1La statistique historique est un genre injustement délaissé. Tenter de décrire par des chiffres l’évolution en longue période de l’enseignement supérieur et de la recherche est d’abord constater des ruptures, des discontinuités, en même temps que des permanences surprenantes. Qu’on puisse prolonger, bien au-delà de la loi de 1968, les séries commencées au XIXe siècle atteste, mieux que bien d’autres indices, la force et la résistance du cadre des anciennes facultés : droit, lettres, sciences et médecine. Le moment vient pourtant où ce cadre éclate, et ne rend plus compte des structures d’enseignement et de l’évolution des diplômes. Il faut reconstruire des séries en remontant du présent vers le passé, à la rencontre, délicate, des séries descendantes. C’est dire la difficulté de construire des statistiques rétrospectives : pour qu’elles soient parfaitement fiables, elles doivent être compilées par des spécialistes confirmés. Nous avons conscience de n’être en ce domaine que deux amateurs de bonne volonté, et c’est faute de mieux que nous publions ces quelques tableaux, qui tentent de remédier partiellement et imparfaitement à une lacune majeure? [1].
2Nous ne commenterons pas ces tableaux : chacun pourrait donner lieu à un article. Notre objectif était de mettre à la disposition des chercheurs les statistiques de base, en les organisant en séries aussi continues que possible. Or c’est un exercice périlleux, et nous devons mettre en garde les utilisateurs contre tous les biais qui affectent ces reconstitutions. Ils tiennent essentiellement à la pluralité des périmètres de saisie :
- périmètre géographique : avant 1914, l’académie de Strasbourg n’est pas prise en compte. À partir de 1960-1961, l’université d’Alger sort du champ. Certaines données concernent la France métropolitaine seule, d’autres lui ajoutent les DOM. Les différences induites par ces changements sont faibles, mais on doit les garder à l’esprit, d’autant plus que les tableaux utilisés pour constituer des séries ne précisent pas toujours le périmètre de saisie.
- périmètre institutionnel : non seulement de nouvelles filières se créent, aux acronymes souvent énigmatiques, en dehors des universités (BTS) ou en leur sein (DUT, DEA et DESS, AES, STAPS, MASS, MST, MSG, MIAGE, IUP etc.), avec de nouveaux diplômes, mais le dispositif de saisie se resserre et capte dans les mailles de son filet des institutions qui lui échappaient. La croissance des écoles d’ingénieurs ou de commerce, bien réelle, apparaît ainsi plus forte qu’elle n’a été réellement, du fait qu’entrent progressivement dans les statistiques de nouvelles écoles qui ne sont pas toutes des créations. Les statistiques d’étudiants et de diplômes portent parfois seulement sur les étudiants français : sauf erreur de notre part, les tableaux ci-dessous portent tous sur l’ensemble des français et des étrangers.
3Nos sources sont d’une part l’Annuaire statistique rétrospectif 1966 de l’INSEE, d’autre part les publications du service statistique du ministère de l’Éducation nationale, dont le titre a changé souvent depuis sa création en 1957. La série des RERS est continue depuis 1984. La fin des années 1970 a vu quelques lacunes s’ouvrir, du fait de la création d’un secrétariat d’État, puis d’un ministère des Universités, le service statistique de l’Éducation nationale n’ayant pas été en mesure de suivre ce secteur de façon détaillée. Les RERS, en revanche, couvrent régulièrement ce domaine.
4Toutes les publications statistiques du ministère, notamment les Informations statistiques, le premier bulletin multigraphié, aux tableaux réalisés sur des machines à écrire choisies pour leurs caractères étroits (1957), les Tableaux des enseignements et de la formation, les Notes d’information, les RERS et bien d’autres publications ont été numérisés et mis en ligne sur le serveur Ac’ADOC, avec un système de requêtes critériées relativement efficace. C’est la ressource fondamentale à laquelle on devra recourir pour obtenir des tableaux plus détaillés.
5Nous avons cherché à couvrir l’ensemble du champ : les effectifs étudiants tout d’abord, dans leurs diverses filières, anciennes – les cinq facultés – ou actuelles, et l’importance qu’y prennent les femmes ou les étrangers. C’est l’ensemble le mieux documenté, car c’est un paramètre essentiel pour les gestionnaires qui sont aussi les producteurs de statistiques. Les études sont abordées en outre par l’entrée des diplômes, dont nous donnons des séries aussi complètes que le permet le remplacement récurrent d’un diplôme par un autre. Sur le personnel, en revanche, les données ont limité nos ambitions : d’une part, elles ne distinguent pas les hommes et les femmes avant 1980 parmi les enseignants, d’autre part elles sont rares et sommaires pour le personnel non-enseignant. Elles ne sont disponibles par disciplines fines que depuis 2004.
6S’agissant des données financières et budgétaires les questions de périmètre se posent avec autant d’acuité et la mise en œuvre de la loi organique relative aux lois de finances a rendu très difficile l’établissement de séries homogènes. Nous avons préféré alors utiliser les données produites par le service statistique du ministère (RERS, État de l’École, État de l’enseignement supérieur et de la recherche) qui servent à estimer les dépenses d’enseignement supérieur et de recherche, tous financeurs confondus. Elles ont l’avantage de dépasser le strict champ des universités ou de la recherche académique et de prendre en compte tout le champ de l’enseignement supérieur (CPGE, STS, grandes écoles) et la totalité de la recherche publique et privée. Ces données sont celles utilisées dans les comparaisons internationales que nous présenterons sommairement.
7Enfin, nous ne serions pas Le Mouvement Social si nous n’étions sortis des locaux universitaires. Les étudiants constituent un groupe social original, dont l’importance s’est accrue, et nous avons cherché quelques chiffres pour le décrire. Nous les avons pris dans l’enquête sur les conditions de vie de l’Observatoire de la Vie Étudiante (OVE) de 2006. L’OVE conduisant des enquêtes analogues tous les trois ans depuis 1994, il semblerait possible de construire une série chronologique d’une douzaine d’années, mais les modifications du périmètre de ces enquêtes successives en compromettraient la validité, si bien que nous ne nous y sommes pas risqués.
Effectif des étudiants français et étrangers, proportion de filles selon les anciennes facultés : 1920-2000

Effectif des étudiants français et étrangers, proportion de filles selon les anciennes facultés : 1920-2000

Effectifs des étudiants par cycles et par disciplines 1980-2008

La diversification de l’enseignement supérieur 1970-2008

Les disciplines les plus importantes en 1984 et en 2009
Proportion d’étudiants étrangers et africains 1950-2005

Proportion d’étudiants étrangers et africains 1950-2005

La condition étudiante

Enseignants des universités selon le statut et les grandes disciplines, 1928-2008
Évolution des effectifs d’enseignants-chercheurs entre 1984 et 2010 répartition par disciplines CNU, hors médecine et odontologie

Évolution des effectifs d’enseignants-chercheurs entre 1984 et 2010 répartition par disciplines CNU, hors médecine et odontologie

Proportion de femmes dans le corps enseignant des universités, 1980-2005
Diplômes délivrés de 1880 à 1975

Diplômes délivrés de 1880 à 1975

Diplômes délivrés de 1960 à 2005

Évolution des dépenses de R&D en % du PIB, 1978-2008
Comparaisons internationales

Comparaisons internationales
Notes
-
[*]
Respectivement professeur émérite d’histoire à l’Université Paris I et inspecteur général de l’administrateur de l’Éducation nationale et de la Recherche, professeur associé d’économie et sociologie de l’éducation à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.
-
[1]
A. Prost a écrit au directeur de l’Évaluation, de la Prospective et de la Performance le 24 mai 2007 pour lui dire combien il serait important de publier un annuaire rétrospectif de l’Éducation nationale. Il n’a pas répondu.

