CAIRN.INFO : Matières à réflexion

La célébration récente des quarante ans de politique de la ville nous rappelle combien cette politique s’inscrit dans la durée. Cela ne signifie pas qu’elle a suivi un développement linéaire. Au contraire, son histoire est scandée par une longue suite de réformes nationales. Invariablement, chaque émeute d’envergure ou changement de gouvernement est suivi par l’annonce d’un « plan banlieue » ou d’un train de mesures nouvelles, voire d’une loi qui prétend refonder cette politique en chantier permanent, le tout accompagné d’incessantes recompositions organisationnelles.
Cette frénésie réformatrice a construit l’image d’une politique réactive, instable et sans cap. Cette image mérite d’être sérieusement nuancée, les mesures décidées par les gouvernements successifs s’ajoutant plus souvent à celles qu’ont initiées leurs prédécesseurs qu’elles ne les effacent. Les effets de la politique de la ville étant difficiles à mesurer, les ministres qui en ont la charge – dont la longévité à ce poste est réduite – ont davantage intérêt à lancer de nouveaux programmes sur lesquels ils peuvent communiquer qu’à bâtir une politique de longue durée. Les travaux néo-institutionnalistes nous rappellent que l’accumulation de mesures sédimentées est un phénomène commun à de nombreuses politiques publiques, le changement devant être considéré comme un processus progressif. Dans le cas de la politique de la ville, la sédimentation de programmes sectoriels couvrant un nombre croissant de thématiques est une réalité qui ne doit pas faire oublier que ses principes méthodologiques ont été réaffirmés avec constance depuis le programme fondateur Habitat et vie sociale (HVS) initié en 1977 : ciblage de quartiers constituant une « géographie prioritaire » ; approche globale combinant des interventions à la fois sociales, urbaines, sécuritaires et économiques ; partenariat contractuel entre État et collectivités ; mobilisation des politiques dites de droit commun en faveur des quartiers ; participation des habitants ; évaluation régulière des programmes et des actions menées…

Français

L’histoire de la politique de la ville est marquée par la succession de périodes de relative stabilité, ponctuées de rares et courtes périodes de changements radicaux. Une approche généalogique permet de mettre en lumière les ruptures survenues à trois moments charnières : la mise en place de la Commission nationale pour le développement social des quartiers en octobre 1981, la création d’un ministère de la Ville en décembre 1990 et l’adoption de la loi d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine du 1er août 2003 (dite loi Borloo). Ces tournants conduisent à distinguer trois grandes périodes qui correspondent chacune à une lecture particulière du « problème des banlieues » (et des solutions à lui apporter), résumée dans les trois figures du quartier, de la ville et de la zone. Depuis quelques années, les débats sur la politique de la ville portent sur la légitimité de son existence même, qu’on remette en cause son utilité ou la pertinence d’un traitement privilégié de ces espaces par rapport à d’autres. Après être revenu sur ces critiques dont les fondements s'avèrent, au mieux, fragiles, on s’interrogera sur l’invisibilisation en cours de la politique de la ville.

Mots-clés

  • politique de la ville
  • banlieue
  • quartier
  • géographie prioritaire
  • discrimination positive
English

These neighborhoods we prefer not to talk about anymore. Metamorphoses of urban policy (1977-2018)

The history of the French urban policy targeting disadvantaged neighborhoods is made of a succession of periods of relative stability, punctuated by rare and short periods of radical change. A genealogical approach makes it possible to highlight the ruptures that occurred at three key moments: in October 1981, December 1990 and August 2003. These turning points lead us to distinguish three main periods, each of which corresponds to a particular interpretation of the “problème des banlieues” and the solutions to be found, summarized in the three figures: the neighborhood, the city and the zone. In recent years, debates on urban policy have focused mainly on the legitimacy of its existence, whether are called into question its usefulness or the relevance of a preferential treatment of these spaces in comparison with others. We will come back to these criticisms, not supported by the facts, and to the growing invisibility of this public policy.

Keywords

  • urban policy
  • outskirts
  • neighborhood
  • area-based initiatives
Renaud Epstein
Maître de conférences en science politique à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye, Cesdiprenaud.epstein arobase sciencespo-saintgermainenlaye.frChercheur associé à l’Institut des Sciences sociales du Politique (ISP)thomas.k arobase parisnanterre.fr
renaud.epstein@sciencespo-saintgermainenlaye.fr
Thomas Kirszbaum
Chercheur associé à l’Institut des Sciences sociales du Politique (ISP)thomas.k arobase parisnanterre.fr
thomas.k@parisnanterre.fr
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Mis en ligne sur Cairn.info le 24/03/2020
https://doi.org/10.3917/parl2.030.0023
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