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Nouvelle revue de psychosociologie

2011/1 (n° 11)

  • Pages : 240
  • ISBN : 9782749213996
  • DOI : 10.3917/nrp.011.0191
  • Éditeur : ERES

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Des espaces d’analyse de pratiques pour un dispositif inédit

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Dans ce texte, je retracerai l’histoire quelque peu originale d’un groupe d’analyse de pratiques professionnelles atypique, né dans une institution et dans un contexte particuliers. Du point de vue du courant de la clinique de l’activité, représenté par Clot (2001), qui s’intéresse aux conditions de développement des collectifs de professionnels, la contribution à l’histoire commune du métier permet aux professionnels de donner du sens à leur travail en devenant observateurs de leur propre activité. Comme l’indique Lhuilier (2006), cette conception du travail rejoint celle de la perspective de psychologie sociale clinique qui considère « le collectif de travail comme la communauté professionnelle d’appartenance » exerçant « la fonction de tiers entre le sujet et la réalité à transformer par l’activité » (p. 217). Si les objets des différents courants de cliniques peuvent varier, je m’intéresserai dans ce texte à des objets que Lhuilier (2006) considère comme une préoccupation commune des différentes cliniques du travail : « L’importance de la demande et de son analyse, la dimension collective des cadres d’élaboration, la centralité du travail sous la double face organisation sociale du travail et du rapport subjectif au travail, l’intervention comme processus de changement au plus près des situations concrètes de travail » (p. 217).

C’est un peu par hasard, dans le cadre d’une thèse doctorale consacrée à l’étude du jugement en vae (validation des acquis de l’expérience), que j’ai eu l’occasion d’observer un groupe de professionnels qui s’était donné ouvertement pour objectif de construire un lieu d’expérimentation collective de la construction du jugement en vae. L’originalité de ce groupe d’analyse de pratiques tient notamment au fait qu’il s’est constitué en écart avec certains principes fondamentaux des groupes d’analyse de pratiques conventionnels. Je veux parler du principe de l’extériorité appliqué non seulement à l’espace dans lequel ont lieu les analyses de pratiques, mais également à son animateur. Ainsi, dans le dispositif que j’ai observé, ce sont les concepteurs et responsables du dispositif eux-mêmes qui ont choisi de mettre en place des espaces et des lieux explicites permettant la régulation des pratiques des jurés intervenant dans leur dispositif. Ce sont encore les responsables du dispositif dans lequel les jurés interviennent qui s’improvisent comme animateurs lors des séances de retour sur les pratiques d’évaluation en vae.

Contexte

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J’ai eu l’opportunité d’observer un jury de vae, à un moment bien particulier, peu après l’apparition en 2004 d’une nouvelle loi, rendant pour la première fois la vae applicable dans le domaine de la formation professionnelle, en Suisse. La vae offre l’opportunité d’obtenir un titre sans passer par la formation, en soumettant son expérience, ou plus précisément, une production issue de son expérience à un jury. Le travail du jury, auquel les institutions éducatives accordent le dernier mot, consiste à élaborer une décision collective souveraine débouchant ou non sur une certification.

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La procédure de vae que j’ai observée est destinée à un public d’enseignants de la formation professionnelle désirant obtenir un diplôme de pédagogie. Les candidats qui peuvent justifier d’une expérience d’au moins cinq ans dans le système de formation professionnelle suisse ont la possibilité de démontrer leurs compétences en se soumettant aux épreuves suivantes : production d’un dossier de compétences, mise en situation professionnelle (leçon donnée devant une classe d’apprentis) et entretien explicatif [1][1] Cet entretien doit permettre aux jurés d’éclaircir.... Pour chaque modalité d’observation, des jurés choisis pour leur expertise dans le domaine de l’enseignement professionnel se réunissent en duos, et vérifient un nombre de critères définis a priori et connus du candidat. On trouve ci-dessous un extrait de la grille de critères qui compte vingt-neuf items.

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À partir des observations effectuées, chaque duo de jurés renseigne la grille de critères et présente oralement ses conclusions au collectif de jurés constitué en jury. Le jury prend sa décision sur la base du rapport oral de chaque duo de jurés. Si la loi suisse pour la formation professionnelle définit un cadre légal pour agir en vae, elle le fait de manière très large, le législateur ayant choisi de laisser la plus grande marge de manœuvre possible aux pionniers de la vae. Aujourd’hui encore, la construction d’une procédure de vae nationale stabilisée se fait progressivement, par étapes. Pour les jurés et l’ensemble des acteurs du dispositif de vae que j’ai observés, cela signifie que le cadre commun qui doit permettre de guider leur action n’est pas derrière eux, mais en construction. Or, une des particularités saillantes du dispositif de vae dans lequel évoluent les jurés observés, réside dans l’importance accordée par ses concepteurs à l’implication des membres du jury dans une réflexion continue, par rapport à la manière d’évaluer les acquis d’expérience. En effet, les concepteurs du dispositif invitent les membres du jury à développer une réflexion sur ce qu’est la vae, ses principes et ses outils. C’est une manière d’aider les jurés à assumer des activités nouvelles et inconnues. Ainsi, durant tout le déroulement de la procédure, l’ensemble des jurés ainsi que les responsables du dispositif se retrouvent régulièrement lors de séances de coordination et de régulation. Ces séances ainsi que la délibération collective qui a lieu à la fin du processus sont autant d’occasions pour les jurés de débattre au sujet des enjeux d’une évaluation en vae à propos de candidats « réels ».

Démarche et méthodologie

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Mon travail de thèse (Cortessis, 2010) porte sur la formation du jugement des jurys de vae. À cette occasion, j’ai eu l’opportunité d’assister aux séances de régulation et de coordination prévues par le dispositif. Avec l’accord de l’ensemble des acteurs du dispositif, j’ai pu effectuer des enregistrements sonores de ces séances, puis les retranscrire. J’ai décrit plus haut le dispositif observé où la prise de décision des jurés est instrumentée par la grille d’évaluation qui repose sur des critères et qui structure une procédure commune à tous les candidats à la vae. Il semblerait donc que les responsables du dispositif aient souhaité diminuer le pouvoir discrétionnaire des jurés en contrôlant leur prise de décision au travers de différents types d’obligations fondées sur l’adhésion à un référentiel et à des critères communs.

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Pour mon étude, j’ai opté pour une approche méthodologique clinique qui part du principe que tout travail (le jugement y compris) est investi de manière humaine et subjective. Selon Jobert (2006), la pratique professionnelle de la clinique, comme toute action sur le monde, confronte à l’existence de l’écart entre l’action anticipée, préfigurée dans des consignes, et l’action qu’il faut réellement mener pour obtenir le résultat obtenu. Cette notion de « subjectivité investie dans l’écart entre prescrit et réel » (Dejours, 1993, 2003) m’a servi d’instrument afin de progresser dans le traitement des données issues de mon terrain. Selon Dejours (2002, p. 34) : « La souffrance dans le travail s’éprouve d’abord dans le rapport au réel. Le réel sera ici entendu comme ce qui se fait connaître au sujet par sa résistance. » C’est justement parce que les jurés que j’ai observés se sont trouvés face à l’impossibilité de mettre en œuvre en l’état la grille de critères préétablie prévue par la procédure d’évaluation, qu’ils ont fortement investi les lieux de régulation prévus par le dispositif. En effet, le travail du jugement ne saurait se réduire à une simple application de la prescription, ni le juré à un simple exécutant. Pour faire face au réel, aux imprévus, les jurés que j’ai observés ont dû produire de nouvelles normes. Faire son travail, c’est toujours, selon l’expression de Schwartz et Durrive (2009), le « renormaliser dans l’action ». Il s’agit donc ici pour les jurés et les responsables du dispositif d’arbitrer entre les normes antécédentes (les critères de la grille d’évaluation) et de nouvelles normes permettant de vivre leur travail. Comme l’indiquent Roger et Ruelland (2009, p. 9), « un tel arbitrage ne s’effectue pas dans le ciel éthéré de délibérations générales. Il s’effectue, comme peut s’en rendre compte toute personne qui travaille, dans le cours même de ce que l’on fait, dans des situations concrètes encombrées en permanence de problèmes imprévus ». Pour Roger et l’équipe de la clinique de l’activité représentée par Yves Clot (2001, 2008), le déroulement de chaque activité de travail est nécessairement marqué par des dilemmes face auxquels diverses gammes de gestes professionnels sont à interroger.

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Comme je l’ai relevé plus haut, le dispositif d’analyse de pratiques que j’ai observé s’écarte de certaines prescriptions des dispositifs classiques puisque ce sont les responsables du dispositif de vae eux-mêmes qui animent les séances de régulation destinées aux jurés. Dans ce texte, je fais le choix de ne pas m’arrêter sur cette sorte d’irrégularité, mais plutôt d’observer comment les responsables du dispositif et les jurys fonctionnent dans cette situation donnée d’analyse de pratiques, avec ses contraintes spécifiques : ni animateur extérieur, ni jurés d’autres dispositifs de vae[2][2] Le dispositif que j’ai observé étant pionnier en Suisse,..., ce qui oblige les acteurs de ce nouveau dispositif à penser leur subjectivité de l’intérieur. Je pars donc du principe que ces séances de régulations peuvent amener des connaissances sur les analyses de pratiques. D’une part, parce qu’elles répondent à une demande sociale, qui prend ici la forme d’une demande émotionnelle forte générée par l’angoisse des jurés de se tromper au sujet d’un candidat, j’y reviendrai. D’autre part, parce que les séances de régulation permettent aux jurés et aux responsables du dispositif de traiter les questions posées par l’activité de travail en puisant directement dans leurs expériences récentes d’évaluation des acquis des candidats. En effet, durant les séances de régulation, qui ont lieu après chaque étape d’évaluation des jurés (évaluation du dossier, évaluation de la mise en situation professionnelle, évaluation de l’entretien explicatif, délibération finale), les jurés ont l’occasion de revenir sur leurs expériences récentes d’évaluation afin d’y réfléchir. J’ai voulu voir si cet espace d’analyse de pratiques internes permettait aux professionnels impliqués de construire et de développer de nouvelles compétences.

Dans ce texte, je montrerai comment les jurés, en revenant de manière collective sur certaines situations problématiques vécues, et en revivant la manière dont ils ont tranché en faveur de tel ou tel candidat, ont pu spécifier un dilemme de travail récurrent, celui du passage d’un jugement global à un jugement découpé selon les critères de la grille d’évaluation.

L’analyse de pratiques comme une réponse pour calmer les angoisses des jurés

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Ma première rencontre avec les jurés, que j’ai observés sur une durée de deux ans, s’est faite à l’occasion d’une séance de délibération finale. J’ai alors été frappée par le temps conséquent pris par le collège des jurés pour discuter des cas difficiles, c’est-à-dire des candidats jugés « non validables » par les jurés. Alors que la discussion à propos d’un candidat validé prenait au maximum cinq minutes, la discussion concernant un candidat non validé pouvait prendre plus d’une heure. Plusieurs jurés exprimaient alors l’angoisse d’entendre leurs collègues ou le candidat « invalidé » se plaindre d’avoir été la victime d’un « jugement arbitraire ». Je pense que, par « jugement arbitraire », les jurés veulent parler de ce que Ruby (2005) décrit comme « des jugements de valeur spontanés » formulés selon des critères rarement explicités qui sont acceptables lorsqu’ils proviennent d’un « citoyen ordinaire » qui donne son avis, mais deviennent intolérables lorsque ceux qui les émettent sont socialement délégués pour le faire. Il s’agit donc de faire la distinction entre une simple opinion personnelle et ce que toute personne pensant correctement doit admettre.

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Par la suite, cette angoisse a été exprimée de manière constante durant l’ensemble de mes observations, comme on le voit dans ces extraits issus d’une séance de coordination entre jurés :

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Juré 1 : c’est ce que l’on vit dans la séance du jury, c’est-à-dire que l’on a préparé nos affaires, et tout à coup on arrive devant le jury et puis, y a des tas de choses qui se disent, et puis je me sens désécurisé. […]

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Juré 2 : c’est déstabilisant parce qu’on ne trouve pas toujours les mots pour dire ce que l’on a vécu, ce que l’on a travaillé, c’est pas évident donc en même temps, c’est court et puis en même temps, c’est long la façon dont on doit justifier finalement qu’on a pris cette décision ou pas, parce qu’il y a un tas d’éléments où nous on a pris en compte et qu’on ne le dit pas, où finalement qu’on n’arrive pas à résumer devant le jury.

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Juré 3 : ouais, c’est terrible parce que la plupart du temps, cette déstabilisation vient dans le mauvais sens du terme, c’est-à-dire dans le sens négatif, du coup est-ce que j’ai été beaucoup trop généreux ou beaucoup trop sévère ?

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Juré 4 : non le coup du trop sévère, cela m’arrive rarement mais là c’est pire, là si ça m’arrive, ça c’est l’horreur !

Dès mes premiers contacts avec le terrain, mon attention a donc été attirée par cette angoisse des jurés. Ce grand souci ou plutôt cette conscience du professionnel qui ne veut surtout pas « se laisser aller » à « trop de sévérité » ou de « générosité » revenait comme un leitmotiv. Il me semble alors que pour calmer cette angoisse qui était présente de manière plus ou moins consciente en toile de fond, les jurés ont vu les séances de régulation de pratiques comme un lieu permettant de répondre à leur préoccupation principale : prouver le caractère non arbitraire de leur jugement.

Le dilemme du jugement global et du jugement par critères

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Selon Ruby (2005, p. 4), tout jugement qui se formule peut être considéré comme « un jugement d’évaluation discursif », c’est-à-dire « un acte discursif qui pose deux éléments séparés, et les rapporte l’un à l’autre. Il permet d’asserter quelque chose d’une autre chose, tout en affirmant, la validité de ce rapport, face à un auditoire supposé, auquel une adhésion est demandée ». J’ai indiqué que selon la prescription du dispositif observé, la légitimité du jugement des jurés repose prioritairement sur l’utilisation de la grille de critères connue aussi bien par les candidats que par les jurés. La grille de critères est alors conçue comme le support de la construction, puis de la présentation du jugement par les jurés. Le mode de construction du jugement est donc prescrit par le dispositif. Une forme du jugement, mais aussi une forme d’argumentation, est imposée aux jurés de « l’extérieur ». Il s’agit dès lors pour les jurés de faire entrer leur jugement dans la grille, en le décomposant selon les vingt-neuf critères prévus par le dispositif. Selon la prescription du dispositif, le jugement est donc porté par des repères externes et il est déduit de l’application systématique de règles préétablies. J’utilise le terme de « jugement par critères » lorsque le jugement se construit sur des objets isolés ou sur la base d’une succession de critères distincts.

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Le choix d’une évaluation déclinée en une multitude de critères pris isolément, de manière indépendante les uns des autres, me paraît favoriser une construction sommative du jugement, et empêcher la construction d’un jugement global. Le jugement global des jurés me semble en effet appelé par le dispositif à se formater, se catégoriser, se fragmenter, se décomposer. Par « jugement global », je parle donc d’un jugement qui se forme en relation avec un tout, et qui se base sur une cohérence d’ensemble.

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Si le dispositif fait appel à un jugement construit sur la base de critères, il offre également la possibilité aux jurés d’un espace de délibération par rapport à l’utilisation de la grille. Lors des séances de coordination, les jurés sont invités par les responsables du dispositif à parler de leur difficulté à remplir la grille. Les jurés échangent alors à propos de la difficulté à passer d’un premier jugement global à un jugement découpé selon les critères imposés par la grille d’évaluation. Voici quelques extraits de leur débat :

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Juré 1 : […] ensemble, le premier avis qu’on a eu en le lisant, on a eu la même réaction : il est très bien ce dossier ! C’était la même réaction, on est arrivé, on a dit ouais il est super ! Elle a bien montré son évolution, bien montré comment ça s’est passé, […] on trouvait que c’était très bien et puis en essayant de retraduire, on disait mais c’est pas démontré, et puis en même temps on allait chercher des points, mais, parce qu’on a senti instinctivement, pour nous en tout cas, intuitivement que c’était bien cette façon qu’elle avait de faire son truc et que la démarche était correcte, mais qu’on n’arrive pas après à retraduire. Donc je trouve qu’il y a toujours encore une distance entre la grille d’évaluation et puis notre ressenti. C’est ça finalement qui me pose problème, quand je fais l’évaluation. C’est là qu’il faut après que j’essaie de traduire en critères, mais des fois il y a un écart entre mon ressenti en lisant un dossier et les critères que je peux établir après.

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Juré 2 : voilà, et ça, méthodologiquement, moi j’ai toujours appris que lorsqu’on va écouter un enseignement, on ressort, on a un sentiment, il faut en prendre conscience. Est-ce que comme ça, sur le vif, on trouve que c’est bien ou bien que c’est moche, ou bien on est dans l’expectative ? Et puis une fois qu’on a décidé de ça et ben on va derrière les critères et on essaie de voir et y a un problème si je trouvais que c’était bien et que tous les critères sont mauvais, y a un problème, ça va pas, il faut recommencer. Si je trouvais que c’était épouvantable et que tous les critères sont bons, il faut recommencer ! […]

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Juré 3 : ben c’est terrible, parce que j’ai l’impression parfois qu’on passe notre temps à essayer de faire que la grille corresponde au sentiment général ! […]

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Dans cet extrait issu d’un long échange collectif, les jurés font allusion à deux moments dans leur activité d’évaluation. Il y a d’abord « le premier avis », sur le « vif », « un sentiment dont il faut prendre conscience ». Il s’agit là de ce que Dejours (1993, 2003) a appelé le jugement de beauté (« c’est bien ou c’est moche ») émis par le professionnel qu’est le juré. Dans un second temps, il s’agit de faire quelque chose de cette première fulgurance ressentie par le professionnel (« c’est beau/c’est moche »). Il s’agit alors de « traduire », ou de « retraduire » cette première impression dans le langage des critères. C’est alors que surgit le problème suivant. Il existe un décalage, « un écart », entre « le ressenti » des jurés et les résultats donnés par les critères.

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Par leur discussion, les jurés font donc ressortir ce que les chercheurs de la clinique de l’activité (Clot, 2008) ont appelé un dilemme. Comment trancher lorsqu’il existe une inadéquation entre le « sentiment général » et les critères pris isolément ?

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Juré 1 : y a que notre éthique professionnelle qui peut le résoudre, c’est-à-dire, à un moment donné si on a l’impression que l’on fait des cadeaux parce que le jugement global était tellement bon que l’on arrive pas à mettre des points, on n’a qu’une solution, c’est se regarder dans les yeux et puis se dire : maintenant on décide !

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Juré 2 : ben ouais, c’est qu’on a quand même une expérience professionnelle, hein, qui nous permet de pouvoir dire : ça c’est acceptable, ça c’est pas acceptable ! Je pense qu’on peut quand même faire confiance à ça et puis après évidemment de mettre des points et puis de dire : non avec les points cela ne joue pas, mais souvent ce que l’on fait c’est de dire : ouais les points sont trop serrés, donc on essaie de saupoudrer un peu pour quand même arriver au résultat que l’on avait au départ, quoi ! […].

Nous avons vu que certaines décisions concernant le passage du sentiment à la grille d’évaluation se prenaient collectivement durant les séances de coordination. Ainsi, certains jurés profitent de la séance pour témoigner des montages complexes qu’ils effectuent pour atténuer cette tension entre les deux formes de jugements. Ils avouent s’adonner à des bricolages (« saupoudrer », « faire des cadeaux », aménager la manière de noter les critères) afin de concilier un jugement global et un jugement plus spécifique. C’est une manière plus ou moins explicite de régulariser, en présence du collège des jurés et des responsables du dispositif, certaines manières illicites de procéder. Dans l’échange ci-dessus, les jurés font comprendre qu’ils sont guidés par des intuitions dont ils peinent à rendre compte en utilisant la grille de critères. Malgré la présence de règles, les jurés expriment leur difficulté à juger de manière découpée un candidat selon des critères très spécifiques. Les jurés 1 et 2 semblent se refuser à renoncer à cette sorte de conviction personnelle qui se baserait selon leurs propres termes sur une « éthique » développée au cours de leur « expérience professionnelle ». Les jurés et les responsables du dispositif ne définissent pas explicitement ce terme d’éthique professionnelle, mais j’aimerais montrer par un deuxième exemple comment ils échangent à demi-mot et forment un accord de principe sur ce concept.

Un dilemme concernant une candidate résolu collectivement durant la délibération du jury

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Je vais à présent m’attarder sur un cas qui m’est apparu comme particulièrement révélateur, par rapport à la manière dont les jurés s’y prennent concrètement pour parvenir à concilier la forme attendue avec le fond de leur jugement. Lors de la séance finale de délibération, un duo de jurés souhaite soumettre le dilemme qu’il est en train de vivre à propos d’une candidate. Le problème soumis au groupe est le suivant. Après avoir rempli la grille de critères, le duo de jurés a découvert avec stupéfaction que le résultat de la somme de ses jugements partiels ne correspondait pas à son jugement global. Le jugement global immédiat s’avère différent du jugement par critères. Selon le nombre de points obtenus par la candidate dans la grille, cette dernière ne devrait pas obtenir la validation. Pris de court, le duo de jurés se tourne alors vers ses collègues lors de la séance de régulation pour leur faire une demande surprenante : accorder malgré tout la validation à la candidate. Cette demande suscite alors un débat au sein de l’espace de régulation :

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Juré 5 : c’est à un point près parfois, on souhaite que si tout le monde est d’accord, on valide positivement […] les points qui sont là. On était surpris quand on a vu ça ! […] dans un premier temps on a lu le dossier, le dossier était bien fait, bien présenté, etc., dans un deuxième temps on a fait la visite, la visite, elle s’est bien déroulée… Ensuite dans la mise en situation professionnelle, on a été agréablement surpris, chaque fois cela revalidait et ça faisait encore un peu monter si on veut la conception que l’on avait de cette enseignante-là, alors en entretien, elle avait préparé, elle avait amené un canevas où elle se positionnait par rapport à ses compétences d’enseignante, elle a parlé de formation continue, bref, tout cela a fait que quand on a découvert ça, on s’est dit mais comment cela se fait ? Et c’est pour ça que maintenant, on se dit, on vous invite à la lumière de, on n’a pas changé, et on se dit avec si peu d’écart, ce serait pas correct, ou alors on reprend la grille et puis on change dans la grille […] dans notre conception des choses, c’est vrai que, pour cette candidate, y avait pas de problème et tout à coup on les a découverts en comptant les points de la grille. Et on a choisi de vous présenter ça, mais c’est clair que pour nous, c’était bon !

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Ce qui m’a frappée dans cette situation, c’est qu’au lieu de régler « le problème » de manière interne, en bricolant et « saupoudrant » quelques points supplémentaires, le duo de jurés vient porter sa problématique devant le collectif du jury. Je fais l’hypothèse que c’est parce que la question du dilemme entre jugement par critères et jugement global a été débattue au cours des séances de régulation que le duo de jurés se sent autorisé à partager ses difficultés, avec l’ensemble du groupe. Le duo de jurés pose donc à ses collègues la question suivante : les jurés doivent-ils se désengager de leur perception et choisir les résultats de la grille ou doivent-ils plutôt passer outre les résultats de la grille, et valider la candidate ? Les membres du collectif débattent alors entre eux comme on le voit dans les extraits suivants :

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Responsable du dispositif : ce que j’entends, c’est qu’il y a une question de potentiel, vous parlez d’un processus pendant le temps de l’évaluation, y a eu une progression et peut-être que ce qu’il y a à questionner, c’est la potentialité de cette personne à continuer le processus ?

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Un juré : y a quand même beaucoup de 1 ! […] c’est quand même grave, dans la visite en classe, « la transmission des savoirs : 1 ».

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Ces interpellations de l’ensemble du groupe permettent au duo de jurés concerné de justifier les raisons pour lesquelles il considère que la candidate en question devrait obtenir la vae. Le groupe dont le porte-parole est l’un des responsables du dispositif également président du jury en arrive à la conclusion suivante : alors moi je proposerais que vous regardiez à nouveau entre vous vos notes, c’est un énorme travail, je m’en rends bien compte, et qu’en votre âme et conscience vous évaluiez si quand y a un 1 vous pouvez mettre un 2 parce que le grand jury ne va pas resiéger.

En tant que responsable du dispositif, le président du jury donne officiellement la permission au duo de jurés de modifier les grilles en fonction d’une représentation du candidat produite en « son âme et conscience ». Cette expression « en votre âme et conscience » me semble particulièrement révélatrice. L’âme est le propre de l’homme. L’âme, c’est le souffle, la sensibilité, mais surtout le symbole irréductible de notre humanité. La conscience, c’est à la fois la perception de ses responsabilités et devoirs, et la perception de ce qui nous entoure. Dit autrement, je pense que le collectif observé accepte officieusement l’idée que les jurés puissent « bricoler » leur grille de critères, en fonction de leurs subjectivités, de leurs sensibilités et de leurs perceptions globales. Officiellement, le jury rendra une grille de critères montrant des résultats chiffrés en cohérence avec la volonté de valider la candidate. Il y a donc un décalage entre le discours officieux du jury et sa décision officielle. Par cet exemple, j’ai voulu illustrer comment un groupe de praticiens s’appuie sur des séances de régulation pour transgresser collectivement le prescrit et s’en libérer, afin d’être au plus juste d’une situation.

La réflexion collective comme une force redistribuée à chaque professionnel

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Dans ce texte, j’ai montré comment grâce aux séances de régulation prévues par un dispositif de vae, des jurés peuvent communiquer à propos du malaise surgissant de l’écart angoissant perçu entre une première conviction élaborée de manière globale, et une seconde conviction issue du renseignement de la grille de critères. Les jurés s’aperçoivent, en effet, que les candidats ne peuvent pas exister dans la grille. L’appui sur des critères ou catégories généraux entre en tension avec la visée « éthique » des jurés. Les résultats par critères ne sont pas forcément congruents avec leur vision intuitive de la prestation du candidat. C’est au cours des séances de régulation collectives que les jurés font des choix, afin de développer leur conviction dans un sens ou dans un autre.

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Dans l’exemple que j’ai proposé, c’est pour être en accord avec leurs valeurs [3][3] Dans l’exemple décrit, le duo de jurés justifie sa... fondamentales que les jurés désobéissent à la grille, tordent et transgressent certains critères. Paradoxalement, les jurés sont aidés dans cette résistance par les auteurs de la grille eux-mêmes (les responsables du dispositif) qui laissent les jurés avoir des débats sur la manière d’interpréter les critères de la grille, durant les séances de coordination, et ici durant la séance de délibération. Dans le cas décrit, le duo de jurés est en train de vivre une situation concrète d’évaluation. Ils demandent l’aide du collectif lorsqu’ils s’aperçoivent qu’ils n’arrivent pas à évaluer uniquement la candidate en faisant fonctionner « la calculette » des critères. La question débattue est une question éthique : comment déterminer un jugement équitable ? Jusqu’où peuvent aller les jurés dans leur transgression ? Les jurés peuvent-ils aller jusqu’à modifier après coup des points dans la grille de critères ? Où est la limite ? Au nom de quoi les jurés peuvent-ils accepter la transgression et à qui profite-t-elle ? Il est vrai que toutes ces questions ne sont pas adressées à ce que Lhuilier (2006, p. 208) appelle « un tiers institutionnel et professionnel ». Ces questions éthiques et professionnelles sont posées au responsable du jury et directement renvoyées au groupe institutionnel. Est-ce suffisant pour que l’on puisse considérer que le groupe a élaboré collectivement des éléments de réponses ? Il me semble que dans le cas que je viens de décrire, la construction du jugement n’est pas une production strictement personnelle, elle est le résultat de la formulation de valeurs plus universelles (Schwartz, 2009) que le collectif cherche à identifier. Grâce à l’appui du responsable du dispositif et des collègues, le duo de jurés est responsable de ses choix aussi bien individuellement que collectivement. Cet appui du collectif permet au duo de réussir ce passage critique d’une conviction à l’autre et autorise le duo à mettre ses valeurs en jeu et à assumer ses décisions. Pour parler comme Lhuilier (2006, p. 217), il semble donc qu’à défaut de l’intervention d’un tiers institutionnel, le collectif de jurés et l’espace des séances de régulation collectives « assure potentiellement la fonction de tiers entre le sujet et la réalité à transformer par son activité ». Une des premières conditions a donc été remplie : les jurés ont un lieu dans leur institution où penser leur jugement. Un pas supplémentaire consisterait à créer un lien interinstitutionnel permettant à l’ensemble de la communauté professionnelle de penser le jugement en vae. Resterait encore à identifier la communauté professionnelle en question, dans un contexte où la vae et ses pratiques sont encore anecdotiques, accessoires et en émergence.

Conclusion

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Les jurés pionniers que j’ai observés dans le contexte peu stabilisé de la mise en place de la vae en Suisse me font penser à des personnes effectuant leur premier saut en parachute. Ils se sont lancés ! Ils ont pris des risques ! Dans ce premier temps, une conviction advient sans que les jurés ne parviennent à l’intellectualiser. Après avoir regardé, senti, évalué, éprouvé les candidats, puis tenté souvent avec difficulté de remplir la grille de critères, les jurés trouvent au sein du dispositif de vae un espace pour parler, se raconter, reconfigurer leurs actions par la parole. Les séances de coordination leur permettent de s’extraire de leur action, de prendre du recul, de la distance. La difficulté, comme je l’ai déjà précisé, c’est que même si les séances de régulation permettent de confronter plusieurs subjectivités, toutes les personnes qui y prennent part, que ce soit les jurés ou les responsables du dispositif, sont directement concernées par les situations évoquées. Il serait intéressant que les jurés que j’ai observés aient l’occasion de comparer leur choix avec d’autres choix, d’autres jurés, d’autres dispositifs. J’ai cependant voulu montrer que le fait de partager une expérience commune autorise les participants à dévoiler leur subjectivité, à accepter de rendre compte de leurs difficultés et de leurs dilemmes, puis de les travailler. Comme le souligne Cifali (1997), cette attitude de partage est loin d’aller de soi dans un métier où prévaut souvent la loi du silence : « Dans le monde de l’éducation et de l’enseignement, l’erreur et le doute ne s’exposent pas depuis belle lurette. Il faut plutôt ne rien montrer de ses difficultés, de crainte qu’on ne s’en serve contre nous » (p. 9).

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Dans le dispositif que j’ai observé, il est au contraire important et rassurant pour les jurés de pouvoir s’assurer dans un premier temps que leur jugement soit accepté par la communauté des jurés du dispositif. En disant ce qu’il pense d’un candidat, le juré se dévoile petit à petit, tout d’abord à son collègue du duo, puis à un ensemble de collègues. C’est le discours adressé qui permet au juré de construire sa position et de penser son premier jugement précipité. Ensemble, les jurés se heurtent à des obstacles communs qu’ils cherchent à contourner, puis à se réapproprier de manière collective. Les discussions sur cette nécessité de convertir le jugement d’une rationalité à l’autre induisent « un processus dialogique potentiellement producteur de développement » (Clot, 2008 ; Prot, 2003, 2004) pour les jurés, alimentant ainsi une posture réflexive sur leurs manières de mener leur activité professionnelle. Pourtant, et les jurés le savent, il ne saurait y avoir d’interprétation en vase clos. L’interprétation doit pouvoir également être accessible à tous les destinataires auxquels s’adresse la décision de validation. Il me semble en effet important de s’assurer que cette subjectivité travaillée dans le cadre d’un groupe spécifique puisse tenir le choc lors de la confrontation avec d’autres subjectivités, travaillées par d’autres jurés. Il s’agit de commencer par soi, mais non pas de finir par soi.

Par quelques exemples, j’ai voulu montrer que dès lors qu’ils cherchent à la mettre en œuvre, les acteurs de la vae font évoluer la prescription du dispositif. Même si les termes des critères de la grille restent les mêmes, ils se chargent petit à petit de nouvelles significations qu’ils n’avaient pas au commencement. Fort heureusement, le dispositif que j’ai observé offre de nombreux espaces de liberté et de parole pour que les acteurs du dispositif puissent être consciemment partie prenante de cette évolution de l’interprétation de la prescription. À ma connaissance, il est cependant rare que des dispositifs de vae dédient expressément des espaces consacrés au débat de normes. Il me semble important que les dispositifs de vae prévoient de mettre en place ce genre d’espaces, afin que les accompagnants ou les jurés puissent se mettre d’accord sur un type de raisonnement commun. La ressource du collectif dans la prise de décision me semble être un élément déterminant pour les jurés. Cela leur permet d’éviter de rester tacitement campés sur des représentations figées, mais de questionner, de faire parler les normes pour se les approprier.


Bibliographie

  • Cifali, M. 1997. « Publier, et après ? », Éducation permanente, n° 132, p. 13-38.
  • Clot, Y. 2001. « Clinique de l’activité et pouvoir d’agir : éditorial », Éducation permanente, n° 146, p. 7-16.
  • Clot, Y. 2008. Travail et pouvoir d’agir, Paris, puf.
  • Cortessis, S. 2010. « Formation du jugement et argumentation dans les jurys de vae », thèse de doctorat (non publiée), chaire de formation des adultes, Paris, cnam.
  • Dejours, C. 1993. « Intelligence pratique et sagesse pratique : deux dimensions méconnues du travail réel », Éducation permanente, n° 116, p. 47-69.
  • Dejours, C. 2002. « Passion et psychodynamique de l’action », dans C. Gautier, O. Le Cour Grandmaison (coordonné par), Passions et sciences humaines, Paris, puf, p. 31-44.
  • Dejours, C. 2003. L’évaluation du travail à l’épreuve du réel : critique des fondements de l’évaluation, Paris, inra éditions.
  • Jobert, G. 2006. « Entre savoirs et surprise, une analyse clinique du travail », dans M. Cifali, F. Giust-Desprairies (sous la direction de), De la clinique : un engagement pour la formation et la recherche, Bruxelles, De Boeck, p. 29-41.
  • Lhuilier, D. 2006. « Clinique du travail : enjeux et pratiques », Pratiques psychologiques, n° 12, p. 205-219.
  • Prot, B. 2003. « Le concept potentiel : une voie de développement des concepts. Le cas de la validation des acquis », thèse de doctorat (non publiée), cnam, Paris.
  • Prot, B. 2004. « Le doute, le concept et le collectif. Trois ressources pour le développement de l’activité d’un jury », Éducation permanente, n° 158, 1, p. 115-126.
  • Roger, J.-L. ; Ruelland, D. 2009. « Le “travail sur le travail” un instrument d’action personnel et collectif pour les professionnels de l’Éducation nationale. L’encadrement par les professionnels eux-mêmes », Rapport de mission pour l’anr.
  • Ruby, C. 2005. « Jugement de la faculté critique », revue Espaces-Temps.net, 1-13.
  • Schwartz, Y. 2009. « Le travail sollicite l’intelligence et les valeurs de l’individu » [version électronique], www.humanite.fr, le 22 mai 2009.
  • Schwartz, Y. ; Durrive, L. 2009. L’activité en dialogues. Entretiens sur l’activité humaine, Toulouse, Octarès.

Notes

[*]

Sandrine Cortessis, Senior Researcher, Institut fédéral des hautes études en formation professionnelle, secteur Recherche et développement, sandrine.cortessis@iffp-suisse.ch

[1]

Cet entretien doit permettre aux jurés d’éclaircir ou d’approfondir des éléments non visibles de la compétence du candidat.

[2]

Le dispositif que j’ai observé étant pionnier en Suisse, il aurait fallu effectuer une analyse de pratiques avec des jurés français.

[3]

Dans l’exemple décrit, le duo de jurés justifie sa volonté de valider la candidate au nom du potentiel de développement dont elle a fait preuve.

Résumé

Français

Ce texte retrace l’histoire quelque peu originale d’un groupe d’analyse de pratiques atypique, né dans une institution et dans un contexte particuliers. C’est un peu par hasard, dans le cadre d’une thèse doctorale consacrée à l’étude du jugement en vae, que j’ai eu l’occasion d’observer un groupe de professionnels qui s’est donné ouvertement pour objectif de construire un lieu d’expérimentation collective de la construction du jugement en vae. Mes observations montrent que la mise en place de séances de régulation collectives répond à une demande forte de la part des jurés, angoissés à l’idée de juger de manière inadéquate un candidat. Par leur discussion, les jurés font ressortir le dilemme du passage d’un premier jugement global à un jugement découpé selon les critères imposés par la grille d’évaluation. Mes résultats montrent que les discussions sur cette nécessité de convertir le jugement d’une rationalité à l’autre ont induit « un processus dialogique potentiellement producteur de développement » (Clot, 2008 ; Prot, 2003) pour les jurés, alimentant ainsi une posture réflexive sur leurs manières de mener leur activité professionnelle.

Mots-clés

  • validation des acquis d’expérience
  • analyse de pratique
  • analyse du travail
  • jugement
  • dilemme
  • critères

English

The practice analysis group as a resource to build the professional judgment of vaeThis PhD research project is based on the observation of a jury building competences assessment for “validation practices of non formal and informal learning”. The practical work experience analysis is a collective and individual exercise based on the regular interactions of a peer group and a real involvement of actors: the aim is to analyse and make links between the professional situation and the personal perception of situation experienced. In this text, the practical work experience analysis is in fact a way to help the judges reflect about their professional experience through the cooperative discussion. The judges become more aware of their experience and new skills, making their own this new professional reality. The aim is to understand the meaning of the action in order to set up new concepts and knowledge about the action and its complexity. A better understanding of the professional experience is achieved during this progressive process that allows the elaboration of concept references and professional identity. Results are positive and have a significant impact on the professionalization of the judges.

Keywords

  • validation practices of non formal and informal learning
  • vocational education and training
  • experience analysis
  • jury
  • professional identity

Plan de l'article

  1. Des espaces d’analyse de pratiques pour un dispositif inédit
  2. Contexte
  3. Démarche et méthodologie
  4. L’analyse de pratiques comme une réponse pour calmer les angoisses des jurés
  5. Le dilemme du jugement global et du jugement par critères
  6. Un dilemme concernant une candidate résolu collectivement durant la délibération du jury
  7. La réflexion collective comme une force redistribuée à chaque professionnel
  8. Conclusion

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