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Nouvelle revue de psychosociologie

2011/2 (n° 12)

  • Pages : 304
  • ISBN : 9782749214719
  • DOI : 10.3917/nrp.012.0041
  • Éditeur : ERES

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Cette analyse fait suite à mes précédents travaux [1][1] Grâce à une bourse d’études pour effectuer une thèse... et a pour but d’affronter l’analyse de certains espaces urbains, ici les quartiers de la politique de la ville de Paris et de sa banlieue.

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Dans ce cadre, l’objectif de ma recherche est de reconstruire, à travers les données théoriques de la sociosémiotique, les significations sociales de deux quartiers dits « sensibles » : celui des Amandiers, dans le xxe arrondissement de Paris, et le quartier de la Rose des Vents, cité des 3000, à Aulnay-sous-Bois. À travers l’analyse des deux quartiers on verra comment, au niveau de l’imaginaire, la définition de certains territoires, avec une localisation géographique différente, relève du même trait sémantique, c’est-à-dire celui de « sensible ». Cette opération a contribué à la construction de discours spécifiques, générant un processus de stigmatisation toujours présent.

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Souvent, pendant l’enquête de terrain, je me suis demandé pourquoi Paris, par rapport à la situation italienne, n’avait pas de formes urbaines périphériques à l’intérieur. Lors de mes entretiens avec des personnes sensibles au sujet, j’ai découvert que certains quartiers populaires de la ville n’avaient « rien à envier » à ceux de certaines banlieues. La volonté de travailler sur un quartier sensible de Paris est donc née de l’exigence d’établir une comparaison de façon à identifier plus précisément les difficultés qui persistent dans un quartier sensible de la banlieue parisienne.

Introduction

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Aujourd’hui, un élément caractérise l’expérience urbaine dans le monde contemporain : la naissance de frontières nouvelles qui ne sont plus vraiment des frontières spatiales mais qui, en revanche, sont des frontières symboliques qui utilisent l’idée de culture et d’appartenance pour construire des barrières mentales qui s’inscrivent dans la territorialité urbaine. En l’espèce, je fais référence en particulier aux quartiers populaires, sur lesquels est tenu un discours ordinaire qui contribue à générer, à travers la construction des représentations et des configurations, une vision parfois stigmatisante de ces espaces. Les quartiers inscrits dans cette logique, comme nous l’explique Lamizet (2006, p. 122), « deviennent des espaces symboliques à partir du moment où ils ne sont pas seulement l’objet d’un usage, mais où ils s’inscrivent, aussi, dans des logiques de langage et de représentation ».

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Dès lors, on peut se demander comment la sémiotique peut avoir une spécificité dans l’étude de la ville et comment la science de la signification peut intervenir sur ce sujet.

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Le premier élément qui émerge est que la ville n’est pas une « chose » mais une relation entre deux plans, le plan de l’expression et le plan du contenu. D’abord, on peut donc considérer la ville comme un texte car celui-là, c’est-à-dire la ville, « rassemble des morceaux, les tient ensemble selon des relations fonctionnelles, stratifie et hiérarchise, prédispose aux moments statiques et aux processus de transformations qui en découlent » (Marrone, 2009).

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Il faut alors entendre le texte comme un dispositif formel à travers lequel le sens s’articule, se manifeste, circule dans la société et dans la culture. Faire l’analyse sémiotique d’un espace urbain, le considérer comme un texte, revient à structurer, déconstruire et reconstruire l’objet en continu.

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La ville, autant que le texte, pour Greimas, est à considérer comme un aggloméré d’êtres et de choses. Dans ce cas-là, l’intérêt de la sociosémiotique à l’étude de l’espace est lié en particulier à la manière dont l’organisation spatiale d’une ville influe sur les comportements des citoyens, imposant certaines règles d’interaction. À ce propos, on peut dire que l’axe de connexion entre ville et citoyens est constitué par les pratiques, lesquelles s’optimisent en fonction des possibilités et des contraintes offertes par l’organisation urbaine.

Présupposés sémiotiques pour une analyse des espaces urbains

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L’objectif de l’analyse est de retrouver la forme de l’objet spatial-urbanistique dans son ensemble, c’est-à-dire définir comment l’objet analysé peut être compris, reconnu et désigné. Cela comporte, dans un premier moment, l’individuation de tous les éléments qui caractérisent l’ensemble choisi, ainsi que les articulations élémentaires et les catégories présentes soit sur le plan plastique, soit sur le plan figuratif.

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Le premier niveau d’analyse est lié à tout ce qui appartient à l’univers figuratif, c’est-à-dire, au monde perçu par nos sens sous formes de figures ; le deuxième est lié, en revanche, à un niveau abstrait et profond qui concerne la spatialité comme dispositif apte à structurer le texte.

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À partir de ces deux niveaux, le but est de reconstruire les signifiés sociaux inscrits à l’intérieur des quartiers analysés et d’identifier tous les éléments qui les constituent. Déterminer le sens des espaces sélectionnés, leur organisation, leur relation, l’emploi d’une architecture déterminée en contraste avec une autre, tel est l’objectif qui permettra de reconstruire les signifiés sociaux et d’identifier tous les éléments qui diversifient les quartiers sélectionnés par rapport au milieu extérieur.

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Comme nous l’explique Marrone, la signification est la résultante finale d’une série stratifiée et complexe de procédures, articulations et sous-articulations dans lesquelles chaque élément a un unique sens s’il est mis en relation avec d’autres éléments. À ce propos, la plus grande partie des difficultés qui se sont présentées pendant l’enquête de terrain étaient liées en particulier à la stratification et à la multiplicité des éléments à prendre en considération.

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La manière dont les quartiers sont structurés fait état non seulement de la société comme réservoir complexe et réalité « signifiante » mais aussi de la façon dont ils sont organisés, en communiquant aux sujets qui les parcourent toute une série de signifiés que nous tenterons de reconstruire maintenant.

Le quartier des Amandiers : entre centre et périphérie

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Avec la démolition totale du quartier des Amandiers et sa reconstruction en 1957, ce n’est pas seulement l’organisation du quartier qui a changé, mais c’est aussi la configuration du paysage, sa praticabilité même. Pendant cette phase, le but principal revendiqué est de réaliser une ambiance moderne et fonctionnelle, comme conséquence d’un projet de démolition totale et de reconstruction. Ce processus est une volte-face pour une ville comme Paris qui a en tout temps essayé de maintenir son homogénéité, surtout dans l’architecture. Cela a conduit le quartier à prendre une « forme nouvelle ». La reconstruction ainsi que les choix urbanistiques et architectoniques ont radicalement modifié l’espace.

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Selon le Projet de territoire, les grandes opérations des dernières décennies ont généré des ruptures urbaines en créant de grands ensembles peu intégrés dans le tissu environnant. Ainsi le quartier Belleville Amandiers s’est progressivement morcelé en plusieurs quartiers avec des fonctionnements autonomes et dans lesquels on retrouve les entités territoriales des grands ensembles immobiliers récents. Ce fractionnement, accentué par la présence de coupures urbaines, a créé des situations de ruptures : rupture d’échelle, monofonctionnalité, absence de mixité.

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Actuellement, le quartier des Amandiers est significatif du caractère différencié et paradoxal lié à toutes les transformations qui en font une enclave essentiellement marginale.

Le plan de l’expression spatiale

Organisation topologique [2][2] L’organisation topologique nous renvoie à l’organisation...

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Placé dans le XXe arrondissement de Paris, le quartier des Amandiers est entouré du XIe, du XIIe et du XIXe arrondissements. Cela implique un rapport de voisinage avec trois places très importantes qui sont plus précisément la place de la Nation, à la limite entre le XIe et le XIIe arrondissements, la place de la Bastille dans le XIe et la place de la République à cheval entre le IIIe, le Xe et le XIe arrondissements.

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Il est limitrophe en outre avec un des plus importants cimetières de Paris, c’est-à-dire le cimetière du Père Lachaise. Le quartier se dessine comme une enclave englobée en particulier par quatre rues, la rue de Ménilmontant, la rue Sorbier, l’avenue Gambetta et le boulevard de Ménilmontant.

Intérieur/Extérieur

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À travers l’opposition topologique intérieur/extérieur, la visée est de déterminer, à un niveau général, le dedans et le dehors du quartier, c’est-à-dire tous les éléments qui nous donnent la perception d’une frontière qui sépare les différents espaces. Lorsqu’on analyse les éléments qui caractérisent le quartier, on peut voir, par rapport à l’espace physique, la différence entre la praticabilité et l’habitabilité des espaces extérieurs, relatifs par exemple au boulevard de Ménilmontant (Fig.1) et, au contraire, le vide à l’intérieur du quartier. Ici, contrairement à l’extérieur, il n’y a aucun espace commercial et cela a créé dans le temps un déséquilibre entre la multitude d’immeubles et la rareté des commerces. Un autre élément qui engendre une discontinuité par rapport aux espaces extérieurs est l’architecture. Les immeubles, pour la plus grande partie hlm, se développent à travers des barres (caractéristiques d’une grande partie des quartiers populaires français) qui ne dépassent pas les quatre étages et des tours de quinze étages environ et qui s’opposent à l’architecture haussmannienne et post-haussmannienne présente au dehors du quartier. (Fig. 2-3). À ce propos, on peut voir comment le quartier en analyse se présente tantôt comme un espace englobé, tantôt comme une enclave entourée par des espaces urbains extérieurs qui, sur le plan figuratif, sont complètement différents.

Fig. 1 - Boulevard de MénilmontantFig. 1
Photo Anita Ponti
Fig. 2 - Rue des AmandiersFig. 2
Photo Anita Ponti
Fig. 3 - Les tours du quartier des AmandiersFig. 3
Photo Anita Ponti

Centre/Périphérie

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La configuration en bloc du quartier exprime une certaine construction de l’espace qu’on essayera d’analyser en termes de centralité et de périphérie. À ce propos, en examinant la disposition des bâtiments et la structuration du quartier, on peut reconnaître comment tous ces éléments empêchent la constitution de formes de centralité.

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Dans ce cadre, au sujet de la notion de centre, entendu sémiotiquement comme la concentration maximale de codes, on voit comment la disposition en blocs des immeubles va créer des microcentralités inégales, rendant l’espace très fragmenté et acentrique. Si, comme nous l’explique Marrone, le centre se pose comme lieu de pouvoir et de socialisation, dans ce cas-là l’organisation spatiale du quartier ne permet pas la création de lieux sociaux.

Ouvert/Fermé

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L’usage de cette catégorie topologique nous renvoie au sens de clôture produit par la conformation du quartier, d’autant plus qu’il est fait utilisation de grilles devant les bâtiments.

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En effet, les unités d’habitation sont souvent pourvues de grilles tournées vers les cours intérieures ; les immeubles présentent donc une façade aveugle sur la rue. Cela a mené certains chercheurs à se demander si les cours peuvent être considérées comme des espaces publics ou privés. Les résidents ont développé, au fil du temps, une tendance à les considérer comme des espaces privés. Dans ce cas-là, les conflits qui opposent les différents acteurs sociaux, c’est-à-dire les jeunes et les adultes, sont en partie dus au statut incertain de ces espaces. Il faut considérer en outre l’absence de circulation dans le quartier et la disposition en blocs des immeubles. Tout cela engendre un sens de fermeture et a créé dans le temps une forte sensation de clôture par rapport à la toponymie présente au dehors du quartier, c’est-à-dire la présence de rues à grande circulation, de boulevards, de commerces et de pôles d’attraction. Donc, d’un point de vue eidétique [3][3] Dans l’ensemble des catégories plastiques, les catégories..., le contraste perçu est relatif à la fermeture et au statisme du quartier en opposition à l’ouverture et au dynamisme présent à l’extérieur.

La construction du seuil

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Voici la définition du terme « seuil » dans le Petit Robert « limite au-delà de laquelle se mettent en place de nouvelles conditions ». À partir de cette définition, nous essaierons d’identifier au mieux ces « nouvelles conditions », tâchant de répondre aux questions suivantes : quels sont les éléments qui séparent et délimitent les différentes espaces ? Comment se construit la frontière sémiotique grâce à laquelle le texte-quartier devient autonome et cohérent ?

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Le premier élément auquel nous allons nous intéresser est lié aux formes de reconnaissance qui dérivent des fractures entre l’espace intérieur et extérieur. Nous avons vu que le quartier est englobé par quatre rues importantes et on s’est aperçu aussi que les rues intérieures au quartier sont complètement différentes du système qui les englobe. Ce contraste est dû d’un côté à l’absence de commerces et de l’autre à une architecture différente. Dans ce cadre, partant des données identifiées précédemment, du point de vue des pratiques, on peut voir comment le pouvoir-faire à l’extérieur du quartier s’oppose au non pouvoir-faire à l’intérieur. En outre, la structure du quartier dicte une « temporalité » intérieure différente à l’extérieur. Si les espaces extérieurs se caractérisent comme des espaces de pratiques, les espaces intérieurs trouvent une spécificité dans l’espace entendu comme « lieu de passage ». Donc, les actions principales et les programmes qui se déroulent dans le quartier sont liés surtout à la traversée plutôt qu’au stationnement. Il s’agit d’une forme reconnaissable, dictée en particulier par sa constitution en bloc et étant donné qu’elle ne présente pas de sous-articulations spatiales à l’intérieur, elle se constitue comme trait unique. Ce critère d’organisation intérieure confère au quartier une identité sémiotique spécifique.

Au nord du quartier nord : la Rose des Vents

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Conçu sur un projet de Risterucci et Wassermann, le projet urbanistique est réalisé entre 1967 et 1970 avec un programme qui comprend 3 132 logements hlm. C’est à partir de ce nombre d’habitations que naît, avec une acception négative, la « cité des 3000 ». Construit au nord d’Aulnay-sous-Bois, le quartier a subi, de par sa disposition géographique et la présence de la route nationale N2, un enclavement géographique significatif. Enclavement renforcé par la présence et la taille gigantesque, à l’entrée du quartier, du centre commercial Forum Galion (Fig.1).

Fig. 1 - Centre commercial Forum GalionFig. 1
Photo Anita Ponti

Le plan de l’expression spatiale

Organisation topologique

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En partant de tout ce qui englobe le quartier nord, en général nous pouvons voir comment se développe à l’ouest la zone industrielle et commerciale constituée de Garonor, Parinor, Citroën, Paris Nord II. Toujours à l’ouest, se développe le parc paysager municipal Robert Ballanger. À l’est il est limité par le parc départemental du Sausset et au sud, le quartier est séparé du reste de la commune par la route nationale N2.

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L’entrée principale du quartier est marquée par la présence du centre commercial Forum Galion qui constitue une sorte de frontière entre le dedans et le dehors. Par la manière dont il a été conçu, il assume les aspects d’une porte triomphale qui fait fonction d’entrée ou de sortie selon les déplacements. Architectoniquement, il se présente comme une longue et imposante barre d’habitation qui marque vivement le paysage urbain faisant un trait d’union avec l’architecture présente dans les espaces limitrophes.

Intérieur/Extérieur

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À travers l’opposition suivante, j’ai essayé de déterminer, au sens général, comment se développe le quartier, en tâchant de comprendre s’il y a des éléments récurrents qui rapprochent les espaces intérieurs par rapport à ceux extérieurs au quartier. D’un point de vue architectural, la continuité qui se retrouve entre espaces intérieurs et extérieurs est engendrée, au niveau de l’habitation, par la présence de grands ensembles et pavillons. Ajoutons qu’exceptée la nature commune des immeubles, on retrouve dans les deux cas l’absence de commerces, d’espaces destinés au stationnement, rapprochant ainsi les espaces en question. À un niveau général, à l’exclusion des secteurs pavillonnaires et d’une partie des services présents, on assiste à la desémantisation [4][4] Dans ce cadre, ces espaces se présentent comme des... à laquelle sont soumis ces endroits, en particulier ceux qui sont limitrophes avec la route nationale N2.

Continu/Discontinu

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Si nous partons de la présupposition que c’est seulement avec la discontinuité que le sens commence à émerger, créant des différences entre les lieux et conséquemment les chargeant de signifié (Marrone, 2001), nous voyons que la cité des 3000 (Fig. 2) se pose comme un élément qui structure et marque de manière évidente l’espace physique à l’intérieur du quartier, divergeant au niveau architectural et du point de vue stylistique de tout ce que l’entoure. Le premier élément qui engendre la discontinuité au regard des éléments intérieurs du quartier est lié à la nature des immeubles. Le sens produit par la présence de la cité des 3000 est interrompu par une série d’ensembles de microhabitation qui se constituent comme différents. Nous distinguerons donc la zone des grands ensembles de la zone pavillonnaire. En particulier, ce que je tâcherai de déterminer c’est la batterie de signifiés engendrée par l’étendue de la cité des 3000 dans le quartier. La perception de la forte différence entre les espaces nous amène à attribuer aux deux complexes une série de signifiés qu’on verra par la suite et qui se constituent de la manière dont ils ont été conçus.

Fig. 2 - Cité des 3000Fig. 2
Photo Anita Ponti

Les « 3000 »

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Restant à un niveau « macro », les « 3000 » se disposent d’un côté et de l’autre de l’axe principal qui coupe en deux le quartier, la rue Edgar-Degas, et sont délimités par deux autres axes, secondaires, perpendiculaires au premier, les rues Matisse et Renoir. Du fait de la disposition du bâtiment populaire, il a été difficile au début de déterminer les confins de la cité et des chemins à prendre pour la parcourir. De manière graduelle, j’ai découvert que les entrées étaient multiples et qu’il y avait, en son sein, des points d’entrée différents. Du point de vue de l’organisation eidétique, les barres d’habitation se disposent sur le territoire de manière fragmentée et la forme qui en résulte nous évoque celle d’un labyrinthe. Chaque barre est dotée, en outre, de sa propre entrée, large d’accès, et il n’y a pas de limites réelles.

Intérieur/Extérieur de la cité

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En parcourant l’intérieur de la cité, nous voyons par ailleurs qu’entre une structure d’habitation et l’autre se succèdent en alternance des espaces verts, qui peuvent être utilisés tant comme lieu d’arrêt que de traversée, joignant entre eux les différents bâtiments. Le manque d’entretien de l’espace et de ces endroits souligne l’abandon dans lequel ils sont relégués et, à l’intérieur, passant d’une barre à l’autre, sous les fenêtres des habitations, il est possible de trouver la présence de déchets qui va engendrer une dévalorisation dysphorique de l’espace.

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Nous pouvons également retrouver les dégradations présentes dans les « 3000 » (Fig.3) en grande partie à l’extérieur de la cité, particulièrement dans la zone non encore restructurée qui constitue le principal objet du projet de rénovation urbain. En outre, en ce qui concerne l’extérieur, l’agglomération s’oriente sur une partie dégradée et une partie restructurée et les espaces se divisent selon l’opposition pratiqué/abandonné.

Fig. 3 - Cité des 3000Fig. 3
Photo Anita Ponti
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Par rapport au secteur en voie de restructuration (Fig.4), dans la zone dégradée il n’y a pas de limites concrètes comme par exemple des grilles et il existe un manque d’entretien des espaces à la différence des habitations restructurées ; cela se manifeste selon l’articulation dégradation/entretien. À ce propos, il est intéressant de remarquer qu’une partie du complexe en phase de restructuration, limitrophe avec une zone pavillonnaire (Fig.5), est d’une certaine façon adaptée au style architectural et aux règles de privatisation de l’espace. Les complexes restructurés se délimitent en effet par l’installation de grilles qui servent de limite entre l’intérieur et l’extérieur des habitations.

Fig. 4 - Cité des 3000 en voie de restructurationFig. 4
Photo Anita Ponti
Fig. 5 - Secteur pavillonnaire le Blanc VillageFig. 5
Photo Anita Ponti

Ouvert/Fermé

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L’opposition entre ouvert et fermé sert à examiner la manière selon laquelle les espaces différents se définissent l’un en relation à l’autre. L’analyse qui suit est focalisée sur deux ensembles contigus mais très différents entre eux dans lesquels s’inscrivent le complexe de bâtiments populaires, les 3000, et le secteur pavillonnaire les Petits Ormes.

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Il s’agit de deux ensembles qui, selon la manière dont ils sont structurés constituent une forme d’homogénéité intérieure en se donnant comme totalités autonomes.

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La première chose que j’ai tenté de cueillir a été la nature des confins qui vont caractériser les complexes, ainsi que tous les éléments qui constituent des configurations reconnaissables en produisant des effets de sens d’intégration ou éloignement.

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Voulant recourir à la catégorisation ouvert/fermé, qui se montre importante pour examiner la manière dont les différents espaces se définissent les uns par rapport aux autres, dans cette intention, nous avons vu comment la présence d’entrées multiples et l’absence de grilles produisent, dans la cité des 3000, une neutralisation de l’opposition entre extérieur et intérieur.

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Contrairement à ce système, la présence de grilles et de haies en ce qui concerne les ensembles pavillonnaires provoque le sens d’une limite très forte. L’organisation figurale des deux complexes, le pavillonnaire et le populaire, permet au plan de l’expression de se structurer selon les oppositions : entretenu/dégradé et dense/dispersé. En outre, comme nous avons pu le constater, si les complexes privés présentent des limites à travers le traitement de l’espace, le complexe des grands ensembles se définit par une absence de limites manifestée par le manque de formes de séparations entre intérieur et extérieur, propre et d’autrui, sauf la zone restructurée dans laquelle il est possible de retrouver l’usage des grilles. Cela explicite, à l’intérieur du même espace, l’opposition public/privé.

Centre/Périphérie

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À travers des explorations répétées j’ai pu vérifier comment le quartier, placé à la « périphérie » de la périphérie, a pu se constituer en isolés différents entre eux en présentant à son intérieur différents critères d’orientation. Du fait de sa structuration et de sa configuration des différents ensembles, l’agglomération des 3000 se pose comme un espace fragmenté qui se constitue comme trait dominant à l’intérieur du quartier.

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Même dans ce cas-là, on voit comment la disposition en blocs des immeubles va créer des microcentralités inégales, rendant l’espace acentrique.

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Les analyses présentées ci-dessus montrent que le problème de la centralité n’est pas en relation avec un centre hypothétique retrouvable à l’intérieur de la commune ou du quartier, mais avec la notion de centre sémiotiquement entendu. Il existe des microcentralités liées aux complexes d’habitations et à différentes portions d’espace, mais le centre entendu comme maximale concentration des codes se clive complètement.

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Dans ce cas, la modalité « positive » du pouvoir-stationner et du pouvoir-faire est inexistante : si nous faisons référence, encore une fois, aux modalités sémantiques des lieux proposés et à l’absence des structures, on se rend compte que la volonté de la population est contrariée continuellement par les dynamiques internes, mais aussi externes au quartier. Comme dans le quartier des Amandiers, même dans ce cas-là l’organisation et la structuration spatiale du quartier ne permettent pas la création de lieux sociaux.

La construction du seuil

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Maintenant, nous tenterons de comprendre le rôle que joue la séparation entre les différents territoires, et quels sont les illustrations et les symboles qui marquent la transition d’un endroit à l’autre. Plus précisément, voulant rechercher les dispositifs sémiotiques qui délimitent les espaces différents, nous tâcherons de comprendre comme les « confins » sont construits.

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Revenant à l’analyse, à un niveau « macro », il a été dit que le secteur nord se définit comme « espace différent », en manifestant en revanche des oppositions sémiotiques considérables au regard du secteur sud, surtout en ce qui concerne le tissu urbain, principalement pavillonnaire [5][5] Cette expression fait référence à la forte présence....

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Il est important de confirmer, en outre, que la commune entière d’Aulnay-sous-Bois, et pas seulement le nord, est constituée d’une multiplicité d’espaces, « nœuds sémantiques » différemment caractérisés et que ce n’est pas le changement de l’architecture ou la présence ou non de commerces et d’endroits attractifs qui engendrent une temporalité différente dans les pratiques quotidiennes, puisque la résidentialisation excessive de l’ensemble de la commune est destinée à créer un effet de « ghettoïsation » présent au nord, mais aussi relatif aux quartiers populaires.

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Reportant l’analyse à un niveau « micro », on se rendra compte que tout ce qui sépare l’extérieur du quartier de l’intérieur est conditionné par la présence du centre commercial Forum Galion qui va créer une fracture physique du territoire, renforcée à son tour par la disposition du quartier à la « périphérie » de la périphérie. En réalité, il n’existe pas une « ligne idéale » qui sépare les deux dimensions symboliques, même si la présence du centre commercial, renforcé de la route nationale N2, sépare les deux espaces.

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Dans ce cas spécifique, nous avons déjà vu que l’environnement présent en dehors du quartier comporte des similarités avec les espaces intérieurs du fait de l’architecture et de la manière dont l’espace est conçu et structuré. Ceci va engendrer une non hiérarchisation entre les espaces intérieurs et les espaces extérieurs et, au pouvoir-ne pas faire qui se dessine à l’intérieur du quartier correspond un pouvoir-ne pas faire relatif à l’espace extérieur. En ce qui concerne la construction du « seuil » relatif aux structures d’habitation différentes entre elles, dans le cas spécifique grands ensembles et pavillons, nous pouvons voir comme l’organisation figurale des complexes, privé et public, permet au plan de l’expression de se structurer selon les oppositions topologiques comme /entretenu/ vs /dégradé/ et /dense/ vs /dispersé/, qui se corrèlent à la catégorie du contenu Pavillons/hlm. À ce propos, si l’ensemble pavillonnaire définit de manière claire le soi et l’autrui à travers la définition de l’ensemble, l’agglomération populaire n’apparaît pas dotée de frontières.

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En outre, un élément à ne pas sous-estimer est celui relatif à l’installation des grilles et à la construction des trottoirs dans le secteur populaire des 3000 en phase de restructuration. Une telle opération est un index très fort de résidentialisation et de privatisation de l’espace. De fait, dans les zones restructurées, l’installation des grilles et la présence des trottoirs représente non seulement une marque distinctive par rapport aux autres espaces, mais cela constitue une sorte de récurrence isotopique qui confirme le programme, avec pour but ultime de régulariser et de réorganiser des lieux déterminés, sans que cela n’en modifie le contenu social.

Conclusion

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Les termes utilisés pour définir ces zones urbaines s’inscrivent dans un scénario sémantique qui d’un côté pose les quartiers analysés comme « prioritaires », de l’autre côté comme « zones urbaines sensibles ». Pour faire cela, l’objectif a été de vérifier s’il y avait une corrélation entre la signification des mots utilisés pour définir les quartiers analysés (plan du contenu), et les éléments réels qui caractérisent ces espaces physiques (plan de l’expression).

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À ce propos, le regard sémiotique s’est révélé un instrument d’analyse utile pour déterminer les articulations de sens liées à la conformation des quartiers, à leur distribution dans l’espace, mais aussi pour reconstruire tous les contenus véhiculés à un niveau social. La volonté de concentrer l’attention sur les deux quartiers, situés dans deux départements différents, est née donc de l’exigence de comprendre les formes de reconnaissance ainsi que les éléments, s’il y en a, qui les différencient.

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Si, dans la première partie de l’analyse, nous avons reconstruit l’articulation spatiale et si nous avons tenté d’identifier tous les éléments qui la caractérisent d’un point de vue figuratif, il est maintenant intéressant de tenter de comprendre si au sens des lexèmes [6][6] L’union du plan de l’expression et du plan du contenu... utilisés pour les définir, correspondent tous les éléments topologiques déjà déterminés.

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Partant du sens inscrit dans le dictionnaire Le Petit Larousse, on peut voir comment les mots « sensible » et « prioritaire » sont définis de la façon suivante :

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Sensible = « Qui est, qui peut être perçu par le sens : le monde sensible ; qui est apte à éprouver des perceptions, des sensations ; qui éprouve facilement des émotions, des sentiments, notamment de pitié, de compassion ; qui est particulièrement accessible à certaines impressions d’ordre intellectuel, moral, esthétique ; que l’on doit traiter avec une attention, une vigilance particulière : dossier sensible ; qui fait l’objet d’une surveillance renforcée pour des raisons de sécurité : vol sensible [7][7] On trouve douze signifiés dans le Larousse. J’ai sélectionné.... »

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Prioritaire = « Qui tient la première place, qui doit passer avant tout : les besoins prioritaires de la nation. »

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En ce qui concerne le premier terme, les différents signifiés ont, selon les contextes, une acception différente, bien qu’ils résident sous un unique trait sémantique. La sensibilité peut être liée au monde des sens, à la perception des sensations, mais aussi comme quelque chose devant « être traité avec une attention spéciale ». En réalité, comment un quartier devient-il sensible, comment une zone devient-elle prioritaire ?

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Partant du quartier des Amandiers, si nous passons de l’analyse du seul lexème à celle des contextes dans lesquels il pourrait s’actualiser, en réalité, le terme « sensible » a un signifié non seulement de caractère perceptif, mais aussi de nature sociale. Par conséquent, la « sensibilité » ne se mesure pas à partir de la « perception » esthétique, mais à partir des problématiques enracinées à l’intérieur du quartier. Lorsque nous analysons l’habitat dans sa globalité, nous voyons comment, d’un point de vue figuratif, la « sensibilité » n’est pas explicitée par l’architecture, mais par la qualité de vie à l’intérieur du quartier et par les problématiques inscrites au niveau social. Dans ce cas, le signifié le plus pertinent est celui de quartier en tant que lieu « devant être traité avec une attention particulière » ; alors, « prioritaire » est le terme qui se rapproche le plus de « l’urgence d’intervenir sur un tissu urbain complexe et conflictuel ».

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Comme le quartier des Amandiers, le quartier nord la Rose des Vents rentre dans les zones urbaines dites « sensibles ». Aussi dans ce cas, il faut comprendre si les lexèmes utilisés pour définir les lieux en question sont cohérents avec le parcours figuratif et s’ils correspondent à tous les éléments topologiques déterminés. Précédemment nous avons vu que la sensibilité d’un endroit peut être dictée par ce que nous percevons, mais qu’elle peut aussi être entendue comme quelque chose qui doit être traité avec une attention particulière. Dans les deux cas, le lexème « sensible » renferme les particularités du quartier en analyse.

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Le sens attribuable au quartier est en effet soit de nature sociale, soit de nature esthésique [8][8] Le niveau esthésique concerne le processus de perception... et esthétique, puisque le quartier, au niveau percepteur, se présente immédiatement comme un endroit où l’abandon de structures déterminées se trouve être dominant et déterminant. À ce propos, au moment où nous analysons le secteur de la cité des 3000, on se rend compte que, d’un point de vue figuratif, la « sensibilité » est manifestée soit par des structures d’habitation fortement dégradées, soit par la qualité de la vie qui s’y trouve. En réalité, le quartier ayant des poches d’hétérogénéité à l’intérieur, liées pour la plupart aux ensembles d’habitation publics ou privés, nous voyons comment le lexème « sensible » acquiert une diversité de sens selon les espaces.

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À ce sujet, Manar Hammad explique comment quelques marques sémantiques restent inchangées, d’autres changent en revanche selon les différents contextes. L’idée d’identifier des « marques sémantiques inchangées » est relative au fait qu’il existe un sens général, en ce cas attribué au quartier nord, dans l’ensemble perçu comme « zone sensible », et beaucoup de sous-signifiés, c’est-à-dire des marques sémantiques qui assument un sens spécifique selon les lieux.

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Selon l’analyse de l’auteur, en effet, on a vu que l’organisation du quartier est clivée en deux parties : l’une se présente comme urbanistiquement ordonnée et douée des services essentiels, alors que l’autre est en réalité un espace très fragmenté, se posant comme une agglomération d’espaces publics et individuels, privatisés, qui font de la banlieue un lieu fondamentalement hétérogène. En outre, le caractère très résidentiel du territoire empêche que s’établisse une vraie communication entre les différentes réalités présentes en son sein.

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En ce qui concerne les deux quartiers, même si les énoncés spatiaux repérables en leur sein sont doués de formes expressives différentes, liées à une architecture qui les rend substances expressives différentes, on a vu, sur le plan du contenu, qu’il existe des éléments communs.

63

Enfin, je souhaite que l’on ne soit plus à la recherche d’une interprétation négative de la banlieue, c’est-à-dire que la banlieue ne soit plus entendue comme un lieu en opposition perpétuelle à la ville, mais qu’elle soit appréhendée plutôt comme un lieu porteur de sa propre identité. Pour ce faire, nous devrions commencer à nous intéresser réellement à la banlieue en général et aux quartiers populaires en particulier, nous ne devrions plus regarder ces espaces comme des objets produits par les différents discours, mais les considérer comme une réalité dans toute sa surface, dans toute sa profondeur.


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Notes

[1]

Grâce à une bourse d’études pour effectuer une thèse de laurea à l’étranger en sémiotique, titrée Paris et sa banlieue : une analyse sémiotique de l’espace urbain, acquise à l’université de Rome « La Sapienza » pendant l’année académique 2007-2008, j’ai mené une enquête de terrain de quinze mois dans les quartiers populaires de Paris et de sa banlieue.

[2]

L’organisation topologique nous renvoie à l’organisation spatiale du quartier analysé.

[3]

Dans l’ensemble des catégories plastiques, les catégories eidétiques servent à décrire les lignes et les formes d’un texte visuel. Donc, les catégories eidétiques sont utilisées pour décrire celles que dans le langage commun nous appelons « formes ».

[4]

Dans ce cadre, ces espaces se présentent comme des éléments étrangers, différents du système qui les englobe, se posant comme négation même de codes préconstitués. Or, l’importance de ces espaces est liée au fait qu’ils n’assument pas seulement le sens d’un manque mais, comme nous l’explique Marsciani (1999, p.127), qu’ils représentent « une neutralité déterminée ».

[5]

Cette expression fait référence à la forte présence de pavillons, basses maisonnettes avec jardin, dans le secteur sud de la commune, et à une absence manifeste de grands ensembles.

[6]

L’union du plan de l’expression et du plan du contenu constitue les unités minimes du discours : le phonème et le lexème. Ce dernier est une unité minime du lexique douée d’un signifié spécifique.

[7]

On trouve douze signifiés dans le Larousse. J’ai sélectionné le plus pertinent par rapport à mon analyse.

[8]

Le niveau esthésique concerne le processus de perception du sujet lié au sentir.

Résumé

Français

Les mécanismes de domination se matérialisent à partir de l’espace et de la façon dont il est conçu, mais aussi à partir de leur mise en discours, parfois stigmatisante. Le but de ce travail est donc de définir d’une part les dynamiques produisant les espaces et les territoires ainsi que les pratiques de vie des habitants qui vivent dans les quartiers populaires ; d’autre part, il s’agit de reprendre le discours de la ville au niveau de la discrimination et de la relégation, en se penchant sur la signification des lieux à partir de leur mise en discours. Les expressions « banlieue », « cité », « quartiers sensibles » décrivent des lieux mais ne caractérisent pas d’un point de vue social toutes les populations qui y habitent. Dans ce cas, la ville et la banlieue apparaissent comme des matrices discursives complexes qu’il faut essayer de déchiffrer. Donc, partir de l’analyse du discours signifie aller au-delà des faits apparents et appréhender le non-dit comme un des éléments caractéristiques des stéréotypes sur l’urbanité.

Mots-clés

  • sémiotique de l’espace
  • sociosémiotique
  • marginalité urbaine
  • stigmatisation
  • stéréotypes urbains

English

A social-semiotic pathway in the popular parts of Paris and its suburbsWe often see mechanisms of domination that materialize from space and the way it was designed. But since their commissioning of speech, sometimes stigmatizing. The purpose of this paper is therefore to define the dynamics on the one hand producing areas and territories as well as the behaviours of the people who live in popular neighborhoods and on the other hand, it is the matter to take again the talk of the town speaking of discrimination and confinement, taking charge the significance of the places from being put into speech. Expressions such as banlieue, cité describe places but do not describe people who live there from a social point of view. In this case, the city and the banlieue appear as discursive complex matrices that must be deciphered. Thus, to analyze the speech is to go beyond the apparent facts and learn the unsaid as one of the features of stereotypes on urbanism.

Keywords

  • semiotics of the space
  • social-semiotic
  • urban marginality
  • stigmatisation
  • urban stereotypes

Plan de l'article

  1. Introduction
  2. Présupposés sémiotiques pour une analyse des espaces urbains
  3. Le quartier des Amandiers : entre centre et périphérie
  4. Le plan de l’expression spatiale
    1. Organisation topologique
    2. Intérieur/Extérieur
    3. Centre/Périphérie
    4. Ouvert/Fermé
    5. La construction du seuil
  5. Au nord du quartier nord : la Rose des Vents
  6. Le plan de l’expression spatiale
    1. Organisation topologique
    2. Intérieur/Extérieur
    3. Continu/Discontinu
    4. Les « 3000 »
    5. Intérieur/Extérieur de la cité
    6. Ouvert/Fermé
    7. Centre/Périphérie
  7. La construction du seuil
  8. Conclusion

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