Accueil Revues Revue Numéro Article

Nouvelle revue de psychosociologie

2011/1 (n° 11)

  • Pages : 240
  • ISBN : 9782749213996
  • DOI : 10.3917/nrp.011.0067
  • Éditeur : ERES

ALERTES EMAIL - REVUE Nouvelle revue de psychosociologie

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 67 - 83 Article suivant

« La langue n’organise pas seulement un monde naturel, soit perceptif, mais fait exister un monde historique, et fait les deux d’un seul et même coup. »

Cornélius Castoriadis

La demande d’un groupe d’analyse de pratiques en situation de crise

1

Dans la perspective clinique psychosociale dans laquelle je situe mes interventions, je distingue, en général, un dispositif d’analyse de pratique d’une intervention institutionnelle. Le dispositif d’analyse dans un groupe porte sur l’analyse des situations professionnelles ouvrant à la compréhension et à l’élaboration des différents registres qui instruisent l’expérience individuelle et partagée. L’intervention institutionnelle concerne généralement une régulation d’équipe, une supervision ou l’élaboration d’une situation de malaise ou de crise.

2

Toutefois, les impositions brutales des transformations actuelles dans les organisations et la densification de l’activité et des contraintes remettent de plus en plus souvent en cause les frontières entre la conduite d’un groupe d’analyse de pratique et le traitement d’une situation de crise.

3

La situation que je me propose d’exposer et qui soutiendra ma réflexion, dans cet article, tient à la confrontation entre un dispositif d’analyse de pratique au service d’une gestion instrumentale des salariés et un dispositif clinique d’analyse de pratique qui favorise l’émergence d’une parole intersubjective ; deux interventions qui ont eu lieu successivement dans la même organisation avec le même groupe. L’analyse portera, dans un premier temps, sur les effets psychosociaux du premier dispositif mis en place, parallèlement aux transformations opérées dans le service, et dont le but affiché était d’améliorer l’efficience de l’activité, par l’analyse concrète des pratiques professionnelles en vigueur.

4

Elle procède d’une exploration, avec les membres de ce groupe, de ce premier dispositif, antérieur donc à mon intervention clinique qui lui succédera, et dont nous comprendrons, au cours du travail engagé avec eux, le rôle qu’il a joué dans l’augmentation inquiétante des troubles somatiques et psychiques qui se sont développés dans cette équipe.

5

Partant des processus qui viennent s’actualiser dans l’espace clinique d’analyse, j’analyserai, dans un deuxième temps, ce qui s’est joué, pour les professionnels, soumis à des contraintes éprouvées comme excessives qui pèsent sur leur pratique.

6

J’avancerai ensuite des éléments de réflexion sur les enjeux, les visées comme sur les objets travaillés concernant l’instauration d’une démarche clinique psychosociale. Cette démarche est une approche de l’expérience qui intègre la subjectivité dans ses dimensions conscientes ou non conscientes, saisies dans les contextes de significations des structures, des logiques et des constructions organisationnelles et sociales. Elle est une attention portée aux modalités selon lesquelles le professionnel, considéré comme sujet, rencontre, produit, subit les dynamiques sociales, par un travail d’élaboration, en groupe, des situations vécues.

Le cadre restreint de cet article me conduit, en rapport avec le choix de mon développement, à n’évoquer que succinctement le dispositif pour me centrer sur le processus à l’œuvre et les enjeux épistémologiques de la démarche [1][1] Sur la spécificité et l’approfondissement d’une approche....

Le contexte social d’une demande

7

Ce n’est pas nouveau, les conditions et les relations de travail, comme les pratiques professionnelles, ont de longue date été structurées par la rationalisation économique déterminée par des taux de profit ou par la maximisation de la gestion des moyens. Les manières de construire les tâches et les relations ont toujours été liées, pour une part importante, aux modèles de la productivité du travail en lien avec la question de la rentabilité.

8

Ce qui en revanche spécifie les organisations actuelles et leurs transformations, c’est le primat manifeste, déclaré, affiché, de l’intérêt économique pour l’ensemble des organisations et des institutions, quel que soit le secteur d’activité, y compris celles qui ont pour mission le soin, l’éducation, la rééducation, la protection.

9

Ce changement ne se réduit pas au prolongement ou au renforcement des logiques antérieures mais se caractérise par l’instauration de la logique de financiarisation (recherche sans limite des marges de profits) qui définit pour l’essentiel les stratégies d’entreprises. Cette logique de la financiarisation, dans le contexte d’un marché mondialisé, marque le retour, dans les nouvelles organisations du travail, d’un objectivisme comportemental et d’un positivisme scientifique, matérialisés par des pratiques d’intensification des formes de gestion instrumentale des salariés, y compris ceux de l’encadrement, les organisations devant être aussi rentables que le capitalisme financier [2][2] Pour un approfondissement de ces transformations, le....

10

Ce raidissement gestionnaire, justifié au nom de l’efficacité, procède d’une représentation de l’organisation comme système contrôlable et mesurable et dessine un imaginaire de la régulation sociale qui prend appui sur un modèle d’un facteur humain maîtrisable.

11

Bien que des organisations tentent de résister aux normes imposées par ce réductionnisme, force est de constater leur prégnance et leur généralisation.

C’est dans ce contexte de significations que nous voyons s’accroître la demande des groupes d’analyse de pratique, mettant à disposition des salariés une aide à l’élaboration de leurs pratiques professionnelles malmenées.

Traiter des secousses individuelles sans troubler la marche de l’organisation

12

La commande qui m’est adressée, par leur directeur, concerne les salariés d’un service de gestion du personnel d’une grande entreprise de service public. L’équipe constituée de dix-huit personnes s’occupe de la gestion des carrières et fournit un travail de conseil auprès des responsables rh[3][3] Je limite les informations sur l’organisation de cette.... Devant le malaise grandissant qu’ils éprouvent dans leur travail, ils ont souhaité la mise en place d’un groupe d’analyse de pratique pour revenir sur « les manières de travailler de chacun et avec les autres ».

13

La demande est portée par une équipe exténuée par cinq années au service d’une accélération des changements concernant la structure, les réglementations, les procédures et relations de travail qui ont bouleversé et fragilisé le rapport que chacun entretenait à son activité professionnelle, à l’organisation, à l’équipe et à lui-même. Elle concerne le souhait formulé collectivement de retrouver les capacités à effectuer son travail « normalement » en se dégageant d’une trop forte anxiété.

14

Tous s’accordent sur la nécessité d’un accompagnement à l’amélioration du rapport qu’ils entretiennent à une situation devenue trop éprouvante. D’autant qu’ils ne peuvent pas, disent-ils, véritablement en traiter avec leur directeur « qui fait ce qu’il peut, mais qui n’a pas le choix de ne pas mener les réformes comme il le fait ».

15

Ces transformations, aux limites toujours repoussées, sont présentées, par les professionnels, comme la condition pour que ce service prenne sa pleine place dans la rénovation de l’organisation.

16

Mais ce qui ne peut se dire, dans ce premier moment où les préoccupations s’expriment, c’est que, dans cette équipe, un nombre croissant souffre de symptômes psychiques et somatiques suffisamment inquiétants pour que le comité d’hygiène de sécurité et des conditions de travail et les instances syndicales s’en émeuvent.

À l’issue d’une première réunion, nous convenons de nous rencontrer toutes les trois semaines pour une séance d’analyse de trois heures sur un contrat d’une année.

Une analyse de pratique au service de la performance de l’organisation

17

Le dispositif clinique que je propose convie donc les participants à présenter des situations qu’ils souhaitent mettre en travail dans un espace d’analyse engageant le rapport subjectif que chacun entretient à ces situations. Les premières séances sont marquées par une forte tension où la parole qui peine à se prendre exprime une crainte que cette exploration ne vienne aggraver la situation.

18

Il faudra un certain temps pour que soit abordée l’expérience précédente d’un accompagnement à partir d’un dispositif au service de la performance.

19

Le retour sur ce dernier, dans la présentation qui en est faite, met en évidence un objectif centré sur l’amélioration des pratiques par objectivation et rationalisation des tâches. Les professionnels sont conviés à décliner leur activité de travail, dans le déroulement d’un mois, d’une semaine, d’une journée, d’une heure, selon un maillage de plus en plus fin dessinant une cartographie objective de la « volumétrie » de l’activité, décomposée en tâches élémentaires.

20

Les membres du groupe décrivent par le menu chacun de leurs actes, de leurs gestes, le temps qu’ils y prennent, les espaces flous, les recouvrements. On les voit tenter, avec l’aide des animateurs, de passer toutes les situations au crible et de convertir le travail de chacun en un ensemble de procédures ventilées dans la journée « pour avoir des référentiels temps plus robustes ».

La carte n’est pas le territoire

21

Dans la présentation qu’ils font de cet accompagnement à la rationalisation de leurs tâches, les salariés se montrent déçus de l’utilisation qui a été faite de leur travail. Car les données récoltées sur le terrain vont faire l’objet d’un retraitement par des logiciels informatiques et les résultats, une fois modélisés, seront utilisés non seulement pour réorganiser le travail mais aussi pour légitimer de nouveaux modes d’évaluation et une réduction des effectifs et des moyens.

22

Derrière ces contenus explicites, ce qui se donne à entendre comme impensé et participe du malaise grandissant, c’est que l’objectivation présentée comme possible transparence d’un accès total aux données nourrit l’illusion qu’ils pourront enfin être protégés des conflits, des tensions et des contradictions. Le groupe est ainsi orienté vers la construction d’un idéal de l’objectivité et de la transparence qui crée une forme d’adhésion sur la promesse de pouvoir sortir des dysfonctionnements et malaises antérieurs.

23

Cette représentation les place dans une position paradoxale. En participant à une rationalisation excessive de leurs pratiques et en continuant à penser que cet aplat objectivé de leur activité devrait permettre sa fluidité, ils contribuent eux-mêmes à invalider les cultures professionnelles, les ajustements existants, les modes spécifiques de coopération, les arrangements effectifs mais aussi les lenteurs nécessaires qui tissaient le quotidien partagé et donnaient sens à leur expérience.

24

À travers la reprise qu’ils en font, les professionnels montrent, à leur insu, combien la centration sur ce pragmatisme de l’action leur a permis de croire à l’assomption d’une organisation sans contradiction, lavée des tensions ; comment elle s’est constituée comme un système de défense efficace contre le trop de complexité à laquelle les exposaient les multiples transformations.

25

Ce pragmatisme semble s’être également imposé comme modèle attractif, dans sa fonction d’idéalité, parce qu’il trouvait sa légitimité dans des référentiels scientifiques (certaines conceptions positivistes des sciences de la gestion et des sciences cognitivo-comportementalistes). Il a acquis ainsi le pouvoir d’attaquer les autres manières de penser et d’agir inscrites de longue date dans l’histoire de cette organisation.

Actualisation des logiques de l’organisation dans l’espace clinique

26

Les modalités de ressaisie de la pratique ont été présentées par les experts de la performance, valorisées et intégrées par les salariés eux-mêmes comme une avancée. Avancée légitimée par le développement des capacités rationnelles de chacun au service d’une cartographie prétendument objective de l’activité. Mais les modalités des échanges qui vont avoir lieu au cours de l’intervention clinique vont montrer combien ce dispositif est dépréciatif des dimensions culturelle, subjective et relationnelle.

27

Cette dépréciation va se révéler, en un premier temps, par le déplacement et l’actualisation [4][4] L’analyse s’attache à l’élucidation des conduites provenant... dans l’espace d’analyse de manières de dire et d’être.

28

D’une séance à l’autre, sont exposées des situations qui mettent les professionnels en difficulté mais le mode de présentation est celui d’une chronique plate, d’une succession de faits ou d’événements enfermés dans une suite d’énoncés explicatifs.

29

Soumise à une contrainte de rationalisation, la nécessité de donner du sens prend la forme d’un assujettissement au mode d’expression langagière de cette rationalisation : le déclaratif.

30

Or l’exclusivité de ce registre d’expression ne permet pas aux membres du groupe de nommer leur malaise et d’éprouver ce qui, dans leurs propos, se donne à entendre d’une expérience d’asphyxie et d’annulation de ce qu’ils sont.

31

Se manifeste également une sorte d’adaptation insensible, désaffectée qui laisse comme une impression d’inconsistance et vide de leur vitalité les liens intersubjectifs. Enfin le discours prend la voie défensive du déni ou de la minimisation, de ce qui pourtant se dit, du cumul des charges physiques et mentales de l’intensification du travail.

32

Si la parole prise laisse parfois entrevoir comme un vacillement personnel, elle est vite recouverte par la réinscription dans un discours qui légitime la recherche d’une meilleure efficacité par des procédures que chacun s’efforce de mettre en place et la justification des modes de gestion qui accompagnent cette recherche.

33

Cette position semble néanmoins rendue possible par l’espérance que cesseront, à un moment donné, les pressions qui s’exercent sur les salariés « parce qu’un jour elles seront trop fortes pour que les gens puissent s’y adapter ».

34

Cet espoir d’une limitation naturelle par la butée du réel semble leur permettre de mobiliser l’énergie nécessaire à la mise en œuvre de contraintes qui ne cessent de s’accumuler sur eux et sont jugées, malgré tout, excessives bien que conservant une certaine légitimité.

35

La dynamique des liens professionnels de l’équipe, telle qu’elle vient s’actualiser dans le groupe d’analyse de pratique, donne également à voir, à travers une pluralité d’univers particuliers, une fragmentation du lien qui rend problématique de traiter ensemble les situations de malaise qui ont pourtant motivé la demande.

Dans cette première phase, en effet, les modes de présence et de relation prennent la forme d’un repli sur soi et d’un autoréférencement. Chacun affirme sa propre idée, sa propre position et s’y tient, sans manifester le goût de prendre en compte ou d’élargir sa manière de voir aux expériences des autres. Je ressens alors combien il leur est nécessaire de se protéger des effets dépressifs et persécuteurs provoqués par le questionnement des logiques dans lesquelles ils sont pris, et je mesure l’importance de l’isolement qui en résulte. Et derrière la façon qu’ils ont chacun de faire valoir leurs points de vue, en entrant dans des rapports de force explicatifs, transparaît un fort sentiment d’impuissance et de disqualification.

Un espace pour déplacer la violence

36

La dynamique qui prévaut, dans cette première période du travail engagé ensemble, est celle d’une tension pour approcher la vérité des situations par la description et l’objectivation, et pour exercer suffisamment d’influence sur l’autre, en un effort pour ramener son point de vue au sien posé comme vrai. La représentation dominante étant celle du caractère net et transparent d’un accès exhaustif, sans reste, aux êtres et aux choses.

37

Une deuxième période se caractérise par la montée de l’anxiété et l’expression d’une forte charge d’agressivité des uns envers les autres. La parole prise sur le mal-être de chacun prend la voie d’un repérage, d’une dénonciation et d’une attaque des déficiences de l’autre.

38

Les contenus, les constructions représentatives qui informent ses attaques comme les conduites d’annulation du proche, du collègue, laissent apparaître, au-delà des affects, une soumission au cadre de pensée qui structure une conception pragmatique de l’individu réduit à ses modes de faire. Les imputations, sans réserve, à l’autre de ses propres empêchements et ralentissements, comme l’énergie passée à invalider mes interventions visant à ouvrir un espace de parole, sont autant de manifestations d’un rapport défensif à la subjectivité. La nature des attaques indique non seulement la disqualification de la dimension subjective comme dimension à part entière de la production du travail mais en tant que telle.

39

Le monde construit de l’organisation qui vient s’actualiser alors dans les séances d’analyse est celui où prévaut la décharge pulsionnelle ou le repli, laissant chacun face à une grande solitude dans cette course qu’il mène pour le maintien du rythme et de la concentration concernant une activité par trop réduite à son cadrage et à sa technicisation. Explosion ou retrait liés à la recherche anxieuse d’une adaptation aux changements renouvelés et aux pressions injonctives de la direction. Cependant, les expressions explosives ont remis au centre les affects et les émotions qui dans la première phase étaient comme blanchis. S’il a fallu au groupe du temps pour réactualiser, de façon répétitive, l’état de ses crispations, cette émergence a ouvert la voie vers un déplacement.

D’un échange interactif à une parole intersubjective

40

Au fil des mois, des mouvements ambivalents vont commencer à se manifester dans les paroles qui se prennent. La dynamique essentiellement projective laisse place au conflit.

41

Peut se faire jour, pour les professionnels, la tension vécue entre le désir de trouver à mettre des mots sur ce qui leur échappe dans ce qu’ils vivent et les défenses qu’ils mobilisent pour se prémunir, à la fois d’une remise en cause des équilibres existants et de la peur d’une irruption d’affects incontrôlables.

42

Au fur et à mesure des séances, les participants trouvent un étayage suffisant dans le groupe pour avoir moins peur d’être envahis par des émotions qu’ils n’auraient pas senties venir. Progressivement les discours vont évoluer. Les professionnels vont éprouver qu’une parole, adressée, en groupe [5][5] C’est lorsque la parole qui se prend est adressée à..., peut faire sortir de l’isolement.

43

Ils se voient aujourd’hui comme une équipe ayant perdu les points d’appui que représentaient naguère les pratiques d’entraide, la possibilité de partager des préoccupations, des insatisfactions, et de se représenter les contraintes professionnelles comme un sort partagé. Ils réalisent combien les nouvelles contraintes brisent le minimum de continuité dans laquelle s’inscrivaient, jusqu’à ces dernières années, les changements.

44

Sur le plan individuel, au moment où nous en sommes aujourd’hui, le climat de confiance qui commence à s’instaurer permet, peu à peu, l’émergence d’une parole sur les symptômes mais aussi sur le sentiment vécu, et qui peut enfin se partager, d’incompétence, d’impuissance, de déficience et la perte de confiance, le sentiment de culpabilité et l’angoisse qui y sont associés.

45

Ils commencent à mesurer les effets nocifs sur leur corps, leurs pensées, leur psychisme de l’empiétement sur eux des contraintes excessives qui dépassent leur capacité de contenance et entament leurs facultés d’intégration et de régulation et dont ils méconnaissaient le plus souvent la gravité.

46

Ils se voient aussi, pour se protéger mais aussi pour conserver le lien, adopter, à leur tour, des conduites d’empiétement sur les autres qui augmentent leurs tensions.

47

Ainsi le mal-être qui traverse cette équipe et les symptômes auxquels nombre d’entre eux sont exposés se présentent-ils comme le résultat d’une désaffiliation profonde. La brisure des liens d’identification mutuels comme la difficulté d’intégrer les nouvelles normes les privent de la distance nécessaire à l’instauration d’un lien a minima coopératif et solidaire. Car la réduction de chacun à ce qu’il fait entame non seulement la qualité de la relation que les uns et les autres entretiennent à leur travail, mais aussi aux autres, comme porteurs d’une suffisante reconnaissance, selon leurs mots, « de ce qu’on est dans ce qu’on fait ».

Une confrontation épistémologique

48

Les dispositifs mis en place dans les organisations pour accompagner les professionnels dans l’élaboration de leur pratique procèdent de différentes approches, soutenues par une diversité d’orientations épistémologiques, théoriques et méthodologiques. Chaque référentiel répond à des découpages, focalisations, restrictions propres à constituer la délimitation d’un processus et d’un choix d’objet et d’analyse constitutifs de la démarche engagée.

49

Comme réponse à une demande, cette démarche ne s’inscrit pas dans un no man’s land idéologique. Le praticien ne peut s’extraire, en effet, des enjeux et des logiques des organisations en s’assurant un espace neutralisé propice aux changements de la pensée et de l’action.

50

Au contraire, la rencontre avec une demande sociale est toujours une rencontre avec les significations effectives de l’organisation qui sont elles-mêmes fondées sur des postulats concernant notamment le professionnel, le contexte et l’action. Ces significations constituent les conditions contraignantes de l’intervention et se présentent indissociablement comme principes de valeur et de norme.

51

En ce sens, les conceptions de l’homme au travail, de l’amélioration de son efficience, de l’environnement professionnel et de leur déclinaison dans les pratiques conduisent les praticiens de ces groupes non seulement à mettre en place un dispositif mais à entrer dans des enjeux politiques, scientifiques et éthiques.

52

En ce qui concerne mon intervention, l’entrée dans un processus d’analyse clinique qui délie, déconstruit et conflictualise, est venue bousculer les tentatives d’équilibre que ces professionnels cherchaient à trouver dans la pensée constructiviste de l’activité à laquelle ils avaient été conviés dans le travail de groupe précédent.

53

La pensée clinique fut mise en tension avec la pensée instrumentale. Je qualifie cette tension d’épistémique parce qu’elle concerne d’abord le statut conféré notamment au sens, à la représentation, au sujet, à la réalité.

54

Le premier dispositif d’analyse de l’activité professionnelle au service de la performance de l’organisation s’est présenté comme une démarche d’idéologisation de la « nouvelle gouvernance », visant à réduire la représentation d’une amélioration du travail au recensement de l’activité et des comportements et à leur normalisation. La conception du professionnel, dans cette approche, est sous-tendue par celle d’un monde construit du travail comme organisme objectif, obéissant à un schéma rationnel dont la description minutieuse peut rendre compte. Un monde se donnant dans sa construction rendue transparente et qui dépasse la spécificité des acteurs en négligeant, dans sa logique même, les ancrages culturels, l’histoire de l’équipe, de l’organisation et de ses projets, dans leurs dimensions autres que fonctionnelles.

55

L’approche clinique, proposée, s’est constituée à contre-culture en ce sens que, partant de l’expérience du sujet en situation professionnelle, elle s’est centrée sur les ressources individuelles et collectives, comme conditions du renouvellement des représentations et des positions. À travers le récit de la pratique, l’attention s’est portée sur un sujet en conflit aux prises avec des situations dans un cadre professionnel et non sur ses comportements considérés comme ensemble de gestes et de postures.

56

Ainsi ce qui fut mis en travail, par cette approche clinique, ne concernait pas seulement du manifeste et du visible mais la démarche incluait ce qui manque à être, ne se donne pas tant à voir qu’à entendre ; elle fut une écoute de ce qui surgissait derrière le manifeste et qui empêchait l’accès à une élaboration des positions, des conduites, des enjeux tant subjectifs que contextuels.

57

Car le professionnel est, dans cette perspective, considéré comme un sujet défini comme tension, à la recherche d’une cohérence qu’il tente chaque fois de construire et qui, en même temps, lui échappe dans cette tentative toujours reconduite de traiter de ce qui se présente à lui en se donnant du sens et en assurant une efficience à son acte professionnel.

58

La visée concernant la connaissance est un travail sur le sens compris comme construction du sens, toujours en formation, immanquablement lacunaire et inachevé, ouvrant sur des savoirs partiels inévitablement soumis à l’alternative de ses émergences objectivantes et subjectivantes.

59

Elle s’oppose à une pensée qui suppose la désimplication du sujet par rapport à son objet. Un sujet limité au rôle qu’il tient, à la fonction qu’il occupe. Désimplication qui instruit la logique du premier dispositif. Dans cette logique, en effet, la généralisation et l’abstraction des données observées posent que ces dernières sont considérées comme purement transposables d’une situation à une autre, d’un professionnel à un autre.

60

La conséquence en est que, dans l’approche clinique, l’accès au sens n’est pas considéré comme celui d’un dégagement du « bon » ou du « vrai » sens mais comme élaboration du sens que prennent les situations pour ceux qui les vivent.

61

Les situations, telles qu’elles se donnent à l’expérience, constituent ainsi l’essentiel du matériel : il s’agit de l’analyse de situations particulières et du sens qu’elles prennent pour des sujets individuellement et en groupe. Mais cette élaboration est psychosociale parce qu’elle concerne un sujet considéré dans sa problématique subjective en rapport avec la manière dont il est pris dans des déterminations, des logiques, des enjeux organisationnels, institutionnels et sociaux.

62

En d’autres termes, ce sujet est envisagé dans un contexte, aux prises avec une réalité organisationnelle construite socialement. Dire qu’elle est construite, c’est considérer qu’elle procède d’une pluralité de registres, fonctionnel, imaginaire, culturel, symbolique qui traversent toute situation professionnelle et déterminent des affects, des conduites et des relations.

Cette approche qui vise l’implication du sujet dans le rapport cognitif et subjectif qu’il entretient à sa pratique se distingue aussi d’une approche de la connaissance qui exclut la méconnaissance. L’écoute se porte, au-delà de ce que le professionnel sait de ce qui le met en difficulté, sur ce qu’il ignore et qui participe de son malaise, de son impuissance à traiter des questions qu’il se pose ou des situations auxquelles il s’expose.

Partant de cette conception qui s’inscrit dans l’histoire de la psychosociologie clinique, la démarche d’analyse de pratique se présente comme une démarche d’élucidation de la manière dont chacun, à partir des questions qu’il se pose, se dispose dans son rapport à son travail et avec les autres. En ce sens, elle prend parti pour un sujet considéré comme situé « réflexif et délibérant » par un accompagnement à un dégagement des allants de soi, des explications causalistes, des impositions de sens, des représentations instituées ainsi que des captations imaginaires qui immobilisent et découragent.

L’attaque des processus de mentalisation

63

Dans la situation qui nous occupe, l’épreuve vécue est celle d’une crise de sens partagée par des professionnels qui se sentent captifs de logiques les contraignant sans réserve. Ces derniers ont du mal à se représenter les modalités adaptatives qu’ils adoptent pour y faire face et le coût psychique et somatique qui en résulte.

64

Le sens qui circulait dans le groupe s’apparentait à un collage aux nouvelles significations de l’organisation et non à une liaison entre représentation et réalité de cette organisation ; collage rendant difficile de penser le malaise.

65

La démarche clinique interroge en particulier la relation de dépendance que le sujet entretient à la logique fonctionnelle de l’organisation mais surtout aux significations imaginaires qui instruisent cette fonctionnalité. Car ces dernières dessinent un univers de contrainte psychique, et pas seulement d’action, par lequel le sujet entre dans des processus de signification et d’appropriation qui signent son mode d’insertion dans l’organisation. Or quand l’appropriation se fait incorporation toxique, c’est le sujet dans le professionnel qui est mis à mal.

66

Les membres de l’équipe ont fait une demande qui, derrière un contenu explicite, laissait entrevoir qu’il s’agissait d’un questionnement concernant la relation qu’ils entretenaient à ce monde construit de leur organisation. Mon écoute s’est portée tout particulièrement sur ce malaise dans son lien à la réalité qui lui donnait forme, réalité méconnue dans ses modes d’intériorisation.

67

Ma visée, dans cet accompagnement clinique en groupe, était de donner précisément sa place au sujet en difficulté en favorisant, dans une relation intersubjective, une parole qui permettrait d’approcher pour chacun son lien psychisé [6][6] Par lien psychisé, j’entends nommer le processus dynamique... à la situation qui le mettait à mal. Elle était de redonner de la consistance subjective à la pensée en aidant à disjoindre la relation cause-effet-solution [7][7] Pour un développement concernant cette relation cause-effet-solution,... qui façonnait les modes de pensée partagés.

68

Dans le régime dominé par la pensée opératoire, corps, psyché et lien intersubjectif se trouvent conjointement touchés.

69

Le déni, en actes, de la représentation réduite à une perception objective, a pour effet que le sujet se sent happé par les choses ou comme aplati sur elles.

70

Cette négation de l’activité représentative constitue une attaque du processus de mentalisation. Car cet univers d’un monde du tout visible contient la hantise de la pensée associative. Les professionnels doivent, par exemple, s’en tenir à des informations strictes en écartant toute pensée émergente évaluée comme perte de temps.

71

Dans Au-delà du principe de plaisir (1920), Freud précise que pour l’organisme vivant, la fonction de pare-excitation est presque plus importante que la fonction d’excitation en ce sens qu’elle nous donne la possibilité d’un certain pouvoir sur notre environnement par les fonctions régulatrices qu’elle permet. Ainsi la capacité intégrative du moi tient-elle en grande partie de sa capacité défensive.

72

Or ce régime qui fait de la mentalisation un aplat transparent produit une sorte de bi-polarité du plein et du vide, dans une économie psychique qui passe d’un débordement par accumulation d’excitations qui ne trouvent pas à se lier, à une sidération de l’imaginaire qui peine à exercer ses fonctions créatrices. Dans les deux cas ce sont les processus de liaisons qui sont mis à mal.

73

Les régulations par l’expression somatique et psychique font partie des régulations habituelles, mais on peut se demander si l’augmentation préoccupante des décompensations psychiques et somatiques dans les organisations ne tient pas à la dissociation du lien organique entre le corps et l’activité représentative ; le sujet trouvant difficilement à s’inscrire dans un système qui attaque la pensée métaphorique et les processus de symbolisation. Ces décompensations qui viennent heurter l’efficience pragmatique rappellent que les changements nécessitent pour le sujet des moments d’arrêt ou de ralentissement pour que s’opère leur intégration psychique. Car la capacité d’adaptation est soumise à des rythmes qui, s’ils diffèrent d’une personne à l’autre, nécessitent, toujours, un temps psychique de métabolisation.

C’est cet espace-temps de la réception, pour respirer, pour penser, pour former des liaisons significatives, que nous avons, avec le groupe, tenté d’ouvrir à contre-rythme de cet agir qui s’épuisait sans trouver le lieu psychique de son accueil.

Du déclaratif au narratif

74

J’ai montré comment le groupe, dans la première phase de l’intervention, actualisait, par un déplacement dans l’espace d’analyse, des mécanismes à l’œuvre dans l’organisation :

  • une présentation des pratiques renvoyant à un agir comme réalité pleinement présente, totalement devant soi et non habitée par des significations plurielles ;

  • une intolérance à supporter des zones imprécises imputées et renvoyées à l’autre comme ses manquements, entravant le déploiement de l’activité ;

  • un régime du discours purement déclaratif soutenu par une conception de la vérité réduite à une description objectivée des situations ;

  • une croyance dans la transparence des situations de travail que leur donnent les procédures au service de leur visibilité.

Comme je l’ai souvent souligné dans mes travaux, une fonction essentielle du clinicien, au début de son intervention, est de favoriser l’émergence d’un régime particulier de la parole qui n’est pas celui de ses usages habituels. C’est à lui de rendre sensible ce décalage, d’instaurer cette spécificité de l’énonciation, d’en relever les bénéfices de sens et, ayant établi cette relation, de la maintenir.

75

Dans le régime normatif du perceptif dans lequel se trouvait le groupe au début du travail entrepris avec lui, ouvrir à cette parole et permettre qu’elle advienne a été un long cheminement. C’est cette disposition qui me semble particulièrement requise aujourd’hui et qui engage le clinicien dans sa démarche.

76

Car accompagner les professionnels à penser leur pratique et leur expérience commence par les aider à défonctionnaliser les discours explicatifs et causalistes dans lesquels ils sont pris (Giust-Desprairies dans Kaës et coll., 2008). Il est de toute nécessité, en effet, de favoriser les conditions d’une écoute et d’une présence suffisamment étayantes, pour que les acteurs sociaux s’entendent dire ce qui dans leur parole arrive comme contenus imposés de sens, de norme qui instruisent leurs manières d’être et de faire.

77

L’enjeu dans ce groupe a été, pendant plusieurs mois, d’accompagner les membres à se dégager de la temporalité statique du déclaratif qui réduisait les relations à des interactions. S’en dégager pour entrer dans un récit narratif susceptible de soutenir le processus de subjectivation qui passe par une re-signification de l’expérience individuelle et partagée.

78

La parole narrative permet, en effet, de ré-instituer le sujet dans la temporalité. Elle est une « mise en intrigue » (Ricœur, 1991), c’est-à-dire un agencement des faits qui n’est pas une grammaire mais relie l’action et le sens qu’elle prend pour la personne qui s’y engage.

79

Permettre au sujet d’atteindre, par le récit, ce qui fait vérité pour lui et avec les autres, nécessitait de se rendre sensible à ce qui, de l’expérience vécue, était recouvert par une vérité objective se donnant comme scientifique.

80

L’enjeu était que puisse s’ouvrir un espace à une libre association qui permette un desserrement de la pensée causaliste. Que puisse se mobiliser un fonctionnement psychique pour une pensée plus compréhensive qu’explicative, propre à engager un processus de symbolisation d’expériences vécues qui, ne trouvant pas à se lier, avait pris la voie du symptôme et de la désocialisation.

81

Enfin il convient d’insister sur l’importance de cette socialité intermédiaire constituée par le groupe, dans ce processus de travail.

Parce qu’il s’agissait d’une équipe professionnelle, il fut important que l’expérience, dont faisaient état ses membres, puisse se constituer collectivement comme objet de parole et de pensée. Cette parole, progressivement trouvée dans le groupe, les a fait sortir de l’isolement produit par la logique adaptative parce qu’elle s’est mise à ranimer la consistance intersubjective tout un temps captive de la pensée opératoire.

Le sens d’un engagement

82

La spécificité de la clinique psychosociale qui instruit ma démarche d’analyse de pratique en groupe tient à ce que je tente de rester attentive à situer l’expérience des acteurs dans son contexte social sans l’y réduire et sans l’assimiler aux incidences subjectives qu’il suscite.

83

J’interroge ce qui relie les construits organisationnels, comme structure de sollicitation, à la subjectivité, comme réponse intégrative à l’organisation, en soutenant la fonction d’élaboration du processus narratif en groupe.

84

Plus particulièrement aujourd’hui, il me semble que l’enjeu clinique est doublé d’un enjeu politique au sens où il s’agit d’interpeller l’efficacité positiviste en activant les logiques non économiques des relations sociales. La tâche, qui se fait plus impérieuse qu’en d’autres temps, est de restaurer des dispositifs de pensée, en œuvrant, autant que faire se peut, à conserver une place à la subjectivité, aux processus non conscients, à la consistance culturelle sans mésestimer le poids de l’histoire.

85

Du point de vue du processus clinique, il est possible de se satisfaire du mouvement à l’œuvre dans le groupe présenté. Les membres de cette équipe ont réussi à mettre en travail avec un tiers ce qui les travaillait à leur insu et à faire reculer, pour certains, leurs symptômes.

86

Mais la question reste néanmoins posée du rapatriement de ces avancées au sein d’un service dont les instances hiérarchiques sont peu décisionnaires des logiques qui forgent ses modes de gestion et de management. Logiques qui favorisent des processus de dérégulation et qui discréditent la constitution de chacun comme professionnel.

87

Car dans la situation présentée mais au-delà d’elle, à travers les interventions que nombre d’entre nous effectuons, corroborées par de plus en plus d’observateurs et d’analystes, c’est bien un imaginaire social instituant un être sans histoire et sans épaisseur qui s’entrevoit. Un sujet capable de se convertir ou de se recycler à tout instant, en fonction d’exigences changeantes et de transformations incessantes.

88

La figure anthropologique qui se dessine, dans cet imaginaire, est celle d’un être qui se présente dans l’immédiat, externalisé de lui-même, sans espace et sans temps.

89

Mais cette figure le dispute à d’autres puisqu’elle ne se laisse pas complètement résorber par l’image d’une rationalisation du dit facteur humain se donnant pour la réalité. En ce sens le symptôme représente une organisation défensive de résistance.

Du point de vue du collectif, la résistance prend appui sur des significations enracinées de longue date dans l’histoire collective et dont chacun est dépositaire. C’est parce que les contenus culturels ne sont jamais réductibles aux conjonctures socio-historiques qui les voient naître qu’il nous est possible de continuer à penser avec ceux qui s’adressent à nous que les formes d’organisation sociale sont sujettes à varier dans l’espace et dans le temps, qu’elles sont transitoires, historiques.


Bibliographie

  • Aulagnier, P. 1975. La violence de l’interprétation, Paris, puf.
  • Baudet, M.-B. 2009. « L’homo economicus n’a pas d’inconscient », Penser/rêver, n° 16.
  • Dardot, P. ; Laval, C. 2008. La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale, Paris, La Découverte.
  • Ehrenberg, A. 2008. Le culte de la performance, Paris, Hachette Littératures.
  • Enriquez, E. 1997. Les jeux du pouvoir et du désir dans l’entreprise, Paris, Desclée de Brouwer.
  • Freud, S. 1920. Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1968.
  • Généreux, J. 2006. La dissociété, Paris, Le Seuil.
  • Giust-Desprairies, F. ; Lévy, A. ; Nicolai, A. (sous la direction de). 1998. La résistible emprise de la rationalité instrumentale, Paris, eska.
  • Giust-Desprairies, F. (sous la direction de). 2005. Analyser ses pratiques professionnelles en formation, Créteil, crdp.
  • Giust-Desprairies, F. ; Cifali, M. (sous la direction de). 2006. De la clinique : un engagement pour la formation et la recherche, Bruxelles, De Boeck.
  • Giust-Desprairies, F. 2008. « Significations sociales et enjeux culturels d’une parole adressée en groupe », Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe, n° 50, p.19-32.
  • Giust-Desprairie, F. 2008. « Une fondation imaginaire saturée : le mythe de l’école républicaine », dans R. Kaës, O. Nicolle (sous la direction de), L’institution en héritage, Paris, Dunod.
  • Gori, R. 2008. La preuve par la parole, Toulouse, érès.
  • Gréau, J.-L. 1998. Le capitalisme malade de sa finance, Paris, Gallimard.
  • Honneth, A. 2006. La société du mépris, Paris, La Découverte.
  • Laville, J.-L. 2008. Le travail : une nouvelle question politique, Paris, Desclée de Brouwer.
  • Lévy, A. 1997. Sciences cliniques et organisations sociales, Paris, puf.
  • Merleau-Ponty, M. 1945. Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard.
  • Nanteuil, M. (de). 2009. La démocratie insensible, Toulouse, érès.
  • Ricœur, P. 1991. Temps et récit, t. 1, L’intrigue et le récit, Paris, Le Seuil.
  • Théry, L. 2006. Le travail intenable, Paris, La Découverte.
  • Zaltzman, N. 2007. L’esprit du mal, Paris, L’Olivier.

Notes

[*]

Florence Giust-Desprairies, professeur à l’université Paris 7 Denis-Diderot, présidente du cirfip, giustdesprairies@wanadoo.fr

[1]

Sur la spécificité et l’approfondissement d’une approche clinique psychosociale de l’analyse de pratique en groupe, je renvoie à mon ouvrage Analyser ses pratiques professionnelles en formation, crdp, 2005.

[2]

Pour un approfondissement de ces transformations, le lecteur pourra se référer aux nombreuses contributions convergentes faites par des analystes des différentes disciplines en sciences humaines.

[3]

Je limite les informations sur l’organisation de cette entreprise pour des raisons de confidentialité.

[4]

L’analyse s’attache à l’élucidation des conduites provenant du cadre institutionnel ou professionnel telles qu’elles viennent s’actualiser et s’activer dans le groupe par un processus de transfert institutionnel, c’est-à-dire un déplacement sur l’espace d’analyse des processus et des enjeux à l’œuvre sur la scène organisationnelle.

[5]

C’est lorsque la parole qui se prend est adressée à un autre ou à des autres qu’elle parvient à lier les affects et les images et ouvre au sens d’une histoire habitée favorisant un travail d’élaboration et de conscientisation permettant le renouvellement des significations.

[6]

Par lien psychisé, j’entends nommer le processus dynamique de la psyché qui s’atteste par la capacité de liaison entre intérieur et extérieur.

[7]

Pour un développement concernant cette relation cause-effet-solution, le lecteur pourra se reporter à « la rationalité comme défense » chapitre 2 de mon ouvrage La figure de l’autre dans l’école républicaine, Paris, puf, 2003.

Résumé

Français

Dans cet article, l’auteur montre comment l’approche clinique psychosociale à partir de laquelle il intervient dans une équipe et qui succède à un dispositif de normalisation de l’activité et des comportements au service de la performance de l’organisation, s’est constituée dans une confrontation épistémologique « de l’intérieur » entre deux conceptions du professionnel et du changement. Le premier est sous-tendu par la représentation d’un monde construit du travail comme organisme objectif, obéissant à un schéma rationnel dont la description minutieuse peut rendre compte. Le second se fonde sur l’organisation comme monde construit procédant d’une pluralité de registres, fonctionnel, imaginaire, symbolique pour un sujet en quête de sens et d’efficience. Sont montrés les enjeux d’une analyse clinique psychosociale qui interpelle l’efficacité positiviste et ses effets nocifs sur les processus de pensée, de subjectivation et de constitution de liens coopératifs.

Mots-clés

  • analyse de pratique
  • pensée instrumentale
  • confrontation épistémologique
  • démarche clinique psychosociale
  • processus de subjectivation

English

Implementing a clinical approach of practice-analysis today, an epistemological fightIn this article, the author shows the relevance of a clinical psychosocial approach when intervening within a team and how such an approach was born through an epistemological confrontation – “from Inside”, between two basic assumptions about the Professional and the change process. The intervention is following a setting which contributed to normalize the activities and the behaviors for the benefit of the organization. The first basic assumption is linked to the social representation of a constructed world of work being an objective organism ; such an organism depends on a rational pattern which can be described carefully. The second one is based on the organization as a world constructed around a variety of registers – functional, imaginary, symbolic – for a person looking for meaning and effectiveness. Therefore, this article shows how a clinical psychosocial analysis challenges the positivistic efficiency and its defensive effects upon the processes of thinking, “subjectivation” and cooperative links creation.

Keywords

  • practice analysis
  • instrumental thinking
  • epistemological confrontation
  • clinical psychosocial approach
  • subjectivation process

Plan de l'article

  1. La demande d’un groupe d’analyse de pratiques en situation de crise
  2. Le contexte social d’une demande
  3. Traiter des secousses individuelles sans troubler la marche de l’organisation
  4. Une analyse de pratique au service de la performance de l’organisation
  5. La carte n’est pas le territoire
  6. Actualisation des logiques de l’organisation dans l’espace clinique
  7. Un espace pour déplacer la violence
  8. D’un échange interactif à une parole intersubjective
  9. Une confrontation épistémologique
  10. L’attaque des processus de mentalisation
  11. Du déclaratif au narratif
  12. Le sens d’un engagement

Article précédent Pages 67 - 83 Article suivant
© 2010-2017 Cairn.info