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Nouvelle revue de psychosociologie

2014/1 (n° 17)

  • Pages : 232
  • ISBN : 9782749241265
  • DOI : 10.3917/nrp.017.0007
  • Éditeur : ERES

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À un moment où l’actualité manifeste que le genre, après le mariage pour tous, peut servir d’analyseur politico-religieux à la société française, il était bien venu de consacrer un numéro de la Nouvelle Revue de psychosociologie à mettre en lumière ce qu’il en est sur le plan psychologique et social et quels sont les problèmes, les pratiques mises en question, avec quels postulats et quels effets.

Actualité

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Difficile d’écarter l’actualité des derniers jours de janvier 2014 telle qu’on la voit se manifester en France, au moment d’écrire cette introduction. D’autant qu’il ne s’agit pas d’un feu de paille. Une rumeur lancée par l’extrême droite sur les réseaux sociaux a prétendu que l’école publique avait l’intention de former les enfants à ladite « théorie du genre ». Dans ce contexte, cela signifiait apprendre aux filles à être des garçons et aux garçons à être des filles. Si folle soit-elle [1][1] 1Car il était aussi question d’apprendre aux enfants..., cette rumeur a rencontré un réel écho dans les communautés religieuses, sans parler des égarements de certains membres haut placés de la droite. Le « jour de retrait », lancé par Farida Belghoul, s’est traduit le 24 janvier 2014 par l’absence de nombreux enfants dans des centaines d’établissements scolaires [2][2] Ce sont les ateliers « abcd de l’égalité » qui se sont.... Aussitôt, raz-de-marée médiatique et affolement politique. Les spécialistes du domaine ont souvent rétorqué que la « théorie du genre » n’existait pas. Réponse fondée : il n’y a pas une théorie du genre, mais des études de genre qui s’appuient sur différentes conceptions du genre, nous y reviendrons. Cependant, on pourrait tout autant soutenir que la « théorie du genre » existe puisqu’elle a été inventée de toutes pièces par le Vatican lancé, dès 2005, dans une croisade contre le genre avec un Lexique publié par le Conseil pontifical pour la famille. Cette étiquette, reprise en 2011 pour contester l’introduction du genre dans les manuels de svt de première, s’est bruyamment immiscée dans les débats de société avec le mariage pour tous, semant la confusion en accréditant la fable qu’une doctrine dangereuse déniant la différence des sexes se trouverait à l’origine d’un véritable complot, instillant dans tous les secteurs de la société des idées perverses et contre-nature. En février 2013, l’amendement 180 inscrivait « l’égalité de genre » dans le projet de loi sur la refondation de l’école porté par Vincent Peillon, ministre de l’Éducation. L’uni, syndicat étudiant très à droite, fonde alors l’Observatoire de la théorie du genre et récolte 300 000 signatures contre l’amendement qui sera retiré [3][3] L’amendement retiré portait sur l’article 31 :.

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Dans cette guerre des mots, on a vu, jusque dans les rangs des ministres de l’actuel gouvernement, fleurir les malentendus, certains défendant, comme on dit souvent dans un glissement significatif, « l’égalité hommes/femmes » tout en fustigeant cette « théorie » qui nierait l’existence de la différence des sexes. Comment, dans une telle pagaille sémantique, rassurer les parents ? les communautés religieuses ? Et ce, dans une période préélectorale… Il est frappant de constater que, côté communication gouvernementale, les mots qui fâchent : « genre », « homosexualité », « domination masculine », « féminisme »… ont été soigneusement écartés des « éléments de langage » au profit de la notion mieux acceptée d’égalité et de celle, moins attendue, de « stéréotypes ». Il ne se passerait ainsi rien de subversif ou de pernicieux dans les écoles primaires, on n’y parlerait surtout pas de sexualité. La portée critique du concept de stéréotype est ici réduite autant que faire se peut. Bien sûr, il n’y a que les gens qui croient qu’en France « les femmes ont tout gagné » pour s’étonner d’un tel retour en force des normes les plus sexistes et homophobes. Rien n’est jamais gagné précisément, même pour les élites qui se targuent souvent d’être au-dessus de la mêlée ; or les femmes sont 14 % des maires ; 23 % dans les conseils d’administration du cac 40 ; 60 % des étudiantes mais 22 % des professeurs d’université, 26 % des directeurs de recherche cnrs.

Soixante ans de recherches sur le genre

Acte 1 – Le genre, un concept normatif

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Le genre, c’est déjà une vieille histoire. L’ironie veut qu’en France, dans les milieux où se sont initialement développées les recherches sur les femmes, puis sur les gays et les lesbiennes, enfin sur les trans [4][4] Pour reprendre l’autodénomination des militants eux-mêmes,..., l’introduction du mot « genre » s’est faite lentement et à l’issue de nombreuses controverses scientifiques. Mais pour beaucoup, le terme était désormais devenu mainstream, trop mou, trop consensuel. L’extrême droite vient donc de lui redonner une vigueur sinon conceptuelle, du moins politique. Ce qui révulse les opposants à la prétendue théorie « du genre » est le fait scientifiquement étayé, tant par la biologie que par les sciences sociales, que les différences biologiques et anatomiques entre les sexes n’expliquent pas les différences sociales et les hiérarchies entre les femmes et les hommes. Leur sexe n’explique pas, par exemple, que ces derniers soient plus souvent à des postes de prestige. Comme le dit le généticien Axel Kahn, ceux qui prétendent le contraire mentent. Plus dérangeant encore, les études sur le genre n’englobent pas seulement une remise en question de la nature masculine ou féminine, mais véhiculent une critique de la hiérarchie des sexualités (Rubin, 2011), ce qu’on appelle aussi « l’hétéronormativité ». En revanche, aucune théorie du genre n’a jamais prétendu que les différences anatomobiologiques n’existaient pas (Rouch, 2011).

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On dit généralement que les études de genre ont été inventées aux États-Unis. Tout commence en effet en 1955. John Money est alors le premier à utiliser le couple sémantique « sex and gender » pour différencier le sexe biologique d’un enfant de son identité sexuée (Löwy, 2003). À partir d’une clinique d’enfants intersexes ou présentant une dysphorie de genre, John Money et Robert Stoller montrent l’indépendance du genre par rapport au sexe : « On peut parler du sexe mâle ou du sexe femelle, mais on peut également parler de masculinité et de féminité et ne pas nécessairement impliquer quoi que ce soit d’anatomique ou de physiologique. Ainsi, alors que sexe et genre semblent pratiquement synonymes pour le sens commun, et dans la vie de tous les jours inextricablement liés, […] les deux domaines (sexe et genre) ne sont pas dans une relation de symétrie, mais peuvent suivre des voies totalement indépendantes » (Stoller, 1968). Cette indépendance, bien qu’ici reconnue, ne serait pas souhaitable. Le bonheur, l’accomplissement passerait par l’adhésion à une seule des deux identités de genre reconnues socialement et à l’ensemble des rôles de sexe que celle-ci implique jusque dans la chambre à coucher. Pour les intersexes (anciennement dénommés « hermaphrodites »), on choisit donc d’aligner le sexe sur le genre, en pratiquant des interventions chirurgicales répétées associées à un traitement hormonal et à un contrôle étroit des conduites sexuées (sports, loisirs, choix de métier…) et de la sexualité. Que celle-ci soit ou non reproductive, la réussite passe par l’adhésion à l’hétérosexualité (Fausto-Sterling, 1993). Dans cette perspective, le genre est un concept descriptif de différences perçues ou attendues entre les hommes et les femmes dans une visée normative et réadaptative. Les conceptions binaires ont la vie dure, aujourd’hui encore, en France – où on conseille d’opérer rapidement les enfants présentant une indistinction sexuelle à la naissance, où les personnes qui veulent faire reconnaître leur genre à l’état civil (avec changement de sexe et de prénom) doivent se faire opérer et stériliser. On ne peut toujours pas se dire femme si on ne possède pas un vagin, ou homme si on ne possède pas un pénis, même si ces organes ne permettent pas la reproduction, ni d’ailleurs nécessairement le plaisir [5][5] L’Argentine est depuis 2012 le seul pays où l’on peut....

Acte 2 – Le genre, un concept féministe

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Dans les années 1970, à partir du travail pionnier d’Ann Oakley, les sociologues féministes ont transformé le concept de genre en un concept critique : le système de genre désigne, en ce sens, un ordre hiérarchique où les hommes ont plus de privilèges que les femmes, ces dernières restant plus étroitement définies en fonction de leur rôle procréatif. La sociologue Christine Delphy propose la définition suivante : « Le genre est un concept qui contient les trois éléments du système social de sexe : d’abord le contenu social et arbitraire des différences entre les sexes, ensuite un singulier, le genre et non les genres, pour penser le principe de partition lui-même, enfin une notion de hiérarchie qui offre la possibilité de reconsidérer les rapports entre les deux parties » (Delphy, 1998). Ce qui importe est alors de mettre au jour le caractère arbitraire et d’abus de pouvoir ainsi que les principaux opérateurs de l’oppression des femmes, qu’il s’agisse de la structure familiale, de la sexualité, du travail ou du pouvoir des lois. Le féminisme matérialiste se consacre en particulier à l’analyse des déterminations « lourdes » de la division sexuée du travail, dans l’espace familial et domestique comme dans le salariat, et met en question la dévalorisation des activités féminisées du point de vue tant du salaire que de leur reconnaissance symbolique (Kergoat, 2012). Le concept de travail, dissocié de l’emploi rémunéré, est élargi pour inclure le travail domestique gratuit. Pour penser la carrière, la qualification, la mobilité, etc., il devient nécessaire, pour les hommes comme pour les femmes, de prendre en compte la dynamique des rapports entre travail domestique et travail salarié dont on sait, par les enquêtes budgets-temps, qu’elle demeure plutôt favorable aux hommes.

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En parlant du genre au singulier, on insiste sur le principe de division, plutôt que sur les parties divisées. On fait alors le pari que ce qui est arbitrairement divisé pourrait être autrement. Pour cela, on travaille à réduire les inégalités et à transformer les stéréotypes pour que filles et garçons se partagent le monde, le travail et la parentalité de façon plus égalitaire. On dénonce aussi la permanence des violences faites aux femmes : viols, violences domestiques, féminicides (meurtre d’une femme parce qu’elle en est une).

Acte 3 – Les genres, un concept queer

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Depuis les années 1990, il existe aussi un usage politique de l’expression au pluriel : « les genres ». Dans une perspective postfoucaldienne, il s’agit alors d’exprimer l’idée qu’il a existé, existe déjà ou pourrait exister bien d’autres configurations que celles fixées par les normes binaires du genre. En France, l’un des ouvrages qui diffusa avec la plus grande audience cette nouvelle théorisation est le livre de Judith Butler Trouble dans le genre (1990). La pluralité des genres donne alors une visibilité à des corps différents, à la multiplicité des sexualités et aux subcultures qui s’établissent aux marges de l’ordre établi [6][6] Voir, par exemple, Paris is burning, le film de Jennie.... Sous l’étiquette « queer » se développe une profusion de recherches visant la déconstruction des identités sexuelles et une remise en question du binarisme hétéro/homo sur le modèle homme/femme (Lauretis, 2007, p. 95-122). La stratégie queer vise prioritairement à en finir avec la pathologisation des différences sexuelles et la discrimination des minorités sexuelles (Rubin, 2011, p. 204), notamment les minorités queer of color [7][7] Paola Bachetta, Jules Falquet et Norma Alarçon (2011)..., sans chercher une intégration dans les modèles dominants. Alors que le mariage pour tous s’inscrit au contraire dans une politique intégrative des droits : les mêmes pour tous. Par ailleurs les identités sexuelles ou de genre sont dites « de position ». Mobilisées au profit de luttes politiques, elles ne renvoient pas à une vérité ou à une essence du sujet. Celui-ci n’est pas condamné non plus à n’en pas changer sous peine de mort psychique. Si la sociologie du travail et l’histoire sociale ont joué un rôle central, notamment en France, dans l’étude du système de genre, ce sont la littérature, la sémiotique, les études culturelles et cinématographiques qui se trouvent constituer la matière de la réflexion queer.

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Soixante ans de recherche recouvrent nécessairement une très grande hétérogénéité des points de vue. Le tableau que nous venons d’esquisser est partiel et ne rend pas compte de la complexité d’un échafaudage où tous ces courants coexistent, se nourrissent et se critiquent les uns les autres, constituant la matrice théorique des études de genre. Mais nous espérons avoir pu montrer le réductionnisme affligeant des attaques contre ladite « théorie du genre ». Les études de genre ont provoqué des prises de position et des indignations chez les défenseurs d’une idée de la Nature faisant loi sociale et morale et, inversement, de normes devenues faits de nature interdisant par là leur analyse.

Le genre, un concept au plus vif de la psyché

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On touche là au plus vif. Sans doute, de nombreuses personnes restent nostalgiques d’un fantasme ou d’un mythe d’harmonie et de symétrie entre les sexes et voudraient encore croire à une nature inaltérable des hommes et des femmes. Nombreux sont ceux ou celles qui pensent que la mise au jour des processus sociaux de la domination désenchante les relations entre les femmes et les hommes, altère la séduction et l’érotisme. C’est aussi l’un des reproches qui a pu être adressé depuis le pays de la galanterie (ou de la gauloiserie, c’est selon) au genre comme théorie américaine, donc puritaine. Et puis, il y a aussi tous ceux et celles qui pensent qu’on peut expliquer l’asymétrie des positions masculine et féminine à partir d’une psychosexualité détachée de tout contexte social, de toute référence à la division sexuée du travail, de tout rapport de pouvoir, de toute influence des représentations, bref sans théorie de la société. Cette nostalgie, cette difficulté à se détacher du corps comme pure différence psychosexuelle, ne doit pas être écartée sans être examinée de plus près. Le genre, au-delà de ses fonctions sociales de domination des femmes et de tous les humains non conformes au canon de la virilité, joue également une fonction psychologique encore mal définie. Au plus vif de nos défenses, sans doute. La virulence des débats autour des transformations de la famille et de la parentalité le suggère. On verra que cette conception du genre comme défense contre la dissociation, l’incohérence ou la division du sujet aux prises avec ses identifications, ses ambivalences, ses fantasmes bizarres, circule dans plusieurs des textes de ce recueil.

De la force de la métaphore

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Toute différence engendre des jugements d’inégalité et des traitements de domination ou d’exclusion, mais on peut se demander pourquoi la différence des sexes qui est inéluctablement présente chez les êtres vivants d’une même espèce partage quasi universellement l’humanité en deux en aliénant les femmes aux hommes, comme si les aptitudes psychiques et sociales de l’individu étaient prédéterminées par son sexe, comme si la culture devait reproduire une idée de la nature. La dissemblance de représentation et de traitement entre l’homme et la femme prend prétexte de la dualité génétique du corps sexué pourtant lui-même relativement transformable. Le corps humain, en sa morphologie et sa physiologie, est ainsi investi d’une fonction métaphorique.

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L’être humain est doué de langage et d’imaginaire, il pense, désire et se représente ce qui pourrait être, pour se construire ses rapports aux autres et au monde. En ce qui concerne la représentation de la différence des sexes, ces constructions prétendent se fonder sur la morphologie des corps sexués dont les formes leur servent de modèle pour une extra-polation dans la sphère psychosociale. Le corps va servir à fixer un destin que les cultures viennent rétroactivement confirmer. Le corps féminin est perçu comme l’analogon visible d’un trou ou d’un récipient destiné à être rempli. Cette métaphore de son être, prise comme une « nature », la voue, dans l’esprit de tous, au service de l’homme et de l’enfant, à une fonction contenante. L’analogie suscitée par le corps masculin est l’arme qui perfore, l’outil qui plante ; ce corps ne contient pas, mais méta-phorise action, force et maîtrise. Le désir et la jouissance sont soumis au fantasme lui-même lié aux représentations métaphoriques. Les femmes plus généralement jouissent dans un fantasme de viol ou de violence subie, les hommes plus généralement dans un fantasme de violence exercée, parfois jusque dans le passage à l’acte. Toutefois, l’excès du refoulement peut aussi amener à un retournement du fantasme et à une inversion des rôles de domination et d’humiliation. La métaphore du corps induit alors la vocation du sujet, son destin et son identité sexuée. Ainsi ne se dément pas que nous sommes dans un monde de représentations où les perceptions servent de prétextes, comme si la métaphore s’interposait pour dire la vérité, qui relèverait du Réel.

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L’homme n’est pas une femme, mais l’être humain est les deux. Pourquoi la complémentarité au regard de la reproduction produirait-elle l’inégalité sociale ? La métaphore est une interprétation. Elle a cru trouver sa preuve dans les corps, parce que la pensée elle-même est ainsi faite qu’elle juge, évalue et classe. Toute différence, en effet, provoque un jugement de valeur qui l’accentue jusqu’à la caricature. Il est difficile, même pour les sciences, d’avoir un regard qui s’analyse lui-même, clinique et critique, pour voir autrement et percevoir de quoi sont faites les représentations, là où les métaphores masquent plus qu’elles n’éclairent.

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L’être humain apprend très lentement à délier le destin des formes perçues du corps, à découvrir que le sexe n’est qu’un organe dont l’usage connaît diverses fortunes, et que chacun, quel que soit son sexe, résulte des constructions que lui permettent la culture et sa propre histoire.

Un numéro sur le genre

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La psychologie sociale, à l’intersection entre le psychique et le social, devrait être le creuset des études de genre en psychologie. Et c’est à ces mises en question que ce numéro souhaite contribuer. Après un article épistémologique qui interroge la psychanalyse au regard du féminisme (Laurie Laufer), trois articles sont consacrés à des problématiques concernant représentations et affectations professionnelles des femmes (Fanny Gallot, Anne-Christine Le Gendre, Vânia Anchieta et Ana Lúcia Galinkin). Trois articles analysent ensuite le devenir de la masculinité dans les pratiques réexaminées aussi à la lumière de la mixité (François Ndjapou, Emmanuel Gratton et Xavier Léon, Laura Cottard). Les deux articles suivants concernent les identités et les relations de genre au regard de la norme hétérocentrée (Vincent Bourseul, Gabrielle Schnee). Enfin, les deux derniers articles sont consacrés aux remaniements identitaires au moment de l’adolescence en milieu scolaire (Patricia Mercader et Natacha Carbonne, Jean-Pierre Durif-Varembont et Rebecca Weber).

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Chacun des auteurs pose et problématise de façon singulière – parfois embarrassée – la question du genre dans le champ psycho-social. Cet éventail de positions et de terrains fait la richesse de ce numéro en écho à l’hétérogénéité des études de genre. Toujours autour du genre, deux entretiens, l’un avec Françoise Héritier sur la valence différentielle des sexes, l’autre avec Georges Vigarello autour des représentations et pratiques du corps, nous ont permis un large échange de vues avec deux personnalités émérites.


Bibliographie

  • Bacchetta, P. ; Falquet, J. ; Alarçon, N. 2011. (sous la direction de). Les cahiers du cedref, 18, « Théories féministes et queers décoloniales : interventions Chicanas et Latinas états-uniennes ».
  • Butler, J. [1990] 2005. Trouble dans le genre, Paris, la Découverte.
  • Delphy, C. 1998. L’ennemi principal, vol 2 : Penser le genre, Paris, Syllepse.
  • Fausto-Sterling, A. [1993] 2013. Les cinq sexes. Pourquoi mâle et femelle ne suffisent pas, Paris, Payot.
  • Kergoat, D. 2012. Se battre, disent-elles…, Paris, La Dispute.
  • Lauretis, T. (de) 2007. « Théorie queer : sexualités lesbiennes et gaies. Une introduction », Théorie queer et cultures populaires. De Foucault à Cronenberg, Paris, La Dispute, 95-122.
  • Löwy, I. 2003. « Intersexe et transsexualités : les technologies de la médecine et la séparation du sexe biologique du sexe social », Les cahiers du genre, 34, « La distinction entre sexe et genre. Une histoire entre biologie et culture », 81-104.
  • Rouch, H. 2011. Les corps, ces objets encombrants. Contribution à la critique féministe des sciences, Paris, Éditions iXe.
  • Rubin, G. 2011. Surveiller et jouir, Paris, Epel.
  • Stoller, R. [1968] 1978. Recherches sur l’identité sexuelle à partir du transsexualisme, Paris, Gallimard.

Notes

[1]

1Car il était aussi question d’apprendre aux enfants à se masturber. La rumeur véhiculait donc l’idée que les enfants sont innocents sexuellement. C’est tout l’apport de Freud sur l’enfant pervers polymorphe qui est ici balayé d’un revers de la main.

[2]

Ce sont les ateliers « abcd de l’égalité » qui se sont retrouvés diabolisés à outrance. http://www.cndp.fr/abcd-de-l-egalite/accueil.html

[3]

L’amendement retiré portait sur l’article 31 :

I. – À la fin de l’avant?dernière phrase de l’alinéa 6, supprimer les mots : « Mais aussi de l’égalité entre les femmes et les hommes ».

II. – En conséquence, après la même phrase, insérer la phrase suivante : « Elle assure les conditions de l’éducation à l’égalité de genre. »

[4]

Pour reprendre l’autodénomination des militants eux-mêmes, aujourd’hui également reprise, sous leur impulsion, dans les milieux académiques.

[5]

L’Argentine est depuis 2012 le seul pays où l’on peut changer son sexe à l’état civil sans contrainte de traitements psychiatrique, hormonal et chirurgical. « Toute personne peut demander un changement de sexe, de prénom et d’image, à partir du moment où ils ne correspondent pas au genre de cette personne telle qu’elle le perçoit », dit la loi.

[6]

Voir, par exemple, Paris is burning, le film de Jennie Livingston tourné à la fin des années 1980 auprès de « familles » de drags queens noires et latinos newyorkaises. Disponible dans son intégralité sur Youtube.

[7]

Paola Bachetta, Jules Falquet et Norma Alarçon (2011) rappellent que la réception du queer en France a privilégié les auteures blanches (Butler, Lauretis, Rubin…) au détriment du queer of color des minorités sexuelles racialisées.

Plan de l'article

  1. Actualité
  2. Soixante ans de recherches sur le genre
    1. Acte 1 – Le genre, un concept normatif
    2. Acte 2 – Le genre, un concept féministe
    3. Acte 3 – Les genres, un concept queer
  3. Le genre, un concept au plus vif de la psyché
  4. De la force de la métaphore
  5. Un numéro sur le genre

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