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Nouvelle revue de psychosociologie

2013/1 (n° 15)

  • Pages : 336
  • ISBN : 9782749237268
  • DOI : 10.3917/nrp.015.0277
  • Éditeur : ERES

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Il y a des morts qui ne laissent pas indifférents et qui continuent par delà leur disparition à murmurer à nos oreilles.

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JB ne fut pas seulement un psychanalyste, un directeur de revue, un intellectuel, un philosophe aussi brillant qu’il ait été en tant que tel. C’était un homme, je veux dire un témoin d’humanité, rayonnant simplement d’une légèreté de l’être si profonde que de la laisser parler elle touche au cœur comme à l’intelligence ceux à qui elle se prête et à qui elle parle.

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Un homme qui est comme nous, ce que nous étions mais négligions, parce que la sensibilité paraît banale ou alors si personnelle qu’elle ne peut s’avouer qu’au psychanalyste spécialisé dans les alarmes du cœur, payé pour entendre ce qui a pu devenir souffrance et frôle l’insoutenable.

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JB était un psychanalyste d’une autre sorte dont l’écriture disait ce partage d’humanité fragile avec les autres, ceux qui le lisaient, ceux qu’il écoutait. Il pouvait partager la nostalgie qui n’était ni regret ni rancune mais par laquelle l’être indivisible et si singulier continuait à vivre.

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Il avait appris la psychanalyse et écouté le réel à travers ce que lui chuchotaient ses patients puis en poursuivait la rêverie, en marge.

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Ce dont il témoignait n’était pas la psychanalyse dogmatique ou sectaire qui irrite ses détracteurs, ni la psychanalyse imperturbable, figée à force d’être neutre, mais une psychanalyse vibrante qu’on sentait bien être à l’unisson de tout ce qui était humain.

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Et puis il riait, il était assez myope pour entendre de près, assez pour être toujours à portée et raisonner à la drôlerie des choses qui se passent, nous échappent ou nous arrivent.

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À cet humour se conjuguait la curiosité de tout ce que le monde lui donnait à voir, prenant en compte tant la banalité que l’extravagance des choses de la vie.

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Et ses amis, ses patients, ses lecteurs avaient la chance de partager avec un homme ce dont se préservent la plupart de ceux que nous croisons dans des vies où le sérieux doit faire taire la rêverie, celle qui pour autant nous restituerait aussi, avec le souvenir, la tendresse de la vie dont nous ne voulons retenir que de la normalité et des violences qui pourtant nous encombrent.

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L’inimitable poésie des titres de ses ouvrages ouvrait déjà une fenêtre sur notre vie.

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Il savait autant écouter que prêter les mots pour dire, ces mots qu’il a laissé traîner pour nous sur les pages de ses livres.

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Voilà ce que JB Pontalis nous prêtait volontiers. Il écrivait ses livres pour lui comme pour nous. Le lisant, chacun entrait en dialogue avec lui et avec soi comme si une psychanalyse se poursuivait légèrement au fil des pages. Si on ne refermait pas le livre guéri de ses blessures, ou soudain éveillé à l’indicible, du moins sentait-on avoir tenu quelque temps une main amie et partagé un moment d’intime complicité.

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Lui a fermé sa fenêtre le jour de son anniversaire comme s’il était temps, à l’heure du jour tombé : l’air était simplement devenu trop frais.

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Tout le monde, curieux ou spécialistes, se réfère au Vocabulaire de psychanalyse élaboré avec Jean Laplanche (1967). Faut-il énumérer ici ses nombreuses publications qui lui ont valu en 2011 le grand prix de littérature de l’Académie française ?

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On sait qu’élève et ami de J.-P. Sartre, en analyse avec Lacan, agrégé de philosophie en 1948, enseignant, chercheur CNRS, il collabora à la revue des Temps Modernes, quitta la Société psychanalytique de Paris (SPP) pour fonder l’Association psychanalytique de France (APF), qu’il fut l’éditeur de la Nouvelle revue de psychanalyse (1970-1994) et ouvrit la collection « Connaissance de l’inconscient », chez Gallimard.

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La meilleure chose est de lire ses livres, ses entretiens, ses écrits selon que l’on se considère comme spécialiste, praticien éclairé ou simplement honnête homme.

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Il a, en effet, marié avec bonheur la littérature et la psychanalyse, alliance dont Freud avait reconnu la fécondité et qui fera encore notre bonheur en nous parlant de nous tant que notre bibliothèque en gardera les traces.

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Les meilleurs n’ont pas de fin si nous les lisons encore.


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