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Les Cahiers Sirice

2016/3 (N° 17)


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La signature de l’armistice de Moudros le 30 octobre 1918 met officiellement fin à la guerre au Levant entre l’Empire ottoman et les puissances de l’Entente. Cependant, la Grande Guerre ne s’arrête pas au Proche-Orient : l’Empire ottoman connaît une chronologie du conflit décalée et plus étendue que l’Europe. La sortie de guerre est marquée par une guerre civile interne contre le pouvoir jugé responsable de la défaite et par une guerre contre les puissances impérialistes.

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L’historiographie européenne accorde peu de place aux fronts ottomans de la Grande Guerre [1][1] Hamit Bozarslan, « Empire ottoman, Turquie, monde arabe :.... Au contraire, dans l’historiographie turque, la période 1918-1923 apparaît comme un épisode fondateur du régime politique et de la conscience nationale. Elle correspond à l’ultime épisode du déclin de l’Empire avant le sursaut national sous la conduite de Mustapha Kemal. Certains historiens [2][2] Erik Jan Zürcher, The Unionist Factor. The Role of... ont nuancé cette approche résolument nationaliste et téléologique en replaçant cette période de sortie de la Grande Guerre dans une chronologie plus longue : 1908-1923.

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De cette sortie de guerre de l’Empire ottoman, on peut retenir trois caractéristiques majeures. C’est une défaite qui sonne l’achèvement de la désintégration de l’Empire et la construction d’un territoire national sur le modèle de l’État-nation. Le discrédit porté sur les élites ottomanes engendre la mise en place d’un nouveau régime (la République), d’une nouvelle idéologie (le nationalisme) portés par de nouveaux acteurs Grande Guerre.

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Entre 1918 et 1923, l’échelle de la frontière turco-syrienne permet d’aborder plusieurs guerres qui prolongent le conflit. Cet espace est une fabrication de l’ingénierie occidentale de l’État-nation et le résultat des tractations de guerre entre Britanniques et Français ; cette frontière entre les deux nouveaux États turc et syrien se dessine progressivement. Dans cet espace qui abrite une population composite à la fois sur le plan religieux et sur le plan ethnique se pose aussi la question du droit des peuples, des rapports de force et de la constitution de deux nations dans la lutte armée.

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On se posera donc la question de la spécificité de la sortie de guerre sur cette frontière : y a-t-il une spécificité de la violence héritée de la Grande Guerre qui se déploie dans cet espace ? La guerre est-elle productrice ou catalyseur de nouvelles réalités ? À quel type de guerres a-t-on affaire?

Nouvelles normes, pratiques et acteurs du temps de paix

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La fin de la guerre sur le front ottoman est actée par la conclusion de l’armistice de Moudros. Les négociations diplomatiques sur le sort de ces territoires sont marquées par deux contraintes, l’une héritée de la guerre, l’autre du renouvellement de la diplomatie internationale. La première concerne les négociations de guerre entre les principales puissances militaires actives dans la région. La seconde concerne l’avènement de l’ère wilsonienne, qui renouvelle en profondeur la conception de la diplomatie internationale et envisage le retour à la paix avec des exigences de transparence et de légitimité.

Les intérêts stratégiques des vainqueurs au Levant

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Au Proche-Orient, les ambitions rivales de la France et de la Grande-Bretagne s’appuient à la fois sur l’importance la région avant la guerre et sur le rôle stratégique qu’elle a joué pendant le conflit. Dès avant 1914, en France, les membres du parti colonial, représenté dans la sphère politique par le Comité de l’Orient et par le Comité de l’Asie française et dans la sphère économique par des chambres de commerce, revendiquent une Syrie « intégrale » [3][3] Christopher Andrew & Sydney Kanya-Forstner, « La France.... La France doit se voir reconnaître des droits sur la Syrie, la Cilicie, le bassin des rivières qui descendent de ses régions (la ligne de faîte entre la mer Noire et la Méditerranée marquera la limite nord du domaine français et le désert de Palmyre sa frontière orientale). Le potentiel économique de la région ne peut être exploité qu’à condition que la France possède les débouchés maritimes (notamment Alexandrette). Du côté britannique, cet espace représente une zone stratégique car il est situé sur la route des Indes et à proximité du Golfe Persique. Alexandrette et son arrière-pays jouent aussi un rôle décisif pendant la Première Guerre mondiale. Le port est envisagé dès 1914 par le vice-amiral Mark Kerr, puis par Winston Churchill et Lord Kitchener [4][4] George Cassar, Kitchener's War: British Strategy from..., comme un lieu de débarquement des troupes de l’Entente, afin de couper en deux parties l’Empire ottoman et d’isoler son centre de la région syrienne. Alexandrette sert enfin d’échappatoire pour une partie de la population arménienne victime du génocide.

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Sur le front ottoman, la sortie de guerre et la réorganisation territoriale ont été envisagées pendant le conflit. Entre la Grande-Bretagne et le chérif de La Mecque sont conclus les accords Hussein-Mac-Mahon, assortis de la promesse de constitution d’un grand royaume arabe ; les négociations franco-britanniques de 1916 débouchent sur la signature de l’accord Sykes-Picot (16 mai 1916), qui signe le partage de l’Empire ottoman en zones d’influence. La Syrie et la Mésopotamie sont divisées en cinq zones : une zone bleue comprenant la Syrie littorale, la Cilicie et Alexandrette est attribuée à la France, qui peut mettre en place un système d’administration directe ou de protectorat ; une zone rouge en Mésopotamie où la Grande-Bretagne peut s’installer dans des conditions similaires ; une zone brune en Palestine sous tutelle internationale ; une zone A en Syrie intérieure où la France aura ainsi une zone d’influence sur le royaume arabe de Hussein (qui comprend la région de Mossoul) ; une zone B où la Grande-Bretagne aura le même droit.

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La France et la Grande-Bretagne imaginent les perspectives de développement dans ces territoires. En 1920, la France est le principal investisseur en Syrie et des enquêtes, réalisées par des milieux divers intéressés par la colonisation – militaires, hommes d’affaires, congrégations religieuses – se multiplient sur sa mise en valeur possible et le potentiel de régénération de l’économie française qu’elle offre (mission Huvelin en 1919 [5][5] Paul Huvelin, « Que vaut la Syrie ? », Chambre de commerce..., études du général Weygand dans l’Amouk en 1923 [6][6] Seda Altuğ, “Between colonial and national dominations:...). L’armée aussi commande au début des années 1920 un rapport économique sur l’importance stratégique du port d’Alexandrette [7][7] SHAT, 4H98 et 4H99, Dossier 5. Rapport économique concernant... dans la géographie de la côte levantine. Du côté britannique, le Committee of Imperial Defence, dès 1915, voit dans cette rade et son port une base navale essentielle pour les intérêts navals britanniques en Méditerranée orientale [8][8] National Archives, FO, CAB 24/1/12, Committee of Imperial.... Sur le terrain, ce sont eux qui sont les plus à même de défendre leurs intérêts, car les troupes françaises, par l’insuffisance de leurs moyens et leur faiblesse numérique, peinent à les relever.

Des négociations de paix sous contrainte

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Lors des négociations de paix, les puissances doivent régler le sort de l’Empire ottoman, qui perd une partie de ses provinces européennes, persanes et arabes [9][9] Vincent Duclert, « La paix et la Turquie kémaliste »,.... Or, à la table des négociations, plusieurs problèmes se posent à l’Entente. Le premier, d’ordre technique, est celui de l’exclusion des puissances vaincues des négociations de paix. Celles-ci se font avec le sultan de Constantinople, qui est le chef de l’Empire ottoman vaincu, mais qui est contesté par les forces de libération nationales kémalistes. Le second, d’ordre moral, est lié aux principes wilsoniens d’autodétermination, qui ne font pas l’unanimité.

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À la conférence de San Remo d’avril 1920, la France et la Grande-Bretagne se voient confier par la Société des Nations la responsabilité d’amener d’anciens territoires de l’Empire ottoman vers l’indépendance. L’institution nouvelle du mandat, inspirée des principes du droit des peuples énoncé par Wilson, s’ancre cependant dans le contexte de la poussée impérialiste en Orient. La création juridique des mandats apparaît immédiatement comme ambiguë. La France doit participer à la construction d’un État syrien conçu sur le modèle de l’État-nation. Mais, pour la majeure partie de la classe politique, le mandat est perçu comme une nouvelle forme de la domination coloniale, une zone d’influence réservée [10][10] Gérard Khoury, « Les conditions d’instauration du mandat....

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La pression mise par les forces de libération nationale turques et syriennes entre 1918 et 1923 s’exerce en outre sur les négociateurs. La situation est rapidement favorable aux kémalistes sur le terrain, notamment en Cilicie [11][11] Le gouverneur militaire de Cilicie, le colonel Brémond..., et change les impératifs stratégiques des Français : la priorité est désormais de défendre la Syrie. Incapables de résister à la fois aux nationalistes turcs et aux nationalistes arabes dirigés par Fayçal, les autorités françaises décident de faire des concessions aux kémalistes pour y sauvegarder leurs intérêts. Le général Gouraud entame la reconquête du territoire, qui se solde par la défaite arabe de Maysaloun en juillet 1920 et le départ en exil de Fayçal [12][12] Yves Ternon, Empire ottoman. Le déclin, la chute, l’effacement,.... En parallèle, les démonstrations de force des troupes kémalistes sur la frontière nord ressortissent à la fois du marchandage diplomatique et de la recherche de la cohésion nationale.

Redessiner la frontière, de Sèvres (10 août 1920) à Lausanne (24 juillet 1923)

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Le traité de Sèvres, signé entre les vainqueurs et l’État ottoman, consacre l’éclatement de l’Empire, la création des nouveaux États et des nouvelles frontières. La Turquie se retrouve dépouillée du Kurdistan, des provinces arméniennes, de la région de Smyrne, de la Syrie et de la Mésopotamie. La frontière syro-turque suit une ligne partant de la côte à l’ouest de Mersine, passant au sud d’Adana, par Marache, Aïntab, Ourfa vers le Tigre, laissant la Cilicie et le sandjak d’Alexandrette à la Syrie. Le traité de paix soulève une grande vague de protestation en Turquie. Le 28 janvier 1920, l’assemblée kémaliste adopte le Pacte national, qui proclame l’indivisibilité des territoires turcs non-occupés au moment de l’armistice de Moudros et réclame que le sort des provinces arabes de l’Empire soit réglé selon le principe du droit des peuples. Le tracé défini à Sèvres est donc doublement illégitime : imposé et signé par un gouvernement contesté, ce diktat ne sera jamais ratifié [13][13] Yves Ternon, L’Empire ottoman. op. cit. et Seda Altuğ.... « Syndrome de Sèvres » [14][14] Dorothée Schmid, « Turquie : le syndrome de Sèvres..., la Turquie se perçoit désormais comme une citadelle assiégée dans un environnement international hostile. Les Français engagent avec les Turcs des négociations dès janvier 1921 pour régler la question de la Cilicie, et donc celle de la frontière entre la Syrie et la Turquie. En marge de la conférence qui se tient à Londres en février-mars 1921, Henri Franklin-Bouillon [15][15] Henry Franklin-Bouillon (1870-1937) : journaliste et... négocie avec Bekir Sami Bey un accord sur la Cilicie signé le 11 mars 1921 [16][16] SHAT, 7 N 3213, Accord franco-turc politique, militaire,.... La nouvelle frontière, reportée au sud, abandonne la Cilicie et une partie de l’arrière-pays d’Alexandrette à la Turquie. Le sandjak d’Alexandrette reste à la Syrie, mais Angora [17][17] Actuellement Ankara, désigne les membres du mouvement... obtient des concessions pour les populations turques : un régime administratif spécial, la reconnaissance du turc comme langue officielle, l’attribution d’un drapeau. Néanmoins, l’accord est un nouvel échec : les nationalistes turcs veulent repousser la frontière encore plus au sud et refusent les clauses économiques adossées aux accords. Les négociations se poursuivent, aboutissant à la signature à Angora du Traité franco-turc du 20 octobre 1921, signé avec Yussuf Kemal Bey [18][18] Yusuf Kemal Bey, professeur, juriste (diplômé de la.... Plusieurs circonstances d’ordre politique et militaire concourent à la poursuite des négociations : d’une part, l’armée du Levant n’a pas les moyens de lutter contre les Kémalistes ; d’autre part, après les succès diplomatiques remportés par Briand sur la scène européenne dans les premiers mois de l’année, l’incertitude domine. Le nouveau tracé fait partir la frontière du sud de Payas (golfe d’Alexandrette) vers le Tigre en suivant le tracé du Bagdadbahn[19][19] Chemin de fer dont la construction est concédée par.... Les stations de la voie ferrée sont accordées à la Turquie, tandis que la France obtient des concessions économiques et le libre transport des troupes [20][20] CADN, Syrie-Liban, Beyrouth Politique, 550, Frontière.... Dans les grandes lignes, le Traité de Lausanne, signé le 24 juillet 1923, confirme la frontière turco-syrienne tracée à Angora.

La guerre continuée, la guerre recommencée : une nouvelle réalité contestée

Fractures d’avant-guerre et nouvelles ruptures concourent à la prolongation de la violence

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Entre 1918 et 1923, la mise à mal de l’économie locale par la guerre nourrit la perpétuation de la violence. L’interruption et la destruction des voies de communication ainsi que l’insécurité régnante entre Alexandrette, Alep et leur hinterland, empêchent la reprise des affaires. Le port, autrefois porte méditerranéenne pour la Cilicie, la Syrie et la Mésopotamie, se trouve dans une inactivité complète. Malgré l’absence de statistiques commerciales pour les années 1914-1920, le marasme du port est attesté par les agents des compagnies maritimes et s’explique notamment par le blocus décidé par l’Entente à l’égard des ports syriens pendant la guerre. Les taux de fret prohibitifs découragent importateurs et exportateurs. Les exportations de bestiaux venant d’Irak via Alep, où des commerçants les achetaient pour les envoyer en Égypte par l’intermédiaire des transitaires d’Alexandrette qui les stockaient dans les pâturages de l’Amouk avant de les embarquer, ne reprennent pas [21][21] CADN, Services techniques, 238, Alexandrette, mise.... De même, les importateurs d’Alexandrette et de son arrière-pays sont dissuadés de faire des commandes en France : les produits étrangers sont vendus à des prix exorbitants et transitent le plus souvent non par la Syrie, mais par l’Égypte [22][22] Messageries Maritimes, Rapport de l’agence d’Alexandrette,.... À Alexandrette, le manque de moyens de débarquement et leur réquisition au profit de l’armée détournent les navires de leur route. Dans l’arrière-pays, les massacres d’Arméniens de 1915 ont anéanti toute une classe de petits artisans et d’agriculteurs qui contribuait à sa prospérité de la région. Enfin, les affrontements entre Français, chérifiens et nationalistes contribuent à empêcher la reprise du trafic. Les insurgés interrompent les communications, pillant les caravanes et rendant les transactions commerciales impossibles à honorer. Les marchandises importées et exportées doivent trouver d’autres voies que celle d’Alexandrette, ce qui les grève de frais de transport énormes [23][23] Messageries Maritimes, Rapport de l’agence d’Alexandrette,.... En témoigne la correspondance privée de marchands alépins, qui doivent détourner d’Alexandrette leurs marchandises arrivées de Marseille pour les faire débarquer à Beyrouth [24][24]  Archives Poche/Marcopoli, FM/K/L/X/9017, V. Marcopoli.... S’ajoute à cela la défectuosité des services postaux et télégraphiques. Entre Alexandrette et Alep, il faut passer par Beyrouth pour transmettre des informations, qui arrivent avec trois semaines de retard [25][25] CADN, Services techniques, Division de Syrie, État-Major,....

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Ni Constantinople ni les troupes de l’Entente ne disposent de la force nécessaire pour maintenir l’ordre dans la région [26][26] SHAT, 4H13, Antioche, le Comité de la Communauté chrétienne.... L’épuration se fait de façon spontanée par la fuite des anciens responsables politiques, laissant place à un vide du pouvoir. À Antioche, des membres du comité Union et Progrès (le kaïmakam, le président du tribunal et le juge d’instruction) prennent ainsi la fuite à l'automne 1918. L’épuration est aussi effectuée par les militaires français, face à des fonctionnaires corrompus ou jugés incapables, comme le kaïmakam d’Alexandrette destitué par le gouverneur militaire de la ville.

Acteurs, organisation, moyens de la résistance

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Les kémalistes exercent une forte pression sur la Cilicie et le Sud-Est de l’Anatolie, alors que les mujahidin arabes au Nord de la Syrie font alliance avec eux contre la tutelle française. Les « bandits » qu’affrontent les troupes françaises sont qualifiés de tchétés quand il s’agit d’irréguliers turcs et d’isabats quand il s’agit de chérifiens. En réalité, les deux types de formations se ressemblent et ne sont pas nées de la guerre. Ce sont de petites unités de rebelles, dont le nombre varie de quelques dizaines [27][27] SHAT, 4H45/1, Dossier 1, Journal des marches et opérations... à quelques milliers, composées de cavaliers et de fantassins, commandées par un chef, un notable local ou un chef tribal. Leurs membres sont essentiellement recrutés parmi la population rurale [28][28] Nadine Méouchy, “Rural resistance and the introduction.... Elles se différencient de simples bandits grâce à leur nombre, mais surtout à leurs armes, leur stratégie et leur encadrement. L’accord d’Angora et la démobilisation mal contrôlée de l’armée turque ont laissé sans emploi des tchétés originaires d’Anatolie et des territoires rétrocédés de même que ceux provenant de la zone sous mandat français, qui échappent aux autorités en restant au nord de la nouvelle frontière. Ces troupes, qui possèdent un armement moderne et efficace et ont l’expertise nécessaire, trouvent facilement à s’employer dans le contexte de l’après-guerre [29][29] SHAT, 4H59, Les forces irrégulières turques sur la.... Quelques anciens officiers de l’armée ottomane, comme Eöz Demir, ou chérifienne, apparaissent comme des figures emblématiques de la rébellion [30][30] SHAT, 4H59, Bulletin n° 69, période du 26 juillet au....

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Leur expertise de la guérilla a un double héritage : les opérations militaires de l’époque des Tanzimât et la Grande Guerre [31][31] Jean-David Mizrahi, « De la petite guerre à la guerre.... En Macédoine, au début du xixe siècle, l’armée ottomane se trouve confrontée à la répression de bandes armées et se familiarise avec les techniques de la contre-guérilla. Les officiers originaires de Macédoine, qui vont constituer la plupart des futurs leaders unionistes [32][32] Erik Jan Zürcher, The Unionist Factor. The Role of..., sont donc familiers de cette culture militaire. La guerre italo-turque puis la Première Guerre mondiale, à travers la création par Enver Pacha en août 1914 de l’Organisation spéciale (Teskilât-ı Mahsusa), sont l’occasion d’utiliser cette pratique qui devient un rouage officiel de l’appareil de guerre ottoman.

Le maintien de la violence sur la frontière

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Les Français sont convaincus que ces forces ne mènent pas une guerre privée mais ont une vocation nettement politique. Le simple désir de pillage ne suffit pas à expliquer leur action. Parfois, elles « s’abattent à l’improviste sur les campagnes, pillent les villages et coupent les communications » [33][33] SHAT, 5H45/1, Journal des marches et opérations 1919-1920,..., mais elles ne pratiquent pas une économie du pillage systématique et indifférenciée. En témoigne par exemple l’attaque d’Antioche, menée le 12 mars 1920 par une bande de chérifiens. Aucun acte de pillage ne se produit dans les quartiers de la ville où les troupes ont pénétré, mais les fonctionnaires sont sommés de démissionner [34][34] SHAT, 4H45/1, Journal des marches et opérations 1919-1920,.... Pour les militaires français, il est clair que l’objectif de l’organisation ennemie, à la fois turque et chérifienne, est national [35][35] SHAT, 4H247, Plan de défense, 2e Division, Alexandrette,.... Il s’agit de faire régner dans toute la région nord de la Syrie un état d’insécurité ; d’entretenir les sentiments irrédentistes de la population turque ; de favoriser la résistance de la population contre l’établissement du système administratif mandataire [36][36] SHAT, 4H148, Note au sujet des articles relatifs à....

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Ces ambitions proto-nationales n’empêchent pas un ancrage local. Les bandes armées sont financées et organisées dans le cadre de hiérarchies de notables, et le recrutement fonctionne selon des liens traditionnels de clientélisme. Dans cette région frontalière mal contrôlée par la Porte, les puissances locales disposent d’une tradition d’autonomie. À Antioche, grand centre de la résistance kémaliste, l’organisation de la structure foncière et des structures sociales quasi féodales de la plaine de l’Amouk expliquent le rôle des acteurs de la révolte. Les grands propriétaires, beys et aghas, y dominent une population de petits métayers, fellahs arabes ou alaouites, qui sont liés à eux par des liens de dépendance économique mais aussi de fidélité, composant une vaste clientèle aisément mobilisable. La famille Kara Mursel Zâde, qui règne à partir de Rihanié, est partisane de la cause kémaliste. À sa tête, se trouvent trois frères, les « beys de l’Amouk », qui sont passés en Turquie en 1921 et tissent des liens étroits avec le milieu nationaliste d’Antioche.

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Les autorités militaires françaises peuvent constater que la population protège l’action des bandes armées par divers stratagèmes et empêche les Français d’établir des barrages efficaces en donnant de faux renseignements, aide les bandes à les franchir, sert d’indicateur [37][37] SHAT, 4H59, Bulletin n° 67 du 20 juin au 10 juillet.... Plusieurs facteurs peuvent permettre d’expliquer qu’elle apporte son aide à cette résistance. On peut faire l’hypothèse que cette population a été confrontée à une brutalisation durant la Grande Guerre et qu’elle peine à sortir du cycle de violence ; en outre, tant l’Empire ottoman finissant que la résistance nationale valorisent la culture militaire. Depuis le début du xxe siècle, la société ottomane est imprégnée de l’expérience de la guerre, à la fois par des représentations traditionnelles et par les valeurs militaires modernes, inculquées dans les écoles d’État réformées. La dernière hypothèse permettant d’expliquer une certaine complicité de la population locale tient aux moyens importants de propagande et à la résistance idéologique déployée par les nationalistes turcs.

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La frontière est le lieu privilégié où se développent des campagnes de propagande nationaliste, destinées à forger un sentiment d’appartenance. La frontière apparaît comme une rupture non seulement spatiale, mais idéologique. Les thèmes de la propagande turque qui se développent à la frontière, en particulier dans le sandjak d’Alexandrette et à Alep, exacerbent l’opposition entre Turcs et non-Turcs. Le premier élément récurrent est l’affirmation de la valeur guerrière de la nation turque et de ses ambitions. Il s’agit pour le pouvoir kémaliste de restaurer une fierté et un orgueil blessés par les traités de paix, en affirmant sa volonté de récupérer les « provinces martyres » [38][38] CADN, Syrie-Liban, Cabinet politique, 996 : Incidents.... Dans cette propagande guerrière, la figure de Mustapha Kemal commence à tenir une place centrale. Le second thème diffusé est la glorification de l’islam, qui se trouve encore lié à la figure de Kemal dans l’imagerie du début des années 1920. Il s’agit d’affirmer l’identité culturelle de la nation turque, et notamment son héritage islamique. L’appel au jihad plonge ses racines dans l’histoire de l’Empire. Odile Moreau a pu souligner la coexistence d’une expertise technique et d’une formation militaire, placées sous le sous le signe de la modernité occidentales, avec des motifs guerriers traditionnels, dont l’appel au jihad[39][39] Odile Moreau, L’Empire ottoman à l’âge des réformes..... Il est utilisé à plusieurs reprises entre 1914 et 1920 ; le premier appel est celui lancé par le sultan pour combattre l’Entente le 7 novembre 1914 ; le dernier en date est celui lancé par Ibrahim Hanano contre les Français en août 1920. Utilisé à la fois par les Turcs et par les Arabes, il est un mot d’ordre capable de réunir la communauté musulmane contre une menace chrétienne [40][40] SHAT, 4H45/1, Journal des marches et opérations 1919-.... Le troisième thème est la proclamation de la pureté de la nation, et, à l’inverse, la condamnation de la dépravation des mœurs occidentales. La nation turque affiche des vertus d’austérité [41][41] SHAT, 4H108, Bulletin de Renseignements du 1er juillet... et la frontière, de politique, devient sanitaire, donnant lieu à l’élaboration d'une sorte d’hygiénisme national [42][42] Jean-David Mizrahi, « Un nationalisme de la frontière :....

D’une guerre à l’autre : de quel type de guerre s’agit-il ?

Un épisode de la guerre de libération nationale turque ?

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Pour les militaires français, la rébellion est de nature exogène et orchestrée d’en haut. Elle s’ancre dans le cadre de la guerre d’indépendance menée par Kemal contre les forces qui menacent l’intégrité du territoire et la nation turque. Ainsi, ce dernier aurait donné aux commandants de division une circulaire orientant les forces nationalistes vers le sud de la Turquie et leur donnant Alep pour objectif final, en prévoyant d’utiliser pour cela les troupes régulières. Ces forces auraient pour tâche d’appuyer les milices pour préparer une offensive de grande ampleur [43][43] SHAT, 4H45/1, Journal des marches et opérations 1919-.... À l’échelle de la frontière turco-syrienne, ce sont les comités nationalistes, structures parallèles et secrètes, qui étendent leurs ramifications et organisent les bandes armées.

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Pourtant, on ne peut conclure à une continuité téléologique entre résistance locale et avènement de la République kémaliste : il existe une coordination avec le mouvement national kémaliste mais aussi une relative autonomie. Il faut donc examiner avec précaution l’impression de cohérence de cette révolte, caractérisée comme un « destin national » [44][44] James Gelvin, Divided Loyalties: Nationalism and Mass.... Les lignes d’opposition, les identités, les frontières nationales sont loin d’être tracées fixement et définitivement. En témoigne l’alliance entre les deux nationalismes turc et arabe au début des années 1920, qui laisse soupçonner que ni les identités nationales ou ethniques, ni les frontières, ne sont strictement imperméables.

Un événement fondateur de la conscience nationale syrienne ?

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Du côté arabe syrien également, les chefs de file de la résistance sont encore des hommes issus du système ottoman par leurs origines sociales, leur formation et leur carrière. Il s’agit d’une première génération, produit de l’Empire ottoman modernisé. A. Hourani et P. Khoury [45][45] Philip Khoury, Syria and the French Mandate. The Politics... ont montré que ces premiers défenseurs de la cause syrienne sont des hommes provenant de familles souvent importantes et éduquées, qui ont fait leurs études à Istanbul, parlent plusieurs langues. Ibrahim Hanano, qui coordonne la révolte de la Syrie du Nord est à cet égard encore parfaitement représentatif. Ancien membre de la bureaucratie ottomane d’origine kurde, il est né à Harim dans une famille de notables ruraux aisés. Il reçoit une éducation dans une des écoles d’État, produit des réformes éducatives ottomanes, et rejoint pendant la guerre l’armée arabe de Fayçal avec le grade d’officier. Il devient membre de la société secrète nationaliste Al-Fatat et représentant de Harim au Congrès arabe de Damas [46][46] Seda Altuğ, “Between colonial and national dominations:.... C’est à partir du Club arabe d’Alep, l’une des branches des divers clubs arabes institués en Syrie à l’automne 1918 par le gouvernement de Damas, qu’il organise la résistance arabe en coordination avec les kémalistes. Les nouvelles frontières territoriales instaurées par les Occidentaux n’ont que peu d’impact sur les représentations et les engagements de ces élites, intégrées de longue date dans un espace beaucoup plus large. Bureaucrates, grands propriétaires et marchands, ils souffrent des coutures frontalières qui rompent les espaces d’échanges traditionnels et sont sensibles aux arguments économiques comme aux affinités culturelles [47][47] SHAT, 4H114/4, Cousse à Gouraud, 16 juin 1920..

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Ce sont d’ailleurs les partisans de Kemal qui, plus que Fayçal, fournissent l’essentiel des subsides et assurent le recrutement des combattants de la résistance arabe syrienne [48][48] Nadine Méouchy & Peter Sluglett (dir), The British.... Hanano entame des négociations avec les Turcs en août 1920, qui aboutissent à une collaboration militaire. Les militaires français chargés de la pacification sont conscients que ces ramifications irriguent non seulement tout l’espace frontalier, mais se répandent également dans les bastions de résistance plus au Sud en Syrie, démontrant « l’existence d’un plan d’ensemble » [49][49] Général Du Hays, Les Armées françaises au Levant, 1919-1939,....

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Cependant, plusieurs facteurs contribuent à faire fermenter le sentiment national arabe syrien. Trois viennent de l’expérience de la Grande Guerre, qui a engendré un traitement différencié des provinces arabes de l’Empire et a généré de la rancune parmi les populations à l’égard de l’administration centrale ottomane [50][50] Nadine Méouchy, « From the Great War…”, op. cit.: la conscription, la famine et la répression. Ces facteurs jouent un rôle décisif dans l’élaboration du nationalisme arabe. En outre, des divergences apparaissent entre les chefs des bandes rebelles, qui semblent animés par des motivations différentes [51][51] Général Du Hays, Les Armées françaises…, op. cit.,..., provoquant la déception de Hanano, « désespéré de voir que personne ne voulait se battre et mécontent des Turcs qui se moquaient de l’indépendance arabe » [52][52] Ibid.. À partir de l’accord d’Angora de 1921, la coopération syro-turque est définitivement enterrée par les négociations sur la frontière.

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Il est donc plus prudent de parler aussi d’un nationalisme en gestation côté syrien, car demeure l’imprégnation d’une culture ottomane partagée, même en délitement.

Une guerre coloniale ?

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L’instauration du mandat français en Syrie et les conceptions qui guident ses premières réalisations sont influencées par l’expérience marocaine [53][53] Edmund Burke, “A comparative view of French Native.... La reprise de la formule marocaine pour l’administration des nouveaux territoires est d’autant plus tentante au début des années 1920 que la forme du mandat n’est pas très clairement définie. Les décideurs politiques s’inspirent par défaut de leur expérience coloniale [54][54] Philip Khoury, Syria and the French Mandate. The Politics.... C’est donc le système d’administration mis en place par Lyautey qui marque les conceptions d’un personnel mandataire souvent passé par un poste au Maghreb avant d’arriver en Syrie. En moyenne, plus de 55 % des officiers ont séjourné dans les colonies avant d’arriver en Syrie, en Algérie mais surtout au Maroc [55][55] Jean-David Mizrahi, Genèse de l’Etat mandataire. Service.... C’est le cas de hauts-gradés comme le général Gouraud, premier Haut-Commissaire en Syrie, ancien collaborateur de Lyautey, ou du général de Lamothe. Sur la frontière turco-syrienne sont aussi envoyés beaucoup d’anciens coloniaux. Le général Henri Aubé, qui exerce le commandement de la brigade coloniale, est nommé en mars 1920 commandant du territoire situé à l’Ouest de la voie ferrée du Bagdadbahn[56][56] Né en 1865 au Brésil, il passe par Saint-Cyr (1885),.... Son successeur à Alexandrette, le général Goubeau, qui prend en mai 1920 le commandement du sandjak, est aussi passé par les colonies [57][57] Engagé volontaire en 1891, il entre à l’École spéciale.... Ce profil est enfin partagé par des officiers supérieurs commandant les colonnes de pacification, comme le colonel Debieuvre, qui commande avant la guerre un bataillon de tirailleurs sénégalais d’Algérie et qui est envoyé en 1919 à la tête du 17e régiment de tirailleurs sénégalais au Levant.

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Leurs méthodes sont inspirées des précédents coloniaux, notamment par leurs conceptions et leur mise en œuvre de la pacification. C’est, selon le Général Goubeau, « la manifestation de notre force » qui est la condition essentielle de la réussite de l’action politique. L’objectif premier de la pacification est de rétablir l’ordre par la crainte. En ce sens, la conquête militaire va de pair avec la destruction des foyers d’insurrection et la reprise en main des populations rebelles [58][58] Samia El Mechat (dir.), Coloniser, pacifier, administrer..... L’usage de colonnes légères, principalement constituées de fantassins, utilisant de l’artillerie de montagne [59][59] Daniel Neep, Occupying Syria under the French Mandate...., est indispensable dans le cas d’une guérilla. Elles cherchent à pénétrer les zones montagneuses où se réfugient les rebelles et à assurer la sécurité des voies de communication, tandis que la couverture rapprochée des villes est réalisée par des postes de troupes ou de gendarmerie [60][60] Général Du Hays, Les Armées françaises…, op. cit.,..., dans une combinaison typique de la guerre coloniale [61][61] Jacques Frémeaux, De quoi fut fait l’Empire. Les guerres.... Plusieurs colonnes se succèdent dans le sandjak d’Alexandrette de 1920 à 1922, mais elles demeurent largement inefficaces, car les tchétés, qui maîtrisent la topographie, se volatilisent souvent à leur approche. D’après Galliéni et Lyautey, la pacification vise également à ramener la confiance dans la population, en combinant procédures de contrainte (le paiement de taxes, marque de soumission), et politiques plus durables : les militaires passent dans les villages pour informer les notables et favoriser la sécurité des routes pour que « les populations paysannes abandonnent le fusil pour la charrue » [62][62] Général Du Hays, Les Armées françaises…, op. cit.,.... C’est le principe d’une colonisation en « tâche d’huile » où il faut ménager le pays pour étendre la domination.

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Cette pacification pose deux problèmes aux autorités françaises : la composition des troupes et la gestion militaire et administrative des territoires. Les troupes coloniales des colonnes – spahis, régiments de tirailleurs algériens et de tirailleurs sénégalais – ont une formation insuffisante. La libération des classes indigènes crée notamment un grave déficit chez les tirailleurs, qui sont remplacés par des recrues ayant peu de temps de service et la pénurie de cadres français ne permet pas d’y remédier. Si leur discipline est jugée satisfaisante par les autorités militaires, cela n’est pas le cas par exemple de la Légion d’Orient, utilisée sur le terrain par manque de troupes disponibles. Créée en 1916 pour combattre contre la Turquie, elle est composée d’éléments très hétérogènes [63][63] Gustave Gautherot, La France en Syrie et en Cilicie,..., auxquels l’armée française ne réussit pas à donner un encadrement et une discipline militaire corrects. Envoyés en Cilicie et dans la région d’Alexandrette en 1918, ce sont des hommes « sans cadres » [64][64] SHAT, 4H8/3, Télégramme DFPS (Hamelin) à Chef État..., qui circulent quasi librement, commettent des actes de terrorisme, des pillages et des viols [65][65] SHAT, 4H8/3, Gouverneur militaire Alexandrette à Général.... Ils affrontent même lors de rixes des tirailleurs, provoquant un incendie à Alexandrette, pillant la ville, dévalisant les passants. Les autorités militaires traduisent quelques responsables en conseil de guerre, et accélèrent la démobilisation des troupes restantes. À cela s’ajoute une gestion chaotique de ces territoires frontaliers sous contrôle de l’armée, ou sous statut administratif spécial. L’administration à la fois militaire et civile changeante en fonction des besoins, reformant les circonscriptions, ne permet pas une gestion continue et cohérente.

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La sortie de guerre à la frontière syro-turque est donc longue et incertaine : les difficultés de la démobilisation, les violences entretenues, l’incertitude du tracé frontalier, les multiples acteurs locaux contribuent à prolonger une violence, qui, forte de l’expérience acquise dans l’Empire ottoman, pendant la Grande Guerre ou sur des terrains impériaux, change de forme et d’objectifs, mais contribue à façonner durablement cet espace.

Notes

[1]

Hamit Bozarslan, « Empire ottoman, Turquie, monde arabe : de la fin de la guerre à la fin de l’Empire », dans Stéphane Audouin-Rouzeau & Christophe Prochasson, Sortir de la Grande Guerre. Le monde et l’après 1918, Paris, Tallandier, 2008, p. 329.

[2]

Erik Jan Zürcher, The Unionist Factor. The Role of the Committe of Union and Progress in the Turkish National Movement (1905-1926), Leiden, Brill, 1984.

[3]

Christopher Andrew & Sydney Kanya-Forstner, « La France à la recherche de la Syrie intégrale (1914-1920) », Relations Internationales, 19, 1979, p. 263-278.

[4]

George Cassar, Kitchener's War: British Strategy from 1914-1916, Washington, Brassey's, 2004, p. 119.

[5]

Paul Huvelin, « Que vaut la Syrie ? », Chambre de commerce de Marseille, Congrès français de la Syrie, section économique et compte-rendu de la mission française en Syrie, 1919 ; Simon Jackson, “‘What is Syria Worth ?’, The Huvelin Mission, Economic Expertise and the French Project in the Eastern Mediterranean, 1918-1922”, Monde(s), 2, 2013, p. 83-103.

[6]

Seda Altuğ, “Between colonial and national dominations: Antioch under the French mandate (1920-1939)”, mémoire de l’Atatürk Institute for Modern Turkish History, Boğazıçı University, 2002, non publié.

[7]

SHAT, 4H98 et 4H99, Dossier 5. Rapport économique concernant la Syrie et la Cilicie, 1925.

[8]

National Archives, FO, CAB 24/1/12, Committee of Imperial Defence, “The War. Alexandretta and Mesopotamia”, Memorandum by Lord Kitchener ; “Alexandretta. His importance as a future base”, Committee for Imperial Defence, Remarks by Admiral Sir H.B. Jackson, 18 Mars 1915.

[9]

Vincent Duclert, « La paix et la Turquie kémaliste », dans Stéphane Audouin-Rouzeau & Jean-Jacques Becker (dir.), Encyclopédie de la Grande Guerre, 1914-1918. Histoire et Culture, Paris, Bayard, 2004, p. 1033-1046.

[10]

Gérard Khoury, « Les conditions d’instauration du mandat français au Proche-Orient après la Première Guerre mondiale », dans Nadine Méouchy (dir.), France, Syrie et Liban 1918-1946. Les ambiguïtés et les dynamiques de la relation mandataire, Damas, IFEAD, 2002, p. 75-89.

[11]

Le gouverneur militaire de Cilicie, le colonel Brémond éprouve de véritables difficultés à défendre la région contre les assauts des Turcs. L’attaque de Marache en janvier 1920 et l’évacuation des troupes françaises de la ville marquent le premier pas de la reconquête de la Cilicie. Cette victoire qui galvanise les Kémalistes s’accompagne de la capitulation d’Ourfa, puis du siège d’Aïntab. En mai 1920, un armistice est signé avec les nationalistes, sans que les combats s’arrêtent sur le terrain.

[12]

Yves Ternon, Empire ottoman. Le déclin, la chute, l’effacement, Paris, Éditions du Félin ; Editions Michel de Maule, 2002.

[13]

Yves Ternon, L’Empire ottoman. op. cit. et Seda Altuğ & Benjamin White, « Frontières et pouvoir d’État. La frontière turco-syrienne dans les années 20 et 30 », Vingtième Siècle, 3, 2009, p. 91-104.

[14]

Dorothée Schmid, « Turquie : le syndrome de Sèvres ou la guerre qui n’en finit pas », Politique étrangère (IFRI), 1, printemps 2014, p. 199-213.

[15]

Henry Franklin-Bouillon (1870-1937) : journaliste et député radical-socialiste. Il s’engage comme volontaire pendant la Première Guerre mondiale et devient ministre en 1917. Il est envoyé par le gouvernement d’Aristide Briand en mai 1921 à Ankara pour signer un accord avec le gouvernement de la Grande Assemblée nationale.

[16]

SHAT, 7 N 3213, Accord franco-turc politique, militaire, économique, sur les frontières entre la Turquie et la Syrie, 11 mars 1921.

[17]

Actuellement Ankara, désigne les membres du mouvement kémaliste, par opposition aux forces du sultan, établi à Constantinople.

[18]

Yusuf Kemal Bey, professeur, juriste (diplômé de la Faculté de droit de Paris) et diplomate, élu du Parlement ottoman en 1908, combattant de la Première Guerre mondiale, ayant rapidement rejoint la Grande Assemblée nationale de Turquie. Yusuf Kemal Bey est nommé ministre des Affaires extérieures du gouvernement de la Grande Assemblée nationale de Turquie en mai 1921. Parfait francophone, il négocie et signe avec Henri Franklin-Bouillon le Traité d’Ankara en 1921. Il devient par la suite ministre de la Justice de la République de Turquie de 1930 à 1933.

[19]

Chemin de fer dont la construction est concédée par l’Empire ottoman à l’Allemagne en 1903, destiné à relier Constantinople à Damas et à Bagdad.

[20]

CADN, Syrie-Liban, Beyrouth Politique, 550, Frontière turco-syrienne, septembre 1925.

[21]

CADN, Services techniques, 238, Alexandrette, mise à jour d’une ancienne étude du SIL, septembre 1921.

[22]

Messageries Maritimes, Rapport de l’agence d’Alexandrette, 1919.

[23]

Messageries Maritimes, Rapport de l’agence d’Alexandrette, 1920.

[24]

Archives Poche/Marcopoli, FM/K/L/X/9017, V. Marcopoli à monsieur Fernand Picon, Agent des Messageries Maritimes à Beyrouth, Alep, 10 mai 1920.

[25]

CADN, Services techniques, Division de Syrie, État-Major, Renseignements sur Alexandrette, 1920.

[26]

SHAT, 4H13, Antioche, le Comité de la Communauté chrétienne à Antioche à Monsieur le Commandant de l’escadre franco-anglaise, Alexandrette, 2 décembre 1918.

[27]

SHAT, 4H45/1, Dossier 1, Journal des marches et opérations 1919- 1920, 25 janvier 1920.

[28]

Nadine Méouchy, “Rural resistance and the introduction of modern forms of consciousness in the Syrian countryside, 1918-1926”, dans Thomas Philipp & Christoph Schumann, From the Syrian Land to the States of Syria and Lebanon, Beirut, Ergon Verlag, 2004, p. 275-289.

[29]

SHAT, 4H59, Les forces irrégulières turques sur la frontière syrienne, 15 avril 1923.

[30]

SHAT, 4H59, Bulletin n° 69, période du 26 juillet au 1er septembre 1923.

[31]

Jean-David Mizrahi, « De la petite guerre à la guerre d’indépendance : pratique et expertise de la guérilla dans l’Empire ottoman finissant (1908-1923) », Revue historique des Armées, 2, 2003, p. 66-76.

[32]

Erik Jan Zürcher, The Unionist Factor. The Role of the Committe of Union and Progress in the Turkish National Movement (1905-1926), Leiden, Brill, 1984.

[33]

SHAT, 5H45/1, Journal des marches et opérations 1919-1920, 5 janvier 1920.

[34]

SHAT, 4H45/1, Journal des marches et opérations 1919-1920, 12 mars 1920.

[35]

SHAT, 4H247, Plan de défense, 2e Division, Alexandrette, 8 avril 1920.

[36]

SHAT, 4H148, Note au sujet des articles relatifs à la Syrie parus les 4 et 6 mars 1924 dans L’Humanité.

[37]

SHAT, 4H59, Bulletin n° 67 du 20 juin au 10 juillet 1923.

[38]

CADN, Syrie-Liban, Cabinet politique, 996 : Incidents frontaliers (1923-1924), Note sur la situation politique, 20 juin 1923.

[39]

Odile Moreau, L’Empire ottoman à l’âge des réformes. Les hommes et les idées du « Nouvel ordre militaire », 1826-1914, IFEA ; Maisonneuve et Larose, 2007 ; Nadine Méouchy, “From the Great War to the Syrian armed resistance movement (1919-1921) : The military and the mujahidin in action”, dans Heike Liebau (dir.) et alii, The World in World Wars. Experiences, Perceptions and Perspectives from Africa and Asia, Leiden, Brill, 2010, p. 512.

[40]

SHAT, 4H45/1, Journal des marches et opérations 1919- 1920, 14 février 1920.

[41]

SHAT, 4H108, Bulletin de Renseignements du 1er juillet 1922, traduction de l’article suivant intitulé « Le luxe est contraire à notre caractère et à notre programme » publié dans le Gazi Sanjak.

[42]

Jean-David Mizrahi, « Un nationalisme de la frontière : bandes armées et sociabilités politiques sur la frontière turco-syrienne au début des années 20 », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 78, avril-juin 2003, p. 19-35

[43]

SHAT, 4H45/1, Journal des marches et opérations 1919- 1920, 5 février 1920.

[44]

James Gelvin, Divided Loyalties: Nationalism and Mass Politics in Syria at the Close of Empire, Berkeley, University of California Press, 1998.

[45]

Philip Khoury, Syria and the French Mandate. The Politics of Arab Nationalism 1920-1945, Londres, I.B.Tauris, 1987.

[46]

Seda Altuğ, “Between colonial and national dominations: Antioch under the French mandate (1920-1939)”, Mémoire de maîtrise de l’Atatürk Institute for Modern Turkish History, Boğazıçı University, 2002, non publié.

[47]

SHAT, 4H114/4, Cousse à Gouraud, 16 juin 1920.

[48]

Nadine Méouchy & Peter Sluglett (dir), The British and French Mandates in Comparative Perspectives, Boston, Brill, 2004.

[49]

Général Du Hays, Les Armées françaises au Levant, 1919-1939, Vincennes, ministère de la Défense, État-Major de l’Armée de Terre, Service historique, 1979, vol. 2, p. 237.

[50]

Nadine Méouchy, « From the Great War…”, op. cit.

[51]

Général Du Hays, Les Armées françaises…, op. cit., p. 470.

[52]

Ibid.

[53]

Edmund Burke, “A comparative view of French Native Policy in Marocco and in Syria, 1912-1925”, Middle Eastern Studies, n° 9, 1973, p. 179-186.

[54]

Philip Khoury, Syria and the French Mandate. The Politics of Arab Nationalism, 1920-1945, Princeton, Princeton University Press, 1987, p. 55.

[55]

Jean-David Mizrahi, Genèse de l’Etat mandataire. Service de renseignements et bandes armées en Syrie et au Liban au début des années 1920, Paris, Publications de la Sorbonne, 2003, p. 195.

[56]

Né en 1865 au Brésil, il passe par Saint-Cyr (1885), avant d’être affecté au 1er Régiment d’Infanterie de Marine en 1887, puis au 1er Tirailleurs tonkinois (1889). Il passe ensuite au Bénin (1893), puis à Madagascar (1895). Il est fait officier de la Légion d’honneur en 1915 (il est alors dans l’infanterie coloniale), commandeur en 1921 et devient général de division des troupes coloniales. Il est également membre du Comité consultatif de défense des colonies.

[57]

Engagé volontaire en 1891, il entre à l’École spéciale et gravit tous les échelons. Il passe en Algérie en 1893-1895, avant d’être envoyé à Madagascar (1898). Il est fait officier de la Légion d’honneur en 1915. Il termine comme général de corps d’armée en 1930.

[58]

Samia El Mechat (dir.), Coloniser, pacifier, administrer. xixe-xxe siècles, Paris, CNRS Éditions, 2014.

[59]

Daniel Neep, Occupying Syria under the French Mandate. Insurgency, Space and State Formation, Cambridge, Cambridge University Press, 2012.

[60]

Général Du Hays, Les Armées françaises…, op. cit., p. 237.

[61]

Jacques Frémeaux, De quoi fut fait l’Empire. Les guerres coloniales au xixe siècle, Paris, CNRS Éditions, 2010.

[62]

Général Du Hays, Les Armées françaises…, op. cit., p. 236.

[63]

Gustave Gautherot, La France en Syrie et en Cilicie, Courbevoie, Librairie indépendante, 1920.

[64]

SHAT, 4H8/3, Télégramme DFPS (Hamelin) à Chef État Major DFPS Beyrouth, 25 décembre 1918.

[65]

SHAT, 4H8/3, Gouverneur militaire Alexandrette à Général Commandant DFPS, 16 décembre 1918.

Plan de l'article

  1. Nouvelles normes, pratiques et acteurs du temps de paix
    1. Les intérêts stratégiques des vainqueurs au Levant
    2. Des négociations de paix sous contrainte
    3. Redessiner la frontière, de Sèvres (10 août 1920) à Lausanne (24 juillet 1923)
  2. La guerre continuée, la guerre recommencée : une nouvelle réalité contestée
    1. Fractures d’avant-guerre et nouvelles ruptures concourent à la prolongation de la violence
    2. Acteurs, organisation, moyens de la résistance
    3. Le maintien de la violence sur la frontière
  3. D’une guerre à l’autre : de quel type de guerre s’agit-il ?
    1. Un épisode de la guerre de libération nationale turque ?
    2. Un événement fondateur de la conscience nationale syrienne ?
    3. Une guerre coloniale ?

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