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Nouvelle revue de psychosociologie

2012/2 (n° 14)

  • Pages : 264
  • ISBN : 9782749234465
  • DOI : 10.3917/nrp.014.0113
  • Éditeur : ERES

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« Se demander devant un autre : par quelle voie apaise-t-il en lui le désir d’être tout ? »

Georges Bataille, 1943, p. 10
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Intervenir auprès d’équipes dans le champ du soin ou du travail social suppose de se rendre attentif à la manière dont ces équipes construisent leurs liens d’appartenance. C’est-à-dire de tenter de saisir la manière dont elles procèdent à un accordage, à un travail de l’être ensemble et, simultanément, à la manière dont elles mettent en place des différences structurantes, en accomplissant leur tâche primaire. Ceci nécessite de préserver de l’ouvert et de la place pour une suffisante créativité dans la rencontre des « usagers » et des patients, autrement dit, de ne pas céder à la tentation d’une complétude imaginaire.

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Derrière toute organisation formelle, les cliniciens qui se réfèrent à une clinique des groupes et des institutions, sous-tendue par la métapsychologie psychanalytique, postulent une vie psychique, une dynamique subjective (intrapsychique pour ce qui est du sujet ; intersubjective et transsubjective pour ce qui en est des configurations groupales et institutionnelles). C’est en partant de ce présupposé d’une « autre scène » (selon l’expression freudienne), et en en appui sur les travaux contemporains de la clinique des groupes et des institutions [1][1] Nous prenons notamment appui sur les travaux de Paul..., que nous allons explorer la manière dont les appareillages qui se développent dans ces institutions confrontent les professionnels et les équipes au jeu des polarités inhérent aux dynamiques psychiques – entre activité et passivité, entre phallique et féminin.

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Si faire groupe requiert de la part de chacun des professionnels de prendre une place, et simultanément de consentir à la place de l’autre, des autres, la négativité rencontrée dans le travail auprès des « usagers » du soin et du travail social déloge sans cesse les professionnels de leurs positions, et attaque l’ensemble des liens (Bion, 1959 ; Pinel, 1996). La fluidité nécessaire entre ces polarités, celle qui permet un jeu d’ajustement constant entre professionnels et entre les professionnels et leurs « publics », est ainsi mise à mal et doit faire cycliquement l’objet d’un travail de restauration.

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Paul Fustier (1987, 1999) a souligné combien les professions de « l’aide » étaient irrésistiblement aimantées par une imago maternelle de comblement, en corrélation avec la demande sans fond des sujets carencés, les « usagers » des structures sanitaires et sociales. Eugène Enriquez (1987) a, de son côté, souligné la visée de complétude inhérente à l’être en groupe. Ils ont ainsi, avec d’autres, ouvert la réflexion sur ces polarités constitutives de la psyché ; ces configurations où se redessinent l’ensemble des composantes œdipiennes et fraternelles – sororales : entre maternel archaïque et paternel, et centralement entre masculin et féminin. Dans cet article, nous souhaitons mettre l’accent sur la dynamique qui se joue entre activité et passivité, entre refus et acceptation de l’autre et de l’altération que suppose toute rencontre. Ces mouvements [2][2] Ces mouvements peuvent être associés à ce que Freud... constituent des épreuves pour le narcissisme du sujet, et pour celui des groupes ; les oscillations entre les différentes polarités sont corrélées aux angoisses rencontrées et servent à masquer, à méconnaître, mais aussi à contenir ces angoisses.

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Précisons que ces réflexions prennent appui sur un ensemble d’interventions réalisées dans les institutions du soin et du travail social, au titre de régulations institutionnelles. Ces interventions visent à susciter un travail autoréflexif, qui autorise la conflictualité et donc la différenciation au sein des groupes institués (Gaillard et coll., 2009) ; ceci dans le même temps où ils tendent à produire un travail de pensée à même de créer une cohérence dans les positions professionnelles.

La confrontation des professionnels à l’altération et à la passivité

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À se rendre attentif à ces pratiques, il est aisé de constater que le soin et l’accompagnement social ne sauraient opérer sans un consentement à se laisser malmener par l’autre (l’usager, le patient, etc.), confrontant de ce fait cycliquement le professionnel à des éprouvés de passivité. Or une telle dynamique est aisément confondue avec une passivation, soit donc avec une perte de position active. La passivité n’est tolérée par le sujet que s’il s’éprouve comme actif, dans le lien. Si la passivité n’est pas expérimentée comme passivité active, elle devient alors l’objet d’un refus, celui-là même que Freud (1937) pointe comme « refus du féminin ». Ces positions professionnelles supposent en effet une expérience de l’accueil, du creux et du féminin, sans que de tels éprouvés ne fassent flamber une imaginaire et mortelle castration.

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Les jeux entre les polarités psychiques sont constitutifs de la conflictualité inhérente à la vie psychique ; or, dans les groupes professionnels qui œuvrent dans le champ de la mésincription[3][3] Façonné par Alain-Noël Henri (Henri, 2004 ; Omay, 2009),... (Henri, 2004 ; Omay, 2009) qu’il s’agisse du soin, de l’accompagnement social ou éducatif, la fluidité et la nuance sont difficilement tolérées, et les emplacements subjectifs sont poussés par les publics accueillis à la radicalisation et à la rigidification. Face au trouble et à la confusion, inhérents à ces prises en charge, la défense la plus immédiate et la plus courante est celle d’une érection phallique – érection d’une position héroïque, d’un « Savoir » fétichisé, en une confusion entre paternel, masculin et phallique, qui obstrue tout accès au féminin.

Le primat du phallique

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Commençons par préciser la nature de la position phallique. Cette organisation a été tardivement repérée par Freud (1923) comme forme d’organisation génitale infantile, constitutive de l’inconscient en tant qu’infantile dans le sujet. Bien que cette organisation soit anachronique chez l’adulte, hétérogène à une position post-œdipienne, elle demeure toujours extrêmement vivace car elle exerce une fonction protectrice contre l’archaïque et les angoisses catastrophiques et désorganisatrices. Dans sa fonction imaginairement unifiante, l’identification phallique travaille donc peu ou prou toute position moïque, tout sujet, qu’il soit homme ou femme.

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Mettant l’accent sur l’imaginaire du « phallus », et sa fonction dans l’émergence de l’ordre symbolique, Lacan (1966, 1972) en fera l’embrayeur de la dynamique de séparation (entre l’infans et la mère). Il soulignera conjointement la fonction défensive de l’identification phallique, en tant qu’elle assure le sujet contre sa dépendance (vitale) à l’autre [4][4] La prématurité et la dépendance absolue du nourrisson.... Une telle position permet donc un imaginaire déni de cette dépendance, et du manque. Face à une levée d’angoisse, le primat d’une érection phallique vaut ainsi pour tout sujet comme position conjuratoire [5][5] C’est dans les contrées de l’archaïque que la position....

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Dans la vie institutionnelle cette position fait œuvre de réassurance, face aux angoisses qui émaillent le quotidien. Elle donne lieu à des mouvements d’exhibition – ces prétentions à se prévaloir d’un « plus » différenciateur (un plus d’expérience, un plus de savoir, un plus de muscles, un plus de pouvoir de séduction, etc.) –, et permet d’expulser la faute (le négatif) sur celui/celle qui du coup est affublé d’un « moins » disqualifiant. Selon les mouvements qui affectent les équipes, une dynamique analogue peut se décliner entre les différents services au sein d’une même structure, et bien entendu entre structures, etc.

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Interrogeant les particularités des investissements narcissique et symbolique, la nature de cet avoir et les sources de l’efficacité de ses fonctions défensives, Perron-Borelli souligne comment l’avoir phallique concerne tout ce qui peut prendre valeur signifiante de complétude (Perron-Borelli, 1993, p. 1623). La logique phallique s’inscrit dans l’inconscient sous la forme d’être ce complément, ce comblement qui abolit tout manque. Ceci se transforme et s’amenuise dans un l’avoir ou ne pas l’avoir. Ces positions se situent dans le registre d’une identification, ou d’une possession doublement illusoire. D’une part, en ce qu’elles procèdent d’un déni de la réalité du négatif et de la négativité : qu’il s’agisse du manque, de l’altérité ou de la finitude. Et d’autre part, en ce qu’elles attribuent un plus de pouvoir au masculin ; ce pouvoir confronte le sujet à une identification fantasmatique au phallus. Ceci s’articule avec l’énigme d’avoir ou ne pas avoir de pénis. Il se noue là une zone de confusion entre masculin et phallique qui vient se rejouer sur les scènes institutionnelles, notamment lorsque la différence des sexes ne fait pas l’objet d’un travail d’élaboration partagée suffisamment continu. Et c’est précisément à cet endroit que viennent opérer les dispositifs cliniques de reprise des mouvements subjectifs mobilisés par la rencontre avec les usagers : ils offrent un site pour élaborer les impasses, les paradoxes et les mouvements passionnels mobilisés par ces polarités.

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Un deuxième élément vient complexifier la question. Cet ordre phallique, qui soutient un fantasme de complétude narcissique, s’intrique nécessairement à la fonction paternelle. La fonction paternelle est en effet symbolique mais aussi toujours référée pour une part au phallique – en ce point où le manque, et l’absence de la mère pour l’infans se nouent au désir d’un autre. « La censure de l’amante », selon la belle expression de Fain (1971, 1975 [6][6] Fain propose la notion de « censure de l’amante » en...), témoigne d’un tel mouvement. En participant à instaurer la loi, et en contribuant à la séparation entre l’enfant et sa mère, c’est donc pour une part l’opérateur phallique qui fait entrer le sujet dans la culture et l’organisation sociale. On perçoit ici une deuxième modalité de confusion dans laquelle le phallique vient se télescoper avec le paternel et la fonction séparatrice – symbolisante. L’ordre phallique constitue donc un condensateur qui noue dans une certaine confusion le paternel, le masculin, le pouvoir et une illusoire complétude.

L’ordre phallique dans les équipes institutionnelles

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Il nous faut à présent rendre compte de la prégnance de l’organisateur phallique dans les institutions de la mésinscription : étudier quels types de liens il soutient, et partant, expliciter dans quelles conditions il permet de faire équipe.

La position héroïque

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Dans les institutions de la mésinscription, les jeux de places et les assignations ont partie liée avec la position héroïque, celle-là même qui permet la constitution des identifications professionnelles et qui fait appel d’une identification phallique guerrière comme coloration de fond de l’ensemble de ces positions professionnelles. Dans ce champ d’exercice, l’archaïque est omniprésent : l’inceste, le meurtre et la prédation cannibale n’en finissent pas d’encombrer la scène. Du fait de l’incessante actualisation transférentielle de ce qui pour les sujets accueillis est demeuré en attente de symbolisation, ces institutions sont configurées sous le primat de l’archaïque et de Thanatos (Enriquez, 1987 ; Gaillard, Pinel, 2011). Être professionnel dans ces lieux suppose donc d’être à même de « faire face aux figures du monstrueux et de “l’horreur” », ou tout du moins d’avoir l’illusion de « faire face », soit de ne pas être morcelé ou mis hors jeu dans la rencontre. La posture héroïque est ainsi la plus économique, dans la construction des défenses qui permettent de s’aventurer en ces contrées où les rencontres sont toujours potentiellement fascinantes – sidérantes, confusionnantes. Les professionnels transforment, peu ou prou, l’exceptionnel des situations rencontrées en prime narcissique. Le traumatique inhérent à la fréquentation de ces situations est sacralisé, fétichisé. Les éprouvés effractifs et traumatiques y sont renversés en autant de preuves de l’exceptionnalité des professionnels eux-mêmes. L’érection phallique s’y transforme en modalité d’être, et ce, d’autant plus sûrement qu’un travail n’est pas mené qui permette un consentement groupal à être malmené par l’autre, et vise à la construction d’une position d’accueil de la pulsionnalité en attente de liaison.

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Ainsi de cette équipe d’hébergement qui, à l’annonce d’une nouvelle admission, dont il leur sera dit qu’il s’agit d’une adolescente qui a été aux prises avec des extrêmes du sadisme et de la barbarie, répondra d’une seule voix qu’ils ont l’expérience de ces situations, qu’ils « savent faire » avec de tels vécus confusionnants. Cette équipe se retrouvera rapidement débordée par le chaos que l’adolescente importera dans le groupe, et cherchera en urgence à la réorienter, et donc à l’expulser afin de préserver leur intégrité et leur imaginaire pouvoir réparateur menacé, soit donc de refuser d’être « déformé » au-delà d’une certaine limite. On entrevoit, au travers de cette situation, que le travail requis va devoir déconstruire ce primat de la position héroïque qui n’en finit pas d’énoncer le « même pas peur » d’une position infantile. Rencontrer l’adolescente, c’est accepter de se confronter à des visions qui ressortissent du registre de l’horreur, et convoquent la fascination, ainsi qu’aux charges transférentielles afférentes. De ces rencontres, il n’est pas possible de sortir indemne.

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Dans notre propos introductif, nous avons fait référence à ce que Paul Fustier soulignait de l’aimantation de ces professions de « l’aide » par une imago maternelle de comblement, image corrélée avec une demande sans fond des sujets carencés. Il faut ici souligner que les identifications maternelles omnipotentes – omniprésentes dans ce champ – ne sont que l’autre face des identifications héroïques-phalliques. La mère dont il est ici question est une mère archaïque non castrée, dont le fils héroïque, phallus incarné, est le bras armé ; ceci a contrario de la figure de mère « suffisamment bonne » qu’évoque Winnicott (1971), celle qui suppose un maternel travaillé par le féminin, et donc par l’altérité qui sous-tend cette polarité psychique.

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Tant que le groupe tire ses identifications narcissiques d’une illusion de plénitude, tant qu’il maintient une « visée de complétude » (Enriquez, 1987), et s’emploie dans une position guerrière à tenir, à faire face, et à venir à bout du symptôme, il n’est pas à même de quitter ce régime du phallique ; il ne peut alors que malmener les usagers et les professionnels eux-mêmes, dans des dynamiques de forçage.

Quelques déclinaisons de l’érection phallique

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Outre cette coloration phallique qui teinte les positions professionnelles en tant que la position héroïque leur est inhérente, nous proposons de différencier trois configurations dans les institutions :

  • le phallique peut constituer un moment d’effraction pour un professionnel ;

  • il peut former un élément décisif de l’économie d’un praticien ;

  • l’ordre phallique peut advenir comme un organisateur institutionnel princeps.

L’érection phallique comme modalité défensive

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Chaque professionnel peut être saisi dans un lien singulier noué avec un usager (accueilli ou patient) et être surpris de réagir sur un mode phallique. Ce réagir est associé à un mouvement spéculaire dans lequel le praticien se défend dans l’urgence face à un éprouvé d’attaque narcissique. Le réagir phallique répond à une insulte ou une agression, à la crainte de se soumettre ou à l’intention manifeste de faire céder un patient emporté par une position d’omnipotence, en un véritable combat de coqs. Ces différentes configurations sont repérables dans la clinique comme des moments d’emprise transférentielle. Ces mouvements demandent déprise, analyse et élaboration par le professionnel, en appui sur un processus groupal de coétayage et de copensée, dans la mise en œuvre de l’après-coup.

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Ces réagirs indiquent que l’usager a délogé le praticien de sa position d’accueil, d’écoute bienveillante et de sa capacité à contenir, pour solliciter une figure du double engageant un affrontement narcissique mortifère. Il s’agit d’une forme de répétition pour le patient dans lequel se rejouent ses constellations identificatoires centrales. Le professionnel est surpris, souvent déstabilisé et parfois blessé de ce déplacement identificatoire.

Le phallique, l’économie psychique du praticien, et la fonction phorique

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Parfois, le réagir phallique semble davantage révéler l’économie psychique du praticien : tout comme s’il s’agissait d’une modalité d’être professionnel. Être un dur, imposer « la loi », dominer les usagers, établir et soutenir un rapport de force sont énoncés en termes de convictions relationnelle, pédagogique, éducative, voire soignante. Le professionnel présente une organisation psychique défensive, associée à une fragilité des assises narcissiques, qui trouve à être confortée par le recours à une position idéologique. Bien que cette dernière ait culturellement considérablement reflué, elle trouve encore à s’entendre en une forme de rationalisation par certains professionnels qui ont déserté les espaces de copensée et d’élaboration partagées. Ce sont en effet fréquemment des professionnels qui ont cédé sur le travail de métabolisation des rencontres cliniques après avoir connu des situations de désétayage ou de crise institutionnelles – traversées dans une profonde solitude – qui trouvent à survivre professionnellement en édifiant de telles défenses phalliques, de « porte-muscle ».

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Ces configurations qui semblent essentiellement relever de processus psychiques singuliers sont cependant entées à l’économie de l’équipe et à la dynamique institutionnelle. La position narcissique phallique du professionnel est connue, fréquemment tolérée, voire attendue dans une forme d’accord tacite, mais conscient, ou parfois nouée dans une alliance inconsciente. Le professionnel exerce de la sorte une fonction phorique (Kaës, 1993). Le praticien est conduit à adopter un certain nombre de positions et de fonctions, en endossant pour son propre compte ce qui traverse l’ensemble : il est le porte-phallus de l’équipe, il en incarne la puissance ou soutient pour l’ensemble une position héroïque narcissisante. Il conjure une angoisse majeure affectant le groupe de praticiens. Ce mouvement trouve à se figurer de façon emblématique dans les institutions confrontées à des jeunes sujets violents, antisociaux ou délinquants [7][7] Tels que l’on peut les rencontrer notamment dans les..., où se met en scène la prise de contrôle de l’institution par les usagers.

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Ces deux configurations, privilégiant la position ou l’économie singulière d’un professionnel, ont cependant à être distinguées de celles dans lesquelles le primat du phallique forme un organisateur institutionnel. Dans ce registre, l’équipe se constitue comme un ensemble dur, sans failles ni zones de fragilité. L’équipe produit une unité imaginaire, elle s’édifie à partir d’un fantasme unaire (Pinel, 2004). Présentant aux patients un bloc soudé, elle s’avère inutilisable psychiquement par les patients ou usagers de l’institution. Les mouvements psychiques des usagers se trouvent en quelque sorte brutalement renvoyés par une surface dure et lisse, sans possibilité de mise en latence ou de dépôt, sans hébergement psychique ni contenance. La prévalence d’un modèle d’insensibilité et de dureté rabat l’économie du groupe de professionnels sur une logique qui se situe dans le registre du Nous ou eux, forme groupale du Lui ou Moi de la violence fondamentale (Bergeret, 1984 [8][8] Jean Bergeret définit par cette équation « ou lui ou...). Cette organisation groupale-institutionnelle constitue une défense serrée contre les angoisses de chaos ou celles de l’informe générées par la destructivité ou par les pulsions anarchistes (Zaltzman, 1979 [9][9] Sous ce terme, Nathalie Zaltzman désigne ce qui de...).

L’appel à l’ordre phallique, une évocation clinique

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Une brève évocation clinique permettra de montrer les conditions d’avènement de l’appel à l’ordre phallique. Cet exemple clinique est issu d’une intervention conduite par l’un d’entre nous auprès d’une équipe instituée dans un itep. Cette intervention a été demandée par les responsables de l’institution afin d’intervenir auprès d’une équipe en grande difficulté. Les praticiens sont eux-mêmes désireux d’engager un travail d’élaboration groupale de ce qu’ils désignent comme une crise d’équipe. La séquence présentée se situe dans les premiers temps de cette intervention.

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Après un temps de silence pesant, une éducatrice ouvre la séance en s’adressant directement à l’intervenant : « Vous trouvez normal que l’on se retrouve entièrement seules face à des adolescents complètement explosés, violents, sans cesse dans l’agir… Ça devient intenable… Ils ont constitué une bande et ils font la Loi. Et nous assistons, impuissants, à des scènes qui sont de plus en plus insoutenables. Nous avons demandé à la direction d’intervenir… On demande aux collègues… On attend les hommes, ils sont absents, ils ne sont jamais là quand on en a besoin… » Une autre éducatrice va prolonger le fil associatif et ajouter : « Et nous, on est démunies… Où sont les hommes, où sont les cadres, rien… Ils ne tiennent rien… C’est nous qui devons en avoir face aux adolescents. Vous trouvez que c’est normal que les hommes se cachent quand les ados prennent le pouvoir… Si ça continue comme ça on va devoir faire appel à la police. On n’en peut plus… »

À ce moment, un éducateur prend la parole et s’adresse à l’éducatrice : « Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ? Qu’on les éclate ? Ils n’ont aucune limite, rien ne fait autorité pour eux. Ils n’ont pas été éduqués… On ne peut quand même pas les frapper, c’est pourtant à ça qu’ils nous poussent : il faudrait qu’on devienne comme eux et qu’on soit des chefs de bandes, des caïds pour qu’on soit respectés. C’est pas possible ! »

Un long silence s’instaurera après cet énoncé. Je serai conduit à solliciter les participants à propos de ces images de chef de bande et de caïd.

Les éducatrices évoquent à ce moment le départ d’un chef de service qui occupait jusque-là une position extrêmement héroïque. Des souvenirs sont évoqués, ils sont formulés au travers de métaphores guerrières et héroïques : « Il montait au front… Il n’avait pas peur de les affronter et de les mater… Depuis qu’il est parti on y arrive plus… » Les éducateurs, attesteront de ce vécu d’impuissance passive : « C’est triste à dire mais depuis qu’il n’est plus là, on ne peut plus les arrêter et les contenir… »

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Nous ne poursuivrons pas la présentation de cette intervention qui se déroula sur une année, mais nous avancerons quelques éléments d’analyse référés à cette séquence qui initiera le travail d’élaboration collective du deuil d’une figure fondatrice.

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D’emblée, les associations laissent entendre que l’ombre d’une puissance phallique, dotée d’un pouvoir hors du commun, surplombe cette équipe désemparée. Les éducatrices attendent des hommes qu’ils en incarnent la puissance. Elles énoncent très clairement qu’elles-mêmes n’ont pas ce qu’il faut – on repère ici la collusion entre absence du pénis et absence de puissance phallique. Il est tout aussi prégnant que le phallus devrait être possédé par ceux qui ont à exercer une fonction symbolique associée à leur statut de cadre ou de directeur de l’établissement : la confusion entre les registres paternel, masculin, symbolique et phallique est ici patente. Les éducatrices ne peuvent soutenir ni le maternel, ni le travail du féminin, elles sont happées par l’illusion de la restauration d’un ordre phallique perdu, seul organisateur qui leur permette de résister aux angoisses de chaos.

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Il est aussi à souligner que les éducateurs sont eux-mêmes pris dans une confusion similaire, de telle sorte qu’ils ne peuvent soutenir une position qui leur serait offerte par le travail du masculin. Jacqueline Schaeffer (2002) a en effet soutenu l’idée que c’est un « travail du féminin » et un « travail du masculin » qui assurent l’accès à la différence des sexes et son maintien, toujours conflictuel, et qui donc contribuent à la constitution de l’identité psychosexuelle. Ce travail, toujours fragile, qui suppose une réélaboration constante pour chacun comme pour l’ensemble des rapports à la différence, est toujours menacé de refluer en direction d’un antagonisme phallique-châtré.

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Dans la séquence clinique, les professionnels se présentent comme châtrés et passifs. Ils auront à engager un travail de désidéalisation de la figure du chef de service héroïque pour que s’ouvre un travail de copensée. Ce processus transitera par l’élaboration de l’objet perdu, condensant une imago paternelle et une figure de l’organisateur phallique. Ce n’est que dans un deuxième temps que les différences, et notamment les différences sexuelles, pourront être réélaborées, faisant place à une bisexualité autorisant et le travail du masculin et celui du féminin pour chacun (Pinel, 2007).

Le « féminin »

« Notre Ici-Ailleurs : quelque chose d’indéfinissable (une sensation de vide, un sentiment de manque, un trouble vague et lancinant…) bat sourdement dans les entrailles de ce monde. »

Sylvie Germain, 2011, p. 140
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Penser l’émergence du féminin dans les groupes conduit à spécifier le terme de féminin comme « féminin de liaison » (Gaillard, 2008), tant il est vrai que le concept est l’objet d’une sursaturation signifiante et que son utilisation fait courir le risque de constantes méprises. Procédant à une recension bibliographique, il nous est apparu que nombre d’auteurs qui ont eu recours au concept de « féminin » ont été amenés à faire de même. Winnicott (1971) parle de l’élément « féminin pur », Éliane Allouch (2007) le spécifie comme « féminin élémentaire », René Roussillon (2004) parle de « féminité primaire de l’être » et de « féminin primaire ».

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Pour appréhender ce registre de l’être, il convient de se rappeler que les deux sexes s’accordent autour du « refus du féminin ». Freud fera de ce « refus » un des points de butée de l’évolution humaine (1937 [10][10] Jacqueline Schaeffer reprendra cette notion comme titre...), alors même que toute sa pensée tend à faire du féminin le paradigme de l’appareil psychique lui-même (Schneider, 2004 [11][11] L’approche métapsychologique de Monique Schneider titre :...). L’appareil psychique est en effet très tôt conçu comme « lieu de l’autre » à même d’accueillir l’étrangeté (étrangeté de l’autre et de soi comme autre), comme ayant fonction de liaison, de symbolisation et de transformation. La disponibilité à se mettre à l’écoute de l’inconscient (de sa propre subjectivité, mais aussi de la subjectivité d’un autre et de « plus d’un autre [12][12] L’expression est de René Kaës. Il désigne là la confrontation... ») touche à cette capacité d’accueil, et au creusement qu’elle suppose. Le féminin se signifie dans cette capacité à tolérer du creux ; à s’offrir comme creuset de transformation, à même de faire chuter la visée hégémonique de la prétention phallique – là où cette dernière n’aurait de cesse d’être tentée de se clore narcissiquement, dans un autoérotisme qui rend sourd à tout appel d’un autre, et au plaisir de la rencontre.

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En lien avec la situation présentée plus haut, nous pouvons souligner comment ce sont les espaces cliniques qui, dans un travail de reprise et d’après-coup, vont permettre une mise à jour des sollicitations transférentielles dans lesquelles les professionnels se sont trouvés enserrés. Les groupes d’analyse de la pratique sont paradigmatiques de ces espaces et de ces temps qui autorisent de travailler au désaisissement (Gaillard, Pinel, 2011). Il s’agit en effet de référer les éprouvés et les actes dans lesquels les professionnels se sont trouvés engagés à des processus d’actualisations transférentielles. Les scénarisations qui se déploient sur la scène institutionnelle s’en trouvent éclairées.

L’émergence du « féminin » dans les groupes institués

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Dans le champ de la mésinscription, le travail psychique consiste à passer du primat du phallique et de la défense contre l’ensemble des mouvements de confusion, de déstructuration, qui n’en finissent pas de s’actualiser à l’intérieur de ce champ, à une tolérance au féminin. La maturité d’une équipe relève ainsi de ces mouvements et de ces temporalités où les équipes sont à même de s’engager dans le soin ou l’accompagnement des « usagers » et d’œuvrer à la transformation. Or ces temps sont caractérisés par une tolérance à être altéré, à « être défait [13][13] L’expression est de Jacqueline Schaeffer (1997). », c’est-à-dire à être utilisé par l’autre, malmené dans le lien avec « l’usager », sans que l’altération ne soit immédiatement assimilée à une castration potentiellement mortelle.

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Ces rencontres confrontent donc les professionnels à une dynamique de passivité dans le lien aux « usagers ». Or une telle passivité, nous l’avons souligné, peut être aisément amalgamée avec un vécu de passivation. Le professionnel peut alors être envahi par le fantasme qu’il est dépossédé de toute possibilité d’agir ; qu’il n’est plus à même de se vivre et de se penser en position active, dans l’acceptation de la déformation momentanée que l’autre lui fait subir dans le lien. Il est alors renvoyé à l’image d’une féminisation, confondue avec une castration radicale et une soumission dès lors inassumable.

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S’extraire d’une telle position suppose de consentir à la violence de la déliaison mortifère ; d’expérimenter qu’il est possible de se déprendre et que l’équipe est à même de restaurer chacun dans sa professionnalité. C’est à partir de ces mouvements de consentement à un féminin (de liaison) et au travail de l’après-coup que le groupe se restaure dans un plaisir de pensée mis en partage.

Faire l’épreuve d’être démuni et requérir l’aide de ses pairs et de ses pères

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Chaque professionnel doit découvrir que ce n’est qu’au moment où il fait au groupe le don de son incomplétude qu’il peut expérimenter la solidarité groupale, qu’il peut s’autoriser un mode d’être moins défensif et, partant, plus souple, plus fluide, plus créatif. C’est au moment où chacun laisse entendre à ses collègues qu’il a besoin d’eux pour faire face à certaines situations, pour s’extraire des engluements dans lequel il se retrouve pris, que du manque est à même de s’incarner dans le groupe. Il s’agit là de ce choix du sujet de se prêter au transfert, afin de donner à « l’usager » quelque chance d’entendre la violence de ses enfermements mortifères. Chaque professionnel se doit de vérifier qu’au moment où il témoigne d’être momentanément démuni, il n’est pas détruit, mais au contraire restauré par le groupe. Ceci suppose que l’équipe accepte de se prêter à son tour au travail de subjectivation des liens, dans lesquels chacun d’entre eux se retrouve pris immanquablement ; sauf précisément à construire la prise en charge des « usagers » dans le seul registre des rapports de force, ainsi que la situation présentée ci-dessus l’a dessiné.

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Au sein des équipes les liens groupaux se renforcent à partir de la reconnaissance par chacun des professionnels d’un point de difficulté pour chacun de ses collègues. Dans une équipe qui traverse une période de créativité suffisante, chacun accède à la compréhension que tel professionnel (tel infirmier, tel psychologue, tel médecin…) a du mal à composer avec certains comportements, certains traits spécifiques présentés par certains patients. Chacun à idée d’un point qui indique la limite de la compétence de chacun des autres. Une telle connaissance consolide les liens, au moment où chacun sait pouvoir compter sur les collègues pour prendre le relais dans certaines situations, et éviter de trop s’engager dans des situations qui le mettent à mal. Chacun prend soin des autres et la limite de chacun est l’objet d’un partage, d’un don fait au groupe ; ceci en lieu et place d’une lutte pour être celui qui incarne l’omnipotence, d’avoir le savoir ou le savoir faire, qui le place en position de surpuissance, et conduit à la destruction des liens de solidarité.

38

Il est des temps dans la vie des groupes où la limite de chacun fait l’objet d’une acceptation groupale. Une telle configuration éloigne la tentation d’une position guerrière, celle où seule une phallicité triomphante pourrait avoir droit de cité.

Le féminin et son impossible saisissement

39

Soulignons une fois encore que le féminin confronte à son impossible saisissement. Dès que l’on tente de l’appréhender comme un en soi, dès que l’on se donne l’illusion que nous en maîtrisons le mouvement, il se dérobe, se durcit, et nous nous retrouvons une nouvelle fois avec un objet érigé, en lieu et place du creux indispensable au travail de transformation. Le féminin ne saurait en effet être appréhendé en dehors de sa conjonction avec la poussée phallique qu’il transforme du côté de la fertilité et de la créativité. Cette dynamique suppose que les professionnels soient à même de jouer des différentes polarités, en se déprenant de rôles et de places qui n’en finissent pas de se rigidifier. Il convient donc d’interroger cycliquement ces emplacements subjectifs, soit donc de faire exister des espaces où il soit possible de déconstruire les modalités défensives qui ont un temps pu être opérantes face aux angoisses qui envahissent les institutions et les groupes professionnels.

40

L’expérience dans les équipes touche à la capacité des professionnels à tolérer d’être utilisés par les différents usagers, tout en expérimentant qu’ils sont à même de restaurer leur professionnalité dans le creuset groupal, dans un travail d’après-coup.

41

Il est donc important de veiller à l’existence d’espaces qui présentifient cette qualité du creux au sein des institutions. Bien entendu, la présence d’un intervenant extérieur peut faciliter un tel travail de dessaisissement, même si la mise en place d’un espace de rencontre articulaire n’est jamais qu’une potentialisation du processus de transformation, celui-ci pouvant toujours se retourner en dynamiques meurtrières de la professionnalité. L’intervenant doit pouvoir être suffisamment assuré de sa consistance et de sa légitimité, pour se prêter à la destructivité du groupe et permettre aux professionnels de s’engager dans des mouvements de dessaisissement analogues à ceux qu’il tenter d’actualiser dans le groupe.

42

La phrase de Georges Bataille posée en exergue énonce au mieux la visée hégémonique de la prétention phallique : ce « désir d’être tout » qui habite chacun et qui n’en finit pas de chercher une limite, une butée où venir s’apaiser. Sa mutation suppose le partage d’une prime de plaisir, celle qui naît de la créativité et qui se développe lorsque le groupe accède à la possibilité de penser son lien aux usagers et à sa transformation ; soit donc lorsque le groupe est à même de se creuser, et que se présentifie « du féminin ». Il se fait alors creuset, cet athanor où du plaisir est mis en partage. Le phallique requiert d’être en permanence subverti par le féminin.


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Notes

[*]

Georges Gaillard, maître de conférences, Centre de recherche en psychologie et psychopathologie clinique crppc, université Lumière Lyon 2, psychanalyste. georges.gaillard@orange.fr

[**]

Jean-Pierre Pinel, professeur, université Paris 13 – Sorbonne Paris Cité, utrpp, 93430 Villetaneuse France. jeanpierre.pinel@laposte.net

[1]

Nous prenons notamment appui sur les travaux de Paul Fustier, René Kaës, Jean Claude Rouchy, Eugène Enriquez, etc.

[2]

Ces mouvements peuvent être associés à ce que Freud a désigné comme « paires contrastées » (Freud, 1933).

[3]

Façonné par Alain-Noël Henri (Henri, 2004 ; Omay, 2009), ce concept permet de rendre compte du travail d’unification qu’accomplit, de façon ininterrompue, tout groupe social. Il s’agit de cet inlassable travail de restauration d’un ordre symbolique en perpétuel devenir. Les pratiques de la mésinscription désignent l’ensemble des pratiques qui concourent à ce travail de remaillage (le soin, le travail social, l’accompagnement, etc.).

[4]

La prématurité et la dépendance absolue du nourrisson spécifient le développement humain.

[5]

C’est dans les contrées de l’archaïque que la position phallique trouve l’un de ses plus puissants ressorts. Il n’est que de penser au corps « bandé » du nourrisson, lorsqu’il se trouve aux prises avec la rage du refus (du sein, de l’autre maternel, et du monde). Le refus imaginaire de la dépendance n’en finit pas de solliciter le corps comme refuge, à partir d’une mobilisation des autoérotismes dans leur versant mortifère. Dans son bel essai sur Le sexe et l’effroi (1994), Pascal Quignard précise que « le mot phallus n’est jamais employé en latin. Les Romains appelaient fascinus ce que les Grecs nommaient phallos. Du sexe masculin dressé, c’est-à-dire du fascinus, dérive le mot de fascination, c’est-à-dire la pétrification qui s’empare des animaux et des hommes devant une angoisse insoutenable. Les fascia désignent le bandeau qui entourait les seins des femmes. Les fascies sont les faisceaux de soldats qui précédaient les Triomphes des imperator. De là découle également le mot fascisme, qui traduit cette esthétique de l’effroi et de la fascination ».

[6]

Fain propose la notion de « censure de l’amante » en 1971, notion qu’il reprendra dans La nuit, le jour, en collaboration avec Braunschweig (1975).

[7]

Tels que l’on peut les rencontrer notamment dans les maisons d’enfants à caractère social, les instituts thérapeutiques, éducatif et pédagogiques, les centres éducatifs fermés ou les centres de crises pour adolescents.

[8]

Jean Bergeret définit par cette équation « ou lui ou moi » ce qu’il dénomme « violence fondamentale », soit cette position de préservation de la vie même du sujet qui serait au fondement de la vie psychique.

[9]

Sous ce terme, Nathalie Zaltzman désigne ce qui de la pulsion de destruction se met au service de la vie, et travaille à la différenciation, à la sortie d’une groupalité qui menace les sujets d’indifférenciation, etc. Tout mouvement d’individuation passe par la destruction de liens dans lesquels le sujet se soutenait antérieurement. La pulsion anarchiste œuvre à cet endroit.

[10]

Jacqueline Schaeffer reprendra cette notion comme titre de l’un de ses ouvrages (1997), Le refus du féminin. L’approche du « féminin » que nous développons prend notamment appui sur ses travaux.

[11]

L’approche métapsychologique de Monique Schneider titre : Le paradigme féminin (2004).

[12]

L’expression est de René Kaës. Il désigne là la confrontation du sujet avec le groupe et avec la pluralité de subjectivité, avec laquelle il est amené à composer.

[13]

L’expression est de Jacqueline Schaeffer (1997).

Résumé

Français

Les jeux entre polarités sont constitutifs de la conflictualité au sein des groupes comme au sein de la psyché du sujet ; or, dans les groupes professionnels qui œuvrent dans le champ de la mésincription (soin, travail social, etc.), la fluidité est peu tolérée, et les emplacements subjectifs sont poussés par les publics accueillis à la radicalisation, à la rigidification. Face au trouble et à la confusion, inhérents à ces prises en charge, la défense la plus immédiate et la plus courante est celle d’une rigidification, d’une érection phallique censée garantir une imaginaire cohésion du sujet et du groupe – l’érection d’une position héroïque, d’un « Savoir » fétichisé, d’une position d’emprise et de domination, opère à partir d’une confusion entre les registres masculin, paternel, et phallique.
S’extraire d’une telle position suppose de consentir à la violence de la déliaison mortifère et d’expérimenter qu’il est possible de se déprendre ; d’expérimenter que l’équipe est à même de restaurer chacun dans sa professionnalité à partir d’un consentement à un féminin (de liaison) et au travail de l’après-coup. Ce travail du creux et du manque restaure le groupe dans un plaisir de pensée mis en partage.

Mots-clés

  • équipe
  • féminin
  • phallique
  • position héroïque
  • domination
  • passivité
  • activité
  • travail de pensée

English

Active-passive, feminine-phallic : the work of polarities inside teamsThe different forms of play between psychical polarities are constituents of psychical conflict ; however in the professional groups which work in the fields of caring work, social work, etc., fluidity is little tolerated and the subjective positioning is pushed by the users towards radicalization and rigidity. Faced with the anxiety and confusion inherent in taking on these new users, the most immediate and common defense is to erect a phallic position, supposedly guaranteeing an imaginary ego-based cohesion. The setting up of a « heroic position », of a fetishized « Knowledge », of a position of ascendancy and domination stems from a confusion between the masculine, paternal and phallic.
Extricating oneself from such a position implies consenting to the violence of mortifarious dislocation and experimenting with the possibility of losing the fondness for it ; experimenting whether the team is capable of restoring each member to his professionalism, beginning with agreeing to a feminine linking role and to further analysis later. This work in the gaps and losses restores to the group the pleasure of shared thinking.

Keywords

  • team
  • feminine
  • phallic
  • heroic position
  • domination
  • passivity
  • activity
  • intellectual work

Plan de l'article

  1. La confrontation des professionnels à l’altération et à la passivité
  2. Le primat du phallique
  3. L’ordre phallique dans les équipes institutionnelles
    1. La position héroïque
    2. Quelques déclinaisons de l’érection phallique
    3. L’érection phallique comme modalité défensive
    4. Le phallique, l’économie psychique du praticien, et la fonction phorique
    5. L’appel à l’ordre phallique, une évocation clinique
  4. Le « féminin »
  5. L’émergence du « féminin » dans les groupes institués
  6. Faire l’épreuve d’être démuni et requérir l’aide de ses pairs et de ses pères
  7. Le féminin et son impossible saisissement

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