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Le Temps des médias

2005/1 (n° 4)


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En décembre 1945 paraît un livre étonnant signé d’Henri Calet : Les Murs de Fresnes, 1945. L’auteur fait l’inventaire des inscriptions que, dans l’attente d’être jugés, transférés (en Allemagne, pour « une destination inconnue »), ou exécutés (« c’est mon dernier Dimanche sur la terre » [1][1] Combat-Magazine des 28 et 29 avril 1945, p. 1, repris,...), les prisonniers, résistants français ou étrangers pour la plupart, ont laissées non seulement sur les murs des cellules mais sur d’autres supports (le bois des meubles, l’aluminium des gamelles, les pages d’un livre qu’on se passait clandestinement). Ces graffiti souvent rudimentaires – « quand on s’adresse aux murs, il convient d’être bref » [2][2] Hommes et Monde, n° 1, juillet 1946, « Des lettres...– et répétitifs – « Il n’y a pas cinquante manières de se faire fusiller » [3][3] Ibid., p. 179. – sont accompagnés de commentaires laconiques mais singulièrement efficaces, Calet réussissant, par un travail discret de soulignage et d’attention au détail, à faire entendre la peur, la souffrance, mais aussi l’effort pour maintenir un lien virtuel avec le monde des vivants, qui ont suscité ce besoin d’écrire « sur n’importe quoi avec n’importe quoi », de « ne pas disparaître sans dire, crier, quelque chose » [4][4] Les Murs de Fresnes, 1945, op. cit., p. 87..

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La « guerre » est ici appréhendée dans ses marges : ce que Calet cherche à mettre en lumière ce ne sont pas les affrontements armés, visibles et connus, mais au contraire, ce qui s’est passé dans des lieux où tout était tenu secret, dérobé aux regards de tiers, et où des victimes étaient seules face à des bourreaux. Cette démarche est celle de nombre de contemporains, comme en témoigne, à la Libération, l’ampleur des publications de témoignages, lettres, journaux intimes permettant d’approcher et de retracer l’expérience de l’incarcération et de la torture [5][5] Voir Un an dans le tiroir de Pierre Bost (Gallimard,....

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Qualifié de reportage – mais il excède les limites du genre –, Les Murs de Fresnes, 1945, est précédé et suivi de plusieurs interventions de Calet dans les medias [6][6] Dès les années 1930, Calet rédige non seulement des.... Pour la clarté du propos, il convient de présenter brièvement l’histoire de cette singulière enquête, où les frontières entre l’activité de journaliste et celle d’écrivain s’estompent, et ce, en dépit de l’auteur lui-même, qui souhaiterait les distinguer radicalement [7][7] Évoquant son travail pour Combat, Calet écrit à Raymond....

« Les murs de Fresnes ont parlé »

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Dans Combat-Magazine des 28 et 29 avril 1945 paraît, sous le titre « Ce que racontent les murs de Fresnes », un premier article, qui offre comme un condensé du livre à venir. Ce texte prend, comme souvent chez Calet, les allures d’un récit de voyage. Il s’ouvre sur une brève description des lieux :

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« Fresnes. Une énorme grille, un long et large corridor. Trois divisions de cinq cents cellules chacune. Quatre étage de galeries, des gardiens, du blanc et du vert. Une odeur de soupe et d’angoisse, de petites portes closes. » (p. 1)

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Suit une visite des cellules, division par division, la précision topographique contrastant singulièrement avec ce qu’on ignore du destin des milliers de résistants qui ont passé là :

7

« On ne sait presque rien de la plupart de ces hommes, de ces femmes, beaucoup sont morts certainement » (p. 1). Ne subsistent que les inscriptions qu’ils ont laissées, inscriptions dont beaucoup sont déjà, en 1945, indéchiffrables.

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L’entreprise de Calet est d’autant plus frappante que la prison de Fresnes, où sont désormais enfermés les collaborateurs, n’est la plupart du temps nommée et montrée dans les quotidiens de 1945 et 1946, qu’à la faveur des procès de Vichy. Ainsi, France-Soir rappelle, le 11 octobre 1945, que Laval est dans le quartier des condamnés à mort, puis annonce, le 16 octobre, qu’à « 12 h 31 à Fresnes, [il] a été fusillé après avoir tenté de s’empoisonner ». Le lendemain paraît, dans le même journal, un cliché de Fresnes pris au moment où l’on attache le condamné au poteau d’exécution. Calet, lui, fait de Fresnes un lieu déserté, vidé de ses occupants. Les collaborateurs ne sont évoqués que par les graffiti qu’ils laissent à leur tour sur les murs des cellules, recouvrant ceux des résistants, graffiti dont Calet (qui n’a pas l’idéale neutralité de l’historien) souhaiterait qu’on les efface : il notera ainsi avoir relevé « par erreur » l’inscription d’un Waffen SS [8][8] « Les Murs de Fresnes ont parlé. La petite Claude a....

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Après la publication en décembre 1945 aux éditions des Quatre Vents des Murs de Fresnes, où la question « Où sont-ils tous ? » revient de façon lancinante, France-Soir demande à l’auteur de chercher, à partir des indices que fournissent les inscriptions, ce que sont devenus ceux qui sont passés par Fresnes. Cette proposition s’inscrit dans le prolongement de la démarche même de Calet lecteur des graffiti, s’interrogeant sur le sens qu’il y a à laisser un numéro de téléphone – « Comme si l’on pouvait donner un coup de téléphone d’un monde à l’autre… Les communications sont coupées… ça ne répond pas » [9][9] Les Murs de Fresnes, op. cit., p. 77. –, mais soucieux aussi que ces messages ne restent pas en suspens : « Aujourd’hui, il ne reste rien des mots que l’homme a creusés dans le plâtre. Et l’homme lui-même n’existe probablement plus. Ne fallait-il pas que ses cris fussent entendus ? C’est à nous qu’il s’adressait, et non pas à un mur. » [10][10] Ibid., p. 61.

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Les premiers résultats de l’enquête paraissent dans quatre numéros de février 1946, en première page, sous le titre : « Grâce aux graffiti relevés par Henri Calet / Les Murs de Fresnes ont parlé ».

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L’enquête se poursuit dans un article paru dans le premier numéro de la revue Hommes et Monde en juillet 46, où Calet fait le compte rendu, auprès d’un recueil de lettres de fusillés, de son propre livre, comme s’il n’en était pas tout à fait l’auteur – il pourrait, en effet, être signé collectivement, par l’ensemble des auteurs des graffiti –, et semble mettre fin à ses recherches : « À présent, si je refaisais la longue visite de la prison-modèle, […] je pourrais répondre à bien des questions » [11][11] « Ne les oublions pas encore », op. cit., p. 184..

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L’enquête s’achève en réalité sept années plus tard, dans un texte qui paraît dans la revue Évidences en novembre 1953 sous le titre « Hôtel des revenants » [12][12] Repris sous le titre « L’hôtel des revenants », dans....

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L’originalité de la démarche tient au choix du lieu visité : au moment même où, pour rendre compte dans divers quotidiens et revues des effets et désastres de la guerre, des écrivains voyagent en Espagne (Simone de Beauvoir [13][13] « Quatre jours à Madrid », Combat-magazine 14-15 avril...) ou en Allemagne (Camus [14][14] « Images de l’Allemagne occupée », Combat-magazine,...), Calet choisit la banlieue parisienne. Il n’évoque pas le lointain – les camps de concentration ou d’extermination, les Stalags, les prisons politiques de l’Espagne franquiste [15][15] Mavis Bacca, « Prisons de femmes en Espagne. Maria... ou les camps japonais [16][16] « Ils avaient aussi leur Dachau », lit-on ainsi dans... – mais le très proche [17][17] Visitant les centres d’hébergement du Ministère des..., dont la proximité même est inquiétante. Ainsi Maurice Nadeau témoigne-t-il : « Je me souviens très bien du jour où ce livre a paru la première fois. Je venais d’être engagé dans un quotidien en tant que « chargé de parler des livres ». Pour mon premier article Les Murs de Fresnes m’est confié. Un livre à propos duquel je me sens incapable de dire quoi que ce soit. Nous étions dans l’horreur de la découverte des camps. Des camps qui se trouvaient en Allemagne, en Pologne. Fresnes, c’est chez nous, tout près de nous, dans la banlieue de Paris » [18][18] Épilogue des Murs de Fresnes, op. cit., p. 123..

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Si « après Ravensbrück, Auschwitz ou Dachau », Fresnes a pu sembler un « bagne supportable » [19][19] Les Murs de Fresnes, op. cit., p. 10., le sentiment de l’abjection n’est en rien apaisé. Il est accru, au contraire, par la honte que des Français ou des étrangers venus défendre la France aient été traqués, trahis, emprisonnés et livrés à la déportation, la torture ou la mort en France par des Français :

15

« Durand André né le 9-12-22 à Paris 12 arrêté par les français le 10-2-43 comme terroriste F.T.P. au G.S. à Paris Serai-je fusillé ? J’ai faim »

16

« Des Français arrêtaient des Français… » [20][20] Ibid., p. 62.

Les traces des victimes

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Luttant contre l’entreprise de déni des crimes commis – « Jamais, note Pierre Novel retranscrivant les propos des geôliers de la prison de Tours, ils n’ont flagellé les patriotes. Jamais ils ne leur ont appliqué les mains sur les murs d’amiante. Jamais ils ne leur ont arraché les ongles. […] Ils ont parfois entendu des cris, des chutes […]. Mais ils n’ont jamais rien su. Ils n’ont jamais rien vu. À plus forte raison, ils n’ont jamais torturé » [21][21] France-Soir, 2-3 septembre 1945. –, Calet s’attache avant tout à examiner les traces qu’ont pu laisser ces crimes. Il exhume ainsi des poubelles de Fresnes les fiches des prisonniers étiquetés Nacht und Nebel, qu’il reproduit dans son livre. Il consulte les rares archives qui, par chance, n’ont pas été détruites et il retranscrit méticuleusement les causes de décès portées sur le registre de l’infirmerie de Fresnes : « pendaison, crise cardiaque, suite de couches, épanchement sanguin base du crâne, pendaison, tuberculose, embolie, suicide par pendaison, fracture base du crâne, hémorragie cérébrale ». « Les crimes sont signés », note-t-il dans son bref commentaire de cette litanie des corps suppliciés [22][22] « Ce que racontent les murs de Fresnes », Combat-Magazine,....

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Surtout, il cherche à recueillir et conserver les traces « sauvages », celles qu’ont laissées les victimes [23][23] L’idée n’est pas de lui : « L’ancien Ministère des..., traces qu’il livre dans leur ordre aléatoire, sans les reclasser (comme le fera, par exemple, Michel Borwicz [24][24] Michel Borwicz, Écrits des condamnés à mort sous l’occupation...), sans les surplomber, mais comme des « morceaux de vie […] arrachés aux murs » [25][25] G. Ch., « Les Murs de Fresnes d’Henri Calet », Nouvelles.... Certains de ces graffiti sont reproduits dans France-Soir, leur graphie bousculée, leur maladresse même témoignant, en deçà du contenu des messages, des atteintes physiques de la torture, de la détresse et du dénuement des prisonniers qui n’ont pu graver sur les murs qu’à l’aide de clous, d’épingles, de leurs ongles ou de leur sang.

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Cette tâche est d’autant plus urgente, que, comme nous l’avons déjà noté, les inscriptions deviennent vite illisibles : « l’humidité ronge tout telle une lèpre » [26][26] « Ce que racontent les murs de Fresnes », Combat-Magazine,.... Calet décrit le processus d’effacement en cours, qui matérialise le travail de l’oubli, dont il s’étonne qu’il soit si rapide : « des milliers de résistants ont passé là durant l’Occupation. Il semble que l’on parle de temps déjà lointains » [27][27] Ibid.. Comme pour lutter contre cette érosion des écrits et de la mémoire, Calet choisit, dans son premier article, de retranscrire les graffiti les plus spectaculaires : il s’agit de deux journaux de prisonniers au secret, dont l’acharnement à laisser sur les murs une trace, même non signée, de leur passage et des épreuves subies, exprime l’effort accompli pour rester dans le monde des humains et pour que demeure quelque chose d’une communication avec ce monde.

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Le premier texte est issu d’un anonyme, qui a rédigé son journal durant dix jours (« dix jours et dix nuits », en réalité puisque chez les prisonniers au secret, la lumière ne s’éteignait jamais) :

  • 18 juillet 1944 1re question

  • 19 mercredi 2e question battu de 5 h à 11 h du soir avec nerf de bœuf tous les 1/4 d’heure

  • 20 jeudi suis allé à versailles ai vu Fox

  • 21 vend question lumière toute la nuit (couverture… de puces) soigné main seulement

  • 22 écrire confession ai demandé prêtre Rien Lumière

  • 23 dimanche pas d’église ni communion Lumière

  • 24 lundi ai demandé mes affaires Rien pas de prêtre

  • Pas de livre Lumière Alerte toute la nuit

  • 25 mardi toujours rien de rien sauf l’infirmier

  • Il y a eu promenade pas pour moi Lumière toute la nuit

  • 26 mercredi toujours rien On m’apporte mes pince-nez

  • Fou de joie Rien à lire Lumière

  • 27 jeudi on m’a apporté un livre Cœurs Vaillants

  • Il y a eu promenade mais pas pour moi

  • Rien d’autre Lumière

  • « Puis, il s’est interrompu… On devine la conclusion », commente laconiquement Calet.

Le second journal est celui de Juliette (en réalité Huguette Prunier, femme de Robert Blache, rédacteur de L’Humanité), qui, gardée elle aussi au secret, « écrivait, […] écrivait… […] en se servant d’un manche de cuiller ébréché ». Ce journal commence le 4 août 1943 sur ces mots : le 4-8 Au Tribunal frappée par un policier allemand à coup de lanière de cuir et se conclut presque un an plus tard :

21

Arrivée au 7 en juillet 43 Condamnée à mort en janv. 44 et toujours mon pauvre mari à la correction depuis 10 mois, a été fusillé Juliette

22

Depuis 11 mois 1/2 lumière toutes les nuits, au secret sans livres, sans… Juliette

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Écrire apparaît ici comme un ultime acte de résistance et de défi, et il importe à Calet que ces paroles – qui sont souvent des cris – soient entendues, surtout, que la porte ne se referme pas trop tôt sur des destins avalés, à une période où la France tente de se reconstituer en faisant le deuil de ces morts. Le dernier texte consacré, en 1946, aux résistants de Fresnes, sera significativement repris sous le titre « Ne les oublions pas encore » [28][28] Contre l’oubli, op. cit..

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Annonçant l’importance accordée dans le dernier quart du xxe siècle aux témoignages et à la réflexion sur les expériences concentrationnaires, Calet choisit de mettre en lumière les victimes, non les bourreaux. Ces derniers en effet, malgré l’intérêt relevé plus haut pour les écrits de prison, attirent beaucoup l’attention de la presse écrite. Sans doute, la désignation de coupables que leur monstruosité supposée a retranchés de l’humanité, de « notre » humanité, soulage-t-elle les lecteurs du choc produit par le dépassement d’un seuil de violence et de cruauté jamais atteint jusqu’alors. Les 2 et 3 septembre 1945, France-Soir rend ainsi longuement compte du procès de Clara Knecht, la « tortionnaire de la Gestapo de Tours », jeune femme perverse dont on souligne à la fois l’invraisemblable cruauté et l’étonnante beauté, portrait photo à l’appui. On semble dès lors s’intéresser davantage à l’énigme de la psychologie et des comportements aberrants des tortionnaires qu’à la souffrance ordinaire des victimes. Or, c’est à cette souffrance que Calet n’a de cesse de nous reconduire, accordant une grande importance à des détails qui, comparés aux supplices subis, peuvent paraître anodins : laisser un condamné à mort sans pain et sans paillasse, le ligoter pendant plusieurs jours, ordonner à un détenu qui a tenté de se suicider en se tranchant l’artère du cou de « laver lui-même immédiatement son propre sang ». On songe ici à Primo Levi qui souhaiterait faire condamner un kapo pour la « simple » raison qu’il a essuyé sa main couverte de cambouis sur l’épaule du déporté. Un tel geste ne peut faire l’objet d’une plainte en justice. Pourtant, écrit Primo Levi, c’est sur ce détail « qu’aujourd’hui je le juge » [29][29] Si c’est un homme, Paris, Presses Pocket, [1947], 1993,..., car par cet acte, le kapo a réduit l’autre à l’état de chiffon, de déchet. C’est sur une telle accumulation de détails infimes mais révoltants que repose l’écriture de Calet.

Enquête contre l’anonymat

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Les enquêtes menées par Calet, leur mise en scène, notamment dans France-Soir, visent avant tout à sauver l’individu anonyme de la comptabilité des grands nombres, de sa dissolution dans les chiffres glacés de la statistique. Ainsi, au titre de première page de France-Soir du 17 janvier 1946, « Demain à Nuremberg, 315 000 morts français accusent… par la voix de M. de Menthon, ancien ministre de la justice, fondateur du groupe de Résistance Combat », répond l’attention portée par Calet à la singularité des victimes. Il tente, comme le font les archéologues ou les épigraphistes, de reconstruire l’identité de personnages qu’il ne connaît que par une inscription ou une mention isolée. On perçoit ainsi son bonheur à noter les précisions suivantes : « j’avais appris son prénom entier : Jean-Claude. […] Et qu’il était un peu foufou » [30][30] « Les murs de Fresnes ont parlé. Robert de Mauthausen.... Plus encore, en illustrant certains de ses articles de portraits photographiques de même format que ceux des notoriétés publiés en première page, il éclaire les résistants anonymes d’une lumière insolite, ce qui correspond, du reste, à sa « méthode », telle qu’il l’expose dans le texte d’ouverture de son enquête « Un sur cinq millions » paru dans Le Parisien Libéré du 25 mai 1953 :

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« J’aurais voulu extraire de [la] foule une personne quelconque, la première venue, au hasard, et la mettre, pour une fois, […] dans le feu des projecteurs. Entrer dans sa maison, dans sa vie. Partager, faire partager un jour de son existence. Il m’aurait plu de traiter, ainsi que des « stars » de cinéma ou des boxeurs en renom tous ceux qui forment cette masse que l’on retrouve près des bouches de métro, sur les escaliers des gares, aux marchés, dans les stades… » [31][31] Repris dans l’avant-propos des Deux bouts, Paris, Gallimard,...

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Il crée enfin, par la nouvelle façon qu’il a de nommer les victimes (« Robert de Mauthausen », « Paul de Buchenwald » [32][32] « Les murs de Fresnes ont parlé. Jasmin 31-50… Poplasky...), comme une aristocratie de la souffrance, contre le gré, parfois, des victimes elles-mêmes : « J’ai dû insister pour obtenir son portrait » dit-il d’une survivante des camps qui avait exprimé sa réticence par ces mots : « Je ne suis pas une vedette » [33][33] « L’hôtel des revenantes », Contre l’oubli, op. cit.,.... C’est l’anonymat lui-même qui devient signe de distinction. Commentant le graffiti suivant :

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FTP arrêté le 4-10-43

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Condamné à mort le 24-2-44. Il note « Seules les indications et les dates indispensables. (…) Le FTP va mourir très ordinairement. Incognito, comme les grands de ce monde » [34][34] Les Murs de Fresnes, op. cit., p. 65..

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Il est frappant que, dans le contexte des grands procès des années 1945-1946 (celui de Nuremberg commence à l’automne 45), ce qui aurait pu prendre les allures d’une instruction quasi judiciaire – le titre choisi par France-Soir (« les murs de Fresnes ont parlé ») fait des murs des témoins à charge – devient en réalité une enquête sur la pauvre quotidienneté [35][35] Calet, à la demande de Pascal Pia, offre à Combat,..., comme si ce qui intéressait Calet était avant tout la misère ordinaire, celle qui reste souvent muette, et dont il est si difficile de rendre compte parce qu’elle est sans relief. La première enquête le conduit dans la banlieue, où le regard ne peut se fixer sur rien de vraiment saillant – « des usines, des mairies, des passerelles, des quais, des cheminées, des grues, du fer et du ciment » –, où les lieux – Levallois-Perret, Bicêtre, Malakoff, Maisons-Alfort – se confondent en une « seule ville immense et triste » dont les avenues et les rues sont « toutes pareilles » [36][36] « Les murs de Fresnes ont parlé. La Mère de Jaconelli.... Il met ensuite l’accent sur un jeune homme de 18 ans, Louis Jaconelli, qui a tracé sur les murs de sa cellule le plan d’un appartement luxueux – sans doute l’appartement de ses rêves. Jaconelli est parti « pour une destination inconnue ». Sa mère, qu’a pu retrouver Calet grâce aux indications laissées sur les murs, l’attend toujours. L’article est illustré, entre autres, de deux photographies : la chambre rêvée à Fresnes et la chambre réelle, « minuscule », une « chambre d’enfant ». Calet fait l’inventaire des rares objets qui se trouvent dans cette chambre, ce qui accentue l’effet de dénuement.

31

Les graffiti le conduisent ainsi, pour la plupart, dans des lieux de passage – hôtels –, des « taudis » [37][37] « Les murs de Fresnes ont parlé. La petite Claude a..., des lieux qui évoquent des existences de privation anticipant l’expérience même de la prison :

32

« La rue du Landy est une longue rue sans habitants, ou presque. D’un côté la voie ferrée ; de l’autre, des murs d’usine qui font penser à Fresnes ou à toutes les prisons. […] Au 121, j’ai trouvé un chantier de démolition […]. Bournamich avait probablement travaillé là […] dans ce décor de désespoir » [38][38] Ibid., p. 150..

33

Dénonçant la brutalité du temps de guerre, Calet nous reconduit ainsi à celle, plus obscure, de la société de son siècle. Accompagné d’un portrait photo d’une enfant d’un an, l’article de France-Soir du 14 février 1946 a ce titre troublant : « La petite Claude Riant a fait quatre mois de prison avant de naître ». L’enquête a en effet conduit Calet à Raymonde Riant, emprisonnée au secret alors qu’elle était enceinte. Le cercle de ceux qui ont été touchés par la guerre semble s’élargir sans fin : les militaires, les civils, hommes et femmes, mais aussi les enfants, ceux mêmes qui n’étaient pas encore nés. Cet article dit, comme aucun des précédents, le goût du meurtre des tortionnaires allemands comme des collaborateurs. Mais il dit aussi beaucoup du temps où Calet a vécu. Dans Le Tout sur le tout (publié en 1948), l’auteur, qui s’était déjà présenté dans La Belle Lurette (1935) comme « né dans un ventre corseté de 1900 » [39][39] Paris, Gallimard, 1999, p. 9., précise que sa mère enceinte de lui fut, pour avoir circulé dans Paris sans billet, emprisonnée à Saint-Lazare, dans la maison de détention des femmes :

34

« La mauvaise nourriture, cette promiscuité, la saleté lui causèrent une furonculose. Elle fut admise à l’infirmerie, avec moi qui remuais dans son ventre […]. Pour mon compte, j’ai subi, avant que de naître, quelques semaines de prison préventive, à tout hasard. Pour m’apprendre à vivre, comme on dit. » [40][40] Paris, Gallimard, 1998, p. 20.

35

Hanté par la disparition littérale des êtres, Calet, qui semble chercher à réincarner les disparus, n’a de cesse de tracer, en réalité, les contours d’une absence, comme en témoignent les intertitres de ses enquêtes : « Fausse adresse », « ça ne répond pas », « Paul ne répond plus », « ici personne ». Sa toute première enquête le mène à un cimetière :

36

« Quelqu’un avait écrit :

37

Yves Sachreiter, 6, avenue de la République, Montrouge

38

L’avenue existe bien, note Calet, mais sans n° 6 […] – À l’endroit où devrait se trouver le n°6 s’ouvre l’entrée monumentale du cimetière municipal » [41][41] « Les murs de Fresnes ont parlé… », France-Soir, 7....

39

Le texte qui paraît dans Hommes et Monde, se présente, lui, comme un rappel – une sinistre parodie – des listes figurant sur les monuments aux morts de la Grande Guerre :

Même lorsque Calet retrouve, enfin, l’auteur d’une inscription vivant (une femme, qu’il évoque dans « Hôtel des revenants »), son attention se porte sur « tous ceux qui ne pourront plus jamais rien nous dire » [43][43] « Hôtel des revenants », repris dans « L’Hôtel des.... Les lieux visités sont eux-mêmes comme évidés. Calet imagine ainsi qu’on donne aux rues les noms des disparus : « On baptiserait les rues d’une ville entière avec les noms des morts de ce temps-là » [44][44] « Les murs de Fresnes ont parlé… », France-Soir, 7..., comme si l’on vivait désormais au milieu de fantômes. Cette idée rappelle celle d’Edmond Rostand répondant à une enquête menée par Jean Ajalbert en 1916, Comment glorifier les morts pour la patrie ? Rostand propose qu’on morcelle l’Arc de Triomphe pour en faire des plaques portant le nom du mort qu’on apposerait sur la maison où il a vécu : « il n’y aura plus de rue qui ne mêle à ses passants des fantômes obstinés. » [45][45] Jean Ajalbert, Comment glorifier les morts pour la... L’enquête de Calet aboutit ainsi moins à retrouver, réincarner, les disparus qu’à rendre palpables leur perte, leur absence, et plus il avance, plus le but semble s’éloigner.

40

Cette enquête s’inscrit dans une démarche initiée lors de la Première Guerre mondiale, pour répondre à l’incertitude de milliers de familles ignorant le sort des leurs, qualifiés de « disparus », cette appellation pouvant désigner un prisonnier, un amnésique ayant perdu la mémoire de son identité, ou tout simplement un soldat mort, dont le corps n’a pas été retrouvé. Nombre d’organismes furent créés afin de retrouver les traces de ces « disparus » : Agence internationale des Prisonniers de Genève, Bureau des Renseignements aux familles, Bureau des Disparus de l’Union des Femmes de France, entre autres. La tâche est infiniment moins aisée pour Calet, car souvent, durant l’Occupation, toute trace de ceux que l’on abattait ou déportait était délibérément effacée, « sous le couvert de la nuit » comme le commandait le décret hitlérien Nacht und Nebel. Surtout, Calet choisit, pour des raisons qui tiennent sans doute à son tempérament, de conduire ses enquêtes seul.

41

Calet ouvre cependant la voie ici à une série de textes troublants, sensibles aux nouvelles formes de barbarie du xxe siècle, où, malgré le développement d’une législation visant à faire respecter le corps de l’ennemi ou de la victime (informer la famille, restituer les effets du mort, entretenir sa sépulture), celui-ci est souvent outragé, profané, ou littéralement escamoté. Dans un livre paru en 1965, Le Convoi du 24 janvier (Éditions de Minuit), Charlotte Delbo conduit une spectaculaire enquête sur le destin des 250 femmes qui se trouvaient avec elle dans le convoi qui, le 24 janvier 1943, les a menées de Compiègne à Auschwitz. Dans Dora Bruder, Patrick Modiano, lui, tente de retrouver les traces d’une jeune fille disparue en 1941. Dans ce texte paru en 1997, la distance temporelle et la modification des lieux, détruits ou recouverts par d’autres bâtisses construites de ce béton qui a « la couleur de l’amnésie » [46][46] Patrick Modiano, Dora Bruder, Paris, Gallimard [1997],..., expliquent la mélancolie de l’enquêteur qui marche « à travers des rues vides » [47][47] Ibid., p. 144., tandis que chez Calet, c’est le passé très proche qui se recouvre très vite d’une épaisse couche d’amnésie, et ce sont des vivants qui ont été ses contemporains, ses amis parfois (Jean Vaudal, notamment, à qui il s’adresse dans Les Murs de Fresnes), qui sont à présent des fantômes.

42

Il aurait sans doute plu à Calet de lire Dora Bruder. Ne serait-ce que pour ce détail : Modiano a identifié l’auteur de l’un des graffiti de Fresnes relevé par Calet :

43
Zébu arrêté le 10-2-44
Suis au régime de rigueur
Pendant 3 moins interrogé
Ai passé la visite le 8 juin
2 jours après le débarquement allié !
44

Ce « Zébu » s’appelait en réalité Albert Sciaky, habitait 15 quai de Conti, a publié chez Gallimard, sous le pseudonyme de François Vernet, un premier roman, est parti de Compiègne dans le convoi du 2 juillet 1944. Il a occupé la chambre d’enfant de Modiano. Il est mort à Dachau en mars 1945 [48][48] Ibid., p. 99..

Notes

[1]

Combat-Magazine des 28 et 29 avril 1945, p. 1, repris, avec quelques modifications, dans Les Murs de Fresnes, 1945, Paris, Viviane Hamy, [1945], 1993.

[2]

Hommes et Monde, n° 1, juillet 1946, « Des lettres de fusillés », repris dans Contre l’oubli, sous le titre « Ne les oublions pas encore », Paris, Grasset, [1956], 1992, p. 182.

[3]

Ibid., p. 179.

[4]

Les Murs de Fresnes, 1945, op. cit., p. 87.

[5]

Voir Un an dans le tiroir de Pierre Bost (Gallimard, 1945), Six mois à Fresnes de Noémi Hany-Lefebvre, (Flammarion, 1946), Morts pour la France, lettres de condamnés à mort (éd. De la France libre, non datée). Notons également la décision prise par les membres du jury du Goncourt en 1940 d’ajourner la remise du prix afin de l’attribuer à un prisonnier (il reviendra en 1946 à Francis Ambrière pour Les Grandes Vacances).

[6]

Dès les années 1930, Calet rédige non seulement des articles de critique littéraire et artistique mais aussi des chroniques et enquêtes pour plusieurs quotidiens ou revues (L’Intransigeant, Le Journal de la femme…). Après la Seconde Guerre, il collabore régulièrement à Combat (à partir de 1944), ainsi qu’à Terre des Hommes (à partir de 1945)., il publie des articles notamment dans France-Soir, Le Parisien libéré, Carrefour, Elle, Marie-France. Il a également animé plusieurs émissions radiophoniques pour le Programme parisien et Paris Inter, entre autres. Pour un recensement quasi complet (il n’est pas encore achevé) des textes et interventions de Calet, voir la remarquable bibliographie établie par Michel P. Schmitt et Mireille Hermet, Europe, n° 883-884, novembre-décembre 2002.

[7]

Évoquant son travail pour Combat, Calet écrit à Raymond Guérin : « je ne puis continuer dans cette voie, à moins de renoncer à écrire. En attendant, j’exécute une tâche idiote. Je fais, en plus, deux éditoriaux par semaine », lettre du 24 décembre 1944, citée par Yves-Marc Ajchenbaum, À la vie, à la mort, Histoire du journal Combat, 1941-1974, Paris, Le Monde éditions, 1994, p. 148.

[8]

« Les Murs de Fresnes ont parlé. La petite Claude a fait quatre mois de prison avant de naître. Et Bournamich a disparu sans laisser de traces », France-Soir, 14 février 1946, repris dans Contre l’oubli, « Les Survivants de Fresnes », op. cit., p. 152.

[9]

Les Murs de Fresnes, op. cit., p. 77.

[10]

Ibid., p. 61.

[11]

« Ne les oublions pas encore », op. cit., p. 184.

[12]

Repris sous le titre « L’hôtel des revenants », dans Contre l’oubli, op. cit.

[13]

« Quatre jours à Madrid », Combat-magazine 14-15 avril 1945.

[14]

« Images de l’Allemagne occupée », Combat-magazine, 30 juin-1er juillet 1945.

[15]

Mavis Bacca, « Prisons de femmes en Espagne. Maria Eugenia condamnée à mort attendait un bébé », France-Soir, 21 juillet 1945, p. 1.

[16]

« Ils avaient aussi leur Dachau », lit-on ainsi dans France-Soir du 7 septembre 1945

[17]

Visitant les centres d’hébergement du Ministère des prisonniers, déportés et réfugiés qui se sont installés près du bois de Boulogne, il note : « On n’avait pas encore vu cela si près de l’avenue du Bois », « Des Alpes Juliennes à l’Etoile », Combat, 4 février 1945, repris dans Contre l’oubli, op. cit., p. 48.

[18]

Épilogue des Murs de Fresnes, op. cit., p. 123.

[19]

Les Murs de Fresnes, op. cit., p. 10.

[20]

Ibid., p. 62.

[21]

France-Soir, 2-3 septembre 1945.

[22]

« Ce que racontent les murs de Fresnes », Combat-Magazine, 28 et 29 avril 1945, repris dans Les Murs de Fresnes, op. cit., p. 119.

[23]

L’idée n’est pas de lui : « L’ancien Ministère des prisonniers avait commencé le relevé de ces graffitti sans pouvoir le mener jusqu’au bout. Notre confrère Henri Calet a eu connaissance du travail accompli et l’a publié dans un petit recueil intitulé Les Murs de Fresnes », note ainsi Gabriel Audisio, « Les Murs qui parlent », Les Lettres françaises, 8 février 1946.

[24]

Michel Borwicz, Écrits des condamnés à mort sous l’occupation nazie (1939-1945), Paris, Folio, [1954] 1996.

[25]

G. Ch., « Les Murs de Fresnes d’Henri Calet », Nouvelles littéraires, n° 964, 24 janvier 1946.

[26]

« Ce que racontent les murs de Fresnes », Combat-Magazine, 28 et 29 avril 1945, p. 1.

[27]

Ibid.

[28]

Contre l’oubli, op. cit.

[29]

Si c’est un homme, Paris, Presses Pocket, [1947], 1993, p. 115.

[30]

« Les murs de Fresnes ont parlé. Robert de Mauthausen m’a donné la photo de son squelette. Mais rue Cujas, les lettres de Jean-Claude-le-foufou vont au rebut… », France-Soir, 13 février 1946, repris dans Contre l’oubli, « Les survivants de Fresnes », op. cit., p. 147.

[31]

Repris dans l’avant-propos des Deux bouts, Paris, Gallimard, 1954. Voir à ce sujet Pierre Vilar, « Son épingle du jeu », Europe.

[32]

« Les murs de Fresnes ont parlé. Jasmin 31-50… Poplasky de la cellule 7 ne répond pas. Mais c’est parce qu’il est aux sports d’hiver. Quant à « Jean », il ne fut jamais dans la 338 où j’ai retrouvé son nom », repris dans Contre l’oubli, « Les survivants de Fresnes », op. cit., p. 140.

[33]

« L’hôtel des revenantes », Contre l’oubli, op. cit., p. 162.

[34]

Les Murs de Fresnes, op. cit., p. 65.

[35]

Calet, à la demande de Pascal Pia, offre à Combat, en guise d’éditorial, sa vision de la « pauvre quotidienneté ». Yves Marc Ajchenbaum, À la vie, à la mort, Histoire du journal Combat, 1941-1974, op. cit., p. 125.

[36]

« Les murs de Fresnes ont parlé. La Mère de Jaconelli attend son fils dans une maison qui ne ressemble guère à celle qu’il dessina sur les murs de la cellule 35 », France-Soir, 7 février 1946, repris dans « Les survivants de Fresnes », Contre l’oubli, op. cit., p. 134.

[37]

« Les murs de Fresnes ont parlé. La petite Claude a fait quatre mois de prison avant de naître. Et Bournamich a disparu sans laisser de traces », France-Soir, 14 février 1946, repris dans Contre l’oubli, « Les Survivants de Fresnes », op. cit., p. 152.

[38]

Ibid., p. 150.

[39]

Paris, Gallimard, 1999, p. 9.

[40]

Paris, Gallimard, 1998, p. 20.

[41]

« Les murs de Fresnes ont parlé… », France-Soir, 7 février 1946, repris dans « Les survivants de Fresnes », Contre l’oubli, op. cit., p. 135.

[42]

« Des lettres de fusillés », Hommes et Monde, n°1, juillet 1946, repris dans Contre l’oubli, sous le titre « Ne les oublions pas encore », op. cit., p. 184.

[43]

« Hôtel des revenants », repris dans « L’Hôtel des revenants », Contre l’oubli, op. cit., p. 157.

[44]

« Les murs de Fresnes ont parlé… », France-Soir, 7 février 1946, repris dans « Les survivants de Fresnes », Contre l’oubli, op. cit., p. 135.

[45]

Jean Ajalbert, Comment glorifier les morts pour la patrie ?, Paris, Georges Crès et Cie éditeurs, 1916, p. 104.

[46]

Patrick Modiano, Dora Bruder, Paris, Gallimard [1997], 1999, p. 136.

[47]

Ibid., p. 144.

[48]

Ibid., p. 99.

Résumé

Français

Examinant la guerre dans ses marges, soucieux du sort des prisonniers, Henri Calet entreprend en 1945 une enquête sur les graffiti que, dans l’attente d’être jugés, déportés ou exécutés, les résistants ont laissés sur les murs des cellules de la prison de Fresnes. Les résultats de cette enquête sont successivement publiés dans Combat, France-Soir, Hommes et Monde, Évidences. Ce travail sur les traces sensibles mais fragiles d’expériences et d’événements qui furent dérobés aux regards de tiers vise à la fois à lutter contre le déni, par les tortionnaires, des crimes qu’ils ont commis et contre l’érosion trop rapide de la mémoire.

English

With a keen interest for the peripheral effects of war and concerned by the fate of its prisoners, Henri Calet undertook in 1945 to study the graffiti on the prison walls of Fresnes prison, last testament of the lives of resistance fighters that faced condemnation, deportation or execution. The results of his investigation have been published in Combat, France-Soir, Hommes et Monde, Evidences. His work on these fragile traces of lives that were concealed from the public eye stands as evidence against the continued denial by the guilty parties and fights against the erosion of collective memory.

Plan de l'article

  1. « Les murs de Fresnes ont parlé »
  2. Les traces des victimes
  3. Enquête contre l’anonymat

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