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Nouvelle revue de psychosociologie

2006/2 (no 2)

  • Pages : 226
  • ISBN : 9782749206479
  • DOI : 10.3917/nrp.002.0179
  • Éditeur : ERES

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Le film de Michael Moore Bowling for Columbine (2002), dans sa sobriété, nous est apparu comme un bon analyseur de la société américaine (États-Unis) actuelle et partant, vu l’influence décisive du modèle américain, des sociétés occidentales contemporaines. Il nous incite donc à utiliser les apports de la psychanalyse pour situer les phénomènes, qu’il nous décrit, dans le cadre de l’évolution politique et sociétale contemporaine.

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Nous avons assisté, ces trente dernières années, à la montée prodigieuse d’un processus qui avait déjà été parfaitement aperçu par A. de Tocqueville (1835-1840) dans son livre maître De la démocratie en Amérique : l’individualisation assortie d’une centration sur la défense de la liberté de chacun.

De l’individualisation à la jouissance

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Cette individualisation (à ne pas confondre avec l’individuation, qui exprime la singularité de chaque sujet et sa capacité à prendre conscience de ce qu’il est, de la portée de ses actes et de son désir d’assurer le maintien et le développement du lien social) a entraîné la dilution des anciens collectifs et des idéaux qu’ils défendaient.

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Chacun se trouve rivé et, par voie de conséquence, aliéné à soi-même, à ses désirs, à son corps, à sa vie privée. La culture du narcissisme (Lasch, 1979), qui va se traduire plus tard par La fatigue d’être soi (Ehrenberg, 1999), va se déployer. Les individus vont être soucieux de leur liberté et de l’affirmation de celle-ci, quitte à vivre de plus en plus repliés sur eux-mêmes, et souvent dans une solitude profonde (Enriquez, 1998). Certes, beaucoup restent plus ou moins insérés dans des réseaux sociaux, mais ceux-ci deviennent de plus en plus lâches et peu exigeants, et ils sont trop nombreux et trop différents pour former des repères solides. Ils n’offrent qu’un point commun, mais d’importance : la pression à la conformité. Aussi, ces individus qui se pensent libres sont, de fait, de plus en plus massifiés, conformes, enclins au political correctness et inaptes en réalité à une pensée individuelle responsable (ce qui, d’ailleurs, avait été anticipé par Tocqueville). Ce qui ne les empêche pas de croire qu’ils sont libres, qu’ils doivent faire attention que l’État – toujours conçu comme un État minimum – n’empiète pas sur leur liberté et qu’ils doivent se protéger par eux-mêmes des autres. Cela est particulièrement vrai aux États-Unis. En ce qui concerne d’autres pays, les gens ne peuvent souvent compter que sur eux-mêmes car l’État est devenu un État minimum, peu sensible aux problèmes et aux souffrances des individus. Ils se croient maîtres de leur propre destin, ils voient grandir en eux-mêmes un « ego grandiose » (Kernberg, 1979), ils se considèrent comme le bien le plus précieux. Comme chacun est pris dans la même fantasmatisation, il est toujours prêt d’une part à se sentir victime des autres, à se plaindre, à devenir « l’homme du ressentiment » évoqué par Nietzsche (1887) et Scheler (1921), d’autre part à vouloir ce que possèdent les autres et, au besoin, à exercer sa maîtrise sur autrui. Le sentiment de victimisation et le développement de l’envie – la fameuse rivalité mimétique de R. Girard (1968) – vont donc de pair. D’où la croissance d’une paranoïa sociale parfaitement normalisée et intégrée. Et cela d’autant plus que l’individu libre – et qui se veut l’égal de l’autre (Freud, 1921) – ne supporte plus la souffrance inhérente à tout être humain. Il se veut lisse, sans intériorité dérangeante, sans conflit et aussi sans culture (car la culture caractérise tout homme qui accepte des contradictions [1][1] Ce point est bien souligné par M. Moore dans son dernier...). Il est pris dans « l’obsession de la plénitude » (Enriquez, 1967), ce qui l’amène à vouloir « jouir sans entrave et à passer d’une économie psychique organisée par le refoulement à une économie organisée par l’exhibition de la jouissance » (Melman, 2002).

De la jouissance à l’Agôn et au meurtre

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Tout homme est donc convié à la jouissance de tous les instants. Il ne s’agit pas, dans ce cas, de goûter chaque moment avec ferveur comme le recommandait A. Gide dans Les nourritures terrestres (Gide, 1899) ou comme le disait V. de Morais de « vivre chaque moment comme s’il était éternel ». Cet hédonisme éclairé n’est plus de mise. Ce qui est en jeu, c’est une vie éloignée de l’autre, qui pourrait vouloir ce qu’on possède, et où aucun souci n’a le droit de pénétrer. C’est une vie centrée sur l’éphémère et qui ne laisse plus sa place au temps et au différé (au projet, à l’anticipation de l’avenir). On veut tout, tout de suite, à l’instar des enfants. On ne supporte plus aucun délai entre son désir et sa réalisation. On se veut, sinon tout-puissant (cela arrive néanmoins), du moins très puissant. Les individus ne se rendent pas compte du piège dans lesquels ils sont en train de tomber : se vouloir trop puissant est succomber aux exigences du moi idéal (en niant tout idéal du moi) qui n’est si contraignant que parce qu’il repose sur le sentiment inconscient d’impuissance. L’homme contemporain en voulant montrer sa force, sa virilité (Carreteiro, 2003), son dynamisme, sa capacité de dominer et de maîtriser les choses et les autres ne fait qu’avouer son incapacité à devenir un adulte responsable (ayant su garder les points positifs de l’enfance : la spontanéité, l’aptitude à jouer, l’inventivité).

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Autrement dit l’homme contemporain, soi-disant adulte, vit dans un état d’involution (Freud, 1921), demeure un enfant rageur qui a peur qu’on lui casse ses jouets et qui réclame les jouets des autres et le droit au bonheur perpétuel. Il a gardé plusieurs des points négatifs de l’enfance : l’impossibilité de se mettre en cause et le refus de la catégorie du différé.

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On comprend mieux alors pourquoi dans une « société du spectacle » (Debord, 1994), de « l’insignifiance » (Castoriadis, 1996), où les valeurs collectives – mis à part le patriotisme ou le chauvinisme le plus sommaire qui se traduit par le « narcissisme des petites différences » (Freud, 1930) – se sont délitées, les hommes enfants vont vouloir prouver leurs capacités en exerçant de la violence sur les autres. N’oublions pas une phrase souvent répétée et attribuée à Freud : « L’enfer serait le monde livré aux enfants de quatre ans » (autrement dit à ceux qui ne sont pas passés par le défilé de la castration), ou le livre de M. Golding, Sa majesté des mouches, où l’on voit les catastrophes d’une société composée uniquement d’enfants qui nous montre que les enfants (pris dans le délire du moi idéal) sont incapables de nouer des rapports sociaux de réciprocité et sont prêts à envisager leur liquidation réciproque.

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Ici se noue la jonction avec le film de M. Moore. Car celui-ci nous montre la société américaine (gouvernée par la solitude, l’inculture, le désir effréné de liberté et l’envie) comme une société où règne la peur de l’autre. Chacun a peur pour sa vie, ses propriétés et ne fait confiance qu’à lui-même pour se défendre. D’où le goût immodéré pour la possession et la manipulation des armes à feu de tout genre. L’arme est supposée protéger le citoyen américain qui, souvent, la porte sur lui. Tel est d’ailleurs le message indéfiniment répété par la nra (National Riffle Association) et par son ancien président – qui joue un grand rôle dans le film –, écarté maintenant de ses fonctions car il souffre de la maladie d’Alzheimer, le très populaire acteur Charlton Heston, le prototype du héros sans peur et sans reproche depuis qu’il a incarné, dans le film du même nom, Ben Hur. Il est d’ailleurs intéressant de noter que chaque fois qu’un incident grave se passe, comme à Columbine, où un adolescent a tué une dizaine de ses camarades de classe, Charlton Heston se précipite pour haranguer les membres de la nra et pour exalter la possession et le port de l’arme, comme s’il venait pour nier ce qui vient de se passer. Il utilise dans ses discours aussi bien la dénégation (exemple type : je ne suis pas raciste), en disant que sa présence n’est pas liée à l’événement, que le désaveu (exemple type : je sais bien mais quand même…), en montrant qu’il sait bien ce qui s’est passé mais que, malgré tout, les hommes doivent rester armés, car c’est le seul véritable gage de leur liberté. En procédant ainsi, il calme la culpabilité qui pourrait naître chez ses auditeurs et il leur redonne la foi dans leur force et en eux-mêmes. Il remplit ainsi une fonction de pouvoir. Le pouvoir ayant toujours, en dernière instance, la fonction d’exorciser les angoisses et la peur (Balandier, 1980). Charlton Heston peut le faire, car il ne se substitue pas au gouvernement, dans la mesure même où il énonce ce qu’un gouvernement pourrait proclamer mais qui s’avère inutile dans ce cas, car la Constitution américaine permet à chacun, libre et responsable de ses actes, d’être en mesure de se défendre lui-même. Son discours est donc totalement compatible avec l’idéal héroïque qui gît dans chaque Américain et qui l’incite à jouer – dans la vie réelle, pour beaucoup d’entre eux – un rôle de cow-boy. D’ailleurs, lorsque Charlton Heston sera interviewé par M. Moore, il ne pourra que répéter ce qu’il dit habituellement : chaque Américain a le droit de se défendre, en ajoutant, quand même, une phrase qui fait symptôme. Il avance que chaque Américain doit conserver la société dans le même état de propreté morale que celle que ses ancêtres blancs lui ont léguée. Ainsi en filigrane de son discours, on peut lire une attitude résolument raciste : la bonne Amérique est l’Amérique blanche et elle doit pouvoir se défendre contre la violence perpétrée par les Noirs et les autres métèques.

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On voit bien ainsi le mécanisme de déculpabilisation et de projection mis en jeu dans un tel discours. L’Américain blanc est un être pur, qui ne demande qu’à vivre pacifiquement avec les voisins. Ce sont les autres qui représentent la souillure (Douglas, 1971), l’abject (Kristeva, 1980) et qui mettent en danger la société blanche, fondée par les puritains, proche de Dieu. Tout le mauvais, le démoniaque est projeté vers le dehors, qui ne mérite que la haine.

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Il y a pourtant un accroc à son discours. C’est que le meurtre en série, tel celui perpétré à Columbine, a été commis par un Blanc contre d’autres Blancs. On sait bien, hélas, qu’il n’est pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ce qui est sous son nez. Aussi, malgré ce type d’événement, les ventes d’armes vont-elles continuer.

Fétichisation des armes et disparition de la solidarité

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Les armes sont, à l’évidence, pour tout le monde, un symbole viril de la force et de la violence. Mais dans la société américaine (et sans doute dans d’autres sociétés actuellement), elles ont acquis un nouveau statut : celle de fétiche. Or, qu’est-ce qu’un fétiche sinon un objet adoré, sacralisé, qui procure une jouissance extraordinaire, qui vient combler un manque et qui rassure l’individu sur son pouvoir en lui masquant son impuissance et sa « petitesse » ? Le fétiche vient donc à la place de l’idéal, de la prise de conscience, de la volonté. C’est le fétiche qui décide, ou plus exactement c’est l’amour qui lui est voué qui devient le seul (ou le principal) amour. L’amour du semblable lointain a disparu. Subsiste l’amour de l’arme. Aussi celle-ci sera-t-elle surinvestie, choyée, nettoyée, admirée, montrée aux amis. Elle sera employée dans des concours de tir, extrêmement nombreux aux États-Unis. Le bon tireur devient alors un homme fort, en qui on peut avoir confiance, car lui-même ne fait confiance qu’à cette arme que les autres tireurs vénèrent également et, en définitive, le prototype du bon Américain. Nombreux sont les Américains – et Moore le montre bien dans son film – possédant plusieurs armes. Certains se sont constitué un petit arsenal particulier, soigné avec tendresse et qui ne demande qu’à servir.

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Le possible tueur prend forme : un individu dans la solitude, croyant à sa liberté, voulant assouvir immédiatement sa jouissance, sûr de ses droits, n’aimant que rarement un petit nombre de ses semblables, ayant peur d’eux et les jalousant du fait de son impuissance réelle (même s’il essaye de la masquer) et aimant de façon démesurée les armes, qui sont les seuls instruments qui lui obéissent absolument. Certes, toutes les personnes présentant une telle configuration ne se mettent pas à tuer leur prochain. Il y a toujours une différence entre la puissance et l’acte. Il faut donc rechercher les événements spécifiques qui ont jalonné l’histoire de vie (ici considérée aussi comme l’histoire sociale) des sujets, qui ont façonné leur subjectivité, ainsi que ce que Redl appelait « l’élément initiateur » (Redl, 1966). Mais le cadre général est posé et nous savons tous que lorsqu’un cadre existe, il ne demande qu’à être rempli.

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Un tel cadre n’existe pas dans un autre type de société, dans lequel l’individualisme, la jouissance et la peur de l’autre (réduit à un ennemi ou à un suspect) n’occupent pas la même place. Et M. Moore en fait la démonstration en allant analyser la société canadienne.

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Les Canadiens ont le même goût pour les armes que les Américains, ils possèdent même plus d’armes qu’eux. Et pourtant, sauf exception comme cela existe dans toute société, ils n’en font pas usage les uns contre les autres. Ils ne s’en servent que pour la chasse. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas peur les uns des autres, qu’ils se sentent faire partie d’une communauté, qu’ils ne se sentent pas tenus de défendre la race blanche et parce que leur Constitution (inspirée par les principes de la Constitution anglaise) n’établit pas d’équivalence entre liberté et port d’armes.

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M. Moore en fait une démonstration remarquable. Il constate, en essayant d’entrer dans les maisons, que les Canadiens ne ferment pas leurs portes (même lorsqu’ils ont déjà été cambriolés). Ils ne craignent pas les autres. L’autre est vu comme un semblable avec qui on peut vivre et non pas comme un ennemi à redouter. Ils ne cèdent pas à la social panic. De plus, contrairement aux États-Unis, où les médias ont tendance à ne montrer que la violence (en témoignent non seulement les relations des violences quotidiennes, mais également les documentaires et des films à gros budget et à succès – films policiers, films d’horreur – qui ne peuvent que développer une paranoïa généralisée), les médias canadiens parlent de la protection sociale, des pauvres, des exclus, de la nécessité de la solidarité et de la cohésion sociale. Toutes choses extraordinaires, s’exclame M. Moore, qui dit n’avoir jamais entendu cela dans les médias américains. Les Américains sont pris dans la névrose de compétition et de la crainte de l’autre. Ce qui n’est pas le cas des Canadiens, qui n’aspirent qu’à une vie calme et qui aiment le consensus (Sevigny, 1963). La configuration (le cadre) canadienne n’est pas propice à l’exaltation de la violence.

Fin ou renouveau de la solidarité

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Pourtant, et c’est l’intérêt du regard porté par M. Moore sur sa société, toute solidarité n’a pas disparu dans la société américaine. Ce qui pouvait être soupçonné, car il est prouvé depuis longtemps que lorsqu’une forme se développe, une contre-forme apparaît, et qu’une société sans résistance n’existe pas.

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M. Moore, pur produit de la société américaine, dans son embonpoint et dans ses vêtements, en est l’exemple vivant. Il ne supporte pas l’évolution actuelle et il essaye de la combattre, en faisant des films et des livres qui ont un énorme succès aux États-Unis et, de plus en plus, dans le monde entier. Bien plus, il pratique sur le terrain une forme d’intervention très provocatrice, semblable à celle mise au point dans le temps par Saül Alinsky, en poussant Charlton Heston, dans le film, dans ses retranchements, à tel point que celui-ci est obligé de fuir la conversation, et surtout en obligeant, avec l’appui de nombre de personnes et d’handicapés, une entreprise à ne plus produire ni commercialiser certaines munitions. Il montre donc que la société américaine n’est pas monolithique, ni complètement paranoïaque (peur d’autrui, sentiment d’être victime et volonté de se faire justice) et perverse (désir de jouissance dans l’immédiat, montée de la psychologisation et d’instrumentalisation, et négation des autres), que certaines forces subversives existent et qu’une autre forme de société est concevable.

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Sa leçon, remarquable, peut être méditée également par d’autres sociétés. M. Moore montre qu’une telle évolution n’est pas irréversible et que, si chacun essaie de sortir de la masse, de résister et de lutter, elle peut être endiguée. Certes, il faudrait plus d’acteurs sociaux conscients des conséquences possibles de leurs actions pour rendre les sociétés plus vivables. Il faudrait surtout que le capitalisme financier, que la mondialisation et la marchandisation généralisée puissent être freinés par des forces sociales ayant des projets alternatifs viables. Le changement du monde n’est pas pour demain. M. Moore nous montre néanmoins que chacun peut et doit y œuvrer.

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La résistance est d’autant plus à l’ordre du jour qu’il est possible de repérer, en particulier en France, une multiplication des actes violents, souvent perpétrés par des personnes de plus en plus jeunes. D’où un renforcement de la tendance à la victimisation, à la plainte et à la volonté de réparation qui se traduit, comme aux États-Unis, par la promulgation de lois particulièrement répressives. Il semble que le phénomène de la social panic, c’est-à-dire la réaction exacerbée à tout acte criminel, soit en train de se propager des États-Unis vers l’Europe. Heureusement, en France, tant les magistrats que les avocats tentent d’endiguer un tel mouvement car ils estiment que la pénalisation accrue ne peut ni permettre de mieux absorber le problème de la montée de la violence, ni lui apporter une réponse satisfaisante. Il faut espérer que, dans ce combat, ils ne resteront pas isolés et que la population pourra elle aussi se mobiliser contre cette approche de la question et mettre un frein au cercle vicieux « victimisation-pénalisation ».


Bibliographie

  • Balandier, G. 1980. Le pouvoir sur scènes, Paris, Ballard.
  • Carreteiro, T.C. 2003. « Le corps surinvesti : pathologie narcissique contemporaine ? », Actes du colloque L’individu hypermoderne, vol. 2, p. 213-222.
  • Castoriadis, C. 1996. La montée de l’insignifiance, Paris, Le Seuil.
  • Debord, G. 1994. La société du spectacle, Paris, Gallimard.
  • Douglas, M. 1971. De la souillure, Paris, Maspero.
  • Ehrenberg, G. A. 1998. La fatigue d’être soi, Paris, Odile Jacob.
  • Enriquez, E. 1967. « La notion de pouvoir » reproduit dans Les figures du maître (1991), Paris, Arcantère.
  • Enriquez, E. 1998. « De la solitude imposée à la solitude solidaire », Topique. Revue Freudienne, n° 64, Paris, L’Esprit du Temps.
  • Freud, S. 1921. « Psychologie des masses et analyse du moi », dans Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1979.
  • Freud, S. 1930. Malaise dans la civilisation, 1971, Paris, puf.
  • Gide, A. 1899. Les nourritures terrestres, Paris, Gallimard.
  • Girard, R. 1968. La violence et le sacré, Paris, Grasset.
  • Golding, M. 1971. Sa Majesté des mouches, Paris, Gallimard.
  • Horney, K. 1932. The Neurotic Personality of our Time, New York, Norton & Company.
  • Kernberg, O. 1979. La personnalité narcissique, Paris, Privat.
  • Kristeva, J. 1980. Pouvoir de l’horreur, Paris, Le Seuil.
  • Lasch, C. 2000. La culture du narcissisme, Paris, Climats.
  • Melman, C. 2002. L’homme sans gravité, Paris, Denoel.
  • Moore, M. 2002. Bowling for Columbine, film.
  • Moore, M. 2003. Stupid White Men, Penguin.
  • Nietzche, F. 1887. La généalogie de la morale, 1970, Paris, Gallimard.
  • Redl, F. 1966. « Émotions de groupe et leadership », dans A. Levy, Textes fondamentaux de psychologie sociale, Paris, Dunod.
  • Scheler, M. 1921. L’homme du ressentiment, Paris, Gallimard.
  • Sevigny, R. 1963. Le Québec en héritage, Québec, Éd. St Martin.

Notes

[*]

Teresa Cristina Carreteiro, professeur titulaire au département de psychologie, Universidade Federal Fluminense, Rio de Janeiro, Brésil. teresa. carreteiro@ wanadoo. fr

[**]

Eugène Enriquez, professeur émérite, université Paris 7.

[1]

Ce point est bien souligné par M. Moore dans son dernier livre Stupid White Men.

Résumé

Français

L’individu contemporain est de plus en plus livré à lui-même et, de ce fait, a des tendances narcissiques. D’où, simultanément, des désirs d’omnipotence et des sentiments de solitude, de fatigue et, de plus en plus fréquemment, une montée de la peur des autres. Les États-Unis, selon M. Moore, sont le prototype d’une société où chacun, se vivant comme isolé, pense à se défendre des autres. La Constitution américaine autorise le port d’armes, les « meurtres collectifs sans cause » peuvent avoir lieu à tout moment. On verra, dans ce texte, que malgré cette tendance générale, la société américaine n’est pas monolithique et que des groupements, en particulier ceux animés par M. Moore, ont d’autres conceptions, résistent à la méfiance généralisée et contribuent à faire prendre conscience aux citoyens des dangers que court la société américaine. Compte tenu de l’influence des États-Unis sur les autres nations, il semble indispensable que chacun, principalement en Europe, puisse résister à la social panic et retrouver le chemin de la solidarité.

Mots-clés

  • violence
  • défense
  • jouissance
  • arme
  • meurtre
  • fétiche

English

The contemporary individual is more and more left to himself and, therefore, has narcissistic tendencies. Where from, simultaneously, desires of omnipotence and feelings of solitude, fatigue and, more and more frequently, an increasing fear of the others. According to M. Moore, the United States are the prototype of a society where each one, living as isolated, thinks of protecting himself from the others. The American constitution authorizing the carrying of firearms, « collective murders without cause » can take place at any time. One will see, in this text, that in spite of this general tendency, American society is not monolithic and that groups with other conceptions resist to the generalized distrust and contribute to awareness by the citizens of the dangers run by the American society. Considering the influence of the United States on the other nations, it seems indispensable that each, mainly in Europe, resist to social panic and find the road to solidarity.

Keywords

  • violence
  • defense
  • enjoyment
  • arm
  • murder
  • fetish

Plan de l'article

  1. De l’individualisation à la jouissance
  2. De la jouissance à l’Agôn et au meurtre
  3. Fétichisation des armes et disparition de la solidarité
  4. Fin ou renouveau de la solidarité

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