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Le Télémaque

2004/1 (n° 25)


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Si nous demandons aux gens dans la rue : « qu’est-ce qu’un sourd ? », peut-être nous retrouverons-nous avec des réponses variables, parmi lesquelles : « c’est quelqu’un qui n’entend pas ? », « quelqu’un qui ne parle ni n’entend », « un handicapé », « une personne qui parle avec ses mains et avec son corps », etc. On pourrait dire qu’à priori tout le monde a raison parce qu’il s’agit de représentations de la question posée. Notre intention n’est pas de contester ces réponses mais de poser quelques questions sur ce qu’elles disent à voix basse, si tant est qu’on puisse parler d’autrui sans parler de soi-même. Nous pouvons alors reposer la question sous la forme suivante : de quoi parlons-nous quand nous parlons de “sourds” ?

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D’abord nous pouvons parler de la surdité comme d’un objet, c’est-à-dire prendre la déficience auditive comme un manque physique qui concerne le corps de celui qui est atteint d’infirmité. Mais nous pouvons aussi parler des rapports que les sujets sourds entretiennent avec leurs prochains (sourds et entendants) et des implications de la surdité dans ces rapports. On sera étonné de constater que souvent, les difficultés dans ces relations surgissent du côté des entendants et de leur manière de réagir face à ceux qui, pour eux, sont des étrangers. De ce point de vue, la déficience physique est déplacée du corps infirme aux rapports et à la dimension sociale de la question.

Entre déficience et différence : les sourds

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Des réponses qui lient le sourd au discours de la déficience à celles qui promeuvent une perspective centrée sur la différence linguistique et culturelle, l’éventail des réponses est large et varie dans le temps et dans l’espace. Que nous tendions vers un pôle ou vers l’autre des définitions qui ont été données de la surdité et des sourds, ce qui importe n’est pas tant la réponse qui est donnée que le lieu d’où s’exprime celui qui s’interroge. Ce sont les représentations qui sous-tendent un discours qui permettent à celui qui le tient de nommer autrui. Le fait de les négliger rend caduque toute forme de réflexion. En un mot, que m’arrive-t-il quand je tente de jeter un regard sur autrui ?

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Si nous admettons l’idée que la nomination d’un fait et, dans ce cas précis, d’un sujet, ouvre par elle-même des champs d’action et de réflexion différents de ceux qu’impliquerait un autre type de nomination, alors la désignation du sourd comme “sourd”, “Sourd”, “idiot”, “être inférieur”, “monstre”, “essentiellement dépourvu d’intelligence”, devient par elle-même un fait politique qui implique comme telle la société tout entière. Quelles politiques sociales, sanitaires, éducatives, juridiques se déploient pour répondre aux besoins ainsi repérés ? Quels changements sociaux sont requis pour qu’une nomination chasse l’autre et assigne les sourds à une nouvelle place ? Il semble évident d’affirmer qu’une société qui nomme un tel individu “idiot” mettra en œuvre une politique correspondante, comme celle du “grand renfermement” décrit par Michel Foucault, ou fera usage de la réclusion dans un asile psychiatrique, d’isolement forcé et de refus de toute possibilité d’éducation.

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Les réponses à la question “qu’est-ce qu’un sourd ?” ont fluctué tout au long d’une histoire longtemps marquée par la prévalence du discours de la déficience. Il suffit de rappeler ces civilisations antiques qui exclurent ou éliminèrent les sourds, comme Sparte ou Rome, leur déniant tous droits civils, ou encore les campagnes de stérilisation puis d’extermination des sourds dans l’Allemagne nazie. À la logique de l’exclusion comme aveu d’impuissance, les sociétés contemporaines ont substitué la logique de la réparation, expression de la perspective médicale. Elles ont mis les outils thérapeutiques au service du rétablissement de la fonction défaillante : prothèses auditives, implants cochléaires ou techniques d’oralisation. La restitution de la parole orale et de l’ouïe apparaît ainsi comme le prérequis fondamental de la participation au monde des majorités dites “normales”. Ces orientations médicales actuelles, si elles se déploient dans un contexte plus démocratique, n’en prônent pas moins l’élimination de la surdité comme d’un mal absolu. Que se passe-t-il si, selon Canguilhem, « l’irrégularité, l’anomalie ne sont pas conçues comme des accidents affectant l’individu mais comme son existence même » [1][1] G. Canguilhem, « Le Normal et le Pathologique » [1951],... ? En ce cas, la perte auditive des sourds cesse de nourrir l’espoir de normaliser leur différence, elle fait partie de leur existence comme telle.

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On peut dire que le discours qui considère les sourds comme des êtres porteurs d’une différence et non comme des déficients a émergé lorsqu’il s’est détourné de l’obsession du manque pour mettre en valeur une façon de vivre et d’être-au-monde. Au fur et à mesure que les sourds ont occupé de nouvelles places dans la société et dans l’espace public, qu’ils sont devenus des êtres de droit (à l’éducation par exemple) et que les recherches sur la langue des signes ont démontré qu’il s’agit d’une langue comme les autres, le mouvement de reconnaissance de l’existence des sourds a permis de jeter un regard différent sur leur singularité. Bernard Mottez écrit à ce sujet :

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On ne leur fait par avance crédit sur rien. […] Les sourds doivent tout prouver, même leur existence [2][2] B. Mottez, « Les sourds existent-ils ? », Psychanalystes,....

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On peut ajouter : si les entendants ont nié l’existence des sourds pour mieux affirmer la leur propre, pour éprouver les limites de leur propre normalité, c’est que la place des uns est en rapport étroit avec celle des autres. La reconnaissance des sourds par les entendants implique que ces derniers acceptent un décentrement de leur rapport à la langue, à la culture, et finalement à la question “qui suis-je ?”. L’univers ne sera plus peuplé de gens “comme moi” mais d’autres “je suis” qui auront aussi une place pour habiter leur existence. La question peut alors se formuler ainsi : comment concevoir un monde où il n’est plus nécessaire de nier l’autre pour trouver sa place ? Et la nomination fait-elle partie de cet enjeu, c’est-à-dire d’un enjeu d’existence ?

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Des conceptions de l’ancien temps, qui assimilaient le sourd à un “idiot du village” aux définitions contemporaines qui le considèrent comme un être “souffrant de difficultés du raisonnement et de la pensée abstraite”, il n’y a pas grande différence. Pour explorer les origines de telles conceptions, il nous faudra tout d’abord remonter brièvement à l’étymologie et à la sémantique du mot sourd en grec ancien et en latin avant de nous reporter aux nominations des XIXe et XXe siècles. Comme nous le verrons, ces nominations qui s’enracinent dans des siècles d’histoire et de culture connaissent aujourd’hui un vigoureux essor. Nous chercherons ensuite à montrer en quoi le champ de la philosophie a contribué au développement de ces conceptions au sujet des sourds. L’intérêt véritable de la présentation de ces idées n’est pas de nous ancrer dans la tradition mais bien d’ouvrir des voies d’exploration de nouveaux possibles. Là est l’enjeu…

Quand il s’agit de nommer

Étymologie et sémantique du mot sourd en grec et en latin

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En grec ancien, le champ sémantique de kwyov? (cophos) était large. Le mot signifiait “être privé de quelque chose”, “être coupé de”, et ce pouvait être de la vue, de l’odorat, etc. Une personne sourde était celle qui avait subi une mutilation, dont un sens était “émoussé” ou “entaillé”. Le mot pouvait donc aussi signifier “aveugle”, “infirme” et sur le plan intellectuel, “hébété” ou “stupide” [3][3] I. Keijzer, La Surdité dans la société gréco-romaine,.... Les racines indo-européennes du mot surdus en latin, *swer- et la variante *swen-, se réfèrent à la notion de “bruit”. Selon Keijzer, le mot surdus renvoyait autant à un bruit qui n’impliquait pas nécessairement l’oreille qu’à l’organe de perception de ce bruit.

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Les Grecs ne différenciaient pas la surdité de la mutité. Le défaut de parole orale était perçu comme la conséquence, comme une infirmité dérivée du défaut d’audition. Cette conception reste toujours en vigueur dans le discours commun. Les dénominations “sourd-muet” ou “sourd et muet” parlent d’elles-mêmes. Le fait qu’un sourd prononce imparfaitement la langue orale n’est dû à aucune déficience de l’appareil phonatoire, mais à la déficience de l’audition qui l’empêche d’apprendre les sons d’une langue de manière naturelle. En ce cas, faut-il dire tout simplement “sourd” ?

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Dans un sens figuré, cophos désignait le faible d’esprit, sans intelligence. Ici, le manque n’est pas localisable matériellement mais métaphoriquement et c’est l’image de la surdité qui est convoquée pour le désigner. Cet usage figuré du mot sourd par les Grecs est toujours d’actualité dans le discours politique d’aujourd’hui, comme dans les champs artistique, journalistique ou éducatif.

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Depuis le champ sémantique plus étroit – celui qui se réfère à l’audition – du mot sourd, jusqu’à celui des métaphores qui peuplent les fantasmes de ceux qui voient dans la surdité la source de tous les maux (l’incompréhension, l’incommunication, le défaut d’intelligence), la trace de la nomination d’antan marque toujours le présent de son empreinte.

Comment nommait-on aux XIXe et XXe siècles ?

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Au XIXe siècle, le mot “sourd” servait à désigner ceux que nous appelons aujourd’hui les “devenus sourds” et les “malentendants”. Le terme était utilisé dans le sens de “dur d’oreille”, tandis que le mot “cophose” désignait la surdité totale. Cependant les termes “sourd-muet” ou simplement “muet” étaient réservés aux sourds de naissance et aux sourds prélinguaux [4][4] B. Mottez, « Une entreprise de dé-nomination : les.... En langue des signes, les sourds désignaient les entendants par un geste qui signifiait “parlant” (l’index tendu horizontalement face aux lèvres tourne comme un moulinet), tandis que pour se désigner eux-mêmes ils employaient le signe “sourd-muet”, en déplaçant l’index de l’oreille à la bouche. Cette désignation a plus de deux cents ans d’histoire dans la plupart des pays du monde et elle est acceptée généralement par tous les sourds.

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Au XXe siècle, les revues spécialisées, tout comme de nombreuses institutions d’éducation de sourds commencent à changer de nom. L’enseignement oraliste prétendant que la majorité des élèves parlaient, le terme “sourd-muet” est progressivement remplacé par “déficient auditif”, “malentendant” voire “hypoacousique”, ce qui signe, selon B. Mottez, le passage à la médicalisation de la surdité [5][5] Ibid., p. 108.. La terminologie qui entre dès lors en vigueur revient au champ sémantique du mot “sourd” en grec ancien, “être privé de quelque chose”. Quelque chose est manquant même si le manque n’est pas absolu. Cette conception justifiera le développement de techniques médicales qui viendront combler ce manque. Quelques années plus tard, les sourds revendiqueront la langue des signes comme alternative à l’oralité et le mot “muet” sera abandonné, bientôt remplacé par le mot “silencieux” : associations silencieuses, presse silencieuse, sport silencieux.

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Entre les années 1960 et 1970, se développent des mouvements identitaires aux États-Unis. La langue des signes longtemps dépréciée occupe alors le devant de la scène. Une nouvelle désignation apparaît, “Sourd” avec majuscule, rappelant que celui-ci est membre d’une réalité sociologique et linguistique déterminée [6][6] Ibid., p. 110.. Ce mouvement aura des effets dans le monde entier et particulièrement en France.

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Une autre expression fait son apparition pour désigner les sourds : “personne sourde”. Il s’agit de ne pas identifier la personne à son handicap mais de ne voir dans ce dernier qu’un des attributs de la personne. Cette attitude exprime l’impossibilité de voir dans la surdité une manière d’être-au-monde singulière. C’est pourquoi, dans ce registre, on ne parle pas d’un handicapé mais de quelqu’un qui a un handicap. Mottez remarque :

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[…] à propos des sourds-muets, on est passé en l’espace d’un siècle d’un nom à un adjectif et d’une catégorie anthropologique ou sociologique désignant des personnes à une catégorie purement médicale [7][7] Ibid., p. 109..

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Il y a des nominations qui réaffirment les identités et d’autres qui essaient de les détruire. La nomination devient alors un élément d’une stratégie de négation de l’existence d’autrui. La terminologie employée pour nommer les sourds – mais aussi d’autres catégories de handicapés – apparaît comme une manière de rapprocher celui qu’on voudrait nommer des critères de la normalité. « Ôtez l’empêchement et vous obtenez la norme » [8][8] G. Canguilhem, « La monstruosité et le monstrueux »,..., disait Canguilhem. Tout se passe comme si les sujets qui nous font face n’existaient pas en leur singularité. En refusant de les nommer, on nie leur place et même leur existence.

Les sourds et la philosophie

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Le monde des sourds et de la surdité constitue une source inépuisable de réflexions sur des questions qui ont marqué des étapes essentielles de l’histoire de la pensée philosophique. Certains débats ont porté sur le statut du signe en rapport avec la représentation et la signification ou encore sur la naissance du langage naturel et la proximité entre certains signes de la langue des signes et les signes naturels, argument en faveur de la théorie mimétique du langage naturel. Les références aux sourds ont fourni des arguments aux adeptes de l’innéité des idées, aux empiristes comme à ceux qui cherchaient une confirmation des hypothèses sensualistes. Elles ont pu aussi inspirer les penseurs qui tentaient de discerner les frontières entre animalité et humanité. De nos jours, la plupart des problèmes que les sourds rencontrent dans leur vie quotidienne et qui les privent d’un plein accès à l’exercice de leurs droits de citoyens sont liés aux débats sur le droit à la différence ou sur les droits communautaires versus les droits du citoyen, pour ne citer que ceux-là. Nous présenterons ici très sommairement quelques-unes de ces réflexions [9][9] Pour une lecture plus approfondie des idées philosophiques... qui sont à l’origine même de l’idée que philosophes et scientifiques se sont faite des sourds et de leur langue.

Sur l’origine des idées

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La controverse sur l’origine des idées, innéité selon le courant cartésien versus sensorialité dans la lignée de Locke, sera alimentée par des arguments que certains philosophes puiseront dans la thématique de la surdité ou de la cécité. L’exemple de la cire, livré par Descartes dans ses Méditations, est clair. Il est possible de connaître un objet non par l’impression de nos sens mais par l’idée de cet objet. Dans cette hypothèse, sourds ou aveugles devraient avoir une idée du son et des couleurs. Selon Descartes, en lieu et place des sens (fussent-ils manquants), c’est la faculté de “penser” qui formerait de telles idées.

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Suivant le principe aristotélicien selon lequel “rien n’est dans l’entendement qui ne fut déjà dans les sens”, la philosophie empirique conteste la théorie cartésienne de l’origine innée des connaissances. Les conséquences de ces prises de position sont d’un intérêt vital pour les sourds et les aveugles, dès lors que la privation d’un sens exclut la possibilité qu’ils acquièrent des connaissances par ce canal. Quel accès à l’entendement les sourds avaient-ils dans la perspective aristotélicienne ? Selon Aristote, seule la parole articulée atteste la faculté langagière. C’est la parole qui rend possible la pensée et constitue l’acte de raisonnement. Les échos de cette conception se font encore entendre aujourd’hui, lorsqu’on attribue aux sourds des difficultés d’abstraction ou de raisonnement déductif.

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Du point de vue de la phénoménologie de la sensation telle que l’expose Maurice Merleau-Ponty dans sa Phénoménologie de la perception, l’acte de percevoir s’associe à une signification que chaque être humain attribue à ce qu’il a perçu. Il ne s’agit pas simplement d’enregistrer les données recueillies par les sens dans le monde environnant mais de faire appel aux systèmes existants, aux perceptions antérieurement vécues, de chercher à rapprocher ce qui est perçu de ce qui est déjà connu et de recréer de manière singulière un sens nouveau. En revanche, dans la perspective empiriste, la sensation s’inscrit dans un monde objectif d’expériences, un monde en soi. D’où il ressort que, dans le cas des sourds ou des aveugles, la carence d’un sens entraînera le manque de connaissance d’une partie du monde que ce sens véhicule. Dans l’optique phénoménologique, les champs de perception du sourd comme de l’aveugle constituent plutôt des organisations particulières, un mode spécifique d’existence et d’être-au-monde.

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Condillac affirmait dans son Traité des Sensations en 1754 qu’un seul sens contient en germe toutes les facultés. L’idée d’une hiérarchie sensorielle est réfutée en partie par les constatations faites au sujet de l’éducation des sourds, qui montre une possible équivalence entre les sens. La découverte de la lecture labiale au XVIIe siècle par Amman et les premiers succès dans l’éducation des sourds grâce à cette méthode permettent de démontrer que la connaissance peut ne pas entretenir de relation étroite avec la naissance d’une idée et la sensation. Les précepteurs d’enfants sourds du XVIe au XVIIIe siècles ont tenté de leur enseigner les sons du langage par la reconnaissance du mouvement des lèvres comme par celle des vibrations tactiles reliées à l’émission de la voix. Pour les sensualistes, la pédagogie des sourds a permis une validation empirique de l’hypothèse de la suppléance sensorielle.

Entre humanité et animalité

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Dans les débats entre philosophes et savants du XVIIIe siècle, la surdité est l’un des paradigmes de la question des limites entre humanité et animalité. Les sourds ont mis en question le caractère phonologique du langage et le phonocentrisme qui lui est inhérent. Bien avant que la science et la philosophie aient reconnu d’autres modalités que le langage oral, les sourds ont été perçus comme des être dépourvus de langage et comme tels associés à une animalité qui rompait avec l’ordre du vivant. Leur mutisme et leur isolement les exclurent de la condition humaine. Si le langage constitue le seul indice qu’il existe une pensée latente dans le corps, et si d’autre part on ne le trouve que chez l’homme, ce sera en conférant un statut de langue aux signes que les sourds créent pour entrer en communication qu’on rangera ces derniers parmi les êtres humains. Il aura fallu attendre longtemps pour que de nouvelles perspectives s’ouvrent avec les études menées par Stokoe, linguiste nord-américain, qui dans les années soixante-dix a établi l’équivalence de la langue des signes avec les langues orales. Si la langue des signes est une langue, les sourds deviennent définitivement humains. Un nouvel ordre s’instaure.

La langue des signes, entre les débats et la vie

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Mimique, gestes, langage mimique, langue des gestes, langage gestuel, langue des signes. Ce n’est pas céder à un effet de mode ou à un caprice que de revenir à la nomination comme manière d’explorer les espaces discursifs qui reconnaissent des faits, élaborent des théories et prétendent donner vie. Mais il ne faut pas non plus y voir un acte de foi à partir duquel tout ce qui est nommé existe ou, à l’inverse, tout ce qui n’est pas nommé (ou tout ce qui est nommé variablement selon le temps et les paradigmes qui le sous-tendent) ne dispose d’aucun espace de vie propre. À travers l’histoire des sourds et de la langue des signes, certains discours à valeur prétendue de vérité ont attribué à l’abbé de l’Épée le titre de créateur de la langue des signes. Cette idée, qui relève plus du mythe que de la science, n’a évidemment jamais jailli de la plume d’un sourd. Non seulement parce qu’en France et dans le monde, il y avait des sourds qui parlaient la langue des signes bien avant l’apparition de l’abbé de l’Épée, mais encore parce qu’une langue ne naît pas de la génialité d’un seul homme mais d’un long processus d’immersion d’un groupe social dans un contexte nécessitant des interactions langagières mutuelles. Quoi qu’il en soit, au-delà des promotions et des interdictions de la langue des signes, ce qui est certain c’est que les sourds ont de tous temps utilisé leurs potentialités visuelles pour communiquer entre eux et avec le monde extérieur.

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Les philosophes du XVIIIe siècle se sont souciés de découvrir les traces d’une organisation de signes qui révélerait le mode de présentation des idées dans la pensée. Diderot pensait ainsi trouver dans la matérialité gestuelle du langage la pureté naturelle de l’ordre originel de la langue primitive. Sa pensée à ce propos est exposée dans sa Lettre sur les sourds et muets. Par ailleurs, la philosophie naturaliste, dominante à l’époque, a donné un caractère universel, naturel et originel à la langue des signes. C’est dans cette perspective qu’on a pu affirmer l’absence de grammaire dans la langue des signes, en raison de la relation prétendument pure et naturelle entre l’objet désigné et le signe. Et c’est cette prétendue pureté originelle qui permet de la concevoir comme une langue universelle [10][10] C. Cuxac, Le Langage des sourds, Paris, Payot, 1983,....

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La reconnaissance par l’abbé de l’Épée de la langue des signes comme langue naturelle donnait à cette langue un rôle d’outil méthodologique mais non d’objet métalinguistique en soi. Cet outil était mis au service de l’apprentissage du français, considéré comme une langue étrangère pour les sourds. L’abbé de l’Épée s’appuyait sur la langue des signes pour enseigner aux sourds, comme langue de départ à laquelle il apportait des modifications pour rendre intelligible la langue d’arrivée. De ces modifications naquirent les “signes méthodiques”.

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Les signes méthodiques établissaient une correspondance entre la langue des signes et le français. Ils prenaient au langage naturel les signes exprimant des choses ou des idées, auxquels étaient ajoutés des “signes grammaticaux” que l’abbé inventait lui-même pour indiquer les temps, les personnes, les genres et les fonctions grammaticales du français. Les signes méthodiques tomberont en désuétude. Selon Christian Cuxac, leur échec relève de deux raisons principales. La première est qu’une langue n’évolue pas par la volonté de l’homme et encore moins par celle d’un individu. La seconde tient à des découvertes récentes dans le cadre de nouvelles théories linguistiques selon lesquelles la structure d’une langue n’est pas indépendante du canal qui la véhicule. C’est pourquoi la tentative d’enseigner le français par le biais de gestes, ce que l’on appelle aujourd’hui le français signé, est vouée à l’échec [11][11] Ibid., p. 27..

De l’orphelin au citoyen

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Il est fréquent d’entendre dire que la surdité est un handicap invisible. On peut “voir” un handicapé moteur ou un aveugle mais on ne “voit” pas un sourd. Cette proposition est discutable. Si ce qui est invisible se rapporte à la fonction perdue, partiellement ou totalement, d’un organe, c’est-à-dire à une chose, alors le propos verse dans le truisme : on ne voit pas plus une insuffisance cardiaque ou rénale. Mais si la surdité est considérée dans sa dimension non de chose mais de relation [12][12] B. Mottez, « À s’obstiner contre les déficiences, on..., alors la proposition est tout simplement fausse : il suffit de voir des sourds discutant en langue des signes pour comprendre qu’ils sont sourds. Selon la légende, l’abbé de l’Épée a “découvert” la surdité en rencontrant deux sœurs conversant entre elles en signes. Accepter comme vraie la proposition citée revient donc à réduire la surdité à l’infirmité organique de celui qui en est porteur. Le débat se poursuit toujours et la “visibilité” sociale des sourds a connu de nombreuses fluctuations. Incontestablement, un temps fort de l’histoire des sourds se situe autour de la vie et de l’œuvre de l’abbé de l’Épée.

L’abbé de l’Épée et sa “découverte”

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Charles-Michel Lespée (1712-1789), devenu abbé de l’Épée, rencontre deux sœurs jumelles sourdes et muettes. Cette rencontre acquerra un caractère déterminant dans la nouvelle confrontation des entendants au monde de sourds. Il ne s’agit plus de remettre un enfant sourd fils de famille riche dans les mains d’un précepteur pour être éduqué, comme c’était le cas du XVIe siècle jusqu’à la première moitié du XVIIIe siècle. Mais il ne s’agit pas non plus de sourds reclus dans un espace asilaire – comme c’était le cas de sourds de familles pauvres ou abandonnés par elles – en raison d’une supposée débilité mentale. Il s’agit d’une rencontre, fortuite selon la légende, grâce à laquelle l’abbé découvre les sourds. C’est la visibilité de la communication et son caractère d’étrangeté qui pique la curiosité du prêtre. Cette relation au monde qui se déploie dans une dimension collective et non plus seulement individuelle marque l’amorce d’un changement du regard porté sur les sourds.

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La grande réussite de l’abbé de l’Épée fut de rendre public et de généraliser un enseignement avec la langue des signes comme langue d’instruction et de favoriser le développement et l’évolution de cette langue par le regroupement des élèves. De ce point de vue, l’abbé de l’Épée a joué un rôle incontestable pour soustraire les sourds de leurs ténèbres. Mais nous ne pouvons manquer de remarquer que l’heure de l’émancipation des sourds était loin d’avoir sonné, en raison non seulement des conditions sociales et juridiques de l’époque qui ne suivaient pas le même rythme de transformation, mais encore de la place que l’abbé assignait aux sourds dans sa pratique et ses discours. D’un côté, il les reconnaissait comme des êtres intelligents et susceptibles d’instruction au même titre que leurs pairs entendants, d’un autre côté, sa théorie de l’égalité de l’intelligence des sourds et des entendants admet quelques fluctuations, de son propre aveu :

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Nos Lecteurs pourront être surpris de la bassesse de nos exemples ; mais je les supplie de se souvenir que ce sont des Sourds et Muets que nous instruisons [13][13] Charles-Michel abbé de l’Épée, La véritable manière ....

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L’abbé de l’Épée n’échappe pas à cette question de la relation entre surdité et intelligence qui a traversé l’histoire des idées sur les sourds et qui reste d’une triste actualité. Il devient alors légitime de se demander quelles conditions seraient également nécessaires pour qu’advienne un changement réel et profond des mentalités.

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Un siècle plus tard, à partir de 1880, le congrès de Milan étendra sa chape de plomb sur la langue des signes et l’oralisme se déploiera sans partage. À cette tendance à l’exclusion sociale et à la marginalisation extrême, les sourds ont répondu en levant les mains en signe de protestation, en créant des associations et en organisant des congrès. Leurs mains n’ont jamais cessé d’élever leur voix. Il faudra attendre un autre siècle pour que la langue des signes change de statut dans les discours et les pratiques sociales, éducatives et médicales des entendants vis-à-vis de la communauté sourde.

Les sourds et la Révolution française

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À la fin du XVIIIe siècle, la multiplication des institutions pour sourds, l’organisation de séances publiques qui enracinent leur tradition dans celles de l’abbé de l’Épée et la publication d’ouvrages pédagogiques portent les sourds sur le devant de la scène publique, les rendant plus visibles qu’ils n’ont jamais été jusque-là. Leur existence sociale commence à être reconnue.

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Lorsque l’abbé de l’Épée meurt en décembre 1789, à l’âge de 77 ans, les débats sur la citoyenneté battent leur plein. Au-delà de l’autopromotion de son œuvre, c’est à la puissance publique que l’éducation des sourds doit son formidable essor après la mort de l’abbé. Désormais, c’est à la Nation que revient la responsabilité de ses “enfants”. L’entreprise privée du pionnier de l’éducation des sourds devenait une question publique, nationale et même internationale.

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Malgré des luttes internes de pouvoir et des conflits relatifs aux orientations pédagogiques, les institutions pour sourds créées par la Révolution française facilitèrent leur regroupement, permirent qu’ils apprennent le français écrit et qu’ils développent et diffusent la langue des signes. Elles favorisèrent le rassemblement des sourds autour de revendications diverses et ouvrirent le chemin de leur participation non seulement aux pratiques pédagogiques qui les concernaient mais encore aux décisions qui étaient prises dans ce domaine, autrement dit elles contribuèrent de manière décisive à l’émergence, dans l’espace public, de la communauté sourde.

La naissance de la “nation sourde”

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La période révolutionnaire est ainsi le moment d’une redéfinition capitale des relations entre les sourds et les pouvoirs publics. Les conditions étaient réunies pour que le nouveau regard jeté sur les sourds rende possible leur reconnaissance comme citoyens.

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Au début du XIXe siècle l’Institution des Sourds-Muets de Paris sombre dans un état calamiteux. L’orientation oraliste commence à s’affirmer et cette politique déclenche la résistance des sourds. En 1834, 122 ans après la naissance de l’abbé de l’Épée, Ferdinand Berthier (1803-1886), professeur sourd à l’institution de Paris, et quelques-uns de ses collègues décident de créer un Comité de sourds-muets. La première décision de ce comité fut d’organiser des banquets annuels pour célébrer la naissance du “père des sourds-muets” :

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C’est avec le premier banquet commémorant sa naissance, le début du culte de l’abbé de l’Épée. C’est la date de naissance de la nation sourde. C’est l’année où pour la première fois les sourds-muets se sont donnés une sorte de gouvernement. Cela n’a jamais cessé depuis [14][14] B. Mottez, « Les banquets de Sourds-Muets et la naissance....

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C’est aussi la première fois au monde qu’une association de sourds est créée.

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La question est maintenant posée. Comment fera cette nation de sourds avec un chef et une langue propre pour survivre dans une France postrévolutionnaire qui proclame la langue française, langue unique de la République et qui s’enorgueillit de déclarer que “Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits” ? Que deviennent les droits des sourds qui recourent à une langue qui n’est pas la langue française ?

Quels chemins s’ouvrent-ils ?

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Les avatars de la nomination des sourds et les effets politiques de celle-ci sur la scène publique ont produit une lutte de pouvoirs et de savoirs entre sourds et entendants. Le discours dominant, celui des entendants, a longtemps monopolisé la parole pour décider à la place des sourds des politiques éducatives, de la valeur de la langue, de l’existence ou non de la culture sourde. Et ce discours a aussi monopolisé les formes de narration de l’histoire des sourds et de leur langue. La surdité est ainsi restée une question d’entendants tandis que les sourds réclamaient en vain un droit de cité.

Récit de soi et identité culturelle

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La question qui pourrait se poser est : comment (se) raconter à autrui ? Dans ce processus interviennent des regards et des représentations qui s’entrecroisent et dépendent de la manière de chacun de voir autrui et de se voir soi-même. Il ne s’agit nullement d’un processus individuel mais d’une construction culturelle, sociale et politique de la relation à l’autre. Si la culture est un territoire de différences qui nécessitent en permanence une traduction, la question sera de savoir qui traduit qui (ou qui représente qui) [15][15] Voir S. Duschatzky, C. Skliar, « Los nombres de los... et dans quel sens politique, ou encore, quels sont les systèmes au fondement de ces traductions. Ces regards sont traversés par la recherche assez constante d’euphémismes, manières de nommer autrui qui n’ont rien de neutre, loin s’en faut, puisqu’elles produisent des effets sur la vie quotidienne. De là notre intérêt à explorer le substratum de la nomination des sourds dans les discours du savoir.

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Que se passe-t-il quand ces formes de narration de l’histoire propre sont remplacées par des discours qui se font l’écho des voix de tiers ? Les entendants, tributaires d’une éducation qui transmet le savoir dans la langue naturelle de leur communauté, dominent la langue écrite et les formes de narration par lesquelles ils peuvent raconter leur propre histoire et celle des autres. Ce n’est pas le cas des sourds, dont la langue naturelle, la langue des signes, a été longtemps tenue éloignée (jusqu’à être interdite) des lieux d’enseignement. Les sourds doivent emprunter le chemin tortueux de l’apprentissage d’une langue qui leur est étrangère et qui joue le double rôle d’être la langue par laquelle on les instruit et l’objet même de l’instruction. L’importance accordée par l’éducation traditionnelle des sourds à l’acquisition de la langue dans sa modalité orale aux dépens de la langue écrite a été si forte que les bilans de l’éducation montrent un illettrisme généralisé de la population sourde. L’un des effets de cet échec est que le système scolaire qui surestime l’écriture comme façon de donner corps et d’enregistrer l’histoire devient incapable de la transmettre aux sourds, en même temps qu’elle exige d’y avoir recours. Mécanisme pervers qui entraîne soit la perte systématique du capital culturel et historique de la communauté sourde (dans sa matérialisation comme dans sa diffusion au sein de la communauté elle-même et à l’extérieur), soit la floraison de discours qui occupent le terrain de l’autre et parlent pour lui. De cette manière, les sourds deviennent impuissants à se raconter comme sujets de l’histoire et de la culture et demeurent assujettis au regard, au discours et à la voix d’autrui.

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Au sens métaphorique du terme, une traduction implique la manipulation de textes et de voix d’autrui, qui se retrouvent bientôt assimilés au style habituel de dire et de nommer de celui qui traduit, comme si celui-ci ne pouvait s’extraire de sa propre langue pour déchiffrer l’étrangeté [16][16] Ibid., p. 190.. Mais, même si l’on trouvait une manière de rendre possible une traduction qui ne s’approprie pas la culture d’autrui, le problème deviendrait insoluble dans la mesure où il n’existerait pas d’espaces qui autoriseraient des tiers à élever la voix, quelle que soit la façon qu’ils choisiraient de le faire. Il devient alors indispensable que les communautés distinctes, celle des sourds dans ce cas particulier, déterminent les écritures, les textes, les histoires qui leur offrent cohésion et pérennité et mettent en place un mode d’enregistrement. Si cela se réalisait, le présent prendrait une nouvelle envergure et s’enrichirait d’un passé commun et les communautés auraient une vison narrative de leur avenir comme groupe. Nous pourrions alors commencer d’entamer un dialogue interculturel où les narrations d’autrui n’auraient plus un caractère de monopole discursif mais d’un logos sur un pied d’égalité avec autrui.

Une minorité culturelle et linguistique ?

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Tout au long des siècles d’histoire des sourds et de leur langue, les conditions sociales, politiques et philosophiques de l’exclusion se sont progressivement modifiées, tantôt en un mouvement pendulaire, tantôt par des changements paradigmatiques. Cependant, alors même qu’émerge un paradigme socio-culturel qui définit les sourds comme une minorité linguistique et culturelle et non comme des sujets déficients, les discours et les pratiques éducatives, politiques et sociales reconduisent l’exclusion sous de nouvelles formes. Certaines représentations pourtant proches du bilinguisme dans l’éducation des sourds n’ont pas d’autre fonction que de maintenir le statu quo. Dans cette perspective, la langue des signes est perçue comme le moyen donné à l’élève sourd d’atteindre la langue officielle et, grâce à celle-ci, d’appréhender le savoir officiel rendu explicite par le discours de celui qui détient le pouvoir, le maître évidemment entendant. Il ressort de cela que l’idéologie qui a inscrit le sourd dans le discours de la déficience par le biais de dispositifs politiques et sociaux, oriente et limite le regard qu’on jette sur lui comme individu concret. L’intégration scolaire, qu’elle soit individuelle ou en petits groupes de sourds dans une classe d’entendants, même en présence d’assistants ou d’interprètes en LSF est, selon moi, la mise en œuvre du discours de la déficience dans la version moderne de l’exclusion sociale. Le sourd demeure inscrit dans une conception médicale dont les outils thérapeutiques au service du rétablissement de la fonction défaillante ne sont pas forcément des prothèses auditives, des implants cochléaires ou des techniques d’oralisation, mais la participation au monde de la majorité dite “normale” par l’intermédiaire de l’intégration scolaire. Le modèle des classes annexées dans les collèges d’enseignement général est plus favorable, de mon point de vue, au développement d’une pratique bilingue et interculturelle qui reconnaisse au sourd des potentialités culturelles, cognitives et de communication. Des enseignants bilingues, des enseignants sourds, une langue des signes moyen de communication et sujet d’analyse métalinguistique, une histoire et une culture sourdes, en somme, un contexte qui met les deux mondes sourd et entendant en relation réelle et effective, tout cela fait partie de l’être-au-monde du sourd comme de celui de l’entendant en relation avec le sourd, que nous l’acceptions ou non.

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Au-delà de l’éducation, il est essentiel de mettre en relation le sourd partie intégrante d’une communauté culturelle et linguistique minoritaire et le sourd sujet des droits de l’homme et du citoyen. La question qui se pose alors est la suivante : quelle institution politique a réellement pour objectif de lutter pour ces droits qui sont le fondement même du modèle démocratique de l’État-Nation ?

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Si nous avons choisi de nous placer sur le terrain de la nomination des sourds, ce n’est pas pour découvrir une nouvelle manière, originale, de les nommer. La nomination en soi nous importe moins que ses effets sur la vie concrète des individus. Tant que les entendants ont refusé d’accorder aux sourds un statut d’être humain, le pouvoir de nommer et d’exclure des premiers a laissé les seconds hors de toute participation sociale active. Mais quand les États-Nations modernes ont tenté d’éliminer tout obstacle à l’accès des hommes, y compris des sourds, à la condition de citoyens, ces derniers ont commencé à revendiquer leurs droits, leur langue et un contexte éducatif et social qui leur permette de se placer sur un pied d’égalité avec les entendants. Depuis plus de deux siècles de luttes en faveur de son émancipation, la communauté des sourds continue de subir discriminations et exclusion sociale. On est alors en droit de se demander : que fait l’État-Nation garant des droits du citoyen que lui-même a proclamés ?

Notes

[1]

G. Canguilhem, « Le Normal et le Pathologique » [1951], in La Connaissance de la vie, Paris, Vrin, 1998, p. 159.

[2]

B. Mottez, « Les sourds existent-ils ? », Psychanalystes, no 46-47, 1993, La Parole des Sourds. Psychanalyse et surdités, p. 57.

[3]

I. Keijzer, La Surdité dans la société gréco-romaine, Mémoire de maîtrise de Lettres classiques, Université Paul Valéry, Montpellier, 1995-1996, p. 17.

[4]

B. Mottez, « Une entreprise de dé-nomination : les avatars du vocabulaire pour désigner les sourds aux XIXe et XXe siècles », in Fragments pour une histoire : notions et acteurs, H. J. Stiker, M. Vial, C. Barral (dir.), Paris, Alter, 1996, p. 101.

[5]

Ibid., p. 108.

[6]

Ibid., p. 110.

[7]

Ibid., p. 109.

[8]

G. Canguilhem, « La monstruosité et le monstrueux », in La Connaissance de la vie, p. 180.

[9]

Pour une lecture plus approfondie des idées philosophiques liées à la surdité voir : B. Virole, La Surdi-mutité, de l’histoire des idées à la psychanalyse, Thèse de doctorat de psychanalyse, Université Denis Diderot, Paris VII, 1989.

[10]

C. Cuxac, Le Langage des sourds, Paris, Payot, 1983, p. 29.

[11]

Ibid., p. 27.

[12]

B. Mottez, « À s’obstiner contre les déficiences, on augmente souvent le handicap : l’exemple des sourds », Sociologie et Société, 1977.

[13]

Charles-Michel abbé de l’Épée, La véritable manière d’instruire les sourds et muets, Paris, Nyon l’aîné, 1784 ; réédition Paris, Fayard (Corpus des œuvres de philosophie en langue française), 1984, p. 45.

[14]

B. Mottez, « Les banquets de Sourds-Muets et la naissance du mouvement sourd », in Le Pouvoir des Signes, Paris, INJS, 1989, p. 170.

[15]

Voir S. Duschatzky, C. Skliar, « Los nombres de los otros. Narrando a los otros en la cultura y en la educacion », in J. Larrosa, C. Skliar, Habitantes de Babel. Política y poética de la diferencia, Barcelone, Editorial Laertes, 2001, p. 189-190.

[16]

Ibid., p. 190.

Résumé

Français

Résumé : Entre les discours de la déficience (qui peut être compensée), ceux du handicap (qui appellent l’intégration) et ceux de la différence (qui ne font souvent que maintenir le statu quo), les sourds, depuis l’Antiquité, ont du mal à trouver “leur” place. Exclus de la communauté des hommes, les sourds ont-ils accès au langage ? À la pensée ? Leur situation rencontre une évolution décisive avec la reconnaissance par l’abbé de l’Épée de la langue des signes et l’hypothèse de son usage pour leur instruction. Mais l’histoire du XIXe et du XXe siècle montre aussi que la volonté sociale de réparation (médicalisée) et d’intégration (scolaire) ont reconduit sous d’autres formes la dénégation de leur être-au-monde propre, de leurs spécificités culturelles et linguistiques.

Titres recensés

  1. Entre déficience et différence : les sourds
  2. Quand il s’agit de nommer
    1. Étymologie et sémantique du mot sourd en grec et en latin
    2. Comment nommait-on aux XIXe et XXe siècles ?
  3. Les sourds et la philosophie
    1. Sur l’origine des idées
    2. Entre humanité et animalité
    3. La langue des signes, entre les débats et la vie
  4. De l’orphelin au citoyen
    1. L’abbé de l’Épée et sa “découverte”
    2. Les sourds et la Révolution française
    3. La naissance de la “nation sourde”
  5. Quels chemins s’ouvrent-ils ?
    1. Récit de soi et identité culturelle
    2. Une minorité culturelle et linguistique ?

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