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Nouvelle revue de psychosociologie

2011/2 (n° 12)

  • Pages : 304
  • ISBN : 9782749214719
  • DOI : 10.3917/nrp.012.0027
  • Éditeur : ERES

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Soumise aux mouvements économiques et aux évolutions du peuplement, démultipliée par les flux qui la traversent mais remarquablement stable par sa localisation, la ville occupe une place contradictoire dans l’imaginaire contemporain. Foyer de la modernité, territoire d’appartenance, espace par excellence des interactions, elle se présente aussi comme le lieu majeur de l’anonymat et de la perte des identités. Tout en générant des formes diverses d’enracinement, elle se construit dans la perte et le changement.

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Les banlieues et les périphéries expriment à leur manière ce dynamisme très particulier des agglomérations humaines. Leur croissance, qui peut être interprétée comme un double phénomène de diffusion et d’hybridation, laisse libre cours à des images de mélange et à un sentiment de débordement. Autrement dit, l’imaginaire tend à réduire les formes complexes que prennent les extensions périphériques pour les limiter à quelques phénomènes simplistes.

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Il faut dire que les mots eux-mêmes sont réducteurs et parfois trompeurs. Depuis plus d’un siècle, on a l’habitude de définir la banlieue comme le territoire urbanisé qui entoure la ville. Mais cette approche renvoie immédiatement aux définitions de la campagne et de l’urbain qui sont loin d’être évidentes. De plus, dans le langage contemporain, on confond souvent « banlieue » et « quartier ». Ces deux derniers mots évoquent non pas une entité spatiale précise, mais une zone vaguement urbaine susceptible de qualifier tout secteur enclavé et tout groupement de population qui s’écarterait de la norme et se replierait sur lui-même. Leur usage met en exergue le soupçon qu’inspire toute marginalité spatiale alors même que le périphérisme en question est plus social que géographique. Et quand le « quartier » est qualifié de « ghetto », il rend compte d’une approche paroxystique de l’enclavement géographique et de l’exclusion sociale.

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Ces qualificatifs de « banlieue » et de « ghetto » qui renvoient à un registre binaire, comme s’il existait des « bons » et des « mauvais » quartiers, s’inscrivent dans un contexte idéologique particulier à la France. Ils renvoient à une lecture singulière de la ville en prise directe avec la vulgate politico-médiatique qui se complaît aussi bien dans une approche compassionnelle des quartiers sensibles que dans la dénonciation d’une catégorie spécifique de populations dites « exclues » ou « issues de l’immigration ». Pour aller plus loin, on pourrait se demander si les programmes en faveur des quartiers ne sont pas un moyen de réduire la capacité du mouvement social à s’emparer de la complexité de « l’urbain » et du « social », au-delà de toute logique binaire.

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Précisément, nous reviendrons dans ce texte sur les définitions de la banlieue, du quartier et du ghetto. Il s’agit de montrer toutes les ambiguïtés de la terminologie, de souligner en quoi ces ambiguïtés s’infléchissent d’une époque à l’autre, de mettre en évidence les représentations qui sont véhiculées par l’emploi des mots dans des contextes nouveaux, et par voie de conséquence, de dénoncer les ressorts idéologiques qui animent les pouvoirs en place.

Les définitions de la banlieue s’inscrivent dans une histoire longue

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Les textes et les voix qui produisent les images de la banlieue renvoient le plus souvent à des affirmations identitaires, à des positions idéologiques, sinon à de simples arguments financiers. On a souvent tendance à en oublier l’aspect proprement spatial. Il est vrai que le lexique relatif à la banlieue est paradoxal : pauvre si l’on s’en tient aux apparences, d’une extrême richesse quand on remonte aux racines de l’histoire urbaine. Force est de constater qu’entre l’approche scientifique, l’instrumentalisation politicienne et la banalité des définitions communes, il n’y a guère de place pour une approche sereine des territoires concernés.

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D’un point de vue historique, le mot « banlieue » est chargé d’ambiguïtés puisqu’il recouvre trois significations qui se suivent chronologiquement : une signification juridique se rapportant aux « banalités », c’est-à-dire aux droits et devoirs de ses habitants à l’époque médiévale, une signification géographique, celle de ceinture urbanisée dépendante du centre, une signification symbolique relative au discrédit qui pèse sur ceux qu’on qualifie d’« exclus » par réduction hâtive.

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La première banlieue est étroitement liée à l’approche juridique de la ville au Moyen Âge. Le mot est formé de la racine germanique bann qui se rapporte aussi bien à la proclamation publique qu’à l’exclusion, et du terme leuga (la lieue) usité dès l’époque gallo-romaine. « Ban-lieue » apparaît pour la première fois dans un texte picard daté de la fin du xiie siècle, mais son équivalent latin (Banni-leuga) a été relevé dans des archives datant de 1036 et concernant la ville d’Arras (Lombard-Jourdan, 1972). Le mot sert à désigner la couronne qui entoure la ville, d’une lieue de large (soit 4 440 mètres pour la lieue française). Il se différencie du terme « faubourg » (de l’ancien français fors-borc, « le bourg hors de l’enceinte ») qui possède une définition économique exclusive en faisant référence aux foyers d’activités commerciales.

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À l’époque moderne, l’approche juridique de la « banlieue » médiévale tombe progressivement en désuétude. La périphérie des grandes villes, en particulier celle de Paris, est un lieu de villégiature recherché par la noblesse et la grande bourgeoisie. On y aménage des « folies », des sortes de maisons de plaisance ou des manoirs spacieux. Mais l’usage du mot se transforme radicalement à partir de la Restauration. La banlieue désigne alors la périphérie dépendante de la ville-centre et elle s’inscrit dans un système de valeurs qui oppose la ville à tout ce qui l’entoure.

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Les premières expressions franchement péjoratives apparaissent en France au début du xixe siècle. On les trouve par exemple chez Louis Reybaud, un romancier français peu connu qui fait dire à un personnage de son roman : « Vous avez là un pantalon qui est légèrement banlieue ; tâchez de vous culotter autrement à la prochaine garde, mon camarade » (Reybaud, 1842, p. 73). Cet auteur souligne aussi la différence de prix des immeubles entre la capitale et la périphérie : « On achète à bas prix les études de la banlieue pour venir dans Paris exploiter les clients à domicile. » Même si les produits alimentaires étaient à l’époque plus chers en banlieue, le prix du sol, les loyers et, surtout, les salaires ouvriers y étaient moins élevés qu’à Paris.

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Le Petit Chose d’Alphonse Daudet, dont la première édition date de 1868, donne une autre vision dépréciative de la banlieue. Après un échec cuisant en poésie, l’engagement du héros dans un « théâtre de banlieue » est le signe manifeste d’une déchéance sociale. Tout s’allie dans l’ouvrage pour donner de la banlieue une image de la dégradation physique et morale : le décor (« Ces grandes avenues désertes où rôdaient des blouses silencieuses, des filles en cheveux et les longues redingotes des patrouilles grises »), l’antre garni à sept étages « avec sa rampe verte et poisseuse », les personnages (fils de coiffeurs ou de marchands de frites devenus comédiens ambulants par « fainéantise »), la liaison du Petit Chose avec Irma Borel qui « buvait le vin au litre » tout en s’amusant « à jouer au ménage d’artistes pauvres ». « Les scènes, les cris, le fracas, les tueries… », note avec désolation Alphonse Daudet [1][1] Alphonse Daudet, Le Petit Chose, histoire d’un enfant,....

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Refuge du peuple après avoir été celui de l’aristocratie, la banlieue parisienne du xixe siècle est dotée d’une temporalité propre : elle constitue une sorte de « sas » pour entrer dans le monde de la ville et les rythmes y sont tranquilles, à la différence du centre (Faure, 1986). À proximité des portes de Paris, les théâtres des « barrières », qui suscitent l’enthousiasme des foules sous le Second Empire, initient les spectateurs à ce passage. Le répertoire mélodramatique fait se succéder drames, vaudevilles, chansons et intermèdes au piano. Les pièces données par les théâtres des Batignolles, des Gobelins, de Montmartre, de Grenelle ou de Belleville sont pleines d’épisodes montrant des miséreux écrasés par le malheur, mais surmontant l’adversité avec vaillance.

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Le fait même d’aller au spectacle n’est pas innocent : l’ouvrier et le maraîcher, poussés par leur femme, s’initient à une sorte de discipline sociale ; ils renoncent à fumer et à boire ; ils acceptent de laisser les enfants à la maison ; ils apprennent à distinguer les comportements réservés à l’espace privé des « bonnes manières » de l’espace public. Ils pénètrent en somme dans l’urbanité du centre, celle de la fête parisienne, mélange subtil d’empathie silencieuse et de respect mutuel. Ce faisant, l’ouvrier et le maraîcher y perdent une partie de leur gaucherie sans renoncer totalement à la chaleur de la communauté populaire. Certains en rajoutent dans la respectabilité pour mieux contrer les appréciations stigmatisantes portées par la bourgeoisie à l’encontre du petit peuple…

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Avec la révolution industrielle, les divisions sociales de l’espace se précisent et le mot « banlieue » se charge d’appréciations péjoratives. Les grandes villes commencent à déverser sur la périphérie les populations qu’elles ne peuvent plus loger, et la campagne y envoie les hommes qu’elle ne peut plus nourrir. La banlieue devient un exutoire pour les activités encombrantes et polluantes : ateliers, gares de triage, stations d’épuration, usines à gaz, décharges… De nombreux services s’y installent : terrains de sport, hôpitaux psychiatriques, hospices, prisons, cimetières par exemple.

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Aujourd’hui, la banlieue est une ceinture bâtie qui agglomère une très grande diversité de territoires, aussi bien des communes qui ont connu une longue histoire que de petits noyaux villageois démesurément agrandis par l’arrivée des lotissements pavillonnaires et des grands ensembles dans les années 1960-1970.

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Beaucoup plus pragmatiquement, pour l’Insee (l’Institut national de la statistique et des études économiques) créé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la banlieue est le résultat d’une soustraction : c’est l’agglomération moins la ville-centre. À chaque recensement, le périmètre de l’agglomération est redéfini en ajoutant les communes qui se trouvent en continuité urbaine du fait de l’emprise au sol des nouvelles constructions, de telle sorte qu’aucune d’entre elles ne soit distante de l’autre de plus de 200 mètres. Ainsi, la banlieue parisienne est passée de 279 communes en 1968 à 378 communes en 1990, à 395 en 1999 et à 410 environ en 2010.

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Depuis 1995, l’Insee a élaboré un nouveau zonage, celui de l’aire urbaine (zau) qui définit le territoire à dominante urbaine en termes d’attractivité en matière d’emploi, et non plus en termes de croissance démographique et d’extension spatiale, comme dans le cas de l’ancienne banlieue. Techniquement, l’aire urbaine est constituée d’un pôle urbain qui rassemble au moins 5 000 emplois et d’une couronne périurbaine composée de communes qui envoient chacune au moins 40 % de leurs actifs travailler vers le pôle ou vers les autres communes de la couronne. En fait la banlieue traditionnelle est incluse dans ce pôle conçu comme une agglomération multicommunale.

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Pour tout dire, la banlieue, en interrogeant non seulement la visibilité du réel, mais aussi l’opinion courante, prête aux amalgames et aux confusions :

  • confusion entre le tout et la partie, entre le singulier et le pluriel, alors que la périphérie d’une ville centrale se compose en général de plusieurs communes de banlieue qui bénéficient chacune d’une identité propre ;

  • confusion entre la ceinture périphérique et le quartier sensible alors que plusieurs villes-centres ont des secteurs à problèmes et que de nombreuses communes de banlieue ne connaissent pas de difficultés spécifiques ;

  • confusion entre les quartiers défavorisés et les ghettos à tonalité ethnique alors que les origines nationales sont le plus souvent diversifiées dans les « cités » contemporaines et que les processus d’intégration et de dispersion n’y sont pas totalement interrompus ;

  • confusion entre la zone d’emploi et le milieu de vie, alors même que les migrations alternantes « domicile-travail » ne cessent de se développer.

Des communes de banlieue très diversifiées et inégalement perçues

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Au-delà des représentations et des confusions, la banlieue géographique ne se réduit pas à une seule expression physique. Elle se caractérise en France par des paysages extrêmement variés : zones industrielles, immeubles collectifs de taille réduite, maisonnettes isolées, lotissements pavillonnaires de style très divers, grands ensembles d’habitat collectif ou quartiers de villes nouvelles à l’architecture novatrice. Après l’épisode des cités-jardins construites entre les deux guerres mondiales à l’initiative d’Henri Sellier, l’ancien maire de Suresnes, c’est la conjonction d’une volonté politique, d’une planification cohérente, de l’industrialisation des techniques du bâtiment et d’outils financiers performants qui a permis à l’État d’assurer, dans les années 1960-1970, la construction des grands ensembles non seulement aux marges des grandes agglomérations, mais aussi dans les quartiers péri-centraux des villes petites et moyennes. Mais ces ensembles sont loin de résumer toute la banlieue.

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Du point de vue administratif, la banlieue des grandes villes est fragmentée en municipalités indépendantes, même si les structures intercommunales ne cessent de s’y développer. En 1999, à partir de critères fondés sur la continuité du bâti autour de la ville-centre, l’Insee dénombrait 3 744 communes de banlieue regroupant au total 20,3 millions d’habitants sur 7 % environ du territoire national. Si la banlieue de Paris est la première de France chronologiquement et quantitativement, elle n’en constitue pas le seul modèle.

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Les communes de banlieue se distinguent d’abord par leur dynamisme démographique et économique, leur dimension, leur population et l’importance de la ville-centre à laquelle elles sont reliées. Si l’on met à part la banlieue parisienne qui rassemble 7,6 millions d’habitants répartis dans 395 communes en 1999 (contre 2,1 millions pour la seule ville de Paris), la ceinture agglomérée peut regrouper jusqu’aux deux tiers des habitants de l’unité urbaine dont elle fait partie. C’est le cas, par exemple, de l’agglomération lyonnaise. En 1999, Lyon, ville-centre, rassemble 445 000 individus. Sa banlieue regroupe 900 000 habitants répartis dans 102 communes. Dans les agglomérations moyennes, certaines villes-centres ne rassemblent qu’une minorité de population, la majorité étant nettement banlieusarde : c’est le cas de Chartres, Cherbourg, Montargis ou Saint-Omer.

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La densité est un autre élément de distinction. Globalement, plus les agglomérations sont peuplées, plus les densités périphériques sont élevées. Contrairement à une opinion répandue, les grands ensembles ont en général des densités inférieures aux îlots des vieilles communes ouvrières. Le choix moderniste de la charte d’Athènes n’était-il pas de libérer l’espace au pied des immeubles collectifs ?

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L’étude démographique des banlieues depuis 1962 montre que leur croissance résulte au début d’un solde migratoire très favorable : c’est le cas des bourgs qui ont dû accueillir des grands ensembles, ou qui ont été inclus dans le périmètre des villes nouvelles. Pendant longtemps, les communes de banlieue sont plus jeunes que les centres : en 1982, elles comptaient 22 % de moins de 18 ans, contre 17,5 % pour les noyaux centraux. Plusieurs communes de banlieue avaient encore en 1999 la moitié de leur population âgée de moins de 30 ans : Echirolles près de Grenoble, Vaulx-en-Velin, Les Mureaux, Grigny, Grande-Synthe à proximité de Dunkerque par exemple.

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Le profil dominant des actifs est un autre critère de différenciation. On distingue ainsi les banlieues populaires des banlieues bourgeoises composées d’un taux élevé de cadres d’entreprise et de professions intermédiaires. Dans les agglomérations parisienne et lyonnaise, les profils sociaux dominants dans les communes périphériques ont tendance à se renforcer depuis 1982. On observe un embourgeoisement des banlieues où le poids des cadres et des professions libérales était déjà élevé entre les deux guerres. Parallèlement, le caractère populaire des communes des anciennes « banlieues rouges » se maintient assez bien, mais il est associé à trois faits majeurs : paupérisation des ménages modestes, déclin des ouvriers au profit des employés, « gentrification » des secteurs les plus proches de la ville-centre.

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De fait, les frontières géographiques de la ségrégation sont complexes. La baisse du potentiel fiscal des communes de banlieue ne s’ordonne pas régulièrement en couronnes concentriques selon l’éloignement du centre. La Direction générale des impôts confirme cette observation à partir de la cartographie des revenus imposés et du pourcentage de foyers fiscaux non imposés par commune. Elle montre aussi que la distinction « région parisienne/province » est plus pertinente en la matière que la division « centre/périphérie ». On comptabilise environ 25 % de foyers fiscaux non imposés en Île-de-France, contre 40 % au niveau national. Les potentiels fiscaux communaux varient eux-mêmes de 1 à 20 : certaines communes de banlieue dotées d’immenses zones d’activité bénéficient d’un apport considérable de taxes alors que d’autres sont en situation de « banlieue-dortoir ».

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Au bout du compte, la valorisation en chaîne de certaines communes (monuments prestigieux, services rares, grands lycées, centres universitaires réputés, activités à forte valeur ajoutée…) va de pair avec la disqualification d’autres espaces physiquement dégradés, économiquement délaissés ou socialement rejetés. En somme, on voit bien qu’il est impossible de définir la banlieue d’une manière univoque. Si l’on observe des banlieues aisées et des banlieues pauvres, il existe aussi toute une gamme de banlieues intermédiaires comprenant des secteurs inégalement dotés. Le « quartier », mis en exergue dès que l’on parle de banlieue, est une notion qui pose en réalité de nombreuses questions au chercheur.

Les contours multiples du quartier

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Si l’on se réfère à l’étymologie, le quartier est la quatrième partie d’un tout, mais par extension, il désigne la fraction d’un ensemble partagé en un nombre indifférent de morceaux. Dans le langage courant, le quartier désigne une partie de la ville, sans faire référence à une quelconque partition mathématique.

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En fait, le quartier n’est pas la simple fraction d’un territoire urbain. Module social de base, il met en jeu de multiples affects. Il est en quelque sorte la prolongation du logement et tout ce qui s’y trame n’est pas anodin. C’est un espace à la fois vaste et intime où chacun doit pouvoir se sentir chez lui. Il offre les services les plus courants et il devrait inspirer la sécurité. Souvent, il possède un nom qui correspond à un ancien lieu-dit et qui permet l’appropriation. À Paris, on se dira « de la Bastille, de Passy ou de Belleville ». Mais il est clair que ses limites ne sont pas fixes ; elles varient selon l’espace parcouru et la sensibilité de chacun.

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Un regard rétrospectif sur la ville souligne l’historicité des représentations du quartier. Si l’on suit Lewis Mumford (1968), la cité médiévale constituait déjà un tout organique s’articulant harmonieusement en paroisses représentant des unités de vie susceptibles de se répartir en quartiers relativement autonomes. Les chercheurs eux-mêmes sont souvent amenés à modifier les frontières du quartier selon les sujets étudiés : morphologie urbaine, type d’habitat, fréquentation commerciale, composition sociale. Les sociologues, comme Raymond Ledrut, ont montré depuis longtemps que le quartier « n’est pas une pure délimitation topographique ou administrative » (Ledrut, 1968, p. 148).

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En fait, le concept de quartier est d’extension très large. Le dictionnaire de l’aménagement et de l’urbanisme le définit comme « la fraction du territoire d’une ville, dotée d’une physionomie propre et caractérisée par des traits distinctifs lui conférant une certaine unité et une individualité » (Choay et Merlin, 2000). Le terme est couramment employé au xxe siècle par les usagers de la ville pour désigner l’espace de proximité. Considéré comme « le plus grand des petits groupes sociaux et le plus petit des grands groupes », le quartier trace les limites de ce qui est accessible au piéton. Georges Perec, dans son ouvrage intitulé Espèces d’espaces, résume fort bien cette approche : « Le quartier […] : la portion de la ville dans laquelle on se déplace facilement à pied ou, pour dire la même chose sous la forme d’une lapalissade, la partie de la ville dans laquelle on n’a pas besoin de se rendre, puisque précisément on y est. »

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Ce faisant, le quartier ne peut satisfaire tous les besoins des individus. Comme le rappelait le géographe Michel-Jean Bertrand, « le quartier dépend de structures plus vastes, institutions administratives et politiques, pouvoirs économiques… C’est un maillon dans les réseaux qui constituent l’espace urbain ; il est infime et est ressenti différemment par chacun des individus qui l’habite » (Bertrand, 1978). Le quartier vécu, doté de frontières souvent invisibles parce qu’elles sont propres à chacun, dépend d’une relation physique à l’espace et d’un investissement affectif qui fait que l’individu s’y sent en sécurité.

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Politiquement, la redécouverte du quartier comme échelle pertinente de l’intervention sociale s’inscrit dans un long processus qui vise à découper l’espace urbain pour agir de manière opérationnelle. Les périmètres d’étude, les découpages techniques à caractère provisoire peuvent être réappropriés par les habitants au point de rendre compte par métonymie de la vie sociale du territoire en question. Le cas des zup, zones à urbaniser en priorité, est significatif à cet égard puisqu’il a engendré le néologisme « zuppiens » !

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Avant la normalisation opérée par la politique de la ville en direction des « quartiers sensibles », la définition du « quartier » oscillait constamment entre deux types d’approches : d’un côté, l’unité de consommation dotée essentiellement de fonctions matérielles ; de l’autre, l’espace vécu permettant l’affirmation d’une conscience collective sur la base de la résidence et du voisinage. Dans les années 1960, il était de règle en géographie urbaine de faire des typologies et de distinguer des ensembles homogènes qui pouvaient être qualifiés de « quartiers » à partir de leur morphologie (quartier pavillonnaire, quartier de grand ensemble, etc.), du statut des ménages occupants (propriétaires ou locataires), ou encore à partir de leur fonction principale : commerciale, industrielle, administrative, résidentielle…

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Quarante ans après, le débat sur le thème reste entier. Il faut dire que la géographie des quartiers est à l’image même de la ville : elle varie au gré des grandes phases d’urbanisation et du renouvellement urbain. En France, les quartiers des centres semblent rester eux-mêmes, alors qu’ils se modifient plus souvent qu’on ne croit d’emblée. En demeurant un élément de repérage pour l’individu, ils permettent de nourrir l’imaginaire d’une ville stable fondée sur un principe de centralité, sur la mixité sociale et un assemblage de communautés grossièrement consensuelles. Les quartiers de banlieue, moins bien pourvus en monuments et en équipements que les quartiers centraux, semblent changer un peu plus vite parce que la valeur patrimoniale de leurs immeubles y est souvent jugée plus faible qu’au centre, mais aussi parce qu’ils ont été moins bien construits, et que les réhabilitations et les rénovations qui les concernent sont plus visibles, avec, à la clé, des démolitions, des reconstructions et diverses formes de résidentialisation.

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Cependant, si l’on raisonne à l’échelle de l’agglomération entière, ce sont aujourd’hui tous les quartiers qui sont mis en question. La communauté traditionnelle qui s’était construite autour de valeurs communes est en pleine transformation, et les réseaux de sociabilité qui étaient fondés sur le travail, la vie familiale et la proximité ont tendance à se dissoudre ou à se fragmenter. À côté d’un discours à destination des élus concernant notamment les pauvres et les immigrés sur les heurts et les malheurs de la vie de quartier, tout se passe comme si l’on assistait d’une part, à une dissolution du quartier avec une dilatation des pratiques sociales à tout l’espace de l’agglomération et, d’autre part, à une rétractation des pratiques sur des espaces protégés et sécurisés.

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Il faut dire que l’autonomisation des individus dans la famille et la rupture dans la synchronisation des temps sociaux (avec des commerces ouverts tard le soir, la possibilité de travailler le dimanche ou la nuit, les horaires flexibles ou les congés aménagés) ont considérablement modifié le rapport au quartier. Les analyses en termes de réseaux sociaux montrent que les mobilités de sociabilité correspondent à un accroissement des sphères relationnelles. Mais ces nouvelles formes de rencontres, associées paradoxalement à une présence croissante au foyer, vont de pair avec un affaiblissement des sociabilités de voisinage. Autrement dit, le couple « mobilité-stabilité » est en pleine transformation, en particulier dans les grandes villes ; il laisse de moins en moins de place aux espaces intermédiaires qui peuvent être des espaces de vacance temporaire.

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Alors que les quartiers perdent leur ancienne substance, il est intéressant de noter que le discours politique légitimé avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 et reconduit lors des alternances politiques s’est emparé de cette notion de quartier avec une conviction sans cesse réaffirmée. La délimitation des premiers « quartiers sensibles », puis la création de la Commission nationale de « développement social des quartiers » en 1982 en sont des exemples significatifs. On a reconstruit en quelque sorte l’objet « quartier » autour des cités en difficulté (Tissot, 2002). Les concepteurs de la politique de « la ville » (il faudrait mieux dire de la politique « des quartiers ») ont considérablement valorisé l’échelle locale, comme si un cadre géographique concret et limité pouvait être un facteur correctif des inégalités, tout au moins un élément compensateur des handicaps économiques et culturels touchant la population.

Des ghettos en puissance ?

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Le terme de « ghetto » qui revient couramment pour désigner ces quartiers sensibles n’est certainement pas adapté, car il s’inscrit dans une approche culturelle singulière en renvoyant à un marquage religieux issu d’époques révolues. Comme les mots « banlieue » et « cité », il semble conforter l’attrait contemporain pour la marginalité et les formes de déviance qui lui sont associées.

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Apparu en 1516 à Venise, le terme « ghetto » a qualifié au xxe siècle les enclaves destinées à l’accueil des migrants, les quartiers noirs américains et les secteurs de relégation des juifs instaurés par les nazis. Il est réapparu en France dans les années 1970 pour désigner les regroupements d’immigrés, dans le prolongement des désignations relatives aux bidonvilles, aux cités de transit et aux foyers de travailleurs migrants. Les violences associées à l’apartheid, aux révoltes des Noirs américains et aux marches des protestants en Irlande du Nord, avant le cessez-le-feu, ont donné une audience renouvelée au mot, mais sans fixer définitivement son usage.

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Aujourd’hui, le regroupement des étrangers et l’accumulation des pauvretés sur un espace donné, si marginal soit-il, ne suffisent pas à produire le ghetto. C’est l’addition de la contrainte résidentielle imposée d’en haut, de l’enclavement géographique, de la stigmatisation et du sentiment d’appartenance communautaire sur un fondement ethnico-religieux qui constitue le ghetto. Sans doute, la plupart des ménages des zones sensibles n’ont-ils pas choisi d’habiter dans leur quartier ; il n’empêche qu’ils ne subissent pas la puissance symbolique du stigmate qui touchait les juifs des anciens ghettos. Sans doute, des formes de stigmatisation fondées sur l’origine s’exacerbent-elles dans les cités, mais elles ne fabriquent pas nécessairement du communautarisme.

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L’accaparement médiatique par les émeutes et par des bandes de jeunes très minoritaires ne doit pas faire illusion. En réalité, les cités sensibles se caractérisent davantage par le chacun pour soi que par les solidarités collectives. Si l’on met à part l’élection présidentielle de 2007, la participation électorale y est très réduite. L’investissement dans les instances participatives y est extrêmement faible. Pourquoi les ménages chercheraient-ils à se connaître et à se solidariser quand ils partagent une quotidienneté transparente, quand ils sont envahis par les problèmes financiers, quand ils sont débordés par les enfants et quand les déménagements répétés des voisins leur donnent le sentiment de l’érosion lente ? Les familles très modestes, souvent issues de l’immigration, se retrouvent par défaut dans les mêmes secteurs quand elles n’ont pas d’autres choix.

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L’enclavement géographique n’est pas, non plus, un argument totalement convaincant pour justifier le ghetto. Une partie des zones sensibles se trouve au centre des agglomérations, par exemple à Perpignan, Nîmes, Béziers ou Lunel pour s’en tenir à la région Languedoc-Roussillon.

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Pour être plus précis, les quartiers sensibles ne sont pas des ghettos, mais ils connaissent une « tension » certaine vers le ghetto, c’est-à-dire une situation qui, si elle se perpétue, risque de les conduire à l’enfermement, voire à l’implosion : trajectoire résidentielle bloquée pour les ménages précaires, fuite des catégories moyennes, chômage massif, discrimination à l’embauche, précarisation, échec scolaire, enlisement dans des trafics divers, persistance des stigmates liés à l’histoire coloniale.

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C’est le cumul de processus cachés qui exprime le mieux cette tension. Dans une société marquée par l’individualisme, le fait de côtoyer la misère et le chômage est perçu comme une forme de déclassement social. Ce qui compte, ce n’est pas tant la volonté des ménages en grande précarité de s’agréger que les stratégies de fuite ou de contournement des autres ménages. Il n’y a pas de regroupement volontaire de la part des plus pauvres, mais simplement des situations subies résultant mécaniquement des décisions de ceux qui ont la possibilité de choisir. Ainsi, le rejet qui conduit à la ghettoïsation ne s’effectue ni à la marge, ni par le bas : il mobilise d’abord les couches moyennes dont les objectifs principaux sont de maintenir leur position sociale (Maurin, 2004).

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Les inégalités de contexte qui pèsent sur les familles renforcent les inégalités socio-économiques. Par conséquent, les mesures qui visent à enrayer les ségrégations les plus visibles n’ont pas les résultats escomptés. Tout se passe comme si les décideurs politiques ne parvenaient pas à identifier clairement les ressorts cachés de l’exclusion, c’est-à-dire ceux qui sont les plus déterminants, obnubilés qu’ils sont par le souci du rattrapage par l’addition de subventions au bénéfice des quartiers.

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Bref, en dépit de la précarité qui touche de nombreux quartiers sensibles, l’emploi du mot « ghetto » à leur propos est inapproprié. Il fige une situation qui est en mouvement : d’après le dernier rapport de l’Observatoire des zones urbaines sensibles (onzus, 2008), les mobilités résidentielles sont plus élevées en zus que dans les autres quartiers. Il occulte les processus externes qui conduisent à la relégation. Il s’inscrit dans un système de représentations qui amalgame misère sociale, terreur et communautarisme. En somme, il ne fait que renforcer une situation qu’il convient de dénoncer.

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Cependant, même si les grandes cités périphériques soulignent les ségrégations sociales par leur architecture particulière et l’évolution de leur peuplement, elles sont loin d’épuiser toutes les inégalités. Paradoxalement, elles constituent souvent de véritables creusets où s’élaborent de nouveaux modèles de citoyenneté et de gestion urbaine, alors même que les rumeurs qui nourrissent les représentations parlent sans cesse de l’insécurité et de la peur du métissage (Bordet, 1998)…

Pour conclure : vers un archipel d’îlots sans cohérence ?

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Finalement, les périphéries urbaines françaises évoquent non seulement un espace fragmenté et inégalement apprécié, mais aussi une généalogie d’images plus ou moins médiatisées constituées de stéréotypes nourris de références littéraires, picturales et cinématographiques variées, construisant au bout du compte un mythe qui alimente l’imaginaire tout en permettant de localiser la peur sociale dans des quartiers prédéfinis.

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Cet imaginaire foisonnant que la banlieue a fait naître a conduit à un double mouvement de valorisation et de stigmatisation. Force est de constater que depuis les années 1980, les médias, les architectes, les chercheurs, les hommes politiques en ont tant fait en France que la banlieue est régulièrement associée à l’exclusion. Sur le mode de la tragédie antique, cette banlieue devenue ghetto semble personnifier le mal social. Tel le bouc émissaire, on la chargerait de tous les péchés de l’urbanisation outrancière et on la rejetterait au désert… Pauvre banlieue, tellement usée, tellement chargée, tellement outragée qu’elle en aurait perdu le sens !

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Au-delà, les expressions de cet imaginaire soulignent combien nous vivons encore sur des images dépassées de la ville. De même que la division « ville-campagne », pourtant fondatrice au xixe siècle, n’est plus pertinente aujourd’hui, l’opposition « centre-périphérie », qui a focalisé l’activité des aménageurs et des urbanistes pendant des décennies, est devenue largement obsolète aujourd’hui. Le principe de la continuité de l’habitat pour délimiter l’agglomération a perdu de sa validité. Le rêve d’une extension en couronnes radioconcentriques bien ordonnées à partir d’un centre clairement défini s’est estompé au profit de fragments urbanisés inégalement reliés par des lignes de transport. Sans doute les constructions par enclaves juxtaposées, inégalement fermées et sécurisés, façonnent-elles un nouvel imaginaire de ville… La banlieue contemporaine se perd dans des projections incertaines : c’est un mélange plus ou moins chaotique d’ensembles collectifs, de lotissements pavillonnaires, de « communautés fermées », d’habitations dispersées, de zones d’activité, de centres commerciaux, de verdure et de terrains vagues en quête de définition. Mais l’essentiel est ailleurs : sans intention commune de vivre ensemble, sans constitution d’un imaginaire partagé autour de valeurs également reconnues, il est à craindre que les périphéries de demain ne soient qu’un archipel d’îlots sans cohérence…

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Bref, on ne saurait se satisfaire des discours réducteurs tenus sur la banlieue, les quartiers et les prétendus « ghettos », ni des idées préconçues qu’ils véhiculent. Les mots tendent à éluder la complexité des dynamiques urbaines, la richesse des apports migratoires et les processus ségrégatifs qui incombent d’abord au centre. En somme, la dramaturgie médiatique et politique qui touche la banlieue et les cités lui donne une visibilité qui s’oppose largement à l’intelligibilité.


Bibliographie

  • Bertrand, M.J. 1978. Pratiques de la ville, Paris, Masson.
  • Bordet, J. 1998. Les jeunes de la cité, Paris, puf.
  • Choay, F. ; Merlin, P. 2000. Dictionnaire de l’aménagement et de l’urbanisme, Paris, puf.
  • Faure, A. 1986. « Les déplacements de travail entre Paris et sa banlieue (1880-1914) : première approche », Villes en parallèles, n° 10, université Paris X-Nanterre, p. 233-269.
  • Ledrut, R. 1968. L’espace social de la ville, Paris, éditions Anthropos.
  • Lombard-Jourdan, A. 1972. « Oppidum et banlieue ; sur l’origine et les dimensions du territoire urbain », Annales esc.
  • Maurin, E. 2004. Le ghetto français, enquête sur le séparatisme social, Paris, Le Seuil.
  • Ministère du Logement et de la Ville. « Observatoire des zones sensibles (onzus) », rapport 2008, Paris.
  • Mumford, L. 1968. The City in History : Its Origins, Its Transformations and Its Prospects, Londres, Harcourt Brace international.
  • Reybaud, L. 1842. Jérôme Paturot à la recherche d’une position sociale, Paris, Paulin.
  • Tissot, S. 2002. Réformer les quartiers. Enquête sociologique sur une catégorie de l’action publique, thèse de doctorat de sociologie, Paris, ehess.
  • Vieillard-Baron, H. 2000. « De l’effroi technique à la peur des banlieues », Revue Histoire urbaine, Peurs citadines, Société française d’histoire urbaine, n° 2, p 171-187.
  • Vieillard-Baron, H. 2011. Banlieues et périphéries, des singularités françaises aux réalités mondiales, Paris, Hachette, coll. « Carré géographie », 2e édition.

Notes

[1]

Alphonse Daudet, Le Petit Chose, histoire d’un enfant, 2e partie, chapitre 11 et 12, Paris, Gallimard, coll. « Folio », n° 979, 1993.

Résumé

Français

Le lexique relatif à la banlieue française et aux quartiers est paradoxal : pauvre si l’on s’en tient aux apparences, d’une grande richesse quand on remonte aux racines de l’histoire urbaine. En étant considérée comme un sujet d’opinion avant d’être analysée comme un objet scientifique, la banlieue contemporaine porte en France une charge qui la dépasse. Une série de slogans et de discours simplistes alimente à son sujet une construction cumulative où chaque organe d’information, en se calquant sur son concurrent, contribue à produire des figures imaginaires.
En dépit de l’enclavement spatial et de la précarité sociale qui concernent de nombreux quartiers sensibles et leur population, l’emploi même du mot « ghetto » à leur propos est inapproprié. Ce terme fige une situation qui est en mouvement. Il occulte les processus externes qui conduisent à la relégation. Il s’inscrit dans un système de représentations qui amalgame misère sociale, terreur et communautarisme. En somme, il ne fait que renforcer une situation qu’il convient de dénoncer.
Précisément cet article revient sur les définitions de la banlieue, du quartier et du ghetto. Il s’agit de montrer toutes les ambiguïtés du vocabulaire, de souligner comment ces notions se transforment dans le temps, et de mettre en évidence le rôle de la rumeur et le poids des représentations qui sont véhiculées par l’emploi de ces mots dans des contextes particuliers.

English

Neighbourhood, ghetto : the ambiguity of definitions, representations and misrepresentationsThe vocabulary relating to French suburbs and neighbourhoods is paradoxical ; in appearance alone they are poor but if we trace back to the roots of urban history, there is great richness. In France, the image of present-day suburbs is loaded with preconceived ideas rather than evidence-based data. A string of slogans and simplistic arguments perpetuate a cumulative notion where each news story competes to bolster a false picture.
In spite of the hemmed-in aspect and high unemployment which characterise many deprived neighbourhoods and their populations, the use of the word « ghetto » is inappropriate. This word fixes a situation which is in flux. It masks external factors which lead to exclusion. It fits in with a system of representation which combines poverty, terror and ethnic clannishness. In short, it simply reinforces a situation which it would be right to decry.
This article intends precisely to take another look at definitions of the terms « suburb », « neighbourhood » and « ghetto ». It aims to show the ambiguities of vocabulary, to highlight how these ideas change over time, and to point up the role of rumour and hearsay and the weight of misrepresentations which are carried by the use of these words in specific contexts.

Keywords

  • banlieue
  • quartier
  • ghetto
  • représentation
  • rumeur
  • France
  • suburb
  • neighbourhood
  • ghetto
  • misrepresentation
  • France

Plan de l'article

  1. Les définitions de la banlieue s’inscrivent dans une histoire longue
  2. Des communes de banlieue très diversifiées et inégalement perçues
  3. Les contours multiples du quartier
  4. Des ghettos en puissance ?
  5. Pour conclure : vers un archipel d’îlots sans cohérence ?

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