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Nouvelle revue de psychosociologie

2011/1 (n° 11)

  • Pages : 240
  • ISBN : 9782749213996
  • DOI : 10.3917/nrp.011.0117
  • Éditeur : ERES

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La question qui va être ici problématisée et développée trouve son origine dans une expérience professionnelle ancienne, princeps à cet égard : alors psychologue dans une unité de psychiatrie, je menais, avec le psychiatre référent, l’animation d’un groupe qui avait pour charge l’élaboration du projet institutionnel du service. Ce groupe, composé de personnes appartenant à différentes catégories professionnelles participant à la mission de cette unité, était, par nécessité organisationnelle, un groupe semi-ouvert [2][2] Ce terme sera repris plus loin. : d’une fois sur l’autre (en fonction des rotations, des congés, des formations, des arrêts…) le groupe était à géométrie variable (formule qui me vint dans l’après-coup). Lorsque la séance qui nous intéresse ici commença (le travail était engagé depuis plus de deux mois), le psychiatre et moi rappelâmes les points travaillés et ceux à travailler. Plusieurs professionnels remirent en question les résultats du travail de la séance précédente. Comme je m’en étonnais (y voyant un effet de résistance au travail antérieur et à la réalisation de la tâche primaire du groupe : réécrire le projet dans une logique d’évolution et de prise en compte de l’expérience, le premier projet ayant été écrit avant l’ouverture de cette unité) et rappelais que la fois précédente il y avait eu accord autour de ces propositions, un soignant me fit remarquer qu’aucun des présents à la séance du jour ne l’était à la précédente. Ce faisant, il révélait quelque chose qui m’avait échappé ainsi qu’au psychiatre, au risque d’une abstraction de l’équipe et d’une anonymisation des participants. Avant de revenir sur le contenu de la séance de travail, il fallut travailler le cadre de ce groupe : il fut décidé de faire à chaque fois la liste des présents et de rédiger un compte rendu que chacun pourrait consulter entre deux séances. Si l’élaboration du projet put reprendre de manière intéressante, je n’en restai pas moins avec des questions qui ne prirent véritablement consistance que dans leur mise en écho avec d’autres situations.

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Dans cette situation, comme dans celles qui seront retenues ici, l’équipe, le groupe (de travail sur un projet, d’analyse de la pratique) peuvent devenir une entité en soi, au risque d’occulter d’une part leur inscription, leur soubassement institutionnel et, d’autre part, les sujets qui les composent (de manière variable dans le temps). Cette occultation relève d’une résistance à penser cette clinique dans ses tensions, dans sa polyphonie (Kaës, 2007). De surcroît, la négation de la dimension individuelle par l’analyste de la pratique entre au service de la résistance à penser la pratique non seulement sur le plan de l’équipe et du strictement professionnel, mais aussi sur le plan de ce qu’elle engage, et dans ce qui s’y engage, de singulier.

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La question, démultipliée, qui va être ici mise au travail, prend, à partir et au-delà de cette situation princeps, cliniquement appui sur deux types de matériaux, du moins dans son émergence problématique, car pour le développement de mon propos, je ne retiendrai que le premier qui permet une plus grande précision. Il s’agit d’une part de mon expérience, en tant que psychologue clinicien, d’analyse de la pratique professionnelle dans différentes institutions et d’autre part des questions régulièrement soulevées par les étudiants de master 2 de psychologie quant au travail d’analyse institutionnelle qu’ils sont appelés à rédiger pour la validation de leur diplôme professionnel (et ce d’autant plus que les jeunes diplômés sont de plus en plus sollicités pour animer des groupes d’analyse de la pratique dès leur sortie de l’université, ce qui est loin d’être simple pour eux).

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Certaines expériences d’analyse de la pratique semblent faire abstraction (ne pas prendre en compte, ne pas mettre en travail) de la dimension groupale de cette pratique, ainsi, a fortiori, que de la dimension institutionnelle. La majorité au contraire (cf. les publications de la Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe ou de Connexions) prend en compte cette dimension groupale et institutionnelle, la dimension d’équipe venant s’inscrire (Fustier, 1999 ; Pinel, 1996 ; Mellier, 2002) à l’articulation des deux. En effet, si une équipe peut, dans le vocabulaire de la psychologie sociale, être pensée comme un groupe secondaire, un groupe institué par un cadre institutionnel, rares sont les travaux référés à la psychanalyse des groupes et des institutions qui en prennent toute la mesure, tant sur le plan des enjeux théoriques que sur celui des enjeux de la pratique.

Or René Kaës a explicitement écrit que si sa théorisation a été essentiellement élaborée à partir de groupes de formation (en particulier dans le cadre du ceffrap) qui sont des groupes fermés, constitués pour une durée limitée, et que si pour lui un tel groupe contient potentiellement ce qui peut se développer dans tout groupe, il n’en reste pas moins à la mettre à l’épreuve des différents types de groupes pratiqués par les psychistes (groupes de professionnels, de patients, variation dans les dispositifs…). Il me semble que le fait que le groupe soit inscrit dans un cadre institutionnel et qu’il soit semi-ouvert provoque des processus particuliers.

Dans un premier temps, il s’agira de préciser le cadre de ces groupes semi-ouverts d’analyse de la pratique. Dans un deuxième temps, je présenterai deux situations à même d’étayer ce questionnement. Enfin, dans un troisième temps, les processus et défenses à l’œuvre au sein de ces groupes feront l’objet d’un essai de modélisation et de théorisation, en particulier dans la perspective de la constitution, ou pas, d’une mémoire du groupe institutionnel et des modalités de celle-ci. Cette question sera étroitement articulée à celle de l’identité, de sa constitution et de sa transformation dans les équipes.

Les groupes institutionnels d’analyse de la pratique

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Lorsqu’une institution fait la demande d’une analyse de la pratique (ce qui pourrait en soi être un thème de contribution à ce dossier), elle a, via le porteur de la demande, un modèle implicite qu’il importe de suffisamment expliciter lors de la phase préliminaire. À ce niveau, un aspect participe à notre questionnement : le groupe comprendra-t-il tous les professionnels de l’institution et surtout seront-ils présents simultanément ou par « roulement » ? Un deuxième aspect s’ajoute à ce premier, celui des absences accidentelles et des mouvements dans les équipes. Ainsi, au sein d’un groupe d’analyse de la pratique dans une institution, la discontinuité peut être structurelle et/ou accidentelle.

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La première repose sur le fait qu’une équipe peut ou non être entièrement réunie pour un groupe d’analyse de la pratique. Je pense à un service d’urgences comprenant autour de quatre-vingts soignants avec des roulements différents selon les catégories professionnelles (médecin, cadre, infirmier, aide-soignant) qui sollicita un collègue et moi-même pour mettre en place un (des ?) groupe(s) : jamais il ne fut possible de trouver une plage horaire pour rencontrer quelques membres afin de préciser la demande !

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Cette discontinuité structurelle, qui se manifeste par le fait que tous les professionnels concernés ne peuvent pas être réunis au même moment pour l’analyse de la pratique, peut reposer sur plusieurs raisons : la présence des usagers de l’institution fait que des professionnels doivent rester dans le service ; la taille et les roulements de l’équipe font que tout le monde ne peut être présent en même temps. En milieu hospitalier, on voit bien comment le choix des systèmes de roulement facilite ou non la rencontre de tous les professionnels ou au contraire la création de sous-groupes, certains professionnels travaillant souvent ensemble et ne rencontrant alors jamais d’autres de leurs collègues. Le personnel de nuit (fixe ou par rotation) ajoute le cas échéant un élément de complexité à cette question. Mais il y a là aussi des choix de politique de service : les professionnels peuvent-ils revenir en dehors de leurs horaires de travail pour participer au groupe (qui sera alors compté comme temps de travail [3][3] Le passage aux 35 heures a en partie remis cela en...) ? Enfin, dans les services à effectif important (étant posé qu’un groupe d’analyse de la pratique ne doit pas être « trop nombreux » afin de faciliter la prise de parole et l’élaboration) se pose la question de faire des sous-groupes (et selon quelle logique), avec ce que cela peut induire de risque de clivage [4][4] Ou de risque d’inscrire des clivages préexistants dans... ou de fragmentation (Springmann, 1976) au sein de l’équipe. De plus, ceux-ci seront-ils fixes dans leur composition (ce qui permet une certaine sécurité, la constitution d’une confiance de groupe, dans le meilleur des cas, d’une mémoire et d’une histoire du groupe) ou au contraire reposeront-ils sur des plages horaires différentes, les participants étant alors les présents du moment, en fonction de leur roulement (ce qui est moins sécurisant mais ne favorise pas la constitution de sous-groupes et donc le clivage ou la fragmentation au sein de l’équipe) ? Je reviendrai sur cela dans la mesure où se jouent (de manière plus ou moins contrainte), dans la définition du dispositif, bien des enjeux qui auront une potentialité inductrice tant par rapport au travail d’analyse de la pratique lui-même que par rapport aux effets collectifs et institutionnels de celui-ci.

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La discontinuité structurelle tient aussi au fait que, dans une équipe, des personnes vont éventuellement partir à la retraite et être remplacées : les nouveaux pourront-ils être intégrés au groupe d’analyse de la pratique en cours d’année ou devront-ils attendre qu’un cycle se close et qu’un autre s’ouvre ? Cela est lourd d’enjeux et quant à la stabilité du groupe, au processus de séparation et de deuil, et quant à l’intégration des nouveaux professionnels. Lors d’une intervention (dans une « Antenne toxicomanie », je m’y arrêterai plus loin), cette question est apparue de manière apparemment marginale à partir de la question de la présence ou non des stagiaires au groupe d’analyse de la pratique : la position qui fut construite en équipe consista à n’accepter que les « stages longs » (qualification sans autre précision qui posa elle-même, sinon problème, du moins question).

La discontinuité accidentelle renvoie à tout ce qui n’est pas inscrit dans l’organisation de l’équipe, à ce qui n’est pas anticipable par celle-ci ou par ses responsables institutionnels. Elle peut être temporaire (les absences pour maladie, maternité… et quand bien même l’une comme l’autre peuvent soit être pensées comme symptômes institutionnels soit, pour le moins, faire sens) ou définitive (mutation, démission, promotion…).

Ainsi, pour reprendre notre vocabulaire du début, une équipe est doublement ouverte, dans les limites de sa dimension institutionnelle (ce qui justifie le choix du terme de groupe semi-ouvert, Didier Anzieu et Jacques-Yves Martin, 1982) : dans l’ici et maintenant de chaque séance si les participants ne sont pas fixes, et dans la durée du fait des mouvements de personnel.

Deux groupes d’analyse de la pratique aux prises avec la discontinuité

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Les deux situations qui vont être présentées ont été retenues car elles ne mettent pas en jeu les mêmes aspects de la discontinuité et de la question de la configuration institutionnelle, organisationnelle et fantasmatique des équipes. De plus, du fait de la dimension « accentuée » des enjeux du groupe-équipe semi-ouvert, elles permettent de mettre en évidence ce qui, dans d’autres situations, est plus diffus, moins explicite.

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La première concerne l’équipe d’une « Antenne toxicomanie » intervenant en milieu carcéral. Ce type de structure a pour but le repérage, pour la proposition d’une aide (éducative, psychologique, sociale), des toxicomanes, ici incarcérés. Je passerai ici sur la difficulté à élucider le cadre institutionnel résultant de montages tout à la fois administratifs et économiques complexes. Cette équipe était composée d’un médecin généraliste, de psychologues et d’éducateurs ; elle était organisée de manière horizontale, c’est-à-dire qu’il n’y avait pas de responsable hiérarchique ni même de coordinateur, tout reposait sur la bonne volonté de chacun : c’était, avec l’opposition aux traitements de substitution, le socle idéologique fondateur. Au moment où je fus sollicité, cette équipe venait de terminer une analyse de la pratique avec un psychanalyste qui avait été enrichissante cliniquement et lui avait fait prendre conscience d’un point aveugle de cette analyse (en partie impliqué par le choix de cet analyste-là) : tous les professionnels, quelle que soit leur qualification, intervenaient de la même manière, faisant des entretiens (obligatoires) avec les entrants en prison mais aussi menant des entretiens à dimension psychothérapique, ce qui petit à petit mettait à mal ceux qui n’y étaient pas préparés ou/et ne s’estimaient pas légitimes à cette place. Le début du travail d’analyse de la pratique avec moi, dans une articulation clinico-institutionnelle, eut donc comme fonction de parvenir à repenser les pratiques professionnelles de chacun au regard de ses qualifications et statuts. Cela conduisit à revenir sur les références et les pratiques des uns et des autres et à penser la question des indications et des prises en charge à plusieurs d’un même détenu toxicomane, ce qui était jusqu’alors impensable puisque chacun était fantasmatiquement interchangeable avec tous les autres. Même si ce ne fut pas le seul déterminant, il en résulta, étalés dans le temps, plusieurs départs de cette petite équipe de six à sept membres selon les moments. Le médecin se décida à passer le concours pour devenir psychiatre : ayant réussi, il dut quitter l’Antenne qui ne comptait statutairement pas de poste de psychiatre. Une psychologue muta, ayant réussi un concours. Un éducateur partit dans un autre service, estimant qu’il était nécessaire de changer de poste après de longues années (en fait depuis la création) dans le même. Ainsi, alors que cette antenne n’avait connu que deux changements avant que ne commence le groupe avec moi (en une dizaine d’années), les changements s’intensifièrent-ils : certains nouveaux venus repartirent au cours des six années que dura finalement l’analyse de la pratique. Pensant qu’il est nécessaire de changer suffisamment régulièrement d’analyste de la pratique, j’avais posé l’idée d’une évaluation et d’une éventuelle reconduction annuelle avec une limite autour de trois ou quatre ans. En fait, au bout de la quatrième année, et alors que je pensais arrêter, survint le départ d’un des deux éducateurs fondateurs ; ne restait alors de l’équipe d’origine qu’une éducatrice. Elle fut la première, soutenue par l’équipe reconstituée au fur et à mesure (et avec parfois des délais d’attente pour les remplacements assez longs et persécutants), à me demander de continuer encore un an (qui fut renouvelé une fois pour d’autres raisons institutionnelles) afin de maintenir une certaine continuité au sein de cette équipe en pleine recomposition. Ainsi que cela ressortit dans l’équipe lors d’une séance du début de l’année suivante, j’étais, avec cette éducatrice, le plus ancien. Cette affirmation, et la prise de conscience aiguë qui en résulta, me conduisit à mieux élaborer mon positionnement, d’autant que l’équipe était alors traversée par le mouvement suivant : l’éducatrice ancienne se posait en « gardienne de l’orthodoxie de l’Antenne », passant beaucoup de temps à dire la mémoire de celle-ci. Sous couvert de transmission, elle utilisait la mémoire à des fins défensives (Correale, 1996), idéologiques et de pouvoir : c’est bien par là que la conservation participe à la résistance au changement, ici à tout changement, indépendamment du contenu et de la qualité de celui-ci. Les nouveaux venus (parfois des professionnels chevronnés) étaient pris entre désir de proposer des pratiques nouvelles et désir de ne pas agresser leur collègue, de s’intégrer à l’ensemble institutionnel à l’identité forte de l’Antenne (n’est-ce pas en partie ce qui avait motivé le départ de plus d’un ?). Mise en difficulté, l’éducatrice me sollicita (dans un mouvement de couplage) en tant que « second plus ancien » : je témoignai alors de ce qui avait pu être dit dans le groupe au fil du temps (de manière anonyme) mais dis aussi que les pratiques antérieures étaient le résultat d’une histoire, qu’elles avaient déjà évolué et que cela continuerait sûrement, ne serait-ce que parce que les institutions (de prise en charge des toxicomanes, la prison) évoluaient et parce que sans doute les patients changeaient aussi plus ou moins. Je vécus ce temps comme un temps entre suture et rupture, au risque de passer de garant d’un cadre de travail visant à permettre, le cas échéant, des transformations, à garant d’un cadre institutionnel fétichisé défensivement afin de résister d’une part aux changements dans la politique de soin aux toxicomanes (la substitution prenant de plus en plus de place), d’autre part aux changements des personnes de l’équipe et de leur conception, en cours de construction, du soin aux toxicomanes détenus. Il me parut donc important de maintenir un écart suffisant entre le cadre institutionnel de l’antenne – en transformation, avec ce que cela libère d’angoisse (Jaques, 1955 ; Bleger, 1971) – et le cadre de l’analyse de la pratique : le travail qui s’y effectuait devait pouvoir maintenir une dimension réflexive sur le cadre institutionnel.

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Ce point nécessite de nous arrêter plus longuement sur cette situation. En effet, le changement de personnes, quand bien même elles partageaient certains présupposés de l’Antenne tels que l’appui sur la référence psychanalytique, entraîna un retour de et à la fondation : le socle fondateur, avec sa dimension nécessairement idéologique, fut réactivé de manière fétichisée (rappelons que, quant à l’idéologie, René Kaës différencie l’idée, l’idéal et l’idole, cette dernière seule s’inscrivant dans une logique de clôture fétichique). Cette réactivation par l’éducatrice la plus ancienne la conduisit à, et lui permit un temps de, instaurer un clivage entre les autres et elle et à dénier que l’équipe antérieure avait aussi évolué dans ses pratiques et dans ses théorisations au cours de son histoire. Afin de sortir de ce risque d’enlisement idéologique (en particulier autour de la substitution que personne ne défendait vraiment mais qui résultait de la politique d’une autre unité, un smpr) le retour aux pratiques fut très important : en effet, l’évocation de celles-ci montrait une réelle capacité à construire des prises en charge, des dispositifs de travail ensemble, anciens et nouveaux.

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Dans cette situation, la question de la configuration du groupe au regard de la dynamique identité-continuité/discontinuité est particulièrement marquée par les départs et les arrivées, mais aussi, à certains moments, par les absences, prévues ou imprévues, de différents professionnels, ce qui était souvent vécu par les présents comme une attaque, un refus de faire équipe. Alors, le non-rassemblement des professionnels dans l’espace-temps du groupe d’analyse de la pratique faisait écho à la singularisation des pratiques et, à ce moment-là, au refus de mettre les pratiques propres sous le regard des autres, vécu sur un mode plutôt persécutoire.

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En appui sur cette situation et sur celle qui va suivre, ainsi que sur la proposition célèbre de José Bleger selon laquelle les institutions souffrent sur le mode de la pathologie de ceux qu’elles accueillent, pour lesquelles elles sont créées (Pinel, 1996), il nous faudra dans la dernière partie mettre en lien notre problématique avec celle des populations pour lesquelles l’Antenne et le lieu d’accueil parents-enfants furent institués.

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Le lieu d’accueil parents-enfants dont il va être maintenant question s’inscrit dans la lignée des Maisons vertes créées par Françoise Dolto. Ce lieu me sollicita pour une analyse de la pratique, obligatoire dans ses statuts, dans son agrément, et par ailleurs bien investie (la personne dont je pris la suite arrêtait à cause d’un congé maternité et elle ne souhaitait pas reprendre, me dit l’équipe, du fait de la proximité entre son futur statut de jeune mère et des questions rencontrées sur ce terrain), si ce n’est que, dans un premier temps, le matériel n’était pas très abondant car les accueillis étaient peu nombreux. Ce lieu est porté par le service « petite enfance » d’une communauté d’agglomération et fédère maison des jeunes, crèche, Protection maternelle et infantile, service social de secteur. Chaque institution libère du temps pour quelques volontaires ; après un an de fonctionnement du groupe d’analyse de la pratique avec moi, trois personnes sont parties (retraite, mutation, choix personnel) et quatre sont arrivées, dont, nouveauté, une bénévole.

L’équipe des accueillants (en fait il n’y a que des accueillantes) est formée de différentes catégories professionnelles qui sont en principe mises en latence, le statut de chacune étant alors exclusivement d’être « accueillante », quand bien même (mais ce n’est pas notre question ici), existent des zones de recouvrement, pour certaines familles, entre lieu d’accueil et pratique professionnelle externe. Le principe de fonctionnement est que deux accueillantes sont présentes à chacune des deux demi-journées d’ouverture hebdomadaire (un matin, une après-midi), les paires n’étant pas stables et dépendant de la disponibilité et des plannings de chacune. Le rythme de chacune fait (ce n’est pas un choix) que jamais une accueillante n’assure deux demi-journées de suite. Les familles et les enfants ne savent pas à l’avance qui sera présent lorsqu’ils viennent, ce qui n’est pas sans susciter des questions des accueillis dans la mesure où les plannings existent. Le choix de ne pas communiquer cette information visait à favoriser un lien au (et un transfert sur le) lieu, le cadre institutionnel, plutôt que sur la personne des accueillantes.

La question de la continuité (de ce qui fait continuité) malgré (ou plutôt avec) la rotation des accueillantes, et la présence le plus souvent irrégulière des parents et des enfants, est posée au début d’une séance, alors que les accueillantes arrivent petit à petit, faisant vivre à celles qui sont déjà là et à moi d’une part ce que vivent parents et enfants (qui sera là aujourd’hui comme parent, comme enfant, comme accueillante ?), d’autre part ce que vivent les accueillantes (y aura-t-il quelqu’un, quels parents, quels enfants ?). Petit à petit s’élabore, avec humour mais aussi une certaine inquiétude liée à une crainte de dépossession, l’idée qu’en fait certains couples parent-enfant sont plus présents que les accueillantes. Cette idée est récupérée en se disant que c’est bien ainsi, que cela permet aux accueillis de s’approprier le lieu. Pour autant un tel raisonnement évite la question de savoir qui est alors garant du cadre, entre autres de cette partie du cadre qui est porteuse de l’histoire et/ou qui favorise, nous y reviendrons dans la dernière partie, le processus d’historisation (Aulagnier, 1975) pour chacun mais aussi pour l’institution, dans la logique des processus mytho-poétiques décrits par René Kaës (1980, 2007). Cette question de la continuité-discontinuité se pose aussi dans une autre perspective, dès lors qu’il y a un âge limite d’accueil (ce qui implique une séparation, une perte de vue) et que les accueillantes ont parfois des nouvelles d’un enfant lorsque sa mère revient avec un puîné.

L’observation de la séquence qui précède pose, pour ce qui nous intéresse ici, deux questions :

  • celle de la constance du cadre institutionnel dès lors qu’il est porté par différentes accueillantes, dans une relative solution de discontinuité, en partie limitée par le fait que les paires ne sont pas fixes. Ainsi, différents points émergent petit à petit, qui témoignent de variations dans la conception et dans le maintien du cadre par les accueillantes ;

  • celle de la mémoire du groupe qui passe d’une part par les échanges que les accueillantes ont entre elles dans le cadre de l’analyse de la pratique mais aussi hors de ce cadre, d’autre part par un petit écrit en fin de demi-journée d’accueil pour noter les accueillis, les faits marquants, enfin par les paroles, les récits des parents (très majoritairement des mères) présents, mais aussi parfois des enfants, ne serait-ce que lorsqu’ils cherchent un enfant présent une fois précédente…

L’équipe comme groupe semi-ouvert, la constitution et le maintien de l’identité et la mémoire

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Dans Le bateau de Thésée, le philosophe Stéphane Ferret reprend le questionnement suivant des sophistes d’Athènes, questionnement, dit-il, à rendre fou : Thésée avait un bateau. Lorsqu’il eut remplacé la dernière pièce d’origine, était-ce encore le même bateau ? En première intention, je répondrais que, du point de vue élémentaire, ce n’était plus le même bateau mais que, du point de vue de l’ensemble, de l’organisation, de la structure, c’était le même. Le bateau (théorique) de Thésée était une chose (encore que le bois travaille, s’ajuste !), tandis qu’un groupe institutionnel, composé de sujets vivants, est lui-même vivant : il est mû par une force à double valence de refus, de rejet (dans le clivage, la fragmentation, bref, dans la logique déliante de la pulsion de mort) et d’intégration (dans la réduction des différences, le contrat narcissique secondaire, les identifications, les pactes et les liens, bref, dans la logique synthétique de la pulsion de vie). Tout cela est doublement limité : d’une part par la structure institutionnelle, d’autre part par le cadre du groupe d’analyse de la pratique, ainsi que par leur tâche primaire (dont la conception et la mise en œuvre sont l’objet même d’un groupe d’analyse de la pratique) et leur organisation (concrète et fantasmatique). Ces mouvements, qui par la suite entraveront ou faciliteront (et donneront leur style à) l’associativité et l’élaboration nécessaires à l’analyse de la pratique, dépendent donc, et du groupe tel qu’il est structuré et tel qu’il traite le départ de l’un ou l’arrivée d’un autre, et de ce qu’a laissé celui qui est absent, et de comment se situe celui qui arrive (pourquoi, porteur de quoi ?…).

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Lorsqu’il fonctionne suffisamment bien pour favoriser le travail d’élaboration en contenant les effets du groupe semi-ouvert, le groupe d’analyse de la pratique participe à la cohérence (Barus-Michel, 1987), à la construction d’une certaine continuité (qui participe au sentiment d’identité) de l’équipe : continuité du groupe-équipe avec ses variations de présence des sujets sans pour autant se déshumaniser en se rabattant sur une dimension purement fonctionnelle ou organisationnelle – dans la logique de la bureaucratisation (Bleger, 1971) –, continuité, ou pour le moins cohérence suffisante, dans la manière de pratiquer et de penser cette pratique.

Le groupe d’analyse de la pratique constitue ainsi son identité à partir des dispositifs qui sont porteurs d’éléments de résistance en intégrant, ou pour le moins en mettant en latence en tant que non menaçants, les éléments de variation (d’ouverture, de non-constance du groupe, pour le dire autrement). Mais il la constitue – dans un travail qui est par définition inachevable, sauf à se réfugier dans la clôture de l’idéologie (Kaës, 1980) – aussi :

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  • en se créant des processus, une dynamique associative qui participe de et à la mémoire du groupe du côté de la mémoire inscrite dans les processus (Roussillon, 1995) ;

  • en s’historicisant (Aulagnier, 1975), c’est-à-dire en mettant en narration sa propre histoire, sa propre pensée, dans une logique qui recourt à des processus de narration au service de la mythopoïese groupale (Kaës, 1980). Je pense par exemple à la capacité d’un tel groupe à faire référence, pour traiter d’une situation, à la manière dont il en a pensé une autre. Je pense aussi à ces patients ou prises en charge qui deviennent des références et des quasi-modèles dans l’institution, au point que les nouveaux professionnels en parlent parfois comme s’ils les avaient connus [5][5] Cela ne doit cependant pas occulter que certains de... ;

  • en partageant (dans une logique bionienne qui distingue et articule contenants et contenus) des contenus, que ceux-ci aient été coconstruits dans le groupe d’analyse de la pratique ou qu’ils aient été transmis par les anciens aux nouveaux. Cela se repère par exemple lorsque, dans un tel groupe, il est question d’une personne prise en charge depuis longtemps mais qu’une partie des nouveaux professionnels découvre. Parce que des informations (aussi bien sur le sujet que sur la manière dont on a travaillé avec lui et dont on a pensé la relation) sont transmises, le point de vue peut se décaler grâce aux nouvelles questions étayées sur le transmis, pour autant que l’héritage soit présenté comme appropriable (Kaës, 1993).

À côté de ce modèle quasi idéal de liaison, de la discontinuité ressurgit nécessairement, soit au service de l’élaboration, à partir d’achoppement, soit en résistance à celle-ci. Ainsi de l’oubli d’une séance à l’autre, qui interroge la dimension contenante. À un moment du travail avec l’équipe de l’Antenne toxicomanie, les participants (il y avait toujours, malgré quelques absences, un noyau commun d’une fois à l’autre) ne parvenaient pas à se souvenir de ce dont il avait été question la fois précédente (moi-même gardant les traces écrites de ma propre élaboration après-coup que je relisais pour moi peu avant la nouvelle séance). J’ai d’abord cherché du côté de mouvements de refoulement quant aux contenus spécifiques de la fois précédente mais la répétition de l’oubli me conduisit à penser au clivage d’une séance à l’autre, à une difficulté d’établir des liens du fait d’un contenant équipe alors en pleine mutation (départs et arrivées de professionnels). Le souhait de recourir à une trace écrite doit alors être travaillé avec prudence : en effet, si elle peut être judicieuse pour un groupe qui élabore un projet de service (qui sera un document écrit), elle peut au contraire figer les contenus et ne pas permettre les remaniements ultérieurs dans un groupe d’élaboration de la pratique [6][6] Dans une équipe de gérontopsychiatrie qui butait sur....

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Cette question de l’écrit est généralement articulée tout à la fois à celle de la trace durable, d’une mémoire du groupe institué, et à celle de l’absence (ici de certains membres de l’équipe). Il s’agit de savoir comment témoigner et faire mémoire, question complexe ainsi que nous allons le voir. En premier lieu, et quel que soit le type de groupe institué, vient la question du rédacteur (l’intervenant, un membre du groupe, lequel, le groupe entier…), ce qui s’inscrit tout à la fois dans des dynamiques de fonction phorique, de légitimité, de pouvoir… En second lieu, qui concerne spécifiquement les groupes d’analyse de la pratique, vient celle du contenu de l’écrit lui-même : comment écrire un processus d’élaboration, au risque de le figer sur la position de fin de séance alors que le processus se poursuit au-delà de celle-ci ? Et ce d’autant plus que la visée d’un tel groupe n’est pas de prendre des décisions quant à la pratique. À l’opposé, l’absence de traces écrites fait porter le travail de mémoire et de transmission sur l’équipe, ce qui devient rapidement un révélateur et/ou un symptôme de la dynamique à l’œuvre dans cette équipe à cet égard et participe aussi des pratiques. Non pas des pratiques directes auprès des usagers mais des pratiques secondes au service et/ou marquées par celles-ci.

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En appui sur les deux groupes d’analyse de la pratique présentés plus haut, et en référence à l’hypothèse de José Bleger, nous terminerons cette partie sur la proposition que les atteintes à l’identité, à la cohérence du groupe d’analyse de la pratique, que les effets de continuité-discontinuité qui s’y observent et y opèrent, sont en lien avec ce que cette équipe (formant un groupe semi-ouvert) vit du fait des modes de présence et d’absence des personnes qu’elle a pour mission de prendre en charge. Ainsi des détenus rencontrés par les professionnels de l’Antenne toxicomanie en maison d’arrêt : certains étaient en attente de jugement (et pouvaient ensuite partir en centrale), d’autres purgeaient une peine et pouvaient sortir entre deux rendez-vous (ce qui était rare), d’autres encore pouvaient parfois ne pas être accompagnés, pour diverses raisons, par les surveillants, tandis que d’autres encore pouvaient refuser de venir à l’entretien prévu. Tout cela faisait vivre à l’équipe une grande précarité de sa pratique et le sentiment d’une intense dépendance (à l’égard du monde carcéral) ainsi que, par moments, un sentiment d’impuissance, de morcellement, de perte de sens de cette pratique. À l’accueil parents-enfant, de même, les accueillantes ne savaient jamais qui serait là (au début l’angoisse était plus fondamentale, y aurait-il quelqu’un, car elle concernait la viabilité même du projet), si les familles reviendraient ou pas : lors de certaines séances eut lieu un véritable jeu d’enquête autour de qui était revenu, jeu qui était renforcé par le fait que les accueillantes « tournant » et que l’accueil étant anonyme, le seul repère passait par les prénoms des enfants, les descriptions physiques des enfants et de leur mère.

Cette résonance entre mode de présence des accueillis, des patients, et enjeux groupaux d’équipe dans le cadre de l’analyse de la pratique est confirmée (a contrario) par le fait qu’ayant par ailleurs des expériences d’analyse de la pratique en maison de retraite (lieu de vie plutôt que de passage, à la différence des institutions retenues ou encore des services hospitaliers) la question du groupe semi-ouvert et de ses effets ne s’est jamais posée ainsi : ce qui prédominait était plutôt du côté de l’enfermement, de l’engluement dans l’équipe, ce qui relève de ce que Jacqueline Barus-Michel évoque à propos de la cohésion.

Pour conclure, il ressort que les spécificités de la configuration groupale des équipes institutionnelles en groupe d’analyse de la pratique sont importantes à prendre en considération. La configuration de groupe semi-ouvert, selon différentes modalités, peut être comprise à la fois comme effet de la résonance sur le groupe des professionnels des modalités de présence-absence des usagers de l’institution et comme effet de l’organisation de l’institution ainsi que des modes de traitement (ou de dépôt dans le cadre) des questions de la rencontre, de l’accueil, de la présence, de l’absence, de la séparation. Lorsque l’on est dans la logique d’un tel dépôt, il importe de le « processualiser » afin que l’équipe puisse élaborer son rapport à la population accueillie plutôt qu’en subir et en répéter les modes de présence-absence, au risque de ne parvenir à constituer un appareil psychique d’équipe. En effet, cela entre dans une dynamique circulaire de renforcement, négatif ou positif, avec la pratique elle-même. Élaborer le rapport à la population (à sa présence, à son absence, à la rencontre, à la séparation et à leurs modes) en « processualisant » des éléments du cadre du groupe semi-ouvert s’inscrit pleinement dans le projet d’analyse et d’élaboration de la pratique et permet d’inscrire celle-ci dans la logique de la tâche primaire (qui peut s’en trouver elle-même réinterrogée) en passant par une approche réflexive du fonctionnement du groupe et du rapport des professionnels aux accueillis et à leurs pratiques.


Bibliographie

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Notes

[*]

Jean-Marc Talpin, psychologue clinicien, maître de conférences à l’université Lumière-Lyon 2, membre du crppc, jean-marc.talpin@univ-lyon2.fr

[1]

Je remercie mon collègue et ami Georges Gaillard de m’avoir donné l’occasion de travailler une première fois cette question lors de l’intervention qu’il me demanda pour les étudiants du du Analyse de la pratique qu’il anime à l’université Lumière-Lyon 2.

[2]

Ce terme sera repris plus loin.

[3]

Le passage aux 35 heures a en partie remis cela en question, de même que le comptage du temps de formation. Au-delà des 35 heures, cela renvoie plus largement à l’incidence du métacadre social et légal sur le cadre institutionnel et sur le cadre des groupes d’analyse de la pratique : on voit bien d’ailleurs comment, dans les périodes de changements importants, ces groupes sont soit envahis par la persécution qui résulte des changements (Elliott Jaques) soit se réfugient dans la relation aux patients, aux usagers, en évitement de la problématique institutionnelle.

[4]

Ou de risque d’inscrire des clivages préexistants dans le cadre, ce qui les rendra fort difficiles à repérer et, a fortiori, à mettre en travail.

[5]

Cela ne doit cependant pas occulter que certains de ces patients ou prises en charge peuvent être fétichisés et dès lors non pas fournir un étayage à la pensée (permettant par exemple la comparaison, l’espoir…) mais au contraire occulter toute singularité de la nouvelle situation, dans un mouvement de répétition mortifère.

[6]

Dans une équipe de gérontopsychiatrie qui butait sur ce type de difficulté, j’ai proposé qu’au début de chaque séance nous fassions un rapide point sur la situation clinique traitée la fois précédente, ce qui eut de surcroît l’avantage de permettre à l’équipe de mieux prendre conscience des effets positifs de ses prises en charge sur les patients.

Résumé

Français

Les groupes d’analyse de la pratique en institution sont le plus souvent des groupes semi-ouverts. Dans un premier temps sont repérées les différentes logiques qui font que ces groupes sont semi-ouverts durant une séance ou durant l’année : logique structurelle de l’institution, logique accidentelle. Deux situations sont présentées (toxicomanes en prison, accueil de jeunes enfants) : elles permettent une analyse plus approfondie. Dans une troisième partie nous voyons que la structure du groupe semi-ouvert en analyse de la pratique correspond aux modes de présence de la population accueillie. Cette structure répète et permet d’élaborer les séparations et les rencontres. Nous en analysons les effets en ce qui concerne l’identité et la mémoire du groupe en termes de continuité et de discontinuité.

Mots-clés

  • analyse de la pratique
  • groupe semi-ouvert
  • identité
  • mémoire
  • séparation

English

The group as model: open group/closed group, continuity/discontinuity in the institutionThe practice analysis groups in institution are frequently half-open groups. In a first part, the author exposes the two main logics of half-open groups: structural and institutional logics, accidental logics. In a second part, two professional situations are analyzed: one in a prison, the other one in a welcome place for children and parents. In different logics, those two teams function as an half-open group. In a third part the author demonstrates the structure of the half-open group is structured like the mode of presence of the welcome population. This structure repeats and allows the working through of separations and encounters. The author analyzes its effects as regards to the influence on group identity and memory.

Keywords

  • half-open group
  • identity
  • memory
  • practice analysis
  • separation

Plan de l'article

  1. Les groupes institutionnels d’analyse de la pratique
  2. Deux groupes d’analyse de la pratique aux prises avec la discontinuité
  3. L’équipe comme groupe semi-ouvert, la constitution et le maintien de l’identité et la mémoire

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