CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Le 5 mai 1974, au soir du premier tour de l’élection présidentielle et pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, le candidat investi par le mouvement gaulliste n’est pas en mesure de se maintenir au second tour. Avec 15,11 % des suffrages exprimés, Jacques Chaban-Delmas est loin derrière Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, respectivement arrivés deuxième et premier. L’échec du maire de Bordeaux, représentant de l’Union des démocrates pour la République (UDR) est le résultat d’une mauvaise préparation de sa candidature, d’une image brouillée donnée à ses concitoyens tout au long de la campagne, mais également de la division du mouvement gaulliste. En effet, le 13 avril 1974, Jacques Chirac, jeune ministre de l’Intérieur lance l’ « appel des 43 », un manifeste signé par 39 parlementaires [2] et 4 ministres gaullistes [3] qui en apparence se contentaient de dénoncer la multiplicité des candidatures au sein de la majorité. Ce texte fut en fait interprété comme une division interne de l’UDR et surtout comme un coup de poignard dans le dos de l’ancien Premier ministre de Georges Pompidou. Plus de trente ans après les faits, ce manifeste ne peut-il pas être interprété comme le reflet d’un conflit générationnel au sein de l’UDR, entre une génération gaullienne et une génération pompidolienne ? Ou bien s’agit-il tout simplement d’une opération de déstabilisation du candidat gaulliste, appuyée par quelques « godillots » mécontents, à des fins politiciennes ?

Les premiers jours de la candidature de Jacques Chaban-Delmas

2Suite au décès de Georges Pompidou le 2 avril 1974, les principaux barons du gaullisme, Michel Debré, Jacques Foccart, Olivier Guichard et Jacques Chaban-Delmas se sont rencontrés [4] afin de s’entendre sur le candidat qui devra être désigné par l’UDR en vue de la prochaine élection présidentielle. Rapidement, l’entente se fait autour d’une candidature Chaban-Delmas, avec l’appui de Pierre Messmer, dernier locataire de Matignon. Suite à cette réunion officieuse des barons et pressé par ses pairs, le candidat provisoirement investi décide d’accélérer le cours des événements et de ne pas attendre la fin des cérémonies officielles pour annoncer qu’il briguera la magistrature suprême. En fin d’après-midi, l’AFP transmet cette déclaration du maire de Bordeaux : « Ayant été trois ans Premier ministre sous la haute autorité du Président Georges Pompidou et dans la lignée tracée par le général de Gaulle, j’ai décidé d’être candidat à la présidence de la République. Je compte sur l’appui des formations de la majorité, à commencer par l’UDR ». Cette déclaration revêt un double objectif : d’une part être le premier des candidats de la majorité à annoncer sa candidature, même si Christian Fouchet [5] a déjà déclaré la sienne, mais également obtenir l’appui de l’UDR, parti dans lequel il ne dispose pas d’un soutien inconditionnel [6]. Enfin, Chaban-Delmas entend se présenter comme le candidat de la double filiation, gaullienne et pompidolienne. Le bureau exécutif du mouvement lui accorde son soutien et Pierre Messmer déclare que le meilleur pour gagner cette élection est Chaban, ce qui avait été déjà reconnu par les militants de l’UDR lors des Assises de Nantes en novembre 1973.

3Pourtant, depuis l’annonce de cette candidature, un trio composé de Jacques Chirac, Marie-France Garaud [7] et Pierre Juillet [8] s’agite en coulisses pour pousser Messmer à être le candidat de la famille gaulliste. Cette entreprise repose sur un certain nombre de considérations, à commencer par un antichabanisme exacerbé des deux anciens conseillers de Pompidou, et ce depuis l’époque où il était Premier ministre. La « nouvelle société » était alors perçue comme une expression à la « portée incertaine et au contenu malléable [9] », émanant des deux principaux collaborateurs de Chaban-Delmas, à savoir Jacques Delors et Simon Nora. Celle-ci était donc marquée par le sceau de l’« a-gaullisme », ne serait-ce que par l’itinéraire politique de ses deux parrains. Dans ces conditions, Marie-France Garaud et Pierre Juillet gardent en mémoire le passage de Chaban-Delmas à Matignon comme une période de flottement et de tension latente entre l’Elysée et Matignon, au cours de laquelle ils n’avaient cessé de l’attaquer, notamment par l’intermédiaire de René Tomasini, alors secrétaire général de l’UDR, afin de le ramener à une stricte orthodoxie gaulliste.

4En outre, ce rejet de la candidature du « duc d’Aquitaine » repose sur une différence fondamentale dans la lecture et la pratique des institutions de la Ve République. Celles-ci sont considérées par nos duettistes comme trop parlementaires, et l’accession éventuelle de Chaban-Delmas à l’Elysée constituerait une véritable rupture vis-à-vis du legs institutionnel gaullien. En d’autres termes, l’ancien résistant et Compagnon de la Libération Chaban, trop influencé par sa participation à la vie parlementaire sous la IVe République, est accusé de ne pas être assez gaulliste et de vouloir sans cesse composer avec le Parlement [10]. D’autre part, l’ère des barons est pour eux révolue ; il est temps que la génération issue du sérail de Georges Pompidou, dont Chirac est le fer de lance, accède aux plus hautes responsabilités de l’État, comme au sein de l’UDR d’ailleurs. En effet, ils sont persuadés que l’accession de Chaban-Delmas à la tête de l’État signifierait pour eux une retraite politique anticipée et un retour des barons du gaullisme sur le devant de la scène politique. Enfin, disposant des sondages des Renseignements généraux depuis son bureau de la place Beauvau, Jacques Chirac est persuadé que Chaban-Delmas va rapidement perdre pied. Il faut donc le pousser par tous les moyens à retirer sa candidature avant qu’il n’entraîne avec lui dans sa chute l’UDR.

5Dans ces conditions, la réunion du comité central de l’UDR élargie aux parlementaires, qui a lieu le 7 avril, est des plus mouvementées. Jacques Chirac, appuyé par le député-maire de Moulins Hector Rolland et quelques-uns des membres de son « groupe de réflexion et de proposition [11] » lance l’offensive contre Chaban-Delmas, en déclarant qu’il ne passera pas le cap du premier tour et que Mitterrand risque de l’emporter si Messmer n’est pas le candidat unique de la majorité, Giscard d’Estaing ayant fait savoir qu’il retirerait sa candidature si le Premier ministre était lui-même candidat. L’offensive du cadet du pompidolisme tourne court et Alexandre Sanguinetti, secrétaire général de l’UDR, reprend rapidement les choses en main. Chaban-Delmas est investi officiellement à main levée [12] comme candidat du mouvement gaulliste pour l’élection présidentielle, même si quelques parlementaires ont été sensibles aux arguments du jeune ministre de l’Intérieur.

Manœuvres politiques et déstabilisation en coulisses

6À partir de ce moment, l’opération anti-Chaban aurait dû naturellement s’arrêter là, mais c’était sans compter sur l’inventivité et la ténacité du trio Chirac, Garaud et Juillet. N’ayant pu éliminer le baron du gaullisme via les membres du comité central de l’UDR, il convient de procéder de manière plus subtile. Valéry Giscard d’Estaing ayant annoncé sa candidature le 8 avril, il faut pousser Messmer à être candidat. Soumis à de multiples pressions [13] émanant de l’entourage de Chirac, le Premier ministre déclare le 9 avril au matin dans un communiqué laconique être candidat à l’unique condition que les quatre candidats déclarés de la majorité (Jacques Chaban-Delmas, Valéry Giscard d’Estaing, Edgar Faure [14] et Christian Fouchet) se retirent en sa faveur. Edgar Faure obtempère sur-le-champ, Christian Fouchet retire sa candidature, à bien des égards symbolique, quelques jours plus tard, mais les deux principaux intéressés et notamment Chaban-Delmas, adressent une fin de non-recevoir au Premier ministre. Dans ces conditions, respectant à la lettre son communiqué, et ce dans le souci de ne pas ajouter une division supplémentaire au sein de la famille gaulliste, Messmer retire sa candidature le jour même où il l’avait déposée. Cet acte manqué qui s’est terminé en « journée des dupes » est plutôt bien accueilli par les conseillers de Jacques Chirac. Ceux-ci ont en effet réussi dans cette brève opération à montrer aux yeux de l’opinion que Chaban-Delmas est le véritable responsable des divisions de la majorité, puisqu’il n’a pas voulu s’effacer devant Messmer. Chaban-Delmas devient ainsi l’agent de division de la majorité qui a empêché une candidature unique, analyse certes déformée des événements, mais redoutablement efficace auprès des quelques parlementaires gaullistes qui étaient sceptiques devant la candidature du maire de Bordeaux.

7L’option Messmer étant éliminée, les duettistes et leur protégé mettent à présent tout en œuvre pour réduire les chances du « duc d’Aquitaine » d’accéder à l’Elysée. Tout d’abord en laissant filtrer depuis la place Beauvau les estimations des RG qui témoignent de l’effritement des intentions de vote pour le candidat de l’UDR, ensuite, en décidant lors d’un Conseil des ministres présidé par Alain Poher de fixer au 5 mai et non au 28 avril la date du premier tour des élections présidentielles. Le calcul de Jacques Chirac est simple : en reculant d’une semaine la date du scrutin, les intentions de vote en faveur de Chaban-Delmas auront encore diminué et ses chances seront amoindries face à V. Giscard d’Estaing. Enfin, Pierre Juillet s’efforce de convaincre Jean Royer, maire de Tours et défenseur des valeurs morales de se présenter, ce qui est chose faite le 11 avril [15]. D’ailleurs, Jean Royer obtient immédiatement le soutien des deux députés UDR de la Manche du « groupe Rolland » : Émile Bizet et Pierre Godefroy, ceux-là mêmes qui avaient soutenu une candidature Messmer devant les membres du comité central. Cette candidature permettrait ainsi de retirer quelques voix gaullistes de plus à Chaban-Delmas. Ce même jour, Jacques Foccart rencontra Jacques Chirac pour lui demander d’arrêter son opération anti-Chaban [16]. Le jeune ministre de l’Intérieur répondit à l’éminence grise du Général qu’il était foncièrement hostile à Chaban, mais qu’il souhaitait néanmoins sa victoire et qu’il ferait tout pour l’y aider [17]. Curieuse réponse quand on sait que Jacques Chirac s’était engagé depuis quelques jours, avec les membres de son cabinet, au service de Valéry Giscard d’Estaing.

8Constatant l’effritement lent mais progressif de Chaban-Delmas dans les sondages [18], Jacques Chirac décide de franchir le Rubicon. Depuis quelques jours, il a resserré les rangs autour de lui pour faire pencher définitivement la balance en faveur de Valéry Giscard d’Estaing. Autour de Marie-France Garaud et de Pierre Juillet, une équipe se met en place avec entre autres Jacques Toubon, chef de cabinet de Jacques Chirac, Roger Romani, conseiller technique à l’Intérieur, René Tomasini, qui connaît bien les arcanes du Palais-Bourbon, Denis Baudouin, ancien secrétaire général du Centre Démocratie et Progrès (CDP), André Bord et Pierre Lelong. Cette équipe s’active en coulisses afin de convaincre des parlementaires de la majorité de signer un manifeste appelant à une candidature d’union de la majorité, dont l’objectif inavoué et inavouable est le retrait de la candidature du maire de Bordeaux avant le 16 avril, date de la fin du délai pour le dépôt des candidatures. Entre le 9 avril, date du retrait de la candidature de Messmer et le 12 avril, cette équipe s’affaire jour et nuit, promettant de-ci de-là une investiture pour les prochaines législatives, au cas où le futur Président de la République déciderait de dissoudre l’Assemblée nationale, ou d’hypothétiques maroquins. À la veille de la publication dans la presse du manifeste, Jacques Chirac rencontre Valéry Giscard d’Estaing pour lui annoncer qu’il va le soutenir, mais de manière indirecte. Il lui explique alors sa stratégie : « Tout votre problème, c’est le premier tour. Si vous arrivez au-dessous de la barre des 30%, je crois que vous aurez du mal à être élu. Je peux vous apporter des voix. Pas grand-chose : deux points, peut-être deux points et demi. Et je ne peux les prendre qu’à Chaban. C’est votre seul réservoir. Il faut le pomper au maximum afin que vous soyez le mieux placé possible pour le deuxième tour [19] ».

9Le samedi 13 avril, à la veille du week-end de Pâques, le fameux « appel des 43 » paraît dans la presse [20]. Les signataires regrettent « la pluralité des candidatures qui se manifestent de la part d’hommes qui, à des titres divers ont participé à l’œuvre entreprise par le général de Gaulle et Georges Pompidou », rendent également hommage aux efforts de Pierre Messmer qui a tenté d’éviter cette situation et rappellent que leur priorité est de « faire échec à la coalition socialo-communiste en respectant l’esprit de rassemblement de la Ve République ». L’initiative de Chirac et de ses amis tend donc à prendre à témoin l’opinion publique qu’il existe bien au sein du gouvernement et de l’UDR une réelle tendance unitaire, mais que celle-ci est gênée par les ambitions et l’obstination de Chaban-Delmas à rester coûte que coûte le candidat du mouvement gaulliste. Quant aux signataires, ils se défendent de faire le jeu de Valéry Giscard d’Estaing [21] et prétendent sauver l’unité du mouvement pour l’après-présidentielle.

Les « 43 » : une relève générationnelle gaulliste ?

10Toute l’opération et la portée de l’appel résidaient dans le fait qu’il ne devait pas y avoir seulement des parlementaires de l’UDR qui le signent, car il s’agissait d’un enjeu concernant la majorité dans son intégralité et non la seule formation gaulliste. Sur les 39 parlementaires qui ont apposé leur signature, 29 appartiennent à l’UDR, 2 aux Républicains indépendants (Romain Buffet et Marcel Papet) et 5 sont apparentés à l’UDR (Gaston Girard, Lucien Meunier, Pierre Godefroy, Émile Bizet et Paul Granet). Enfin, on remarque la présence parmi cet aréopage de trois centristes inscrits à l’Assemblée nationale au groupe des Réformateurs (Jean Desanlis, Jean Seitlinger et Pierre de Montesquiou). Quant aux quatre ministres signataires (Jacques Chirac, Jean-Philippe Lecat, Olivier Stirn et Jean Taittinger), ils appartiennent à l’UDR. Si la grande majorité des 43 est donc constituée de membres de l’UDR ou d’apparentés, soit 38 personnes au total, les deux autres partis de la majorité pompidolienne sont représentés, à savoir les Républicains indépendants et le CDP. Ce manifeste ne peut-il pas être alors considéré comme la traduction du mécontentement d’une génération gaulliste ? L’âge de la majorité des signataires (28 sur 43) est compris entre 40 et 60 ans [22], il s’agit donc de générations nées entre 1914 et 1933 et qui se sont presque essentiellement engagées en politique sous la Ve République. De ce point de vue, sur les 38 signataires membres de l’UDR ou apparentés, seuls trois ont exercé des responsabilités aux grandes heures du RPF : il s’agit de Pierre Godefroy, membre de l’Action agricole du RPF, de Gabriel de Poulpiquet, conseiller général RPF du Finistère et enfin d’André Jarrot, délégué départemental du RPF pour la Saône-et-Loire dès 1947, membre fondateur de l’UNR en 1958 et seul Compagnon de la Libération parmi les 43. Tout laisse donc à penser qu’il s’agit surtout de députés très marqués par la Ve République et qui ont fait leur entrée au Parlement lorsque Georges Pompidou était à Matignon. Les élections législatives de 1967, 1968 et 1973 ont constitué pour 23 des 43 signataires leur premier véritable combat politique. Du gaullisme, ils ne connaissent donc pour la plupart que la version marquée par le style et l’empreinte de Georges Pompidou et ils doivent souvent l’octroi d’une circonscription électorale aux deux conseillers auliques de l’ancien Président à l’Elysée, Pierre Juillet et Marie-France Garaud [23].

11Au sein des 39 parlementaires signataires, on remarque toutefois une forte proportion de suppléants (10 sur 39), dont on imagine aisément qu’une épée de Damoclès était suspendue au-dessus de leur tête au cas où ils auraient rechigné à apporter leur concours à cette opération. Le choix était simple, signer ou ne plus jamais être le suppléant d’un « ministrable », donc limiter considérablement ses chances de retrouver un jour les bancs du Parlement. On retrouve bien entendu parmi les signataires les suppléants des quatre ministres du dernier cabinet Messmer qui ont cosigné l’appel : Henri Belcour pour Jacques Chirac, Roger Crespin, député en remplacement de Jean Taittinger, Henri Moine qui remplace Jean-Philippe Lecat et enfin Charles Malouin pour Olivier Stirn [24]. On remarque également parmi les « suppléants signataires » la présence de Pierre-Bernard Cousté, député du Rhône et ancien suppléant de Maurice Herzog, lui-même signataire, de Jean Crenin, suppléant de Suzanne Ploux, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Education nationale ou encore Pierre Raynal, ancien suppléant de Georges Pompidou. Deux proches de Pierre Messmer ont également signé l’appel, il s’agit de Maurice Jarrige, son suppléant et Xavier Deniau, membre de la très orthodoxe amicale parlementaire Présence et Action du gaullisme [25], rassemblement qui avait émis naguère des critiques acerbes contre le gouvernement Chaban-Delmas par la voix de son président Hubert Germain [26]. En outre, les deux Républicains indépendants signataires sont également des suppléants de deux ministres des cabinets Messmer, c’est le cas de Romain Buffet qui remplace à l’Assemblée nationale Philippe Malaud ; Marcel Papet se trouve dans la même situation vis-à-vis de Paul Dijoud.

12Mis à part les suppléants, qui ont été comme nous l’avons signalé poussés à signer, il reste à s’interroger sur les motivations réelles des frondeurs.

13Beaucoup ignoraient la manœuvre de Jacques Chirac et voulaient ménager par leur concours une chance de survie au mouvement gaulliste qui risquait d’être piétiné, en cas de victoire de Valéry Giscard d’Estaing, par son bras armé Michel Poniatowski, ennemi juré de l’ « État-UDR », ou qui risquait tout simplement d’imploser face à une victoire du candidat socialiste, montrant ainsi au grand jour ses divisions internes [27]. C’est dans cet état d’esprit, souvent empreint d’une grande naïveté, qu’une vingtaine de députés, les mêmes qui soutenaient quelques jours auparavant la candidature Messmer et qui appartenaient au groupe Rolland, ont signé l’appel [28]. Ceux-ci ont constitué la véritable force d’appoint en s’ajoutant aux quelques signatures déjà recueillies par l’entourage de Jacques Chirac. Peu après les législatives de 1973, ce « groupe de réflexion et de propositions » s’était constitué et avait rassemblé une soixantaine de députés [29]. Ces derniers n’entendaient pas se cantonner dans le rôle habituel de « godillot » des élus gaullistes et reprochaient par exemple au groupe UDR de ne pas fonctionner de manière démocratique, notamment au sujet des élections de ses représentants dans les commissions et au bureau de l’Assemblée. Ces élus étaient pour la plupart des députés de base de l’UDR, issus bien souvent de départements de province, oubliés par leurs pairs parisiens au moment de la distribution des fonctions de responsabilité et autres charges prestigieuses. Il est significatif sur ce point de noter que sur les 43 signataires, il n’y a aucun élu de Paris ou de l’Ile-de-France. Pour une bonne moitié des frondeurs, ce manifeste revêtait une triple dimension : une raison d’exister politiquement sur la scène nationale, sortant ainsi de leur rôle de simple « godillot », une admiration sans borne pour le jeune ministre de l’Intérieur, perçu comme un cadet du gaullisme et le « fils spirituel » de Pompidou et enfin l’espoir, une fois l’élection présidentielle passée, d’un renouveau interne de la vie démocratique de l’UDR, où les instances nationales auraient été plus à l’écoute des élus de base.

Les répercussions de « l’appel » dans la famille gaulliste

14Le succès politique de l’opération a résidé dans une rencontre fortuite entre l’ambition d’un homme, Jacques Chirac, et un groupe préexistant, celui d’Hector Rolland. A cela, il faut ajouter la ténacité des membres de son cabinet, qui n’hésitèrent pas à utiliser tous les moyens pour récolter un maximum de signatures [30], tout comme la position ambiguë de Pierre Messmer [31]. Cependant, il convient de mesurer la portée réelle du manifeste. Celui-ci marque-t-il un tournant décisif dans la campagne électorale ou s’agit-il simplement d’un rebondissement supplémentaire ? D’autre part, l’appel des 43 peut-il être considéré comme une inflexion sensible dans l’histoire interne de la famille gaulliste et dans ses évolutions ultérieures ?

15Tout d’abord, l’appel fut ressenti par les chabanistes comme une pure trahison au profit de Valéry Giscard d’Estaing et un véritable casus belli, dans la mesure où l’option d’un retrait en faveur de Messmer par les deux principaux candidats de la majorité n’était plus d’actualité à cette date. De ce point de vue, force est de constater que la candidature de Pierre Messmer est arrivée trop tard pour espérer pouvoir porter les couleurs de l’union. Dès le 17 avril [32], les parlementaires et les dirigeants de l’UDR qui soutiennent Chaban-Demas réclament la « tête » de Jacques Chirac à l’occasion du bureau exécutif du mouvement, en l’absence toutefois du principal intéressé. Les critiques sont nombreuses pour dénoncer et condamner l’initiative des 43. Ainsi Gilbert Grandval, gaulliste de la première heure, raille ces « 43 gribouilles qui tournant le dos à l’enseignement du général de Gaulle, ont choisi, pour tenter de barrer la route au candidat qu’inspire la pensée socialiste [33], humaniste et libérale, celui du conservatisme [34] ». Dans la même veine, mais avec un style plus outrancier, Robert-André Vivien, « grognard » de la famille gaulliste, affirme que « Jacques Chirac a l’attitude d’un néo-pétainiste qui collabore avant la défaite, qu’il s’efforce de préparer [35] ».

16Par-delà les rancœurs immédiates, l’appel a certes gêné le candidat gaulliste, mais ne peut pas être considéré à lui seul comme la cause de son échec au soir du premier tour. En effet, l’électorat qui votait traditionnellement pour le candidat gaulliste a effectué depuis les législatives de mars 1973 un double cheminement idéologique. D’une part, il s’est éloigné lentement des valeurs sociales du gaullisme qu’entendait incarner le maire de Bordeaux et d’autre part, il s’est converti au début des années 1970 à une approche plus libérale de l’économie. Cette « conversion libérale » d’une fraction des électeurs gaullistes, qui n’est que partiellement aboutie au moment de l’élection présidentielle, s’est effectuée en douceur sous la présidence de Georges Pompidou. À l’échelle de l’UDR, elle a permis une plus grande proximité idéologique entre la génération des jeunes loups du pompidolisme, dont Jacques Chirac constituait à bien des égards l’archétype, avec les idées développées par Valéry Giscard d’Estaing durant sa campagne. Sur ce point, Jacques Chaban-Delmas s’inscrivait dans la fidélité à une dimension sociale du gaullisme, mais celle-ci ne semblait plus en adéquation avec la majorité de l’électorat UDR. En outre, la candidature de François Mitterrand a sans doute suscité un certain intérêt chez des électeurs qui votaient naguère pour le Général [36]. D’une certaine manière, en choisissant une orientation plus libérale que sociale, les 43 ont accompli « l’alignement du mouvement gaulliste sur son électorat [37] », même si ce n’était pas la vocation initiale du manifeste. Quant à l’image donnée par les deux candidats, sans négliger le dynamisme naturel de Chaban-Delmas, freiné néanmoins par le manque d’organisation de sa candidature [38], celui-ci « passait mal à la télévision » [39] et fit pâle figure face à l’horlogerie électorale et la communication politique mises en place par l’équipe giscardienne. Pour les chabanistes, le plus difficile à affronter fut la contagion du mouvement lancé par les 43 au sein de l’UDR. Parallèlement à la baisse des intentions de vote en faveur de Chaban-Delmas, le camp des gaullistes favorables à Valéry Giscard d’Estaing eut tendance à croître. Ainsi, le 26 avril, les 43 passèrent à 55 [40], grâce notamment au concours de trois membres du gouvernement (Henri Torre, Hubert Germain et André Bord). Ceux-ci étaient rejoints par des parlementaires gaullistes de renom comme Marcel Dassault ou encore Lucien Neuwirth. Cette dispersion des cadres de l’UDR eut tout compte fait plus de répercussions dans l’organisation à l’échelle locale de la campagne, se traduisant entre autres par des situations parfois ubuesques [41], que de portée réelle dans les urnes, si ce n’est bien sûr l’image de division montrée au grand jour par le mouvement gaulliste.

17L’élection de Valéry Giscard d’Estaing, le 12 mai 1974, et la nomination de Jacques Chirac à Matignon furent ressenties comme l’aboutissement d’un processus de déliquescence interne d’une UDR piégée dans ses querelles de personnes et notamment dans une rivalité croissante entre « baronnets » du pompidolisme et barons du gaullisme. Jacques Chirac saura profiter de ce champ de ruines dès son accession à Matignon pour lancer une opération de charme envers les parlementaires UDR, en se présentant notamment comme l’ultime rempart pour sauver le mouvement gaulliste d’une mort annoncée. C’est dans ce contexte qu’il prend en main le secrétariat général de l’UDR en décembre 1974, entravant ainsi les velléités réformatrices d’Alexandre Sanguinetti et des barons, avant de le confier en juin 1975 à un de ses proches : André Bord. Certes, Jacques Chirac s’empare à la hussarde d’un mouvement « cliniquement mort [42] », mais il va en assumer la métamorphose qui aboutira le 5 décembre 1976 à la création du RPR. Quant aux signataires de l’appel, quelques-uns furent nommés secrétaires d’État dans le gouvernement Chirac : Olivier Stirn aux DOM-TOM, P. Lelong aux PTT ou encore René Tomasini, chargé des relations avec le Parlement. André Jarrot fut pour sa part nommé ministre de la Qualité de la vie, sans savoir réellement quelles étaient les missions précises de son ministère. Enfin Hector Rolland, qui avait apporté un appui décisif à l’appel, reçut la promesse du jeune Premier ministre d’être nommé au gouvernement [43], ce qui ne se produisit pas, preuve sans doute qu’en politique les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent.

18Plus de trente ans après ces événements, l’appel des 43 peut être considéré comme une opération d’instrumentalisation de quelques « godillots », qui portaient déjà en eux les germes du mécontentement, au profit d’une volonté politique consistant à faire échouer Jacques Chaban-Delmas et émanant de Jacques Chirac et de son entourage. En cela, nous pouvons dire qu’il marque la victoire de la génération pompidolienne sur celle qui avait servi le général de Gaulle. Cet appel des 43 demeure encore aujourd’hui un événement constitutif de la mémoire de la famille gaulliste, dont le souvenir et les représentations restent empreints de rancœurs et de non-dits. Certains gaullistes, demeurés fidèles jusqu’au bout à Jacques Chaban-Delmas, à l’instar d’un Jean Charbonnel, considèrent cet acte comme une pure trahison [44] et d’autres comme une « affaire de bon sens politique [45]» permettant d’une part, de faire barrage à François Mitterrand et d’autre part à l’UDR de s’emparer de Matignon, alors qu’elle venait de perdre l’Elysée. Une chose est sûre en tout cas, l’appel et ses répercussions immédiates ont propulsé sur le devant de la scène le « jeune loup » Jacques Chirac.

Notes

  • [1]
    Professeur agrégé d’Histoire, doctorant, Université Nancy 2.
  • [2]
    Les 39 parlementaires ayant signé le manifeste sont (les noms des intéressés sont suivis de leur département d’élection) : Jean Crenin (Finistère), Charles Malouin (Calvados), Marcel Papet (Hautes-Alpes), Pierre Lelong (Finistère), Henri Belcour (Corrèze), Mario Bénard (Var), Robert Bisson (Calvados), Émile Bizet (Manche), Gérard Chasseguet (Sarthe), Augustin Chauvet (Cantal), Pierre-Bernard Cousté (Rhône), Roger Crespin (Marne), Georges Delatre (Seine-Maritime), Jacques Delong (Haute-Marne), Xavier Deniau (Loiret), Roger Fossé (Seine-Maritime), Henri de Gastines (Mayenne), Maurice Georges (Seine-Maritime), Gaston Girard (Loiret), Paul Granet (Aube), Maurice Herzog (Haute-Savoie), Marcel Hoffer (Vosges), Maurice Jarrige (Moselle), André Jarrot (Saône-et-Loire), Lucien Meunier (Ardennes), Henri Moine (Côte-d’Or), Jacques Piot (Yonne), Gabriel de Poulpiquet (Finistère), Pierre Raynal (Cantal), Julien Schvartz (Moselle), René Tomasini (Eure), Jean Desanlis (Loir-et-Cher), Jean Seitlinger (Moselle), Romain Buffet (Saône-et-Loire), Pierre de Montesquiou (Gers), Pierre Godefroy (Manche), Hector Rolland (Allier), Pierre Lepage (Indre-et-Loire), Henri Lacagne (Saône-et-Loire).
  • [3]
    Il s’agit de Jacques Chirac (ministre de l’Intérieur), Jean-Philippe Lecat (ministre de l’Information et porte-parole du gouvernement), Olivier Stirn (secrétaire d’État auprès du ministre chargé des Relations avec le Parlement) et Jean Taittinger (ministre de la Justice).
  • [4]
    Jacques Foccart, Journal de l’Elysée, Paris, Fayard/Jeune Afrique, t. V, 2001, p. 585.
  • [5]
    Christian Fouchet avait démissionné de l’UDR en février 1971. Officiellement, il s’agissait de protester contre les alliances électorales contractées par le mouvement gaulliste en vue des élections municipales de mars 1971. Il avait été rejoint à cette occasion par J. Vendroux.
  • [6]
    AN 103 AS 4.
  • [7]
    M.-F. Garaud a débuté en politique comme attachée parlementaire au cabinet de Jean Foyer, ministre de la Coopération (1961-1962), puis comme chargée de mission au cabinet de G. Pompidou (1967-1968). Voir son témoignage sur l’opération des « 43 » dans M.-F. Garaud, La fête des fous – Qui a tué la Ve République ?, Paris, Plon, 2006, pp. 106-113.
  • [8]
    P. Juillet a été l’un des hommes forts du RPF pour le Centre, puis pour tout le Sud-Ouest de la France, avant de devenir le proche conseiller de G. Pompidou.
  • [9]
    M.-F. Garaud, op. cit., p. 76.
  • [10]
    Sur ce point, le fait que Chaban-Delmas engage la responsabilité de son gouvernement le 23 mai 1972, jouant ainsi le Parlement contre l’autorité présidentielle, semble avoir exaspéré Pompidou et scellé ainsi le destin du Premier ministre, contraint à démissionner le 5 juillet 1972 (Cf. M.-F. Garaud, op. cit., pp. 85-86).
  • [11]
    Hector Rolland, Souvenirs dérangeants d’un godillot indiscipliné, Paris, A. Michel, 1990, pp. 59-68.
  • [12]
    Jacques Foccart, op. cit., p. 592.
  • [13]
    Cf. Pierre Messmer, Après tant de batailles. Mémoires, Paris, A. Michel, 1992, p. 419 et Ma part de France, Paris, Editions François-Xavier de Guibert, 2003, p. 71.
  • [14]
    Président de l’Assemblée nationale depuis le 2 avril 1973, E. Faure animait avec l’aide de son bras droit Paul Granet le Comité d’études pour un nouveau contrat social (AN, 505 AP 303 ; 325 ; 326).
  • [15]
    Le Monde, 16 avril 1974.
  • [16]
    AN, Fonds J. Foccart, carton n°377, dossier n°1126.
  • [17]
    Jacques Foccart, op. cit., p. 596.
  • [18]
    Le vendredi 12 avril, les sondages qui donnaient jusqu’à présent Jacques Chaban-Delmas à 30% des intentions de vote, assez loin devant V.G.E, le placent à 25%. Jusqu’au 16 avril, Chaban-Delmas est donné à égalité avec V.G.E, entre 25 et 27%. La semaine suivante, tous lui donnent moins de 25%. Le 25 avril, il n’est plus qu’à 18% contre 31% à V.G.E. Enfin, le 3 mai, dans le dernier sondage publié, le candidat gaulliste atteint 15%. On se souvient à cette occasion de l’éditorial de Françoise Giroud dans L’Express intitulé « On ne tire pas sur une ambulance ».
  • [19]
    Franz-Olivier Giesbert, Jacques Chirac, Paris, Seuil, 1987, p. 208.
  • [20]
    C’est Pierre Juillet qui a décidé de publier dans la presse le manifeste à cette date. Ceci permettait de limiter les marges de manœuvre et de réponse possibles des partisans de Chaban-Delmas. L’appel des 43 est notamment reproduit dans l’édition du Monde, mardi 16 avril 1974.
  • [21]
    V. Giscard d’Estaing approuve le 16 avril le manifeste et déclare le 22 avril : « J. Chirac fait partie de cette génération d’hommes politiques qui sont ou seront appelés à exercer des responsabilités importantes » (d’après Jacques Chapsal, La vie politique sous la Ve République, Paris, PUF, 1981, p. 514).
  • [22]
    Sur les 43, 2 ont entre 30 et 40 ans en 1974, 13 entre 41 et 50 ans, 15 entre 51 et 60 ans, 10 entre 61 et 70 ans et 3 entre 71 et 80 ans.
  • [23]
    AN, Fonds J. Foccart, carton n°180, dossier n°518.
  • [24]
    Signalons pour mémoire qu’O. Stirn a été chef de cabinet de J. Chirac lorsque ce dernier était secrétaire d’État aux Affaires sociales de 1967 à 1968.
  • [25]
    Il s’agit ici de l’émanation parlementaire de l’association Présence du gaullisme créée en mai 1969 par P. Messmer, L. Joxe et M. Debré. H. Germain présida l’amicale parlementaire de sa création à 1972, avant d’être remplacé par C. Pasqua, puis en 1973 par René La Combe. J. Chirac était membre de cette amicale parlementaire.
  • [26]
    Éric Roussel, Georges Pompidou, Paris, Perrin, 2004, pp. 322-323 et p. 425.
  • [27]
    AN, Fonds Jacques Foccart, carton n°131, dossier n°402. Correspondance des secrétaires généraux de l’UDR adressée à J. Foccart.
  • [28]
    Hector Rolland, op. cit., pp. 78-80.
  • [29]
    Ceux-ci se comparèrent rapidement aux esclaves romains qui avaient accompagné la révolte de Spartacus, surnom qui fut d’ailleurs donné à Hector Rolland par le journaliste Philippe Alexandre.
  • [30]
    Ainsi, Jean Fabre, député UDR de la Haute-Marne est réveillé en pleine nuit par les gendarmes pour signer l’appel en question ; furieux, il ne signera pas. Quant à Paul Granet, député de l’Aube, parti en week-end sans laisser d’adresse, il est retrouvé dans le sud de la France au bord d’une piscine et appose sa signature. Quelques membres du gouvernement sont contactés mais refusent d’apporter leur concours à l’entreprise, c’est notamment le cas de R. Galley et C. Poncelet (Cf. Olivier Stirn, Mes présidents, 50 ans au service de la Ve République, Paris, Ed. du Félin, 2004, pp. 100-102).
  • [31]
    Foccart parle, Paris, Fayard/Jeune Afrique, vol. 2, 1997, p. 53.
  • [32]
    Jacques Foccart, op. cit., p. 600.
  • [33]
    Pour G. Grandval, l’une des figures de proue des gaullistes de gauche, J. Chaban-Delmas incarnait une gauche sociale, d’où l’utilisation de cette expression. En revanche, V.G.E, inspiré par une pensée plus libérale, était pour lui le candidat du « conservatisme ».
  • [34]
    Le Monde, 17 avril 1974.
  • [35]
    Le Monde, 26 avril 1974.
  • [36]
    Jean-Jacques Becker, Crises et alternances (1974-1995), Paris, Seuil, 1998, p. 23.
  • [37]
    Serge Berstein, Histoire du gaullisme, Paris, Perrin, 2001, p. 403.
  • [38]
    Voir Jean Mauriac, L’après de Gaulle. Notes confidentielles 1969-1989, Paris, Fayard, 2006.
  • [39]
    Jean-Jacques Becker, op. cit., p. 22.
  • [40]
    Le Monde, 26 avril 1974.
  • [41]
    Ainsi, on observa une véritable scission de la fédération UDR du Val-de-Marne. Jean-Marie Poirier, ancien député UDR, vice-président du Conseil général et maire de Sucy-en-Brie, créa des comités de soutien à V.G.E dans son ancienne circonscription. Dans le camp adverse, son ancien suppléant Michel Lucas, maire de Périgny-sur-Yerres, présidait avec Roger Fontanille, maire de la Queue-en-Brie, le comité de soutien à Chaban-Delmas de la 8ème circonscription. Certains jouent même sur les deux tableaux, comme J.-P. Lecat qui dans sa circonscription de Beaune réussit à créer la fois un comité de soutien à Giscard et un autre dédié à Chaban, le tout couronné par un « comité de liaison de la majorité nouvelle » !
  • [42]
    Entretien avec Robert Poujade, 12 février 2004. R. Poujade a été secrétaire général de l’UDR de janvier 1968 à janvier 1971. Député-maire de Dijon, il avait soutenu la candidature de Chaban-Delmas.
  • [43]
    Hector Rolland, op. cit., pp. 84-89.
  • [44]
    Cf. Jean Charbonnel, Le gaullisme en questions, Paris, P.U.F, 2002, pp. 148-153.
  • [45]
    Hector Rolland, op. cit., p. 78 et M.-F. Garaud, op. cit., p. 136.
Français

Résumé

Le 13 avril 1974, Jacques Chirac lance l’ « appel des 43 », un manifeste signé par 39 parlementaires et 4 ministres. En apparence, cet appel se contente de dénoncer la multiplicité des candidatures au sein de la majorité, mais dans les faits il constitue un véritable casus belli à l’encontre de Jacques Chaban-Delmas, candidat de l’Union des démocrates pour la République (UDR). Interprété comme une pure trahison et un appel en faveur de la candidature de Valéry Giscard d’Estaing, le manifeste des 43 recouvre en fait plusieurs dimensions, qui relèvent à la fois du conflit générationnel entre les baronnets pompidoliens et les barons, figures historiques du mouvement gaulliste, mais également de la fronde des députés de base de l’UDR, surnommés les godillots. L’importance de cette opération politique a résulté dans l’art de se servir des rancœurs des oubliés du gaullisme à des fins électorales. En outre, l’appel des 43 marque la prise en main du mouvement gaulliste par Jacques Chirac et sa transformation quelques temps plus tard en RPR.

Mots-clés

  • UDR
  • Jacques Chirac
  • gaullisme
  • Ve République
  • députés
English

Abstract

On April. 13, 1974 Jacques Chirac launches “the call of the 43”, a manifesto signed by 39 members of Parliament and 4 ministers. Apparently, the call only denounces the multiplicity of the candidatures among the political majority but in reality it constitutes a true casus belli against Jacques Chaban-Delmas, the candidate for the Union of the Democrats for the Republic (UDR). Considered as a mere betrayal and a call in favor of Valéry Giscard d’Estaing’s candidature, the manifesto of the 43 includes in fact several dimensions which take into account not only the generation conflict between Pompidou’s baronets and the barons, the historical figures from the Gaullist movement, but also the rebellion of the UDR MPs, nicknamed clodhoppers. The importance of this political problem has resulted in the art of using the bitterness of those forgotten by Gaullism for electoral purposes. Moreover, the call of the 43 shows that Jacques Chirac starts having a hold over the Gaullist movement which is transformed into the RPR some time later.

Keywords

  • UDR
  • Jacques Chirac
  • Gaullism
  • Vth Republic
  • French deputies
Jérôme Pozzi [1]
  • [1]
    Professeur agrégé d’Histoire, doctorant, Université Nancy 2.
Mis en ligne sur Cairn.info le 01/01/2008
https://doi.org/10.3917/parl.007.0109
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