CAIRN.INFO : Matières à réflexion
Où il y a étonnement, il y a désir d’expérience
John Dewey

Introduction

1 Depuis l’Antiquité, la notion d’étonnement est convoquée de façon récurrente pour désigner cette démarche de prise de recul et de remise en question du monde qui nous entoure. En tant qu’initiateur de l’activité réflexive, c’est à travers cette démarche que l’homme éprouve les limites de ses connaissances et s’engage dans une démarche d’acquisition de nouveaux savoirs. Si la question appelle la connaissance, c’est l’étonnement qui appelle la question. C’est à travers ce processus d’“étrangéification de l’ordinaire” que l’homme a depuis toujours trouvé un moyen de rompre avec les coutumes, de dépasser les croyances et de rompre avec l’immobilisme, la certitude et les allants de soi. Dans le champ de l’éducation, cette notion nous intéresse tout autant, sans doute parce qu’on la lie intuitivement à la vie intellectuelle des individus et aux formes d’innovations qui lui sont corrélées. En effet, en tant que déclencheur de l’activité réflexive, l’étonnement est ce processus à travers lequel le sujet prend soudainement conscience que ce qu’il tenait habituellement pour vrai ou acquis ne fonctionne plus et qu’il doit reconsidérer la situation sous un jour nouveau. C’est un “ouvreur de pensée” qui met l’intelligence en mouvement et qui, par conséquent, se situe aux sources de l’apprentissage.

2 Force est pourtant de constater que la fonction concrète de ce geste de pensée demeure encore la plupart du temps méconnue du point de vue de ses origines, de sa dynamique et surtout de son utilité. L’ambition n’est pas ici de s’engager sur le chemin périlleux de la vérité ultime de l’étonnement mais beaucoup plus modestement d’essayer de comprendre sa fonction réelle dans le quotidien de la vie des individus.

3 En revenant tout d’abord sur l’étymologie de cette notion, nous étudierons ensuite la manière dont celle-ci peut être convoquée au sein d’une approche pragmatiste de la construction des connaissances des sujets en situation d’action. Nous inscrirons pour cela notre propos dans la philosophie de l’expérience de John Dewey et plus particulièrement en référence à sa théorie de l’enquête [1].

L’étonnement comme un “coup de tonnerre”

Attonare et estournement

4 La notion d’étonnement tire son origine du latin attonare, qui signifie littéralement “frapper par la foudre”. Ce mot qui possède la même racine que “tonnerre” a d’abord été employé pour désigner quelqu’un d’“étourdi par un coup violent” ou “frappé de stupeur”. Dans ses premiers usages, la notion renvoie donc à un état psychologique d’“épouvante” ou d’“effroi”. Le mot estournement fut d’ailleurs longtemps employé pour décrire une violente émotion ou un sentiment de stupéfaction. L’adjectif “étonné” était quant à lui employé pour décrire une personne “hébétée” et “troublée” par une expérience bouleversante ainsi que par le choc qui l’accompagne. On disait de quelqu’un qu’il était “étonné comme si les cornes lui venaient à la tête” lorsque découvrant soudainement que ce à quoi il s’attendait venait d’échouer ou de rater. On employait aussi l’expression “étonné comme un fondeur de cloches” pour décrire celui qui fait ou voit s’effondrer les cloches et qui en est physiquement estonné. Ce n’est qu’à partir de la fin du XVIIe siècle que la notion d’étonnement perd peu à peu cette dimension de vertige qui lui était initialement attribuée pour prendre la signification moderne qu’on lui connaît. Le principe d’ébranlement ou d’altération auquel renvoyait initialement cette notion n’a été conservé que dans les usages techniques du terme. En architecture, la notion d’étonnement sert toujours aujourd’hui à désigner une lézarde dans une voûte. En minéralogie, on emploie ce terme pour désigner un silex fendillé ou craquelé et en joaillerie pour indiquer l’éclatement d’un diamant. Les vétérinaires parlent d’“étonnement du sabot” pour désigner un ébranlement dans le pied d’un cheval occasionné par un choc violent. C’est aussi un terme employé par les mineurs, dans le sens d’“étonner la roche” afin d’en rendre l’abattage plus facile. L’idée de violente émotion et de sentiment de stupéfaction a ainsi cédé peu à peu sa place à une connotation moins violente et plus atténuée. Ce phénomène de glissement sémantique est entre autres à l’origine d’une confusion de ce terme avec une autre notion qui lui est proche, celle de “surprise”.

“S’étonner de…” versus “Être surpris par…”

5 Si aujourd’hui les mots “surpris” et “étonné” s’emploient de façon interchangeable, il n’est cependant pas opportun de les confondre. Il y a en effet au départ dans la notion d’étonnement l’idée d’un choc, d’une violente altération ou d’un trouble violent de l’âme et du corps qu’il est important de ne pas oublier. Alors que la notion de “surprise” renvoie essentiellement à une émotion éprouvée par un sujet passif et subissant, l’“étonnement” désigne au contraire un processus de dérangement et d’engagement actif dans la situation. À la différence de la surprise qui relève d’une attitude passive face à un événement extérieur, l’étonnement suppose l’engagement du sujet dans une activité réflexive face à un objet ou un phénomène inaccoutumé. Si la surprise renvoie à une émotion de brève durée, l’étonnement se situe davantage du côté de l’engagement d’un processus intellectif. L’étonnement renvoie en effet à l’idée d’une « affection dans la représentation de nouveauté qui dépasse ce que l’on attend » [2] et donc à l’idée d’un processus beaucoup plus affectif que celui d’une contemplation figée devant le “merveilleux” ou le “splendide”.

6 Afin d’être le plus précis possible, il s’agit en réalité de ne pas confondre “l’homme surpris par” et l’“homme qui s’étonne à propos de…” car, en réalité, ce ne sont pas les mêmes figures du sujet que l’on désigne alors. Pour bien comprendre cette nuance, un détour par les origines de ce terme est encore une fois nécessaire [3]. Le latin, pas plus que le français (qui dépend de lui sur ce point), ne connaît en effet de substantif ou de qualificatif qui désignerait “quelqu’un en train de s’étonner de”, ce qui reviendrait à insister sur l’étonnement comme “action en cours de la part d’un sujet agissant”. Tout comme le français, le latin utilise le participe passé passif : miratus, attonitus, ou stupefactus. Cependant, le français connaît le verbe “s’étonner”, qui traduit effectivement miror, mirare. Le déponent, alors que ses formes principales sont passives, a comme caractéristique de posséder un participe présent doté de la forme active : miror (forme passive) donne mirans (forme active), qui se traduirait par “en train de s’étonner”, différent de miratus, signifiant “étonné”. La même distinction peut d’ailleurs être réalisée à propos de la notion d’“émerveillement”, à laquelle est souvent accolée celle d’étonnement. Issu du latin populaire mirabilia ou miribilia, ce dernier est le pluriel neutre substantivé au sens de “choses admirables, étonnantes” et donc issu étymologiquement de “admiration”. En ancien français, “c’est merveille” signifiait “c’est très surprenant, extraordinaire”, qui a donné plus tard “émerveiller” puis “émerveillement”. Il y a dans l’émerveillement l’idée d’un ébahissement devant quelque chose ou quelqu’un de “fascinant” qui ne doit pas être confondu avec l’étonnement. La fascination relève d’un processus tautologique dont on ne peut rien dire d’autre à part “je suis fasciné par” ou “ça me fascine”, ce qui est substantiellement différent de l’acte d’étonnement.

7 Voilà pourquoi il ne semble pas souhaitable de confondre l’étonnement avec la surprise et d’employer de façon interchangeable ces deux termes comme c’est la plupart du temps le cas dans le langage courant. C’est en effet à cette condition que la dimension active et dynamique incluse dans la notion d’étonnement peut être appréhendée et étudiée du point de vue de ses effets sur les activités de penser du sujet. Alors que l’“état de surprise” désigne un sujet subissant l’apparition d’un phénomène inattendu, l’étonnement induit une démarche, la mise en route d’un processus actif par un sujet impliqué dans une situation. Il traduit la mobilisation d’un processus de subjectivité chez celui qui le vit et non pas seulement une sorte d’“arrêt sur image” ou de contemplation immobile :

8

Ne confondons pas. L’étonnement n’est pas la surprise […] Pour être étonné, il faut non seulement que ces vivants soient surpris, mais qu’ils soient dérangés dans leurs certitudes, que soient mises à mal leurs conceptions, que soient bousculées leurs représentations, habitudinaires par nécessité [4].

9 Ce qui distingue l’“étonnement” de la “surprise” et même de l’“émerveillement”, c’est la dimension intellectuelle qu’il suppose, c’est-à-dire l’engagement du sujet dans un processus de réflexivité et d’expérimentation face à l’étrangeté d’un phénomène ou d’une situation rencontrée. C’est d’ailleurs selon cette acception première que la notion est classiquement convoquée pour désigner un mouvement de prise de recul et de remise en question du monde, à travers lequel s’initie la démarche philosophique.

L’origine de la démarche philosophique

10 Ce n’est pas par hasard si Jeanne Hersh, dans son ouvrage retraçant l’histoire de la philosophie, a choisi d’intituler celui-ci : L’étonnement philosophique : une histoire de la philosophie. Cette dernière peut en effet être étudiée du point de vue des étonnements successifs à travers lesquels les hommes se mirent à penser et reconsidérer le monde dans lequel ils vivent. Depuis les premiers penseurs de l’Antiquité jusqu’aux travaux les plus contemporains, cette thématique est abordée de façon récurrente au fil des époques pour évoquer ces points de repère que sont les « tournants de la pensée, moments privilégiés où un regard plus neuf ou plus naïf fait surgir les quelques questions essentielles qui, désormais, ne cessent de se poser pour peu qu’on renonce à les dissimuler par le bavardage ou la banalité […]. Savoir s’étonner, c’est le propre de l’homme […] tel est chez l’homme le processus créateur » [5].

Au commencement était l’étonnement

11 La notion d’étonnement est convoquée par les Grecs dès l’Antiquité. Ce grand principe consistant à s’étonner pour réinterroger le monde qui nous entoure est d’ailleurs chez Socrate l’essentielle qualité du philosophe. Plusieurs dialogues repris par Platon font d’ailleurs explicitement apparaître que la démarche d’étonnement est depuis toujours considérée comme le point d’origine de toute démarche philosophique :

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Théétète : Et par les dieux, Socrate, à quel point je m’étonne de ce que ces choses-là peuvent bien être, cela dépasse les bornes ; et quelquefois, pour dire le vrai, quand j’y porte le regard j’ai la vue qui s’obscurcit.
Socrate : C’est que Théodore, mon cher, paraît ne pas mal deviner au sujet de ta nature. Car c’est tout à fait de quelqu’un qui aime à savoir, ce sentiment, s’étonner : il n’y a pas d’autre point de départ de la quête du savoir que celui-là… [6].

13 Quand on évoque la notion d’étonnement, on se réfère aussi traditionnellement à la métaphysique d’Aristote. Selon lui, c’est toujours à travers un étonnement que la pensée se met en marche et ouvre de nouveaux horizons de pensée :

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Ce fut, en effet l’étonnement qui poussa, comme aujourd’hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. Au début ce furent les difficultés les plus apparentes qui les frappèrent, puis, s’avançant peu à peu, ils cherchèrent à résoudre des problèmes plus importants, tels que les phénomènes de la lune, ceux du soleil et des étoiles, enfin la genèse de l’univers [7].

15 Le philosophe perçoit là non seulement la condition sine qua non pour « échapper à l’ignorance » mais aussi le point de départ de toute construction scientifique valide : « Le commencement de toutes les sciences, c’est l’étonnement de ce que les choses sont ce qu’elles sont : telles les marionnettes qui se meuvent d’elles-mêmes, au regard de ceux qui n’en ont pas encore examiné la cause… » [8]. Ce principe sera aussi repris et théorisé beaucoup plus tard par Kant dans Critique de la faculté de juger. Ce dernier confère également à l’étonnement une place fondamentale dans ce processus de mise en mouvement de la pensée : « L’étonnement est un choc de l’esprit qui procède de l’incompatibilité d’une représentation, ainsi que de la règle qu’elle donne, avec les principes qui se trouvent déjà dans l’esprit comme fondements ; et celui-ci suscite un doute : a-t-on bien vu ? A-t-on bien jugé ? » [9]. Plus que la notion elle-même, c’est donc le principe qu’elle recouvre qui est ici considéré comme fondamental et premier dans la démarche de connaissance : celui de considérer les allants de soi et les pré-requis comme étranges, douteux et donc questionnables. Il y a au cœur de l’étonnement l’idée d’une prise de distance avec le monde et ainsi de libération de l’homme de ses croyances et préjugés. Lorsque le philosophe manifeste son étonnement, c’est pour marquer un écart avec le sens commun, une mise en mouvement du questionnement et donc l’exercice de l’intelligence. C’est à travers lui que l’homme sort des sentiers battus, des limites et des frontières traditionnelles de la pensée. Au-delà de la notion d’étonnement en elle-même, c’est son pouvoir d’initiation de la pensée et de fécondation du nouveau qui est traditionnellement évoqué. Il s’agit de questionner les coutumes, de dépasser les croyances et de rompre avec l’immobilisme et la détermination des formes de pensées préétablies. C’est d’ailleurs selon ce principe que la démarche philosophique en elle-même est parfois décrite comme relevant d’un processus d’étonnement. À la question « Qu’est-ce que la philosophie ? », Gilles Deleuze et Félix Guattari répondent en effet de cette façon : « Se connaître soi-même – apprendre à penser – faire comme si rien n’allait de soi – s’étonner, “s’étonner que l’étant est” » [10]. Il s’agit dans tous les cas de l’aptitude humaine à reconsidérer le réel et ce qui paraît a priori proche et certain pour le faire apparaître sous un nouveau jour. Cette idée de “destruction positive” ou de renversement des perspectives établies contenue dans la notion d’étonnement est d’ailleurs convoquée dans le champ de la philosophie des sciences et de l’épistémologie.

La mère de toute science

16 On retrouve à de nombreuses reprises chez Gaston Bachelard l’évocation de la notion d’“étonnement” pour désigner ce moyen à travers lequel tout chercheur remet en cause les cadres anciens et le dogmatisme des idées reçues pour conquérir un savoir rationnel et vérifiable. Quel que soit le domaine disciplinaire, l’étonnement représente alors le principe fondateur de la démarche scientifique : « De ces étonnements de culture théorique qui comme des électrochocs, bouleversent des rationalités périmées et déterminent de nouvelles organisations rationnelles du savoir » [11]. En partant du postulat que le critère de validité de toute science réside dans sa capacité à rompre avec le sens commun, c’est à travers une démarche d’étonnement que le chercheur parvient à se débarrasser des croyances, des coutumes et des idées reçues. C’est donc d’une certaine façon avec l’étonnement que débute la « formation de l’esprit scientifique » [12] dans la mesure où il introduit un écart et une prise de distance avec l’« expérience première » ou la « connaissance générale » de l’opinion. Ce n’est dès lors pas un hasard si l’étonnement est souvent défini comme « la mère de toutes sciences » dans la mesure où il constitue la première étape de la démarche de connaissance. « C’est ainsi qu’une culture scientifique rencontre, en tous ses progrès, de véritables étonnements de l’intelligence qui viennent sans cesse contredire le dogmatisme du savoir acquis, sans cesse rectifié des rationalités trop élémentaires » [13]. Il s’agit là d’un principe général conditionnant à la fois la validité, mais aussi l’originalité de toute démarche scientifique qui part du constat que « devant le monde lent et terne de l’expérience grossière, on désapprend bien vite à s’étonner » [14]. L’étonnement est depuis toujours le moyen qu’ont trouvé les hommes de réinterroger le quotidien et de continuer à douter et à s’interroger.

17 Quelles que soient les époques et quels que soient ses champs d’application, cette notion traduit ainsi la mise en route du processus de questionnement, de réflexivité et de découverte. Au-delà des différentes cultures théoriques au sein desquelles elle est convoquée, un principe commun perdure : celui d’une prise de recul, d’une réintégration et d’un processus d’ouverture de l’esprit au nouveau. Loin de ne constituer qu’une lointaine métaphore universelle, cette démarche peut au contraire être entrevue comme un geste de pensée concret, effectif et qualifiable du point de vue de ses potentialités d’action. Le principe d’étonnement devient alors, et selon une perspective pragmatiste, un processus mental jouant un rôle déterminant dans l’apprentissage et l’élaboration de nouveaux savoirs d’action.

Vers une approche pragmatiste de la démarche d’étonnement

18 En abandonnant la notion d’étonnement à la démarche de connaissance ultime des choses et des raisons absolues de l’entendement humain, le risque est de faire de ce principe l’apanage des “cogito-penseurs” et des “philosophes professionnels”. Plutôt que de chercher dans l’étonnement une démarche “surnaturelle” selon laquelle les hommes s’extraient de leur quotidien, il s’agit d’insister sur l’idée selon laquelle celui-ci survient dans le cours ordinaire des choses de la vie. Cela consiste à envisager cette démarche sous l’angle fonctionnel en étudiant non plus uniquement sa nature mais aussi la place effective qu’elle occupe dans l’activité humaine. À l’étonnement métaphysique et hyperbolique, nous préférons l’étonnement local, circonstancié et appréhendable du point de vue de son origine et de ses effets dans la conduite de l’action.

19 S’il est possible de considérer la démarche d’étonnement comme un “dépaysement de la pensée” ou un processus d’“étrangéification du réel”, alors il s’effectue dans et par les situations ordinaires de l’existence. Celle-ci peut être appréhendée comme une dynamique de changement des cadres de l’expérience qui s’effectue au travers de ces explorations quotidiennes. Si le premier réflexe lorsqu’on aborde cette question est de se pencher du côté de ce qui sort de l’exceptionnel, encore faut-il bien comprendre que : « L’appel à l’ordinaire est inséparable de ce moment sceptique, où le monde radicalement nous chagrine, nous échappe » [15]. Il ne s’agit donc pas d’envisager cet acte de pensée comme s’initiant dans un arrière-monde inaccessible à l’occasion de rencontres exceptionnelles mais dans un rapport d’étroite proximité avec les objets du quotidien. L’homme qui s’étonne est celui qui se confronte à l’inquiétante étrangeté de l’ordinaire, du commun et du familier. Il est celui qui, avec Emerson, « ne demande pas le grand, le lointain, le romanesque ; ni ce qui se fait en Italie ou en Arabie ; ni ce qu’est l’art grec, ni la poésie des ménestrels provençaux ; [mais] embrasse le commun, explore le familier » [16]. Retrouver le caractère énigmatique et donc essentiel des événements de l’ordinaire, voilà ce à quoi nous invite cette étude. Étudier la démarche d’étonnement invite ainsi à se méfier des grandes choses lointaines et absolues pour prendre en compte ces expériences inattendues du quotidien qui sont sources de remise en question des allants de soi.

20 Il s’agit pour cela de convoquer la notion d’étonnement selon une perspective théorique dans laquelle celle-ci est appréhendée non plus du point de vue de son essence mais de son utilité dans la démarche de connaissance. C’est par exemple le cas au sein de la théorie de l’enquête élaborée par John Dewey.

Le rôle de l’étonnement dans la philosophie de l’expérience de John Dewey

21 John Dewey fut un des principaux représentants du pragmatisme américain (avec W. James, C.S. Peirce, G.H. Mead) et l’auteur d’une théorie originale de l’expérience. L’œuvre abondante de cet auteur [17] peut, malgré les multiples sujets abordés (la démocratie, l’éducation, la morale, le développement humain), être étudiée à partir d’une problématique centrale : qu’est-ce que l’expérience et comment se construit-elle ? Soucieux de proposer un modèle universel d’intelligibilité de la démarche de connaissance, il élabora ce qu’il appelle une « théorie de l’enquête ».

La théorie de l’enquête

22 L’“enquête” est une notion classique de la philosophie pragmatiste de l’école de Chicago. Les principaux représentants de ce collège de pensée en font d’ailleurs écho dans chacune de leurs œuvres respectives. Tantôt abordée chez Pierce comme un processus de « fixation des croyances » [18] ou par Mead comme la « conduite réflexive contrôlée par l’intelligence » [19], elle est à cette époque mobilisée pour rendre compte des processus à travers lesquels un sujet, pour les besoins de son action, s’engage dans une conduite réflexive, contrôlée par l’intelligence. Rappelons d’ailleurs qu’au sein du pragmatisme américain, la connaissance est appréhendée du point de vue de son utilité pour l’action et l’“enquête” est alors envisagée comme le moyen à travers lequel se construisent de nouvelles connaissances tout au long de la vie.

23 Même si la notion d’“enquête”, au sens pragmatiste du terme, n’a donc pas été inventée au sens strict du terme par Dewey, dans la mesure où elle est très utilisée dans l’empirisme anglais et notamment chez Hume [20], il fut néanmoins celui qui a défini et exploité cette notion de façon plus approfondie. Elle occupe en effet une place tout à fait centrale au sein de l’œuvre de cet auteur qui, après l’avoir évoquée dans la plupart de ses travaux, lui consacrera son ouvrage de maturité : Logique. La théorie de l’enquête[21]. Celle-ci est alors définie comme la « transformation contrôlée ou dirigée d’une situation indéterminée en une situation qui est si déterminée en ses distinctions et relations constitutives qu’elle convertit les éléments de la situation originelle en un tout unifié » [22]. Cette activité d’expérimentation, d’investigation ou, comme il l’appelle parfois, de « pensée réflexive », est entendue comme la démarche contrôlée à travers laquelle le sujet parvient à convertir une situation douteuse et donc dans laquelle il ne peut agir en une situation suffisamment claire, stable au sein de laquelle la continuité de l’action est retrouvée. Il part du postulat selon lequel l’individu ne se met à penser et à réquisitionner ses habitudes d’activité que lorsqu’une situation problématique se présente à lui. C’est parce que les hommes rencontrent des problèmes ou des obstacles qui « embarrassent » leurs actions qu’ils sont amenés à réquisitionner leur environnement et à exercer leur capacité de penser. Selon cette logique, la construction de nouvelles connaissances résulte d’un travail d’exploration, d’investigation et de mise à l’épreuve des représentations habituelles lorsqu’un obstacle ou une épreuve nous empêchent d’agir comme nous l’avions initialement imaginé :

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La pensée trouve son origine dans des conflits particuliers et dans l’expérience qui occasionne perplexité et trouble. Les hommes ne pensent pas quand ils n’ont pas d’ennuis à affronter, pas de difficultés à surmonter. Une vie de confort, de succès sans effort serait une vie sans pensée et il en va de même pour une vie toute puissante et facile. Des êtres qui pensent sont des êtres qui se sentent à l’étroit et contraints dans leur vie au point de ne pouvoir conduire une action jusqu’à son terme [23].

25 Cette démarche concerne tous les objets de la vie dont nous faisons l’expérience (des problématiques du quotidien comme celles des plus grandes recherches théoriques) et quels que soient l’âge et le niveau de maturité de celui qui la met en œuvre :

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l’enquête est un processus qui concerne l’ensemble de notre expérience. Elle vaut pour tout ; pour les faits, comme pour les valeurs, pour le quotidien aussi bien que pour les champs de la plus grande abstraction, pour les domaines théoriques et spéculatifs d’un côté ou pratique, technique et professionnel de l’autre [24].

Le rôle de l’étonnement dans l’ouverture de l’« enquête »

27 Dans la théorie de l’enquête, l’étonnement occupe une place tout à fait centrale et première dans la mesure où celui-ci est appréhendé comme « la pulsation essentielle de la vie mentale » [25]. L’auteur fait d’ailleurs référence à de nombreuses reprises, au fil de son œuvre, au pouvoir dynamisant de l’étonnement dans la quête du savoir en l’évoquant comme ce processus à travers lequel s’opère le déclenchement de l’enquête productrice de nouvelles connaissances. Tout en repartant de l’antique tradition selon laquelle la démarche d’étonnement est « mère de toutes les sciences », Dewey l’inscrit cependant ici dans la vision pragmatiste qui est la sienne :

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Il n’est ainsi pas étrange qu’Aristote et Platon considèrent l’étonnement comme la source des sciences et de la philosophie, puisque l’étonnement est l’unique ressort qui peut conduire un homme au travers des strates de sa propre subjectivité, et par là même le placer dans cette relation active au monde qui est la condition fondamentale pour en approcher le sens [26].

29 C’est parce que le sujet s’étonne de la situation ou des événements qu’il rencontre qu’il est amené à sortir d’une démarche routinière et “habituelle”. Si toute activité d’enquête prend sa source dans une situation de “trouble” ou d’“instabilité”, cela n’est cependant pas suffisant, car si la difficulté est le stimulant indispensable de la pensée, toutes les difficultés ne provoquent pas de la pensée. C’est précisément de la capacité du sujet de s’étonner d’un phénomène ou d’un problème présent dans son environnement d’action que dépend tout processus de réélaboration de l’expérience : « Où il y a étonnement, il y a désir d’expérience, de contacts nouveaux et variés. Seule cette forme de curiosité garantit avec certitude l’acquisition des premiers faits sur lesquels pourra se baser le raisonnement » [27]. Un étonnement véritable survient lorsque le sujet rencontre l’inattendu et qu’à cette occasion il se met tout à coup à questionner le monde qui l’entoure. C’est donc du processus d’étonnement en situation d’action que dépend la possibilité pour le sujet d’apprendre et d’élaborer de nouvelles connaissances. Il débouche sur l’activité de questionnement et d’expérimentation du réel donc découlera de nouvelles capacités de pensée et d’action.

30 Le grand avantage d’une telle théorie de l’expérience est qu’elle permet d’étudier l’étonnement du point de vue de ses effets et à travers sa fonctionnalité dans la démarche de pensée. L’étonnement est alors dans cette optique étudié du point de vue de son rôle et de son utilité dans l’acquisition de nouveaux savoirs. Il devient ainsi caractérisable du point de vue de sa fonction ou de son « utilité » dans l’activité humaine en tant qu’« impulsion réflexive » initiatrice de l’activité d’enquête. Il est ce geste de pensée interrogateur, suscité par la survenance de l’inattendu et à travers lequel s’opère : « l’ouverture d’une parenthèse intellective dans un contexte non intellectif »  [28]. Au fil des rencontres avec l’inattendu et des occasions d’étonnement qui en découlent, le sujet élabore peu à peu de nouvelles connaissances opératoires permettant de diriger avec plus d’efficacité le cours des prochaines enquêtes. Les connaissances produites à l’occasion d’une démarche d’étonnement et d’enquête ne sont en effet pas descriptives ou scholastiques mais instrumentales. Ce sont de nouvelles forces opératives et instrumentales qui permettront de mieux qualifier le réel et de diriger le cours des expériences à venir avec plus d’assurance et de certitude.

31 Qualifier l’étonnement comme une impulsion initiatrice de la démarche d’enquête permet de désigner son rôle effectif dans l’activité de pensée et dans la démarche de production de connaissance du sujet. L’étonnement en tant que source de l’enquête s’inscrit alors dans une perspective développementale de l’individu dans et par l’action en tant qu’impulsion initiatrice de l’activité réflexive lorsque tout à coup quelque chose d’inattendu pose question. Loin de ne constituer qu’un vague sentiment d’incompréhension ou qu’une émotion subite, l’étonnement constitue le “moteur” de l’enquête et de l’expérimentation. Il représente cette impulsion réflexive et interrogative qui s’enracine dans un “désir vital” en tant que “manque” de repères et “élan” vers une meilleure compréhension d’un objet ou d’un phénomène qui vient troubler l’esprit.

L’étonnement comme principe organisateur de l’ingénierie pédagogique et didactique

Une pédagogie de l’étonnement

32 Si le processus d’étonnement a longtemps paru un phénomène lointain, mystérieux et difficilement compréhensible du point de vue de sa logique et de son mécanisme, c’est parce que nous le regardions la plupart du temps de “trop loin”. Il s’agit donc de débarrasser cette notion de « son fardeau de métaphysique et d’épistémologie stérile » [29] pour l’inscrire dans une approche pragmatiste de la connaissance. Cette conception de l’étonnement rejoint d’ailleurs les travaux de Louis Legrand à ce sujet. L’auteur du rapport Pour un collège démocratique[30] place en effet au cœur de son travail et de ses propositions pour l’école la notion d’“étonnement” et plus précisément la démarche d’étonnement qu’il considère comme la source vive de tous progrès intellectuels. Il publie en 1960 un ouvrage adressé principalement aux enseignants du primaire intitulé Pour une pédagogie de l’étonnement[31]. Il s’agit pour lui de contribuer à une réforme de l’enseignement en France, qui souffre du poids de la “tradition” et des façons de penser pieusement entretenues de génération en génération : « À une pédagogie de l’observation, héritière du positivisme, nous croyons devoir opposer ici une pédagogie de l’étonnement » [32]. Le but premier de l’école n’est plus ici de permettre à l’élève d’acquérir des connaissances mais de favoriser le développement de l’enfant en lui fournissant les occasions et les moyens de s’étonner en classe.

33 “Provoquer l’étonnement” devient alors le principe organisateur d’une ingénierie pédagogique et didactique finalisée par la production de nouvelles connaissances chez l’apprenant. C’est par exemple dans cette optique qu’en didactique des sciences on parle d’« expériences contre-intuitives » visant à susciter chez l’élève une démarche de questionnement et d’expérimentation. Le but est de provoquer une déconstruction des idées reçues en organisant « une expérience qui produit un résultat inverse ou très différent de celui auquel on s’attend intuitivement » [33]. L’étonnement est ici convoqué dans une intention de déconstruction des idées préconçues et des allants de soi afin d’accéder à un savoir de type scientifique et rationnel. En formation des adultes, le principe visant à aménager des situations propices à l’étonnement constitue également un enjeu majeur pour les formateurs. On retrouve d’ailleurs explicitement cette intention dans de nombreux dispositifs d’analyse du travail consistant à confronter un professionnel à une séquence enregistrée de son activité [34] afin qu’il puisse se laisser surprendre par elle, la reconsidérer sous un nouveau jour, et à cette occasion enrichir ses compétences et développer son pouvoir d’agir. Dans tous les cas, l’étonnement n’est plus alors seulement une notion pour comprendre le processus d’apprentissage mais aussi un levier pédagogico-didactique.

34 À noter toutefois que pour cela, il s’agit non seulement d’aménager une situation éducative au sein de laquelle le sujet peut être en capacité de s’étonner mais aussi que celui-ci puisse convertir par la suite cet étonnement fondateur en une démarche de questionnement et de problématisation dont dépendra la réalisation de nouveaux apprentissages.

De l’étonnement à l’activité de problématisation

35 Si l’étonnement constitue le “moteur” du processus de réflexivité et d’enquête, il n’en demeure pas moins insuffisant du point de vue d’une démarche complète d’apprentissage et de production de nouveaux savoirs par le sujet. S’étonner ne constitue en effet qu’une première étape et « pour que l’étonnement soit heuristique, il faut qu’il débouche sur une problématisation » [35]. L’accomplissement de la démarche d’enquête suppose ainsi de ne pas en rester au stade de l’étonnement, c’est-à-dire à la caractérisation du problème et à son positionnement. En effet, il faut également que celui-ci engendre une activité cognitive consistant à élaborer et à mettre en tension les données du problème. Pour que ce processus soit heuristique, il faut que le sujet parvienne à le convertir en une démarche rationnelle, rigoureuse et contrôlée d’élaboration d’hypothèses jusqu’à ce qu’une nouvelle proposition opérationnelle soit élaborée : « cet étonnement serait stérile s’il ne débouchait pas sur un questionnement qui puisse se surveiller lui-même » [36]. Selon cette logique pédagogique, l’étonnement se révèle donc nécessaire mais néanmoins insuffisant, et tout l’enjeu pour le formateur va précisément être de permettre à l’apprenant de ne pas s’en tenir là mais plutôt de considérer celui-ci comme la première marche vers la connaissance.

Conclusion

36 Le postulat selon lequel le processus d’étonnement n’est pas l’apanage des grands penseurs mais de l’homme de tous les jours conduit à analyser son rôle effectif dans l’activité du sujet à l’occasion de la conduite de son action. Les situations du quotidien sont régulièrement matière à étonnement face à la survenance de l’inattendu qui oblige à s’informer, réfléchir et à problématiser afin d’atteindre les buts poursuivis. Il est d’ailleurs possible de concevoir l’éducation et la formation comme l’aménagement d’un ensemble de moyens visant à susciter l’étonnement chez l’apprenant. La question particulièrement délicate des conditions à réunir pour qu’une situation devienne source d’apprentissage et de développement peut, dans cette optique, être abordée du point de vue de sa capacité à générer l’étonnement chez le sujet et à « transmettre un minimum de moyens qui lui permettront d’exprimer son étonnement » [37]. Penser la formation et l’accompagnement des sujets comme l’aménagement d’un milieu fournissant aux acteurs l’occasion de s’étonner, de remettre en jeu les allants de soi et d’expérimenter d’autres manières de faire et de penser se révèle en ce sens pertinent. L’étonnement devient alors dans cette logique un principe organisateur de situations didactiques visant à encourager chez l’apprenant une démarche de réflexivité et de prise de conscience. Nul doute d’ailleurs que les récentes recherches portant sur l’intérêt de renouer avec une approche pragmatiste dans le champ de l’éducation [38] s’inscrivent notamment dans un souci toujours renouvelé de comprendre ce qui initie, réveille et redonne le goût de l’apprentissage et de la découverte chez l’apprenant, quels que soient son âge ou son niveau de qualification.

Notes

  • [1]
    J. Dewey, Logique, la théorie de l’enquête, trad. G. Deledalle, Paris, PUF, 2006.
  • [2]
    E. Kant, Critique de la faculté de juger, trad. A. Philonenko, Paris, Vrin, 1993, p. 157.
  • [3]
    Nous remercions chaleureusement Daniel Hameline pour ses précieux conseils à ce sujet.
  • [4]
    D. Hameline, « Petite métaphysique de l’étonnement », Éducation permanente, n° 200, 2014, p. 12.
  • [5]
    J. Hersch, L’étonnement philosophique, Paris, Gallimard, 1993, p. 7.
  • [6]
    Platon, Théétète, trad. M. Narcy, Paris, Flammarion, 1995, p. 163.
  • [7]
    Aristote, Métaphysique, t. I, Livres A-Z, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 2000, p. 9.
  • [8]
    Ibid., p. 11.
  • [9]
    E. Kant, Critique de la faculté de juger, p. 281-282.
  • [10]
    G. Deleuze, F. Guattari, Qu’est-ce que la philosophie ?, Paris, Minuit, 2005, p. 12.
  • [11]
    G. Bachelard, L’engagement rationaliste, Paris, PUF, 1972, p. 205.
  • [12]
    G. Bachelard, La formation de l’esprit scientifique. Contribution à une psychanalyse de la connaissance objective, Paris, Vrin, 1934.
  • [13]
    Ibid., p. 165.
  • [14]
    G. Bachelard, La dialectique de la durée, Paris, PUF, 1963, p. 62.
  • [15]
    S. Laugier, Recommencer la philosophie. Stanley Cavell et la philosophie en Amérique, Paris, Vrin, 2014, p. 265.
  • [16]
    R.W. Emerson, The American Scholar, trad. S. Chaput, Horizons philosophiques, vol. X, n° 2, 2000, p. 46. Allocution prononcée devant la société Phi Beta Kappa à l’université de Harvard, 31 août 1837.
  • [17]
    Né en 1859 et mort en 1952 à l’âge de quatre-vingt-treize ans, il publia pendant plus de soixante ans.
  • [18]
    C.S. Pierce, « Comment se fixent les croyances », Revue philosophique de la France et de l’étranger, t. 6, 1868, p. 553-569.
  • [19]
    G.H. Mead, L’esprit, le soi et la société, trad. D. Cefaï et L. Quéré, Paris, PUF, 2006, p. 177.
  • [20]
    D. Hume, Enquête sur l’entendement humain, trad. A. Leroy, Paris, Aubier, 1947.
  • [21]
    J. Dewey, Logique…
  • [22]
    Ibid., p. 169.
  • [23]
    J. Dewey, Reconstruction en philosophie, trad. P. Di Mascio, Paris, Galimard, 2014, p. 195.
  • [24]
    B. Frelat-Kahn, Pragmatisme et éducation – James, Dewey, Rorty, Paris, Vrin, 2013, p. 105.
  • [25]
    J. Dewey, La quête de certitude. Une étude de la relation entre connaissance et action, trad. P. Savidan, Paris, Galimard, 2014, p. 37.
  • [26]
    J. Dewey, Psychology, New York, Happer & Brother, Franklin Square, 1887, p. 262 (nous traduisons).
  • [27]
    J. Dewey, Comment nous pensons, trad. O. Decroly, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond, 2004, p. 45.
  • [28]
    G. Deledalle, « La théorie de l’enquête et le problème de la vérité » (Présentation), in J. Dewey, Logique…, p. 23.
  • [29]
    J. Dewey, Reconstruction en philosophie, p. 182.
  • [30]
    L. Legrand, Pour un collège démocratique : rapport au ministre de l’Éducation nationale, Paris, La Documentation française, 1982.
  • [31]
    L. Legrand, Pour une pédagogie de l’étonnement, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1960.
  • [32]
    Ibid., p. 6.
  • [33]
    R.E. Eastes, F. Pellaud, « Un outil pour apprendre : l’expérience contre-intuitive », Unions des professeurs de physique et de chimie, vol. 98, 2004, p. 1198.
  • [34]
    Y. Clot, Travail et pouvoir d’agir, Paris, PUF, 2009, p. 203.
  • [35]
    M. Fabre, « De l’étonnement au problème », Éducation permanente, n° 200, 2014, p. 101.
  • [36]
    Ibid., p. 105.
  • [37]
    J. Hersch, L’étonnement philosophique, p. 8.
  • [38]
    B. Frelat-Kahn, Pragmatisme et éducation…, p. 1.
Français

Résumé

S’il est des notions classiques et même représentatives de la démarche philosophique, nul doute que l’“étonnement” en fait partie. Depuis l’Antiquité, cette notion désigne le mouvement de prise de recul et de remise en question du monde qui nous entoure, à travers lequel s’initient la quête de connaissance et la production de nouveaux savoirs. L’étonnement occupe donc à ce titre une place tout à fait centrale et privilégiée dans la philosophe classique. Mais cette démarche peut également, et selon une perspective pragmatiste proposée par John Dewey, être étudiée en tant que processus situé, jouant une fonction concrète et observable dans l’acquisition de nouvelles connaissances par les sujets à l’occasion de leurs activités ordinaires. Selon cette approche théorique, l’étonnement ne constitue plus seulement une lointaine référence métaphysique et universelle désignant l’origine de la pensée mais aussi un processus effectif à travers lequel tout individu enrichit son expérience tout au long de sa vie.

Mots-clés

  • étonnement
  • enquête
  • expérience
  • éducation
  • pragmatisme.
Joris Thievenaz
Centre de recherche sur la formation (EA 1410)
Université Pierre et Marie Curie – Paris 6 Sorbonne
Mis en ligne sur Cairn.info le 13/07/2016
https://doi.org/10.3917/tele.049.0017
Pour citer cet article
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