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Nouvelle revue de psychosociologie

2014/1 (n° 17)

  • Pages : 232
  • ISBN : 9782749241265
  • DOI : 10.3917/nrp.017.0191
  • Éditeur : ERES

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Ophélia Avron nous a quittés soudain, surprise bouleversante pour tous ceux qui la connaissaient tant elle avait bien caché sa maladie, travaillant auprès de ses collègues comme si de rien n’était jusqu’aux derniers jours avec cette attention passionnée qui la caractérisait. Ophélia Avron était une clinicienne dans l’âme, s’attachant à saisir dans leur immédiateté comme dans leur complexité les processus intra et interpsychiques plutôt que les structures susceptibles de donner sens à la dynamique groupale. Psychanalyste membre de la Société psychanalytique de Paris (SPP), elle fut en effet l’une des premières à s’intéresser au groupe grâce aux travaux de Bion qui, comme elle aimait à le dire, l’avait aidée à penser cette étrange chimie collective et inconsciente. Mais, plutôt que de rester collée aux « hypothèses de base » (basic assumptions), elle proposa sa propre approche, centrée sur l’exploration de cette sorte de musique groupale, fruit d’une « pulsion d’interliaison rythmique » si bien développée dans son ouvrage La pensée scénique dont elle présenta une nouvelle édition récemment. Elle fut une remarquable psychodramatiste de groupe, dispensant son savoir de façon très subtile dès 1970 au sein de l’Institut de formation des psychologues cliniciens (ifpc), puis du Laboratoire de psychologie clinique de l’université Paris-7, où elle fut maître de conférences, et dans le cadre de la Société française de psychothérapie psychanalytique de groupe (sfppg) dont elle assura la présidence de 1994 à 1998.

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Très proche de plusieurs d’entre nous, elle avait accepté d’animer une table ronde à l’occasion d’un colloque organisé par notre revue sur le thème « Faire équipe » en 2012 et nous recevons, aujourd’hui encore, des commentaires enthousiastes à propos de la contribution si vivante qu’elle avait apportée aux débats. Car Ophélia incarnait, plus que quiconque, cette étonnante vitalité intellectuelle et émotionnelle qui produisait des effets étrangement contagieux. Comme l’un d’entre nous l’interpella quelques mois avant sa disparition sur les sources de cette éternelle jeunesse, elle répondit sans hésitation, dans un éclat de rire des plus sérieux : « La curiosité !… où qu’elle nous mène ! » C’est pourquoi on ne peut évoquer Ophélia sans parler du théâtre et de Philippe, ce comédien merveilleux (qu’on regarde à nouveau son chef-d’œuvre d’humour « Je suis un saumon », qui lui valut le Molière du meilleur one man show) avec qui elle formait un couple si créatif, contribuant parfois à la mise en scène de ses spectacles.

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Son ouverture d’esprit, qui ne le cédait en rien à la rigueur de la réflexion, nous manquera autant que son enthousiasme et les encouragements qu’elle ne cessait de prodiguer pour que la vie gagne toujours la bataille. Comme le recommandait Winnicott (« I want to die alive »), Ophélia nous a quittés étonnamment vivante et elle le demeurera pour tous ceux qui ont eu le bonheur de la côtoyer.


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