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Mouvements

2003/1 (no25)

  • Pages : 176
  • ISBN : 9782707139405
  • DOI : 10.3917/mouv.025.0146
  • Éditeur : La Découverte

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Parallèlement au dossier sur le mouvement « anti-mondialisation », nous avons souhaité revenir sur l’ouvrage de Joseph Stiglitz, paru au début de 2002, qui présente de façon fort critique le fonctionnement du FMI et son rôle dans l’économie mondiale. L’intérêt suscité par la grande désillusion tient en partie à l’identité de son auteur, ancien conseiller économique de Bill Clinton, ancien responsable de la Banque Mondiale.

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Dans La grande désillusion, Joseph Stiglitz nous livre une analyse critique de la gestion de la mondialisation par les institutions économiques internationales. Fort de son expérience d’économiste en chef à la Banque mondiale, il examine dans un style clair et pédagogique les rouages ayant amené ces institutions, et notamment le FMI, à précipiter ou aggraver les crises qu’elles étaient censées prévenir ou guérir. Avant de passer à l’international, l’auteur présidait le Council of Economic Advisers, où son rôle consistait notamment à rechercher un équilibre entre la pertinence économique et politique des propositions faites à l’administration Clinton. L’atmosphère est fort différente au FMI, où dominent « un curieux mélange d’idéologie et de mauvaise économie, un dogme qui parfois dissimule à peine des intérêts privés » (p. 22). Les politiques y sont menées sans débat contradictoire, sous forte influence idéologique, et donnent souvent de mauvais résultats. L’auteur les qualifie même d’« antidémocratiques ».

L’impérialisme du FMI

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Comme la Banque mondiale, le FMI est né dans la foulée de la conférence monétaire et financière de Bretton Woods de juillet 1944. Il est alors chargé de fournir un cadre de coopération économique visant à prévenir le retour aux politiques économiques désastreuses qui avaient contribué à la crise des années trente. Quant à la Banque, elle fut créée pour financer la reconstruction de l’Europe dévastée par la guerre. Aujourd’hui, si son objectif principal reste la lutte contre la pauvreté, elle a cessé de se limiter au financement des projets pour apporter un soutien financier général à l’« ajustement structurel [1][1] À savoir « les mesures censées aider un pays à s’ajuster... » et devenir l’« associé subalterne » du FMI. En effet, depuis les années quatre-vingt si leurs missions sont restées distinctes les activités de ces deux institutions se sont entremêlées sous la pression de « l’idéologie du libre marché » de Ronald Reagan et Margaret Thatcher : « Le FMI et la Banque mondiale sont alors devenus les nouvelles institutions missionnaires chargées d’imposer ces idées aux pays pauvres réticents, mais qui avaient le plus souvent grand besoin de leurs prêts et de leurs dons (p. 38) ».

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Pour mener à bien cette croisade, la division du travail est la suivante : la Banque mondiale s’occupe des problèmes structurels [2][2] Nature des dépenses de l’État, institutions financières,..., et le FMI des questions strictement macroéconomiques [3][3] Déficits budgétaire, politique monétaire, inflation,.... Mais ce dernier affirma rapidement un « point de vue assez impérialiste ». Tout problème structurel étant susceptible d’avoir un impact sur le comportement global de l’économie, n’importe quelle politique économique lui paraît relever de son domaine. D’après l’auteur, la volonté collective du G7, et en particulier de leurs ministres des Finances et du Trésor semble avoir facilité cette prise de pouvoir.

Qui décide de ce que fait le FMI ?

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Pour Stiglitz, cette question se pose pour toutes les institutions économiques internationales et la réponse est claire : « Elles sont dominées non seulement par les pays industriels les plus riches, mais aussi par les intérêts commerciaux et financiers en leur sein (p. 44) ». Les institutions internationales ne sont donc pas représentatives des nations qu’elles servent. Par exemple, la prégnance des intérêts commerciaux et financiers détermine le choix des interlocuteurs nationaux : ministres des Finances et gouverneurs de banque centrale pour le FMI, ministres du Commerce pour l’OMC. Or, chacun de ces ministres est étroitement lié à une communauté bien précise dans son pays. Les ministres du Commerce reflètent les préoccupations du monde des affaires, et les ministres des Finances et les gouverneurs de banque centrale celles de la communauté financière. Le parcours professionnel de ces ambassadeurs internationaux est ponctué d’aller-retour entre le service du public et du privé. Ils voient donc le monde avec les yeux de leur communauté d’appartenance, comme le montrent les parcours de plusieurs dirigeants du Trésor américain.

L’influence du Trésor américain

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En 1993, les discussions commerciales entre les USA et la Corée du Sud sont le théâtre de jeux d’ingérence dans les affaires économiques internationales, avec dans les rôles principaux le Trésor américain et le FMI. Depuis les années soixante, la Corée du Sud mène avec succès une stratégie de développement qu’elle souhaite poursuivre. Il lui faut pour cela libéraliser ses méthodes de gestion des marchés des capitaux afin de renforcer sa croissance et son intégration mondiales. Toutefois, une mauvaise libéralisation peut s’avérer catastrophique et elle tient à la gérer à son rythme. Elle élabore donc un plan progressif de libéralisation, mais il s’avère trop lent pour Wall Street « qui voyait de belles occasions de profit et ne voulait pas attendre (p. 142) ». Malgré les réticences justifiées de la Corée du Sud, que partageait le Council of Economic Advisers, et fort du soutien du Trésor américain, ces intérêts privés parvinrent à imposer un processus de libéralisation rapide aux conséquences désastreuses.

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L’échec de l’opération de sauvetage de la Russie menée par le FMI en 1998 illustre différemment cette propension à l’ingérence du Trésor américain lorsque des intérêts économiques ou politiques sont en jeu. En effet, tout porte à croire que la « scandaleuse privatisation par les prêts » et la corruption massive concomitante ont résulté du souci de maintenir Boris Eltsine au pouvoir, par crainte d’un retour du communisme. En dépit de l’inquiétude générale de l’administration Clinton sur la stratégie du Trésor, celui-ci considérait la politique économique russe comme sa chasse gardée et allait imposer à la Russie une thérapie de choc et une politique de privatisation rapide. Lorsque les problèmes économiques et politiques du gouvernement Eltsine se firent plus pressants, plutôt que de reconnaître et de corriger leurs erreurs, le FMI et le Trésor américain se lancèrent dans une véritable fuite en avant qui rappelle à l’auteur la réaction des dirigeants américains pendant la guerre du Vietnam : « ignorer les faits, nier la réalité, interdire toute discussion et déverser de l’argent frais, toujours plus d’argent frais, par-dessus celui qu’on avait déjà perdu (p. 224) ». Favorisant au mieux les intérêts des riches aux dépens du Russe moyen, cette stratégie fut fortement critiquée par la Banque mondiale, à tel point que le Trésor tenta d’interdire tout contact entre les services internes de la Banque et la presse. L’opacité serait-elle une seconde nature du FMI ?

Un FMI hyper centralisé et manquant de transparence

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Si la Banque mondiale fait de gros efforts pour qu’une partie importante de ses membres s’installe dans le pays qu’ils essayent d’aider, le FMI n’a souvent sur place qu’un « représentant résident » aux pouvoirs limités. Il lui est donc difficile d’en savoir très long sur toutes les économies du monde. De fait, ses plans sont dictés de Washington et mis en forme au cours de brèves missions de hauts responsables. Les chiffres du ministère des Finances et de la Banque centrale sont leur unique contact avec des réalités nationales qu’ils ne côtoient guère dans leur hôtel cinq étoiles. Et du haut d’un hôtel de luxe, « on impose sans merci des politiques que l’on penserait à deux fois si l’on connaissait les êtres humains dont on va ravager la vie » (p. 52).

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Les rapports entre le FMI et l’Éthiopie au sujet de la libéralisation de ses marchés financiers et de la réforme de son secteur bancaire illustrent bien la persistance de cette « mentalité colonialiste ». Ayant combattu avec succès la politique que le FMI s’apprêtait à imposer à l’un des pays les plus pauvres de la planète, Joseph Stiglitz a pu mesurer à quel point les organisations internationales sont opaques, voire « quasiment étanches ». Et le plus grave n’est probablement pas le manque de communication destinée au public ou la difficulté de la base de l’organisation à se faire entendre, mais bien l’extrême difficulté pour les informations externes de pénétrer à l’intérieur. On comprend dès lors pourquoi le FMI qui s’arroge le « monopole des “bons” conseils », n’est guère intéressé par les réflexions des « pays clients » sur des sujets comme la stratégie du développement ou l’austérité budgétaire, et préfère s’adresser à eux sur le ton du « maître colonial ». Pourtant, le monde en développement possède aujourd’hui ses propres économistes formés dans les meilleures écoles et qui surtout sont depuis longtemps familiers de la politique, des réalités et des évolutions locales.

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Les dysfonctionnements analysés par l’auteur de La grande désillusion ont fortement contribué à l’échec des politiques du « consensus de Washington », qui ont souvent profité aux très riches et ont pu entraîner une baisse des revenus des plus défavorisés. Souvent, « des valeurs et des intérêts commerciaux ont évincé le souci de l’environnement, de la démocratie, des droits humains et de la justice sociale » (pp. 46-47). Dans le chapitre 9 consacré à « l’avenir », Stiglitz propose donc des voies de réforme des institutions économiques internationales. Recentrer le FMI sur l’objectif pour lequel il a été créé, à savoir la stabilité économique mondiale et non la libéralisation des marchés des capitaux permettrait de le responsabiliser devant les citoyens. Il faudrait également changer son état d’esprit et son comportement, en vue de le transformer en une « organisation apprenante » et davantage transparente. Il suggère également de rééquilibrer l’ordre du jour des négociations commerciales en y incluant les intérêts des pays en développement, mais aussi des préoccupations qui dépassent le champ du commerce comme celles liées à l’environnement ou au commerce équitable. En vue de responsabiliser ces institutions qui gouvernent la mondialisation, l’auteur propose également de « noter » leurs résultats, afin d’évaluer jusqu’à quel point elles ont réussi ou non à favoriser la croissance et à réduire la pauvreté. Le monde développé a créé ces institutions. Il a le devoir de les réformer. La tentative de réforme avortée consécutive à la crise asiatique a été dominée par les mêmes acteurs qui « gèrent » la mondialisation depuis cinquante ans. L’auteur nous exhorte donc à y participer : « Si nous voulons répondre aux inquiétudes légitimes des mécontents de la mondialisation, la mettre au service des milliards de personnes pour lesquelles elle a échoué et lui donner un visage humain, élevons la voix, parlons haut ! Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas rester passifs (p. 322) ». •

Cédric Gossart

Joseph Stiglitz, un homme du sérail

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Début 2002, Joseph Stiglitz a publié un livre, La grande désillusion, qui semble connaître un succès important – notamment parmi tous ceux qui se réclament d’une façon ou d’une autre de l’« antimondialisation ». Il est assez étonnant de constater que beaucoup de ceux qui dénoncent les méfaits actuels du capitalisme portent aux nues quelqu’un qui fut pendant plusieurs années le chef des conseilleurs économiques du président des États-Unis (Clinton), puis économiste en chef à la Banque mondiale – qui est, avec le FMI, l’institution internationale la plus honnie. Quelqu’un, aussi, qui a eu droit à ce qu’on appelle, de façon erronée, le Prix Nobel d’économie, prix attribué par un jury constitué exclusivement de partisans de la théorie économique dominante – et qui ne récompense donc que ceux qui se situent dans le cadre de cette théorie. Stiglitz ne déroge d’ailleurs pas à cette règle : il a été récompensé pour avoir mis sous forme mathématique (pur exercice formel sans intérêt mais servant d’acte d’allégeance à la théorie dominante) l’idée simple selon laquelle les relations marchandes ont lieu le plus souvent entre des parties contractantes ne disposant pas de la même information (ce que banques, compagnies d’assurance, patrons et salariés savent depuis toujours…). Stiglitz défend en même temps – notamment dans ses ouvrages destinés aux étudiants en économie – l’idée selon laquelle il existerait, en théorie économique, un noyau dur incontestable, et incontesté (du moins, par les gens sérieux). C’est ainsi qu’il écrit, dans son manuel pour débutants, Les principes de l’économie : « bien que les économistes donnent souvent l’impression d’avoir entre eux de profondes divergences d’opinion, ils sont en réalité plus souvent d’accord qu’en désaccord. Tout simplement, les divergences retiennent davantage l’attention ».

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Stiglitz est donc un homme du sérail, tout comme Amartya Sen, un autre économiste à la mode dont les travaux académiques et les réflexions s’inscrivent clairement dans le cadre de pensée dominant. Toutefois, à la différence de Sen – qui s’en tient à des généralités auxquelles tout le monde peut souscrire, sur la nécessité de donner aux pauvres une « liberté économique réelle », sans insister sur les moyens –, Stiglitz n’hésite pas à mettre sur la place publique les divergences pouvant exister sur les politiques à mettre en œuvre pour parvenir à l’objectif souhaité (à commencer par l’amélioration de la situation des plus pauvres). Son livre est parcouru par une froide colère et une réelle indignation (absentes chez Sen, qui se veut consensuel), ce qui est sans doute une des clés de son succès auprès de ceux qui, nombreux, ne sont pas satisfaits de l’état actuel du monde (mais qui curieusement, et en même temps, vénèrent Sen…). Il est vrai que Stiglitz se donne en permanence le beau rôle – ceux qu’il critique n’ayant d’ailleurs pas manqué d’attirer l’attention sur son orgueil démesuré, qui le fait apparaître comme infaillible [1][1] C’est le principal point avancé dans un article de.... Sa véhémence, et les réactions toutes aussi véhémentes que son livre a suscitées chez ceux qu’il critique, nous rappelle, une fois de plus, que les économistes du courant dominant sont loin d’être d’accord entre eux - au-delà de leurs proclamations sur le caractère « rigoureux » et « scientifique » de la théorie dont ils se réclament. Les divergences portent notamment sur la meilleure façon, pour la plupart des pays de la planète, d’arriver à un capitalisme « bien élevé », tel celui prévalant aux États Unis, bien sûr, mais aussi en Europe (même si celle-ci était encore coupable de bien de « rigidités »). C’est ainsi que Stiglitz critique ceux qu’il appelle les « fondamentalistes du marché », partisans d’une « thérapie de choc », lui-même se rangeant du côté des « gradualistes », qui veulent procéder par étapes, en fonction des caractéristiques propres de chaque pays.

Fondamentalistes du marché versus gradualistes

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Depuis une vingtaine d’années – disons depuis l’avènement de Thatcher puis de Reagan – la fraction la plus dure, la plus agressive, du capitalisme s’est progressivement imposée dans bon nombre de pays développés, l’effondrement de l’URSS et des pays de l’Europe de l’Est la renforçant dans ses positions (toute alternative ou toute possibilité de jouer sur les contradictions entre blocs ayant disparu). Ce qui s’est traduit sur le plan politique et académique par un retour en force des idées sur les vertus quasiment illimitées des « mécanismes du marché », idées qui conduisent à préconiser le démantèlement des réglementations mises en place par le système lui-même, notamment depuis la crise des années trente, ainsi qu’un désengagement le plus grand possible de l’État des activités économiques. Bien entendu, il y a loin de la coupe aux lèvres ; dans les grands pays capitalistes, le poids de l’État n’a pas beaucoup varié ces dernières décennies et, s’il est vrai que de nombreuses privatisations ont eu lieu, on constate qu’elles ont été accompagnées par la mise en place d’« autorités de régulation » qui dictent des règles et exercent des contrôles relativement stricts, de nouvelles réglementations remplaçant d’ailleurs souvent les anciennes. Il suffit d’observer les relations complexes entre les divers pays au sein de l’Union européenne – chacun défendant ses entreprises, ses paysans, ses particularités, etc. – et entre celle-ci et les États-Unis, pour se rendre compte que personne ne croit sérieusement qu’il n’y a qu’à « laisser faire le marché » pour que tout s’arrange. C’est pourtant ce que préconisent – du moins depuis une dizaine d’années – des organisations internationales telles que le FMI, pour les pays sous-développés et les pays dits « en transition » (même si, dans ce dernier cas, des considérations d’ordre stratégique les amènent à nuancer leur propos). Il suffirait d’ouvrir les frontières aux marchandises et aux capitaux et que l’État se désengage au maximum de l’économie, en se contentant d’afficher des objectifs clairs (contrôle strict de la masse monétaire, budget équilibré ou excédentaire, « déréglementation du marché du travail ») pour que la confiance revienne et que les capitaux affluent, les entreprises surgissant d’un peu partout, le chômage se résorbant, la pauvreté disparaissant progressivement. Tout cela grâce aux « forces du marché » qui permettraient aux « ajustements » de se faire dans un monde ainsi « flexibilisé ». Telle est la position des « fondamentalistes de marché » qui s’inscrit dans la tradition dite de Chicago, l’université de cette ville ayant depuis longtemps accueilli les théoriciens les plus en vue de ce courant, qualifié parfois dans les médias de « monétariste » - un de ses représentants les plus connus, Milton Friedman, ayant d’abord mené l’offensive sur la question de la monnaie – ou, plus récemment, de « néolibéral ».

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Cette analyse (et les politiques qui en découlent) est contestée par les « gradualistes », ou « keynesiens », souvent basés à l’université de Harvard, qui, bien que pensant aussi que le capitalisme est le meilleur système possible, estiment qu’il comporte toute une série de défauts, ou d’« imperfections », qui font qu’on ne peut le laisser complètement à lui-même – car sinon on irait devant bien des déboires. Ce courant a été prépondérant dans les années d’après-guerre, jusqu’au milieu des années soixante-dix. Stiglitz reprend ses thèses, en les adaptant à un contexte qui a un peu changé. Selon lui, il faut procéder de façon graduelle, aménager des transitions entre une situation donnée et la situation recherchée. Par exemple, accompagner les privatisations, que Stiglitz ne conteste pas, par une politique permettant de créer des emplois pour ceux qui seront (inévitablement) licenciés ; procéder de façon progressive à une libéralisation des échanges extérieurs et, surtout, des mouvements financiers (comme l’on fait, à pas de tortue, tous les pays capitalistes développés) ; ne pas démanteler ce qui existe avant d’avoir mis en place une solution alternative. L’idée est toujours la même : mieux vaut laisser le malade reprendre son souffle, retrouver progressivement la santé (en suspendant la dette, en lui laissant provisoirement, et partiellement, fermer ses frontières, etc.) de façon à ce qu’il se remette au travail, produise plus et paye donc (notamment ses créanciers étrangers), que d’aggraver la récession en lui appliquant des remèdes de cheval - ce qui, finalement, est mauvais pour tout le monde, à commencer par les capitalistes, locaux et étrangers.

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L’intérêt du livre de Stiglitz se trouve essentiellement dans les divers exemples qu’il donne de la façon de procéder des fonctionnaires du FMI, fondée sur des schémas simplistes et passe-partout, avec pour seul contact avec les pays concernés de brefs séjours dans l’un quelconque de leurs hôtels de luxe. Quelques anecdotes significatives aussi : par exemple le très libéral secrétaire au Trésor de George W. Bush, Paul O’Neil, préconisant il y a quelques années la mise en place d’un cartel pour éviter la baisse du prix de l’aluminium que risquait de provoquer l’afflux des stocks russes – mais il est vrai que O’Neil était alors le PDG de l’ALCOA, premier producteur d’aluminium des États-Unis… Stiglitz attire aussi l’attention sur les liens étroits entre bon nombre d’économistes ayant des postes clés au FMI ou au Trésor américain et certains des plus grands groupes financiers mondiaux – qui exigent à la fois des taux d’intérêt exorbitants au titre de « prime de risque » et d’être remboursés quoi qu’il arrive (les politiques du FMI faisant de ce remboursement une priorité, tout cela au nom de la fameuse « confiance » ; comme si on pouvait avoir « confiance » dans un pays exsangue, même s’il a remboursé, en se ruinant !). Mais un capitalisme « bien élevé », soucieux du sort des pauvres, tel que Stiglitz le souhaite est-il possible ? On peut en douter… •

Bernard Guerrien

Notes

[1]

À savoir « les mesures censées aider un pays à s’ajuster face à des crises et à des déséquilibres chroniques » (p. 22).

[2]

Nature des dépenses de l’État, institutions financières, marché du travail, politiques commerciales.

[3]

Déficits budgétaire, politique monétaire, inflation, déficit commercial, dette extérieure.

[1]

C’est le principal point avancé dans un article de Kenneth Rogoff en réponse à Stiglitz dans le bulletin n° 13, vol. 31, 15 juillet 2002, du FMI. Un autre reproche qui lui est fait, c’est d’avoir, par ses déclarations « intempestives », semé le trouble au sein des « marchés financiers », et sapé la « confiance » dans les pays en crise, confiance que le FMI s’évertuait à restaurer.

Plan de l'article

    1. L’impérialisme du FMI
    2. Qui décide de ce que fait le FMI ?
    3. L’influence du Trésor américain
    4. Un FMI hyper centralisé et manquant de transparence
  1. Joseph Stiglitz, un homme du sérail
    1. Fondamentalistes du marché versus gradualistes

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