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Nouvelle revue de psychosociologie

2006/2 (no 2)

  • Pages : 226
  • ISBN : 9782749206479
  • DOI : 10.3917/nrp.002.0165
  • Éditeur : ERES

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Le sens actuel du terme « révolution sexuelle » renvoie à la libération des mœurs concernant la vie amoureuse grâce à la pilule et au droit à l’avortement. Mais à l’origine, il était question d’un projet associé à la révolution du prolétariat. Le régime soviétique n’a pas donné d’importance à la sexualité, sauf à ses débuts, quand il a même entretenu des rapports avec la psychanalyse. D’ailleurs la genèse du freudo-marxisme peut être située à cette époque. Cette étude se propose d’analyser quelques détails de la libération sexuelle tentée par les bolcheviks. Il s’agit d’un projet qui doit être compris comme une conséquence de la critique marxienne de la famille. Dans cette affaire, un rôle important a été joué par Aleksandra Kollontaï, une féministe russe qui a participé à la révolution bolchevique. Un deuxième élément concerne le mouvement psychanalytique en Russie soviétique, et plus précisément le jardin d’enfants, où on acceptait l’expression de la sexualité. Troisièmement, il est question de la conception de Wilhelm Reich, le théoricien de la révolution sexuelle de l’époque.

La famille dans la vision marxienne

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Chez Marx, la sexualité ne bénéficie pas d’un traitement indépendant. Elle intéresse dans la mesure où des enjeux sociaux sont envisagés. D’habitude elle est plutôt une dimension de phénomènes sociaux négatifs, tels la prostitution ou l’asservissement de la femme. Bien que la vulgate marxienne semble suggérer que la famille doit disparaître, les pères du communisme sont plus nuancés. Ainsi, ce passage de L’idéologie allemande : « La famille continue à exister, même au xixe siècle, avec cette différence que le processus de décomposition est devenu plus général, non à cause du concept, mais en raison du développement de l’industrie et de la concurrence ; elle existe toujours, bien que sa dissolution ait été proclamée depuis longtemps par les socialistes français et anglais […] » (Marx, Engels, 1845). Les propos indiquent plutôt la détérioration de la famille, ainsi que la prise en compte du désir de certains qu’elle disparaisse.

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D’après Reich (1936), Marx avait prédit que la révolution sociale mettrait un terme au mariage. Mais c’est Engels qui a essayé de refaire l’histoire de cette forme d’union. En s’appuyant sur les travaux de l’ethnologue Morgan, il désigne trois périodes dans son évolution (1884) : a) l’état sauvage, avec le mariage par groupes ; b) la barbarie avec le mariage apparié ; c) la civilisation, qui a installé la monogamie, complétée par l’adultère et la prostitution. On peut comprendre que la monogamie ne serait pas bien adaptée aux nécessités de la sexualité humaine, à la différence des deux autres formes. Le mariage par groupes serait une forme d’union entre plusieurs hommes et plusieurs femmes. Dans le mariage apparié, l’homme a une femme principale (ibid.). Engels ne recommande pas directement ces anciennes formes d’union qui sanctionnent la pratique de la sexualité – il les défend, bien que barbares ou sauvages, par contraste avec ce qui était considéré comme civilisé. Deux commentaires s’imposent : 1. Cette vision d’Engels ouvrait la porte à une préférence pour un renouveau des formes anciennes de mariage, qui auraient exclu l’adultère et la prostitution. 2. Les deux formes de mariage pré-civilisées se rapprochent de la horde primitive, décrite par Freud (1921c) quelque temps plus tard, à partir d’un point de vue de Darwin. Ce même point de vue doit avoir compté pour Engels et pour Morgan, donc il serait à l’origine des deux doctrines envisagées, le marxisme et le freudisme. Leur rapprochement fut réalisé ultérieurement, mais Freud n’a pas prêté beaucoup d’attention à la théorie de la révolution sociale. D’un autre côté, la critique de la monogamie comme forme d’union dans la société bourgeoise a trouvé une place dans la révolution bolchevique.

La révolution sexuelle en version féministe

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À l’intérieur de la révolution bolchevique, A. Kollontaï semble la figure la plus importante à avoir proposé une modification importante du statut de la femme. Bien que d’origine aristocratique, elle avait participé au mouvement révolutionnaire européen du début du xxe siècle. Une fois le pouvoir obtenu, sa position dans le cadre du régime soviétique a été relativement modeste, à savoir ambassadrice, mais elle fut la première femme à l’avoir détenu. Dans sa critique de la famille, elle développe la position de Marx. Comme solution, elle propose d’abord l’union libre, une sorte de mariage sans contrat et qui n’oblige pas les partenaires à rester ensemble pour la transmission de leur patrimoine. Cette union existait déjà à la fin du xixe siècle chez des féministes de gauche, tout en posant les problèmes de l’indépendance économique de la femme et de la façon d’assurer l’éducation des enfants. Les deux seront résolus dans la société sans classes, où la femme pourra se dédier à la production, alors que les enfants seront éduqués dans des établissements collectifs. De façon plus générale, elle conçoit que toute forme d’union entre les sexes doit être reconnue par la société, et mentionne des mariages à trois ou à quatre (Kollontaï, 2001), sans en donner de détails. Mais ce type de mariage n’a pas été intégré par le droit soviétique. En revanche, la libération transforme la femme dans une force de travail, mais qui doit aussi enfanter. A. Kollontaï décrit aussi la forme d’amour typique du communisme, l’« amour-camaraderie », qui suppose le développement de la solidarité collective.

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Au-delà de ses textes de militante, A. Kollontaï a laissé également quelques nouvelles, qui décrivent la femme, l’amour, les rapports avec les hommes dans la société soviétique naissante. La nouvelle L’amour de trois générations se veut une sorte de narration d’une rencontre de l’auteur avec une amie apparatchik, qui veut lui confesser un difficile « drame familial ». L’héroïne raconte avec amertume que son plus jeune compagnon de vie, le camarade Riabkov, et sa fille Génia « ont fait l’amour ensemble » (ibid.). La fille avait été élevée surtout par sa grand-mère, alors que ses parents n’avaient pas pu vivre ensemble, dans les temps difficiles d’avant la révolution. La grand-mère avait cherché elle-même l’indépendance en tant que femme et avait milité pour plus de liberté et d’égalité. Ainsi, la mère était devenue tout naturellement une supportrice de la révolution bolchevique, et sa fille s’était impliquée socialement après l’installation du pouvoir soviétique.

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À signaler d’abord que ni la fille, ni son amant n’ont de remords, et ils déclarent ne pas s’aimer non plus (ibid.). Deuxièmement, la fille se décrit comme trop occupée par ses activités de militante pour tomber amoureuse, ce qui ne la dérange pas. De toute façon, elle aime surtout sa mère. Elle aimerait aussi les dirigeants du pays, et notamment Lénine (ibid.). Ainsi, on peut tirer la conclusion que faire l’amour avec le beau-père est un déplacement, le vrai objet étant le meneur social. Lénine est inaccessible comme personne privée mais, en tant que meneur de la révolution, il se doit de rester accessible à toutes et à tous. La relation sexuelle semble aussi une conséquence implicite du militantisme de la mère et de la grand-mère. Si la liberté sexuelle est acceptée et toute union possible, pourquoi pas avec le compagnon de la mère ? Dans le contexte du régime soviétique, les choses sont plus compliquées, parce que l’auteur a été critiqué pour cette nouvelle. Son héroïne est devenue un exemple d’immoralité et de débauche, illustration de la dérive de la vie sexuelle d’après la révolution.

La liberté sexuelle et le risque d’inceste

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Il faut souligner que la relation sexuelle décrite par A. Kollontaï dans sa nouvelle est de type incestueux. À côté de l’inceste du premier type, entre des consanguins, Françoise Héritier (1994) a décrit l’inceste du deuxième type, qui est indirect. L’enfant est mis en contact intime avec le corps d’un de ses parents par un tiers, dans ce cas le substitut du beau-père. Moins horrifiant, parfois assez accepté dans certaines sociétés, « l’inceste du deuxième type est conceptuellement à l’origine vraisemblablement de la prohibition de l’inceste tel que nous le connaissons, du premier type, et non l’inverse » (ibid.). Donc, il ne faut pas minimiser le potentiel négatif de cette catégorie de rapprochement sexuel. À mentionner que la fille de l’héroïne semble être une adulte qui n’a pas été abusée. De cette façon, elle est partie prenante dans cette forme symbolique d’inceste. La réalisation de cet acte pourrait être considérée comme une affaire privée, au-delà de l’implication dans la révolution de la mère, de son compagnon, ainsi que de la fille. Mais quelques détails indiquent le contraire : 1. Le manque d’amour entre les deux partenaires de la relation sexuelle montre que la fille aime en fait le meneur social, lui-même en devoir d’offrir son amour à la collectivité, selon la doctrine. Pour le beau-père, la fille remplace apparemment sa mère à elle, donc sa compagne à lui, également trop prise par son dévouement à la cause commune. 2. Tout le monde se dédie à sa façon à la collectivité, alors les individus perdent leur importance, y compris dans l’ordre sexuel. Les relations interpersonnelles intimes ne comptent plus, l’amour-camaraderie suppose une ouverture sociale importante. 3. L’invocation des trois générations rapproche la perspective de A. Kollontaï de la psychanalyse. Le modèle de la grand-mère, indépendante de ses hommes, est répété par la mère, mais les deux respectent l’interdit de l’inceste. Seulement la fille, dans un nouveau contexte social, le transgresse partiellement. 4. Les dimensions familiale et personnelle restent quand même importantes. Ainsi, il faut invoquer l’absence du père, ce qui n’a pas permis à la fille de vivre pleinement son œdipe.

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On peut considérer qu’il ne s’agit là que d’un cas isolé. Le projet de révolution sexuelle devrait être confronté à des formules réelles inattendues. Dans une perspective sociale, on pourrait désigner cette situation comme une limite indésirable de la libération sexuelle, souhaitée par une bonne partie de la société patriarcale ou répressive. Mais il semble y avoir une certaine continuité entre l’occurrence de cet inceste du deuxième type et la doctrine communiste en général. La critique de la famille a comme effet implicite la surévaluation de la vie collective. À noter que la perspective de A. Kollontaï est plus proche de la doctrine marxienne, et pas directement influencée par la psychanalyse. Dans la même Russie bolchevique, la théorie de Freud a connu ses journées de gloire.

La sexualité des enfants observée en institution

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La présence de la psychanalyse en Russie a été signalée à partir de 1910 (Etkind, 1995), et un des effets de son importance fut la création d’un jardin pour enfants. Ce projet représente une sorte d’utilisation de la théorie de Freud au compte de la société communiste. Il a accompagné assez vite la création de la Société psychanalytique russe, les deux étant enregistrés en 1921. La société incluait beaucoup de personnalités médicales, mais aussi des bolcheviks éminents (ibid.).

Le home pour enfants

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Il est question d’un projet qui a fonctionné entre 1921 et 1924 à Moscou et dont Freud était au courant. L’institution était à plein temps, s’agissant plutôt d’un home, et financée par l’État soviétique. Les douze enfants inscrits, âgés de trois à cinq ans avaient, pour la plupart, des parents avec de hautes responsabilités dans le parti unique – parmi eux Vassili, le fils de Joseph Staline (ibid.). Le fonctionnement du home dépendait de l’Institut de psychanalyse de Moscou, et sa responsable, Véra Schmidt, était une pédagogue ouverte à la psychanalyse. Dans le home, l’attitude à l’égard des enfants était permissive et excluait l’exercice de l’autoritarisme. Les manifestations de la sexualité infantile étaient bien accueillies, y compris l’onanisme. Finalement, l’institution a été fermée au bout de seulement trois ans, sans justification explicite.

La liberté sexuelle et le collectivisme

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La directrice de l’établissement, Véra Schmidt, dans les textes qu’elle a écrits, évoque l’importance du principe de plaisir chez l’enfant, l’impossibilité de dénier sa sexualité (1979a), dont les manifestations sont très diverses. Dans l’institution, le principe était que l’éducation doit partir de l’observation du comportement de l’enfant. Les objectifs étaient d’arriver à la maîtrise sphinctérienne et à la facilitation de la sublimation des tendances pulsionnelles (ibid.). L’accueil du transfert des enfants était aussi envisagé, mais les éducatrices étaient censées ne pas exprimer leur amour envers eux, ce qui demandait un travail sur soi-même. La possibilité de renoncer en cas de difficulté était acceptée.

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Parmi les manifestations de la sexualité chez l’enfant, l’onanisme est décrit sous deux formes. La première est le signe de l’excitation corporelle et doit être acceptée. La deuxième survient suite à une offense vécue difficilement, et doit être limitée, d’après Véra Schmidt (ibid.). Les observations qu’elle décrit semblent convaincantes, notamment l’observation longitudinale de l’enfant Alik (1979b). Elle considère que le home peut développer l’autonomie et l’indépendance des enfants. Cela n’exclut pas les rapports avec les parents, qui sont présentés au contraire comme constants (1979a). Tous les principes psychanalytiques présentés dénotent une vision pertinente à l’égard des enfants. Mais dans l’observation de l’enfant Alik, l’auteur note : « Il apprit à connaître également dans des conditions tout à fait naturelles la constitution corporelle et les organes sexuels des adultes en se baignant avec eux l’été […] » (ibid.). Le problème est que cet enfant semble être le propre fils de la directrice. Les choses ne sont pas claires car dans les observations Alik appelle « maman » l’adulte qui s’occupe de lui. Or, l’auteur mentionne qu’une éducatrice est appelée « maman ». Mais quand le même Alik lui demande si dans son ventre il était grand (ibid.), on peut comprendre qu’il s’agit de la vraie mère du garçon, à savoir de Véra Schmidt, qui est aussi l’auteur du texte. La confusion du lecteur peut être fortuite, mais n’est-elle pas une caractéristique de la dimension incestueuse ? De toute façon, la fermeture du home semble déterminée par un complexe de facteurs. Ils sont également pertinents pour le rapport du communisme avec la libération sexuelle. Trois d’entre eux semblent plus importants : 1. D’après Etkind, en Russie c’était la théorie psychanalytique qui intéressait, pas la sexualité (ibid.). Cet intérêt était lui-même déterminé, au niveau politique, par le projet de la refonte de l’homme (ibid.), projet qui a proposé plus tard la création de « l’homme nouveau ». 2. La théorie de Freud est entrée dans les luttes intestines pour le pouvoir, entre des factions bolcheviques. En général, « les limites chronologiques du mouvement psychanalytique soviétique coïncident avec les zigzags de la carrière de Trotski » (ibid.). Ce dirigeant soviétique aurait soutenu le projet du home pour enfants. Ainsi sa fermeture serait une possible attaque contre le fondateur de l’Armée rouge. 3. L’importance que la sexualité avait dans le projet du home pour enfants a dû susciter beaucoup de réactions défavorables. Ce genre de réactions était plutôt la règle à l’époque, dans presque tous les pays. Le régime soviétique a été ultérieurement le champion d’un rigorisme teinté d’ascétisme. Le home et la psychanalyse dérangeaient probablement aussi par trop de liberté à l’égard de la sexualité, y compris enfantine.

Les deux tendances du projet

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L’organisation du projet apporte deux nouvelles dimensions, l’observation directe de la sexualité des enfants et le contexte collectif et institutionnel. L’observation des enfants supposait la vie en commun, avant l’âge scolaire. Bien que peu présente dans les observations écrites de Véra Schmidt, cette dimension avait une certaine importance, notamment pour la révolution bolchevique. Les effets de la critique de la famille bourgeoise restent implicites, ainsi que la préoccupation de trouver une structure sociale censée la remplacer. En revanche, Freud était sensible au destin du complexe d’Œdipe en collectivité (Etkind, 1995), mais pour lui le problème était de nature scientifique, pas sociale.

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La sexualité de l’enfant en contexte collectif comporte la dimension incestueuse. Il y a le détail de l’accès au corps nu de l’adulte, qui devient suspect si l’on fait l’hypothèse que la directrice de l’établissement y élevait son propre fils. Dans ce cas, le danger encouru est l’inceste du premier type. Par ailleurs, aujourd’hui encore, la sexualité est difficilement conçue par rapport au groupe (Pigott, 2004). Mais la brièveté du projet et le peu de données qui restent de nos jours, empêchent une évaluation plus approfondie de cette expérimentation. Quelles qu’aient été les promesses de ce home, sa fin, elle-même typique d’un régime communiste, suggère que la libération sexuelle était à peine possible en Russie soviétique. Pour pouvoir tirer des conclusions plus fermes, il faut prendre en compte les points de vue de W. Reich.

Le radicalisme dans la libération sexuelle

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Chez Freud la sexualité a un sens assez complexe, car elle ne vise pas seulement le comportement d’accouplement mais aussi les autres aléas de la pulsion sexuelle. La libido peut avoir le but inhibé, être désexualisée, ou sublimée. W. Reich semble s’être penché simplement sur les pratiques sexuelles, dans une perspective plutôt sociologique. En tant que médecin exerçant à Vienne et à Berlin, il constatait que les rapports sexuels convenables étaient entravés par les difficultés économiques des classes populaires : manque d’éducation, logements exigus, etc. Il a conçu la révolution sexuelle comme une sorte de solution à tous ces problèmes, ainsi qu’une conséquence de la critique marxienne de la famille. Il espérait beaucoup que la révolution bolchevique puisse intégrer la libération sexuelle. En 1929, il est allé en Russie et a pris note de l’échec des efforts pour un changement de mœurs en matière de sexualité.

L’importance de l’orgasme

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Freud considère que toute psychonévrose a un noyau de névrose actuelle (Reich, 1927), et on sait qu’elle est une conséquence directe de la frustration dans le coït. Reich généralise ce point de vue et affirme que la seule issue pour la pulsion sexuelle doit être l’orgasme, conçu comme un unificateur du corps (ibid.). Plus tard, l’orgasme devient, en tant que décharge, une sorte de principe général du fonctionnement du monde, sous le nom d’« orgone ». La difficulté de la sexualité n’est que sociale, car les normes collectives la limitent, même s’il y a des cultures sans répression sexuelle (Reich, 1936). En fait, cela permet de battre en brèche l’idée de son opposition avec la société, prônée par Freud, mais qui serait discutable. Reich (1927) considère même que l’ouvrage de Freud, Le malaise dans la culture, fut écrit pour combattre ses idées [1][1] Cette remarque se trouve dans la traduction française.... Donc pour Reich, la restriction de la sexualité est nuisible, son refoulement a une origine socio-économique (ibid.) qui suppose la répression à l’intérieur de la famille. La révolution sexuelle est censée abolir toutes ces limitations, pour permettre une satisfaction sans entraves.

L’état réactionnaire

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Reich reprend la critique de la famille faite par Marx et Engels et l’accentue. Il considère la famille traditionnelle comme réactionnaire, car il y aurait une sorte de continuité entre famille et société dans le traitement de la sexualité. Pour Reich, même la période de latence est un produit artificiel de la culture (ibid.). Dans cette optique, il va même rendre la famille responsable de l’avènement du fascisme en Allemagne. Le père y occupe une position autoritaire, qui ressemble à celle de Hitler au plan social. Le même père exerce depuis cette position la répression sexuelle, à laquelle les masses sont habituées. C’est pour cette raison qu’elles auraient besoin d’un meneur autoritaire. Dans les vues de Reich, le fascisme serait finalement un choix sexuel. Mais, par ailleurs, il ne nie pas qu’en Union soviétique, à partir des années 1930, la sexualité était réprimée par un régime réactionnaire (1933). Reich admet aussi des similarités entre les régimes nazi et communiste en matière de racisme et de projet de familles nombreuses (1936).

La famille, la collectivité et les fantasmes d’inceste

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La répression de la sexualité se manifeste aussi par la prohibition de l’inceste. Pour Reich, cet interdit clive la génitalité en « nostalgie d’orgasme et tendresse asexuelle » (1933). Il considère que le rôle de la famille est négatif pour le développement de la sexualité, parce que « l’éducation familiale favorise la fixation incestueuse au lieu de la dénouer » (1936). Or, « si cette fixation est dissoute, l’essentiel de l’idéologie monogamique s’effondre » (ibid.). Plus concrètement, Reich est pour que les enfants puissent exprimer leur sexualité librement, sans aucune contrainte. En ce qui concerne les adultes, il est pour l’amour libre, pas cantonné au couple monogamique. En concordance avec la conception marxienne, il proposait une sorte de nouveau collectivisme, expérimenté d’ailleurs en Russie soviétique. Il est question du « rétablissement des conditions du communisme primitif sur un niveau plus élevé, civilisé, et un retournement du refus de la sexualité en une acceptation de la sexualité » (ibid.). À la différence de la collectivité primitive, basée sur la consanguinité, la nouvelle est une unité économique, mais qui peut devenir également une « collectivité sexuelle », selon Reich. Dans ce cadre, les formes de sexualité ne doivent pas être prédéterminées (ibid.). En réalité, les observations qu’il a faites en Russie soviétique prouvent que ces nouvelles collectivités, fondées notamment par des jeunes, conduisaient à la formation de couples. Leurs règles internes permettaient le mariage, mais imposaient aux couples de rester sans descendance, alors que l’avortement n‘était pas autorisé (ibid.). Reich souligne la nature contradictoire de ces prescriptions des « communes ». Aujourd’hui, on sait que leur vie a été brève.

L’échec de la révolution sexuelle

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La visite de Reich en Russie à la fin des années 1920 n’a pas été de nature à l’encourager dans l’idée que le communisme puisse réussir la révolution sexuelle. C’est vrai qu’au départ, le régime des bolcheviks a créé le mariage civil, a permis que la femme soit indépendante par la facilité de l’avortement, et a rendu très simple la procédure de divorce (ibid.). Reich montre indirectement que même la poursuite pénale en cas d’inceste avait été supprimée à cette époque (1933). Mais ultérieurement tout est devenu répressif, ce qui a renforcé la famille monogamique autoritaire. Il parle de l’étouffement de la révolution sexuelle (1936). Dans ce contexte, il évoque la misère sexuelle de la jeunesse, et explique l’échec de la révolution sexuelle par plusieurs raisons. D’abord, c’était un projet mal défini, dont la difficulté dépassait celle de la révolution économique. Le contexte social de la Russie était compliqué, il y a eu la guerre civile et la famine. Il admet aussi la complexité de la sexualité (ibid.). Comme, en général, il défend la position de Lénine qui aurait affirmé que le communisme ne doit pas apporter l’ascétisme (ibid.). Voilà une belle négation, que Reich prend au premier degré. Sauf qu’ultérieurement, le régime a lancé la devise de l’abstinence, déjà utilisée dans les sociétés traditionnelles.

Convergences

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Les trois perspectives présentées sur la révolution sexuelle ne sont pas semblables. A. Kollontaï semble ignorer les propos de la psychanalyse, le home pour enfants n’a pas apparemment de rapport avec les activités de cette féministe. Reich connaît l’expérience de V. Schmidt, mais semble ignorer l’existence de A. Kollontaï. Malgré cette situation, au moins quelques convergences semblent exister entre ces trois mouvements.

Le lien de la sexualité avec le social

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De par son activisme, Reich a la vision la plus complète sur les rapports de la sexualité avec le social. A. Kollontaï semble plus soumise aux injonctions du pouvoir bolchevique, moyennant quoi elle arrive à soutenir finalement la nécessité de la natalité. Ses vues sur la libération sexuelle ont aussi des conséquences sur l’éducation des enfants. Elle souhaitait des centres communautaires, que le régime n’a pas pu réaliser, selon Reich. Mais, apparemment, elle ne s’exprime pas sur l’attitude à opposer à la curiosité sexuelle des enfants dans la nouvelle société soviétique. Ce manque est pallié par le projet du home, bien intégré dans le développement de la psychanalyse. Freud ne s’intéressait pas à l’éducation en collectivité, mais celle-ci était prisée par les bolcheviks, comme une sorte de conséquence des idées de Marx. Quoi qu’il en soit, d’emblée tout semble marqué par l’importance du social. D’ailleurs, l’idée même de révolution n’a de sens que dans une perspective sociale. La libération sexuelle ne pouvait être qu’une dimension parmi d’autres du projet grandiose des communistes de forger une nouvelle société. Dans ce sens, l’articulation sociale faite par Reich semble convaincante. Ce qui reste beaucoup moins clair est la mesure dans laquelle cela préoccupait les principaux ténors de la révolution bolchevique.

La famille et le risque d’inceste

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L’élément fédérateur des trois courants semble être le désir d’occulter la famille traditionnelle monogamique, tout en encourant le risque de la confrontation avec l’inceste. Chez A. Kollontaï, l’histoire d’inceste relatée sort de sa théorisation militante du changement de statut de la femme. De toute façon, l’inceste relaté est du deuxième type. Le home pour enfants n’a pas une attitude rigide à l’égard de la famille, au contraire les contacts parents-enfants sont permis. La disponibilité de l’institution pour prendre en charge les enfants à plein temps n’est pas supposée les remplacer totalement. C’est dans ce contexte que la confrontation des enfants à leur propre sexualité semble plus libre. En revanche, l’accès à la nudité des autres adultes est présenté comme n’intéressant pas la famille. On pourrait déceler ici l’idée que le risque d’inceste se pose notamment par rapport aux propres parents, alors que tout autre adulte ne serait pas censé entraver le développement de la sexualité d’un enfant [2][2] Une opinion similaire aurait existé aussi à la fin.... Néanmoins, il semble qu’en fait un couple enfant-mère est pris dans ce mouvement, avec le risque d’inceste du premier type. L’idée de casser le tabou de l’inceste n’est clairement exprimée que par Reich. Il fait aussi part de sa conviction que la famille doit être remplacée par un nouveau type de collectivité. Pour lui, ce sont les liens familiaux qui entretiennent les fantasmes incestueux. D’où la dépendance des enfants, qui restent soumis à la politique familiale de répression sexuelle. Le nœud du conflit culture-sexualité c’est la famille. Il est moins explicite sur la nature de la collectivité censée la remplacer, ainsi que sur la sexualité générée de cette façon.

Le contexte communiste et le glissement vers l’ascétisme

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Comment comprendre le projet de libération sexuelle dans le contexte du communisme réel ? L’évolution de la société soviétique vers le totalitarisme ne pouvait pas ne pas affecter les mœurs sexuelles. Mais au moins quelques éléments de cette société n’étaient pas définis d’emblée. La place initiale de la psychanalyse, si discutable et de si brève durée, montre que le régime bolchevique était assez ouvert pour des aspects moins importants de la vie sociale. D’ailleurs, le caractère négatif de la famille traditionnelle reste un point fort de la marxologie. En général, la critique marxienne de la société capitaliste du xixe siècle est assez pertinente. Discutables, notamment de nos jours, sont les solutions proposées. Or la révolution bolchevique n’a pas trouvé d’autre structure qui puisse remplacer la famille bourgeoise décriée. La tentation d’une sexualité pratiquée en collectivité a probablement accentué les craintes des puritains, qui ont eu recours à l’ascétisme, évoqué par Lénine, à travers une négation. L’ascétisme semble une réaction à une évolution imprévue des mœurs sexuelles. Certaines dérives dans la vie sexuelle subitement libérée ont probablement suscité des fantasmes incestueux, qui semblent assez présents dans les propos des tenants de la révolution sexuelle. Plus tard, l’ascétisme a trouvé une place importante dans l’univers moral communiste, notamment à travers l’idéologie de l’homme nouveau. L’origine chrétienne de cette doctrine ne doit pas surprendre, il y avait d’autres références religieuses. Lukacs par exemple considérait le marxisme comme « la révolution athée », et le prolétariat comme « la classe messie du monde » (Loewy, 1979). Ainsi, l’ascétisme ne peut être compris que dans le sens de l’éloignement d’une sexualité que le régime bolchevique n’aurait voulu que trop satisfaire.

La tentation de l’inceste et le communisme

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Pour ce qui est de la tentation de l’inceste, elle ne doit pas être minimisée. D’abord, elle est présente dans les trois courants du mouvement qui nous intéresse, quoique dans des formes assez discrètes. Chez A. Kollontaï et dans le projet de home pour enfants, cette tentation n’est qu’implicite. Seul Reich présente l’interdit de l’inceste dans une perspective doublement négative : d’un côté, le lien incestueux serait responsable de la séparation entre tendresse et sensualité, d’un autre, une évolution sexuelle positive ne serait possible qu’en dehors de la famille. Deuxièmement, le communisme comptait pour une idéologie capable de changer le cours de l’histoire. Améliorer le fonctionnement de la famille et le rapport à la sexualité ne semble pas un objectif sans importance. Dans une perspective clinique, il y aurait aussi un rapport entre le fonctionnement des familles à transaction incestueuse et les dimensions totalitaires groupales (Clit, 2004a). Or c’est justement la fantasmatique incestueuse qui est susceptible de renforcer la répression sexuelle dénoncée par Reich, ainsi que l’ascétisme. Par conséquent, la solution communautaire ne peut mener que dans le même sens que l’inceste. Tout groupe connaît une certaine structure, moyennant quoi il ne suppose pas obligatoirement des pratiques incestueuses. Mais le rapport de la sexualité avec le groupe reste encore de nos jours difficile. Le groupe se présente comme une sorte de référence imaginaire de la sexualité, mais il conduit d’habitude à des pratiques perverses. La sexualité est le plus souvent pratiquée dans le couple, et l’un des dangers que le groupe représente consiste d’abord en la reviviscence des fantasmes incestueux, à travers la scène primitive (Clit, 2004b).

Conséquences de la révolution sexuelle échouée

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Reich a exprimé clairement le fait que la révolution sexuelle était un échec en Russie soviétique. Est-ce que sa vision théorique sur la nécessité d’une libération sexuelle a été aussi battue en brèche ? En fait, il a pris lui-même des distances par rapport à ces thèmes, qui ont néanmoins été traités dans le cadre du courant freudo-marxiste.

Les aléas du freudo-marxisme

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Si des bolcheviks importants, à l’exception de Trotski, ont prêté peu d’attention à la problématique sexuelle, les psychanalystes ont été plus ou moins sensibles à la dimension sociale. En tout cas, Freud n’a pas partagé les vues de Reich. C’est dans ce sens qu’on peut comprendre aussi le traitement différent de la communauté primitive en psychanalyse, d’un côté, et dans la doctrine communiste, d’un autre. Pour Freud la horde primitive, équivalent de cette communauté, fait partie de la préhistoire. Elle est en deçà de son modèle social qui permet l’accès à l’œdipe. C’est le meurtre du père primitif qui a permis l’évolution historique vers la culture actuelle. Le marxisme considère qu’il faut chercher une autre structure que la famille, et a décrit le mariage par groupes et apparié. Ces deux formes d’union sont plus évoluées que l’hypothétique horde primitive, mais se situent avant le moment fondateur décrit par Freud. Bien que ce dernier ne décrive pas explicitement l’inceste dans la horde primitive, il ne pense pas à un retour en arrière. C’est Reich qui fait cette proposition, d’où la difficulté d’accepter sa vision dans une perspective freudienne. Pour beaucoup de raisons, ses points de vue représentent une sorte de transformation de la psychanalyse en sexologie.

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D’ailleurs, après l’échec de la révolution sexuelle en Russie, Reich a progressivement changé ses centres d’intérêts. Des années plus tard, Marcuse considère que « l’organisation de la sexualité reflète les traits fondamentaux du principe de rendement et de l’organisation sociale qui en découle. » (Marcuse, 1963). C’est encore la société qui déforme la sexualité, la transformant trop. « Ainsi la sphère principale de la civilisation apparaît comme la sphère de la sublimation. Mais la sublimation implique la désexualisation. Ce processus de sublimation dérange l’équilibre de la structure instinctuelle. La vie est la fusion d’Éros et de l’instinct de mort ; dans cette fusion, Éros a pris le pas sur son partenaire hostile » (ibid.). On peut noter que Marcuse conserve quelques éléments de la conception de Reich, mais la nocivité de la famille n’est plus mentionnée. C’est la société qui est critiquable plus que la famille. Fromm (2000) a souligné explicitement la pertinence de la pensée de Reich, tout en admettant ses erreurs. Il considère que les théories au sujet de « l’orgone » sont plutôt aberrantes. Pour lui, Reich a posé la question de la qualité de l’expérience sexuelle, qui a échappé à Freud (ibid.). En somme, les propos concernant la révolution sexuelle n’ont pas tenu la route.

La vraie révolution sexuelle

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Finalement, la libération sexuelle a eu lieu dans les pays occidentaux, à partir des années 1960. Fromm considère qu’il est question d’un « changement si radical que nous pouvons parler de révolution sexuelle » (ibid.). Le phénomène s’est produit dans un contexte très différent de celui propre à la Russie soviétique. Il est question de la société de consommation, pas plus satisfaisante pour le freudo-marxisme. « La consommation sexuelle actuelle présente les mêmes particularités que toute autre variété de consommation : futile, impersonnelle, dépassionnée, passive et banalisée » (ibid.). Quel rapport avec le projet des bolcheviks ? Un historien britannique rappelle que à partir de la fin des années 1920, était très populaire en Occident le livre de A. Kollontaï Love in the New Russia, où l’on trouvait la célèbre métaphore : « Faire l’amour comme on boit un verre d’eau » (Caute, 1979). La thèse de cet auteur est que le roman faisait partie d’une opération de propagande soviétique pour l’Occident, avec l’utilisation de personnalités d’une certaine renommée.

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Plus discutable encore est le rôle de la psychanalyse dans l’avènement de ce changement important. D’après Etkind (1995), la révolution sexuelle « doit peu aux découvertes freudiennes, bien que certains analystes eussent milité pour elle ». Fromm considère que, en fait, les rapports sont inversés : c’est Freud qui est devenu populaire grâce à la libération de mœurs en matière sexuelle, et pas le contraire (ibid.).

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Quoi qu’il en soit, tout n’est pas résolu après la révolution sexuelle. Bettelheim (1979) signalait que ce mouvement provoquait des conséquences sur la famille et avait des risques pour les enfants. En somme, la vie sexuelle pose des problèmes complexes, qui ne deviennent simples que dans l’utopie. Plus récemment, Brès (2003) signalait en France trois effets étranges et gênants de la révolution sexuelle, dont la chasse au « harcèlement sexuel ». Le cadre même de la révolution sexuelle originaire devrait être modifié pour qu’une approche moins « révolutionnaire » puisse permettre l’évaluation des résultats de cet ancien projet.

Conclusion

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Le cheminement de la révolution sexuelle semble long et compliqué, et le rapport de la première version, associée au communisme, avec la deuxième, réussie, ne paraît pas direct. Mais cette étude avait comme but de comprendre les propos de la révolution sexuelle originaire, ainsi que son contexte social. Il est évident que la libération sexuelle était une conséquence naturelle du projet de refonte de la famille bourgeoise. Elle était aussi concordante avec la tendance totalitaire, présente dans la société soviétique, d’ignorer les interdits fondamentaux de la culture traditionnelle. Ces deux dimensions semblent avoir comme soubassement inconscient la tentation de l’inceste. Or, la libération sexuelle des premières années du régime bolchevique a probablement ravivé les fantasmes collectifs d’inceste, dans un contexte social encore instable. On peut supposer que les résistances collectives ont été renforcées, ce qui expliquerait l’évolution dans la direction opposée, de l’ascétisme.


Bibliographie

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  • Clit, R. 2004a. « Inceste et famille “totalitaire” », Revue internationale de psychosociologie, 23, p. 159-173.
  • Clit, R. 2004b. « La sexualité : entre groupe et couple », Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe, 43, p. 119-129.
  • Engels, F. 1884. L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, Paris, Éditions sociales, 1974.
  • Etkind, A. 1995. Histoire de la psychanalyse en Russie, Paris, puf.
  • Freud, S. 1921. « Psychologie des masse et analyse du moi », dans Œuvres complètes de Freud. Psychologie, XVI, Paris, puf, 1991, p. 1-83.
  • Fromm, E. 2000. Revoir Freud. Pour une autre approche en psychanalyse, Paris, Armand Colin.
  • Héritier, F. 1994. Les deux sœurs et leur mère, Paris, Odile Jacob.
  • Kollontaï, A. 2001. Marxisme et révolution sexuelle, Paris, La Découverte et Syros.
  • Loewy, M. 1979. Marxisme et romantisme révolutionnaire. Essais sur Lukacs et Rosa Luxembourg, Paris, Le Sycomore.
  • Marcuse, H. 1963. Éros et civilisation. Contribution à Freud, Paris, Minuit.
  • Marx, K. ; Engels, F. 1845. L’idéologie allemande, Paris, Éditions sociales, 1968.
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  • Reich, W. 1927. La fonction de l’orgasme, Paris, L’Arche, 1952.
  • Reich, W. 1933. La psychologie de masse du fascisme, Paris, Payot, 1998.
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  • Schmidt, V. 1979a. « Éducation psychanalytique en Russie soviétique », dans Schmidt, V. ; Reich, A., Pulsions sexuelles et éducation du corps, Paris, Union générale d’éditions, p. 49-83.
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Notes

[*]

Radu Clit, Laboratoire de psychopathologie psychanalytique des atteintes somatiques et identitaires (lasi), université Paris X Nanterre – radu_clit@ yahoo. fr

[1]

Cette remarque se trouve dans la traduction française de l’édition américaine de son livre, publié en 1945. Après avoir quitté l’Allemagne dans les années 1930, Reich a vécu dans des pays scandinaves, avant d’émigrer aux États-Unis, en 1939.

[2]

Une opinion similaire aurait existé aussi à la fin des années 1960, donc pendant la révolution sexuelle qui a eu lieu en Occident.

Résumé

Français

La révolution sexuelle a comme origine la critique marxienne de la famille et du mariage monogamique. Elle a été tentée d’abord en Russie soviétique, au début des années 1920, après la révolution bolchevique. Sa nature est analysée à travers trois mouvements sous-jacents : a) la modification du statut de la femme, dans la vision de la militante russe A. Kollontaï ; b) l’observation de la sexualité de l’enfant dans le home d’orientation psychanalytique de Moscou ; c) la vision de W. Reich. L’élément commun de ces trois mouvements est le souci de remplacer la famille par des communautés humaines, avec des pratiques sexuelles conséquentes. Mais à chaque fois ressurgissent des fantasmes d’inceste, à caractère implicite ou explicite. Dans la réalité du régime bolchevique, après une période plus libérale, la répression de la sexualité s’est réinstallée, avec une injonction voilée d’ascétisme.

Mots-clés

  • famille
  • fantasme d’inceste
  • féminisme
  • freudo-marxisme
  • interdit de l’inceste
  • institution pour enfants
  • psychanalyse en Russie soviétique
  • répression sexuelle

English

The sexual revolution originated in the Marxist critique of the family and monogamous marriage. It was first tried in Soviet Russia after the Bolshevik revolution, in the early 1920s. Its nature is analyzed through three of its components : a) the new status of women championed by the Russian militant A. Kollontai ; b) the observation of child sexuality in the psychoanalytically oriented kindergarten of Moscow ; c) W. Reich’s vision. These three approaches shared a common goal : the replacement of the family by human communities, with different sexual behaviours. But this consistently generated incest fantasies, either indirectly or directly. In the end, the Bolshevik regime, after a liberal period, reinstated sexual repression, tacitly imposing asceticism.

Keywords

  • children institution
  • family
  • feminism
  • freudo-marxism
  • incest fantasy
  • incest prohibition
  • psychoanalysis in Soviet Russia
  • sexual suppression

Plan de l'article

  1. La famille dans la vision marxienne
  2. La révolution sexuelle en version féministe
    1. La liberté sexuelle et le risque d’inceste
  3. La sexualité des enfants observée en institution
    1. Le home pour enfants
    2. La liberté sexuelle et le collectivisme
    3. Les deux tendances du projet
  4. Le radicalisme dans la libération sexuelle
    1. L’importance de l’orgasme
    2. L’état réactionnaire
    3. La famille, la collectivité et les fantasmes d’inceste
    4. L’échec de la révolution sexuelle
  5. Convergences
    1. Le lien de la sexualité avec le social
    2. La famille et le risque d’inceste
    3. Le contexte communiste et le glissement vers l’ascétisme
    4. La tentation de l’inceste et le communisme
  6. Conséquences de la révolution sexuelle échouée
    1. Les aléas du freudo-marxisme
    2. La vraie révolution sexuelle
  7. Conclusion

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