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Revue philosophique de la France et de l'étranger

2003/3 (Tome 128)


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Dans son ouvrage sur l’œuvre latine de Christian Wolff, Jean École consacre plusieurs pages à la force de l’âme et ses facultés. Après avoir rendu compte de la « nécessité d’attribuer une force à l’âme », l’interprète se penche sur les « rapports de la force et des facultés » [1][1]  La métaphysique de Christian Wolff, Hildesheim-Zurich-New.... L’alternance des représentations est dite ne pouvoir s’expliquer par les seules facultés de l’âme, qui, « pour être des puissances actives, n’en sont pas moins incapables de passer d’elles-mêmes à l’acte » [2][2]  Ibid.. Des considérations annexes sur la force sont donc requises. Plus loin, on découvre que « cette force n’est que la raison générale de ces opérations et qu’il faut chercher dans leurs lois leurs raisons spéciales » [3][3]  Ibid., p. 283.. L’économie de la genèse des idées, de la naissance des représentations déterminées, nécessite ainsi que l’on considère tant la force que les facultés de l’âme. Cette dernière est doublement comptable de ses productions, selon des modalités qu’il nous appartient d’explorer plus avant.

1. Le lieu du concept de force

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La notion fondamentale de Kraft, qui apparaît à la charnière de la psychologie et de la métaphysique, est introduite dans l’ontologie. Elle est immédiatement mise à profit dans le contexte de l’âme, afin d’en caractériser la nature et l’essence. Il convient en l’occasion de reprendre les définitions wolffiennes. Au § 115, on peut lire que « la source (Quelle) [4][4]  On pourrait également traduire Quelle par « principe ».... des modifications est ce que l’on appelle la force » ; quelques lignes après, il est précisé que, « en chaque chose subsistant par soi, il se trouve une force » [5][5]  Métaphysique allemande, p. 60. La chose subsistant.... Au § 117 est introduite l’importante différence entre la force et la faculté : « La faculté n’est que la possibilité de faire quelque chose ; tandis que, puisque la force est la source des modifications, il doit se rencontrer en elle l’effort de faire quelque chose. » [6][6]  P. 61-62.

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Pour en apprendre davantage sur la nature et l’essence de l’âme comme force, il faut regarder du côté des § 755 et 756 de la section dévolue à la psychologie rationnelle. Puisque la force donne la raison pour laquelle le modifiable se produit dans l’âme, elle constitue l’essence de l’âme. Puisque la force rend l’âme active, elle en est aussi la nature [7][7]  Cf. p. 469.. Le terme de « nature » renvoie au principe, ou Quelle, déjà rencontré dans l’ontologie.

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La question de la force n’est pas uniquement enracinée dans la psychologie. Ce concept est issu de l’ontologie, la science fondamentale ou Grundwissenschaft. En tant que tel, il forme un concept central qui trouve une application dans tous les domaines fondés, c’est-à-dire aussi dans la théologie et la cosmologie. Le passage du possible à l’existant, contenu dans la force, requiert de regarder du côté de Dieu. L’actualisation du monde est une préoccupation commune à Leibniz et à Wolff, quoique diversement traitée par ces deux-là [8][8]  Sur cette question, cf. l’article de J.-P. Paccioni,.... La force est force des corps également, la raison de leurs changements. Un parallélisme entre nature et esprit s’instaure, une analogie qui, pour autant, n’empêche pas leur diversité. Les opérations de l’âme se comprennent en relation avec la position du corps et les lois du mouvement, mais elles ont leurs lois propres, qui ne doivent rien à celles qui régissent le monde physique [9][9]  Voir aussi J. École, op. cit., p. 283 : il est « impossible....

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Pour dresser un tableau complet de la question de la force, il faudrait, bien sûr, s’intéresser à l’hypothèse de l’harmonie préétablie retenue par Wolff, qui rejette dos à dos l’influx physique et le miracle permanent des occasionnalistes. Nous laisserons de côté l’aspect divin et l’aspect naturel de la force [10][10]  Sur ce point précis, cf. aussi « Cosmologie wolffienne... pour nous consacrer à des questions plus strictement psychologiques.

2. La force unique et les différents pouvoirs de l’âme

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Les Kräfte interviennent déjà dans la logique et la psychologie empirique en tant que pouvoirs de l’esprit [11][11]  Le titre de la Logique allemande est en effet Vernünftige.... L’imagination, l’entendement sont ainsi dits être des Kräfte en tant qu’ils sont des pouvoirs agissants, dont la manifestation et les effets se rencontrent dans l’expérience commune, dans le champ partagé de ce que nous, hommes, percevons. La Kraft entendue de manière plus unitaire comme force intervient surtout dans la psychologie rationnelle en tant qu’attribut de la substance simple. L’âme n’ayant pas de parties, elle se manifeste uniment, et la perception diversifiée du divers ne se fait jamais que selon un canal unique, pour ainsi dire, celui de la vorstellende Kraft, ou force représentative [12][12]  Cf. p. 468, § 753..

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Y aurait-il donc plusieurs acceptions de la Kraft, selon qu’on la rencontre dans un champ empirique ou dans celui de la psychologie rationnelle, selon qu’elle se décline au pluriel et au singulier ? Faudrait-il donc parler ici de pouvoirs de l’esprit et là de force de l’âme ? Cela ne serait pas sans raison puisqu’il existe une différence de niveau d’analyse entre la psychologie empirique et la psychologie rationnelle. Si la première exprime ce que nous percevons de l’âme, le plan phénoménal, la seconde recherche davantage un fondement métaphysique à ce qui apparaît, et ainsi se situe, à un niveau plus élevé que le phénoménal [13][13]  Cf. le tout début des parties empirique et rationnelle,....

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Pourtant, si l’on sépare trop nettement les plans phénoménal et métaphysique, ou, pour parler avec Wolff, les plans empirique et rationnel, on fait du fondement quelque chose qui tombe tout à fait en dehors du fondé et on se retrouve d’un côté avec une plénitude d’existence déterminée, ce pouvoir-ci ou ce pouvoir-là, et de l’autre côté avec une fonction associant l’âme à ses manifestations sans que celles-ci paraissent précisément comme des manifestations de l’âme, une force en tant que simple mise en rapport indifférente à ses productions.

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S’il y a d’un côté les pouvoirs et de l’autre la force, la modification de la force dans les pouvoirs n’apparaît plus. Or il nous semble qu’une telle modification de la force une est pensée par Wolff, lorsqu’il écrit par exemple que « la force de l’âme s’appelle entendement dans la mesure où elle se représente le possible de manière distincte » [14][14]  P. 526, § 848.. En l’occurrence, vouloir séparer quelque chose de strictement phénoménal, l’entendement, de quelque chose de strictement fondamental, la force, est vain. Pour nous servir d’une distinction cartésienne, celle entre différence réelle et différence modale [15][15]  § 60-61 des Principes de la philosophie, AT, VIII-1,..., l’entendement n’est pas séparé réellement mais modalement de la force. Ce n’est que par abstraction que je peux concevoir l’un sans l’autre. L’entendement est la force à tel degré de perfection.

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Lorsque Wolff revient, dans la psychologie rationnelle, sur la Raison, on pourrait s’attendre à ce qu’il dise de manière analogue que celle-ci est l’âme portée à un degré supérieur de perfection. Pourtant, il écrit plutôt que « la Raison vient pareillement de la force représentative de l’âme, à savoir d’un degré particulier de sa perfection » [16][16]  P. 536, § 865.. Ici, c’est en termes de provenance que la relation de l’âme et de ses pouvoirs est caractérisée. La force se tient à la source, au principe, de modifications, sans passer en elles. Le dualisme des plans de réflexion, phénoménal et fondamental, réapparaît.

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Que la force et sa manifestation soient tantôt une et une seule chose, tantôt deux entités distinctes, c’est ce que Wolff lui-même veut bien en partie reconnaître. Si la force et ses manifestations, les modifications de conscience, sont séparées comme le fondement du fondé, il n’en demeure pas moins que la force n’est guère pensable en dehors des modifications qui se produisent dans l’âme. C’est par une réflexion sur les modifications que nous faisons connaissance avec la force [17][17]  Cf. p. 466, § 748.. La réflexion a ici l’avantage de permettre la distinction entre la force productive et la manière déterminée dont elle agit à chaque fois, entre la production en général et le mode productif particulier. Nous retrouvons ainsi la différence modale dont nous avions repris la notion à Descartes.

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La force et les pouvoirs de l’âme peuvent donc être conçus et traités séparément, alors même que, dans le geste productif, ils sont intimement unis. C’est du reste ce qui permet à Wolff d’alterner au sein du même paragraphe des formules en apparence contradictoires. Le § 747 disait ainsi que les sens, l’imagination, la mémoire, l’entendement, la faculté de réfléchir, l’entendement, la sensibilité, le désir sensible, la volonté, etc., « ne sont pas des forces différentes » [18][18]  P. 465., i.e. sont une seule et même force. Dans la foulée, Wolff écrivait que la force unique de l’âme « peut produire » toutes ses modifications [19][19]  P. 466.. Dans cette dernière occurrence, l’âme est à nouveau énoncée comme source de ses accidents, principe au fondement d’une existence phénoménale dont elle est séparée par un niveau d’intelligibilité.

3. La force n’est pas la seule raisondes modifications de conscience

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Conformément aux indications de l’ontologie wolffienne, nous avons associé la force à la modification comme le fondement au fondé, ce qui assoit en raison et ce qui est assis en raison. Dès avant l’ontologie cependant, le préambule à la Logique allemande, certes bien moins développé que ce que Wolff livrera au monde dans son Discours préliminaire à la Logique latine, avait déjà indiqué une semblable direction. Dans ce préambule, on lisait en effet que le propre de la philosophie était de s’efforcer de rechercher la raison précise de chaque chose. Or cette raison, en ce qui concerne l’esprit, n’est pas à trouver ailleurs que dans les forces produisant les pensées, ou idées (Gedanken), dont nous sommes conscients [20][20]  Nous glosons le § 12, p. 118.. L’esprit, l’âme, est le fondement de ses modifications, et un fondement actif. C’est pourquoi ces mêmes modifications se peuvent également appeler ses effets.

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L’âme se révèle ce qui fonde en raison les modifications de conscience. Si nous nous en tenions à ce seul énoncé, il nous faudrait dire que l’enquête philosophique serait épuisée par la psychologie rationnelle, l’exhibition de l’activité une qui se modalise de manière à apparaître toujours plus dans sa perfection. Ce point ne tient cependant pas. Nous voulons montrer comment la recherche de la raison des modifications de conscience n’est pas épuisée par la force et comment, consécutivement, la bipartition en psychologies rationnelle et empirique peut recevoir un élément de justification.

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Pourquoi avons-nous à un instant précis cette idée-ci et non celle-là ? Faire référence à la force n’est guère suffisant pour expliquer la déterminité de nos pensées. Car la force ne donne jamais que la simplicité d’un rapport à soi-même ponctuel, la relation toujours reconduite, à chaque point du temps, entre l’âme-fondement et l’idée fondée. La force est une véritable ratio fiendi [21][21]  Ce vocabulaire sera aussi celui de Baumgarten et de..., une authentique raison de génération. La force se présente comme une production réitérée, non au sens où elle dépendrait directement de l’intervention continuée de Dieu, mais au sens où elle est elle-même ce qui porte à chaque fois la modification de conscience à l’existence. Cette génération est un rapport vertical à soi-même qui ne suit pas le flux de la conscience et qui est incapable d’expliquer pourquoi à telle idée fait suite telle autre idée.

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À la simplicité du rapport vertical à soi-même, il faut toutefois adjoindre un autre rapport afin de rendre raison intégralement de la modification de conscience déterminée. À la simplicité du rapport à soi, il faut adjoindre une relation qui relève bien plus de l’identité de la conscience [22][22]  Nous reprenons le vocabulaire kantien de D. Henrich...., de la permanence d’une instance malgré l’écoulement continuel des représentations. Ce rapport relève plutôt de la continuité linéaire ; il consiste en une relation horizontale à soi. Il convient ainsi de trouver, dans le flux du temps, l’enchaînement qui amène à ce que ce soit cette représentation-ci et non celle-là qui affleure à la conscience. Puisque chaque pensée dure un temps déterminé, il se produit un écoulement [23][23]  Cf. par ex. p. 459, § 736.. Or cet écoulement ne se produit pas sans règle, ni sans raison.

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Dans la psychologie empirique, l’auteur de la Métaphysique allemande nous renseigne sur la manière dont naissent certaines pensées. Les syllogismes font « que nous comprenons comment une pensée procède toujours, dans un ordre ininterrompu, d’une autre, et que, de cette façon, nous pouvons indiquer la raison de toutes les pensées qui sont issues d’une autre » [24][24]  P. 195, § 341.. Wolff ne parle pas que des seuls syllogismes universels, ou des seuls raisonnements spéculatifs. Il veut au contraire montrer que même nos actions les plus ordinaires suivent une règle cachée, qui n’en amène pas moins à une issue certaine. Prenons par exemple le cas de Tite, qui entend 5 heures sonner puis décide de se lever. Où se trouve le syllogisme, en l’occurrence ? La majeure est une proposition d’expérience, issue d’une perception des sens, à savoir : « 5 heures sonnent présentement. » La mineure est un précepte général, dont Tite tâchait de se souvenir en toute occasion, à savoir : « Si 5 heures sonnent, je veux alors me lever. » La conclusion est de nouveau un énoncé singulier, qui exprime un arrêt de la volonté : « Je me lève présentement. » [25][25]  P. 195-196, § 342.

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Il n’est pas question ici d’une force représentative qui agit directement, en dehors de tout rapport à un état passé ou à un état futur du monde. La force de l’âme ne suffit pas à expliquer que je me lève présentement. C’est plutôt par la « force du syllogisme » [26][26]  P. 195, § 342. que cette pensée déterminée naît et s’inscrit à cette place précise. À partir de la sensation, grâce à la médiation de la mémoire, une volition peut naître. Que ces pouvoirs-ci de l’âme soient mobilisés, et non ceux-là, importe peu à notre propos. Ce qui nous intéresse davantage, c’est que la raison des modifications de conscience est conçue comme s’inscrivant dans le plan horizontal de la conscience, dans l’écoulement et le flux empirique. Rendre raison de ce qui est et de ce qui se produit, ce qui est proprement la tâche de la philosophie, ne se limite donc pas à renvoyer à une unité fondamentale, la force représentative, en tant qu’attribut essentiel de l’âme.

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Ainsi, l’âme est doublement comptable de ses manifestations. Le règlement temporel des facultés et des idées rend compte de la représentation déterminée, et la simplicité toujours reconduite de l’âme dans son rapport à ses productions le fait aussi bien. En la matière, il n’est nulle contradiction. Le plan horizontal et le plan vertical, la série empirique et l’enracinement rationnel conspirent plutôt qu’ils ne répugnent à le faire. Wolff peut très bien distinguer entre une psychologie empirique, d’un côté, et une psychologie rationnelle, de l’autre, fort de cette double inscription du fait de conscience. Même si la force représentative unique n’est jamais distinguable que par réflexion des pouvoirs mobilisés lors de la perception d’une idée déterminée, il n’en demeure pas moins que le philosophe a le droit de traiter séparément la force unitaire et l’enchaînement temporel des pensées.

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La philosophie utilise des abstractions rationnelles pour s’énoncer, et elle le fait d’autant plus volontiers que ces abstractions lui permettent de répondre distinctement à la question qu’elle se pose constamment : savoir quelle est la raison, ou quelles sont les raisons pour mieux dire, de ce qui est ou se produit. La distinction entre psychologie empirique et psychologie rationnelle – sciences rendant raison chacune à leur façon, bien que conjointement, de ce qui se produit en la conscience – paraît ainsi justifiée.

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Lorsque nous parlions de double comptabilité de l’âme relativement à ses productions, nous n’avions en vue que l’esprit pris isolément. Dès que le regard s’élargit pour embrasser également le corps joint à l’âme, il vise également la force du corps qui développe ses accidents de manière harmonique. À l’occasion d’une certaine rencontre corporelle, quand le son de la cloche produit une impression dans le cerveau par exemple, l’âme produit parallèlement une représentation, une idée. Aux raisons des modifications de la conscience que nous avons auparavant alléguées, il convient ainsi d’ajouter une nouvelle raison, seconde cette fois-ci, puisqu’elle ne peut jamais être suivie d’effet que par une médiation harmonique.

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La rencontre sensible apparaît comme une véritable cause occasionnelle, quelque chose sans lequel la représentation n’aurait pu être possible bien qu’il ne déclenchât pas, à strictement parler, cette modification. À la force représentative et à l’enchaînement des modifications il serait nécessaire d’adjoindre la force du corps influant physiquement sur un autre corps, s’il s’agissait de dresser le tableau complet de ce qui est enveloppé dans l’apparition d’une idée, et de délaisser l’enquête purement psychologique.

4. Une nouvelle difficulté : seuls certains pouvoirssont actifs. Force et facultés

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La notion d’occasion est importante dans l’économie des facultés de l’âme. Elle permet en effet de comprendre comment la sensibilité peut relever de la force active de l’âme, être une de ses modifications, alors même que, dans la sensibilité, la présence et la qualité des choses ne relèvent pas de moi [27][27]  Cf. p. 127, § 226.. Lors d’une affection sensible, je me sens affecté et la représentation qui s’ensuit apparaît comme contrainte, jointe au sentiment de nécessité [28][28]  Sur ce point, cf. aussi la p. 126, § 225.. Comment, dès lors, maintenir que la production des représentations sensibles relève de l’activité de l’âme ? Car, empiriquement, j’éprouve ma sensibilité comme un pouvoir d’être affecté, un pouvoir de recevoir.

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Je puis bien comprendre qu’empiriquement je ressente mon imagination ou ma mémoire comme actives. Lorsque j’imagine ou que je me souviens, je suis présent à moi comme celui qui imagine et qui se souvient, et qui le fait, au moins en partie, de son propre mouvement [29][29]  Sur l’imagination sous ce rapport, cf. p. 135-136,.... Je puis bien comprendre par ailleurs que mon âme soit dépositaire d’une force unique, qui se manifeste plus ou moins distinctement, i.e. de moins en moins confusément. L’activité de l’âme serait de prime abord éprouvée obscurément avant de s’apparaître toujours plus clairement à elle-même en tant qu’activité. Mais ce dernier genre d’arguments ne paraît pas avoir sa place dans une psychologie empirique, tout entière dédiée à l’observation, à la perception active de ce qui se passe en nous lorsque nous nous représentons quelque chose. Traiter, dans une section consacrée à la psychologie empirique, de la sensibilité comme d’une force, ou d’un mode de la force, paraît dès lors délicat.

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Wolff concède bien volontiers la passivité de notre corps lors de l’affection sensible. C’est ainsi que des choses hors de nous sont dites causer des modifications dans nos organes des sens. Il appartient au domaine de la perception, de l’observation, d’attester que « les corps hors de nous causent une modification dans nos sens » [30][30]  P. 121, § 219.. Il n’est besoin, par exemple, que des premiers principes de l’optique pour rendre compte de certains types de modifications. De fait, les corps exercent une influence l’un sur l’autre, influence dont la raison et la mesure peuvent être données. Mais admettre une telle influence ne signifie pas admettre un influx physique des corps sur l’âme. Car les sentiments ne sont pas des choses physiques mais sont occasionnés par des choses physiques. Les sentiments sont bel et bien des pensées que l’âme produit lors de certaines rencontres de notre corps avec d’autres corps [31][31]  Cf. p. 122, § 220..

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Sentir dépend de nous, est en notre pouvoir, au sens où nous pouvons mouvoir notre corps. En raison de l’accord existant entre notre corps et notre âme, si la direction de notre corps est changée, la puissance de nous représenter le monde relativement à l’état du corps l’est aussi. Le sentir, en tant qu’il tombe sous notre volonté, a quelque chose d’actif [32][32]  Cf. p. 127-128, § 227-228.. Mais il y a plus. Le sentir permet qu’il y ait un senti. C’est ainsi que « l’ouïe est la faculté de se représenter l’écho par lequel des modifications dans l’oreille sont occasionnées » [33][33]  P. 125, § 223.. En tant que faculté, le sentir précède le senti et le rend possible, quand une certaine rencontre sensible se produit. Si la chose sentie est une cause occasionnelle, seconde, la faculté de sentir est une cause première, une véritable condition de possibilité.

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La sensibilité apparaît ainsi, d’un côté, comme une faculté de l’âme plutôt que comme une force à véritablement parler. Elle est ce qui rend possible la représentation qui se nomme le sentiment dès lors que lui est adjointe l’occasion sensible, physique. Rendre possible ne veut pourtant pas dire rendre effectif ; être la raison pour laquelle quelque chose est ne veut pourtant pas dire être la raison pour laquelle quelque chose existe. Que la sensibilité apparaisse d’un autre côté, sur le versant rationnel, comme un mode de la force représentative est dès lors étonnant. L’âme est active en ce qu’elle sent, dira sans ambages la psychologie rationnelle [34][34]  Cf. p. 507-508, le § 818 ainsi que les suivants.. Pourtant, elle n’est jamais active que lorsqu’elle est associée à un certain état du monde, à une certaine situation physique.

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Comment tenir ensemble que la sensibilité est une faculté et que la sensibilité est une force ? La représentation est tout entière intellectuelle, tout entière produite par la force représentative, quand même le représenter n’entrerait pas en fonction si une certaine affection sensible ne se produisait. Tout entier représentation, le sentiment n’en requiert pas moins quelque chose d’extérieur pour être produit, une cause adjuvante pour exister. L’actualisation du possible ne se fait jamais qu’en conjonction avec un certain état du monde, qui n’est jamais à considérer indépendamment de l’harmonie préétablie qui le sous-tend. Une nouvelle fois, les considérations psychologiques de Wolff ramènent à l’organisation générale de la doctrine. Accorder la force et la faculté, l’existant et le possible, ne se comprend jamais qu’en conjonction avec la totalité du monde.

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Ce que nous avons dit de la sensibilité pourrait se reporter aisément aux autres facultés, d’abord à l’imagination et à la force de fabuler, puis aux pouvoirs supérieurs de connaître. Si l’imagination, Einbildungskraft, est facilement appelée force, Kraft, par Wolff, et si la force de fabuler, par l’activité qu’elle recèle, est également dépeinte comme force [35][35]  Cf. p. 130 et 134-135, § 235 et 242., cela ne doit pourtant pas occulter qu’il s’agit là, à proprement parler, de facultés de l’âme. L’imagination ne fonctionnerait pas, non plus que sa cousine, si elles n’avaient été précédées temporellement par la sensibilité. Et cette sensibilité ne fonctionnerait pas non plus si, dans le même moment où elle sent, une rencontre sensible n’était à l’œuvre. Que je ressente empiriquement l’activité dans l’acte d’imaginer ne change rien à l’affaire. L’imagination n’est toujours qu’une faculté, requérant une occasion sensible pour s’ébranler.

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Du côté de la formation de nos notions générales, le tableau est le même. Puisque c’est grâce à une occasion sensible que se forment en nous les représentations des espèces et des genres [36][36]  Cf. par ex. p. 152, § 273. Voir aussi les p. 514-515,..., que nous pouvons donc avoir accès aux degrés supérieurs de la clarté et de la distinction, les opérations supérieures du représenter, au nombre desquelles il faut compter l’entendement et la Raison, tombent sous le même argument. Ce sont toujours des facultés, que je puis nommer force en me fondant sur ce que j’éprouve, mais qui ne sont réellement telles qu’à un autre niveau d’intelligibilité. La façon dont les forces de l’âme peuvent être accrues ou dirigées, contenues dans des arts, est d’intérêt, mais elle entraîne dans les parages de la logique plutôt que dans ceux de la métaphysique.

5. La force représentative est-elle l’unique forcede l’âme ? Sur la liberté

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Eu égard à la liberté, nous rencontrons une nouvelle fois des difficultés. Celles-ci concernent principalement deux points. Le premier point est celui-ci : peut-on à bon droit ranger la volonté sous la force représentative ? N’est-ce pas confondre deux types de manifestations de l’âme, celles où elle perçoit et celles où elle désire quelque chose, celles où elle se règle sur la chose pour esquisser un concept et celles où elle esquisse le concept d’une fin pour transformer la chose ?

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Le second point est celui-là : la notion de force, eu égard à l’acte effectif de vouloir, n’appartient-elle pas au domaine de ce que nous percevons ? Lorsque j’ai une volition, que je ne flotte plus entre la possibilité de choisir ceci ou cela mais que je détermine effectivement ma volonté, ne suis-je pas conscient de la force de mon âme, tout entière appliquée, en l’occasion, à la représentation du concept de fin ? Même si la notion de force peut bien évidemment être conçue également dans une optique fondamentale, en tant que ce qui fait exister quelque chose réellement, cette notion semble se situer sur le même plan d’intelligibilité que les mobiles à même de déterminer la volonté.

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Au § 878 de sa Métaphysique allemande, dans la section dévolue à la Psychologie rationnelle, Wolff écrit que, pour rendre compte du désir sensible et de la volonté, il n’est besoin d’aucune « force étrangère (besondere) à la force représentative ». Suivent les explications de l’auteur : « Puisque nous prenons plaisir au bien que nous nous représentons [...], l’âme est donc par là déterminée à s’efforcer de produire la sensation » [37][37]  P. 544. du bien. La représentation borde de part en part les manifestations désirantes de l’âme. Vouloir quelque chose, c’est se le représenter comme fin, et c’est au final n’avoir de cesse de retrouver réalisé ce bien, c’est-à-dire n’avoir de cesse de goûter la représentation de la fin actualisée.

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La représentation du bien crée un plaisir, seul à même d’entraîner une détermination de la volonté, une volition. La représentation est certes le fondement de la volition mais elle ne paraît pas pour autant épuiser l’acte volitif. Le sentiment et le désir à proprement parler, le plaisir et la peine ainsi que l’effort en vue d’actualiser la représentation, semblent en effet autres. Que l’on ne puisse former leur concept sans la représentation est une chose. Que le sentiment et le désir soient eux-mêmes des représentations en est une autre. C’est du reste ce que certaines formules de Wolff semblent trahir. Ainsi, lorsqu’il écrit au § 879 que « la volonté provient de la force représentative de l’âme », on aperçoit aisément que la provenance, ou dérivation, n’est pas une identité, fût-elle modale. L’effort naît et porte sur une représentation ; fort bien. Il se pourrait néanmoins que, par sa nature, il ne ressortisse pas à la force représentative comme représentative.

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Que, pour des raisons purement rationnelles, la force soit une, indépendamment de ses modes, cela peut se concevoir. Seulement, il faut alors se garder de lui accoler l’épithète afférente à la représentation. Au niveau phénoménal, il semble difficile de faire l’économie d’une dichotomie entre entendement en général et volonté en général, pour ne rien dire de l’autonomie du sentir. Il est douteux que l’on puisse se passer d’une séparation entre perception et appétition [38][38]  C’est le vocabulaire de Leibniz, dans sa Monadologie,..., entendement et volonté, ou de quelque autre nom qu’on voudra nommer ce couple.

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Lorsqu’il présente une vue d’ensemble de sa doctrine dans l’avant-propos de la Logique allemande, le philosophe a lui-même recours à ce type de séparation. Au § 13, il est écrit que l’âme, « en plus d’un entendement, a également une volonté » [39][39]  P. 119.. Que l’âme soit aussi volonté implique qu’il faut prendre en considération une série spécifique de sciences secondes, à savoir la série des doctrines pratiques : droit naturel, éthique et politique [40][40]  Ibid.. Le texte mentionné ne dit rien des sciences qui prennent leur racine dans l’entendement conçu en tant que tel. Wolff songeait certainement à la psychologie, partie de la métaphysique, et également à la logique, qui n’appartient pas, quant à elle, à la métaphysique.

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Comment justifier un tel déséquilibre entre le statut des sciences selon qu’elles prennent appui sur l’entendement ou la volonté ? Ce point demeure dans l’ombre. Le pratique en général aurait sans doute mérité de recevoir une place dans la métaphysique [41][41]  G. Tonelli rappelle, dans son Kant’s Critique of Pure.... Il en a certes une en tant que les notions de désir, d’affect, de liberté, etc., sont traitées dans la psychologie. Pourquoi ne pas leur avoir réservé une section à part ? Le souci d’unité doctrinale, eu égard à la simplicité de l’âme, semble l’avoir emporté sur le traitement concret des doctrines secondes et les aménagements de détail qu’elles impliquaient.

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Passons au second point. Est-il raisonnable de considérer que la force grâce à laquelle notre arbitre se détermine à agir est du ressort de la seule psychologie rationnelle ? Ne faut-il pas au contraire localiser la force par laquelle on se décide dans la psychologie empirique, en tant qu’elle est à même d’être éprouvée ? Dans le domaine pratique, nous retrouvons en effet des syllogismes, des raisons empiriques entraînant une résolution se situant sur le même plan, au niveau de la conscience identique à elle-même dans le temps. Si j’achète un livre, c’est parce que je considère qu’il m’est utile. Un certain genre de livres m’est utile, or celui qui se trouve devant moi en est un, aussi souhaité-je l’acheter [42][42]  Nous résumons l’exemple des p. 315-316, § 517.. Les raisons, Gründe, qui amènent la volonté à se déterminer sont appelées mobiles, Bewegungsgründe. Rien n’est sans raison, et ceux qui ont défini la liberté comme la faculté de se déterminer sans qu’aucun mobile ne soit en jeu ont fort manqué [43][43]  Cf. p. 312-313, § 511..

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Que la liberté soit à un certain égard une faculté, voilà ce dont Wolff ne disconvient pas. Seulement, cette faculté de se déterminer à une chose plutôt qu’à une autre ne doit pas être considérée en dehors des raisons de détermination, des mobiles. Les mobiles ne contraignent jamais la volonté. J’ai jugé le livre utile et étais sur le point de l’acheter. Quelqu’un survient, qui me dit qu’il se trouve un autre livre bien meilleur, ou le même livre moins cher ailleurs. Si ma volonté avait été contrainte par le premier syllogisme, je ne pourrais pas hésiter, ni non plus changer d’avis. Que je le puisse montre qu’une collision des mobiles est possible, et que les mobiles n’entraînent pas mécaniquement une action de la volonté. Wolff nomme arbitre, ou spontanéité (Willkühr) [44][44]  Sur cette traduction, cf. l’index disposé à la fin..., la force par laquelle l’âme a de l’inclination pour ce qui lui plaît et de l’aversion pour ce qui lui déplaît. Il dépend de ma propre force que je me représente ou que je ne me représente pas ce qui entre nécessairement dans le mobile. Ce que l’autre nous dit concernant le livre ne peut guère nous contraindre à renoncer à l’achat [45][45]  Sur tout cela, cf. l’important § 518, p. 316-317..

40

Que la force de nous représenter ceci ou cela, partant, de nous décider pour ceci plutôt que pour cela pour une raison donnée, dépende de nous, cela n’est pas à entendre dans le seul sens métaphysique. Car je puis acquérir une disposition morale, une aptitude à la vertu, en me présentant souvent un certain type de pensées, et en répétant souvent le même type d’actions [46][46]  Cf. p. 321-322.. La liberté apparaît ainsi comme une force que l’on peut exercer, de la même manière que l’on peut exercer son entendement par la logique, et, par une application continue, progresser dans l’usage que l’on en fait. Non point que la force pût croître ou décroître : l’esprit humain est ainsi fait qu’il ne varie pas de la sorte ; il s’agit de l’appliquer bien, d’en faire un usage correct, grâce au soutien de l’art et des règles qu’il prescrit. Que l’arbitre, ou spontanéité, soit au final une force au sens empirique signifie que nous sommes responsables de nos fautes et de nos bienfaits et que, surtout, il nous appartient dans notre vie quotidienne de nous parfaire encore.

Notes

[1]

La métaphysique de Christian Wolff, Hildesheim-Zurich-New York, Olms, t. 1, 1990, p. 282.

[2]

Ibid.

[3]

Ibid., p. 283.

[4]

On pourrait également traduire Quelle par « principe ». Cf. l’index de la fin des Vernünftige Gedanken von Gott, der Welt und der Seele des Menschen, auch allen Dingen überhaupt, Hildesheim-Zurich-New York, Olms, 1997, et son entrée Quelle der Veränderungen (principium mutationum), p. 675.

[5]

Métaphysique allemande, p. 60. La chose subsistant par elle-même est, bien sûr, la substance.

[6]

P. 61-62.

[7]

Cf. p. 469.

[8]

Sur cette question, cf. l’article de J.-P. Paccioni, à paraître dans Les Études philosophiques, « Dieu dans le miroir. Leibniz, Wolff et l’actualisation du monde ».

[9]

Voir aussi J. École, op. cit., p. 283 : il est « impossible de compléter l’explication des opérations de l’âme qui naissent de sa seule force en faisant appel aux lois du mouvement ».

[10]

Sur ce point précis, cf. aussi « Cosmologie wolffienne et dynamique leibnizienne. Essai sur les rapports de Wolff avec Leibniz », Les Études philosophiques, 1964/1, p. 3-9.

[11]

Le titre de la Logique allemande est en effet Vernünftige Gedanken von den Kräften des menschlichen Verstandes und ihrem richtigen Gebrauche in Erkenntnis der Wahrheit. Pour ce qui est de la psychologie empirique, cf. déjà le tout début, § 191, p. 107.

[12]

Cf. p. 468, § 753.

[13]

Cf. le tout début des parties empirique et rationnelle, p. 106-107 et 453-454, § 191 et 727.

[14]

P. 526, § 848.

[15]

§ 60-61 des Principes de la philosophie, AT, VIII-1, p. 28-30 (trad. AT, IX-2, p. 51-53). Nous laissons de côté le § 62 et la différence par la pensée, ou de raison.

[16]

P. 536, § 865.

[17]

Cf. p. 466, § 748.

[18]

P. 465.

[19]

P. 466.

[20]

Nous glosons le § 12, p. 118.

[21]

Ce vocabulaire sera aussi celui de Baumgarten et de Kant. Cf. la Metaphysica, Hildesheim, Olms, 1963, p. 94, § 311, et son principium fiendi (generationis).

[22]

Nous reprenons le vocabulaire kantien de D. Henrich. Cf. son important article sur l’identité contenu dans The Unity of Reason. Essays on Kant’s Philosophy, Cambridge (Mass.) - Londres, Harvard University Press, 1994 : « Identity and Objectivity : An Inquiry into Kant’s transcendental Deduction », trad. J. Edwards, p. 123-208.

[23]

Cf. par ex. p. 459, § 736.

[24]

P. 195, § 341.

[25]

P. 195-196, § 342.

[26]

P. 195, § 342.

[27]

Cf. p. 127, § 226.

[28]

Sur ce point, cf. aussi la p. 126, § 225.

[29]

Sur l’imagination sous ce rapport, cf. p. 135-136, § 243.

[30]

P. 121, § 219.

[31]

Cf. p. 122, § 220.

[32]

Cf. p. 127-128, § 227-228.

[33]

P. 125, § 223.

[34]

Cf. p. 507-508, le § 818 ainsi que les suivants.

[35]

Cf. p. 130 et 134-135, § 235 et 242.

[36]

Cf. par ex. p. 152, § 273. Voir aussi les p. 514-515, § 832.

[37]

P. 544.

[38]

C’est le vocabulaire de Leibniz, dans sa Monadologie, § 14-15, ou dans les Principes de la nature et de la grâce, § 2 (éd. C. J. Gerhard, Die philosophischen Schriften, Hildesheim-New York, Olms, vol. VI, 1978, p. 608-609 et 598).

[39]

P. 119.

[40]

Ibid.

[41]

G. Tonelli rappelle, dans son Kant’s Critique of Pure Reason within the Tradition of Modern Logic, p. 277-278, que l’inventeur du criticisme fut le premier à pratiquer une telle intégration du pratique dans la métaphysique.

[42]

Nous résumons l’exemple des p. 315-316, § 517.

[43]

Cf. p. 312-313, § 511.

[44]

Sur cette traduction, cf. l’index disposé à la fin de la Métaphysique allemande, p. 677.

[45]

Sur tout cela, cf. l’important § 518, p. 316-317.

[46]

Cf. p. 321-322.

Résumé

Français

Les notions de force et de faculté ne doivent pas être confondues. Il s’agit de montrer que l’âme rend raison de ses opérations tant spécialement, sur le plan empirique, que généralement, sur le plan rationnel. Si la force explique surtout comment chaque état de conscience émane d’une âme une, les facultés permettent de comprendre comment a lieu une identité de la conscience dans le temps. Ce modèle n’est cependant pas sans présenter quelques difficultés : la sensibilité par exemple est à la fois pouvoir actif et passif, selon le plan sur lequel on la prend ; l’unicité de la force de l’âme doit tenir compte de deux domaines principaux d’applications, celui de la connaissance par représentation et celui de la liberté.

English

Strength and faculties of the soul in Wolff’s German Metaphysics The concepts of strength and faculty should not be mistaken one for the other. The purpose of this paper is to show that the soul gives an account of its operations both on the empirical and rational level. If strength mostly explains how each state of consciousness surges from one single soul, faculties enable one to understand how an identity of consciousness within time may take place. Such a model however seems to lead to a few difficulties : sensitiveness for example is both an active and passive power according to the level wherefrom it may be handled ; the unicity of the strength of the soul should take into account two major fields of implementation, i.e. that of knowledge through representation and that of freedom.

Plan de l'article

  1. 1. Le lieu du concept de force
  2. 2. La force unique et les différents pouvoirs de l’âme
  3. 3. La force n’est pas la seule raisondes modifications de conscience
  4. 4. Une nouvelle difficulté : seuls certains pouvoirssont actifs. Force et facultés
  5. 5. La force représentative est-elle l’unique forcede l’âme ? Sur la liberté

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