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Le Moyen Age

2002/2 (Tome CVIII)


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En hommage au Professeur Jean Richard
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L’étude du clergé latin d’Orient a progressé ces dernières années à travers l’élaboration de synthèses rigoureuses sur les églises chypriote et syrienne fondées durant les croisades par la papauté. La lecture des ouvrages de W. Hotzelt, B. Hamilton et N. Coureas révèle cependant la profonde méconnaissance dont souffre généralement ce clergé colonial avant son transfert en Orient [1][1] W. HOTZELT, Kirchengeschichte Palästinas im Zeitalter.... Ces interrogations m’ont poussé à entreprendre en 1998 une série de recherches sur l’archevêque Gilles de Tyr, qui disparut en 1266 au terme d’une vie consacrée à la défense de la Terre sainte. Les aléas de cette enquête m’ont amené à exhumer deux lettres d’un prélat nestorien adressées à ce sujet en 1246 aux rois de France et de Sicile. La même chance m’a conduit à retrouver à quelques mètres de ce manuscrit la trace d’un testament encore inédit d’un prélat français en poste dans l’île de Chypre quelques années plus tard [2][2] P.V. CLAVERIE, Quelques éléments biographiques sur....

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Le mérite de cette découverte revient au père Denifle qui a été le premier à localiser ce document il y a un siècle aux Archives Nationales non loin du testament établi par Robert de Sorbon en 1270. La divulgation de cette information au sein du Cartulaire de l’Université de Paris aurait dû aboutir à une publication rapide de ce parchemin si le hasard ne s’était pas mêlé une fois de plus de la partie [3][3] PARIS, Archives nationales de France, S 6213, n° 32.... Ce testament de 24 centimètres de large sur une quarantaine de haut est en effet l’un des rares témoignages que nous possédions sur la spiritualité de l’Orient latin aux côtés de celui du confrère de l’Hôpital Saliba d’Acre [4][4] PARIS, Archives nationales de France, S 6213, n° 37.... L’article qui suit n’a d’autre objectif que de rendre justice au père Denifle en publiant le texte de cette pièce vidimée en son temps par l’Officialité de Paris. Les informations que renferme ce document devraient nous permettre d’éclairer la carrière de son auteur largement méconnu.

1. La carrière de Gilles d’Amigny

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L’archevêque Gilles de Nicosie n’était connu jusqu’en 1998 que par une série de bulles pontificales du 20 septembre 1267 notifiant son élection au lendemain de la mort d’Hugues de Fagiano († 27 août 1267). On doit à V. Tabbagh le mérite d’avoir livré la première notice biographique digne de ce nom sur ce prélat né à Amigny [5][5] Actuel Amigny-Rouy (Aisne, arr. de Laon, cant. de ..., près de Chauny, dans les premières années du XIIIe siècle [6][6] E. JOURDAN, Les registres de Clément IV (1264-1268).... N. Coureas avait souligné avant cela son rang de chapelain pontifical sans livrer d’informations concrètes sur son cursus ecclésiastique en raison du silence des sources. Son devancier L. de Mas Latrie n’avait guère fait mieux au XIXe siècle en ignorant jusqu’à son existence. La rédaction à Viterbe du testament de Gilles le 21 juin 1268 démontre que le nouvel archevêque n’eut jamais l’occasion de gagner son siège avant sa mort, que l’on ne peut désormais situer en 1270. Son séjour prolongé à la curie suggère en outre son appartenance au collège très convoité des chapelains commensaux, dont certains avaient déjà rempli des fonctions importantes en Orient comme l’évêque de Bethléem Giovanni Romano (1245-? 1258) [7][7] COUREAS, op. cit., p. 20 et 61-62 ; L. DE MAS LATRIE,....

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Les sept établissements religieux dotés par Gilles de Nicosie sur son lit de mort permettent de reconstituer les grandes lignes de sa carrière entamée en Thiérache dans la première moitié du XIIIe siècle [8][8]  Cf. infra Document, lignes 11-16.. Gilles dote en premier l’abbaye cistercienne de Notre-Dame de Foigny, qui pourrait avoir été son lieu de formation initiale à l’instar de son homonyme Gilles de Tyr, éduqué dans sa jeunesse à Saint-Florent de Saumur. Un capital de 50 livres tournois est en effet octroyé à ce couvent fondé le 11 juillet 1121 par saint Bernard avec le soutien de l’évêque de Laon, Barthélemy de Jur. Foigny avait rapidement supplanté l’abbaye voisine de Saint-Michel-en-Thiérache en rassemblant au milieu du XIIIe siècle une centaine de moines pour quelque deux cents frères convers. L’un des trois exécuteurs testamentaires de Gilles d’Amigny pourrait être à ce titre un condisciple, ultérieurement amalgamé au chapitre cathédral de Laon en la personne du futur archidiacre Nicolas de Vigneux (1271-1290) [9][9] Aisne, arr. de Laon, cant. de Rozoy-sur-Serre.. Les probabilités sont néanmoins plus grandes pour que les deux hommes se soient côtoyés à la curie pontificale où tous deux occupèrent durant de nombreuses années le rang de chapelain commensal. Nicolas de Vigneux en retira plusieurs charges gratifiantes dont l’assurance le 20 mars 1264 de disposer du premier archidiaconé laonnois vacant [10][10] Ce médecin paraît avoir joui d’une prébende à l’intérieur.... La nomination au début du testament des chanoines cambrésien et rouennais Jean de Froidmont et Jacques de Corbie semble répondre à la même logique de proximité régionale, Vigneux se localisant dans l’est de la Thiérache [11][11] La Thiérache compte encore à l’heure actuelle une commune.... Le testament de Gilles de Nicosie prévoit la concession de dix livres tournois de moins, soit 40, aux abbayes de Prémontré et de Saint-Martin de Laon instituées en 1120 et 1124 par saint Norbert. Il est possible que cette reconnaissance ait poussé Gilles à nommer quelques mois plus tôt comme vicaire général de son Église l’abbé norbertin de Bellapaïs qui avait déjà rempli ses fonctions sous son prédécesseur Hugues de Fagiano. D’autres dispositions de son testament autorisent de plus solides hypothèses sur le déroulement de son cursus honorum[12][12] DE MAS LATRIE, op. cit., p. 239 ; COUREAS, op. cit.,....

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Le legs de deux enveloppes de 50 et 60 livres tournois aux cathédrales de Cambrai et de Rouen atteste du passage de Gilles de Nicosie dans leur chapitre respectif avant sa carrière à la curie. Un don de 40 livres tournois à l’église Saint-Géry de Cambrai souligne son attachement particulier en faveur de cette ville où il a exercé la majeure partie de sa carrière avant de gagner Rouen en 1259. L’abbatiale Saint-Géry était alors la seconde église de la cité perpétuant le souvenir d’un évêque mérovingien mort le 12 août 625 au terme d’une vie consacrée au soulagement des prisonniers de guerre et des esclaves. Le séjour ultérieur de Gilles à Rouen semble n’avoir pas dépassé l’année 1264 pendant laquelle il résigna sa charge de grand archidiacre pour se rendre en Italie. Un dernier legs de dix livres en faveur de l’abbaye de Montreuil-sous-Laon témoigne de l’attachement profond de l’archevêque de Nicosie pour sa région d’origine et ce couvent féminin fondé en 1136 par saint Bernard et Barthélemy de Jur [13][13]  Gallia christiana, t. 9, Paris, 1751, col. 6.... Son expatriation précoce du Laonnois soulève quelques interrogations en raison de l’existence de plusieurs couvents dans les environs de Chauny où sa famille aurait été à même de le placer. Le choix initial de l’abbaye de Foigny découle probablement de la réputation de sainteté dont jouissait cet établissement depuis la mort des saints Barthélemy de Jur († 1158) et Alexandre d’Écosse († 1229) dans ses murs. L’humble statut de frère convers revendiqué par cet hôte de marque n’avait pas tardé, du reste, à engendrer un véritable courant de pèlerinage aristocratique autour de sa sépulture.

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Cette aura internationale dut séduire les parents de Gilles d’Amigny qui relevaient à la fois des seigneurs de Rouy et de la couronne de France. La modestie de leur lignage peut être appréciée à travers les 290 livres tournois laissées par leur fils sur son lit de mort. Ce montant semble bien dérisoire au vu des 1 000 onces d’or léguées en faveur de la Terre sainte à la même époque par l’évêque d’Albano Raoul Grosparmi. La faiblesse de ces actifs s’explique vraisemblablement par l’investiture récente de Gilles dont le coût dut approcher les 4 000 marcs d’argent du fait de ses six « services » solennels. Cette pauvreté personnelle tranche avec la richesse contemporaine de l’Église de Nicosie dont les revenus n’avaient alors rien d’indigent à en croire J. Richard. Le problème est que cette mense exclusivement épiscopale ne pouvait quitter l’île sans l’accord du vicaire général désigné par l’archevêque [14][14] P.-V. CLAVERIE, Un aspect méconnu du pontificat de.... Gilles possédait heureusement à cette époque plusieurs biens dans le royaume de France dont il confia logiquement la liquidation à ses exécuteurs testamentaires. La moitié du produit de ces ventes devait revenir aux étudiants pensionnés par Robert de Sorbon depuis 1257, tandis que l’autre moitié irait aux pauvres de Paris [15][15] Cf. infra Document, lignes 16-19..

2. Le règlement de sa succession

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La disparition de Gilles de Nicosie le 27 juillet 1268 amena l’Officialité de Paris à prendre connaissance le 19 septembre de ses dernières volontés en présence de ses trois exécuteurs testamentaires [16][16] ROUEN, Bibliothèque municipale, Ms. Y 82, 68 v°; PARIS,.... Un procès-verbal établi quatre mois après devant le tabellion Jourdain de Paris entérina le règlement de la succession de l’archevêque après la vente de sa résidence parisienne. Gilles était en effet régent de la faculté de théologie où il avait soutenu une thèse à l’issue d’un cursus universitaire achevé au plus tôt à l’âge de 35 ans en vertu des statuts promulgués par Robert de Courson en 1215 [17][17] J. LE GOFF, Les intellectuels au Moyen Âge, 2e éd.,.... Sa maison bordait sur la montagne Sainte-Geneviève les demeures des maîtres Jean de Chevry et Gilles de Bonneval appartenant aux hauts clergés chartrain et tourangeau. Le second de ces personnages, qui surveillait les récoltes de l’abbaye Saint-Martin de Tours, acquit la demeure de Gilles d’Amigny contre 300 livres tournois de bon aloi. Cette cession ne fut ratifiée par l’official de l’évêché de Paris qu’après un serment solennel de Jean de Froidmont, Nicolas de Vigneux et Jacques de Corbie sur la validité de ce contrat, accompagné d’une renonciation officielle à toute forme de contestation future. La moitié des 300 livres avancées par Gilles de Bonneval revint donc aux pauvres étudiants de la Sorbonne comme le tableau suivant l’établit [18][18] TABBAGH, op. cit., p. 148, n° 4015 ; infra Document,....

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La modestie des fonds légués par l’archevêque de Nicosie n’empêcha nullement son inscription à l’obituaire de la cathédrale de Rouen au XIVesiècle comme l’attestent les deux exemplaires encore existant de ce manuscrit rédigé aux alentours du 22 juillet 1329. Une partie de la fortune du cardinal Jean Cholet (1281-† 1292) semble avoir servi à perpétuer son nom en y associant une rente annuelle de 12 livres tournois, prélevable dans le village cauchois de Petiville [19][19] Seine Maritime, arr. du Havre, cant de Lillebonne.. Il est tentant de voir dans ce legs un hommage vibrant du jeune prélat à l’égard d’un de ses anciens maîtres rouennais, tout comme lui picard. L’affectation de cette somme dut survenir au moment du règlement de la succession du cardinal en 1295 ou 1301, ses premiers exécuteurs testamentaires étant décédés sans achever leur tâche… Aussi sommes-nous totalement désarmé pour pouvoir en attribuer la paternité à Gérard de Saint-Just, Évrard de Nointel ou à leur successeur Jean Lemoine. Ce revenu porté à 15 livres, 10 sous et 10 deniers à la fin du Moyen Âge constitue, quoi qu’il en soit, la dernière mention officielle du reverendus pater Egidius de Amengniaco, quondam archiepiscopus Nichociensis[20][20] ROUEN, Bibliothèque municipale, Ms. Y 82, 68 v° ; PARIS,....

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3. Les enseignements de son testament

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On ne saurait évoquer la succession de Gilles d’Amigny sans souligner l’enracinement local de ses amitiés. Ses exécuteurs testamentaires comme son légataire parisien, Robert de Sorbon (1201-† 1274), sont natifs du nord-est de la France [21][21] Sorbon se situe dans le Porcien au sud-est de la Thiérache.... Cette affinité géographique n’est pas loin d’avoir été partagée par le pape Urbain IV (1261-1264) qui dut intégrer Gilles parmi les chapelains pontificaux de son temps à l’instar de son compatriote Nicolas de Vigneux. Urbain IV passe en effet pour être né vers 1185 à Troyes, en Champagne, avant de réaliser une bonne partie de sa carrière à Laon dans l’entourage de l’évêque Anselme de Mauny (1215-1242) [22][22] P. LEVILLAIN, Dictionnaire historique de la papauté,.... Jacques Pantaléon semble avoir partagé à ce titre avec Gilles d’Amigny une dévotion particulière pour le couvent de Montreuil-les-Dames à qui il offrit en 1249 une relique de la sainte Face qui finit par modifier le nom même de cet établissement [23][23]  Gallia christiana, t. 9, col. 639..

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Robert de Sorbon présente la caractéristique supplémentaire d’avoir professé la théologie à Paris au sein de la même faculté et de la même nation que Gilles, alors dirigée par Mathieu d’Argis. Cette connivence pourrait avoir été plus ancienne et remonter à l’époque où les deux hommes occupaient une stalle voisine dans le chapitre cathédral de Cambrai [24][24] JOURDAIN, op. cit., p. 32, n° CCXVI (acte du 7 juillet.... Les exigences formulées par l’archevêque de Nicosie dans l’affectation de ses legs révèlent, en outre, deux aspects prégnants de sa personnalité. Cet Axonais de souche entend favoriser les prébendes de monastères ruraux comme Foigny ou Prémontré tout en rassasiant les pauvres des villes qu’il a été amené à fréquenter durant sa carrière ecclésiastique. De là découle l’obligation pour les églises de Cambrai et de Rouen de procéder à des distributions quotidiennes d’aumônes lors des messes célébrées en l’honneur de la Vierge. Cette dévotion insigne à l’égard de la Théotokosremonte probablement à ses premières années passées à Notre-Dame de Foigny où le culte marial était particulièrement à l’honneur. Les pauvres de Paris ne sont pas oubliés par l’archevêque de Nicosie qui leur abandonne ses biens immeubles. Le choix de l’église Saint-Géry de Cambrai procède peut-être de la même logique caritative du fait de la compassion avérée de son patron à l’égard des humbles.

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Le séjour prolongé de Gilles d’Amigny en Italie au lendemain de son élection explique qu’aucun légataire chypriote ne figure parmi sa liste de bénéficiaires. À ce véritable « évêque titulaire » succéda durant le mois d’août 1268 un prélat anonyme voué à occuper le siège de Nicosie avec autant de brièveté. Le pape décida vraisemblablement de pourvoir ce poste au plus vite en raison de la vacance concomitante des sièges de Famagouste et de Paphos qui risquait de déstabiliser la hiérarchie religieuse de l’île. Aussi la première mission du successeur de Gilles fut-elle d’installer à la tête de l’évêché de Famagouste le chanoine Bertrand de Nicosie qui allait le remplacer dès l’année 1270 [25][25] JOURDAN, op. cit., p. 273, n° 706 et p. 275, n° 715.... Clément IV porta sans doute une fois de plus son choix sur un prélat courbé par le poids de l’âge, qu’il consacra de ses mains à Viterbe peu avant le premier septembre 1268. Ce droit revenait officiellement à la papauté depuis la promulgation trois ans plus tôt de la bulle Licet ecclesiarum personatuum supervisant la collation des « bénéfices devenus vacants en cour de Rome ». Le silence des registres pontificaux à l’égard de l’identité du successeur de Gilles d’Amigny n’interdit pas d’audacieuses conjectures. Il est possible que ce personnage coïncide avec le mystérieux archevêque Raphaël que les historiens chypriotes hésitent à placer dans les années 1270 ou 1280 en l’absence d’informations sûres. Cette éventualité pourrait amener à avancer d’une dizaine d’années la date du célèbre synode provincial présidé par ce prélat entre 1280 et 1288 selon N. Coureas, conformément aux opinions anciennes de L. de Mas Latrie, J. Hackett et T. Haluscynskyj. Le mutisme des registres pontificaux ne permet malheureusement pas de trancher la question en l’absence de chapelain apostolique du nom de Raphaël à cette époque. L’origine italienne de ce prélat s’accorde mal, en outre, avec les profils des chapelains R. de Nîmes et R. de Mazan alors employés par la curie en France et en Espagne [26][26] JOURDAN, op. cit., p. 56, n° 212, p. 405, n° 1206,....

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Ces nombreuses hésitations ne doivent pas masquer les informations substantielles que le testament de Gilles d’Amigny apporte à notre connaissance du clergé chypriote. Sa disparition rapide n’entraîna nullement l’oubli de son nom en Orient en raison du débarquement à Acre en 1273 d’un certain Pierre d’Amigny, peut-être issu de son lignage. Cette anecdote plaidant en faveur d’une extraction chevaleresque de notre prélat tend à éclairer son placement précoce dans le monastère cistercien de Foigny, populaire dans le nord de la France [27][27] CLAVERIE, Un aspect méconnu du pontificat de Grégoire....


Annexe

ANNEXE

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L’Officialité de Paris solde la succession de l’archevêque Gilles de Nicosie en présence de ses exécuteurs testamentaires à partir d’une copie de son testament établi le 21 juin 1268[28][28] L’édition qui suit a pris le parti d’orthographier... .

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Paris, dans l’île de la Cité, janvier 1269 A. QUITTANCE ORIGINALE jadis scellée d’un sceau sur repli de parchemin aujourd’hui perdu. Le parchemin naguère plié en trois fait 24 cm de large en haut et 24,1 cm en bas sur 40,4 cm de haut à droite et 39,8 cm à gauche. PARIS, Archives nationales de France, S 6213, n° 37 (avec une analyse dorsale du XVIIe siècle). EXTRAIT: H. DENIFLE et E. CHÂTELAIN, Chartularium Universitatis Parisiensis, t. 1, Paris, 1889, p. 449, n° 408 (édition des dispositions relatives à la Sorbonne sous la date de « janvier 1268 »). Universis presentes litteras inspecturis …, officialis curie Parisiensis, salutem in Domino. Noveritis nos litteras inferius anno[ta]tas sigillo curie I2I Parisiensis, ut prima facie apparebat sigillatas, vidisse in hec verba : « Universis presentes litteras inspecturis …, officialis curie Parisiensis, salutem I3I in Domino. Noveritis nos anno Domini millesimo ducentesimo sexagesimo octavo, die mercurii post exaltationem Sancte Crucis litteras tales inferius annotatas I4I in hec verba vidisse et recepisse :

« Universis presentes litteras inspecturis, Egidius, miseratione divina Nicossiensis ecclesie minister indignus, salutem in I5I Domino sempiternam. Noverit universitas vestra quod nos, sana mente et libera sanitate per Dei gratiam perfruentes, prout humana fragilitas I6I nosse sinit pro salutis anime nostre remedio et parentum nostrorum nostrum ordinavimus et condidimus testamentum in modum qui sequitur, I7I videlicet quod ecclesie, monasteria et persone inferius annotate habeant et percipiant post decessum nostrum quicquid sibi legatum fuerit I8I a nobis, seu donatum vel erogatum ab executoribus, seu donatariis infrascriptis, videlicet magistro Johanne de Frigido Monte, canonico I9I Cameracensi, magistro Nicholao de Vigneto, canonico Laudunensi et magistro Jacobo de Corbeja, canonico Rothomagensi, quos facimus et ordinamus I10I executores seu donatarios nostros, et quemlibet eorum insolidum, ita quod non sit melior conditio occupantis, nisi nos superinventes aliter, I11I duxerimus ordinandum. In primis legamus conventui ecclesie vel monasterii Fusinacensi in Tyerasca, Laudunensis diocesis, quinquaginta libras Turonenses I12I ad opus prebantiarum ; item monasterio Sancti Martini Laudunensis quadraginta libras Turonenses ; item ecclesie vel monasterio Premostracensi I13I quadraginta libras Turonenses ; item ecclesie Sancti Gaugerici Cameracensis quadraginta libras Turonenses, quas volumus et ordinamus converti in cotidianas I14I distributiones ad horas beate Virginis ; item ecclesie Cameracensi quinquaginta libras Turonenses in augmentum similiter cotidianarum distributio-I15I-num ad horas beate Virginis ; item ecclesie Rothomagensi sexaginta libras Turonenses distribuendas similiter ad horas beate Virginis ; I16I item conventui de Monasteriolo in Tyerasca pro prebantia decem libras Turonenses. Residuum autem bonorum nostrorum, quod habemus I17I in regno Francie, volumus erogari piis locis et pauperibus per executores et donatarios antedictos medietatem, scilicet scolaribus studen-I18I-tibus Parisius maxime illis de conventu qui dicitur magistri Roberti de Sarbona [29][29]  Sic malgré la correction en Sorbona opérée par..., aliam autem medietatem aliis pauperibus non scolaribus, I19I prout secundum Deum et anime nostre saluti viderint expedire. In cujus rei testimonium presentes litteras sigilli nostri munimine fecimus roborari. I20I Datum Viterbii, anno Domini millesimo ducentesimo sexagesimo octavo, die jovis ante festum beati Johannis Baptiste », quod autem vidimus hoc testamentum I21I salvo jure cujuslibet. Datum ut supra ».

15

Predicti vero magistri Johannes de Frigido Monte, Nicholaus de Vigneto et Jacobus de Corbeja I22I coram nobis constituti recognoverunt et confessi sunt coram nobis se executorio nomine supradicti defuncti supradictam domum, I23I sitam in dictis dominio et censiva, contiguam ut dicitur domui venerabili viri, magistri Johannis de Capriaco, majoris archidiaconi Carnotensis, ex una I24I parte, et cuidam domui magistri Egidii de Bona Valle, granicarii ecclesie Sancti Martini Turonensis ex altera, prout cum omnibus suis perti-I25I-nentiis ante et retro in longitudine et latitudine inferius et superius se comportat, seu possidetur, vendidisse, et nomine venditionis ex nunc I26I in perpetuum quitavisse predicto magistro Egidio de Bona Valle et ejus heredibus pro trecentis libris Turonensibus, jam eisdem vendi-I27I-toribus solutis, a predicto emptore in pecunia numerata prout iidem venditores confessi sunt coram nobis, cedentes, nomine execu-I28I-torio predicti defuncti, ex nunc penitus et transferentes in eumdem emptorem et ejus heredes, et tamen ab eo habituros omne jus, omnem I29I actionem, proprietatem et possessionem quod et quas habebat idem defunctus et habere poterat in dicta domo vendita quacumque ratione vel occasione. I30I Et promiserunt iidem venditores, executorio nomine dicti defuncti, fide in manu nostra ab eis prestita corporali quod contra venditionem I31I et quitationem hujusmodi seu contra premissa, vel aliquod de premissis, per se vel per alium non venient in futurum, jure aliquo, seu causa. I32I Immo dictam domum cum suis pertinentiis, ut dictum est, venditam tanquam executores dicti defuncti sub dicta fide garandirabunt, I33I liberabunt et deffendent predicto emptori et ejus heredibus et omnibus in eadem domo causam ab eis habituris ad usus et consuetudines I34I Parisienses contra omnes, renunciantes in hoc facto exceptioni dicte pecunie sibi non numerate, non tradite et non solute, exceptioni doli, I35I mali actioni, in factum beneficio restitutionis in integrum et omni alii exceptioni juris canonici et civilis, qui contra instrumentum hujusmodi seu I36I factum posset obici vel adduci et per quam possent verrere contra premissa, vel aliquod de premissis se quantum ad hoc jurisdictioni I37I curie Parisiensis specialiter supponendo. In cujus rei testimonium et munimen sigillum curie Parisiensis ad petitionem dictorum venditorum I38I presentibus duximus apponendum. Datum anno Domini millesimo ducentesimo sexagesimo octavo, mense januario. I39I – Jordanus Parisius =

Notes

[1]

W. HOTZELT, Kirchengeschichte Palästinas im Zeitalter der Kreuzzüge (1099-1291), Cologne, 1940 ; J. RILEY-SMITH, Latin titular bishops in Palestine and Syria (1137-1291), Catholic historical Review, t. 64, 1978, p. 1-15 ; B. HAMILTON, The Latin Church in the Crusader States : the secular Church, Londres, 1980 ; N. COUREAS, The Latin Church in Cyprus, 1195-1312, Aldershot, 1997.

[2]

P.V. CLAVERIE, Quelques éléments biographiques sur l’archevêque Gilles de Tyr (1254-1266), La présence latine en Orient au Moyen Age, éd. G. BRUNEL et M.A. NIELEN-VANDEVOORDE, Paris, 2000, p. 57-66 ; ID., Deux lettres inédites de la première mission en Orient d’André de Longjumeau (1246), Bibliothèque de l’École des Chartes, t. 158, 2000, p. 283-292.

[3]

PARIS, Archives nationales de France, S 6213, n° 32 (en date du 29 septembre 1270) ; H. DENIFLE et E. CHÂTELAIN, Chartularium Universitatis Parisiensis, t. 1, Paris, 1889, p. 449.

[4]

PARIS, Archives nationales de France, S 6213, n° 37 (cf. infra Document) ; J. DELAVILLE LE ROULX, Cartulaire général de l’ordre des hospitaliers de Saint-Jean, t. 3, Paris, 1899, p. 91-92, n° 3105 (en date du 16 septembre 1264).

[5]

Actuel Amigny-Rouy (Aisne, arr. de Laon, cant. de Chauny).

[6]

E. JOURDAN, Les registres de Clément IV (1264-1268) : Recueil des bulles de ce pape, Paris, 1893-1945, p. 170, n° 528 (cf. K. EUBEL, Hierarchia catholica Medii Aevi, Münster, 1913, p. 365) ; V. TABBAGH, Fasti Ecclesiae Gallicanae. Répertoire prosopographique des évêques, dignitaires et chanoines de France de 1200 à 1500, t. 2, Diocèse de Rouen, Turnhout, 1998, p. 148, n° 4015.

[7]

COUREAS, op. cit., p. 20 et 61-62 ; L. DE MAS LATRIE, Histoire des archevêques latins de l’île de Chypre, Archives de l’Orient latin, t. 2 A, 1884, p. 239-244 ; infraDocument, ligne 20 ; P.V. CLAVERIE, Un conflit entre deux évêques italiens de Terre sainte : l’affaire Giovanni Romano (1245-1248), Studi Medievali, t. 40, 1999, p. 291-304.

[8]

Cf. infra Document, lignes 11-16.

[9]

Aisne, arr. de Laon, cant. de Rozoy-sur-Serre.

[10]

Ce médecin paraît avoir joui d’une prébende à l’intérieur du chapitre entre 1264 et 1290 après avoir servi les cardinaux Ottaviano Ubaldini et Ancher Pantaléon au tournant des années 1250-1260 (cf. F. PICÓ, The cathedral chapter of Laon (1155-1318), s.d., p. 91-92, n° 485 ; C. JOURDAIN, Index chronologicus chartarum pertinentium ad historiam Universitatis Parisiensis, Paris, 1862 (réédition, Bruxelles, 1966), p. 26, n° CLXXXIV).

[11]

La Thiérache compte encore à l’heure actuelle une commune (Froidmont-Cohartille) ainsi qu’une forêt dite de Froidmont. Jacques de Corbie semble n’avoir occupé qu’entre 1268 et 1272 sa charge au sein du chapitre cathédral de Rouen selon V. Tabbagh (cf. ID., op. cit., p. 225, n° 4088).

[12]

DE MAS LATRIE, op. cit., p. 239 ; COUREAS, op. cit., p. 203.

[13]

Gallia christiana, t. 9, Paris, 1751, col. 638.

[14]

P.-V. CLAVERIE, Un aspect méconnu du pontificat de Grégoire X : les débuts de sa politique orientale (1271-1273), Byzantion, t. 68, 1998, p. 290 ; A. PARAVICINI BAGLIANI, La cour des papes au XIIIe siècle, Paris, 1995, p. 114-115 et 135 ; J. RICHARD, Documents chypriotes des Archives du Vatican (XIVe et XVe siècles), Paris, 1962, p. 70-72.

[15]

Cf. infra Document, lignes 16-19.

[16]

ROUEN, Bibliothèque municipale, Ms. Y 82, 68 v°; PARIS, Bibliothèque nationale de France, Ms. lat. 5196, f° 54 r°; infra Document, ligne 3.

[17]

J. LE GOFF, Les intellectuels au Moyen Âge, 2e éd., Paris, 1985, p. 85.

[18]

TABBAGH, op. cit., p. 148, n° 4015 ; infra Document, lignes 21-39. Il convient de signaler ici que le grand archidiacre de Chartres Jean de Chevry apparaît sous le nom de Sivry dans un acte du Cartulaire de la Sorbonne sensiblement contemporain (cf.JOURDAIN, op. cit., p. 32, n° CCXVI (procuration du 7 juillet 1267)).

[19]

Seine Maritime, arr. du Havre, cant de Lillebonne.

[20]

ROUEN, Bibliothèque municipale, Ms. Y 82, 68 v° ; PARIS, Bibliothèque nationale de France, Ms. lat. 5196, f° 54 r°. La rédaction de ces deux volumes paraît sensiblement contemporaine.

[21]

Sorbon se situe dans le Porcien au sud-est de la Thiérache (Ardennes, arr. et cant. de Rethel).

[22]

P. LEVILLAIN, Dictionnaire historique de la papauté, Paris, 1994, p. 1678 (notice de T. BOESPFLUG). Jacques Pantaléon semble avoir rejoint le chapitre cathédral avant 1223.

[23]

Gallia christiana, t. 9, col. 639.

[24]

JOURDAIN, op. cit., p. 32, n° CCXVI (acte du 7 juillet 1267) et p. 20-21 n. 2.

[25]

JOURDAN, op. cit., p. 273, n° 706 et p. 275, n° 715 ; COUREAS, op. cit., p. 69. Il paraît en effet aberrant que la disparition de Gilles ait été ignorée par la chancellerie apostolique à la fin de l’été 1268.

[26]

JOURDAN, op. cit., p. 56, n° 212, p. 405, n° 1206, p. 407, n° 1216, p. 408, n° 1220 et p. 414, n°1264 ; COUREAS, op. cit., p. 306-310. Le second de ces personnages était probablement originaire de l’abbaye cistercienne de Mazan, alors au faîte de sa gloire (Ardèche, arr. de Largentière, cant. de Montpezat-sous-Bauzon).

[27]

CLAVERIE, Un aspect méconnu du pontificat de Grégoire X, p. 308. Les historiens actuels pensent que c’est dans cet établissement que saint Norbert et saint Bernard se rencontrèrent pour la première fois avant de présider ensemble à la fondation de l’abbaye Saint-Martin de Laon en 1124.

[28]

L’édition qui suit a pris le parti d’orthographier traditionnellement les mots confondant systématiquement les lettres t et c. Sa forme actuelle n’aurait pu aboutir sans les suggestions précieuses de M.A. NIELEN-VANDEVOORDE et T. CHEVALLIER.

[29]

Sic malgré la correction en Sorbona opérée par Denifle et Châtelain.

Résumé

Français

Xxx

Mots clés

  • Xxxx

English

P.V. CLAVERIE, The succession to archbishop Giles of Nicosia (1268-1269). The Eastern Latin clergy has hardly been sufficiently researched in spite of recent studies. Thanks to a so far unpublished testamentary will to be found in the « Archives Nationales de France » we can find out more about the career of a Cypriot prelate of the time, namely Archbishop Giles of Nicosia (1267-1268). It appears that this friend of Popes Urban IV and Clement IV was born in Picardy, then grew up in the area in the north of France called Thierache before going through an outstanding university career, all in the first half of the 13th century. Giles bought a house in Paris while officiating in the cathedral chapters of Cambrai and Rouen. Though his fortune was limited he could still bequeath part of it to a great many religious establishments, among which the Sorbonne college. His death at Viterbe on 27 July 1268 led to a succession settlement that was ratified by the religious tribunal (« officiality ») in Paris in January 1269.

Mots-clés (en)

  • Key words Giles of Nicosia
  • testamentary will
  • Picardy
  • Sorbonne
  • « officiality » of Paris

Plan de l'article

  1. 1. La carrière de Gilles d’Amigny
  2. 2. Le règlement de sa succession
  3. 3. Les enseignements de son testament

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