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Nouvelle revue de psychosociologie

2011/2 (n° 12)

  • Pages : 304
  • ISBN : 9782749214719
  • DOI : 10.3917/nrp.012.0185
  • Éditeur : ERES

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La sociopsychanalyse institutionnelle s’est, dans un premier temps [1][1] Voir les huit numéros de la revue Sociopsychanalyse..., centrée sur ce qu’elle a appelé la « classe institutionnelle », c’est-à-dire que n’était concernée qu’une partie des salariés de l’institution. Elle s’est ensuite élargie à son ensemble [2][2] Le livre de Mireille Bitan, Philippe Roman et Gérard... et plus récemment aux usagers et personnes gravitant autour : par exemple, des résidents mais aussi des bénévoles et des familles [3][3] J.-L. Prades, « Intervention et communication dans.... Mais la sociopsychanalyse, en tant que pratique d’intervention psychosociologique, matérialisée par un dispositif institutionnel (appelé dim : dispositif institutionnel Mendel), s’est aussi adaptée au milieu ouvert, aux jeunes de la rue [4][4] M. Parazelli, La rue attractive, Presses de l’université....

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C’est à partir d’interventions réalisées par l’adrap (dans le sud de la France) au sein d’une association employant des éducateurs spécialisés travaillant dans des quartiers populaires et par le Collectif Désisyphe auprès de jeunes de la rue (au centre-ville de Montréal) que nous montrerons la nécessité d’un aménagement du dispositif en fonction des personnes auxquelles il s’applique dans le respect des logiques qui le sous-tendent.

Une intervention sociopsychanalytique au sein d’une association de prévention spécialisée [5][5] D’après J.-L. Prades, « De Balint à Mendel. Une intervention...

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La demande (au départ de supervision) provenait de deux équipes d’éducateurs de prévention spécialisée [6][6] La prévention spécialisée, en France, est une action... dont les membres souhaitaient pouvoir réfléchir sur leurs pratiques avec un intervenant extérieur à l’association. L’adrap y a répondu favorablement en proposant une intervention s’apparentant au travail des groupes « Balint », à raison d’une réunion mensuelle. Au cours de l’année, deux autres groupes de salariés (éducateurs scolaires et éducateurs techniques) ont souhaité bénéficier de cette supervision. Quelques mois plus tard, les chefs de service, à leur tour, ont fait la même demande. L’adrap proposait alors à l’ensemble du personnel de mettre en place un dispositif institutionnel Mendel (dim).

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Décrivons de façon schématique l’institution :

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Il s’agit d’une association originale dans la mesure où, à côté des « clubs de prévention » traditionnels, elle a créé un service de logement, deux autres à vocation pédagogique et de formation, et des chantiers d’insertion, qui sont autant d’outils à la disposition des éducateurs « de rue ». Des problèmes liés à la croissance de l’association vont se poser, en particulier ceux concernant l’articulation des différents services : les nouveaux services (logement, pédagogie, chantiers d’insertion, etc.) ont en effet tendance à s’autonomiser, à fonctionner pour eux-mêmes. C’est ce que nous découvrirons au cours de la supervision.

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Une supervision sous la forme d’une analyse des pratiques (à la manière des « groupes Balint ») va être mise en place. Pourquoi avoir accepté cette intervention ? Et pourquoi sous cette forme ? Deux questions qui sont liées puisque nous n’avons répondu positivement à la première qu’à la condition que puisse être respecté un certain nombre de caractéristiques communes aux « groupes Balint [7][7] Les « groupes Balint », inventés par Michaël Balint,... » et de sociopsychanalyse, parmi lesquelles :

  • l’homogénéité des groupes ;

  • la centration sur l’acte de travail et les métiers ;

  • l’étude concrète du contenu du travail ;

  • un travail d’élaboration collective ;

  • une perspective longitudinale (dans la durée) ;

  • un processus de formation sous l’angle du groupe ;

  • une intervention dans une perspective de changement.

Ces aspects communs aux deux formes d’interventions rendaient possible et facile le glissement de l’une vers l’autre, perspective que le groupe adrap avait dès le départ. Un travail sur le modèle des « groupes Balint » est par ailleurs particulièrement adapté à l’analyse de pratiques (pas seulement celles de médecins [8][8] Juste après la Seconde Guerre mondiale se développa...).

Thématiques et identité

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Ce travail met aussi en exergue la question de l’identité, comme le montrent très concrètement les résumés de quelques séances choisies au hasard et rapportées dans le tableau qui suit.

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Les questions abordées : violence et conflits, toxicomanie, religion, mais aussi échec scolaire ou problèmes de logement apparaissent systématiquement dans la vingtaine de comptes rendus réalisée. Elles renvoient toutes à la question de l’identité, celle des jeunes – pour peu qu’on la couple à la notion de socialisation – et celle des éducateurs comme nous le verrons plus bas.

Des « groupes Balint » au dispositif institutionnel Mendel

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Quelques mots sur le déroulement des séances. Lors de chaque réunion, un éducateur (ou éducatrice) arrive en ayant préparé la présentation d’un cas. Il (elle) l’expose oralement sans être interrompu(e) pendant quarante-cinq minutes environ. Autant de temps est réservé à l’expression des autres membres du groupe qui, l’un après l’autre, vont questionner ou interpréter la situation exposée.

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L’intervenant propose ensuite des synthèses intermédiaires, des éclairages théoriques (un ou deux ouvrages de référence au maximum par séance) et une synthèse finale qui fera l’objet d’un écrit. En raison du refus (justifié) de certains membres des groupes de voir diffuser ces écrits, ils sont lus par l’intervenant aux participants pour validation au début de la séance suivante et conservés par lui dans un classeur afin que chacun puisse y avoir accès lors des réunions, avec le risque (avéré) que la « capitalisation » du travail se perde [9][9] Nous avons tenté d’y remédier en essayant à chaque....

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Cet aspect apparemment méthodologique et technique pose en réalité un problème théorique de fond puisqu’il entérine l’idée d’une intervention limitée au groupe. Si elle permet à coup sûr une élaboration collective autour de questions propres au métier d’éducateur (dans les conditions où les membres du groupe l’exerce ici et maintenant), et donc de contribuer à forger une identité professionnelle, elle s’inscrit hors institution, en « apesanteur institutionnelle ». Les groupes ne s’interpellent pas et sont donc repliés sur eux-mêmes. Et s’isoler est se priver de sa capacité d’agir. C’est pourquoi, lorsqu’une demande a été faite de constituer un groupe de chefs de service, l’adrap a proposé d’installer un dispositif institutionnel visant à la participation de tous (directeur y compris) et offrant une communication intra-groupe mais aussi entre les groupes [10][10] Pour être tout à fait complet, notons que la mise en.... Il ne s’agit plus seulement d’une intervention mais d’un dispositif qui est institutionnel parce qu’il est créé à partir de l’organigramme qu’il reconstitue à partir des métiers et des divisions du travail.

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Ainsi, si l’appartenance exclusive au groupe du contenu des séances est bien maintenue, elle s’inscrit dorénavant dans un cadre institutionnel créé qui rend plus prégnant le rapport au réel en référence à la tâche, à l’activité. Surtout, sont pour une bonne part écartés les processus régressifs propres aux groupes centrés sur le groupe (Amado, 1999) qui favorisent tant l’interprétation familialiste (Mendel, 1992). Nous avons pu observer, malgré nous, à quel point le groupe fermé induisait une logique thérapeutique qui renvoyait l’éducateur à lui-même. À quel point aussi étaient minorés les contextes sociaux et institutionnels au profit d’une approche psychologique, et ceci, quel que soit l’effort de l’intervenant pour les y introduire.

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Venons-en à la sociopsychanalyse (sp), en tant que pratique (sp institutionnelle), qui vise à la mise en place d’un dispositif institutionnel construit préalablement à l’intervention (et qui s’adapte à chacune) et qui s’appuie sur :

  • la constitution de groupes homogènes (de métiers), « taillés » dans l’organigramme de l’institution ; ils vont se réunir quatre ou cinq fois par an (sur la base du volontariat) pour échanger collectivement (par groupes de pairs) sur leur acte de travail (concertation) ;

  • une communication indirecte (anonyme) entre les groupes par le biais de comptes rendus écrits (communication) [11][11] Pour une présentation synthétique de la sociopsychanalyse,....

Comme l’indique le schéma qui suit, on assiste à la reconstruction d’un nouvel organigramme avec la présence de la totalité des personnels regroupés en fonction des métiers et sur la base d’une absence de hiérarchie à l’intérieur du même groupe, le seul groupe hétérogène étant le comité de pilotage.

Identité professionnelle et identité personnelle

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L’idée selon laquelle le travail constituerait un élément important de l’identité personnelle n’est pas nouvelle. Ce qui l’est davantage est qu’elle se conjuguerait avec les phénomènes de « déqualification », de « déprofessionnalisation », en un mot de destruction des formes d’organisation collective du salariat auxquels nous assistons (Linhart, 2009). Cette mutation se traduit par une crise identitaire analysée en termes d’« exclusion » et de « précarité » (Paugam, 2000), de « reprolétarisation » (Verret, 1989), de « désaffiliation » (Castel, 1996). Cet affaiblissement de l’identité professionnelle est aussi l’effet de génération. Au militantisme des années 1970 (mettant l’accent sur l’institutionnel et le politique) succède, à partir des années 1990, « le travail social au singulier » (Ion, 1998), à la carte. L’apogée du social coïncide avec le début du « déclin des institutions » (Dubet, 2002) et, pour le dire en un mot double, de l’État providence. Cette crise est partagée indifféremment par les travailleurs sociaux (inquiets quant à la pérennité de leur emploi) et par ceux qu’ils accompagnent, qui « galèrent ». La fameuse « bonne distance », que les professionnels aguerris sont censés posséder, suppose la présence préalable d’une autre distance dans les modes d’existence et de pensée sans laquelle fusion et confusion guettent [12][12] L’évaluation d’une formation de jeunes « leaders ».... Comment un éducateur précarisé peut-il accompagner un jeune, lui-même en difficulté sociale, vers l’insertion professionnelle ? Cette proximité dans les modes de vie transforme les regards réciproques des protagonistes : le travailleur social, habitué à des publics qu’il connaissait (la personne handicapée et la personne inadaptée), rencontre dorénavant une plus grande diversité de personnes qui rentrent plus difficilement dans les catégories instituées. Et, parmi ces personnes, certaines offrent des caractéristiques très proches des siennes. Du côté des personnes « accompagnées », des jeunes suivis en l’occurrence, le travailleur social est souvent perçu comme « quelqu’un comme nous » (suivant les dires d’un jeune), dont la vulnérabilité ne fait aucun doute.

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De la sorte, on a affaire à la prégnance de l’identité personnelle sur l’identité professionnelle qui tend à modifier la perception du métier, à la subjectiver (Linhart, 2010). Davantage qu’avant, les situations rencontrées dans le cadre du travail font écho à celles que le travailleur social vit dans sa propre vie. Il lui arrive donc, plus souvent qu’auparavant, d’y répondre personnellement ; attitude qui s’avère par conséquent moins professionnelle. Au propos misogyne du jeune, l’éducatrice répond en tant que femme, s’identifiant aux jeunes filles que ce jeune maltraite. Face à la situation du couple, l’éducateur se trouve pris au piège d’une problématique religieuse qui le renvoie à ses propres difficultés sur le sujet. Les problèmes de logement que rencontre cette famille sont proches de ceux que vit cet éducateur, lui aussi mal logé en raison des montants exorbitants des loyers. D’un côté, les travailleurs sociaux ont le sentiment d’être très bien placés pour comprendre les difficultés de ceux qu’ils rencontrent puisqu’ils les vivent à peine un peu moins mal qu’eux. Mais, d’un autre côté, leur positionnement devient « impossible » (selon les termes d’un éducateur) en raison de la part trop grande faite à la subjectivité. « J’ai toujours été engagée », dit une éducatrice. « Mais là, je n’arrive plus à faire la part des choses. » Une autre confirme : « J’ai l’impression que nous sommes trop touchés personnellement. Ce que vivent les jeunes, on le vit nous aussi un peu. Donc, on a envie soit de les défendre comme des frères, soit de les rejeter parce qu’ils nous ressemblent trop ; la part maudite de nous-mêmes qu’on ne saurait voir en face [13][13] Extrait des comptes rendus de groupes, cahier de s.... »

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Être éducateur suppose l’existence d’une culture particulière qui est certes faite d’expériences, de connaissances techniques et en sciences humaines et sociales, mais aussi, et sans doute davantage, d’une conception du monde, d’une philosophie sociale, en un mot, d’une culture. Cette culture s’acquiert. Il faut y être initié, s’y convertir pour pouvoir pratiquer. Cette « imprégnation culturelle » est la condition de la construction de l’identité décisive dans la socialisation professionnelle (Dubar, 2000). Ce processus de socialisation a été assez précisément décrit par plusieurs sociologues et psychosociologues qui ont en particulier dégagé plusieurs moments, parmi lesquels la séparation du professionnel d’avec la culture profane (incompatible avec la culture professionnelle) et l’identification au rôle professionnel obligeant à renoncer à certaines de ses identités antérieures (Dubar, Tripier, 2005).

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Les pratiques décrites plus haut remettent en question ces deux « moments », pourtant consubstantiels de la professionnalisation des éducateurs.

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Dans ce contexte de « déprofessionnalisation » et de « désinstitutionalisation [14][14] Au sens de F. Dubet, Le déclin de l’institution, Paris,... », où le « travail social est fragile comme les souffrances et les malheurs qu’il côtoie » (Autès, 1999), le dim vient précisément contribuer à renforcer l’identité professionnelle et institutionnaliser des pratiques par trop éclatées dans un social ouvert.

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Voyons maintenant comment le dim a été aménagé en s’adaptant aux contraintes d’un milieu ouvert où plusieurs institutions sont impliquées auprès des jeunes de la rue, et y œuvrent selon des normes différentes.

Les jeunes de la rue à Montréal : un dispositif pour l’affiliation sociale

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Soutenir l’affiliation sociale [15][15] L’affiliation sociale renvoie au sentiment d’appartenance... des jeunes de la rue ne signifie pas sortir les jeunes de la rue ou prévenir les risques entourant la vie de ces jeunes, mais plutôt les inviter, par la voie de l’échange démocratique, à conserver un lien avec des acteurs non marginaux de la société. La prise en considération de la tension marge/centre, en matière d’intervention auprès des jeunes de la rue, exige un cadre institutionnel qui offre des conditions d’échanges propices à l’expression créative, à l’ouverture vers l’autre, à la réflexivité, au sens des responsabilités, à la réciprocité, au respect dans la confrontation, etc. Régi par des règles démocratiques d’échanges, ce cadre devrait permettre de voir la marge sociale où se tiennent ces jeunes non pas comme une marque d’incivilités, un simple raté de socialisation ou un signe d’errance anomique, mais comme une opportunité d’insertion éventuellement potentialisée par une meilleure reconnaissance de cette marge par les acteurs non marginaux. Pour ce faire, il importe de reconnaître les efforts que ces jeunes ont déjà entrepris à leur manière afin de trouver leur place en s’insérant dans la société par la marge sociale [16][16] Pour en savoir plus sur les rapports des jeunes de.... Comme nous pouvons l’observer chez les jeunes de la rue, certains chercheurs ont déjà mis en évidence le potentiel de normativité que l’expérience sociosymbolique de la marginalité permet tait de développer chez les personnes marginalisées, qu’il s’agisse des jeunes, des enfants de la rue, des gangs de rue, des routards, ou des Tsiganes [17][17] Voir Perrault, Bibeau (2003) ; Fonseca (2003) ; Lucchini.... En ce sens, la marge sociale n’est pas que subie ou destructive en soi mais peut aussi comporter un potentiel de socialisation et d’émancipation. Nous disons « peut » car il ne s’agit pas d’idéaliser la marge sociale mais d’être autant à l’écoute de ce qui peut s’y déve- lopper que de ce qui la produit dans un contexte donné et selon les divers parcours biographiques.

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Parmi les modes d’interventions qui s’adressaient aux jeunes de la rue à la fin des années 1990, aucun ne prenait en compte les dimensions politiques de leur réalité sociale, s’agissant ici des rapports de pouvoir déjà instaurés entre les intervenants, les autorités publiques et ces jeunes. Il existait une forte résistance à reconnaître ce phénomène comme un effort paradoxal d’insertion par la marge. Reconnaître la place sociale des jeunes de la rue et désirer entrer en dialogue avec eux ne va pas de soi. Plusieurs obstacles existaient et existent toujours. Les rares essais de rencontre en face à face entre des jeunes de la rue, des élus municipaux et des travailleurs sociaux ont pratiquement toujours versé dans des rapports d’affrontement ou réactionnels typiques des rapports d’autorité conflictuels entre parents et enfants. Pensons aux nombreux préjugés bien ancrés de part et d’autre, et au contexte de répression associé à la revitalisation urbaine du centre-ville-est de Montréal que la Commission des droits de la personne et de la jeunesse qualifia de « profilage social » en 2009 (cdpj, 2009). Dans l’idée d’instaurer un lien politique avec ces jeunes, le mode d’intervention, conçu à partir des travaux de la sociopsychanalyse, s’avérait le plus pertinent eu égard au contexte de la rue. La prise en compte des transformations dans les rapports à l’autorité et des obstacles à l’établissement de rapports égalitaires entre des acteurs vivant des rapports inégalitaires nous a amenés à concevoir une adaptation de la proposition d’intervention appelée « dispositif institutionnel Mendel » (dim).

Une dispersion des responsabilités professionnelles

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Dans le milieu de la rue, chacun effectue sa part du travail sans être obligé de prendre en compte le travail des autres, ce que nous avons appelé la « taylorisation sociale de la responsabilité politique » concernant l’intervention auprès des jeunes de la rue où chaque organisme travaille en « silo » (Parazelli, 1997). Cette contrainte structurelle a pour effet de fragmenter et de disperser les actions alors que les champs d’intervention sont identifiés sous des fonctions précises (missions de prévention du vih, alimentaires, d’aménagement urbain, etc.). Ceci fait en sorte que chaque acteur institutionnel n’a pas de raison ni de lieu organisationnel pour envisager avec les autres acteurs la complexité du phénomène des jeunes de la rue, et pour en tenir compte dans ses projets d’intervention. Par suite, le mode d’organisation du dim vise à relier les fonctions d’intervention dispersées par des rassemblements d’acteurs non sur la base d’une fonction ou d’une mission institutionnelle commune, mais selon les actes de travail qui leur sont communs. Cette modification organisationnelle offre la possibilité aux participant(e)s de dépasser leur champ de responsabilité partielle en le reliant à celui des autres acteurs, tout en reconnaissant les jeunes de la rue comme des citoyens et non seulement comme des « clients » du travail social. Cette contrainte existe aussi dans une institution fermée où, comme le souligne Mendel (1980), la division du travail peut être extrême, alors que chaque individu n’effectue qu’une infime partie du travail de l’entreprise. Bien que le monde de la rue ne soit pas une institution stricto sensu, on peut la considérer comme un « complexe institutionnel » (Parazelli, Colombo, Tavlian, 2007) où plusieurs institutions se partagent l’espace de travail en milieu ouvert. Dans ce contexte, le défi consiste justement à reconnaître la place et l’effet de cette contribution de chacun sur le fonctionnement de l’institution dans son ensemble. Suivant cette analyse, nous avons proposé aux milieux d’intervention et aux autorités municipales une forme d’intervention auprès des jeunes de la rue qui vise à instaurer des liens sociaux dans une perspective de socialisation démocratique en invitant les acteurs concernés à dialoguer avec des jeunes de la rue par la voie d’une communication indirecte, c’est-à-dire l’écriture. Le fait d’instaurer un dialogue entre ces acteurs et les jeunes selon des règles égalitaires devrait favoriser la reconnaissance des efforts d’affiliation marginalisée engagés par ces jeunes et ainsi les soutenir dans ce passage temporaire que constitue la vie de rue.

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Notons ici que l’objectif visé par ce cadre est de créer un espace de rencontre et d’échanges entre divers groupes d’acteurs ayant les mêmes droits à l’expression, à la délibération et le même devoir de réponse aux autres. Il s’agit bien de reconnaître les jeunes de la rue comme des « citoyens marginaux » de sorte que la tension paradoxale entre la marge et le centre soit respectée dans sa dynamique propre. Précisons que les jeunes n’avaient pas à changer quoi que ce soit à leur mode de vie pour participer, mais à avoir quelque chose à dire à propos de leur univers social. En ce sens, assister aux rencontres du dispositif pouvait avoir quelque chose de paradoxal et de propice au travail d’élaboration identitaire, car les jeunes n’étaient plus entièrement dans le monde de la rue, ni complètement dans celui d’une institution. La tension étant maintenue vivante et les règles du dispositif permettant à tous une expression libre, les groupes de jeunes ont été parmi ceux qui ont le plus investi ce dispositif.

Les aménagements du dispositif : la construction d’un dispositif spécifique à Montréal

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Pendant six années (de 1997 à 2006), si l’on exclut les périodes d’organisation, les jeunes de la rue ont dialogué avec des groupes d’acteurs formés de policiers, d’autres jeunes de la rue, d’intervenants jeunesse, de responsables municipaux et institutionnels à l’intérieur d’un cadre de communication régi par des règles auxquelles tous devaient se soumettre. L’organisation de ce cadre reposait sur la formation de cinq groupes homogènes séparés et composés des acteurs impliqués auprès des jeunes de la rue (voir schéma organisationnel). Dans l’application de ce dispositif, les personnes participant à ces groupes sont déléguées ou recrutées par les organisations impliquées auprès des jeunes de la rue, et communiquent de groupe à groupe par l’intermédiaire d’un écrit, à l’occasion d’une séance par mois d’une durée de 90 minutes en moyenne. Il n’y a donc pas de rencontre en face à face entre les différents groupes d’acteurs [18][18] Précisons que les acteurs d’un même groupe se rencontrent,... et la composition de ceux-ci est anonyme. Ceci permet une plus grande liberté d’expression à l’intérieur des groupes, condition essentielle pour favoriser la délibération. Le choix des thèmes de discussions repose sur chacun des groupes et n’est pas soumis aux intérêts spécifiques d’un seul groupe ; ils doivent donc en négocier l’intérêt auprès des autres groupes. Il s’agit d’une transformation importante des rapports entre ces groupes d’acteurs qui entretiennent dans le milieu de la rue des relations inégalitaires, souvent conflictuelles et stigmatisantes ou centrées sur les besoins sociosanitaires de ces jeunes. En ce sens, il n’y a pas d’objectifs de résultats prédéterminés par d’autres acteurs que ceux des groupes eux-mêmes. Chaque séance débute par un rappel des points discutés à la dernière séance, suivi par l’adoption d’un ordre du jour en incluant la lecture des communications transmises par les autres groupes et la possibilité de transmettre une communication. Les discussions à l’intérieur des groupes sont strictement confidentielles, seules les communications écrites sont publiques (transmises à tous les groupes). Afin de s’assurer du respect des règles du jeu et de la circulation des communications écrites, une équipe de deux personnes appelées « régulateurs » assiste à chacune des réunions des groupes homogènes et intervient seulement à l’occasion de blocages dans les interactions, mais jamais dans le choix du contenu des échanges. Le terme de régulateur est préféré à celui de médiateur, car le travail des régulateurs consiste moins à faire de la médiation entre différentes positions prises par des acteurs qu’à assurer le respect des règles méthodologiques favorisant des échanges égalitaires et à intervenir parfois lorsque surviennent des blocages. Ce choix ne va pas sans conséquence sur la dynamique des échanges qui repose essentiellement sur le groupe homogène et non sur une personne déléguée pour représenter le groupe. Cette modalité oblige donc les participants à s’approprier le code de communication des autres groupes afin de mieux se faire comprendre. Chez les jeunes de la rue, cela les a obligés à se donner des moyens pour travailler collectivement, ce qui ne va pas de soi dans le milieu de la rue. La plupart des jeunes ayant participé au dispositif se sont rendus compte des difficultés à élaborer une communication commune avec des personnes qui ont des aspirations différentes des leurs, contrairement à l’image véhiculée chez les jeunes eux-mêmes selon laquelle les jeunes de la rue auraient les mêmes idéaux. Avec le soutien de l’équipe de régulation, tout un travail a été nécessaire pour apprendre aux participants à prendre en compte les différences de points de vue au sein de chacun des groupes homogènes.

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Le soutien à la régulation ainsi que la gestion et l’amélioration de ce dispositif sont assurés par le collectif DéSisyphe, groupe de sociopsychanalyse dont font notamment partie les régulateurs. Un coordonnateur est aussi embauché spécifiquement pour assumer la coordination de l’application de ce dispositif. Afin de parvenir à une véritable participation des organismes qui aille au-delà de la délégation d’un de leurs employés, un comité de concertation interinstitutionnelle a été formé. Composé de représentants des organismes et institutions partenaires (le service de police de la ville de Montréal, des élus de la ville de Montréal, le bureau de consultation jeunesse, l’Anonyme, le projet d’intervention auprès des mineur(e)s prostitué(e)s, Pairs aidants, le centre de services sociaux et de santé Jeanne-Mance, Médecins du monde, le Bon Dieu dans la rue, Cactus-Montréal, Relais Méthadone et la Corporation de développement urbain du faubourg Saint-Laurent), son rôle consistait à faire le lien entre le dim et les organismes partenaires. Il s’agissait de veiller à la « diffusion » et au suivi des communications échangées entre les groupes homogènes à l’intérieur des organismes et de s’assurer que l’expérience du dispositif ne demeure pas cantonnée à l’intérieur des groupes homogènes, mais qu’il y ait une continuité dans l’action des organismes partenaires. En effet, contrairement aux applications en milieu fermé où le comité de pilotage assume ce rôle, cette concertation était nécessaire afin d’offrir aux différents organismes participants un espace de discussion.

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Précisons que cette adaptation du dim n’affecte pas les règles méthodologiques qui assurent les conditions démocratiques du dialogue mené par la voie de l’écrit et sans face à face et qui ont été énoncées par Rueff-Escoubès (1997, p. 191) de la façon suivante :

  • la réunion est centrée sur l’acte de travail. Dans le cas du « milieu de la rue », l’acte qui réunit les jeunes est leur acte social par rapport à la vie de rue. Les autres groupes homogènes réunissent des individus qui partagent le même acte de travail (ex : les policiers partagent l’acte de travail de maintenir l’ordre dans le milieu de la rue, les intervenants partagent l’acte de travail d’intervenir auprès des jeunes de la rue, etc.) ;

  • le groupe constitue l’unité de base. L’unité de base du dispositif n’est pas l’individu isolé mais le groupe homogène institutionnel ou groupe de pairs, soit un groupe d’acteurs qui occupent la même position au sein de ce complexe institutionnel qu’est le milieu de la rue. Ceci permet d’avoir une prise sur les relations sociales en lien avec des positions et non sur des relations interindividuelles ;

  • le groupe homogène n’est pas un huis clos. Il engage et entretient des rapports avec les autres niveaux de l’institution, les autres groupes homogènes. Ces rapports se font exclusivement de groupe à groupe, ce qui protège l’individu et soutient le sentiment d’appartenance et d’identité collective ;

  • la communication entre les différents groupes est indirecte. Elle se fait par le biais d’un tiers, soit une équipe de deux régulateurs, et au moyen d’un écrit. Ceci favorise de part et d’autre une élaboration de ce qu’on souhaite dire, plutôt que de s’en tenir à des impulsions en plus de protéger les personnes ;

  • il y a obligation de réponse. C’est le principe de réciprocité des relations essentielle à la construction identitaire (Winnicott, 1975). Les groupes homogènes sont obligés de répondre de façon argumentée, y compris lorsque les réponses sont négatives.

Schéma organisationnel du dispositif institutionnel Mendel

Adaptation au milieu ouvert des jeunes de la rue

Une meilleure compréhension des réalités des jeunes de la rue et des actes professionnels

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Étant donné l’absence de face à face entre les groupes d’acteurs, le dialogue est dès lors possible parce que les participants prennent le temps collectivement de réfléchir aux questions posées tout en prenant le risque de mettre en question leurs préjugés. De plus, l’écrit permet de prendre une certaine distance face aux réactions spontanées, favorisant ainsi la réflexivité et la confrontation sans l’affrontement. S’il est impossible de résumer ici le contenu des dialogues entrepris durant les six années d’application, relevons parmi les thématiques abordées les problèmes importants que rencontrent les jeunes face à la judiciarisation de leur occupation des espaces publics, ceux qui se posent dans les relations entre les jeunes et la police ainsi qu’entre les intervenants et la police, ces thématiques ayant occupé beaucoup de place dans les échanges. D’autres sujets furent abordés, tels que l’intervention et les ressources existant pour les jeunes de la rue. Des propositions d’activités de sensibilisation ont été formulées auprès des policiers par les jeunes de la rue. Des informations juridiques ont été échangées. Des clarifications ont pu être apportées sur le rôle des intervenants jeunesse face aux jeunes de la rue. D’autres échanges sur les perceptions des uns à l’égard des autres ont aussi été engagés autour de sujets divers entourant la vie quotidienne des jeunes. On peut consulter le contenu des dialogues dans les trois rapports d’évaluation rédigés à ce jour (Parazelli, 2000 ; Colombo, 2004 ; Larouche, 2006).

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Présentons quelques points du bilan de cette intervention. Nous avons d’abord observé une nette avancée sur le plan des conditions dialogiques entre des acteurs qui n’échangent habituellement pas entre eux. Durant ces six années d’application, 268 jeunes de la rue ont pu participer à des degrés divers à ce dialogue collectif. Près de 240 réunions impliquant tous les groupes homogènes ont eu lieu et 267 communications écrites ont été échangées. Les jeunes de la rue ont pu traiter leurs problèmes de façon démocratique et voir que la société n’est pas une jungle, tout en apprenant à former un groupe à partir d’un travail collectif. Tous les acteurs ont exprimé avoir développé une meilleure connaissance et une meilleure compréhension des réalités des autres tout en ayant pu avoir la possibilité d’envisager des solutions communes. Ajoutons qu’à la suite de l’expérience-pilote d’une durée d’une année (1999-2000), le dispositif fit la une du quotidien Le devoir (Myles, 2000) sous le titre suivant : « Réalité sociale ou sac à symptômes ? La rue reconnue ! Quand les jeunes négocient d’égal à égal avec les élus. » Quatre ans plus tard, soit au terme de la deuxième application, le même quotidien (Myles, 2004) titrait : « Les jeunes marginaux veulent être pris au sérieux. Une expérience permet une amorce de dialogue entre policiers, politiciens et jeunes de la rue. »

Pour conclure : sens et finalités du dim

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Commençons par l’intervention adaptée en milieu ouvert à Montréal. Si un pont a pu être établi avec des jeunes de la rue pendant ces six années et soutenir ainsi leurs efforts d’affiliation sociale, ce ne fut pas sans difficultés d’ordre méthodologique tout autant que politique. Mentionnons seulement l’évolution du contexte politique et de la gestion de la vie de rue à Montréal, telle qu’observée sur une période de neuf années (1997-2006). Compte tenu de la mise en œuvre progressive de la politique de revitalisation du centre-ville-est de Montréal, un travail de répression s’est intensifié auprès des jeunes de la rue. Il était donc de plus en plus difficile que les dialogues puissent s’inscrire dans un horizon de coopération. Il a été symboliquement impossible de maintenir vivante la finalité du dispositif au moment où les représentants de la ville de Montréal ont, les premiers, cessé leur participation en invoquant le manque de résultats concrets à l’issue des dialogues. On le voit bien, les effets créés par le dispositif dépendent aussi de la façon dont les acteurs se servent du potentiel d’action collective offert par le dispositif. Celui-ci ne crée pas de l’implication, mais il offre des conditions favorables à son émergence et à son développement de par le cadre égalitaire qu’il propose. Ainsi, comprendre les « effets » comme résultant de façon mécanique du dispositif d’intervention ne convient pas du tout dans ce contexte où l’appropriation différenciée du dispositif selon les acteurs et les milieux d’application vient moduler l’issue des échanges. Considérant cette part d’indétermination des résultats comme une clé du dispositif, nous préférons parler de « potentiel », car celui-ci peut ne pas exister selon la qualité de l’investissement des participants. Il est alors d’autant plus important que les participants comprennent bien le sens et la finalité de ce cadre d’expression pour que le potentiel du dispositif puisse s’actualiser. En conséquence, même si des résultats en termes d’actions, de collaborations nouvelles ou d’apprentissage au travail collectif peuvent être observés lors d’applications spécifiques, les suites et les impacts du dispositif ne peuvent être déterminés selon une logique technocratique d’objectifs de résultats. Lorsque les acteurs acceptent volontairement de poursuivre l’application du dispositif comme cela s’est produit à chacune des trois applications, nous avons là une manifestation fondamentale de la pertinence du dispositif pour les acteurs qui désirent prendre la parole et s’exprimer de façon démocratique. C’est d’ailleurs au cœur de ce lieu d’expression que les groupes d’acteurs tentent de donner eux-mêmes du sens à leurs situations et à leurs pratiques.

30

Dans l’intervention menée par l’adrap au sein de l’association de prévention spécialisée décrite dans la première partie de ce texte, le même processus d’institutionnalisation est à l’œuvre, mais il concerne ici les salariés (bien qu’il soit prévu la création ultérieure d’un groupe de jeunes). L’objectif premier vise l’identité professionnelle (le métier) mise en danger par la précarisation des travailleurs sociaux. Le dispositif tend à les réassurer en contribuant à les sortir de l’apesanteur institutionnelle et en leur permettant une élaboration collective sur leur acte de travail.

31

C’est la condition du développement de ce que la sociopsychanalyse appelle leur « actepouvoir », c’est-à-dire le pouvoir sur leurs actes défini par le moment où ils entrent en relation avec le réel et le modifient. C’est toute la question du changement qui est ici posée. De nombreux sociologues (on pense, par exemple, à De Gaulejac, 1995) ont montré depuis longtemps l’impossibilité de produire du changement dans les quartiers en difficulté sans la participation de ceux qui les habitent, cette dernière supposant l’existence de mécanismes de participation et d’une politique de citoyenneté locale (Dubet, Lapeyronnie, 1992). Mais peut-on dépasser ce constat en se risquant à indiquer comment il faudrait s’y prendre pour l’accompagner ? Comment passer d’un « bon » projet (au plan de l’ingénierie sociale et de l’incantation morale) à sa mise en œuvre par les acteurs eux-mêmes ? C’est que, et c’est le point de vue que nous défendons, l’invention de nouveaux dispositifs ne devrait pas seulement contribuer à mobiliser les usagers (ce qui serait déjà beaucoup). Il faudrait qu’elle veille aussi à la participation effective de tous, en particulier des travailleurs sociaux (Prades, 2007b). L’hypothèse étant qu’en la matière, la participation des uns impose celle des autres, à l’intérieur des institutions (Prades, 2007a) comme en milieu ouvert.


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Notes

[1]

Voir les huit numéros de la revue Sociopsychanalyse parus entre 1972 et 1980 dans la collection « Petite bibliothèque Payot ».

[2]

Le livre de Mireille Bitan, Philippe Roman et Gérard Mendel, Vers l’entreprise démocratique (Paris, La Découverte, 1993) consacré à une intervention réalisée à la Société de transport de Poitiers, en est la première et plus belle illustration.

[3]

J.-L. Prades, « Intervention et communication dans un dispositif participatif. Les cas-limites : enfants, personnes âgées et personnes handicapées », Nouvelles pratiques sociales (nps), vol. 18, uqam, Montréal, 2006. Et Prades, 2007.

[4]

M. Parazelli, La rue attractive, Presses de l’université du Québec, Montréal, 2002.

[5]

D’après J.-L. Prades, « De Balint à Mendel. Une intervention dans une association de prévention et d’insertion », Actes du Colloque de psychosociologie institutionnelle, université de San Luis, 14-16 août 2008, Argentine.

[6]

La prévention spécialisée, en France, est une action d’éducation spécialisée en direction des jeunes en voie de marginalisation pour rompre avec l’isolement et restaurer le lien social. Cette action est placée sous l’autorité des départements (conseil général) dans le cadre des politiques d’aide sociale à l’enfance. En règle générale, la prévention spécialisée emploie des éducateurs spécialisés (formation supérieure spécialisée de niveau 3) qui vont à la rencontre des jeunes, en particulier dans la rue (c’est pourquoi, on les appelle aussi des « éducateurs de rue »). Cette lutte contre l’exclusion se caractérise par des « principes » : le non-mandat nominatif ; la libre adhésion ; la non-institutionnalisation et le respect de l’anonymat.

[7]

Les « groupes Balint », inventés par Michaël Balint, médecin et psychanalyste anglais, sont composés de médecins qui se réunissent autour d’un psychanalyste pour aborder, en groupe, l’étude de leur pratique, à partir de cas cliniques actuels afin d’acquérir une compréhension nouvelle des relations entre médecin, malade et médecine.

[8]

Juste après la Seconde Guerre mondiale se développa en Grande-Bretagne le case-work, discussion de cas en groupe dans un but de formation de travailleurs sociaux. La femme de Balint, Enid Balint, a été parmi les pionniers de son utilisation et de sa diffusion. La participation de M. Balint à cette formation fut la première étape d’une pratique qui l’amena dès le départ à vouloir modifier les conditions d’intervention dans un sens psychanalytique et à l’intention de médecins.

[9]

Nous avons tenté d’y remédier en essayant à chaque séance de suivre l’avancée des situations précédemment exposées : mais la multiplication des cas a rendu ce travail très rapidement difficile.

[10]

Pour être tout à fait complet, notons que la mise en œuvre d’un groupe de chefs de service, de par la place qu’ils occupent dans l’institution, est souvent problématique, comme nous l’a appris, à nos dépens, notre pratique d’intervention (est fait référence à une intervention de l’adrap réalisée au milieu des années 1990 qui s’est arrêtée au bout d’une année sous la pression des chefs de service constitués en groupe : l’interprétation de l’adrap a été que l’isolement de cette catégorie de personnel a exacerbé les contradictions qu’elle vivait au point de rendre impossible la poursuite du travail).

[11]

Pour une présentation synthétique de la sociopsychanalyse, voir Mendel 1992 ; Prades, 2007 ; Rueff-Escoubès, 2008 ; et dans une perspective comparative : Mendel, Prades, 2002.

[12]

L’évaluation d’une formation de jeunes « leaders » de banlieues (Prades, adrap, 1997 et 2007) nous avait amenés à la conclusion que ceux d’entre eux qui s’étaient professionnalisés avaient dû parallèlement quitter leur quartier d’origine.

[13]

Extrait des comptes rendus de groupes, cahier de supervision.

[14]

Au sens de F. Dubet, Le déclin de l’institution, Paris, Le Seuil, 2007.

[15]

L’affiliation sociale renvoie au sentiment d’appartenance que les individus entretiennent ou ont plus ou moins développé face au mode d’existence d’une société donnée : est affiliée la personne qui peut compter sur d’autres pour se développer, être reconnue comme un sujet, s’exprimer et se réaliser le plus librement possible. Son envers, la désaffiliation, a été proposé par Castel (1995) pour désigner un aboutissement de l’exclusion, la rupture des liens sociaux résultant non seulement d’une précarité économique, mais aussi d’une fragilité relationnelle conjuguant absence de travail et isolement social.

[16]

Pour en savoir plus sur les rapports des jeunes de la rue à la marge urbaine au Québec, voir l’ouvrage de Parazelli (2002). C’est à l’aide du concept d’espace transitionnel de Winnicott (1975) que l’auteur a pu explorer le potentiel de socialisation marginalisée des jeunes de la rue à Montréal.

[17]

Voir Perrault, Bibeau (2003) ; Fonseca (2003) ; Lucchini (1998) ; Plympton (1997) ; Bergier (1996) ; Kokoreff (1993).

[18]

Précisons que les acteurs d’un même groupe se rencontrent, eux, face à face.

Résumé

Français

La sociopsychanalyse institutionnelle, en tant que pratique d’intervention psychosociologique, matérialisée par un dispositif institutionnel (appelé dim : dispositif institutionnel Mendel), a beaucoup évolué depuis une quarantaine d’années qu’elle existe. Elle a diversifié son approche (en se rapprochant des pratiques de supervision « à la manière de Balint », par exemple) et s’est adaptée au milieu ouvert.
C’est à partir d’interventions réalisées par l’adrap (dans le sud de la France) au sein d’une association employant des éducateurs spécialisés travaillant dans des quartiers populaires et par le Collectif DéSisyphe auprès de jeunes de la rue (à Montréal) que sera montrée la nécessité de cet aménagement du dispositif en fonction des personnes et du contexte auxquels il s’applique dans le respect des logiques qui le sous-tendent.

Mots-clés

  • affiliation sociale
  • dispositif institutionnel
  • identité professionnelle
  • socio- psychanalyse

English

Professional identity in institution and social affiliation in the open environmentInstitutional socio-psychoanalysis as a practice of psychological intervention, materialized by an institutional devise called dim (dispositif institutionnel Mendel), has significantly evolved over the last forty years. It has diversified its approach (introducing « Balint type » supervisory practices, for example) and has adapted to the open environment, the streetyouth. Based on interventions by both adrap (Southern France) in an association employing special educators in working-class neighborhoods and by Collectif DéSisyphe (Montreal) amongst street youth, this article seeks to show the need for a flexible dim device that can adjust to the people and the context to which it is applied without compromising its general logic.

Keywords

  • dim
  • professional identity
  • social affiliation
  • socio-psychoanalysis

Plan de l'article

  1. Une intervention sociopsychanalytique au sein d’une association de prévention spécialisée
    1. Thématiques et identité
    2. Des « groupes Balint » au dispositif institutionnel Mendel
    3. Identité professionnelle et identité personnelle
  2. Les jeunes de la rue à Montréal : un dispositif pour l’affiliation sociale
    1. Une dispersion des responsabilités professionnelles
    2. Les aménagements du dispositif : la construction d’un dispositif spécifique à Montréal
    3. Une meilleure compréhension des réalités des jeunes de la rue et des actes professionnels
  3. Pour conclure : sens et finalités du dim

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