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Le sujet dans la cité

2014/1 (Actuels n° 3)

  • Pages : 238
  • ISBN : 9782336305585
  • Éditeur : L'Harmattan

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« Nous sommes infiniment plus que ce que nous sommes en cet instant. »

J.-P. Sartre
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Les conceptions de l’accompagnement professionnel sont multiples tant par les références théoriques que par les pratiques mises en œuvre et il devient très difficile de faire le tri dans le foisonnement des appellations qui caractérisent « le » coaching : live coaching, coaching sportif, coaching d’image, coaching de bien-être, coaching d’organisation, etc.

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Or, cette diversité apparente masque en réalité une conception assez homogène : une vision comportementaliste et instrumentaliste de l’individu à qui est proposé un accompagnement associant des prescriptions de comportements conçues comme de véritables recettes du bonheur, des batteries de tests et autres catalogages de traits de personnalité…

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Pourtant, une autre conception existe que nous appelons « l’accompagnement professionnel personnalisé » (désormais app), clairement affiliée à des disciplines fondatrices (la philosophie existentielle, la sociologie clinique et critique, la psychologie sociale, la recherche biographique en éducation), disposant d’une genèse théorique bien établie à laquelle tout praticien peut se référer.

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L’objectif de ce numéro hors-série de la revue Le Sujet dans la Cité est de clarifier cette pratique sociologique et socianalytique de l’accompagnement, en la mettant en débat avec les professionnels qui s’y sont formés et, plus largement, avec des chercheurs et intervenants qui placent la question des articulations individu/groupe/organisation/institution au centre de leurs pratiques d’accompagnement du sujet au travail (dans l’entreprise, dans le secteur éducatif, dans le champ sanitaire et social, etc.) et dans la Cité.

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Prenant au sérieux les nécessités (d’ordre à la fois praxéologique et théorique) d’opérer aujourd’hui, dans la « société singulariste » (Martuccelli) qui est la nôtre, une série d’articulations entre socianalyse existentielle et accompagnement professionnel personnalisé, ce volume se propose tout d’abord de capitaliser et de confronter les réflexions (disciplinaires, théoriques et pratiques) nées depuis une dizaine d’années autour d’une approche complexe et plurielle de l’accompagnement du sujet en situation.

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À quels problèmes de société tente-t-on de répondre ? Comment ? Dans quels dispositifs ? Avec quels outils ? A travers quelles contextualisations ?

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C’est pour répondre, ensemble, à ces questions que des intervenants/chercheurs se sont rassemblés le 24 juin 2013 à Paris autour d’une table ronde animée par Muriel Molinié. Ce volume s’ouvre donc par la question fondamentale qui leur a été proposée : « L’accompagnement du sujet au travail : un nouveau champ d’intervention sociologique ? » Adressée à Christine Delory-Momberger, Vincent de Gaulejac, Dominique Jaillon, Danièle Linhart et Danilo Martuccelli, cette question est le pivot autour duquel s’organise un débat sur les places et les rôles qu’occupent les sociologues dans l’accompagnement professionnel du sujet au travail.

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Dominique Jaillon situe la table ronde dans le cadre d’une démarche militante d’extension du domaine de la sociologie en tant que sport de combat, au sens où il ne faut jamais cesser de dénoncer le risque de régression du politique au psychique dans l’analyse des situations sociales. L’accompagnement de l’individu a été jusqu’à une période récente le territoire des religieux, des maîtres-penseurs, des philosophes, des médecins, des travailleurs sociaux, des psychologues et des psychanalystes et la question est désormais : est-ce que l’accompagnement de l’individu dans notre société ne devrait pas concerner aussi les sociologues ? Si oui, comment ? Dans quels types de dispositifs, à quelles conditions ?

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Pour Vincent de Gaulejac, la question ne se pose pas par hasard dans un contexte de transformation du travail et du rapport au travail. La mobilisation subjective, l’exacerbation des contradictions mobilisent le sujet dans toutes ses dimensions, en particulier sa subjectivité, sa réflexivité, etc. C’est donc au moment où il y a cette intériorisation des exigences de l’organisation que se pose la question de l’accompagnement. Vincent de Gaulejac pose clairement les choix fondamentaux face auxquels se trouve tout intervenant/accompagnant : ce professionnel utilise-t-il la psychologie comportementaliste et cognitiviste pour permettre aux gens de s’adapter aux exigences de l’entreprise ? Ou, au contraire, va-t-il puiser dans la psychanalyse et la psychologie clinique pour mobiliser le sujet et l’aider à se dégager des contradictions et des paradoxes dans lesquels il est mis ? En d’autres termes, l’accompagnement proposé va-t-il dans le sens d’une meilleure adaptabilité, flexibilité, productivité ? Entraîne-t-il les individus vers la culture de l’excellence, de la haute performance et mobilise-t-il toutes les techniques afin de s’adapter à ces exigences-là ? Ou bien est-il un accompagnement à la fois politique et critique dont la préoccupation principale est l’émancipation du sujet et non pas son adaptation ? On en vient alors à préciser le défi suivant : dans les entreprises, lorsque les gens ne vont pas bien, ils ont besoin d’un accompagnement personnalisé en termes d’écoute, pour libérer une parole, en relation avec leur impuissance à produire du sens. Mais il faut réaliser cet accompagnement personnalisé tout en dépsychologisant et en dépersonnalisant…

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Danièle Linhart rappelle alors que c’est à partir de l’émergence chez les salariés d’une critique artiste (pour plus d’autonomie, de liberté, de reconnaissance, de dignité), que le patronat a surfé sur ces aspirations pour imposer une personnalisation de la relation de chacun à son travail, et donc pour atomiser et individualiser. Cela a contribué non pas à éradiquer, mais à affaiblir les collectifs de travail qui jouaient un rôle majeur dans la régulation professionnelle et dans la régulation subjective des individus au travail.

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Elle n’est pas opposée à l’accompagnement professionnel personnalisé parce qu’il y a effectivement des personnes, dans certains cas, pour qui être soutenues par des gens qui comprennent ce qui leur arrive dans le travail peut être une ressource. Mais elle pense qu’il est opportun, parallèlement à ces formes d’accompagnement personnalisé, de réfléchir à une possibilité de restituer une prise en charge collective des problèmes du travail, dimension qui manque cruellement dans notre société et dans les entreprises.

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Lorsque le management s’adresse à chacun dans ce qu’il a de plus intime, le travail du sociologue est d’essayer de remettre cela en perspective avec les enjeux véritables de la mise au travail capitaliste et de montrer comment le monde du travail tel qu’il est organisé n’est pas « naturel ». Mais, dit-elle, si on reste au niveau d’un accompagnement personnel, cela peut créer un sentiment d’impuissance qui risque d’entraîner encore plus le salarié dans une sorte de « reddition des armes ». Elle se demande si ensemble le collègue, le chef de service, etc. ne pourraient pas intervenir avec le coach et chercher une dynamique pour résoudre ces problèmes pour aider la personne à sortir de « soi ». Est-ce que le coach, dans l’entreprise, ne pourrait pas contribuer à cette démarche d’extériorisation, pour permettre à chacun de se mettre en discussion avec d’autres ?

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Pour Christine Delory-Momberger, la question est bien celle de l’inscription de l’accompagnement dans l’espace public, de son articulation politique avec le collectif. Elle propose de penser des formes de relation clinique qui intègrent la dimension politique des scènes et des horizons sur lesquels s’originent et se déploient les pathologies individuelles et des réponses à leur apporter. L’accompagnement dans les espaces du travail passe par l’instauration d’un mode de relation collective qui permet de donner une forme aux situations et aux expériences, dans un monde où la question du sens fait précisément de moins en moins de sens.

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Danilo Martuccelli rappelle dans un premier temps que s’il y a des psychologues partout (dans les écoles, les hôpitaux, les prisons, les entreprises, etc.), en revanche, on voit moins où sont les sociologues. La sociologie est une discipline qui, parce qu’elle a voulu garder une vision critique, n’a pas vraiment eu une fonction professionnelle dans la société. Résultat : la sociologie a préservé sa bonne conscience critique mais les étudiants en « socio » ne trouvent pas d’emplois. Or, Danilo Martuccelli pense qu’il est temps de faire une sociologie pour les individus. En effet, les sociologues ont écrit pour les princes, pour l’administration publique (d’où provient l’essentiel des financements), pour les mouvements sociaux, les syndicats, les entreprises, l’opinion publique… mais pas pour les individus. Faire de la sociologie pour les individus, signifie une nouvelle manière de penser la sociologie, de la pratiquer, de poser les problèmes : ici, l’objectif central est d’instruire les enjeux de la société à l’échelle de l’expérience individuelle. Une sociologie pour les individus, est une sociologie qui essaie de rendre intelligible le monde à l’échelle individuelle.

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En proposant le concept d’extrospection, il assigne à l’accompagnement de type sociologique, l’objectif de faire comprendre grâce à l’expérience individuelle, les enjeux sociétaux de la situation dans laquelle le sujet se trouve. Le postulat est simple : lorsqu’on a une meilleure compréhension sociologique de sa situation, il devient de l’ordre de la liberté individuelle de s’engager dans une action collective ou encore de chercher une réponse individuelle à un problème collectif. De la même manière que Marx et d’autres, hier, ont su construire un langage sociologique autour de la classe sociale en tant que grand opérateur de la compréhension du social, il nous faut aujourd’hui faire de l’expérience individuelle le grand opérateur de la compréhension des phénomènes collectifs. Il faut donc traduire les enjeux de la société à l’échelle de l’expérience individuelle. Ou bien on arrive à produire cette « traduction » et le social prend du sens pour les individus, ou bien on n’arrive pas à faire ce travail et l’analyse sociologique continuera de « glisser » sur les acteurs.

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Se situant dans la perspective de cette traduction, Dominique Jaillon explique en quoi il y a continuum entre intervention et accompagnement auprès d’individus qui se trouvent dans des situations d’épreuves et parfois d’incompréhension de ce qui leur arrive. L’objectif de ce continuum est de permettre à l’individu de comprendre l’évolution de la société contemporaine et les maux qui la travaillent. Ici, le rôle spécifique du sociologue est de donner des clés, des armes, des outils d’analyse, pour aider l’individu à penser la situation dans laquelle il est pris. S’il y a aujourd’hui une demande sociale d’intervention au niveau individuel, c’est aussi parce que des individus ne souhaitent pas participer à un travail en groupe ou tout simplement n’ont pas la disponibilité pour cela. Il s’agit donc de répondre à cette demande et d’occuper la place du tiers qui, en créant un dispositif spécifique, permet d’accompagner l’analyse de « l’homme en situation » dans une perspective d’action. Cette demande correspond à l’évolution de notre société, qui nécessite une réponse d’un type nouveau, même si cela change les représentations traditionnelles de l’intervention sociologique. C’est pourquoi l’intervenant-coach doit mettre ses connaissances (acquises dans la formation en sociologie, psychanalyse et psychologie) au service du développement d’une réflexivité critique chez son client. Le dispositif d’accompagnement professionnel personnalisé devient alors un espace intermédiaire où se conduit l’apprentissage de la réflexivité et s’effectue l’expérience de l’altérité. On le verra au chapitre 3, grâce aux analyses d’anciens stagiaires, sur le dispositif de formation à l’accompagnement mis en œuvre par le capp.

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Dans une première contribution intitulée « Socianalyse existentielle et accompagnement professionnel personnalisé », Dominique Jaillon montre ensuite quelle a été la genèse théorique d’une conception socianalytique de l’app et en décrit les fondements en sciences humaines, les méthodes et les pratiques. Articulant ses références dans le champ de la socianalyse, de la sociologie clinique et de la phénoménologie, il montre en quoi tout praticien formé à ce courant méthodologique dispose désormais d’une alternative sérieuse aux démarches comportementalistes et adéquationnistes qui envahissent non seulement le domaine professionnel du coaching mais aussi le champ de la formation professionnelle aux métiers de l’accompagnement. Il ouvre ainsi la voie à une socianalyse existentielle dans le domaine de l’accompagnement en montrant que le dispositif de l’accompagnement professionnel personnalisé peut être, pour un sociologue/socianalyste, une réponse à la demande actuelle de prise en compte de la singularité du sujet contemporain.

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Se situant dans le champ de l’intervention dans les collectifs (et non dans l’accompagnement personnel), Christiane Gilon et Patrice Ville invitent le lecteur à (re)découvrir l’approche critique qui se trouve aux sources de l’analyse institutionnelle et de sa méthode d’intervention dans les organisations : la socianalyse. Leur contribution en forme de « clefs pour l’analyse institutionnelle » explique très clairement quels sont les opérateurs de l’intervention socianalytique : l’analyseur ; le dérangement ; la composition du dispositif d’intervention pour en faire un analyseur construit sur mesure ; la dialectique. Ces règles d’intervention sont-elles transposables dans le cadre d’un accompagnement professionnel personnalisé ? Si les auteurs laissent la question ouverte, ils proposent d’en éclairer les enjeux en montrant quelques-uns des passages qui s’opèrent depuis les années 1980, de l’intervention à l’accompagnement, de la critique à la clinique, des collectifs aux individus, des acteurs sociaux aux sujets.

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Concluant cette première partie, Dominique Jaillon, dans « Accompagnement d’équipe et intervention sociologique », montre l’urgence de répondre à la demande de construction (ou de reconstruction) des collectifs de travail au sein des organisations via un type d’intervention qui soit aussi un accompagnement d’équipes. L’articulation théorique nécessaire entre socianalyse et psychodynamique du travail vient soutenir le projet de fonder un accompagnement d’équipes qui combine les questions d’identité professionnelle et les modalités d’appartenance à un collectif de travail, tout en prenant en compte la manière dont le dirigeant et son encadrement exercent leur pouvoir vis-à-vis de leurs subordonnés et mettent en œuvre (ou pas) un management fondé sur la reconnaissance des individus et l’émergence d’un désir de travail.

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La deuxième partie du volume est consacrée aux analyses menées par des praticiens pour qui la question des liens entre accompagnement et éthique de la responsabilité est posée de façon centrale, dans certaines organisations. Ce sont tout d’abord Olivier Minne, Marie-France Guinot-Delery et Jean-Marc Coignac qui présentent le dispositif d’accompagnement professionnel personnalisé qu’ils co-animent au sein de l’académie de Paris avec une vingtaine de cadres de l’Éducation Nationale, personnels d’inspection ou de direction, qui ont impulsé et développé cette démarche suite à leur formation commune dans le cadre du Centre d’Analyse des Pratiques Professionnelles (capp). Après avoir analysé le contexte, ses enjeux sociétaux, et effectué un bref historique de l’expérience, les auteurs décrivent le contenu et les modalités de l’offre de services pour dégager les principales questions éthiques que cette pratique nouvelle fait émerger. En illustration de ce propos, Olivier Minne décrit brièvement une situation vécue dans le cadre du coaching prescrit, situation qui éclaire très concrètement les enjeux éthiques de l’app.

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On découvre ensuite sous la plume d’Elisabeth de Larochelambert une réalité complémentaire : celle du « coaching interne à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris ». L’auteure montre comment depuis dix ans l’ap-hp a mis en place et développé un dispositif de coaching interne. Cette institution connaît en effet une série de réorganisations internes qui résultent de la stricte application de dispositions législatives et réglementaires nouvelles – dont en particulier, la Loi « Hôpital, patients, santé et territoires » du 21 juillet 2009 –, des contraintes économiques qui pèsent lourdement sur le monde de la santé en général et celui des hôpitaux en particulier, ainsi que de la volonté de ses dirigeants successifs. Ces réformes génèrent pour les personnels de l’établissement, ses cadres et dirigeants, une remise en cause de leurs missions et de leur exercice professionnel au quotidien. C’est dans ce contexte que l’ap-hp s’est engagée dès 2004 dans la formation à l’accompagnement professionnel personnalisé de quelques-uns de ses cadres dirigeants. Après avoir rappelé la genèse de ce dispositif à l’ap-hp, la contribution en analyse les forces et les faiblesses, porte un regard critique sur son organisation pour enfin évoquer des perspectives de développement.

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Dans la dernière contribution de cette première partie, Jérôme Grolleau aborde la pratique d’accompagnement professionnel personnalisé en se centrant sur son dispositif spatial et les processus qui y sont à l’œuvre, dont il identifie trois figures clefs : le pli, la frontière et l’aire de jeu. À travers elles, des processus de subjectivation sont activés, mettant en évidence la part active et créative du sujet de l’app. En conclusion, l’auteur signale les convergences qui se dessinent entre cette approche innovante du coaching professionnel et les dynamiques de transformation à l’œuvre dans le champ entrepreneurial.

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La troisième partie présente, à travers cinq contributions, un certain nombre d’enjeux réflexifs, cliniques et critiques liés à la formation à l’accompagnement professionnel. Dans la première, intitulée « Le développement de la réflexivité et de la critique dans une formation au coaching », Pauline Fatien Diochon, Maroussia Chanut et Muriel Molinié analysent le processus de développement de la réflexivité et de la critique mené en contexte de formation à l’app. Pour cela, elles confrontent le processus proposé par un auteur nord-américain (Cox) à deux témoignages obtenus auprès de diplômées de la formation délivrée par le capp. Leur étude confronte donc la proposition théorique de Cox avec la confirmation (par deux praticiens en formation) que la réflexivité a été une étape majeure dans le développement de leur posture critique. Enfin, elles mettent en avant l’importance de la dimension émotionnelle dans le processus de développement de la réflexivité et de la critique.

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Prolongeant et complétant cette étude empirique, Nadine Pelvillain apporte dans sa contribution intitulée « Devenir coach, praticien de l’accompagnement professionnel personnalisé » un éclairage convergent sur la question de la transformation de son identité professionnelle dans la formation suivie aux fondamentaux de l’app. Lorsqu’il est en formation, l’accompagnant s’engage, dit-elle, dans un processus de transformation parallèle à celui de celles et ceux qu’il accompagne. Réceptive à l’approche psycho-socio-existentielle, l’auteure montre comment la démarche socioanalytique-réflexive mise en œuvre par le capp met le sujet se formant en mouvement, grâce aux dérangements opérés, vecteurs de changements de places. L’exercice (en alternance) pendant la formation d’une activité de coaching volontaire s’accompagne, dit-elle, d’une interrogation « Qui est Je ? » et d’un processus de déplacement (« Je » devient un autre).

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En écho aux débats menés à la fois dans les contributions ci-dessus et dans la table ronde qui ouvre ce volume, le texte de Danielle Tchéordukian intitulé « Violence au travail et formation à l’accompagnement professionnel personnalisé » analyse tout d’abord une situation de placardisation vécue dans son entreprise. Elle propose ensuite une réflexion sur l’apport de l’accompagnement professionnel personnalisé en situation de souffrance au travail. Cette contribution apporte un contrepoint édifiant car élaboré à partir d’un vécu socio-mental au sein d’une entreprise devenue, pour reprendre le terme de Haddad [1][1] G. Haddad (2013). Tripalium. Paris : Éditions François... une « centrifugeuse » dans laquelle tout s’accélère et s’emballe : les délais, les rendements, les décisions, les mouvements de fusion, les relations humaines elles-mêmes vécues selon l’usage d’échanges rapides et empressés – mails, voire sms. Une entreprise où les individus, quand ils ne sont pas éjectés en masse par des processus de licenciements dits « économiques », peuvent, au gré des restructurations, se retrouver expulsés de ce qui fait sens et valeur de leur travail. Une entreprise qui, pour tenter de colmater la défaillance de ses liens sociaux, s’abrite parfois derrière le vocable des « risques psycho sociaux » sans pouvoir et/ou vouloir analyser les ressorts organisationnels et les pratiques de management à l’œuvre. Ayant vécu cela, l’auteure s’interroge : en quoi la démarche d’accompagnement professionnel peut-elle venir en aide à des salariés soumis à des contextes de souffrance au travail (placardisation, isolement, harcèlement) et fragilisés psychiquement par ces formes de relégation ?

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Revenant elle aussi sur le contexte socioéconomique contemporain, complexe, instable, qui rend difficile la réorchestration en milieu organisationnel des solutions de mobilité identifiées en accompagnement, Cyrille Sempé propose de mieux articuler une ingénierie de l’accompagnement avec les mobilités professionnelles souhaitées par les personnes en demande d’accompagnement professionnel. Elle ouvre une voie complémentaire de réflexion sur ce qu’elle nomme la réciprocité réflexive comme cadre cognitif de coopération.

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Opérant dans un tout autre contexte, Geneviève Tschopp et Elisabeth Stierli montrent (dans « Posture clinique et accompagnement dans le champ de la formation ») comment un dispositif de formation favorise, via des méthodes issues de l’accompagnement, l’intégration de savoirs de natures différentes et développe l’attitude critique et réflexive de futurs enseignants en formation en alternance en Suisse. Il s’agit, là aussi, de construire le sens de sa formation et de ses apprentissages par des échanges constructifs au sein d’un groupe d’étudiants avec un formateur-accompagnant soucieux de leur faire acquérir une posture clinique réflexive. Analysant les résistances des bénéficiaires, les auteures montrent également comment une pratique réflexive partagée au sein d’une communauté de pratique permet aux formateurs-accompagnants de problématiser leur agir.

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Dans un geste conclusif, Charlotte Duda démontre alors en « Postface » à quel point la question de l’app, loin d’être une question « compassionnelle », relève exclusivement du registre politique et « nous renvoie à la place du sujet dans l’organisation, à la place de l’organisation dans le collectif, à la question du partage et du désir de société ».

Notes

[1]

G. Haddad (2013). Tripalium. Paris : Éditions François Bourin.


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