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Le Temps des médias

2012/1 (n° 18)


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« Les mutations de l’information et des médias locaux et régionaux : économie, contenus, usages et pratiques professionnelles », Colloque international, Laboratoire d’Etudes et de Recherches Appliquées en Sciences Sociales de Toulouse (UT3), Toulouse, 20-21 octobre 2011

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Organisé par le Laboratoire d’Etudes et de Recherches Appliquées en Sciences Sociales de Toulouse (UT3), le colloque international « Les mutations de l’information et des médias locaux et régionaux : économie, contenus, usages et pratiques professionnelles » s’est tenu les 20 et 21 Octobre 2011 sous l’impulsion de Franck Bousquet et de Nikos Smyrnaios, membres de l’équipe Médiapolis. Douze nationalités y étaient représentées.

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La conférence inaugurale de Denis Ruellan, Le local, acteur du journal ?, a permis de souligner les enjeux de cette manifestation d’un point de vue épistémologique en l’inscrivant dans le contexte des études de ces quarante dernières années. Elle a démontré la nécessité de dépasser les clivages méthodologiques au profit d’une double approche qui permette de mettre en question la réciprocité des relations entre l’espace public et les médias locaux. Ainsi, s’il est vrai que les médias locaux et régionaux participent, au-delà d’une animation de l’espace public local, à la construction d’une identité territoriale, réciproquement, la manière dont le social contribue à façonner le journal lui-même doit également être questionnée. Les recherches portant sur les médias, envisagés à partir de ce qui en eux est objectivable, doivent donc croiser celles qui se penchent sur les processus de médiation, que ces études s’intéressent aux professionnels ou aux acteurs dont les publics font partie. Dans le prolongement de cette ouverture, sur le plan méthodologique, l’ensemble des interventions ont témoigné de la complexité du thème retenu : analyse discursive ou analyse de pratiques, entretiens compréhensifs, travaux empruntant outils et méthode à la socio-économie, analyse sémio-pragmatique des supports médiatiques, telles sont quelques-unes des démarches, souvent croisées, qui ont été mises en œuvre au cours des deux journées.

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Sur le plan des apports théoriques, les pratiques ont été interrogées : celles des publics d’abord avec, de ce point de vue, un effort pour dépasser le constat d’une stagnation et du vieillissement du public : Rebecca Siry, par exemple, a mis en valeur le poids des habitudes et de la transmission familiale dans le lectorat de la presse locale et régionale. Par ailleurs, les conditions de possibilité comme les limites d’une participation de l’usager à la définition des médias ont été également étudiées. De ce point de vue, si le développement de l’activité en ligne des médias locaux a été porteur de perspectives prometteuses eu égard à un « journalisme citoyen » ou « participatif », on note les réserves formulées par plusieurs des intervenants : Denis Ruellan lui-même, et après lui, Henri Assogba par exemple ou encore, de manière détournée, Loïc Ballarini. Ce dernier pose la question de savoir Pourquoi lire la presse régionale aujourd’hui ? à partir d’une problématisation critique de la notion d’ « espace public ». Entendu dans son acception habermassienne, l’espace public, supposé un et normatif, se révèle abstrait voire contradictoire, dépendant de la notion équivoque d’opinion publique. Or Loïc Ballarini montre que la presse, si elle est vecteur de socialisation, ne l’est pas tant à travers le régime des opinions partagées, que par les conversations, aussi anodines soient-elles, que provoque et rend possible, ici et maintenant, la lecture quotidienne du journal.

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S’agissant de l’évolution des pratiques professionnelles, les travaux portant sur les conditions d’exercice du métier, ont pointé la précarisation des conditions de travail comme aussi les difficultés d’évolution de carrière (Christine Leteinturier), mais elles ont aussi permis de problématiser la notion centrale de « proximité », soit pour interroger la portée de catégories nouvelles, telle que celle de « journalisme européen de proximité » (Roselyne Ringoot), soit pour mettre l’accent sur la primauté de l’engagement du correspondant local dans le territoire par rapport à son attachement au média employeur (Christophe Gimbert).

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Cependant, c’est alors la notion même de « territoire », du point de vue de sa définition et de sa fonction, qui semble jouer un rôle essentiel dans la problématisation renouvelée des médias. Ainsi, de nombreuses contributions ont montré les interactions entre les mutations des médias locaux et les transformations du territoire lui-même, la notion d’espace public s’en trouvant d’autant complexifiée. Ce fut particulièrement le cas de l’intervention de Jean-Michel Rampon qui mobilise et problématise le umbrella model proposé par James N. Rosse dans les années 1980 pour rendre compte de la concurrence que se livrent le Boston Globe et le Boston Herald dans les années 2000. Rampon souligne les interactions entre les évolutions urbaines et les transformations de la presse locale, ce qui le conduit à renoncer à une approche systémique au profit d’une analyse de cas singuliers géographiquement contextualisés.

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Ces diverses analyses ont donc proposé des outils de conceptualisation permettant d’apprécier avec la distance voulue la table ronde qui rassemblait divers professionnels pour évoquer le tournant numérique des médias locaux (La Dépêche du Midi, FR3 Sud, Sud Ouest et News Ariège).

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La publication du n° 84 de la revue Sciences de la Société au premier trimestre 2012 permettra de prolonger ce compte rendu partiel et de prendre connaissance de certaines des interventions qui ont contribué à la richesse de ce colloque. Notons enfin que la manifestation s’est conclue avec l’évocation d’un projet de création d’un observatoire des médias locaux et régionaux à Toulouse.

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Mariane Poulanges

« Cinéma et modernité culturelle, 1910-1939 », Colloque international, Paris, INHA, 1er-3 décembre 2011

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Sous l’intitulé « Cinéma et modernité culturelle, 1910-1939 », le colloque international qui s’est tenu du 1er au 3 décembre 2011 à l’INHA avait, à plus d’un titre, des allures d’aboutissement. Il s’inscrivait en effet au terme d’un projet ANR, « Loin d’Hollywood, 1927-1933 », et prolongeait deux ans de réflexion menée au sein du séminaire d’histoire culturelle du cinéma animé par les organisateurs de la manifestation (Christophe Gauthier, Anne Kerlan et Dimitri Vezyroglou). L’enjeu de cette dernière était de cerner les rapports entre la modernité, appréhendée comme un phénomène caractéristique d’une certaine époque, et le cinéma, « fait social total » apparu au cœur de ce moment historique. C’est à Christophe Charles qu’il est revenu d’ouvrir ces journées, en replaçant le phénomène dans une plus longue durée : le cinéma s’inscrirait ainsi dans la troisième phase de la modernité, née de la « discordance des temps » apparue dès les années 1830 et approfondie durant la seconde moitié du xixe siècle.

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La première session du colloque était consacrée aux théories contemporaines de la modernité, qu’elles soient directement liées aux médias photo-cinématographiques comme chez Siegfried Kracauer (Nia Perivolaropoulou), ou qu’elles aient fortement inspiré les discours sur ces derniers dans le cas du bergsonisme (Maria Tortajada). Leur influence s’est du reste exercée sur la création cinématographique elle-même, comme en témoigne le film noir hollywoodien (Jean-Pierre Esquenazi). Des théories aux avant-gardes – déclinées au pluriel –, le pas fut franchi lors de la deuxième session. La question du mouvement abordée à travers l’exemple du tremblé (Benoît Turquety), de la représentation de l’imaginaire grâce à l’animation (Sébastien Denis), de la redéfinition des processus de création (Sophie Triquet sur le cas espagnol), du rapport, enfin, entre l’avant-gardisme comme forme et la modernisation comme sujet (Fabio Andreazza sur un exemple italien) a conduit à revenir sur les possibilités nouvelles de représentation offertes par le cinéma, alors perçu comme en adéquation avec la modernité son temps.

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La deuxième journée s’articulait autour des thèmes du spectacle et des lieux. Le cinéma a pu être conçu comme une « vitrine » de la modernité des nations, à l’image des expositions internationales auxquelles il fut parfois associé (Eduardo Morettin sur le Brésil) ; le spectacle cinématographique a de plus été affecté par des évolutions symptomatiques de la modernité, tel le passage au feature film (Jean-Marc Leveratto) ou l’arrivée du parlant (Valérie Pozner sur le cas soviétique, Michael Raine sur celui du Japon). Trois interventions sur les salles de cinéma sont ensuite venues interroger le rapport entre celles-ci et la diffusion d’une nouvelle culture urbaine (la médina de Tunis étudiée par Morgan Corriou), ainsi que la modernité architecturale des bâtiments eux-mêmes (Shahram Hosseinabadi et Éléonore Marantz). Tentative pour saisir les ruines de la grande ville du xixe siècle, le court-métrage de Benjamin Bardou, Paris, capitale du xixe siècle (2010), a prolongé la réflexion sur la modernité urbaine, en lien avec celle du médium cinématographique.

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La cinquième session du colloque était consacrée aux standards de la modernité. Abordé à travers la question des genres (Alexandra Schwetzoff sur la comédie musicale soviétique, Corrado Neri sur le cinéma d’horreur chinois), de la presse spécialisée (Eliza-Anna Delveroudi sur la Grèce) ou encore des passeurs (Katalin Pór sur le cas de Ben Blumenthal), le thème a mis en évidence l’importance du « modèle » américain, tout en la nuançant par l’existence de modèles antérieurs (Pathé) et d’autres modèles concurrents. Intitulée « Modernité ? », la dernière session interrogeait le caractère incertain et ambigu du phénomène. La figure de l’auteur promue par la « Première Vague » du cinéma français (Laurent Véray et Dimitri Vezyroglou), l’expérience d’un « Art pour tous » menée à l’école Art et Publicité (Béatrice de Pastre), l’utilisation conjointe de la caméra et du train à des fins de propagande (Wafa Ghermani sur la colonisation japonaise de Taïwan), le modernisme réactionnaire – ou du moins mesuré – d’une comédie italienne de 1932 (Marie-France Courriol) ont ainsi alimenté une réflexion omniprésente tout au long de ces journées.

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Comprenant également un concert (« Broadway, Hollywood et le Jazz », par le Virginie Capizzi 4tet) et la visite d’une exposition (« Écrans de papiers, le cinéma chinois et ses magazines (1921-1951) »), ce colloque (dont les actes doivent être publiés) a bénéficié de discussions d’une grande richesse qui prouvent à quel point le sujet, passionnant et foisonnant, est en fait loin d’être épuisé. Bien des recherches appellent en effet des prolongements, tandis que d’autres mériteraient d’être abordées. En englobant celle d’avant-garde, la notion de modernité culturelle permet de remettre en question nombre d’oppositions traditionnelles (entre forme et contenu, cinéma d’auteur et cinéma de masse etc.). Résolument cosmopolite, ambivalente, elle s’avère particulièrement efficace pour penser le cinéma comme phénomène historique durant cette époque dont il exprime les aspirations, les innovations mais aussi les archaïsmes.

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Myriam Juan

« Les archives audiovisuelles – nouveaux usages, nouveaux enjeux pour la recherche et l’éducation », Colloque, FMSH, Paris, 5 et 6 décembre 2011

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Au moment où les sites présentant et diffusant des fonds d’archives audiovisuelles, accessibles librement sur Internet, se multiplient, notamment grâce aux politiques de numérisation des patrimoines culturels mises en œuvre ces dernières années, de nouvelles et nombreuses questions émergent quant aux modes de constitution, d’adaptation, de valorisation, d’utilisation et de diffusion de ces fonds.

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Le colloque « Les archives audiovisuelles – nouveaux usages, nouveaux enjeux pour la recherche et l’éducation » organisé par l’ESCoM (l’Equipe Sémiotique Cognitive et Nouveaux Médias) de la FMSH (Fondation Maison des Sciences de l’Homme) les 5 et 6 décembre dernier, dans le cadre du projet ASA-SHS « Atelier de Sémiotique Audiovisuelle pour la description de corpus audiovisuels en Sciences Humaines et Sociales » - projet financé par l’ANR - a eu pour objectifs de présenter l’ensemble des développements (méthodes, outils, modèles conceptuels) et des résultats obtenus en termes de création de ressources métalinguistiques pour la description de corpus audiovisuels et de leurs utilisations au sein d’un environnement de travail sophistiqué appelé Studio ASA. Plusieurs études de cas très concrets ont pu être présentées et discutées entre les intervenants et le public qui venait de domaines professionnels aussi divers que ceux de la recherche, de l’enseignement, des institutions patrimoniales, de la formation professionnelle, des médias scientifiques, etc.

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Les présentations ont été regroupées, par demi-journées, autour de quatre grandes thématiques : les Archives Audiovisuelles de la Recherche, travailler avec des corpus audiovisuels, publier et diffuser des corpus audiovisuel, les usages pédagogiques des corpus audiovisuels. Celles-ci ont permis de faire un point sur les modes et les usages existants et sur les possibilités offertes par les outils développés dans le cadre du projet ASA.

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En ouverture, Michel Wieviorka (administrateur de la FMSH) est revenu sur l’importance de cette ère du numérique et sur le besoin de produire des connaissances relatives à ces nouvelles technologies, sur les changements culturels, sociologiques, économiques, etc. qu’elles induisent, sur leurs usages à des fins de production, d’archivage, de diffusion des savoirs de façon à pouvoir les rendre utiles pour les chercheurs et les professionnels de toutes sortes de domaines.

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Dans l’introduction, Peter Stockinger (professeur à l’INaLCO et directeur de l’ESCoM) a tracé le cadre général de ces journées de travail dont la problématique principale tourne autour des archives audiovisuelles et de leurs usages. Il a rappelé que, depuis plus de dix ans, l’ESCoM s’est spécialisé dans l’analyse du texte audiovisuel, et qu’il s’agit aujourd’hui de décrire les langages et les outils à développer pour permettre à des utilisateurs individuels et collectifs de décrire, d’annoter, d’indexer des ressources audiovisuelles afin d’en diversifier les usages et de les approprier à des besoins spécifiques.

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La première session a donné la possibilité de revenir sur le programme AAR, d’en expliciter ses missions et son contenu, de présenter en détail les republications mises en ligne sur son site (travaux précurseurs du projet ASA-SHS) ainsi que d’en décrire son environnement technique. Deux cas concrets ont été évoqués portant sur l’intérêt des AAR pour la préservation et la diffusion d’un patrimoine scientifique et sur son interrelation avec les bibliothèques numériques de la recherche. Cette session a permis d’engager des discussions autour de questions centrales : de quoi parle un texte audiovisuel ? Quelle est la mise en discours d’une topique traitée ? Comment une thématique développée est-elle exprimée sous une forme audiovisuelle ?

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La deuxième session a exposé les objectifs du projet : 1/ développer des ressources métalinguistiques permettant de décrire le contenu d’archives audiovisuelles, 2/ développer un environnement de travail permettant de tester ces ressources, 3/ expérimenter ces ressources sur des corpus concrets, 4/ investiguer des nouveaux usages autours des médias sociaux de l’enseignement et du métissage des savoirs populaires et scientifiques, 5/ réaliser des publications documentant les travaux de l’équipe et les résultats provisoires du projet. Les trois ateliers composant le studio ASA ont été, tour à tour, présentés et exemplifiés. La première journée s’est terminée sur des présentations techniques qui ont permis d’envisager des coopérations.

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La seconde journée a débuté par des analyses de projets de mises en place d’archives audiovisuelles utilisant l’approche ASA, et de leurs exploitations dans le cadre des réseaux sociaux. Archives sonores et dépôt légal ont été également pris en compte dans cette troisième partie.

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La quatrième session a été consacrée aux différents usages pédagogiques des archives audiovisuelles ce qui a favorisés des discussions pluridisciplinaires portant sur les usages. Le colloque s’est clos sur les possibilités d’indexations collaboratives qui permettraient de croiser les savoirs.

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Liens utiles :

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Diaporama du colloque : http://www.slideshare.net/ASA-SHS/ presentations

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Site AAR : http://www.archivesaudiovisuelles.fr/ - site portail du programme des AAR où, très prochainement, l’intégralité du colloque y sera diffusé

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Elisabeth de Pablo

Titres recensés

  1. « Les mutations de l’information et des médias locaux et régionaux : économie, contenus, usages et pratiques professionnelles », Colloque international, Laboratoire d’Etudes et de Recherches Appliquées en Sciences Sociales de Toulouse (UT3), Toulouse, 20-21 octobre 2011
  2. « Cinéma et modernité culturelle, 1910-1939 », Colloque international, Paris, INHA, 1er-3 décembre 2011
  3. « Les archives audiovisuelles – nouveaux usages, nouveaux enjeux pour la recherche et l’éducation », Colloque, FMSH, Paris, 5 et 6 décembre 2011

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