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Nouvelle revue de psychosociologie

2011/2 (n° 12)

  • Pages : 304
  • ISBN : 9782749214719
  • DOI : 10.3917/nrp.012.0275
  • Éditeur : ERES

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Le décès d’André Nicolaï, il y a quelques mois, a été durement ressenti par tous ceux qui ont participé à la fondation et au développement de la psychosociologie en France. Certes, A. Nicolaï n’était pas psychosociologue. Il était un économiste sociologue, professeur à Paris X-Nanterre, qui avait créé, avec l’aide de Michèle Salmona et d’Eugène Enriquez, un centre interdisciplinaire, le Centre d’anthropologie économique et sociale, applications et recherches (le caesar), au sein de l’ufr de sciences économiques, ce qui était une première dans ce type d’ufr. Il avait mis sur pied le dea « Économie et société », dea qu’il a dirigé et animé avec l’aide de Carlo Benetti et E. Enriquez et dans lequel ont professé quelque temps de grands philosophes, Cornélius Castoriadis et Michel Serres. Sa thèse publiée en 1960, préfacée par Jean Lhomme, « Comportement économique et structures sociales », réimprimée en 1999, près de quarante ans plus tard, par les soins de ses étudiants avec une nouvelle introduction de A. Nicolaï, avait fait date et avait montré qu’une approche économique tenant compte des acquis de la sociologie, de la psychologie et de la psychanalyse était non seulement possible mais d’une actualité urgente. C’est pour cette raison qu’il a toujours été proche des psychosociologues de l’arip et qu’il a noué des liens d’amitié avec en particulier Guy et Jacqueline Palmade, Jean Dubost, André Lévy. Liens d’amitié et de travail qui ont conduit les membres de l’arip à lui proposer de devenir le président de leur association. Tâche dont il s’acquitta parfaitement jusqu’à la rupture de l’arip, dont il sera fait état plus loin.

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Il avait fait partie de l’accord capes (organisme d’enseignement brésilien) et cofecub (organisme français du même ordre), dirigé pour la partie française par André Lévy, qui a favorisé un développement important des échanges étroits entre enseignants-chercheurs brésiliens et enseignants-chercheurs français.

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En 1981, il avait été nommé par Michel Rocard, ministre du Développement au sein du premier gouvernement P. Mauroy, directeur du centre qui devait aider au développement économique et social de la Corse. Cette nomination avait reçu le meilleur accueil de la majorité de la population de la Corse, A. Nicolaï ayant la réputation d’un homme extrêmement compétent et intègre. C’est pour cette raison que lors du changement du statut de la Corse qui permit à cette région d’avoir son propre « conseil de développement économique et social », il en avait été élu président à la satisfaction de tous.

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Pendant les années où il s’est occupé du développement de sa terre natale, il a fait appel à plusieurs reprises à des psychosociologues de l’arip qui ont toujours trouvé en lui un interlocuteur attentif et compétent.

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Il a de surcroît participé pendant de nombreuses années à une ong, « le forum de Delphes », animée par l’économiste et sociologue grecque Sophia Mappa, ong créée par la Commission de Bruxelles pour examiner les possibilités d’autres modalités d’aide au développement pour les pays et les régions dites « acp » (Afrique, Caraïbes, Pacifique). Ses apports aux travaux de cette ong furent nombreux et souvent décisifs.

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Comme professeur à Nanterre, il avait la réputation d’être un excellent enseignant et un remarquable directeur de thèse. Il était au courant de toutes les publications importantes en économie, anthropologie, sciences politiques, sociologie et psychanalyse. Le dogmatisme n’était pas son fort. Aussi était-il estimé et aimé de ses étudiants.

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Lors du départ de l’arip de certains de ses fondateurs, il a contribué avec Palmade, Dubost, Lévy, Enriquez à fonder le Centre international de recherche, formation et intervention psychosociologique (cirfip), qui, à ce jour, regroupe un très grand nombre de psychosociologues français et étrangers.

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Il a dirigé avec Florence Giust-Desprairies et André Lévy le colloque sur « la résistible ascension de la rationalité instrumentale ». Il a écrit un texte fort important sur « Logique du système et raison instrumentale » (son dernier texte) lors de la publication des exposés du colloque dans la Revue internationale de psychosociologie. À la suite de son texte, se trouve celui de Cornélius Castoriadis, « La rationalité du capitalisme », qui fut également le dernier texte de ce grand esprit. Castoriadis et Nicolaï avaient beaucoup d’estime l’un pour l’autre. La proximité de ces deux textes en témoigne. Les dernières années de sa vie ont été difficiles car A. Nicolaï a eu de nombreux ennuis de santé et il est mort après ce qu’on appelle pudiquement « une longue maladie » qu’il a affrontée avec un courage à toute épreuve.

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Il laissera le souvenir d’un économiste de grand talent, qui a joué un rôle considérable même s’il n’a pas pu écrire autant de textes qu’il l’aurait désiré vu ses multiples occupations et son souci de la perfection, ce qu’on peut naturellement regretter. Nous ne pouvons en tant que cirfip que nous associer à l’annonce de son décès par l’université de Nanterre qui tenait à « saluer la mémoire d’un grand économiste », en ajoutant d’un intellectuel remarquable, défenseur des sciences humaines.

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Je voudrais, après avoir essayé de retracer son parcours le plus objectivement possible, dire à quel point la disparition d’André Nicolaï me touche et touche bien des membres de l’arip et du cirfip. Je connaissais André depuis l’âge de 14 ans, nous avons fait des études ensemble. C’est lui qui avait œuvré pour que je sois nommé à l’ufr de sciences économiques de Nanterre. Le caesar, le dea « Économie et société », les travaux sur le développement économique et social de la Corse, l’animation du « forum de Delphes », le travail commun à l’arip et au cirfip ont contribué à renforcer, chaque jour, nos liens. J’ai perdu, et je ne suis pas le seul à ressentir violemment son absence, en la personne d’André Nicolaï, un homme d’une honnêteté morale, d’une grande compétence et en même temps d’une modestie remarquable. Les psychosociologues ont perdu un allié exigeant et compréhensif qui leur a beaucoup apporté par son travail et par sa convivialité. J’espère que les membres du cirfip et que les lecteurs de la Nouvelle revue de psychosociologie se souviendront de l’accueil amical qu’il réservait à tous ceux qui étaient interdisciplinaires, transdisciplinaires et aussi « indisciplinés ». Il était contre tous les conformismes et il avait plaisir à penser et à écouter la pensée d’autrui. Il était l’un des nôtres ; c’est pour cela que j’ai tenu, au nom du cirfip, de la nrp et en mon nom propre, à lui rendre hommage, même si j’ai été obligé de contenir mon émotion pour être capable de rédiger ces quelques lignes.


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