CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1 Le 17 avril 1981, Le Monde publiait une lettre ouverte aux candidats à l’élection présidentielle en France, au sujet de la grève de la faim entamée depuis 15 jours par Hamid Boukhrouma, un immigré algérien en instance d’expulsion du territoire français, le prêtre Christian Delorme et le pasteur Jean Costil à Lyon, contre ce qu’on appelle de nos jours la double peine.

Brixton en France ou Les Minguettes in England ?

2 Pour attirer l’attention des lecteurs, cette polémique est sortie accompagnée d’un titre en majuscules : brixton en france ?, soutenant qu’« en passant cette génération à la trappe, en la transformant en « génération boat people », la France commet là un véritable génocide moral. Elle se rétrécit anachroniquement et devient une « terre d’apartheid » au moment même où l’évolution des sociétés développées va dans le sens de la multi-racialité. Feindre de l’ignorer, c’est prendre la responsabilité de déclencher ici des explosions semblables à celle de Brixton » [2].

3 Le fait que la troisième de cette série de références internationales soit « Brixton en France ? », allusion aux émeutes qui venaient de secouer Londres, dans son quartier le plus symbolique de l’immigration postcoloniale, confirme l’hypothèse que nous avons récemment avancée selon laquelle en matière d’antiracisme, les influences traversent plus facilement la Manche du nord vers le sud qu’inversement [3]. Car, comme le constate Mustafa Dikeç, « leur spectre [des émeutes de Brixton] hantait la République française » [4]. Les rodéos des Minguettes qui ont suivi pendant l’été 1981 ont ouvert une longue période pas encore terminée, au cours de laquelle la France a débattu sans cesse les mérites et les démérites du soi-disant « modèle anglo-saxon », expression qui d’ailleurs n’a pas beaucoup de sens, car elle englobe sans différenciation le Royaume-Uni et les États-Unis, sans prendre en compte les énormes différences entre les deux contextes.

4 Malgré le fait que la référence à l’Angleterre ait une connotation négative dans « Brixton en France ? », au moins elle montrait que les lecteurs du Monde étaient conscients de ce que se passait à Londres, peut-être plus conscients que les lecteurs britanniques de ce qui se passait chez les grévistes de la faim à Lyon. Car il n’y a jamais eu de polémique intitulée « les minguettes in england ? ». Ni The Times, ni The Guardian, les deux grands quotidiens de référence, de droite et de gauche, n’ont publié le mot « Minguettes » en 1981. Pour The Times, sa première apparition date de décembre 1983, pour situer les origines de la Marche pour l’égalité et contre le racisme dans ce quartier de Vénissieux, dans la banlieue lyonnaise, alors que The Guardian ne l’évoquera qu’en 1988 [5].

5 Cette curieuse absence peut s’expliquer en partie par la chronologie des faits. Étant donné que la rébellion urbaine de Brixton a eu lieu quelques mois avant de celle des Minguettes, et deux ans avant les émeutes du 21 mars 1983 [6], Brixton aurait pu influencer Les Minguettes, mais pas l’inverse. Toutefois, il faut également replacer cette absence dans le contexte britannique. Préoccupés qu’ils étaient par les graves émeutes qui ont eu lieu au cours d’un été chaud à Londres, Liverpool, Bristol et ailleurs, l’écrasante majorité des Britanniques de toutes origines n’ont guère prêté attention aux événements comparables qui se pro-duisaient en France. En effet, en 1981 le Royaume-Uni vivait sous un climat de « choc politique » : le gouvernement de droite radicale entreprenait de remettre en question pratiquement toute la politique sociale et économique de la période allant de 1945 à 1979, le chômage atteignait des niveaux jamais vus, le conflit en Irlande du Nord entrait dans une phase de violence extrême et la vie politique britannique devenait ultrapolarisée autour du pour ou contre Margaret Thatcher, ce qui a conduit l’extrême gauche du Parti travailliste vers le pouvoir municipal à Londres comme à Liverpool.

6 Quand la Grande-Bretagne est en crise, elle ne regarde pas trop les événements ailleurs ; quand elle regarde ailleurs, la France ne figure en tête de ses intérêts qu’exceptionnellement. Parmi les rares observateurs britanniques qui s’intéressent aux événements des Min-guettes, citons Andrew Hussey, jeune punk pro-situationniste et francophile de Liverpool qui, après avoir participé à l’émeute de Toxteth, vivait près de Lyon. Mais ironie du sort, ce qui frappe alors A. Hussey, c’est que Les Minguettes n’allaient pas mal par comparaison à sa ville natale, où le taux de pauvreté était supérieur à celui des quartiers les plus défavorisés de Londres : « Tout était moderne et propre, bien loin des bas-quartiers déchiquetés et cassés de Liverpool, ou les rues sales de Brixton » [7].

7 La présente contribution examine la presse britannique des années 1983 à 1985 dans le but d’analyser comment les trois Marches ont été perçues en Grande-Bretagne. Comment les médias britanniques ont-ils couvert, ou non, les événements en France ? Les Marches ont-elles été ignorées, le racisme en France étant plus médiatique que l’antiracisme pour la presse britannique ? L’accroissement des difficultés sociales dans les banlieues françaises entre enfants d’immigrés et Français xénophobes pendant la période charnière des débats sur l’immigration et l’intégration n’est pas resté inaperçu côté anglais. En 1983, la vague de violence raciste qui déferle en France est traitée dans les colonnes du Times de Londres : en juillet, le meurtre de Taoufik Ouanès, 9 ans et les réactions des jeunes de La Courneuve ont fait l’objet d’un article dans The Times[8]. Mais les lecteurs de ce journal de l’establishment anglais ont dû attendre longtemps pour lire la suite : si la Marche de 1983 a duré deux mois, ce n’est que lors de son arrivée à Paris, le 3 décembre, que The Times l’a remarquée, en expliquant l’histoire des 30 jeunes qui l’ont déclenchée [9]. Une photo de cette arrivée a été publiée dans The Times du 5 décembre, accompagnée d’un commentaire sur l’accueil des marcheurs à l’Élysée par le président de la République [10].

1983 : les daytrippers noirs à Calais

8 Cependant, l’histoire du racisme en France qui a fait le plus de bruit au Royaume-Uni en 1983 ne concernait pas les minorités résidant dans l’Hexagone, mais les touristes britanniques. Le 25 septembre 1983, une vingtaine de conseillers municipaux noirs de Londres ont manifesté à Calais contre le harcèlement par les agents du service d’immigration français des citoyens britanniques de peau noire voyageant avec un British Visitors Passport[11].

9 Pour comprendre cette histoire, il faut prendre en considération le fait que les cartes d’identité n’ont jamais existé au Royaume-Uni, hormis pendant et juste après les deux guerres mondiales, et que pendant les années 1980, les Britanniques n’avaient même pas besoin d’un passeport pour voyager en France pour un très court séjour : en théorie, le British Visitors Passport suffisait pour une visite de moins de 60 heures. Avant les vols à bas prix, pour beaucoup de gens aux ressources modestes, la seule possibilité de voyager à l’étranger consistait en un daytrip (voyage d’un jour) en car, essentiellement vers Calais et ses hypermarchés. Comme les frais pour obtenir un passeport standard étaient plus élevés et les délais plus longs, cela ne convenait guère aux personnes qui normalement ne voyageaient pas à l’étranger, la plupart des daytrippers se contentant d’un British Visitors Passport. Or, les autorités françaises ont reconnu ces documents, semble-t-il, seulement pour les Blancs : en 1983, plus de 1 000 Britanniques noirs se sont vu refuser l’entrée en France. D’où l’initiative du 25 septembre de la même année, quand les conseillers prennent un bateau pour Calais, munis de leurs British Visitors Passports, préparés à une confrontation.

10 Pour éviter tout incident, les agents du service d’immigration de Calais ont non seulement laissé entrer les conseillers sans problème, mais ils ont rajouté une bonne dose de bienveillance, The Daily Mail dépeignant la situation comme « a full blast of entente cordiale » (une débauche d’entente cordiale) et publiant une photo d’une conseillère noire faisant même la bise à un douanier blanc français [12]. Dans cette histoire, la presse britannique se concentrait plus sur le contrôle au faciès côté français que sur le racisme d’État britannique qui a officialisé deux catégories de citoyens avec l’instauration du British Nationality Act de 1981. Si la France a agi de manière unilatérale en décidant de ne pas accepter les British Visitors Passports pour les citoyens originaires d’un pays du Commonwealth, et de manière discriminatoire en pratiquant des contrôles seulement envers les Noirs, l’origine du problème était bien la décision du gouvernement Thatcher de discriminer certains Britanniques [13].

La presse de gauche en Grande-Bretagne : l’anti-racisme français ou le racisme français ?

11 En Grande-Bretagne, la gauche remarquait davantage le racisme que l’antiracisme en France. En janvier 1984, le Conseil général du Trades Union Congress, la seule Fédération des syndicats existant en Grande-Bretagne, a soulevé l’affaire de Calais auprès de l’ambassadeur français et de la Confédération générale du travail (cgt), ainsi que du gouvernement britannique [14]. Quant au Guardian, un grand quotidien d’information de gauche, en principe beaucoup plus favo-rable à l’antiracisme que The Daily Mail, il n’a pas non plus suivi la Marche de 1983, préférant publier des articles sur le racisme en France plutôt que sur la résistance contre celui-ci.

12 Les 6 et 9 septembre 1983, la percée du Front national à Dreux et l’alliance controversée de la droite locale avec les frontistes ont été l’objet de deux reportages dans The Guardian, qui a cependant noté l’existence d’un tract le condamnant signé par Simone Signoret, Yves Montand, Claude Chabrol, Costa Gavras et Claude Mauriac, entre autres [15]. De telles figures françaises du monde de la culture sont en général mieux connues outre-Manche que les militants politiques, comme le montre un article consacré un mois plus tard à Yves Montand et Simone Signoret à propos de leur intervention contre le racisme à Dreux, ville proche de leur résidence secondaire, ainsi qu’une polémique opposant Yves Montand au Parti communiste français (pcf) [16]. Le 13 décembre 1983, les 12 % des voix obtenues par Jean-Marie Le Pen lors d’une élection partielle dans le Morbihan (un score frontiste qui aujourd’hui serait perçu comme assez faible) ont mérité dix paragraphes dans le même journal [17].

13 Le 5 avril 1984, The Guardian a publié un article sur l’approbation du gouvernement socialiste concernant une aide au retour volontaire des travailleurs immigrés [18]. Le 10 mai de la même année, une note de lecture de John Saville sur le racisme en Europe a fait une allusion à « l’affaire du bulldozer » de Vitry qui avait eu lieu quelques années auparavant, quand le pcf avait été taxé de raciste [19] ; notons que John Saville, historien marxiste distingué, avait quitté le Parti communiste britannique en 1956. Le 22 septembre 1984, un reportage sur la candidature de Valéry Giscard d’Estaing à une élection partielle à Clermont-Ferrand soulignait sa déconvenue face à une réunion des électeurs de droite dans un café rempli de commerçants fulminant contre les « Portugais », qu’ils accusaient de stationner leurs voitures sur le trottoir, et bien sûr contre les « Nord-Africains » [20]. Le 7 novembre, un éditorial publié dans ce journal a solennellement condamné la tentative de Jacques Chirac de capter les voix du Front national en menant une campagne xénophobe sur l’explosion démographique au Maghreb [21]. L’année suivante, le rôle de Jean-Marie Le Pen et l’attitude de Raymond Barre envers lui lors de la campagne pour les élections cantonales ont été relevés par The Observer, un journal du dimanche [22]. Le 10 juillet 1985, la question du racisme envers les voyageurs britanniques est revenue sur le devant de la scène, quand Derrick Spalding, membre rastafarien d’une délégation officielle du British Youth Council invitée lors de la Semaine de la jeunesse au Conseil de l’Europe à Strasbourg, est interpellé à la frontière franco-luxembourgeoise, contrairement à ses camarades blancs. Comble de l’ironie, parmi les thèmes de cette Semaine de la jeunesse figuraient le racisme, l’intolérance et la libre circulation en Europe [23].

14 Le racisme violent en France a également continué à être relevé par The Guardian. En novembre 1984, le journal relaie les protestations des syndicats contre la mort de Kemal Ozgül, délégué syndical turc tué par un vigile à Épone [24]. En décembre 1985, lorsque Charles Mondon a tué deux voisins marocains au Puy-en-Velay, la riposte des antiracistes figurait aussi dans le reportage à travers une manifestation de 300 personnes à l’initiative de sos Racisme [25]. Toutefois, The Guardian restait muet sur les Marches proprement dites. Seule exception, l’article de Paul Webster du 13 décembre 1983 sur le Front national a consacré une maigre phrase à la première Marche pour l’égalité : « Son appel aux voix a été fait dans un climat de condamnation répandue parmi l’opposition de droite. Il y a juste plus d’une semaine, 100 000 personnes ont rejoint une marche contre la discrimination raciale » [26].

15 Il en a été de même pour New Statesman — le très respectable hebdomadaire de la gauche britannique — qui, jusqu’en 1985, n’a fait aucune référence à la Marche de 1983... Force est de constater que ce journal ne s’adressait pour l’essentiel qu’à une certaine gauche intellectuelle, pour la plupart du Parti travailliste : hormis les États-Unis et l’Afrique du Sud, cause célèbre du moment, la politique étrangère apparaissait peu dans ses colonnes, et la France encore moins. Lors des rares occasions où la France a fait une apparition dans New Statesman en 1983, le sujet portait soit sur la gauche institutionnelle, soit sur la percée du Front national. Chantal Mouffe, théoricienne de renom du post-marxisme, signe deux reportages, l’un sur le congrès du Parti socialiste (ps) à Bourg-en-Bresse, l’autre sur le sommet ps-pcf en décembre. Le 30 septembre 1983, Denis MacShane, journaliste de centre-gauche, signe un article sur l’affaire de Dreux [27]. Auteur d’une biographie de François Mitterrand, D. MacShane sera plus tard député travailliste, ministre des Affaires européennes dans le gouver-nement de Tony Blair et, étant l’un des rares hommes politiques en Angleterre à maîtriser le français, une sorte d’ambassadeur itinérant de la troisième voie blairiste auprès du ps français.

16 Ce n’est que rétrospectivement, avec la montée en puissance de sos Racisme en 1985, que la Marche de 1983 est apparue pour New Statesman comme étant à l’origine du mouvement des jeunes. En mars 1985, Anne Corbett, optimiste, raconte toute l’histoire des Marches, de l’inspiration de Toumi Djaïdja par le film Gandhi jusqu’aux divisions apparues dans le mouvement pendant l’année 1984, tout en présen-tant Convergence 84 et sos Racisme comme des succès : « L’ascension irrésistible de Jean-Marie Le Pen et de son Front commence, après 18 mois, à enfin paraître résistible » [28]. La troisième Marche pour l’égalité, à l’automne 1985, mérite quant à elle deux paragraphes dans The Guardian, mais seulement dans un article de 20 paragraphes intitulé « Le Pen’s advance on France’s oriental front », soulignant la « non-assimilation » des immigrés dans les « quartiers arabes » de Marseille, « l’exotisme » de ces derniers, les 26 % des voix exprimées obtenues par le Front national dans la ville phocéenne et des incidents violents récents survenus à Manosque : le seul nom cité dans l’article est, sans surprise, celui de Jean-Marie Le Pen, et non pas celui des marcheurs [29].

17 Le lendemain, The Guardian a couvert l’apparition de François Mitterrand dans l’une de ses rares conférences de presse à l’Élysée, et relève la défense des immigrés entrés légalement en France contre les attaques de l’extrême droite [30]. Mais deux semaines auparavant, New Statesman avait publié un article de Paul Hainsworth sur Jean-Marie Le Pen, le « grand méchant loup », sans mentionner l’opposition des antiracistes. Le journaliste a notamment critiqué la dérive du gou-vernement socialiste face au Front national vers une politique d’immi-gration ferme : « Depuis leur élection en 1981, les socialistes eux aussi ont imposé des contrôles plus sévères, comme les day-trippers noirs bri-tanniques ne le savent que trop » [31].

Un sentiment de supériorité morale

18 La revue New Community, organe de la Commission for Racial Equality, organisation officielle créée par le Race Relations Act de 1976, n’a fait aucune allusion à la Marche de 1983 non plus. Malgré sa mission d’être « une revue pour tous ceux qui travaillent en Grande-Bretagne dans le domaine des rapports de race et de la vie des com-munautés ou qui ont des liens avec ces sujets » et le fait que, en théorie, elle devrait publier des « reportages sur les migrations et les rapports de race dans d’autre pays », dans la pratique sa couverture internationale comprenait essentiellement des pays anglophones, ou de temps en temps un autre pays tel que les Pays-Bas [32], mais rarement la France. En 1983, les très rares références à la France publiées dans cette revue se limitaient à une phrase sur les refugiés vietnamiens [33] et à un article sur le logement [34], mais rien explicitement sur les Marches, ni en 1983, ni en 1984, ni en 1985. Cela peut s’expliquer par une certaine insularité de la Commission for Racial Equality. Comme la France ne reconnaissait pas du tout le multiculturalisme ni la catégorie « race », et comme les grands débats menés en Grande-Bretagne sur l’immigration et l’inté-gration se sont déroulés avec plus de 10 ans d’avance sur la France [35], il était facile pour les instances garantes du race relations à l’anglaise de se percevoir en avance par rapport au Continent, et donc de re-jeter en bloc les idées françaises [36]. Comme l’ont constaté Adrian Favell et Damian Tambini, au Royaume-Uni, les antiracistes croyaient au « multiculturalisme dans un seul pays » [37], comme Staline au « socialisme dans un seul pays ». Par exemple, le lobby antiraciste en Grande-Bretagne s’est opposé à toute éventuelle harmonisation des lois euro-péennes contre la discrimination, parce que cela créerait un risque de contamination des lois britanniques par un modèle français « colour-blind » (« aveugle à la couleur ») dans lequel l’existence même des mi-norités n’était pas reconnue [38].

19 Pour les lecteurs britanniques, la résistance contre le racisme en France apparaissait donc soit comme invisible, soit comme un phéno-mène de faible ampleur, limité à quelques personnalités, mais non comme un vrai mouvement de masse capable de changer la donne. La foca-lisation sur Jean-Marie Le Pen plus que sur les Marches peut s’expliquer en partie par la montée réelle du Front national en France, mais en partie aussi par la comparaison avec la situation en Grande-Bretagne. Le National Front anglais, qui s’était développé au milieu des années 1970, a essuyé de sévères revers à la fin de la décennie. Jusqu’à la percée locale de son rival, le British National Party, en 1993, il n’y avait pas un seul conseiller municipal d’extrême droite dans tout le pays.

20 Cette défaite historique de l’extrême droite anglaise était en partie due à une série de grandes mobilisations populaires de l’Anti-Nazi League (anl) à la fin des années 1970, associées aux mobilisations d’une jeunesse multiraciale autour du phénomène Rock Against Racism, et elle restera dans la mémoire de la gauche et de le extrême gauche anglaise, à l’origine de l’anl, un symbole quasi mythique d’une victoire [39], même si, pour d’autres analystes, la défaite du National Front peut s’expliquer plutôt par la réussite du Parti conservateur de Margaret Thatcher qui a capté les voix du National Front au moyen d’un national-populisme de droite teinté de xénophobie [40].

21 Quoi qu’il en soit, lorsqu’il était question d’extrême droite, il a subsisté pendant longtemps au sein de la gauche britannique une certaine complaisance à l’égard de la gauche française, et elle s’est souvent permis de jouer la donneuse de leçons : si l’extrême droite est populaire en France, c’est sans doute parce que la gauche française a négligé la mobilisation à tous les niveaux, y compris dans la rue, contre le fascisme. Le 5 mars 1984, Paul Webster, auteur de plusieurs articles sur le racisme en France publiés dans The Guardian, a couvert un meeting de Jean-Marie Le Pen à Compiègne et la contre-mobilisation antifasciste, pour mieux souligner la faiblesse de cette dernière : des manifestants sont rentrés chez eux quand ils se sont rendu compte que la manifestation était dominée par les communistes, montrant ainsi, selon l’auteur, le « désarroi idéologique » de la vie politique française [41].

22 En 1984, dans New Statesman, Denis McShane a regretté qu’« il n’y ait pas d’Anti-Nazi League française pour ridiculiser le Front na-tional. Étant donné l’effondrement du brio et du dynamisme chez l’intelli-gentsia de gauche française et les querelles qui se poursuivent entre les confédérations syndicales françaises, la sorte de « Front populaire » de grand style dont a besoin un militantisme antifasciste efficace, tout simplement n’existe pas dans la France d’aujourd’hui » [42]. Juste en face de l’article de D. McShane, New Statesman publiait une page de publicité pour une fête antiraciste organisée par le Greater London Council de Ken Livingstone.

23 Il convient de rappeler ici que malgré la riposte ferme de Margaret Thatcher aux tendances « gauche farfelue » du Greater London Council, laquelle a consisté purement et simplement à le supprimer en 1986, Ken Livingstone n’a perdu aucune élection entre 1981 et 2008 à Londres, et ce en partie parce qu’il a réussi à se rallier l’aile gauche du Parti travailliste et, au-delà, à fédérer une sorte d’alliance arc-en-ciel (rainbow alliance) rassemblant la plupart des minorités ethniques et sexuelles de Londres. Cette image d’une municipalité progressiste et antiraciste a séduit, y compris les jeunes d’origine immigrée en France, précisément parce qu’elle contrastait totalement avec la politique suivie à l’époque par le Rassemblement pour la République (rpr) à la mairie de Paris [43].

24 Pourtant, ce sentiment de supériorité morale de la gauche britan-nique n’était pas vraiment justifié dans la mesure où les modalités du Rock Against Racism avaient été influencées par la Fête de l’Humanité qui faisait appel à des chanteurs populaires pour attirer un grand public bien au-delà des militants habituels [44], ce que l’on oublie en Grande-Bretagne. De plus, à cette époque-là, le pays n’avait pas résolu ses propres problèmes liés au racisme. Par exemple, les contrôles de l’immigration sont devenus sévères [45] : le credo des gouvernants était que la route vers de bonnes relations intercommunautaires (good community relations) passait par une politique ferme d’arrêt de toute immigration en provenance du soi-disant « New Commonwealth » (en bref, les anciens colonisés à la peau brune ou noire), à une époque où en réalité la Grande-Bretagne comptait plus d’émigrés que d’immigrés.

25 Une telle politique a renforcé l’idée populaire selon laquelle la cause du racisme n’était pas l’existence de racistes, mais la présence de Noirs et d’Asiatiques. On sait aujourd’hui que le racisme dans la police a atteint des niveaux choquants au cours des années 1980. Dans un contexte de désindustrialisation massive et d’offensives patronales contre les syndicats, les inégalités sont devenues criantes et le mécontentement des Noirs britanniques a grandi : en 1985, les émeutes ont recommencé tant à Brixton, quartier du sud de Londres où une femme a été grièvement blessée alors que la police cherchait son fils, qu’à Tottenham, un quartier du nord de la ville où un policier a été tué lors d’une violente émeute déclenchée par la mort d’une femme lors d’une perquisition policière.

26 En principe, on pourrait donc rapprocher les problèmes des banlieues pauvres en France de ceux des « inner cities » [46], et certains cercles militants l’ont fait, notamment Race Today, mensuel des immigrés de gauche qui avait son siège à Brixton. Début 1984, Darcus Howe, rédacteur en chef de Race Today et l’un des militants noirs de Londres le plus connus, est venu en France pour se renseigner sur la grève de Talbot-Poissy. Il a alors découvert l’après-Marche pour l’égalité et contre le racisme. À ce moment-là, tout comme son compatriote trinidadien, l’intellectuel très engagé John La Rose, D. Howe a forgé des liens étroits avec des militants dit « beurs » regroupés autour de Mogniss Abdallah, ancien fondateur de Rock Against Police, dont le nom en dit long sur l’influence anglaise [47]. Race Today n’était pas exempt de la tendance britannique consistant à interpréter les situations fran-çaises sous l’angle des problématiques existant outre-Manche, en pré-sentant les grévistes maghrébins de Talbot comme des « black people fighting back » (« des Noirs qui ripostent ») [48], le terme black étant ici employé non dans le sens littéral mais dans le sens politique, ce qui était courant à l’époque dans les cercles radicaux du Royaume-Uni et englobait toutes les minorités opprimées [49]. Toutefois, Race Today cons-tituait bien une exception.

27 Le 8 novembre 1985, Glyn Ford, député européen travailliste de Manchester et président de la commission d’enquête du Parlement euro-péen sur la montée du racisme et du fascisme en Europe, signait un article dans The Guardian dans lequel il expliquait qu’il fallait replacer dans leur contexte les désordres déclenchés par la paralysie de Dorothy « Cherry » Groce à Brixton et la mort de Cynthia Jarrett à Tottenham, désordres qui, pour la plupart des observateurs, n’étaient que des problèmes britanniques, dans un contexte de propagation des idées racistes dans toute l’Europe. Le seul mouvement antiraciste mentionné par Glyn Ford était sos Racisme [50], qui d’ailleurs avait tenté de s’implanter à Londres cette année-là, mais sans le moindre succès, car soupçonné de tentative de mainmise sur les mouvements antiracistes britanniques [51].

28 L'échec de sos Racisme en Angleterre souligne que la plupart des gens semblaient ne pas établir de lien entre les situations dans les deux pays. Cela résultait du fait que la politique interne française était peu suivie par les médias en Grande-Bretagne et donc peu connue et peu comprise non seulement du grand public, mais aussi de la majorité des militants politiques, tous ne retenant la plupart du temps que quelques généralités superficielles. Pendant les années 1980, le phénomène visible est la montée du racisme et, avant tout, la montée du Front national. Il est difficile d’imaginer à quel point Jean-Marie Le Pen faisait figure de repoussoir en Grande-Bretagne. Pour l’opinion de centre-droit comme de centre-gauche, il symbolisait un néo-fascisme qui osait dire son nom, une figure méchante digne d’une pantomime et un extrémiste démagogique, un personnage typique du Continent, absolument inimaginable au Royaume-Uni. Le dirigeant frontiste est devenu pendant un quart de siècle l’homme politique français de loin le plus connu en Grande-Bretagne, après les présidents de la Ré-publique. Son passé a été minutieusement examiné par la presse anglaise, comme les accusations de son ex-camarade Jean-Maurice Demarquet au sujet d’actes de torture en Algérie et celles relatives à son éventuelle responsabilité dans la mort en 1976 d’Hubert Lambert, millionnaire d’extrême droite [52].

29 Les visites occasionnelles de Jean-Marie Le Pen en Grande-Bretagne ont été l’occasion de manifestations antiracistes et d’une union sacrée contre son personnage politique [53]. Dans le contexte des diverses controverses en France au cours des années 1980-1990 sur le « syndrome de Vichy », qui ont renforcé les préjugés francophobes au Royaume-Uni, les prises de position de Jean-Marie Le Pen sur la Shoah suffisaient à elles seules à son discrédit outre-Manche, où les questions mémorielles sur la Deuxième Guerre mondiale sont abordées de façon beaucoup plus décomplexée qu’en France, l’image dominante demeurant celle des Britanniques seuls contre le fascisme en 1940.

Conclusion : des marcheurs oubliés ?

30 L’image de la France chez les antiracistes en Grande-Bretagne est donc devenue celle d’une France franchement raciste, pas du tout celle d’une France antiraciste. Même dans le monde universitaire britannique, dans les années 1980, les recherches sur l’immigration en France étaient beaucoup moins nombreuses qu’aujourd’hui, et les quelques travaux pionniers dans ce domaine ont eu plus à dire sur les politiques de l’État et les opinions courantes dans la société française sur l’immigration que sur les immigrés eux-mêmes ou leurs enfants. Comme Alec Hargreaves l’a constaté dans sa grande synthèse de 1995, « tandis que les perceptions et politiques françaises dans le champ de l’immigration sont le sujet de nombre d’études spécialisées par des chercheurs anglophones [...], très peu de travaux scientifiques sont disponibles en anglais sur les minorités et les relations ethniques en France » [54].

31 Alec Hargreaves n’ayant pas été très concurrencé dans ce domaine jusqu’à l’arrivée d’une nouvelle génération de chercheurs, vers la fin des années 1990, il a gagné le sobriquet de « Monsieur Beur ». Aujourd’hui, les événements survenus en 1983 dans l’Hexagone sont un petit peu mieux connus en Grande-Bretagne, car il en est de même en France, où pour le grand public leur importance est rétrospectivement plus claire qu’à l’époque, comme le montrent les commémorations du trentième anniversaire de la Marche de 1983 [55]. Cette modeste redécouverte a commencé vers la fin des années 1980 : en 1988, par exemple, The Guardian, qui n’avait couvert les événements des Minguettes ni en 1981 ni en 1983, a fait référence au « temps brûlant de l’été de 1981-1983 » [56], tout en présentant l’après-1983 aux Minguettes comme exemplaire de la rénovation urbaine, une des quatre références à cette banlieue lyonnaise parues dans ce journal entre 1987 et 1990.

32 Le manque relatif d’intérêt des Britanniques pour les Marches con-traste avec la grande médiatisation anglophone des diverses « affaires du voile » en France en 1989, 2004 et 2010, et plus encore avec l’hypermédiatisation des émeutes de banlieues de 2005 [57], et a for-tiori avec celle des attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher en 2015. Ces derniers événements ont fait la une de tous les médias en Grande-Bretagne pendant plusieurs jours. Soudain, tous les inter-nautes semblaient avoir un avis pour ou contre un journal que très peu de Britanniques avaient lu ou dont ils n’avaient même pas entendu parler avant le 7 janvier 2015. Cela montre, en partie, que le thème des relations minorités/majorité en France revêt pour les Britanniques plus d’intérêt aujourd’hui qu’en 1983, du fait de la mondialisation, d’une situation tendue et, dans le dernier cas, d’une stratégie terroriste qui réussit son but d’obtenir un maximum de publicité. Cependant, cela reflète aussi la nature des pratiques médiatiques qui ont cours outre-Manche. Car une manifestation pacifique, même de longue durée, rassemblant des gens de différentes origines, qui réclament leur juste place dans la société française, n’a pas la même capacité de faire vendre des journaux que les conflits qui peuvent être dépeints comme des « conflits de civilisations », encore plus si la violence s’en mêle.

33 Même en matière d’informations nationales, les organisateurs des manifestations en Grande-Bretagne se plaignent souvent qu’une marche de dizaines de milliers de personnes en plein centre de Londres n’a habituellement droit qu’à quelques maigres lignes, voire aucune, dans les journaux du lendemain. Les journalistes répondent que le fait de manifester est trop banal pour le qualifier d’événement : lorsque les mécontents descendent dans la rue il s’agit plutôt d’un fait du type « Dog Bites Man » (« un chien mord un homme », un événement sans surprise) que d’un fait du type « Man Bites Dog » (« un homme mord un chien », un événement hors norme). En général, lorsqu’il s’agit de manifestations, ce qui fait la différence, c’est la violence, comme ce fut le cas lors des manifestations de 1990 contre la Poll Tax ou le mouvement étudiant de 2010, quand les affrontements entre les ma-nifestants et la police ont fait grand bruit dans les médias. On peut regretter que le caractère pacifique de la Marche pour l’égalité et contre le racisme — même si le racisme dont les marcheurs se plaignaient était bien violent — n’ait pas aidé à attirer l’attention des médias internationaux.

34 En outre, le poids des stéréotypes est grand. Tout comme la famille royale britannique se réjouit d’une couverture dans les médias français complètement disproportionnée par rapport à tout autre événement outre-Manche, il est plus facile qu’un événement en France compte vraiment en Grande-Bretagne s’il sert à renforcer les idées reçues sur le « caractère national » français. Cela peut se présenter soit sous une forme légèrement humoristique (comme lors des révé-lations sur la vie privée de François Hollande en 2014), soit de manière apparemment cataclysmique, sous la forme d’un événement terrible qui confirme l’idée reçue selon laquelle la France est toujours au bord d’une révolution sanglante, de la déroute, d’une crise termi-nale [58].

35 En 2005, par exemple, nous avons été sollicité par le mensuel Prospect pour écrire un article sur le contexte de l’histoire récente de l’immigration en France en vue d’expliquer les émeutes en banlieue, ce que nous avons tenté de faire, mais notre article n’a pas été publié parce que — nous le soupçonnons — l’accent mis sur les inégalités sociales et la discrimination s’accommodait mal à la ligne éditorial blairiste de ce journal, dont le rédacteur en chef, David Goodhart, préférait mettre en cause l’immigration et un soi-disant excès de diversité [59]. En 2014, Andrew Hussey a publié le bestseller The French Intifada dans lequel — même s’il n’oublie pas totalement « la « Marche des Beurs », la grande marche de gauche » [60] — il met néanmoins l’accent, d’une manière alarmiste, sur une « longue guerre » entre l’État français et ses sujets anciennement colonisés.

36 En revanche, des manifestants paisiblement accueillis à l’Élysée ne constituaient pas un événement suffisamment dramatique. Si la figure du Français moyen — raciste, lépéniste, qui, moins à l’aise avec la diversité et la modernité que l’Anglais moyen, a du mal à sortir du passé colonialiste et antisémite de son pays — est bien entrée pendant les années 1980 dans le panthéon des stéréotypes britanniques sur la France, ce n’est pas le cas du militant antiraciste. Si l’on se rendait compte à cette époque-là que la France comptait une population immigrée importante, on parlait moins de leurs descendants, qui plus récemment sont présentés moins comme des militants antiracistes paci-fiques que comme des délinquants, des fauteurs de troubles, des isla-mistes, comme une cinquième colonne potentielle, ou au mieux comme des victimes de la xénophobie. Pour les anglophones, les marcheurs de 1983, de 1984 et de 1985 n’ont pas suffisamment trouvé leur place dans l’histoire : il faut les y réinsérer.

Notes

  • [1]
    Historien, Edge Hill University, Liverpool, Grande-Bretagne.
    Nous remercions Isabelle Rigoni d’avoir lu notre contribution avant sa publication.
  • [2]
    Les collectifs de soutien à la grève de la faim de Lyon et les signataires du Manifeste contre la France de l’Apartheid, “brixton en France ?”, Le Monde du 17-4-1981.
  • [3]
    Cf. GORDON, Daniel A., “French and British anti-racists since the 1960s : a rendez-vous manqué ?”, Journal of Contemporary History, numéro spécial à paraître en 2015, Between decolonisation and the Cold War : transnational activism and its limits in Europe, 1950s-1990s (publié en ligne le 25 février 2015).
  • [4]
    DIKEÇ, Mustafa, Badlands of the Republic : space, politics and urban policy, Oxford : Blackwell Publishing, 2007, 236 p. (voir p. 42).
  • [5]
    Cf. GEDDES, Diana, “Paris awaits anti-racist rally”, The Times du 3-12-1983 ; WEBSTER, Paul, “A community growing from the rubble”, The Guardian du 5-9-1988.
  • [6]
    Pour la chronologie des événements en France, voir HAJJAT, Abdellali, La Marche pour l’égalité et contre le racisme, Paris : Éd. Amsterdam, 2013, 261 p.
  • [7]
    HUSSEY, Andrew, The French Intifada : the long war between France and its Arabs, Londres : Faber & Faber Publishers, 2014, 464 p. (voir p. 43).
  • [8]
    Cf. GEDDES, Diana, “Shooting of boy fuels racial fears”, The Times du 12-7-1983.
  • [9]
    Cf. GEDDES, Diana, “Paris awaits anti-racist rally”, The Times du 3-12-1983.
  • [10]
    Cf. GEDDES, Diana, “France takes step to racial equality”, The Times du 5-12-1983.
  • [11]
    “Challenge at Calais for Black leaders”, The Times du 23-9-1983 ; HAMSHIRE, John, “Face to face : and the French customs man turns the other cheek”, The Daily Mail du 26-9-1983.
  • [12]
    HAMSHIRE, John, “Face to face : and the French customs man turns the other cheek”, The Daily Mail du 26-9-1983.
  • [13]
    TRADES UNION CONGRESS : GENERAL COUNCIL, “The General Council’s report to the 116th Annual Congress, Brighton 1984”, paragraphe 266 : “French immigration policy”, in : TRADES UNION CONGRESS, Report of 116th Annual Trades Union Congress, London : TUC Publications, 1984, pp. 3-7.
  • [14]
    Ibidem.
  • [15]
    Cf. WEBSTER, Paul, “Racists gain ground in key French local election”, The Guardian du 6-9-1983 ; WEBSTER, Paul, “French left ‘will exploit extremist alliance’”, The Guardian du 9-9-1983.
  • [16]
    Cf. WEBSTER, Paul, “Left Bank loses Montand to right”, The Guardian du 5-10-1983.
  • [17]
    Cf. WEBSTER, Paul, “Front’s advance sounds warning to main parties”, The Guardian du 13-12-1983.
  • [18]
    “Cash returns”, The Guardian du 5-4-1984.
  • [19]
    SAVILLE, John, “The time bomb of racism in Europe”, The Guardian du 10-5-1984.
  • [20]
    WEBSTER, Paul, “The remaking of the President”, The Guardian du 22-9-1984.
  • [21]
    “Lurching right with Jacques”, The Guardian du 7-11-1984.
  • [22]
    “Insults fly as French Right splits on poll”, The Observer du 3-3-1985.
  • [23]
    Cf. CHORLTON, Penny, “French ‘tormented black delegates’”, The Guardian du 10-7-1985.
  • [24]
    Cf. WEBSTER, Paul, “Unions protest at shooting of Turk”, The Guardian du 13-11-1984.
  • [25]
    Cf. WEBSTER, Paul, “Frenchman questioned about shooting of Moroccans”, The Guardian du 28-12-1985.
  • [26]
    Cf. WEBSTER, Paul, “Front’s advance sounds warning to main parties”, The Guardian du 13-12-1983.
  • [27]
    Cf. McSHANE, Denis, “Awakening racism”, New Statesman, 30 septembre 1983, pp. 20-21.
  • [28]
    CORBETT, Anne, “Open hand to clenched fist”, New Statesman, 8 mars 1985.
  • [29]
    Cf. CAMPBELL, Page, “Le Pen’s advance on France’s oriental front”, The Guardian du 21-11-1985.
  • [30]
    Cf. CAMPBELL, Page, “Mitterrand fights on record”, The Guardian du 22-11-1985.
  • [31]
    HAINSWORTH, Paul, “They’re all afraid of the big bad wolf”, New Statesman, 8 novembre 1985.
  • [32]
    DOMINGO, Vernon A., “Is there group development after migration ? The case of Surinamers in the Netherlands”, New Community, vol. 10, n° 1, Summer 1982, pp. 95-105.
  • [33]
    Cf. JONES, Peter R., “Vietnamese Refugees in the UK : the reception programme”, New Community, vol. 10, n° 3, Spring 1983, pp. 444-453.
  • [34]
    Cf. BLANC, Maurice, “Immigrant housing in France : from hovel to hostel to low cost flats”, New Community, vol. 11, n° 3, Spring 1984, pp. 225-233.
  • [35]
    Au Royaume-Uni, la grande période d’immigration postcoloniale a démarré en 1948 avec l’arrivée en provenance des Antilles du bateau Empire Windrush ; les débats et lois sur l’arrêt de l’immigration ont, eux, débuté dès 1961, mais se sont développés surtout après l’intervention explosive de l’ancien ministre conservateur Enoch Powell en avril 1968, un moment comparable en effet au “moment Le Pen” de 1983 en France.
  • [36]
    Cf. HARGREAVES, Alec, “Incorporating immigrant minorities in Britain and France : a question of time ?”, intervention au colloque organisé conjointement par le Centre de recherches interculturelles sur les domaines anglophones et francophones et l’Association for the Study of Modern and Contemporary France, Université Paris XIII, du 4 au 6 septembre 2003.
  • [37]
    FAVELL, Adrian ; TAMBINI, Damian, “Great Britain : clear blue water between ‘us’ and ‘Europe’ ?”, in : BAUMGARTL, Bernd ; FAVELL, Adrian (Eds.), New xenophobia in Europe, The Hague : Kluwer Publisher, 1995, pp. 148-163 (voir p. 153).
  • [38]
    Cf. FAVELL, Adrian, Philosophies of integration : immigration and the idea of citizenship in France and Britain, Basingstoke : Macmillan Press, 1998, 288 p. (voir pp. 210-211).
  • [39]
    Voir RENTON, Dave, When we touched the sky : the Anti-nazi league 1977-1981, Cheltenham : New Clarion Press, 2006, 204 p.
  • [40]
    Voir GILROY, Paul, There ain’t no black in the Union Jack : the cultural politics of race and nation, London : Routledge Publishers, 1987, 271 p.
  • [41]
    WEBSTER, Paul, “The tide turns against the ideologues”, The Guardian du 5-3-1984.
  • [42]
    McSHANE, Denis, “Strasbourg’s racists”, New Statesman, 22 juin 1984.
  • [43]
    Cf. GORDON, Daniel A., “French and British anti-racists since the 1960s : a rendez-vous manqué ?”, art. cité, pp. 19 et 25.
  • [44]
    RENTON, Dave, When we touched the sky : the Anti-nazi league 1977-1981, op. cit., p. 115.
  • [45]
    Cette politique s’accélérera quand le New Labour de Tony Blair, Denis McShane et autres sera au pouvoir : des familles avec des enfants seront alors enfermées dans les centres de rétention, une pratique à laquelle même Margaret Thatcher n’avait pas fait appel.
  • [46]
    Inner cities est l’expression alors courante au Royaume-Uni pour désigner les quartiers urbains pauvres. Les quartiers de forte immigration restent en général plus proches du centre-ville qu’en France, où les grands ensembles d’habitation populaires se trouvent en banlieue. Brixton est plus semblable à Barbès qu’aux Minguettes, et le mot anglais suburb, qui théoriquement serait l’équivalent du terme français “banlieue”, est porteur d’une respectabilité bourgeoise bien éloignée des connotations du mot français lorsque celui-ci est utilisé comme raccourci pour désigner les banlieues pauvres, populaires.
  • [47]
    Cf. HOWE, Darcus, “Black workers break the French mould”, Race Today, April-May 1984, pp. 9-15 ; GORDON, Daniel A., “French and British anti-racists since the 1960s : a rendez-vous manqué ?”, art. cité, pp. 10-17 ; GORDON, Daniel A., “Sans Frontière et Race Today, des vecteurs parallèles de l’héritage de l’immigration”, Migrance, n° hors-série, Le patrimoine de l’immigration en France et en Europe : enjeu social et culturel, 2013, pp. 43-56.
  • [48]
    HOWE, Darcus, “Black workers break the French mould”, art. cité.
  • [49]
    Par exemple, aussi bizarre que cela puisse paraître, Yanis Varoufakis, aujourd’hui ministre grec des Finances, était pendant les années 1980 sécretaire du Black Students Society à l’Université d’Essex.
  • [50]
    Cf. FORD, Glyn, “The tide of racism sweeps over Europe”, The Guardian du 8-11-1985.
  • [51]
    Cf. MALIK, Serge, Histoire sécrète de sos Racisme, Paris : Éd. Albin Michel, 1990, 185 p. ; GORDON, Daniel A., “French and British anti-racists since the 1960s : a rendez-vous manqué ?”, art. cité, pp. 17-21.
  • [52]
    Cf. SMYTHE, Robin, “Skeleton in Le Pen’s closet”, The Observer du 20-10-1985.
  • [53]
    Par exemple, The Guardian des 3, 6 et 7-12-1991 ; The Observer du 8-12-1991 ; The Daily Express du 26-4-2004. Récemment, dans un contexte qui a changé, où l’extrême droite n’est plus tabou dans la politique britannique, quand Marine Le Pen a tenté de tendre la main à Nigel Farage, du United Kingdom Independence Party, son “co-vainqueur” aux élections euro-péenes de 2014, ce dernier — malgré de réels points en commun entre la politique mariniste et la politique faragiste — a refusé ses avances. Nigel Farage est dangereux, mais il n’est pas stupide : il sait que s’allier ouvertement avec un Le Pen serait électoralement suicidaire en Grande-Bretagne : s’il y a une chose moins populaire que l’Union européenne en Angleterre aujourd’hui, c’est bien le Front national.
  • [54]
    HARGREAVES, Alec, Immigration, “race” and ethnicity in contemporary France, London : Routledge Publisher, 1995, 267 p. (voir p. xiv).
  • [55]
    Cf. HAJJAT, Abdellali, “1983 : contexte de la Marche pour l’égalité et contre le racisme”, Kaina TV, 22-24 novembre 2013, https://www.youtube.com/watch?v=SgfCk8g-F-U
  • [56]
    WEBSTER, Paul, “A community growing from the rubble”, The Guardian du 5-9-1988.
  • [57]
    Cf. HARGREAVES, Alec, Multi-ethnic France : immigration, politics, culture and society, London : Routledge Publishers, 2007, 265 p.
  • [58]
    Il faut constater aussi qu’un phénomène similaire existe dans les médias français pour exa-gérer de vrais problèmes sociaux existant en Angleterre.
  • [59]
    Voir GORDON, Daniel A., “Integration, again : the Frenchness of a British nationalist”, Political Quarterly, vol. 84, n° 4, October-December 2013, pp. 551-553.
  • [60]
    HUSSEY, Andrew, The French Intifada : the long war between France and its Arabs, op. cit., p. 41.
Daniel A. Gordon [1]
  • [1]
    Historien, Edge Hill University, Liverpool, Grande-Bretagne.
    Nous remercions Isabelle Rigoni d’avoir lu notre contribution avant sa publication.
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Mis en ligne sur Cairn.info le 01/12/2016
https://doi.org/10.3917/migra.159.0141
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