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Nouvelle revue de psychosociologie

2006/2 (no 2)

  • Pages : 226
  • ISBN : 9782749206479
  • DOI : 10.3917/nrp.002.0117
  • Éditeur : ERES

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À Guy,

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Tu es là près de nous, avec nous, Guy Palmade, par ton corps finalement vaincu par la maladie, mais surtout par cette image si forte que nous avons de toi : un homme de pensée, un homme de passion (les deux chez toi étant bien liées).

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Passion pour la connaissance, la recherche et leur théorisation ; passion pour la modernité dans tous les arts, pictural, musical, théâtral ; passion encore pour les bonnes et belles choses de la vie ; gourmet, œnophile tu fus, nous le fûmes ensemble si souvent ; curieux aussi de l’insolite dans le quotidien. Au volant, tu aimais la vitesse, les grosses cylindrées, le vent qui souffle ; tu aimais les plages du Nord.

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Tout cela d’ailleurs dans un style sobre, je veux dire sans gesticulation ni emphase, même lorsqu’il t’arrivait de déclamer des passages de Rimbaud ou de recourir à des vocables excentriques ; tel s’y complaisait, tel autre s’en irritait… C’était là, disons-le, ta part magique, compatible je crois avec tes soucis heuristiques et didactiques sans concessions.

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Avant d’en évoquer plus précisément quelques aspects, je veux, Guy, te remercier ; te dire combien tu m’as ouvert de pistes, à moi comme à d’autres, et cela à plusieurs niveaux : quant aux schémas théoriques appropriés aux sciences humaines, quant à l’élaboration de processus groupaux inconscients.

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Apports de substance, de stimulation, de coopération active, parfois intercritique. Nous sommes nombreux ici à pouvoir témoigner de ces discussions intenses, comme des entreprises nouvelles où tu nous as associés dans des domaines alors en friche. Tu étais en France un – disons même le – pionnier de la formation psychosociologique ; cette expression et cette analyse des situations collectives, des affects et des projets.

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Pionnier, tu le fus aussi en travaux d’interdisciplinarité, et pas seulement, comme d’autres, en discours. Cela se manifeste dans plusieurs de tes ouvrages et déjà dans leurs titres : ainsi dans L’unité des sciences humaines publié seulement en 1961 – je dis « seulement » parce que tu y reprends les thèmes de ta thèse dite « d’université », soutenue dix ans plus tôt ; texte que Gaston Bachelard tenait déjà en très haute estime pour son ampleur et son originalité.

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Tout en travaillant de façon créative hors de l’Université, tu publies bientôt d’importants articles dans la Revue française de psychologie, le bulletin du cerp et la revue Connexions dont tu es cofondateur.

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En 1967 paraît sous ta direction un ouvrage collectif intitulé L’économique et les sciences humaines, deux volumes chez Dunod rassemblant de précieuses contributions.

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Vient ensuite Interdisciplinarité et idéologies chez Anthropos. En 1975, tu soutiens à Nanterre une thèse sur travaux – dont une moitié inédite – sous le titre Contributions à une problématique de la conduite et des idéologies ; j’estime comme un honneur d’en avoir été le rapporteur et un peu l’incitateur.

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Très sommairement, j’indique qu’un de ses apports fondamentaux, c’est de saisir le groupe d’évolution dans sa systémique singulière et au fil du vécu en échappant à la fois à un psychologisme projectif qui vaporise la groupalité et à un réductionnisme sociologique qui méconnaît le rôle de l’intersubjectivité. Soutenance de très haut niveau. L’impétrant (sic) obtient du jury la mention maximale ; je le précise, car c’est l’un des trop rares témoignages publics rendus par une instance universitaire à l’auteur de travaux majeurs en ce qu’on nomme, en les distinguant volontiers, la psychologie sociale ou la psychosociologie – ce qui, Hélas ! renforce paradoxalement la fracture et non l’unité des sciences de l’homme.

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Sans vouloir dresser de catalogue, je tiens du moins à rappeler ces concepts qu’il t’arrivait d’appeler directeurs et dont plusieurs ont une valeur « transpécifique », tel celui de régulation, pertinent en biologie comme en sciences sociales, avec une portée à la fois théorique et pratique pour l’économie comme pour la dynamique des groupes ; d’autres, d’extension moindre, sont les notions de conduite, de caractérisation, de facilitation. Certaines expressions concernent spécialement les groupes que tu appelles d’évolution et leur problématique propre, celles de co-identification, de dire-agir, d’objets actants. Tous ces termes ont le privilège d’être rigoureux dans leur définition et riches en connotations.

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Tu parlais et tu écrivais alors, mon cher Guy, dans une période d’essor et d’émulation heuristique, où il reste parfois difficile de discerner, ensuite, la part fondatrice des modèles et des analyses de processus : jeu d’interférences mais aussi d’annexions latérales auxquelles les travaux incomplètement publiés sont exposés.

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Ainsi n’auras-tu pas eu, dans le système universitaire français, la place et l’audience qui te revenaient légitimement.

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La dette, notre dette, n’en est que plus grande envers ton œuvre et envers ta personne même, un ego qui rencontrait alter dans une sobre et sûre empathie. Je veux, Guy, dans ces derniers mots, attester de l’amitié immédiate, ensuite indéfectible, qui nous aura unis, celle dont la fortune survit au temps qui passe.

Notes

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Jean Maisonneuve, professeur émérite des universités, son ami et compagnon de première heure dans la fondation de la psychosociologie en France. Paroles prononcées au cours d’une cérémonie d’adieu à Paris le 18 mai 2006, veille des obsèques.


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