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Les Cahiers Sirice

2016/3 (N° 17)


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Les sorties de guerre constituent un phénomène qui intéresse les historiens depuis une dizaine d’années. Depuis les années 1990 et la fin de la guerre froide, amorcée symboliquement par la chute du mur de Berlin, mais dont la réalité a été plus complexe, les historiens ont renoué avec cette thématique. Élaboré à partir de l’étude de la Grande Guerre [1][1] Stéphane Audoin-Rouzeau & Christophe Prochasson, Sortir..., ce concept succède à celui d’après-guerre, pensé quant à lui d’après la Seconde Guerre mondiale et qui s’intéressait aux conséquences des conflits : reconstruction des sociétés, réorganisation politique, restructuration économique. À une approche relativement statique des suites du conflit succède une approche plus dynamique, qui cherche à comprendre les processus de démobilisation des sociétés, des armées, des États et des économies. Elle est le pendant de l’intérêt pour les « entrées en guerre » [2][2] « Entrées en guerre » de Jean-Jacques Becker dans l’Encyclopédie..., qui analyse aussi les processus, la chronologie, la mise en œuvre du passage de la paix à la guerre. Des sources aussi diverses que les archives diplomatiques (traités de paix, représentations diplomatiques et consulaires, organisations internationales) et militaires, la presse et la littérature, les archives privées (journaux intimes, mémoires) peuvent alimenter les questionnements sur cette période complexe de transition.

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La notion de sorties de guerre a profité d’un renouvellement récent de l’historiographie de la guerre, provenant essentiellement des études menées sur la Grande Guerre. C’est d’abord l’approche anthropologique de l’histoire de la guerre, qui a permis de s’intéresser au vécu des populations civiles et militaires, à une diversité d’acteurs (l’expérience intime des soldats, mais aussi des femmes [3][3] Luc Capdevila, François Rouquet, Fabrice Virgili et..., des enfants [4][4]  Stéphane Audoin-Rouzeau, « Enfances en guerre au 20e..., des déplacés, etc.), à leur perception de la guerre et aux difficultés de réadaptations du temps de paix. L’intérêt pour les « cultures de guerre » [5][5]  John Horne (ed.), State Society and Mobilization in..., qui se sont attachées à la formation des opinions publiques, des imaginaires du temps de guerre, des facultés d’adaptation à la violence, ont aussi permis de penser les difficultés de la « démobilisation culturelle » qui fait suite aux guerres. L’histoire diplomatique et l’histoire militaire ont, elles aussi, connu un renouvellement qui permet de mieux penser les lendemains et les conséquences des guerres, ne s’intéressant plus seulement à la fin des manœuvres, à la signature des armistices et des traités de paix, ou à l’équilibre des puissances, mais aux acteurs nouveaux, aux échelles et aux modalités multiples du passage à la paix. La notion de sortie de guerre est aujourd’hui utilisée à la fois par des historiens de toutes périodes [6][6]  Michèle Battesti & Jacques Fremeaux (dir.), Sortir... et de toutes aires géographiques et culturelles, dans une optique le plus souvent comparatiste et connectée. Elle profite en cela du renouvellement de l’historiographie en matière d’histoire connectée ou globale, qui veut mettre en relation les phénomènes à petite échelle, insistant sur les circulations et les interdépendances, en dépassant les compartimentages nationaux en histoire et dans une perspective résolument interdisciplinaire [7][7]  Pour une mise au point sur le sujet, voir : Caroline.... L’histoire des guerres essaie de sortir du champ de bataille européen [8][8] Alya Aglan & Robert Frank (dir.), 1937-1947. La guerre-monde,... en s’attachant à la participation humaine et économique et à l’expérience des mondes extra-européens [9][9] Heike Liebau, Katrin Bromber, Katharina Lange, Dyala..., mettant en lumière l’expérience des « coloniaux » et des soldats des empires, donnant la parole aux sources extra-européennes, tandis que les guerres coloniales et impériales trouvent toute leur place dans l’étude des processus à l’œuvre dans les sorties de guerre. Ces dernières permettent en outre de riches comparaisons entre les sorties de guerre entre périodes et territoires, mettant en lumière les similitudes et les différences, les connexions et transferts (de compétences, de matériel, de personnel) qui peuvent exister entre elles et invitant à l’établissement de typologies. Pour l’historien des relations internationales, la notion de sortie de guerre présente plusieurs intérêts. Elle impose en premier lieu de repenser la chronologie des conflits, en insérant l’après-guerre dans un temps plus long que celui de la cessation des hostilités et de la conclusion juridique des traités de paix, avec la possibilité de guerres continuées, recommencées. En s’intéressant à la durée de la transition, il s’agit de décrire un processus qui n’est nullement homogène ni continu, mais qui peut être fragmenté, compartimenté. En second lieu, elle permet de repenser la position des protagonistes, en sortant des classifications binaires vainqueurs/vaincus, en s’attachant à différents types d’acteurs, à différentes échelles et à leurs interactions. L’identification commode de l’ennemi et du responsable de la guerre, puni en tant que tel au moment des traités de paix (par exemple, l’article 231 du traité de Versailles, établissant officiellement la responsabilité de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie dans le déclenchement de la Première Guerre mondiale, et leur infligeant en conséquence de sévères réparations) se trouve remise en question par la prise en compte de la complexité des implications, notamment par l’établissement des responsabilités des différents acteurs dans le cadre de procédures judiciaires à l’échelle internationale [10][10] Vincent Laniol, « L’article 231 du traité de Versailles,.... La notion de sortie de guerre permet également de repenser le couple ami/ennemi du temps de guerre, qui se transforme au gré des alliances et des impératifs stratégiques lorsque cette dernière se termine : ainsi du couple formé par les États-Unis et l’URSS pendant la Seconde Guerre mondiale qui débouche sur la guerre froide entre les deux alliés d’hier. En troisième lieu, elle encourage sur le plan méthodologique à interroger les spécificités des conflits examinés, par le biais de typologies (guerres mondiales, coloniales, chaudes ou froides), mais aussi leurs mutations.

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Entre le xixe et le xxe siècle, les modalités de la guerre comme l’organisation du système international ont considérablement évolué. La guerre traditionnelle, menée par un nombre limité de combattants lors de batailles encadrées dans le temps et dans l’espace par une forte définition juridique de la guerre, laisse la place à un certain flou juridique sur le déclenchement et la fin des hostilités, en l’absence de déclaration formelle de guerre et d’armistice en bonne et due forme. En outre, le xxe siècle voit l’avènement de formes de « guerre absolue » [11][11] Carl von Clausewitz, De la Guerre, 1832, édition Paris,..., se déroulant à l’échelle mondiale et nécessitant un investissement total des sociétés impliquées (sur le plan politique et militaire, mais aussi sur le plan économique et culturel), portant massivement atteinte aux combattants mais aussi aux sociétés civiles, dans une dynamique de radicalisation croissante de la violence. Les acteurs des relations internationales doivent alors prendre en charge des phénomènes nouveaux par leur ampleur, comme celui des réfugiés et déplacés de guerre [12][12] Dzovinar Kevonian, Réfugiés et diplomatie humanitaire..... L’invention de nouvelles armes (dont les capacités létales augmentent, comme la bombe atomique ou les armes bactériologiques) et de nouvelles formes de guerre (guerre froide, guerre cybernétique) nécessitent de repenser en conséquence les modalités du retour à la paix, notamment le cadre juridique qui l’accompagne. Par exemple, un certain nombres de guerres dans lesquelles la fin des hostilités a été négociée entre les différents acteurs se poursuivent ou se transforment par des conflits dits « de basse intensité [13][13] Gérard Chaliand, Dictionnaire de stratégie militaire... », qui rendent la pacification d’autant plus difficile que le conflit se délite tout en infiltrant en profondeur les sociétés. Ensuite, l’organisation du système international s’est vue modifiée par l’arrivée de nouvelles catégories d’acteurs, qui contribuent à redéfinir les « chantiers » du retour à la paix (développement, réconciliation) et les modalités pratiques de leur mise en oeuvre. Ainsi, la multiplication des guerres particulièrement violentes dans le second xxe siècle a provoqué une véritable interrogation des milieux politiques, mais aussi des organisations internationales sur la sortie de guerre, phénomène qu’il convient désormais d’organiser à l’issue d’une guerre civile, le plus souvent sur le modèle des « commissions de vérité et réconciliation » [14][14] Bogumil Jewsiewicki (dir.), « Réparations, restitutions,.... L’objet de cette journée d’étude des doctorants de l’UMR Sirice souhaitait donc aborder la notion de sorties de guerre dans une perspective d’histoire des relations internationales, en se demandant en quoi la guerre pouvait être créatrice ou catalysatrice de nouvelles réalités sociales, territoriales, nationales ou juridiques.

Transitions politiques et reconfigurations territoriales

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Une première dimension de cette journée d’études consistait à se pencher sur les transformations politiques et territoriales issues de la guerre. La guerre, avec ses vainqueurs et ses vaincus, modifie les rapports de puissances et les systèmes d’alliance, et cela, en fonction de l’échelle d’analyse qu’on adopte. Pour exemple, si la France sort parmi les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, à l’échelle mondiale, les rapports de puissance ont basculé de l’Europe vers les États-Unis. En outre, les guerres induisent diverses transitions politiques qui influent sur le système international du temps de paix : changement de régime (chute de l’Empire ottoman et avènement de la République turque, avènement des « tyrannies modernes » de nature absolument nouvelle que sont les États totalitaires [15][15] Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme, Harcourt... européens de l’entre-deux-guerres, fruit d’une sortie de guerre difficile et inaboutie ou au contraire affirmation du modèle démocratique) ou effondrement politique (« États faillis » [16][16] Pour une mise au point sur la notion, Politique étrangère,...) qui ont des conséquences sur l’organisation du système internationale et dans la gestion de la paix.

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Lors de négociations de paix, les transactions et les échanges territoriaux sont nombreux, qu’ils aient été un but de guerre (récupérer les provinces perdues de l’Alsace et de la Moselle, se répartir des territoires sous mandats ou des colonies) ou qu’ils résultent de la mise en œuvre de la paix, par le tracé d’une frontière ou l’établissement d’une convention d’amitié et de bon voisinage entre deux anciens ennemis. Éclatements, annexions, fédérations, réunifications sont autant de transformations territoriales qui naissent du lendemain des guerres et modifient le paysage territorial. Envisager les transformations territoriales permet aussi de voir l’ampleur des traces de guerre dans l’espace et les séquelles d’un front (Chypre) ou le lieu où se renouent les relations diplomatiques et les échanges économiques.

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Les guerres ont aussi des conséquences sur les mobilités humaines : produisant des déplacés, mais aussi des réfugiés, la gestion des déplacements, des évacuations, des prisonniers, des exils et des rapatriements, des échanges de populations est parfois une des modalités du règlement de la guerre (échanges gréco-turcs) ou des conséquences à plus ou moins long terme de la guerre. Confiées aux États, mais aussi à des organisations internationales et non-gouvernementales, les modalités de gestion logistique et politique des crises ainsi que les évolutions juridiques qui accompagnent ces phénomènes intéressent l’historien des relations internationales [17][17] Catherine Withol de Wenden, La question migratoire..., comme en témoignent les travaux récents sur certains dispositifs comme le passeport Nansen ou sur des institutions comme le Haut-Commissariat pour les Réfugiés ou le Comité international de la Croix-Rouge [18][18] Marin Coudreau, « Le Comité international de secours....

Démobilisations et continuation de la violence

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La fin juridique d’une guerre ne signe pas nécessairement la fin de la violence et la démobilisation des combattants peut rencontrer des difficultés : la « brutalisation » [19][19] George Mosse, De la Grande Guerre au totalitarisme.... engendrée par les habitudes de guerre, la persistance de bandes armées et de déserteurs, les violences qui peuvent être engendrées par la guerre (génocide, guerres coloniales), font naître une situation intermédiaire entre la guerre et la paix. Elle nécessite de prendre en compte, d’une part, ces nouvelles formes de violence qui font perdurer la guerre, et d’autre part, les mécanismes de reconstruction de l’identité non combattante et de réadaptation des combattants à la vie civile [20][20] Nathalie Duclos (dir.), L’adieu aux armes. Parcours....

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La guerre laisse aussi des traces dans le paysage et dans les consciences : la mémoire de la guerre est donc un aspect essentiel de la démobilisation et du passage à la paix. Les perceptions de la guerre (sentiment de trahison, ambitions de revanche), les récits de la guerre, son interprétation ou son occultation au nom de la concorde nationale, la construction d’une mémoire officielle, de rituels, de commémorations et de fêtes du souvenir, sont autant de vecteurs qui contribuent au passage à la paix, ou au contraire l’empêchent. Les émotions collectives, qui circulent à l’échelle mondiale et influencent toujours davantage la perception des guerres contribuent également à influer sur les sorties de guerre. C’est ainsi que les émotions suscitées par une guerre peuvent concourir à mettre sur pied une action humanitaire.

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La perception de la guerre et son interprétation ont également une dimension idéologique, influençant les engagements politiques nés de la guerre : c’est dans l’expérience de la Grande Guerre que s’ancrent le développement du pacifisme et la montée des nationalismes en Europe.

Sorties de guerre et développement

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Le dernier axe auquel se proposait de s’attacher cette journée d’études consistait dans la production par les guerres de nouvelles réalités économiques, juridiques, organisationnelles.

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Les destructions dues aux guerres ont nécessité l’invention de politiques de reconstruction économique et matérielle comme le plan Marshall, permettant le passage d’une économie de guerre à une économie de paix. Aujourd’hui, les sorties de guerre sont de plus en plus marquées par le souci d’une approche globale de la reconstruction, passant aussi bien par des politiques d’aides au développement au sens large, qui prennent en compte, certes, les aspects économiques, mais aussi le rétablissement de la sécurité intérieure, la formation et l’éducation des populations victimes des guerres, la reconstruction de la justice et de la démocratie. Les sorties de guerre sont le moment où se rétablit le droit, par l’intermédiaire de tribunaux destinés à juger les coupables de crimes, d’entreprises d’épuration, mais aussi où se mettent en place les mécanismes juridiques destinés à favoriser le retour à la paix, comme les commissions de réconciliation. Sur le plan juridique, les sorties de guerre sont un temps favorable à l’élaboration de nouvelles normes et de nouveaux concepts : ainsi des notions de « crime de guerre » (1906) et de « crime contre l’humanité » (1915) qui élaborent une jurisprudence internationale concernant les violences de guerre, notamment contre les populations civiles. C’est aussi dans le temps de la sortie de guerre que se mettent en place de nouvelles normes internationales destinées à favoriser l’émergence et le maintien d’une paix mondiale, par l’intermédiaire d’accord de limitation des armements (comme le principe de la non-prolifération nucléaire).

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Les guerres contribuent enfin à façonner le visage de la société internationale, aboutissant à la création de nouvelles institutions chargées de veiller sur la paix. Ainsi, la création de la Société des Nations née de la Grande Guerre comme celle des Nations unies ancrée dans la Seconde Guerre mondiale ont de multiples organismes qui leur sont rattachés pour effectuer des missions très diverses ; les organisations régionales visent à favoriser la coopération et à éradiquer les risques de guerre : la Communauté économique européenne (CEE), constituée par le traité de Rome de 1957, répondait à des ambitions de paix et fixait des objectifs de développement économique et de prospérité des sociétés par le rapprochement des États membres.

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Les textes réunis dans ce dossier, issus de recherches en cours, tentent de repenser la notion de « sortie de guerre » et d’apporter par l’histoire des relations internationales de nouvelles pistes de réflexions en considérant la part de la guerre et celle de la « déprise [21][21] Bruno Cabanes & Guillaume Piketty, « Sortir de la guerre :... » du conflit dans la dynamique nationale et internationale nouvelle. L’enjeu était donc de considérer comment les sorties de guerre pouvaient constituer le point de départ de l’analyse de nos sociétés contemporaines. Notre ambition était de croiser, à travers une série de cas divers, plusieurs approches : par la chronologie des guerres et des transitions vers la paix, par les acteurs et leurs échelles d’action ou encore une approche typologique des sorties de guerre.

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Ce croisement des approches a permis à certaines contributions d’approfondir les réflexions classiques sur la démobilisation culturelle dans la transition offerte par les sorties de guerre. L’article de Bérénice Zunino, consacré à l’étude de la littérature illustrée pour enfants en Allemagne entre 1917 et les années 1920, vient souligner la difficile démobilisation culturelle des sociétés et dans ce cas précis, de l’arrière et des non-combattants « par excellence », à savoir les enfants. Cette étude s’attache aux images et aux représentations de la guerre dans la littérature enfantine et à la brutale disparition de l’évocation du conflit à partir de 1917, qui ont façonné une mémoire traumatique compliquant la démobilisation de la société allemande dans l’entre-deux-guerres.

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Les enjeux de redéfinition territoriale et de redistribution des rapports de force à la sortie des guerres ont aussi été un angle d’attaque récurrent de cette journée. À travers la constitution de la frontière syro-turque entre 1918 et 1923, Cosima Flateau met au jour, avec une approche multi-scalaire – impériale, internationale et infranationale – les réorganisations territoriales et les nouveaux acteurs nés de la Grande Guerre, qui contribuent à prolonger la violence sur ce territoire. Ainsi, la sortie d’Empire, qui va de pair avec la modification des rapports de force et une nouvelle carte régionale, se traduit à l’échelle locale par une recomposition des conflictualités héritées de l’époque ottomane, de la Grande Guerre et des expériences coloniales de la France.

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La sortie de la Seconde Guerre mondiale est aussi une période de transition en Europe centrale, où le retour à la paix apparaît problématique. Paul Lenormand et Witold Griot proposent tous deux une réflexion sur la sortie de guerre dans le contexte de montée en puissance de l’Union soviétique. L’approche retenue par Paul Lenormand illustre le renouvellement de la réflexion sur les sorties de guerre par l’échelle et la méthode retenue, une tentative de microhistoire à partir de la création du département d’éducation morale-politique de l’armée populaire tchécoslovaque au sortir de la guerre. Son étude de cas met en lumière les héritages de la culture militaire tchécoslovaque, mais également le processus de soviétisation en cours dans l’armée, illustrant la difficile démobilisation d’une armée qui passe d’une guerre à l’autre. Le cas polonais qui venait terminer nos réflexions est aussi représentatif d’une sortie de guerre inachevée et ce, comme le propose Witold Griot, jusqu’en 1989. La sortie de la guerre correspond en Pologne à l’entrée dans une guerre idéologique latente entre un pouvoir n’ayant qu’une faible légitimité et une société traversée par des contentieux historiques multiples que la politique panslave ne suffit pas à réduire.

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Ce numéro des Cahiers Sirice est consacré aux actes de la journée d’études organisée par les doctorants de l’UMR Sirice (CNRS–Paris 1 Panthéon-Sorbonne–Paris-Sorbonne) le samedi 30 mai 2015 à la Maison de la Recherche de l’université Paris-Sorbonne et intitulée « Les sorties de guerre ». Nous remercions les universités Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Paris-Sorbonne, la Maison de la Recherche, les professeurs Laurence Badel et Eric Bussière, qui ont accepté de présider les tables rondes de la journée, ainsi que Caroline Bouchier pour son aide à l’organisation de cette journée et son travail pour la publication de ce numéro des Cahiers.

Notes

[1]

Stéphane Audoin-Rouzeau & Christophe Prochasson, Sortir de la Grande Guerre. Le monde et l’après 1918, Paris, Tallandier, 2008.

[2]

« Entrées en guerre » de Jean-Jacques Becker dans l’Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918 sous la dir. de Jean-Jacques Becker & Stéphane Audoin-Rouzeau, Paris, Bayard, 2004, p. 193-220. Voir aussi les actes du colloque « Les entrées de guerre en 1914 », Guerres mondiales et conflits contemporains, nº 179, 1995.

[3]

Luc Capdevila, François Rouquet, Fabrice Virgili et Danièle Voldman, Sexes, genre et guerres (France, 1914-1945), Paris, Petite Bibliothèque Payot, 2010 ; Fabrice Virgili, La France « virile ». Des femmes tondues à la Libération, Paris, Payot, 2000 ; Raphaëlle Branche & Fabrice Virgili (dir.), Viols en temps de guerre ?, Paris, Payot, 2011.

[4]

Stéphane Audoin-Rouzeau, « Enfances en guerre au 20e siècle : un sujet ? », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 89, janvier-mars 2006.

[5]

John Horne (ed.), State Society and Mobilization in Europe during the First World War, Cambridge, Cambridge University Press, 1997 ; John Horne, « Introduction », dans John Horne (dir.), « Démobilisations culturelles après la Grande Guerre », 14-18. Aujourd’hui. Today. Heute, n° 5, mai 2002, p.  45-53.

[6]

Michèle Battesti & Jacques Fremeaux (dir.), Sortir de la guerre, Paris, PUPS, 2014 ; François Pernot & Valérie Toureille (dir.), Lendemains de guerre… De l’Antiquité au monde contemporain : les hommes, l’espace et le récit, l’économie et le politique, Berne, Peter Lang, 2010.

[7]

Pour une mise au point sur le sujet, voir : Caroline Douki & Philippe Minard, « Histoire globale, histoires connectées : un changement d’échelle historiographique ?.Introduction », Revue d’histoire moderne et contemporaine, n° 54-4bis, 5,-2007, p. 7-21 ; Chloé Maurel, « La World/Global History. Questions et débats », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, n° 104, 4-2009, p. 153-166.

[8]

Alya Aglan & Robert Frank (dir.), 1937-1947. La guerre-monde, 2 vol., Paris, Gallimard, 2015.

[9]

Heike Liebau, Katrin Bromber, Katharina Lange, Dyala Hamzah and Ravi Ahuja, The World in World Wars. Experiences, Perceptions and Perspectives from Africa and Asia, Leiden, Brill, 2010.

[10]

Vincent Laniol, « L’article 231 du traité de Versailles, les faits et les représentations. Retour sur un mythe », Relations internationales, n° 158, juillet-septembre 2014, p. 9-25.

[11]

Carl von Clausewitz, De la Guerre, 1832, édition Paris, Astrée, 2014.

[12]

Dzovinar Kevonian, Réfugiés et diplomatie humanitaire. Les acteurs européens et la scène proche-orientale pendant l’entre-deux-guerres, Paris, Publications de la Sorbonne, 2004.

[13]

Gérard Chaliand, Dictionnaire de stratégie militaire des origines à nos jours, Paris, Perrin, 1998 ; Martin van Cleveld, La transformation de la guerre, Paris, Éditions du Rocher, 2011.

[14]

Bogumil Jewsiewicki (dir.), « Réparations, restitutions, réconciliations. Entre Afriques, Europe et Amériques », Cahiers d’Études africaines, n° 173-174, 1-2/2004 ; Robert Chaouad (dir.), « Pardon et réconciliation », La revue internationale et stratégique, n° 88, 4_2012.

[15]

Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme, Harcourt Brace and Co, 1951, réed. Paris, Point Seuil, 1982.

[16]

Pour une mise au point sur la notion, Politique étrangère, « Les États fragiles », IFRI, 2011/1.

[17]

Catherine Withol de Wenden, La question migratoire au xxie siècle. Migrants, réfugiés et relations internationales, Paris, Presses de Sciences Po, 2013 ; Olivier Forcade & Rainer Hudemann (dir.), Evakuierungen im Europa der Wetlkriege. Les évacuations dans l’Europe des guerres mondiales. Evacuations in World War Europe, Berlin, Metropol Verlag, 2014.

[18]

Marin Coudreau, « Le Comité international de secours à la Russie, l’Action Nansen et les bolcheviks (1921-1924) », Relations internationales, n° 151, 3-2012, p. 49-61. Pour le CICR, les travaux oscillent entre étude de cas et réflexion sur l’activité diplomatique de l’organisation : Marie-Luce Desgrandchamps, « Entre coopération et concurrence : CICR, Unicef et organisations religieuses au Biafra », Relations internationales, n° 152, 4-2012, p. 51-62 ; Marion Harroff-Tavel, « La diplomatie humanitaire du comité international de la Croix-Rouge », Relations internationales, n° 121, 1-2005, p. 73-89.

[19]

George Mosse, De la Grande Guerre au totalitarisme. La brutalisation des sociétés européennes, Paris, Hachette, 1999.

[20]

Nathalie Duclos (dir.), L’adieu aux armes. Parcours d’anciens combattants, Paris, Karthala, 2010 ; Bruno Cabanes, « Le retour du soldat au xxe siècle », Revue historique des armées, n° 245, 2006.

[21]

Bruno Cabanes & Guillaume Piketty, « Sortir de la guerre : jalons pour une histoire en chantier », Histoire@Politique, 3, 2007, en ligne : http://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=03&rub=dossier&item=22.

Plan de l'article

  1. Transitions politiques et reconfigurations territoriales
  2. Démobilisations et continuation de la violence
  3. Sorties de guerre et développement

Pour citer cet article

Flateau Cosima, « Les sorties de guerre. Une introduction », Les Cahiers Sirice, 3/2016 (N° 17), p. 5-14.

URL : http://www.cairn.info/revue-les-cahiers-sirice-2016-3-page-5.htm


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