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Nouvelle revue de psychosociologie

2013/1 (n° 15)

  • Pages : 336
  • ISBN : 9782749237268
  • DOI : 10.3917/nrp.015.0007
  • Éditeur : ERES

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Ce numéro de la Nouvelle revue de psychosociologie est issu du premier colloque international de psychosociologie du travail organisé à l’université fédérale de Minas Gerais au Brésil les 12, 13 et 14 avril 2012.

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Ce projet de colloque est né de la collaboration engagée durant l’année précédente entre l’équipe du Laboratoire d’enseignement, recherche et intervention en psychologie du travail de l’université fédérale de Minas Gerais au Brésil et le groupe de recherche en psychosociologie du travail du Centre de recherche sur le travail et le développement au Conservatoire national des arts et métiers en France. La convergence de nos travaux respectifs comme notre intérêt partagé pour l’approfondissement des fondements théoriques et méthodologiques de la psychosociologie du travail nous ont conduit à bâtir ensemble le programme de ce colloque visant à mieux connaître et mettre en débat les élaborations actuelles en recherche et intervention contribuant à développer cette orientation.

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Organisé par Vanessa Andrade de Barros et José Newton Garcia de Araujo à qui nous devons le succès de cet événement, ce colloque s’inscrit aussi dans une histoire, celle des nombreux colloques internationaux de psychosociologie et sociologie clinique portés par eux et leurs collègues dans cette même université fédérale de Minas Gerais et qui ont réuni, chaque fois, un nombre considérable d’étudiants, d’enseignants, de chercheurs et de praticiens. On y retrouve le souci de la dimension internationale qui permet de prendre en compte la diversité des situations sociohistoriques et de renouveler nos analyses au prisme de ces comparaisons et débats, et l’ouverture à la pluridisciplinarité dans le champ des sciences humaines et sociales.

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Ce premier colloque de psychosociologie du travail a lui aussi privilégié cette double ouverture en mettant au cœur des échanges la question du travail sous ses différentes formes dans des contextes socio-économiques et historiques contrastés et en poursuivant les dialogues entre les différents courants de la clinique du travail, ici plus particulièrement la psychodynamique du travail, la clinique de l’activité et l’ergologie.

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Ces différents courants, issus de traditions épistémologiques, disciplinaires différentes, ont des fondements partagés, mais aussi des divergences qui doivent être objets de débats, ce qui suppose d’en créer les conditions. La Nouvelle revue de psychosociologie a déjà œuvré en ce sens, à travers son numéro sur les « Cliniques du travail » en 2006 ; de même que l’ouvrage collectif Clinicas do Trabalho, réalisé sous la direction de Bendassolli et Soboll, et publié par les éditions Atlas à São Paulo, Brésil.

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La psychosociologie est souvent peu connue des autres cliniques du travail et, à l’évidence, des flous, voire des malentendus mériteraient d’être levés. Mais ici, nous avons privilégié un autre objectif : l’étude des recherches et interventions en psychosociologie quand elles mettent au centre de leurs élaborations et actions la question du travail. Cela suppose de clarifier nos conceptions du travail et ses modes d’approche.

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Un travail conceptuel est en effet indispensable, non pas pour alimenter l’illusion d’une capture du réel par le concept ou pour instituer un concept décrété seul valide et légitime, autorisant seulement ses applications (sur le modèle du « one best way » taylorien). Le concept est un instrument de pensée et d’action qui meurt quand il n’est pas développé par et dans ses usages. Le terme de travail est en effet polysémique, y compris chez les psychosociologues, et il convient de le reconnaître pour éviter son incarcération dans des doctrines.

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Nous avons donc exploré, dans nos débats, les fondements de la psychosociologie du travail et les ressources qu’elle mobilise dans l’élaboration théorique et clinique. Et on peut dire que ce colloque a établi les bases pour la construction d’un champ de recherche spécifique dans la psychosociologie, celui du travail.

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Le travail fait l’objet de représentations trop souvent clivées qui opposent sa version négative (sphère par excellence de l’hétérodétermination et de l’exploitation) et sa version enchantée (condition de la subjectivation et de la citoyenneté). Ces figures doivent être dépassées pour retenir la nécessité d’analyses dialectiques et dynamiques qui placent, au cœur du travail, contradictions, tensions et conflits. La perspective internationale peut aussi nous aider à sortir d’une sorte de sociocentrisme dominant qui tend à assimiler le travail à ses formes sociales, essentiellement celle du salariat. D’où cette confusion chronique entre travail et emploi. D’où encore la prévalence du paradigme du travail industriel dans les sciences du travail. Pourtant, on ne peut dater la naissance du travail de l’émergence de l’économie de marché qui ferait de lui une entité abstraite, indépendante de son contenu, et conçue comme une marchandise échangée contre un salaire. À l’échelle du temps long de l’histoire, mais aussi de l’espace mondial (et pas seulement des pays dits industrialisés), on ne peut réduire le travail au salariat. Ce dernier n’est finalement qu’un épiphénomène dans la longue histoire des sociétés humaines. On peut même dire que ce qu’on appelle le travail « informel » est le cas général et le salariat moderne, l’exception.

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La prévalence du modèle du travail salarié produit une double obscurité : elle laisse dans l’ombre les autres formes sociales du travail (il n’y a pas de travail hors de régulations sociales plus ou moins instituées), et relègue aux oubliettes le travail clandestin, ou illégal, mais aussi le travail réalisé dans la sphère de l’économie domestique. Dans nombre de pays, les activités de travail qui sont encadrées par le droit et donnent accès à des prestations sociales sont minoritaires. Et dans les sociétés dominées par le travail salarié ou en voie de l’être, non seulement il existe une part importante de travail non déclaré, mais le travail concret, ou le travail réel, n’est jamais réductible à son aliénation marchande ou à la représentation que peuvent s’en faire ceux qui le prescrivent ou l’achètent. L’analyse du travail suppose alors, non pas de tourner le dos à l’emploi pour se centrer sur les activités mais de tenir ensemble les activités et les formes sociales qui les encadrent, de repérer leurs interactions et interdépendances. Les articles présentés dans ce numéro y contribuent largement.

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La problématique santé et travail a souvent été le fil rouge de nos travaux et de nos échanges. Sans doute parce que notre conception de la santé ne la réduit pas à l’absence de maladie, pas plus qu’à la normalité telle qu’elle est définie par la norme sociale. La santé est à la fois ressource et visée, objet du travail de santé et enjeu essentiel de l’activité dans sa double vocation subjectivante et socialisante. Elle renvoie aux formes de vie à la fois données et créées dans et par l’activité, une activité toujours inscrite dans une histoire singulière et collective.

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Parmi l’ensemble des contributions à ce colloque, nous avons dû faire un choix difficile pour rester dans le cadre du format d’un numéro de revue. Mais les articles réunis ici rendent bien compte des principaux axes de travail de ce colloque : investigation des positions théoriques et cliniques de la psychosociologie, y compris bien sûr dans les dialogues engagés avec d’autres perspectives épistémologiques comme la philosophie, l’ergologie… ; approfondissement des concepts « travail », « activité », « praxis » par la voie des différentes formes sociales de l’engagement du sujet dans et sur le monde, qu’il s’agisse du travail salarié ou du travail à la marge de ce cadre institué ; réévaluation des processus psychiques et des dynamiques collectives par le prisme de l’activité ; et, bien sûr, retour sur la question de l’intervention, de l’action dans les milieux de travail. En matière de recherches scientifiques sur le travail, on peut retrouver la distinction habituelle entre différentes conceptions du travail théorique : théorie « scientifique » parce que épurée de la question de l’action, théorie au service de l’action critique, théorie comme instrument de l’action de transformation dans les milieux de travail. La psychosociologie du travail s’inscrit pour sa part dans le paradigme de la recherche-action qui articule fondamentalement activité de recherche et projet d’action ; leur relation n’est pas celle d’une subordination de l’une à l’autre mais de complémentarité et de réciprocité. Ici, la théorie est indissociable de ses conditions de production dans l’action.

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Nous ne pouvons clore cette présentation sans remercier les collègues des différents pays (Brésil, Argentine, Italie, Canada) et tous ceux au sein de la revue qui ont contribué, par un travail considérable de traduction, lecture, relecture, à conférer à ce numéro la dimension internationale espérée.

À l’occasion de ce numéro, toute l’équipe de la Nouvelle revue de psychosociologie sera heureuse de vous accueillir pour un colloque qui réunira, autour du thème de

« La psychosociologie du travail. Perspectives internationales »,

Gilles AMADO, Vanessa ANDRADE DE BARROS, Dominique LHUILIER

Guy JOBERT, José NEWTON GARCIA DE ARAUJO

Pierre ROCHE…

Cette manifestation se déroulera le

Samedi 23 novembre 2013

de 8 h 30 à 13 h 00

à

l’ESCP Europe

79 avenue de la République, 75011 Paris - (Métro St Maur)

Colloque ouvert à tous - Participation aux frais : 10 €

(5 € pour les étudiants et auditeurs du CNAM sur présentation d’un justificatif)

Inscription sur place et le jour même uniquement

Contact : Pauline Perez, pauperez81@yahoo.fr


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