter leur situation sociale, et à en tirer les aspects positifs. Ne pouvant se tourner vers l’extérieur, le travail, la vie sociale, elles se sont tournées vers l’intérieur, c’est-à-dire elles-mêmes et leur foyer, et ont tenté de trouver leur équilibre en se satisfaisant de la passivité qu’elles se devaient de garder, en prenant plaisir à se dévouer (masochisme) et à plaire (narcissisme).

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Après la Seconde Guerre mondiale, les théories issues de la psychanalyse se banalisent. De plus en plus de journaux ont leur rubrique « psy ». Françoise Dolto est connue de tous  [58][58] Y. KNIEBIELHER, La révolution maternelle, Paris, Perrin,.... Les réflexions sur les femmes et la sexualité sont donc en partie tributaires du discours psychanalytique et le M.F.P.F. n’échappe pas à la règle.

La morale sexuelle du M.F.P.F.

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La sexualité occupe une place importante dans la vie d’un couple. Le M.F.P.F. se constitue ses propres valeurs sur ce sujet, en tenant compte des opinions des spécialistes, en particulier des psychiatres et des psychologues, qui sont relativement nombreux au sein du M.F.P.F., et des situations vécues par ses adhérents.

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L’existence des livres d’éducation sexuelle, la création du Planning familial et les débats agités sur la contraception mettent en évidence l’importance de la sexualité. Cependant les tabous qui l’entourent sont très forts car « ce sont là des choses dont on ne parle pas »  [59][59] M.-A. WEILL-HALLÉ, La grand’peur d’aimer, Paris, Julliard,.... Les partisans du Planning familial considèrent que tout acte sexuel est un acte d’amour. Cette idée sous-entend que la sexualité doit être vécue librement, sans la contrainte des grossesses non désirées, au sein du couple conjugal; mais que, sans amour, la sexualité n’a pas lieu d’être.

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Le Dr André Berge, pédopsychiatre et membre éminent du M.F.P.F., particulièrement intéressé par l’éducation sexuelle, estime ainsi qu’il faut parler de la sexualité, mais il tient un discours inspiré de la morale traditionnelle. Pour qu’un adolescent cesse de se masturber, il ne faut pas le lui interdire, mais dévier son énergie vers une autre activité et lui faire « prendre conscience du caractère incomplet de tels plaisirs » et de la « perspective de possibilités ultérieures moins décevantes »  [60][60] A. BERGE, L’éducation sexuelle et affective, Paris,.... La masturbation concerne évidemment les seuls garçons, puisque les jeunes filles ont théoriquement renoncé depuis longtemps aux satisfactions clitoridiennes... Une fois adultes, les hommes peuvent avoir quelques expériences sexuelles, tandis que, jusqu’au mariage, la sexualité reste un mystère pour les femmes. « Le jeune époux a la douce mission d’initier sa compagne à l’amour physique. [...] L’éveil de la sensualité féminine nécessite parfois non seulement de l’habileté mais de la patience » car « au fond de son être, a-t-on dit, la femme “conserve le désir d’être vaincue et soumise par la force”. Mais, au fond de son être aussi, elle supporte assez mal que l’on veuille la vaincre et la soumettre », si bien que « l’homme doit savoir maintenir intact le prestige de sa force et, en même temps, se la faire pardonner »  [61][61] Ibid., p. 105 et 107.. « Il y a dans cette victoire qui aboutit à une défaite volontaire une grande beauté parce que cette défaite est, elle-même, une victoire difficile sur soi et sur l’amour-propre »  [62][62] Ibid., p. 102.. L’idéal est que les hommes et les femmes parviennent au plaisir sexuel, mais si tel n’est pas le cas, « l’épouse a la ressource d’accomplir l’acte conjugal en tirant satisfaction du plaisir qu’elle procure, sinon du plaisir qu’elle ressent »  [63][63] Ibid., p. 186..

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Cette vision est extrêmement normative. L’acte sexuel est un rapport de force, où les femmes doivent se soumettre. Il est le symbole de la lutte entre le narcissisme ou l’amour de soi, qui font que les femmes ne veulent pas être dominées, et le masochisme, qui les rend heureuses de l’être. Le plaisir des hommes est bien plus important que celui des femmes, car ces dernières sont heureuses du plaisir qu’elles procurent, alors qu’il est apparemment inimaginable qu’un homme se satisfasse du plaisir qu’il donne. En analysant de cette manière la sexualité humaine, André Berge dénie aux femmes l’égalité avec les hommes. Si, sur le plan sexuel, ce sont les hommes qui dominent, grâce à leur force et leur savoir (ce sont eux qui initient les femmes), il n’y a aucune raison pour qu’il en soit autrement dans les autres domaines de la vie.

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Au sein du M.F.P.F., ces thèses ne sont pas seulement représentées par André Berge. En 1966, une femme médecin, le Dr Vasseur, affirme dans Planning familial que « l’homme, semblable à l’image de son corps, se montre dynamique, extériorisé et sait plus spontanément et plus facilement séparer le physique du sentimental », alors que « la femme se montre, dès le début de sa vie sexuelle active, beaucoup plus portée à l’intériorisation, à l’intégration immédiate dans la totalité de son existence, de son expérience sexuelle. [...] L’investissement de son être est totalement réalisé dans le don physique »  [64][64] Dr VASSEUR, « Expérience au lycée de Luçon », B.I.,....

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Les propos que tient le M.F.P.F. sur la sexualité, loin de porter atteinte à la morale traditionnelle, répondent aux détracteurs de l’association, qui craignent que la contraception n’aboutisse à la licence sexuelle. Les dirigeants du Planning familial estiment que « les méthodes anticonceptionnelles valent ce que valent les individus et les fins profondes qui les déterminent. Leur usage n’engendre pas en soi l’égoïsme et le relâchement des mœurs »  [65][65] Qu’est-ce que le Planning familial ?, plaquette éditée....

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Cependant d’autres personnes s’expriment différemment au sein du Mouvement. Par exemple, Geneviève Texier s’oppose à ces théories, considérant que les femmes ne doivent pas renoncer à leur organe sexuel actif, car « une double zone érogène constitue l’originalité de la sexualité féminine »  [66][66] « Des femmes parlent », Esprit, numéro spécial sur.... Geneviève Texier défend la contraception dès 1956, bien qu’elle soit une jeune catholique. Elle est agrégée de philosophie et s’investit dans diverses associations : le M.F.P.F. mais aussi l’Association française des femmes diplômées des universités (A.F.F.D.U.) pour qui elle signe de nombreux articles défendant le contrôle des naissances. Elle publie avec Andrée Michel La condition de la Française aujourd’hui, en 1964  [67][67] Paris-Genève, Gonthier., qui se veut une mise à jour du Deuxième Sexe.

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A Grenoble, les dirigeants du centre se défendent également d’avoir une morale sexuelle trop souple. En 1964, un couple d’adhérents souhaite quitter le M.F.P.F., car il craint que celui-ci ne prône la liberté sexuelle. Il écrit ainsi : « Le Planning familial trouvait sa pleine justification dans un cas comme le nôtre [problèmes de santé, financiers, déjà cinq enfants]. Nous étions beaucoup moins enthousiastes pour contribuer à procurer l’immunité à des éléments d’une jeunesse qui n’a que trop tendance à s’abandonner à ses instincts, au mépris de toute morale. [...] Vous présentez comme parfaitement normale la liberté totale (qui s’appelle licence) souhaitable et saine, selon vous, et parfaitement honorable et légitime ». Les responsables grenoblois se justifient en expliquant que l’article de la revue auquel les correspondants font allusion concerne la Grande-Bretagne, mais qu’aucune modification n’a eu lieu au M.F.P.F., qui n’accepte que les filles majeures. Cependant les responsables estiment que « la question doit être étudiée », de manière à aider les jeunes, sans confondre liberté et licence  [68][68] Lettre du 2 mars 1964, L’Aubarède (Alpes-Maritimes).... L’équipe grenobloise se montre ainsi modérée. Elle ne va pas à l’encontre de la morale traditionnelle, mais ne considère pas la sexualité, même extra-conjugale, comme mauvaise en soi.

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Le M.F.P.F. se montre novateur sur un point : la sexualité ne doit pas être taboue. La revue de l’association lui consacre donc régulièrement des articles. Sa dimension physiologique est traitée à huit reprises, entre 1964, date à laquelle la revue change de formule et s’étoffe, et 1967. La puberté, les règles, le mécanisme de la fécondation et la ménopause sont abordés  [69][69] Dr BERGEROT-BLONDEL, « Le spermatozoïde », Planning.... Entre septembre 1964 et mars 1968, quinze numéros de la revue sortent. Un numéro sur deux en moyenne aborde les questions physiologiques, sans compter tous les articles sur la contraception. Les explications médicales heurtent parfois la pudeur des lecteurs, comme en témoigne une justification du comité de rédaction, sous le titre « La peur des mots », en réponse au courrier reçu : « Toute information tronquée ou imprécise, sous couvert de pruderie, est dangereuse, et l’ignorance n’a jamais contribué à l’épanouissement de l’être humain »  [70][70] « La peur des mots », Planning familial, décembre .... La revue n’est pas le seul vecteur de l’information. Le M.F.P.F. sort des plaquettes, en vente et consultables dans les centres, sur la sexualité et la ménopause  [71][71] Notions sur la sexualité à l’usage des adolescents;....

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En voulant informer sans se laisser censurer par la pudeur, le M.F.P.F. fait preuve d’audace, mais ce sont des médecins, des spécialistes, qui écrivent sur ces sujets. Ils ont par conséquent un discours médical et technique, ce qui en adoucit la portée.

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La sexualité vécue en dehors de la norme est également évoquée. Elle est d’abord traitée par le biais des mères célibataires, qui font l’objet de deux articles, et des jeunes filles célibataires qui tombent enceintes et qui, selon Henri Fabre, choisissent fréquemment d’avorter clandestinement ou de se suicider  [72][72] A.-M. DOURLEN-ROLLIER, « Jeunes mères en hôtel maternel »,.... Ces trois articles se montrent compréhensifs envers les femmes dans cette situation. Cependant la sexualité en dehors du mariage n’est traitée que sous son angle le plus triste, comme si la sexualité libre ne pouvait être vécue sans être punie.

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En 1967, une autre forme de sexualité vécue en dehors de la norme, l’homosexualité, fait, pour la première fois, l’objet d’un article. Seule est traitée l’homosexualité masculine, sous deux aspects : « A côté des cas pathologiques, existe une homosexualité qu’on peut appeler normale : celle des adolescents, celle des hommes qui vivent en dehors de toute société féminine »  [73][73] Dr J. DREYFUS-MOREAU, « L’homosexualité masculine »,.... Elle avait déjà été abordée en mai 1966, dans le cadre du compte rendu d’une expérience d’éducation sexuelle. Le dernier cours, sur les « éléments de psychologie masculine et féminine », tenait des propos similaires : l’homosexualité peut être transitoire et n’est dans ce cas pas pathologique. En revanche, si elle persiste, c’est une « déviation sexuelle », qui témoigne de l’infantilisme  [74][74] Dr VASSEUR, « Expérience au lycée de Luçon », art..... Il existe une évolution, puisque l’un des principaux membres du Planning familial, le Dr Henri Fabre, qualifiait en 1961 les expériences homosexuelles « d’aberrations sexuelles », et les homosexuels « d’individus anormaux »  [75][75] H. FABRE, La maternité consciente, Paris, Denoël, 1960,.... Le M.F.P.F. fait preuve, encore une fois, d’une morale sexuelle traditionnelle, dans laquelle l’homosexualité ne peut être perçue que comme le signe d’un déséquilibre psychique.

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Cependant un dernier type d’articles apparaît, à partir de 1965, sur les difficultés sexuelles des femmes, leurs revendications et les moyens de les résoudre  [76][76] G. TEXIER, « A propos de la sexualité féminine », Planning.... Un ton nouveau, plus libre, se fait jour. Geneviève Texier s’oppose au Dr André Berge, estimant qu’il ne faut pas réduire la psychologie des femmes à leur fonction biologique  [77][77] G. TEXIER, « A propos de la sexualité féminine », P.F.,.... Le Dr Bernard Muldworf remarque que l’érotisation de la société n’a pas fait tomber les tabous. Il estime que les difficultés sexuelles peuvent avoir trois causes. Les deux premières sont les difficultés psychologiques d’un des membres du couple et la mésentente du couple. La troisième, et selon lui la plus fréquente, est l’ignorance et l’absence d’éducation sexuelle, qui pose problème notamment parce que, « pour des raisons historiques et sociales, l’homme est censé être disponible et actif, la femme réservée et passive », ce qui ne leur convient pas forcément. Il conclut : « Cette prétention exorbitante et illégitime de l’homme à tout savoir et à tout régenter [...] est à l’origine de ce qu’on appelle “l’égoïsme masculin” dans les rapports sexuels. [...] Il faut éliminer cette image néfaste de la femme objet »  [78][78] Dr B. MULDWORF, « L’harmonie physique du couple »,.... Un an plus tard, dans un article intitulé « Une revendication actuelle de la femme : le droit au plaisir », il affirme que « la liberté sexuelle de la femme, c’est de choisir ses partenaires librement. [...] Elle a le droit de [ne] penser [qu’] à ça, en ayant conscience de ses désirs, sans pour autant apparaître comme une femme de mauvaise vie »  [79][79] Dr B. MULDWORF, « Une revendication actuelle... »,.... Il va ainsi totalement à l’encontre des théories du Dr André Berge. C’est la première fois que la sexualité féminine libre est abordée sous un aspect positif, ce qui semble annoncer un tournant au sein de l’association.

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Le Planning familial répond à des attentes nombreuses et diverses, mais entreprendre la démarche de se rendre dans un centre de Planning familial, pour parler de questions intimes, n’est pas toujours facile. Utiliser un contraceptif n’est pas un acte simple. Il implique le refus d’avoir un enfant, que ce soit pour des raisons matérielles, de santé, ou psychologiques.

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Les hommes et les femmes dissocient depuis longtemps sexualité et procréation. Cependant les moyens empiristes utilisés comportent un risque d’échec important, et sont pratiqués dans l’intimité de la vie privée. Avec l’ouverture des centres de Planning familial, il s’agit de mettre au jour ces problèmes, d’en parler, au centre, avec le médecin, et d’adopter des méthodes ayant un très faible taux d’échec. Le discours sur l’articulation sexualité/ procréation et féminité/ maternité s’en trouve donc bouleversé.

Notes

[*]

Diplômée d’études approfondies en histoire, maître en psychologie clinique.

[(1)]

A.-M. SOHN et F. THÉLAMON (dir.), L’histoire sans les femmes est-elle possible ?, Paris, Perrin, 1998, p. 167-168.

[(2)]

F. THÉBAUD, Écrire l’histoire des femmes, Fontenay-aux-Roses, E.N.S. Éditions, 1998, p. 77-78.

[(3)]

A.-M. SOHN, Les rôles féminins dans la vie privée à l’époque de la IIIe République, thèse d’État sous la direction de M. Agulhon, Université Paris I, 1993. Chrysalides. Femmes dans la vie privée XIXe - XXe siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 1996. Du premier baiser à l’alcôve. La sexualité des Français au quotidien (1850-1950), Paris, Aubier, 1996.

[(4)]

S. CHAPERON, Le creux de la vague. Mouvements féminins et féminisme : 1945-1970, thèse de doctorat, Institut universitaire européen, 1996; S. CHAPERON, Les années Beauvoir : 1945-1970, Paris, Fayard, 2000, livre issu de la thèse.

[(5)]

M.F.P.F., D’une révolte à une lutte : 25 ans d’histoire du planning familial, Paris, Éditions Tierce, 1982; S. CHAPERON, Le creux..., op. cit. Cf. également M. DUBESSET, « Les figures du féminin à travers deux revues féminines, l’une catholique, l’autre protestante, La Femme dans la vie sociale et Jeunes Femmes, dans les années 1850-1960 », Le Mouvement Social, janvier-mars 2002, p. 9-33.

[(6)]

J. DEROGY, Des enfants malgré nous, Paris, Minuit, 1956.

[(7)]

C. VALABRÈGUE, Contrôle des naissances et planning familial, Paris, La Table ronde, 1960, p. 149.

[(8)]

E. SULLEROT, Le grand remue-ménage. La crise de la famille, Paris, Fayard, 1997, p. 35.

[(9)]

M.F.P.F., D’une révolte..., op. cit., p. 83.

[(10)]

E. SULLEROT, Le grand remue-ménage..., op. cit., p. 37.

[(11)]

S. CHAPERON, Le creux..., op. cit., p. 408,423-424 et 430-433.

[(12)]

Ibid., p. 380; M. DUBESSET, « Les figures... », art. cit., p. 24-25.

[(13)]

Enquête de l’I.N.E.D. de 1956 qui montre une opinion publique partagée. Toutefois le public le plus concerné (les femmes en âge de procréer) y est majoritairement favorable.

[(14)]

Entretien avec Henri Fabre, 19 avril 2000.

[(15)]

Entretien avec Georges Pascal, 10 avril 2000.

[(16)]

Ibid. Ces propos sont confirmés par l’échange de lettres entre le centre de Grenoble et la direction nationale.

[(17)]

Semaine religieuse de Grenoble, 19 octobre, 29 octobre, 9 novembre 1961, Défense du foyer, décembre 1961. Communiqué du 24 janvier 1962 paru dans la presse médicale.

[(18)]

A.-M. SOHN, Du premier baiser à l’alcôve. La sexualité des Français au quotidien (1850-1950), Paris, Aubier, 1996, p. 224-226; J. MOSSUZ-LAVAU, Les lois de l’amour. Les politiques de la sexualité en France (1950-1990), Paris, Payot, 1991, p. 138.

[(19)]

A.-M. SOHN, Du premier baiser..., op. cit., p. 259-261.

[(20)]

H. FABRE, « Le Centre de Planning familial de Grenoble », 1961, Archives du M.G.P.F.

[(21)]

« Le centre de Grenoble », Planning familial : trois journées à Royaumont (mai 1963), Paris, Maloine, 1965, p. 103; lettre du secrétariat grenoblois à Paris, 16 décembre 1963, qui fait le compte rendu de l’A.G. du 1er décembre 1963, Archives du M.G.P.F., Carton Confédéral/Grenoble, ch. Courrier avec Paris.

[(22)]

Il y a 950 lettres de première prise de contact, dont 623 provenant de femmes, 291 d’hommes, et 36 où le sexe n’a pas été déterminé.

[(23)]

M.-A. WEILL-HALLÉ, La contraception et les Français. Étude sur 7 600 couples (1956-1966), Paris, Maloine, 1967, p. 36,63 et 66. Elle note 2/3 de femmes actives, alors que la moyenne nationale est de 1/3. Une enquête effectuée par le M.F.P.F., en décembre 1962 et janvier 1963, sur 200 consultant(e)s venant pour la première fois au centre parisien, et 50 consultant(e)s des centres de province, donne 49 % de femmes qui travaillent, Trois journées à Royaumont, op. cit., p. 160.

[(24)]

M.-A. WEILL-HALLÉ, La contraception..., op. cit., p. 153. Trois journées à Royaumont, op. cit., p. 157.

[(25)]

M.-A. WEILL-HALLÉ, « Les hommes aussi... », Planning familial, septembre 1965, p. 4-5.

[(26)]

M. JACQUES, « La femme et la liberté de conception », Esprit, juin 1966, p. 1288.

[(27)]

Entretien avec Simone Périllard, 10 février 2000. L’enquête présentée à Royaumont indique que 78 % des consultants sont des femmes seules, 5 % des hommes seuls et 17 % des couples, Trois journées à Royaumont, op. cit., p. 159.

[(28)]

« Le fonctionnement des permanences », 1961, Chemise Presse 61/62.

[(29)]

Si l’on prend pour base le total des lettres de femmes non adhérentes, soit 623, on obtient 73 % de femmes mariées, 4 % de fiancées, 3 % de femmes seules. 20 % des femmes ne précisent pas leur situation. Étant donné que les statistiques élaborées ne sont que des tendances, elles sont arrondies à 0,5 %.

[(30)]

« Le centre de Grenoble », art. cit., p. 104.

[(31)]

L’enquête présentée à Royaumont donne 70 % de femmes de moins de 30 ans, Royaumont, op. cit., p. 159.

[(32)]

Propos tenus lors de l’émission de télévision « Le Planning familial, l’expérience de Grenoble », Cinq colonnes à la Une, diffusée sur la 1re chaîne de télévision le 3 novembre 1961.

[(33)]

M. JACQUES, « La femme... », art. cit., p. 1291.

[(34)]

Entretien avec S. Périllard, 10 février 2000.

[(35)]

Lettre du 28 novembre 1961 d’un homme de 22 ans, fiancé, Carton Courrier 61/62. Lettre du 13 janvier 1962, Jura, d’un homme marié, deux enfants, Carton Lettres 61/63, Chemise Lettres intéressantes (L.I.). Lettre du 15 septembre 1961, Gironde, d’une femme mariée, 26 ans, 3 enfants, Carton Courrier 61/62. Lettre du 7 octobre 1964, Seine-et-Oise, d’une femme mariée, 24 ans, un enfant et enceinte du deuxième, Carton Lettre 62/63.

[(36)]

Lettre du 17 février 1964, Verton (Loire-Atlantique); lettre du 1er février 1964, Époue (SeineetOise), Archives du M.F.P.F., Carton Lettres 62/63. Lettre du 7 novembre 1961, Amiens, Archives du M.F.P.F., Carton Lettres 61/63, Chemise L.I.

[(37)]

Lettre du 4 décembre 1961, Allemagne; lettre du 12 décembre 1961, Algérie, Carton Lettres 61/63, Chemise L.I.

[(38)]

Lettre du 20 janvier 1962, Tarascon (Bouches-du-Rhône), Carton Lettres 61/63, Ch. D.D.

[(39)]

Lettre du 2 décembre 1961, Le Havre, Carton Courrier 61/62.

[(40)]

Lettre du 13 novembre 1962, Valenciennes, d’une femme mariée, 3 enfants; lettre du 10 janvier 1962, Tarascon, d’une femme mariée, 3 enfants, Carton Lettres 61/63, Chemise L.I. C’est moi qui souligne.

[(41)]

Lettre du 10 novembre 1961, Carton Lettres 61/63, Chemise D.D.

[(42)]

Lettre du 16 juin 1962, Gap, Carton Lettres 61/63, Chemise D.D.

[(43)]

Lettre du 7 janvier 1961, Lurey (Ain), Carton Courrier 61/62.

[(44)]

Cette partie s’appuie en partie sur les lettres d’adhérents au M.F.P.F.

[(45)]

Lettre du 18 janvier 1964, Montpellier, Carton Lettres 62/63. Lettre du 3 février 1962, Saint-Donat (Drôme), Carton Courrier 61/62.

[(46)]

Lettre de 1963, Loire, d’une femme mariée depuis 4 ans, 25 ans, 5 enfants, dont un mort, Carton Lettres 61/63.

[(47)]

Lettre du 12 février 1962, Alger, Carton Lettres 61/63, Ch. D.D. Lettre du 20 février 1964, Vienne, d’un homme marié; lettre du 5 février 1964, Carton Lettres 62/63.

[(48)]

Lettre du 20 décembre 1962, Montferrand, Carton Lettres 61/63.

[(49)]

Lettre du 17 avril 1962, Carton Lettres 61/63, Ch. L.I. Lettre du 13 février 1964, Alberville; lettre du 5 février 1964, Lublar (Landes), Carton Lettres 62/63.

[(50)]

M.-A. WEILL-HALLÉ, La contraception..., op. cit., p. 102 et 104.

[(51)]

E. BADINTER, L’amour en plus, Paris, Flammarion, 1982, p. 298-303. Elle résume deux ouvrages de S. FREUD, Nouvelles conférences sur la psychanalyse et Sur la sexualité féminine.

[(52)]

E. ROUDINESCO, « Hélène Deutsch, la fidèle du freudisme », Le Monde des Livres, 25 août 2000.

[(53)]

H. DEUTSCH, La psychologie des femmes, Paris, P.U.F., 1949, vol. I, p. 201.

[(54)]

Ibid., vol. II, p. 93.

[(55)]

M. NATANSON, Sexualité et éducation, Paris, Éd. Ouvrières, 1968, p. 141.

[(56)]

S. CHAPERON, Les années Beauvoir..., op. cit., p. 193-194.

[(57)]

Ibid., p. 197.

[(58)]

Y. KNIEBIELHER, La révolution maternelle, Paris, Perrin, 1997, p. 82-87.

[(59)]

M.-A. WEILL-HALLÉ, La grand’peur d’aimer, Paris, Julliard, 1960, p. 168.

[(60)]

A. BERGE, L’éducation sexuelle et affective, Paris, Éd. du Scarabée, 1951, p. 71 et 80.

[(61)]

Ibid., p. 105 et 107.

[(62)]

Ibid., p. 102.

[(63)]

Ibid., p. 186.

[(64)]

Dr VASSEUR, « Expérience au lycée de Luçon », B.I., avril 1966.

[(65)]

Qu’est-ce que le Planning familial ?, plaquette éditée par le M.F.P.F., 1963, p. 17. Catherine Valabrègue tient les mêmes propos. « Aucune méthode n’est bonne ou mauvaise en soi et elle vaut ce que valent les individus et les fins profondes qui les déterminent. [...] La crainte d’une grossesse trouble plus souvent les rapports sexuels qu’elle ne les empêche. [...] La vraie morale implique la liberté de choix et non pas la peur, comme mobile d’acceptation ou de refus », Contrôle des naissances et Planning familial, Paris, La Table Ronde, 1960, p. 230-231.

[(66)]

« Des femmes parlent », Esprit, numéro spécial sur la sexualité, juin 1966, p. 1924.

[(67)]

Paris-Genève, Gonthier.

[(68)]

Lettre du 2 mars 1964, L’Aubarède (Alpes-Maritimes) et réponse du M.G.P.F., 10 mars 1964, Archives du Mouvement grenoblois pour le Planning familial, Grenoble, Carton Lettres 62-63.

[(69)]

Dr BERGEROT-BLONDEL, « Le spermatozoïde », Planning familial, septembre 1964, p. 16-18; Dr. PRÉVOST, « La physiologie de l’ovulation », P.F., juin 1965, p. 12; Dr COHEN, « La fécondation », P.F., mars 1965; Dr WINAVER, « La nidation », P.F., juin 1966; Dr KAHN-NATHAN, « La ménopause », P.F., septembre 1965; GABEY et RAVANEL, « La ménopause sans douleur », P.F., avril 1967; Dr LUMBROSO, « La puberté », P.F., décembre 1965, p. 15; Dr ROUANE-CRÉPEAUX, « La menstruation », P.F., mars 1965; Dr A. FRIBOURG, « Les troubles des règles », P.F., décembre 1967, p. 13.

[(70)]

« La peur des mots », Planning familial, décembre 1965.

[(71)]

Notions sur la sexualité à l’usage des adolescents; Notions sur la sexualité à l’usage du couple; La ménopause, plaquettes éditées par le M.F.P.F., 1964.

[(72)]

A.-M. DOURLEN-ROLLIER, « Jeunes mères en hôtel maternel », Planning familial, juin 1965; Dr BERGE, « La mère célibataire et son enfant », P.F., juin 1966; Dr H. FABRE, « La rentrée des classes », P.F., décembre 1965, p. 12.

[(73)]

Dr J. DREYFUS-MOREAU, « L’homosexualité masculine », Planning familial, juin 1967, p. 8-11.

[(74)]

Dr VASSEUR, « Expérience au lycée de Luçon », art. cit.

[(75)]

H. FABRE, La maternité consciente, Paris, Denoël, 1960, p. 35.

[(76)]

G. TEXIER, « A propos de la sexualité féminine », Planning familial, mars 1965; Dr B. MULDWORF, « L’harmonie physique du couple », P.F., septembre 1966; Dr S. KÉPÈS, « La frigidité », P.F., mars 1967; Dr B. MULDWORF, « Une revendication actuelle de la femme : le droit au plaisir », P.F., décembre 1967.

[(77)]

G. TEXIER, « A propos de la sexualité féminine », P.F., mars 1965.

[(78)]

Dr B. MULDWORF, « L’harmonie physique du couple », P.F., septembre 1966.

[(79)]

Dr B. MULDWORF, « Une revendication actuelle... », art. cit., p. 9.

Plan de l'article

  1. I. Historiographie et contextes historiques
    1. L’historiographie de la sexualité et du Planning familial
    2. L’ouverture des centres de Planning familial
    3. Les pratiques sexuelles des Français
  2. II. Discours et pratiques des adhérents du Planning à travers leurs propos sur la contraception
    1. Le corpus de lettres conservées par le centre de Grenoble
      1. Présentation générale et motivations des correspondants du Planning
      2. La situation matrimoniale, personnelle et familiale des consultants
      3. Un problème féminin, plus facilement abordé par les jeunes
    2. Aborder la contraception, culpabilité ou revendication
      1. « Mon cas est alarmant » : la contraception pour répondre aux situations dramatiques
      2. L’absence de justifications : sérénité ou gêne ?
    3. Le bonheur conjugal et personnel passe par une sexualité dissociée de la procréation
      1. Le couple en péril
    4. La contraception libère les couples : des attentes globalement satisfaites
      1. Des adhérents non satisfaits
      2. Une amélioration de la vie personnelle et conjugale
  3. III. Discours et pratiques du Planning familial
    1. Le rôle de la psychanalyse
    2. La morale sexuelle du M.F.P.F.

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