CAIRN.INFO : Matières à réflexion

La figure populaire des chibanis, ces travailleurs immigrés maghrébins, isolés et vieillissant, qui passent leur retraite en France, est devenue l’incarnation d’un « mythe » du retour sans cesse différé. La sociologie de l’immigration a longtemps focalisé son attention sur ces installations durables. Plusieurs travaux quantitatifs ont pourtant démontré dès le début des années 2000 que les retours ne concernent pas seulement des personnes âgées, qu’ils ne s’effectuent pas nécessairement à la fin de la vie professionnelle, et qu’ils tendent à augmenter rapidement. Selon une enquête statistique menée auprès d’immigrés espagnols et portugais en France, en Allemagne et en Suisse, « les données montrent que les migrants de retour ne sont pas principalement des retraités et que beaucoup d’adultes d’âge moyen effectuent des migrations de retour ». Par ailleurs, dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (ocde), « 20 % à 50 % des immigrés repartent dans les cinq ans suivant leur arrivée, soit vers leur pays d’origine (retour), soit vers un pays tiers (émigration secondaire) ». Enfin, les données de l’Institut national de la statistique et des études économiques (insee) démontrent qu’entre 2006 et 2015, le nombre d’immigrés ayant quitté la France pour retourner dans leur pays d’origine a été multiplié par trois.
Au fil d’une recherche doctorale consacrée aux appropriations de la mobilité internationale et aux trajectoires de mobilité sociale de migrants et de migrantes des Comores et du Togo, nous avons pu démontrer qu’il est nécessaire d’avoir été socialisé à des expériences de retour dans son entourage proche pour l’envisager dans son propre parcour…

Français

Dans un contexte d’accélération des migrations de retour des immigrés dans leur pays d’origine, cet article propose d’analyser le rôle des ressources scolaires dans ce processus de réinstallation. Le diplôme constitue une faible protection contre le déclassement des immigrés en France, mais qu’en est-il dans leur pays d’origine ? Si les migrants comoriens et togolais de retour enquêtés sont plus souvent diplômés que leurs compatriotes qui restent en France, les effets de leur(s) diplôme(s) ne semblent pas univoques et dépendent largement de leur trajectoire migratoire. Selon leur position sociale, le diplôme est une ressource — plus ou moins indispensable — pour accéder à une promotion sociale. En déclinant ces situations socialement contrastées, l’article démontre qu’il est difficile de penser le diplôme comme un capital scolaire déterminant et isolé des autres formes de ressources. Il est davantage un révélateur du caractère socialement très sélectif de ces migrations de retour.

Mots-clés

  • Comoriens
  • diplôme
  • promotion sociale
  • réinstallation
  • retour
  • Togolais
  • trajectoire migratoire
Hugo Bréant
Docteur en science politique. Post-doctorant à l’Institut d’Histoire moderne et contemporaine (ihmc) de l’École normale supérieure (ens).
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Mis en ligne sur Cairn.info le 30/06/2020
https://doi.org/10.3917/migra.180.0083
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