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Nouvelle revue de psychosociologie

2009/2 (n° 8)

  • Pages : 232
  • ISBN : 9782749209623
  • DOI : 10.3917/nrp.008.0135
  • Éditeur : ERES

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Une des missions du service de Protection maternelle et infantile (pmi) est le recrutement, le suivi, la formation et le contrôle des assistants maternels. Ces activités exigent la mise en place d’évaluations diverses et variées. Elles semblent soulever tellement d’interrogations et rencontrer tellement d’obstacles chez les évaluateurs que l’on peut penser que ces embarras, c’est l’hypothèse proposée dans ce texte [2][2] Notre matériau est issu soit de discours de professionnels..., ne trouvent pas leur source, en tout cas pas uniquement, dans des obstacles techniques ou méthodologiques ; elles concernent un niveau plus émotionnel. En effet, la prise en charge d’un enfant à domicile, ce que les sociologues anglo-saxons nomment le care, c’est-à-dire « [...] là où commence la vie humaine avec le quotidien des corps, l’affection et ses ratés, l’apprentissage du souci d’autrui dans la famille ou son échec, l’éducation morale du futur membre de la société » (Paperman et Laugier, 2006, p. 12), semble mobiliser chez tous les partenaires (soignants, travailleurs sociaux, élus, familles, assistantes maternelles) une efflorescence imaginaire massive qui infiltre les pratiques d’évaluation et qui les rend difficiles.

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Opérées par des professionnels de la petite enfance (médecins et puéricultrices du service de la Protection maternelle et infantile ainsi que par des assistantes sociales de secteur [3][3] Les psychologues sont parfois sollicités, mais dans...), ces pratiques sont un bon mode d’entrée pour analyser l’institution «?protection de l’enfance?» dont le service Protection maternelle et infantile (pmi) est une des organisations majeures à côté d’autres telles que le service social de secteur, l’Aide sociale à l’enfance, la Protection judiciaire de la jeunesse, les établissements pédiatriques et pédopsychiatriques, les services du champ péri-scolaire (loisirs, activités sportives et culturelles).

En étudiant ces pratiques d’évaluation, on vise à mettre au jour des éléments de l’infrastructure imaginaire [4][4] Pour reprendre l’expression de P. Fustier (2000) à... de l’institution Protection de l’enfance, éléments actifs non seulement dans les services de pmi mais aussi dans toutes les organisations en faveur de l’enfance et de la famille précédemment évoquées. Seront proposés quelques éléments de décryptage des enjeux psychiques et sociaux (dont le politique est un des déterminants majeurs), liés à la prise en charge de l’enfance dans notre société.

La procédure d’évaluation de l’assistante maternelle

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Si l’exigence de procédures de sélection des nourrices, ancêtres des professionnelles actuelles, est ancienne (Sellenet, 2006), la tendance récente est à la professionnalisation. Légalement, toute personne accueillant des enfants à son domicile moyennant rétribution doit être au préalable agréée?; cet agrément est donné (ou refusé) par le président du conseil général du département où est domicilié(e) le (ou la) candidat(e) [5][5] Cette profession, à l’image de tout le travail social,.... Concernant le recrutement, les pouvoirs publics ont imposé un niveau d’exigence de plus en plus élevé. Les assistantes maternelles ont, maintenant, acquis un statut et une formation leur est demandée?; ces praticiennes font partie de l’ensemble des professions éducatives. Cette professionnalisation, inscrite dans l’espace social par des dispositifs de formation et des procédures d’évaluation, rend visibles ces activités relevant du maternel et traditionnellement enfermées dans le huis clos domestique, leur offrant ainsi une dignité nouvellement acquise.

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De nombreuses évaluations sont prévues. Lors de la procédure d’agrément, l’évaluation se veut diagnostic?; l’on cherche à déceler si la candidate possède les aptitudes pour assurer cette responsabilité. Ce n’est qu’une étape, la première, de tout un dispositif d’accompagnement des assistantes maternelles. Durant la période de validité de l’agrément, il appartient à la pmi de s’assurer que les conditions d’accueil restent bien remplies en organisant des évaluations intermédiaires qui ont une fonction régulatrice.

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Conduites à partir d’entretiens et de visites à domicile, ces évaluations doivent permettre de voir si la candidate présente les garanties nécessaires pour accueillir les mineurs dans des conditions propres à assurer leur développement physique, intellectuel et psychique. Dans l’espace du domicile, sont inspectées les conditions concrètes d’accueil de l’enfant (espace, confort, aménagement mais aussi salubrité et sécurité du logement), la qualité de la vie familiale (relations conjugales, modalités éducatives, climat psychologique, vie sociale). L’aspect sanitaire n’est pas oublié, la candidate doit produire un certificat médical affirmant qu’il n’y a pas de contre-indication à la pratique de ce métier. Les motivations et les capacités éducatives de la candidate sont examinées?; ce qui est exploré est bien évidemment quelque chose du désir de l’assistante maternelle dans ce projet. Dernier point important, un casier judiciaire de tous les majeurs demeurant au domicile doit être fourni. On le devine, cette question de l’accueil et de l’éducation de l’enfant à travers les procédures d’évaluation de l’assistante maternelle se trouve au croisement de projets institutionnels multiples?: le prendre soin, l’éducatif, le contrôle juridico-politique de l’institution familiale.

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Concernant plus particulièrement l’agrément, on comprend que l’évaluation représente un enjeu important pour la candidate?: une forme de reconnaissance professionnelle, un emploi, des ressources financières. Certaines candidates ne mesurent pas toujours le poids de cet engagement, en particulier les astreintes que génère l’accueil d’un enfant dans leur vie quotidienne mais aussi dans celle de leur famille?; beaucoup le considèrent comme un moyen d’augmenter les revenus du ménage tout en restant chez elles pour s’occuper de leur foyer et de leurs propres enfants en bas âge.

Ces évaluations soulèvent de nombreuses interrogations chez ces professionnels de la petite enfance. Et de nombreux travaux se sont fait l’écho de ces interrogations en soulignant les ambiguïtés et la complexité de ces pratiques d’évaluation [6][6] Voir par exemple Catherine Sellenet (2003 ; 2006)?;.... Dans les groupes d’analyse de pratique réunissant ces professionnels de la petite enfance, ces derniers expriment un malaise devant l’angoissante responsabilité [7][7] Les médias, dans les cas d’enfants maltraités qui défrayent... et l’impossible de la tâche. Cette expérience semble être très proche de celle décrite par J.-M. Cassagne (2008) étudiant le vécu des enseignants devant procéder aux signalements d’enfants inadaptés scolairement?; expérience qu’il a dénommée «?épreuve psychique?», «?charge psychique?». On se propose de prendre la mesure de cette charge psychique telle qu’elle se donne à entendre dans les discours des professionnels de la pmi.

Complexité de la pratique d’évaluation

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À un niveau spontané, les praticiens évoquent le décalage mal toléré entre l’objectif de cette procédure et le sentiment que les outils utilisés sont insatisfaisants. Reprenons les inquiétudes majeures?: comment et quoi observer ? et sur le comment évaluer?? Sur quels signes, quels indices la vigilance du professionnel doit-elle porter?? Peut-on définir des conditions optimales permettant un développement et un épanouissement psychiques de l’enfant?? A contrario quels sont les facteurs de risques potentiels?? Il n’y a pas de réponse définitive à ces questions. Les textes législatifs donnent, certes, des orientations mais ne disent rien quant aux critères ou indicateurs pour évaluer?; ce qui est générateur d’une profonde insécurité. Se sentant fragiles, ils se plaignent du flou [8][8] Même si, comme le souligne C. Sellenet (2003), ce flou... des critères, de l’incohérence ou des paradoxes des prescriptions des services, de l’hétérogénéité des pratiques et des conceptions. Seuls, ils se trouvent confrontés à leur propre subjectivité et craignent les risques d’arbitraire. Interprétée comme une défaillance personnelle ou une incompétence professionnelle, cette conscience du poids de l’implication affective inquiète.

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Des grilles de critères, élaborées et retravaillées dans les services, ne semblent pas satisfaire pleinement les évaluateurs. D’où l’émergence d’une forte «?demande?» de formation chez ces derniers qui pourrait être formulée ainsi?: «?Aidez-nous à construire des outils.?» Ces instruments doivent être efficaces pour pratiquer une évaluation formalisée et garantie par un ensemble de critères. Ainsi, on rêve d’un référentiel, composé d’indicateurs objectivables, transmissibles et irréfutables rendant possible l’application d’un ensemble de procédures «?normalisées?». La rationalité instrumentale est appelée à la rescousse?! Si, globalement, un accord concernant les critères de santé, de salubrité, de sécurité et de confort du logement peut faire l’unanimité chez ces praticiens [9][9] En toute rigueur, cette idée peut être contestable,..., ceux concernant l’épanouissement affectif de l’enfant ou les compétences éducatives [10][10] Selon C. Sellenet (2003, art. cité), c’est sur ce critère... semblent plus difficilement identifiables. De plus, comment distinguer ce qui relève de ces aptitudes de ce qui relève de compétences maternelles ou de qualités morales/personnelles?? Une mère de famille a-t-elle pour autant les capacités professionnelles pour être une «?bonne?» assistante maternelle?? Enfin, dans les conceptions et pratiques du care défendues par l’assistante maternelle, comment distinguer ce qui relève de ses spécificités individuelles de ce qui serait les manifestations d’une culture familiale (Favrot-Laurens, 1998) dont certains sociologues se sont ingéniés à décrire les mille et une formes selon les groupes d’appartenance de ces familles ? Ne risque-t-on pas de qualifier de ressource personnelle ce qui est l’expression d’une détermination sociologique?? Dernière question concernant les motivations, on sait bien que les candidates sont (souvent mais pas toujours) des femmes de faible niveau de qualification qui sont à la recherche d’une source supplémentaire de revenus tout en restant chez elles à s’occuper de leurs propres enfants. Peut-on le leur reprocher??

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Pour certains, se surajoutant à ces interrogations, adopter cette posture d’évaluateur leur paraît difficilement supportable parce que dessinant un rapport de pouvoir. Dans cette situation, ils ne répondent pas à la demande de la personne avec qui ils sont en interaction, mais à une injonction d’un service. L’évaluation est faite en fonction des besoins de l’organisation, qui définit les «?objectifs?», les temps, les procédures, les objets à évaluer de cette activité. Le professionnel de la pmi doit dire «?le vrai?» de ce que vaut une personne, doit confirmer la valeur de la candidate, non seulement sur des qualités professionnelles mais aussi «?maternelles?» et personnelles. C’est une mission imposée par des instances représentant l’État (la pmi, le conseil général). Ces instances bureaucratiques exigent des rapports qui, archivés, sont susceptibles d’avoir des effets sur le long terme. Dernier signe de ce pouvoir, l’évaluateur, s’intéressant aux motivations, aux compétences et aux conditions concrètes de vie de la candidate, est amené à explorer de nombreux aspects, parfois très intimes, de la vie à domicile (Djaoui, 2008) de cette dernière.

Cette évaluation participe de deux projets. Le premier connoté positivement vise à protéger les enfants, à aider les familles?; on reste là dans une visée gratifiante pour l’évaluateur. Le second, plus difficilement accepté, est surveillance de l’assistante maternelle et donc potentialité de sanction voire de rejet. Quels que soient le degré de sophistication de ces grilles ou les stratégies utilisées par l’évaluateur, en dernière instance, les conclusions s’inscrivent toujours dans une logique binaire?: compétences/incompétences?; motivations «?saines?»/motivations inexistantes, «?malsaines?» ou non étayées?; conditions d’accueil adaptées/conditions inadaptées. La pratique d’accompagnement, ancrée dans l’imaginaire professionnel à l’aide, est «?contaminée?» par celle de l’évaluation assimilée au contrôle. L’évaluateur se trouve confronté à ses motions agressives, à ses propres forces de haine?; ce qui bat en brèche tout ce qui fonde son identité professionnelle?: oblativité, don de soi, souci d’autrui, solidarité et lutte contre l’exclusion. Cela est d’autant plus insupportable que le plaisir éprouvé dans cette relation de pouvoir est souvent nié. Comment évaluer si l’on ne supporte pas d’occuper cette place??

La pression du politique

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Dernier facteur, et non des moindres, de cette charge psychique est la pression du politique. On l’a compris, la mission très lourde que la société délègue à ces professionnels est, essentiellement, politique. Accueillir, les enfants, les protéger et plus globalement les éduquer, c’est-à-dire opérer cet ensemble complexe d’actions exercées par les générations des adultes sur les générations montantes nécessite de mettre en place les conditions qui permettent cet épanouissement. Il faut donc lutter contre toutes les forces qui font obstacle à cette mission et qui risquent, dans les cas les plus dramatiques, de détruire l’enfant.

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Cette pression du politique se fait sentir à deux niveaux. Au niveau national, l’enfance dans ses deux figures, celle de l’enfance en danger, victime qu’il faut protéger, et celle de l’enfance dangereuse dont il faut se protéger, a toujours été une préoccupation majeure des politiques publiques. L’intérêt de l’État envers la vie de l’enfant et de son bien-être a été constant?; le petit enfant est devenu enjeu de régulation sociale (Pioli, 2003). D’où l’importance majeure donnée à la prévention (Djaoui, Dorland-Pottier, 1999). C’est l’État «?social?» ou l’État «?Providence?» qui doit œuvrer pour qu’il y ait des modes satisfaisants de garde (crèches, assistantes maternelles), c’est-à-dire en nombre suffisant, de qualité et «?sécurisés?». L’exigence est la recherche de la sécurité et du risque «?zéro?». Pour les familles, c’est un droit, c’est un dû. Le recrutement des assistants maternels, la formation ainsi que le suivi et les différents contrôles dont ils sont l’objet participent de cette préoccupation. Par ses interventions (protection de l’enfance [11][11] Le terme de protection se retrouve dans toutes les..., soutien de la famille, aide à la parentalité, modes de garde, etc.), la puissance publique s’autorise à intervenir dans le huis clos domestique. Se trouvent dessinés et redessinés les rapports entre ordre privé et ordre public, entre intimité et espace social (Djaoui, Large, 2000).

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Au niveau local (celui d’une commune ou d’un département), les modes d’accueil de la petite enfance [12][12] C. Sellenet, dans son ouvrage déjà cité (2006), relève... demeurent un sujet éminemment sensible. Concernant le développement de la cité et la vie quotidienne des familles (les parents sont des électeurs?!), il fédère tous les acteurs de la vie sociale locale. Dans les programmes politiques locaux, les élus s’engagent à mettre en place des modes de garde adaptés aux «?besoins?» des enfants et à la situation socio-professionnelle des parents (en fait des mères). Et l’assistante maternelle agréée demeure, pour les parents, la forme préférée d’accueil.

Les élus locaux sont à la fois les promoteurs des politiques, souvent les financeurs et parfois les gestionnaires des services et employeurs de travailleurs sociaux et médico-sociaux. À cet impact «?purement?» politique s’ajoute une réalité organisationnelle, le poids de la hiérarchie. Les professionnels sont donc tenus d’appliquer les injonctions des élus. Ce qui n’est pas sans effet sur les pratiques d’évaluation.

La subjectivité comme réalité menaçante

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Les critères d’évaluation n’étant, donc, pas incontestables ni universels, l’évaluateur reste seul avec sa subjectivité, c’est-à-dire sa propre liberté?; ce qui est source d’un grand sentiment d’insécurité. Cette expérience, fortement teintée de culpabilité, est interprétée comme une défaillance personnelle et/ou comme une inaptitude professionnelle. Être en position de pouvoir et interroger (et s’interroger sur??) le désir d’accueillir et de prendre soin d’un enfant réactivent des émotions dont on devine les racines archaïques. Cette tâche confronte les évaluateurs à leurs propres interrogations, fait résonance avec leurs propres préoccupations et anxiétés. Explorer les raisons qui poussent une femme à accueillir des enfants chez elle ne peut pas ne pas faire écho avec les questionnements des évaluateurs qui ont choisi l’enfance comme «?métier?». D’autant plus que l’on sait bien que ce qui motive le choix des professions du soin et de l’aide relève d’une stratégie pour affronter un fort sentiment de culpabilité. Ces professionnels de la pmi (qui sont majoritairement des femmes, on le rappelle) sont aussi interpellés sur leur mode de vie (conceptions de l’identité féminine et des relations homme-femme, rapport au maternel, implication dans le monde professionnel, etc.). Dans cette interaction, il y a toujours cette inquiétude de se trouver face à un ensemble de questions non résolues sur ses propres capacités d’amour et de haine, son identité féminine, ses propres compétences maternelles. On appréhende de se heurter à cette partie obscure de soi-même.

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La recherche de grilles composées à partir d’indicateurs «?objectifs?» de compétence peut s’interpréter comme une stratégie défensive pour tenir à distance cet éprouvé parfois insupportable et aussi, dans un même mouvement, un appel à l’aide pour mieux comprendre cette expérience et donner du sens à ce qui semble ne pas en avoir. On comprend mieux, ainsi, que toute subjectivité peut être ressentie comme une menace par l’évaluateur?; la sienne bien sûr mais aussi celle de l’évalué. En particulier, les manifestations, parfois déroutantes, de l’évalué seront vite taxées de déviantes. Expressions d’une trop grande sensibilité, elles sont considérées comme source de désordre social et non pas comme ouverture vers des découvertes potentielles. Méfiance envers ses propres expressions émotionnelles et insécurité face à l’imprévisible de l’autre, cet Autrui toujours énigmatique, sont les deux faces d’une même réalité. D’où cette quête incessante d’outils immédiatement utilisables [13][13] Des processus similaires sont actifs aussi dans la..., illustration de l’emprise de la rationalité instrumentale. Bien que ce milieu professionnel soit fortement imprégné par les conceptualisations psychanalytiques [14][14] Cette prégnance de la psychanalyse se retrouve à deux..., ne sont plus reconnus les acquis majeurs de la psychanalyse, à savoir le clivage comme drame du sujet (la force des motions inconscientes que l’individu ne maîtrise pas) mais aussi et surtout la centralité du négatif et de la conflictualité dans la vie psychique (destructivité, culpabilité, masochisme originaire), dont on peut supposer qu’ils ne sont pas sans lien avec l’objet même de l’évaluation, c’est-à-dire le désir (ou non) d’accueillir et de prendre en charge chez soi un enfant.

On revendique l’expertise, l’appropriation de savoirs normatifs distinguant la normalité de la déviance (la «?bonne?» mère de la «?mauvaise?» mère, la parentalité «?adaptée?» de la «?dysparentalité?» ou de la «?parentalité pathologique?») et non recherche de sens dans une interaction sociale impliquée. L’évaluation se réduit, dans cette logique, à une mesure des écarts entre des pratiques, des comportements et des normes de références recensées. L’altérité, porteuse de sens, est en fait niée, puisque tout ce qui fait différence avec le «?prévu?» est rejeté dans le champ de l’incompétence ou dans celui de la déviance. Cela illustre bien les analyses de Boutanquoi (2001) soulignant que la fonction première du travail social est d’être «?un travail institutionnel qui œuvre à la définition du rapport de la norme et de la déviance… » (p. 71). Dans les pratiques d’évaluation des assistantes maternelles, doit être débusqué tout ce qui, marqué du négatif, peut être considéré comme déviant. Sous ce terme, sont regroupés tous les facteurs de risque mettant, potentiellement, en danger l’enfant accueilli. À l’horizon, demeure prégnante la figure extrême et dramatique de la mort de ce dernier. Taraudée par cette angoisse [15][15] Cette pratique de l’évaluation illustre les questionnements... de «?mal?» évaluer en ne percevant pas des signes alarmants, et portée par cette recherche du «?risque zéro?», cette pratique évaluative voudrait éradiquer toute subjectivité qui irrigue la rencontre singulière évaluateur-évalué, dans une forme déguisée de contrôle qui ne dit pas son nom.

L’imaginaire de l’institution protection de l’enfance

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La mission revendiquée de la pmi est la protection de l’enfance et, dans la mesure du possible, l’étayage et le maintien du lien mère-enfant?; elle est justifiée par des représentations très prégnantes de l’enfant, de la mère et de la famille. L’enfant est innocence, dont «?l’image d’une certaine pureté se voit comme menacée de perversion soit par la réalité objective […] soit par l’offense des adultes?» (Boutanquoi, 2001, p. 124). La mère est toute bienveillance et oblativité [16][16] Dans les cas contraires, cela relèverait de la pat..., la famille est le milieu «?naturel?», par excellence, qui permet l’épanouissement de l’enfant. Ces représentations participent d’un imaginaire que l’on peut qualifier de «?maternaliste?» (Djaoui, Large, 2007), parce qu’il glorifie la fonction maternelle. Implicite des politiques en faveur de l’enfance et de la famille, il se retrouve dans toutes les organisations du secteur social et médico-social et dans les discours des professionnels qui sont, on l’a déjà évoqué, majoritairement des femmes. Cet imaginaire associe au féminin-maternel de nombreuses qualités/aptitudes nécessaires à l’accueil et l’éducation du petit enfant et plus globalement au «?prendre soin?» de toutes les personnes vulnérables, qualités/aptitudes attendues dans les différentes évaluations pratiquées. Elles sont des composantes d’un référentiel mi-implicite, mi-explicite dont les sources demeurent hétérogènes. Inspirées à la fois de théorisations psychanalytiques, de principes socio-politiques et professionnels tels que l’enfant comme sujet de droits et comme «?capital d’humanité?» (Pioli, 2003), les valeurs familiales, le respect de la vie privée et de l’intimité, l’éthique du care (Papermann et Laugier, 2006), etc., et de prescriptions hygiénistes imposées par les progrès permanents de la médecine de la petite enfance, elles alimentent un «?discours?» plus ou moins construit que l’on retrouve à tous les niveaux des organisations se recommandant de la Protection de l’enfance (déclarations des praticiens, définitions des missions, chartes, projets éducatifs, orientations «?politiques?» des services, règlements intérieurs, etc.). Ces éléments sont identifiés par P. Fustier, dans ses analyses sur les organisations du secteur social, comme appartenant à la zone intermédiaire idéologico-théorique (Fustier, 2000) d’une institution située entre la superstructure (l’organisation formelle) et l’infrastructure imaginaire (composée des productions inconscientes). Ces éléments sont transcription dans le fonctionnement interne de l’organisation de systèmes idéologiques et théoriques venant de l’extérieur social, en particulier les valeurs et les conceptions dominantes dans la société à un moment donné. Cet ensemble «?marque le “au nom de quoi” – au nom d’une idéologie militante comme au nom d’une théorie spontanée ou savante – la vie institutionnelle va promouvoir certaines orientations et organisations et en refuser d’autres?» (Fustier, 2000, p. 132). Une des sources externes de cette zone intermédiaire est constituée par les politiques en faveur de l’enfance. Ces politiques évoluent sans cesse dans la mesure où les conceptions, concernant l’art et la manière d’élever les nourrissons et d’éduquer les nouvelles générations ne cessent d’évoluer. Par les canaux de ses multiples politiques familiales, dispositifs et professionnels, la puissance publique, en répondant aux inquiétudes du corps social, diffuse ainsi ses valeurs, ses normes, ses prescriptions. Rarement interrogées, ces données, utilisées comme autant d’éléments de ces référentiels d’évaluation, s’imposent aux praticiens comme des évidences, des «?allant de soi?».

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L’imaginaire maternaliste, comme toute la zone idéologico-théorique dont il fait partie, participe du registre du conscient et fonctionne comme une instance défensive face aux pressions de l’infrastructure imaginaire de l’institution. Celle-ci, alimentée par les productions inconscientes (imagos, scénarios fantasmatiques, affects), surdétermine et infléchit fortement les différentes activités de l’organisation et parfois peut rendre difficile l’exécution de certaines tâches. Imagos maternelles, avec la figure de la Mère meurtrière [17][17] Nous retrouvons Médée et Kronos, figures terrifiantes..., angoisses de morcellement et de dévoration, fantasmes de séduction (avec le désir de fusion et de symbiose) et de toute-puissance, la pulsion perverse d’emprise (avec la figure du pédophile prédateur), mouvements pulsionnels opposant vie et mort (faire vivre l’enfant ou le tuer) relèvent de cette infrastructure. Ainsi l’imaginaire maternaliste, en insistant sur ces représentations flatteuses de l’enfant, de la mère et de la famille, nie l’existence de puissantes motions agressives?; l’ambivalence essentielle qui marque les rapports adulte-enfant est occultée. Seuls demeurent au niveau conscient les affects «?positifs?»?; en particulier la haine, refoulée, de l’adulte envers l’enfant, n’est pas reconnue [18][18] Des analyses des racines de cette haine intergénérationnelle.... Si la réalité impose de la reconnaître, elle est vite renvoyée au champ de la pathologie psychiatrique?; ce qui est une manière de la nier. Sur un autre registre, les références constantes et sourcilleuses à l’éthique et à la déontologie, aux textes législatifs, aux droits de l’enfant sont aussi de bonnes stratégies pour se défendre contre cette négativité qui travaille les relations adulte/enfant.

On comprend mieux les sources de la charge psychique induites par ces pratiques d’évaluation. Les difficultés de ces tâches ne trouvent pas leur origine, en tout cas pas seulement, dans les aspects technico-méthodologiques (modalités d’observation, définition d’indicateurs précis, stratégies mises en place durant l’entretien) et/ou organisationnels de l’exercice. Les pressions inconscientes de cette infrastructure imaginaire impriment leur marque sur la dynamique du rapport social évaluateur-évalué, et ce d’autant plus efficacement que les deux partenaires participent de cette même institution Protection de l’enfance. L’instance idéologico-théorique propose un certain nombre de stratégies défensives, mécanismes de clivage entre les images de «?bonne?» et de «?mauvaise?» mère, refoulement des pulsions agressives et des désirs mortifères, attitudes oblatives comme formation réactionnelle, permettant de réduire l’impact des angoisses archaïques associées à ces imagos et à ces fantasmes de séduction et de toute-puissance, et de prendre de la distance avec cet éprouvé de haine envers l’enfant. En particulier, cette revendication forte de reconnaissance de compétences exigées par le care (don de soi, tolérance, disponibilité, bienveillance) que l’on retrouve chez tous ces professionnel(le)s de la petite enfance est significative de cette réappropriation de «?qualités?» traditionnellement considérées comme féminines et maternelles [19][19] Et donc communément moins valorisées que celles des... investies ainsi de connotations positives.

Conclusion

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La protection de l’enfant et le soutien du lien mère-enfant définissent la mission première du service de la pmi. Rien de ce qui concerne l’enfant ne lui est étranger et donc rien ne doit lui échapper. Sujet fragile et dépendant face à un monde extérieur hostile, l’enfant éveille chez l’adulte compassion mais aussi réactive des mouvements pulsionnnels d’emprise et de manipulation perverse. On le voit, ces menaces n’ont pas comme unique source l’environnement matériel objectif, elles sont portées aussi par les désirs inconscients des adultes. On n’est pas là face au risque d’agression physique, la mort dans son expression extrême, mais aussi de destructivité psychique. La vigilance du service de pmi vise l’enfant dans tous ces milieux de vie. Concernant plus spécifiquement les modes d’accueil, dont on a perçu les enjeux socio-politiques non négligeables. La pmi a pour rôle le recrutement, le contrôle, la surveillance, le suivi et la formation des assistantes maternelles?; pour cela, ont été prévues de multiples modalités d’évaluations à ces différentes étapes pour proposer aux enfants des modes de garde sécurisants. Ainsi quand il est question d’examiner les motivations, les qualités personnelles, les savoir-faire, les compétences éducatives de l’assistante maternelle, cela revient, en fait, à prendre la mesure de la force de ses affects agressifs et de ses capacités de les «?gérer?». Il faut jauger si le projet d’être assistante maternelle (pour les candidates) ou si les pratiques actuelles (pour celles qui le sont déjà) ne sont pas trop «?contaminées?» par cette haine inconsciente envers l’enfant. Même si la question n’est jamais exprimée de cette manière aussi brutale, elle revient à cette formulation?: l’assistante maternelle n’est-elle pas trop «?dangereuse?»??

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La charge psychique imposée par cette tâche ne s’explique pas seulement par les difficultés objectives de l’exercice. Les évaluateurs sont soumis à de multiples pressions?: les injonctions de l’organisation-employeur (dans ses divers registres, et en particulier politiques), les sollicitations des candidates, les exigences de leur Idéal du moi professionnel (qui s’étaye sur les avatars de leur histoire subjective toujours conflictuelle) et les pressions de l’infrastructure imaginaire de l’institution Protection de l’enfance. Les contenus inconscients (angoisses archaïques, imagos de la Mère meurtrière, fantasmes de séduction et de toute-puissance, haine et sentiment de culpabilité) de cette infrastructure imaginaire de l’institution entre en résonance avec les imaginaires individuels des évaluateurs.

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La violence est ainsi au cœur de l’organisation pmi?: violence des affects mais aussi violence des formations réactionnelles pour «?réprimer?» ces affects. Le mouvement qui pousse à se préoccuper du plus vulnérable, à se soucier d’autrui, peut être aussi stratégie défensive pour mettre à distance ces affects destructeurs puissants. On est face à un processus mobilisant une dynamique paradoxale de reconnaissance/méconnaissance de ces pulsions destructrices. La reconnaissance se révèle dans cette extrême sensibilité à l’enfance, cette recherche du «?risque zéro?» et dans cette mise en place opiniâtre de dispositifs de protection. Mais dans un même mouvement, il y a dénégation de cette violence dans ces représentations idéalisées de la famille (innocence première de l’enfant, oblativité et bienveillance comme attributs du maternel, la famille comme lieu de sécurité et d’épanouissement de tous)?; tous les fonctionnements familiaux qui s’éloignent de ce modèle font l’objet d’une stigmatisation qui les assimile au monde de la déviance et/ou de la pathologie. On prend conscience que les procédures d’évaluation des assistantes maternelles se déroulent dans un climat marqué par le soupçon. Participant d’un projet, non explicitement revendiqué, de moralisation des familles, ces dispositifs favorisent l’inculcation dans les familles des assistantes maternelles d’un certain nombre de normes, de valeurs sur l’art et la manière d’accueillir et d’élever les enfants. Mais ces modèles peuvent se diffuser, dans un temps second, dans les familles bénéficiant de ces modes de garde?; ainsi la pmi s’octroie un regard indirect sur ces dernières par l’intermédiaire des assistantes maternelles. La visée normative n’est pas étrangère à ces pratiques d’évaluation?; dans cette ambition pédagogique, on espère prévenir la chute de ces familles dans la déviance. S’exprime, sur des modalités socialement acceptables et valorisées, une violence maîtrisée, «?métabolisée?».

Espérer une pratique d’évaluation des assistantes maternelles, dénuée de toute subjectivité grâce à des outils normalisés et objectifs relève, sans doute, du leurre. Mais ce leurre est utile et – peut-être?? – indispensable. L’évaluation est une tâche nécessaire, obligatoire et pourtant du registre de l’impossible, qu’il faut pourtant assurer. Face à une demande sociale impérieuse de garanties, il faut rendre des comptes. Les différents partenaires sont ainsi rassurés?: les parents à la recherche de modes de garde, les élus, la nébuleuse des services et des multiples professionnels, partenaires de la pmi. Enfin, en dépit de la dimension de violence symbolique que peut revêtir cette situation d’évaluation, les assistantes maternelles se sentent reconnues et valorisées comme professionnelles.


Bibliographie

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  • Enriquez, E. 1983. De la horde à l’État. Psychanalyse du lien social, Paris, Gallimard, nrf.
  • Favrot-Laurens, G. 1998. «?Modèles culturels et délégations des tâches domestiques?», dans M. Bonnet et Y. Bernard (sous la direction de), Services de proximité et vie quotidienne, Paris, puf, p. 132-146.
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  • Pioli, D. 2003. Le petit enfant dans les politiques publiques?: enjeu de la régulation sociale, thèse pour l’obtention du grade de docteur en sociologie de l’université Paris V, anrt.
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  • Sellenet, C. 2006. Les assistantes maternelles. De la garde à l’accueil éducatif, Paris, L’Harmattan.

Notes

[1]

Elian Djaoui, psychosociologue, responsable de formation à l’Institut de formation sociale des Yvelines, cirfip. djaoui. elian@ wanadoo. fr

[2]

Notre matériau est issu soit de discours de professionnels à partir de groupes d’analyse de pratiques et d’accompagnements d’équipes dans les organisations de ce secteur, soit d’écrits divers concernant l’évaluation (rapports, comptes-rendus, projets).

[3]

Les psychologues sont parfois sollicités, mais dans un temps second, s’il y a suspicion d’existence de «?problèmes psychologiques?» chez la candidate.

[4]

Pour reprendre l’expression de P. Fustier (2000) à propos de l’enfance inadaptée.

[5]

Cette profession, à l’image de tout le travail social, est à prédominance féminine. On retrouve pourtant quelques hommes. Dans la suite du texte on utilisera l’expression «?assistante maternelle?» pour respecter la réalité démographique.

[6]

Voir par exemple Catherine Sellenet (2003 ; 2006)?; Elian Djaoui et Olivia Le Naveaux-Mundweiler (2005).

[7]

Les médias, dans les cas d’enfants maltraités qui défrayent régulièrement la chronique, savent se faire le porte-parole du citoyen «?moyen?», en interpellant, souvent d’une manière vigoureuse, les services de pmi avec cette question?: «?Que font les travailleurs sociaux???»

[8]

Même si, comme le souligne C. Sellenet (2003), ce flou peut offrir des avantages en autorisant des marges de manœuvre parfois intéressantes.

[9]

En toute rigueur, cette idée peut être contestable, les conceptions de danger, de sécurité, d’hygiène et de santé sont aussi sujettes à de nombreuses variations.

[10]

Selon C. Sellenet (2003, art. cité), c’est sur ce critère qu’est motivée la majorité des refus d’agrément (60 %).

[11]

Le terme de protection se retrouve dans toutes les mesures concernant les enfants et cela dès les débuts de la IIIe République, hantée par la question démographique et notamment dans la loi Roussel de 1874 concernant les enfants placés en nourrice. Il s’agissait de lutter contre la mortalité infantile. Cet objectif se retrouve dans les ordonnances de 1945 de la Protection maternelle et infantile. Depuis les missions ont évolué, d’objectifs purement sanitaires des origines, on est passé à des objectifs insistant sur l’épanouissement de l’enfant, le soutien des familles et la lutte contre les exclusions sociales. La pmi revendique le rôle d’«?avocat des enfants?».

[12]

C. Sellenet, dans son ouvrage déjà cité (2006), relève que tous les départements se plaignent d’un manque, à des degrés variables, de modes d’accueil des enfants.

[13]

Des processus similaires sont actifs aussi dans la relation enseignante bien étudiée par Florence Giust-Desprairies (1997).

[14]

Cette prégnance de la psychanalyse se retrouve à deux niveaux?: le premier est marqué par la présence de nombreux psychanalystes employés dans ces services, le deuxième dans le discours de ces divers professionnels de la petite enfance majoritairement formés à cette approche.

[15]

Cette pratique de l’évaluation illustre les questionnements traités dans le colloque du cirfip «?L’angoisse du risque et les paradoxes de la responsabilité?», J. Barus-Michel, F. Giust-Desprairies, 2006.

[16]

Dans les cas contraires, cela relèverait de la pathologie.

[17]

Nous retrouvons Médée et Kronos, figures terrifiantes de la mythologie grecque.

[18]

Des analyses des racines de cette haine intergénérationnelle ont été proposées. Voir en particulier, Eugène Enriquez (1983) et Jean Bergeret (1984).

[19]

Et donc communément moins valorisées que celles des hommes.

Résumé

Français

Ce texte a pour objet d’étude les dispositifs d’évaluation des assistantes maternelles (dans le cadre de procédures d’agrément, de suivis, de renouvellements, etc.), assurés par les professionnels de la petite enfance (médecins, puéricultrices, assistantes sociales) des services de Protection maternelle et infantile (pmi). En exploitant les discours de ces praticiens dans le cadre de groupes d’analyse de pratiques ainsi qu’un certain nombre de dossiers d’agrément, l’auteur se propose de comprendre le malaise que semble soulever cette pratique d’évaluation. Au-delà des arguments développés par ces professionnels (flou des critères, insécurité due à l’impact de la subjectivité, paradoxes organisationnels, hétérogénéité des pratiques selon les services, etc.), d’autres facteurs expliquent la dimension de charge psychique que revêt cette procédure. S’inspirant des travaux de P. Fustier sur l’infrastructure imaginaire des institutions, l’auteur fait l’hypothèse que les contenus inconscients de l’infrastructure imaginaire de l’institution Protection de l’enfance (imagos archaïques de la Mère, fantasmes de séduction, de symbiose et de toute-puissance, pulsion d’emprise, ambivalence essentielle de l’adulte envers l’enfant) surdéterminent et infléchissent les diverses activités de la pmi, dont les pratiques d’évaluation. Enfin il est souligné l’impact de deux états affectifs : la haine, refoulée, envers l’enfant et le sentiment de culpabilité.

Mots-clés

  • assistance maternelle
  • imaginaire
  • agrément
  • maternel
  • travail social
  • politiques sociales
  • charge psychique
  • protection de l’enfance
  • haine de l’enfance

English

Evaluation in the agreement procedure of the kindergardens’ social workers : psychic burden and motherhood imaginary This text aims at studying the nursery assistant appraisal systems (in the frame of the procedure of agreement, or follow-up, or renewal, etc.) made by infancy workers (doctors, pediatric nurses, social workers) belongings to the Nursery and Child System. By treating these practitioners’ speeches in practice analysis groups, as well as a certain number of records of approval, the author proposes to understand uneasiness that this appraisal practice seems to generate. Beyond the arguments developed by these professionals (fuzziness of criteria, insecurity due to the impact of the subjectivity, organizational paradoxes, heterogeneity of practices depending on the services, etc.), others factors explain the mental load dimension that this procedure implies. Drawing his inspiration from Fustier’s works about the imaginary infrastructure of institutions, the author proposes as an hypothesis that the unconscious content of the imaginary infrastructure of the Institution « Childhood protection » (archaic imago of the Mother, seduction, omnipotence, symbiosis and psychic prison drive, essential ambivalence of the adult towards the child) determine and soften the « Nursery and Child System » different activities, among which the appraisal practices. Finally, the impact of two emotional states is emphasized : repressed hatred towards the child and guilt feelings.

Keywords

  • nursery assistant
  • imaginery
  • agreement
  • motherly
  • social work
  • social politics
  • psychic burden
  • childhood protection
  • hate toward childhood

Plan de l'article

  1. La procédure d’évaluation de l’assistante maternelle
  2. Complexité de la pratique d’évaluation
  3. La pression du politique
  4. La subjectivité comme réalité menaçante
  5. L’imaginaire de l’institution protection de l’enfance
  6. Conclusion

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