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Politique africaine

2006/1 (N° 101)

  • Pages : 216
  • ISBN : 9782845867751
  • DOI : 10.3917/polaf.101.0019
  • Éditeur : Editions Karthala

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Le 13 novembre 2005, le Burkina Faso a tenu son élection présidentielle, la huitième consultation électorale depuis l’adoption, en 1991, de la Constitution de la ive République. Cinq jours après le scrutin, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a proclamé les résultats provisoires de l’élection. Devant une salle acquise au parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le président de la Ceni, Moussa Michel Tapsoba, a déclaré le président sortant, Blaise Compaoré, vainqueur au premier tour, avec 80,30 % des voix ; aux candidats malheureux il a rappelé leur droit de recours devant le Conseil constitutionnel. Aucun recours n’ayant été introduit, c’est sans surprise que le Conseil constitutionnel a proclamé le 25 novembre 2005 les résultats définitifs de l’élection. Après quelques rectifications, la victoire écrasante de Blaise Compaoré était confirmée : il avait remporté 80,35 % des voix, ses douze adversaires se contentant de « miettes » – entre 4,88 % pour son plus proche concurrent et 0,32 % pour le plus malheureux [tableau 1 en annexe].

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Le scrutin avait été précédé d’une controverse sur la constitutionnalité de la candidature du président sortant, puisque l’article 37 de la Constitution limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Afin de se donner le temps d’asseoir la légitimité de cette candidature contestée, le camp présidentiel a choisi de l’évoquer dès le début de l’année 2004, par l’intermédiaire du ministre d’État Salif Diallo, futur directeur de campagne du candidat Compaoré [1][1] S. Diallo, ministre d’État chargé de l’agriculture,.... Des associations et des réseaux se réclamant du président, comme les « Amis de Blaise Compaoré » (« ABC »), ont ensuite organisé des manifestations, largement relayées par les médias publics, pour réclamer sa candidature. L’opposition a en vain dénoncé auprès du Conseil supérieur de la communication (CSC) cette « précampagne » électorale. Finalement, le président sortant, répondant à cet « appel populaire », a déclaré sa candidature lors d’un meeting dans son fief de Ziniaré, le 10 août 2005. Il ne restait plus qu’à parer cette candidature des habits de la constitutionnalité, ce que fit le Conseil constitutionnel dans sa décision du 14 octobre 2005 [2][2] Décision n° 2005-007/CC/EPF. Le Conseil constitutionnel.... La campagne électorale, qui s’est déroulée du 22 octobre au 11 novembre 2005, a dans l’ensemble été caractérisée par la liberté d’expression et l’équité dans l’accès aux médias publics. S’agissant du scrutin même, il s’est lui aussi plutôt bien déroulé [3][3] Voir le procès-verbal du Conseil constitutionnel, en....

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La réélection triomphale de Blaise Compaoré peut paraître paradoxale au regard des conditions de vie difficiles des Burkinabè et de la vive contestation qui avait ébranlé le régime à la suite de l’assassinat, le 13 décembre 1998, du journaliste Norbert Zongo. Sous la pression, le président Compaoré avait concédé des réformes et même demandé pardon pour les crimes politiques commis. Mais il a depuis regagné le terrain perdu. Aussi, face à une opposition déliquescente, la question qui se posait pour le scrutin présidentiel de 2005 n’était pas tant de savoir lequel des treize candidats en lice allait l’emporter, mais plutôt de mesurer l’ampleur de la victoire du président sortant. C’est de là qu’est venue la surprise, les électeurs ayant choisi de le plébisciter. Comment expliquer ce plébiscite paradoxal ?

Le bilan en demi-teinte du président sortant

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Selon Salif Diallo, le directeur de campagne du président sortant, la victoire de Blaise Compaoré devrait quelque chose à son bilan et à son programme [4][4] L’Espérance, n° 26, 20 décembre 2005, p. 4.. À dire vrai, au plan interne comme au plan externe, le septennat écoulé laisse entrevoir de réels motifs d’insatisfaction pour les électeurs burkinabè.

Le Burkina Faso entre performances macro-économiques et pauvreté

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La gestion macro-économique du président Compaoré lui vaut périodiquement les éloges des institutions financières internationales, comme en témoigne le choix du président de la Banque mondiale Paul Wolfowitz, de faire une escale au « pays des hommes intègres » pour sa première tournée en Afrique, en juin 2005. Les réformes d’ajustement structurel ont en effet permis au Burkina Faso d’enregistrer de bonnes performances macro-économiques ces dix dernières années. Le pays a ainsi affiché des taux de croissance réels de l’ordre de 5 % en moyenne entre 1994-1999, et de 6,7 % au cours des trois dernières années (2003-2005) [5][5] Voir la déclaration de politique générale du Premier.... Mais il est fort douteux que les électeurs burkinabè, les ménagères en particulier, partagent le jugement de P. Wolfowitz : les syndicats n’ont cessé de se plaindre des hausses de prix et de la détérioration des conditions de vie des Burkinabè. Les bons résultats macro-économiques n’ont même pas enrayé la hausse continue de la pauvreté : entre 1994 et 2003, la proportion de la population burkinabè vivant au-dessous du seuil de pauvreté est passée de 44,5 % à 46,4 % [6][6] Burkina Faso, Cadre stratégique de lutte contre la....

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Deux enquêtes par sondage effectuées par le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) en août et septembre 2005, à Ouagadougou et dans l’ensemble du pays, ont mis en lumière le décalage entre la bonne image du président Compaoré et l’insatisfaction des personnes à propos de l’action gouvernementale en matière de santé, d’éducation, d’infrastructures, de lutte contre la pauvreté, etc. [7][7] Les résultats des deux sondages du CGD dirigé par l’auteur.... Quelques hypothèses explicatives ont été avancées à ce propos par le CGD. La première hypothèse est que les enquêtés ne font pas de lien entre, d’une part les indicateurs socio-économiques du pays et leur situation personnelle, et d’autre part l’action du président du Faso. Alors que la Constitution en fait le détenteur du pouvoir exécutif, il semble bénéficier dans les représentations populaires d’une sorte d’« irresponsabilité » politique, en ce sens que le « chef » n’est pas perçu comme le responsable direct des malheurs de ses « sujets ». L’une des illustrations de cette « irresponsabilité » est sans conteste l’idée fort répandue selon laquelle « le chef est bon, c’est son entourage qui est mauvais ». La seconde hypothèse est que, même si les indicateurs socio-économiques du pays et la situation individuelle des Burkinabè se sont détériorés, le président sortant apparaît pour beaucoup comme la solution la « moins mauvaise » face à des opposants n’ayant guère d’expérience de la fonction présidentielle.

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S’agissant du programme électoral du candidat Compaoré, qui a promis d’assurer aux Burkinabè un « progrès continu pour une société d’espérance », il n’est pas certain que la majorité des électeurs l’ait lu ou l’ait suffisamment compris pour le comparer à celui de ses adversaires, nonobstant le recours aux médias et la tenue de nombreux meetings. Dix-huit ans au pouvoir n’ont pas suffi au président pour garantir des conditions de vie meilleures aux Burkinabè. Une partie d’entre eux a d’ailleurs d’autres motifs d’insatisfaction à son endroit, en particulier en ce qui concerne son bilan en matière de respect des droits de la personne et des règles du jeu démocratique.

Le Burkina Faso entre stabilité politique et façade démocratique

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Depuis sa prise du pouvoir en 1987, B. Compaoré a réussi à faire de son pays un îlot de stabilité politique, non sans avoir épuré l’armée et maté plusieurs tentatives de coups d’État plus ou moins sérieuses [8][8] La dernière date d’octobre 2003. Parmi les 16 personnes.... Dans l’histoire post-coloniale du pays, le régime actuel, en place depuis 1991, bat le record de longévité politique. Il n’en reste pas moins que, pour de nombreux leaders de l’opposition, ce régime tant vanté pour sa stabilité politique n’est en fait qu’un autoritarisme recouvert d’un vernis démocratique. En témoignent les crimes politiques impunis, la multiplication des cas de corruption éclaboussant une justice burkinabè « acquise » au pouvoir, selon l’expression même du ministre de la Justice [9][9] Ce dernier a admis « ne nommer aux postes de responsabilité..., et la remise en cause graduelle des réformes démocratiques concédées aux opposants lors du règlement de la crise née de l’affaire Zongo. Ainsi, en 2004, après son demi-échec aux élections législatives de mai 2002, le parti au pouvoir a réformé à son avantage le code électoral qui avait été adopté en 2001 à la suite de larges concertations au sein de la classe politique et avec la société civile [10][10] Les élections de mai 2002 ont été marquées par le recul.... Cette réforme a restauré la proportionnelle à la plus forte moyenne pour les élections locales et les 45 provinces du pays comme circonscriptions électorales pour l’organisation des législatives, en lieu et place des 13 régions électorales créées par le code précédent [11][11] À la différence de la proportionnelle aux plus forts.... Elle a été menée unilatéralement, en contradiction avec les recommandations du Collège des sages, institué en 2001 par le président Compaoré. Assurément, le pouvoir semble avoir renoué avec sa stratégie du « tuk-guili ! » (« prendre tout », en langue mooré). Quant au rétablissement, sur recommandation des sages, de la clause constitutionnelle limitant à deux le nombre de mandats présidentiels, on sait ce qu’il en est advenu …

L’image externe trouble du régime Compaoré

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Isolé diplomatiquement après sa prise du pouvoir sanglante en 1987, le président Compaoré a mené une politique extérieure active pour asseoir sa légitimité internationale. Il s’est ainsi posé en médiateur dans le conflit touareg au Mali et au Niger, ou dans la crise politique togolaise de la transition démocratique du début des années 1990. Le pays a aussi abrité plusieurs conférences internationales comme le sommet France-Afrique de 1996, celui de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1998, ou de la Francophonie en 2005, qui ont contribué à forger son image internationale de deus ex machina dans la sous-région.

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Mais le Burkina Faso de Compaoré est aussi paradoxalement apparu comme une sorte « d’État voyou » en Afrique de l’Ouest et les accusations d’ingérence dans plusieurs conflits de la sous-région ont fusé. Si le gouvernement burkinabè n’a jamais caché son soutien à l’ancien président libérien Charles Taylor, il a en revanche toujours nié avoir livré des armes aux rebelles sierra-léonais, en violation de l’embargo décrété par les Nations unies [12][12] Le Conseil de sécurité de l’Onu a mandaté une commission.... Plus récemment, les autorités burkinabè ont encore été accusées de parrainer la rébellion ivoirienne. En décembre 2002, le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, a ainsi dénoncé « les ingérences extérieures » en Côte-d’Ivoire, et bien que le Burkina Faso n’ait pas été expressément mentionné, son gouvernement s’est senti visé et a protesté de son innocence [13][13] Interview publiée dans le quotidien français La Croix,.... Pour sa part, le président ivoirien Laurent Gbagbo, convaincu que Blaise Compaoré était le principal soutien de la rébellion ivoirienne, a laissé se développer une politique xénophobe qui a forcé plus d’un demi-million d’émigrés burkinabè à rentrer au pays. Outre les conséquences sociales de ces rapatriements forcés, le Burkina a aussi dû faire face aux conséquences financières et économiques de la crise ivoirienne : autant de contraintes dont se serait bien passé Compaoré dans sa quête d’un nouveau mandat présidentiel.

Les atouts indiscutables du président sortant

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Alors même qu’elle l’affaiblissait sur le plan international, la crise ivoirienne a fourni au président Compaoré une extraordinaire opportunité sur le plan interne. Avec cette ressource politique inattendue, combinée à la capacité clientélaire du régime et à l’inorganisation entretenue de ses adversaires, il disposait d’atouts décisifs.

Compaoré, « héros national » ?

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La crise ivoirienne a permis à B. Compaoré de retourner l’opinion publique à son profit et d’occulter les griefs accumulés contre son régime. Elle lui a, par la même occasion, permis de discréditer ses principaux adversaires politiques à la course présidentielle. En relayant les accusations des autorités ivoiriennes, ces derniers ont en effet sous-estimé la force du sentiment national, et ont ainsi laissé Compaoré apparaître comme le seul garant des intérêts de la communauté burkinabè expatriée. Tout en stigmatisant la politique xénophobe de son homologue ivoirien, le président Compaoré a, pendant longtemps, fait profil bas et a calmé les ardeurs de certains de ses partisans qui le poussaient à adopter une ligne plus dure. Des manifestations de protestation plus ou moins spontanées ont essaimé sur l’ensemble du territoire, traduisant la réelle exaspération des populations burkinabè. Ayant compris le parti qu’il pouvait tirer de cette crise, B. Compaoré a alors progressivement haussé le ton envers les responsables ivoiriens, en déclarant par exemple en France que le président Gbagbo pourrait répondre, à l’instar de l’ancien président serbe Milosevic, de crimes contre l’humanité devant un tribunal pénal international [14][14] Interview accordée au quotidien français Le Parisien,... ; sa cote de popularité s’en est trouvée grandie, et à son retour à Ouagadougou, il a été accueilli en héros par des milliers de Burkinabè. En province également, des manifestations de soutien à sa politique ont été organisées par ses partisans, préfigurant la précampagne qui a ensuite légitimé sa candidature à un nouveau mandat présidentiel. Chauffés à blanc par la diffusion répétée, à la télévision nationale, du documentaire, initialement interdit de diffusion, du sociologue belge Benoît Scheuer, « Côte-d’Ivoire, poudrière identitaire », de nombreux Burkinabè ont adhéré à l’image de « héros national » qu’a tenté de se forger Compaoré.

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Cette recherche de l’union sacrée n’a pas été du goût des opposants au président. Même s’ils reconnaissaient que la crise ivoirienne avait des causes endogènes, ils n’ont pas hésité à rappeler le statut ambigu de certains rebelles qui ont séjourné au Burkina avant les événements de septembre 2002, et à dénoncer au passage les manifestations de soutien à B. Compaoré, assimilées là encore à une précampagne présidentielle. Mais ces voix dissidentes ont été stigmatisées ; les responsables d’opposition Hermann Yaméogo et Bénéwendé Stanislas Sankara ont été qualifiés de « traîtres » à la patrie par des partisans du pouvoir, et des menaces ont même été proférées contre eux lors de manifestations publiques.

L’incomparable capacité redistributive du président Compaoré

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Pour laminer les candidats de l’opposition, Compaoré et les siens ont bénéficié de ressources humaines, financières, matérielles et logistiques incomparables, d’un savoir-faire organisationnel et d’un sens développé du marketing dans un « marché électoral » traversé par des logiques clientélistes. En plus du CDP, le parti le mieux implanté sur le territoire national, le président s’est appuyé sur les réseaux « ABC », chargés de mobiliser et de canaliser l’électorat en sa faveur. Dirigés en sous-main par son propre frère, François Compaoré, les « ABC » sont des groupements plus ou moins informels implantés sur l’ensemble du territoire national. Outre le rôle qu’ils ont joué dans la légitimation de la candidature de B. Compaoré, ces réseaux servent aux Compaoré de contrepoids face au CDP, qui est devenu un champ de lutte entre factions rivales – et dont ils risquent d’être otages, à mesure que se précisera la question de la succession de l’actuel président.

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Pour leur part, les partis de l’opposition, inorganisés, peu présents en province et manquant de ressources, n’ont pas su s’accorder sur une stratégie pour faire face à la machine électorale du président sortant. Ils ont donc présenté de nombreux candidats, parfois sans envergure et souvent inconnus du public, dont on pouvait se demander quelles étaient les motivations réelles – on peut penser que la subvention octroyée aux candidats par l’État (un peu plus de 7,5 millions de francs CFA, donc suffisante pour rembourser la caution de candidature s’élevant à 5 millions), et, dans une certaine mesure, la volonté de se faire un nom dans la perspective des futures élections municipales et législatives, ont été déterminantes pour certains d’entre eux.

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Le rôle de l’argent dans la domination politique exercée par le président sortant a donné lieu à de vives controverses pendant la campagne électorale et après la proclamation des résultats, portant sur son utilisation des moyens de l’État, sur les sources occultes de financement et sur l’absence de plafonnement des dépenses électorales. Tout au long de la campagne, l’opposition n’a eu de cesse de dénoncer la partialité de l’administration publique, l’utilisation des biens et du personnel de l’État. Salif Diallo en particulier, le directeur de campagne de Compaoré, a été mis sur la sellette pour avoir exercé des pressions sur des cadres de l’administration qu’il jugeait timorés dans leur soutien au président sortant.

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Comme chacun de ses douze concurrents, B. Compaoré a reçu de l’État la somme de 7 692 307 francs CFA pour sa campagne – il existe en effet au Burkina Faso un financement public des partis politiques et des campagnes électorales [15][15] Loi n° 12-2000/AN du 2 mai 2000, modifiée par la loi.... Mais de l’avis général, ce financement est dérisoire au regard des coûts d’une campagne électorale digne de ce nom. La campagne du président aurait coûté, selon S. Diallo, environ un milliard de francs CFA. De nombreux observateurs considèrent que ce chiffre est largement sous-estimé, au regard des moyens matériels et logistiques déployés par le président sortant et du nombre de tee-shirts, pagnes et gadgets distribués aux électeurs burkinabè. Certains ont allégué que le candidat Compaoré avait reçu des appuis de la part d’opérateurs économiques nationaux, mais aussi de la part de chefs d’État « amis », sans qu’aucune preuve formelle ait été apportée. Par médias interposés, pouvoir et opposition se sont d’ailleurs mutuellement accusés d’avoir bénéficié des financements de certains chefs d’État africains [16][16] Selon une déclaration de l’Unir-MS, B. Compaoré aurait.... Au demeurant, il faut dire qu’il n’existe pas dans la législation burkinabè de dispositions réglementant ou interdisant le financement privé ou extérieur des formations politiques ou plafonnant leurs dépenses électorales.

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La question du rôle de l’argent dans les élections pose aussi le problème de l’éducation des électeurs : pour beaucoup, le candidat le plus crédible – ou le plus immédiatement utile – est en effet celui qui montre qu’il a le plus de moyens. Par ailleurs, les dispositions du code électoral qui consacrent la libre expression du suffrage semblent inefficaces. En effet, bien que le vote soit un acte individuel, il est en réalité effectué, pour la majorité des électeurs, dans un environnement communautaire, ouvert aux interventions d’autorités traditionnelles et religieuses auprès desquelles les candidats et les partis les plus fortunés procèdent à des « achats de conscience ».

L’émiettement de l’opposition : la main invisible de Compaoré ?

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Les médias burkinabè ont rivalisé d’imagination pour qualifier l’ampleur de la victoire du président sortant – score « soviétique » ou « stalinien » pour les uns, « tsunami électoral » pour les autres [17][17] L’Espérance, n° 26, 20 décembre 2005, p. 3 ; L’Observateur-Paalga,.... Nullement gêné par ces épithètes peu flatteuses pour un régime qui se veut démocratique, le directeur de campagne de Compaoré a pour sa part affirmé que ce qui le dérangeait, bien au contraire, c’était « la faiblesse de [l’]opposition qui est mal organisée et mal structurée » [18][18] Sidwaya Plus, 19-20 novembre 2005..

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En effet, peu après son relatif succès aux législatives de mai 2002, l’opposition burkinabè a amorcé un processus d’involution. Plusieurs partis ont essuyé des dissidences, inspirées selon leurs leaders, par le parti au pouvoir – ce dont ce dernier se défend, alléguant que la gestion patrimoniale des partis de l’opposition est la principale cause de leurs soubresauts internes. Ainsi, le Parti pour la démocratie et le progrès-Parti socialiste (PDP-PS) dirigé par le professeur Joseph Ki-Zerbo a connu une scission avec la création par le docteur Émile Paré d’un nouveau parti, le Mouvement du peuple pour le socialisme-Parti fédéral (MPS-PF). É. Paré estimait avoir été délibérément mal placé sur les listes de candidats du parti. Par ailleurs, à l’intérieur du PDS-PS, le clivage entre « anciens » et « jeunes » s’est superposé au clivage entre les cadres de l’ancien Mouvement de libération nationale (MLN) des années 1960 et ceux, plus jeunes, provenant des partis politiques marxisants issus de la révolution burkinabè. Les jeunes cadres du parti qui espéraient assurer la relève ont été déçus : Joseph Ki-Zerbo a en effet préféré passer le flambeau du parti à un autre professeur sexagénaire, Ali Lankoandé, plutôt que de prendre le risque d’un rajeunissement ; beaucoup d’anciens craignent effectivement que, sous la direction de cadres plus jeunes, le parti ne soit pas en mesure de résister aux sirènes du pouvoir qu’ils tiennent pour être maître dans l’art de corrompre et de déstabiliser l’opposition. Il reste que l’accumulation des frustrations au sein du PDP-PS ne fait qu’accroître les risques de division interne – les jeunes cadres mécontents ont d’ailleurs créé un courant qui pourrait bien, à terme, faire défection.

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D’autres partis d’opposition, l’Alliance pour la démocratie et la fédération-Rassemblement démocratique africain (ADF-RDA), la Convention panafricaine sankariste (CPS) et le Parti de la renaissance nationale (Paren), ont également connu des tensions internes qui ont abouti à la défection de plusieurs de leurs députés. Ceux-ci ont créé de nouveaux partis avant de se rallier à la « mouvance présidentielle » ou ont rejoint des partis satellites du CDP majoritaire. Ainsi c’est probablement la crise au sein du principal parti d’opposition, l’ADF-RDA, qui a donné le coup de grâce à la dynamique d’alternance qui commençait à poindre au lendemain des élections législatives de 2002. Maître Hermann Yaméogo, sous la conduite duquel l’ADF-RDA avait alors supplanté le PDP-PS comme premier parti d’opposition, a été, pour la troisième fois de sa carrière, écarté de la direction de son propre parti – il a accusé le pouvoir d’alimenter ces « putschs ». Plutôt que de mener une bataille juridique perdue d’avance, comme le fait par exemple Philippe Ouédraogo, qui tente depuis des années de reprendre la tête du Parti africain de l’indépendance (PAI), il a préféré créer une nouvelle formation politique, l’Union nationale pour la défense de la démocratie (UNDD) [19][19] Ce choix est symbolique : dans les années 1970, il.... Il a finalement décidé de retirer sa candidature, en protestant contre l’acceptation par le Conseil constitutionnel de la candidature de Compaoré et la non-fiabilité, selon lui, du fichier électoral. Pour beaucoup, ce retrait était surtout motivé par la certitude d’un échec retentissant. De son côté l’ADF-RDA, désormais dirigée par Maître Gilbert Ouédraogo, a eu besoin de l’appoint de deux députés dissidents issus d’autres groupes parlementaires pour pallier la défection d’une partie des députés restés fidèles à H. Yaméogo et demeurer la principale formation politique de l’opposition en nombre de députés. Du coup, son nouveau président est aussi devenu le « leader de l’opposition [20][20] Selon certains, ce ralliement fort opportun aurait... ».

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Face à la candidature probable du président sortant, l’opposition burkinabè a une fois encore montré son incapacité à transcender ses divisions. Au gré de leurs intérêts, ses leaders n’ont pas hésité à nouer des alliances conjoncturelles entre eux, voire avec le pouvoir, sans considération pour les lignes idéologiques qu’ils étaient censés représenter. Faute de consensus, Alternance 2005, le principal regroupement de l’opposition dite radicale, a désigné trois candidats : H. Yaméogo de l’UNDD, B. Sankara de l’Union pour la renaissance-Mouvement sankariste (Unir-MS) et Ph. Ouédraogo du PDS-PS. Mais certains leaders, craignant de ne pas être choisis, se sont mis en congé du regroupement avant même la désignation ; après, d’autres membres du regroupement l’ont quitté pour présenter leur candidature sous leur propre bannière. Il en a été de même au sein de l’Opposition burkinabè unie (OBU), où les désaccords entre le Paren de Laurent Bado et le MPS-PF d’Émile Paré ont conduit à l’éclatement du regroupement – L. Bado et É. Paré ont chacun présenté leur candidature. Bien avant la campagne électorale, ces deux formations de l’opposition avaient été éclaboussées par un scandale financier. L. Bado avait en effet admis avoir reçu 30 millions de francs CFA du président Compaoré pour son parti et, l’affaire ayant été ébruitée, il avait accusé É. Paré et d’autres leaders de l’opposition – sans les nommer – d’avoir eux aussi reçu une « aide » du président. Ce scandale a miné la crédibilité de l’opposition, et montre bien les tentatives du pouvoir pour affaiblir l’opposition par la corruption.

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Quant à l’ADF-RDA et à ses alliés de l’opposition dite modérée, après bien des hésitations, ils ont fini par se rallier à la candidature de Compaoré. Malgré les tentatives du président du parti pour se justifier en opérant un distinguo entre le soutien accordé au président Compaoré et le ralliement au CDP, d’aucuns se sont demandé comment un parti dit « libéral » et dont le président était officiellement le « leader de l’opposition » pouvait soutenir la candidature d’un parti « social-démocrate », en l’occurrence le CDP au pouvoir. Comment expliquer aux militants et aux électeurs qu’il est possible à la fois de soutenir le candidat Compaoré pour la présidentielle de novembre 2005 et d’affronter son parti aux élections municipales à venir ? Pour les uns, la décision de l’ADF-RDA est tactique, et motivée par une volonté d’accéder aux postes stratégiques, notamment au gouvernement, afin d’accumuler les ressources nécessaires à l’action politique. La participation de l’ADF-RDA au « gouvernement d’union nationale » à la faveur de la crise sociopolitique consécutive à l’affaire Zongo n’avait-elle pas permis au parti d’obtenir dix députés aux législatives de 2002 et de devenir le premier parti d’opposition ? Pour les autres, cette alliance s’est nouée à la demande pressante du parti au pouvoir, qui escomptait ainsi élargir sa base électorale pour assurer une réélection du président sortant dès le premier tour. Dans ces conditions, on peut se demander si la direction de l’ADF-RDA pouvait réellement refuser cette offre : le risque était en effet grand de voir le parti se briser sous une double pression, externe du CDP, et interne de certains caciques du parti qui escomptaient des rétributions de cette alliance, sous forme de portefeuilles ministériels ou de marchés publics [21][21] La composition du gouvernement nommé le 6 janvier 2006....

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Si certains leaders de l’opposition, amers, ont imputé leur défaite à des fraudes massives qui auraient été orchestrées par le parti au pouvoir, la grande majorité d’entre eux, dans un élan de réalisme, n’a pas hésité à faire son mea culpa. Selon un hebdomadaire proche de l’UNDD, l’opposition « a manqué de flair, d’humilité, de courage, de sens de l’organisation et des priorités au point que l’on peut aujourd’hui, dans tous les médias et sur tous les tons, la moquer [22][22] San Finna, n° 338, 21-27 novembre 2005, p. 2.. » Elle n’a pas réussi à maintenir la cohésion en son sein et a, dès lors, miné sa crédibilité interne et externe. Et San Finna de conclure que « rien n’est perdu », à condition que « l’opposition, pour une fois, accepte de faire son autocritique, de se débarrasser de ses branches mortes, de ne plus se tromper d’adversaire » et « engage sans délai et avec vigueur le combat de la transparence électorale [23][23] Ibid. … »

Un plébiscite en trompe-l’œil : l’électeur burkinabè entre abstention et incompétence

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L’ampleur du plébiscite doit être cependant relativisée au regard de l’importante abstention électorale et du nombre de bulletins nuls. Ces comportements politiques, s’ils doivent quelque chose au désintérêt et à l’incompétence de nombreux citoyens, marquent aussi l’existence d’une critique radicale du régime.

La faiblesse de la participation électorale

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Si le vote constitue une forme privilégiée d’action citoyenne en démocratie, les données disponibles sur les taux de participation aux différentes consultations électorales organisées depuis 1991 montrent que les Burkinabè votent peu, même si la participation augmente tendanciellement à chaque élection, du moins pour les présidentielles et les législatives [tableau 2 en annexe].

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En règle générale, la participation électorale au Burkina Faso est beaucoup plus élevée lors des scrutins municipaux – scrutins de proximité –, que lors des présidentielles ou législatives. Mais le nombre d’inscrits aux élections municipales est très peu élevé en raison du caractère embryonnaire du processus de décentralisation administrative. Jusqu’ici, en effet, ce processus a touché moins de 20 % de la population burkinabè, répartis dans 49 communes urbaines. Mais avec l’adoption en 2004 d’une stratégie de décentralisation rurale, la démocratie locale est appelée à connaître une nouvelle impulsion. Il est ainsi prévu la mise en place de 302 communes rurales dans les chefs-lieux des départements pour les élections municipales du 23 avril 2006, ce qui devrait permettre d’atteindre un taux de couverture territoriale de 28 %, contre 16 % actuellement, et un taux de couverture démographique de 45 %, contre 20 % actuellement.

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Pour l’élection présidentielle de novembre 2005, le taux de participation, établi à 57,66 %, était en baisse d’au moins cinq points par rapport aux élections législatives de 2002 (62,70 %), mais il était légèrement supérieur à celui du scrutin présidentiel de novembre 1998 (56,08 %), avec cependant moins de votants (98 395 électeurs supplémentaires en 1998). Par ailleurs, lorsqu’on compare le nombre d’inscrits (3 924 328) pour le scrutin présidentiel de 2005 au nombre d’électeurs potentiels (plus de cinq millions de personnes âgées de plus de 18 ans), on peut estimer qu’au moins un cinquième des électeurs potentiels n’a pas été enrôlé sur les listes électorales [24][24] Le recensement général de la population et de l’habitat.... Du reste, il y a eu moins d’inscrits et de votants en 2005 qu’en 1998. Pourquoi une portion importante du corps électoral ne s’est-elle pas inscrite sur les listes électorales ? Sans doute les explications de l’abstentionnisme électoral avancées par certains auteurs en termes de déficit d’intégration sociale et de compétence politique des citoyens trouvent-elles à s’appliquer dans le cas burkinabè [25][25] Voir F. Subileau, « L’abstentionnisme : apolitisme.... Mais nous pouvons aussi envisager une abstention « stratégique », le non-enrôlement délibéré de certains électeurs, par exemple des militants et sympathisants du Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques, qui ne sont pas dépourvus de compétence politique.

29

Le gouvernement burkinabè a réglé la crise qui a secoué le pays suite à l’affaire Zongo par défaut, en concédant à l’opposition politique « modérée » un certain nombre de réformes politiques et institutionnelles, tout en laissant de côté l’aile « radicale » du Collectif qui s’obstinait à réclamer la satisfaction intégrale de sa plate-forme revendicative. Déçue par « l’électoralisme » des partis d’opposition avec lesquels elle s’était coalisée, cette aile « radicale » a refusé de leur apporter son soutien. Les militants du Collectif ont été implicitement appelés à l’abstention, et le Parti communiste révolutionnaire voltaïque (PCRV), qui revendiquait un rôle dirigeant dans la contestation du régime, a pour sa part ouvertement demandé aux Burkinabè de ne pas cautionner la « mascarade électorale » qui se profilait. Une telle incitation à l’abstention a pu jouer négativement sur les inscriptions sur les listes électorales en 2002 et sur la participation au scrutin législatif de mai 2002 pour ceux déjà inscrits. Disposant de militants et de sympathisants nombreux et disciplinés, le Collectif et ses organisations et réseaux politiques ont involontairement sauvé le parti au pouvoir de la défaite aux législatives de mai 2002, puisqu’il n’a obtenu qu’une courte majorité (57 sièges sur 111). L’abstentionnisme ou la politique de la chaise vide prônée par les opposants radicaux conforte en fait le pouvoir en place. Quoi qu’il en soit, le refus du pouvoir de reconnaître le Collectif comme un interlocuteur et d’accéder à sa principale revendication – une véritable enquête sur les circonstances de l’assassinat du journaliste Zongo – et le ralliement de la grande majorité des Burkinabè, acquis avec le concours des autorités coutumières et religieuses à l’idée du pardon sans justice, n’ont fait qu’accentuer les frustrations du « pays réel » duquel les militants du Collectif se revendiquent.

30

Pour le scrutin de novembre 2005, le Collectif n’a pas pris de position officielle. La relative discrétion dont ses responsables ont fait preuve témoigne de l’essoufflement du mouvement qui, cinq ans plus tôt, avait constitué une véritable menace pour le régime Compaoré. La capacité de mobilisation du Collectif s’est depuis affaiblie et le mouvement semble s’être replié sur sa base la plus radicale. Pour cette dernière, choisir entre le parti au pouvoir et l’opposition, c’est un peu comme choisir entre la peste et le choléra. Dans ce contexte, faut-il s’étonner que le « pays réel » ne se soit pas senti concerné par le scrutin présidentiel de novembre 2005 ? Deux composantes importantes du Collectif, l’Association nationale des étudiants du Burkina (Aneb) et les centrales syndicales, sont néanmoins montées au créneau. La première a ouvertement appelé à l’abstention, tandis que les secondes ont préféré interpeller les candidats à la présidence sur leurs sujets de préoccupation [26][26] Voir la déclaration de l’Aneb publiée dans San Finna,.... Pour ces citoyens actifs qui ont perdu toute confiance envers les institutions du régime en place, le vote n’est pas un moyen d’expression politique efficace [27][27] D’où leur recours à des modes non conventionnels d’expression.... Attentifs au taux de participation électorale, certains d’entre eux, comme pour mieux relativiser la légitimité du président Compaoré, se font fort de souligner qu’il ne représente que 1 660 148 électeurs, soit moins de la moitié des inscrits (42,30 %) et seulement une infime minorité (13,83 %) de la population burkinabè totale, estimée à 12 millions de personnes.

31

C’est dans les régions des Hauts-Bassins (Bobo Dioulasso) et du Centre-Ouest (Koudougou) qu’on a le moins voté, avec des taux de participation établis respectivement à 51,18 % et 53,29 %. La région de Bobo Dioulasso semble avoir une longue tradition d’abstentionnisme, expression de son mécontentement vis-à-vis du pouvoir. Dans cette région en effet, on accuse le pouvoir central d’avoir laissé Bobo Dioulasso à l’abandon, et ce sentiment a été renforcé avec la crise ivoirienne qui a considérablement détérioré le tissu industriel de la ville. À Koudougou, la ville de Hermann Yaméogo, son retrait et son appel à la désobéissance civile ont également pu jouer sur l’abstention [28][28] Sur l’élection à Koudougou, voir la contribution de....

32

C’est dans les régions du Plateau central (Ziniaré) et du Nord (Ouahigouya) qu’on a le plus voté. Or ces deux régions sont respectivement les fiefs du président sortant et de son directeur de campagne, Salif Diallo. On peut ainsi raisonnablement lier l’ampleur des taux de participation aux implantations locales des figures politiques nationales. Il n’en demeure pas moins que, même dans la région du président où le taux de participation électorale est le plus élevé (66,22 %), l’abstention est relativement importante, puisqu’elle concerne environ le tiers de l’électorat [tableau 3 en annexe].

Des électeurs incompétents ?

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Sur les 2 262 899 personnes qui se sont rendues aux urnes lors du scrutin présidentiel de novembre 2005, le Conseil constitutionnel a comptabilisé 196 629 bulletins nuls, soit 9,51 % des suffrages exprimés – aux législatives de 2002, ce taux était de 7,55 %. Le nombre de bulletins nuls représente presque le double des suffrages obtenus par Bénéwendé Sankara, arrivé deuxième après le président réélu (avec 100 816 voix). Quelles sont les raisons de cette situation ? L’électeur burkinabè, en plus d’être abstentionniste, serait-il particulièrement incompétent ?

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Le nombre élevé de bulletins nuls pourrait s’expliquer d’abord par la faible compétence de certains électeurs face à une méthode de vote encore nouvelle, le bulletin unique. C’est ce qu’a laissé entendre le Conseil constitutionnel, en déplorant que des membres des bureaux de vote aient dû fournir des explications à certains électeurs, au risque de les influencer [29][29] L’Observateur-Paalga, n°6527, 28 novembre 2005 ; L’Opinion,.... On se rappelle que l’institution du bulletin unique par le code électoral de 2001 avait donné lieu à de vives controverses. Ses adversaires, pour la plupart issus des rangs du pouvoir, plaidaient l’incompétence des électeurs burkinabè analphabètes et estimaient que ces derniers auraient du mal à identifier le candidat ou le parti de leur choix sur un seul bulletin et à apposer leur empreinte digitale dans la case idoine. Pour ses partisans, le bulletin unique était moins coûteux, et surtout il offrait une parade à la fraude répandue qui consiste à demander aux électeurs de rapporter les bulletins des candidats ou partis adverses, souvent contre récompense.

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C’est, sans surprise, dans la région du Centre (Ouagadougou) qu’on observe le plus faible taux d’invalidité des bulletins (6,14 %) : cette région est en effet celle où les différents indices d’éducation (taux d’alphabétisation et taux de scolarisation, tous niveaux confondus) sont, de loin, les plus élevés [30][30] L’indicateur de la province du Kadiogo (dont les limites.... Au contraire, dans la région du Sud-Ouest, le taux de bulletins nuls est double (13,97 %) – ce n’est pourtant pas la région la moins bien classée en matière d’éducation [31][31] Il n’y a pas d’indicateur unique pour cette région,.... Ainsi, l’absence de corrélation nette entre niveau d’éducation et taux d’invalidité des bulletins invite à explorer l’hypothèse d’un manque de compétences spécifiques pour l’exercice du droit de vote. C’est bien la question de l’action de l’État et des partis politiques en matière d’éducation et de formation des électeurs qui est soulevée, en particulier à l’intérieur du pays. Cependant, dans la mesure où le taux de bulletins nuls avait baissé de 7,80 % à 7,55 % entre les législatives de 1997 et celles de 2002, où le bulletin unique avait été utilisé pour la première fois, sauf à penser que la compétence de l’électeur burkinabè s’est détériorée entre 2002 et 2005, il faut chercher une autre explication. On peut faire l’hypothèse d’électeurs compétents et rationnels cherchant à exprimer leur insatisfaction vis-à-vis de l’offre électorale d’une manière différente de celle choisie par les non-enrôlés ou les abstentionnistes. Ainsi, l’électeur désireux d’accomplir son devoir civique mais peu séduit par les différentes candidatures choisit de voter « nul », par exemple en n’apposant nulle part son empreinte digitale. Sans enquête spécifique, il est difficile de distinguer ces électeurs rationnels des électeurs incompétents.

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Le président Compaoré a promis d’agir pour la valorisation du capital humain, l’élargissement des opportunités de création de richesses, la modernisation des infrastructures économiques et des services, le raffermissement de la gouvernance, la promotion de la culture, des arts et du sport et le rayonnement international du Burkina Faso. Pour sa part, la petite mais puissante « classe moyenne » des travailleurs urbains attend le président réélu sur ses actes. Comment celui-ci, qui vient, selon l’opposition, d’investir des sommes faramineuses dans la campagne électorale, pourra-t-il convaincre les syndicats qu’il ne dispose pas des moyens de satisfaire leurs légitimes revendications salariales ? Les syndicats n’ont d’ailleurs pas hésité à se rappeler à son souvenir en organisant deux grèves, l’une en pleine campagne électorale (26-27 octobre 2005) et l’autre à quelques jours de sa prestation de serment (15, 16 et 17 décembre 2005).

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Le scrutin présidentiel a aussi mis à nu les faiblesses organisationnelles du processus électoral au Burkina Faso, au nombre desquelles figurent le déficit de capacités institutionnelles des acteurs, la faiblesse de l’opposition, les profondes disparités de ressources entre le président sortant et ses rivaux et le déficit d’éducation des électeurs. Dans sa formule actuelle, la Ceni sera toujours confrontée à des difficultés organisationnelles, du fait du manque de professionnalisme dont font preuve ses équipes installées dans les circonscriptions électorales : recruté et formé sommairement pour chaque scrutin, le personnel électoral n’est pas toujours à la hauteur des responsabilités qui lui sont confiées. Le problème est d’autant plus sérieux que les partis politiques ne jouent pas non plus efficacement leur partition : associés en principe à toutes les étapes du processus électoral, ils n’ont souvent ni la volonté ni les moyens humains et financiers d’exercer ces responsabilités. De plus, ils ne parviennent pas à exercer pleinement leur rôle en matière d’éducation des électeurs, de surveillance et de contrôle de la régularité du processus électoral. Leurs récriminations se sont portées contre la Ceni, qui s’est vue reprocher de ne servir qu’une indemnité dérisoire – et non payable à l’avance – aux délégués des partis. En fait, beaucoup de partis manquent tout simplement de militants prêts à sacrifier une journée de repos sans contrepartie. Et là où les militants existent, mais en nombre insuffisant, les partis d’opposition n’ont pu nouer les alliances qui leur auraient permis de contrôler un maximum de bureaux de vote. À cela s’ajoutent les faibles capacités programmatiques des partis. L’un des candidats à la présidence n’a pas hésité à dire qu’il n’était pas nécessaire de disposer d’un programme pour convoiter ce poste. Cyniques ou réalistes, beaucoup de leaders et de partis politiques croient davantage en l’efficacité de la mobilisation clientéliste. D’où la multiplication des promesses démagogiques, et pour ceux qui en ont les moyens, la redistribution à leurs clientèles électorales de nombreux gadgets, tee-shirts ou pagnes à leur effigie, en vue de prouver la crédibilité de leurs engagements de campagne. Sur ce plan, le président Compaoré a été imbattable. La prime au sortant et l’accès aux ressources de l’État dont bénéficie le parti au pouvoir mettent particulièrement en cause l’équité du scrutin. Il est clair que, sans mécanismes efficaces de plafonnement et de contrôle des dépenses électorales et sans financement équitable, les candidats les plus fortunés auront toujours une longueur d’avance.

38

Le président Compaoré et son parti ont la tâche facile face à une opposition divisée. Celle-ci ne pourra pas réaliser l’alternance démocratique sans construire son unité autour d’un programme crédible et d’une stratégie de mobilisation électorale efficace. En attendant, l’élection présidentielle incite l’opposition à la recomposition. L’un des gagnants est sans conteste Bénéwendé Sankara, arrivé en deuxième position. Son parti, l’Unir-MS, va-t-il confirmer ce résultat dans les consultations à venir et s’imposer comme le premier parti de l’opposition ? Maître Sankara semble en tout cas pessimiste quant aux perspectives d’union de l’opposition :

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« La première faiblesse de l’opposition est celle des hommes qui s’en réclament. Beaucoup sont de ceux-là qui combattent le plus violemment des opposants sans être forcément à la solde ni du pouvoir ni de Monsieur Blaise Compaoré. Ils obéissent à leur cruauté, à leur orgueil et à leurs intérêts personnels ; ils ne pensent pas en réalité au peuple burkinabè ; ils pensent à eux-mêmes en suivant leur instinct égoïste. […] Mon obsession est plutôt tournée vers la recherche de l’unité du peuple qui doit mener avec l’Unir-MS le même combat [32][32] L’Observateur-Paalga, 29 novembre 2005, cité dans Bendré,.... »

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Le candidat arrivé troisième, Laurent Bado, n’a jamais caché pour sa part qu’il préférait Blaise Compaoré à certains de ses opposants.

41

Le grand perdant du scrutin est le PDP-PS, dont le candidat a été relégué en sixième position avec 36 346 voix et 1,74 % des suffrages exprimés, alors que ce parti était la première force de l’opposition sous les première et deuxième législatures de Compaoré. Quant à Maître Yaméogo, le leader de l’UNDD, s’il a évité « l’humiliation », il a pris le risque, en boycottant pour la troisième fois consécutive l’élection présidentielle, de passer pour un « poltron ». Il court également le risque d’accentuer sa marginalisation politique, y compris dans son fief du Boulkiemdé que lui disputent le CDP et l’ADF-RDA, son ancienne formation, mais aussi l’Union des républicains démocrates dirigée par son frère cadet Salvador Yaméogo.

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Le plus dur pour le président Compaoré n’aura peut-être pas été d’obtenir la victoire mais de la gérer. Après moult spéculations, il s’est bien gardé de bouleverser l’échiquier politique, comme l’a montré le remaniement ministériel du 6 janvier 2006 qui a suscité quelques déceptions. C’est dans ce contexte que les partis politiques préparent les élections municipales, initialement prévues pour septembre 2005 puis reportées successivement au 12 février, au 12 mars et enfin au 23 avril 2006 [33][33] Ces reports ont été justifiés d’abord par un manque.... À la différence du scrutin présidentiel, les élections municipales risquent en effet d’être fort disputées. Le bilan est en effet peu reluisant pour le parti au pouvoir qui avait la gestion de la quasi-totalité des municipalités, et qui n’a pas bénéficié de l’amélioration de l’image du président Compaoré. D’autre part, les partis d’opposition, s’ils manquent d’envergure nationale, sont plutôt bien implantés dans leurs fiefs respectifs, ainsi que le confirment les scores assez honorables réalisés par la plupart des candidats dans leurs régions d’origine. On comprend dans ces conditions que le CDP ait pris la précaution de manipuler le calendrier électoral, illustrant ainsi l’une de ses tactiques favorites : changer les règles du jeu pour que tout reste pareil.


Annexe

Tableau 1 - Résultats des élections présidentielles du 13 novembre 2005Tableau 1
Sources : L’Observateur-Paalga, n° 6527, 28 novembre 2005 et L’Opinion, n° 425, 30 novembre-6 décembre 2005.
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Les résultats indiquent un écart abyssal entre le score du président sortant, Blaise Compaoré (80,35 %), et celui du second, Bénéwendé Stanislas Sankara (4,88 %). Les scores des autres candidats varient entre 2,60 % et 0,32 %. Le président Compaoré obtient la majorité absolue dans l’ensemble des 45 circonscriptions électorales du pays, confirmant ainsi sa stature nationale. Quant aux candidats malheureux, ils ont en général obtenu leurs meilleurs scores dans leur province d’origine, sans pour autant jamais y bénéficier de la majorité, même relative. Nul n’est donc prophète chez soi, hormis Blaise Compaoré qui obtient 92,74 % des voix dans sa région d’origine (Plateau central). La région de la capitale, la région Centre, se distingue, puisqu’elle donne à B. Compaoré son plus faible score ; c’est également dans la capitale et non dans sa région d’origine que son challenger, B. Sankara, réalise son meilleur score (14,55 %). Cela confirme l’idée selon laquelle la capitale constitue un espace plus politisé et plus contestataire que la province. Il serait cependant erroné d’en déduire que la capitale est acquise à l’opposition : le président sortant y conserve en effet une majorité très confortable (71,64 %).

Tableau 2 - Taux de participation électorale lors des scrutins présidentiels, législatifs et municipaux entre 1991 et 2005Tableau 2
Tableau 3 - Distribution régionale des taux de participation électorale et des taux de bulletins nuls lors du scrutin présidentiel de novembre 2005Tableau 3
Sources (tableaux 2 et 3) : Commission nationale d’organisation des élections (CNOE), Cour suprême et Paul Kiemdé, « Réflexions sur le référendum constitutionnel et les élections présidentielles et législatives de 1991 et 1992 », in R. Otayek, M. Sawadogo et J.-P. Guingane (dir.), Le Burkina entre révolution et démocratie (1983-1993), Paris, Karthala, p. 367. Les données relatives à l’élection présidentielle de novembre 2005 sont issues de la proclamation des résultats par le Conseil constitutionnel (données publiées par les journaux de la place, par exemple Les Cahiers de la présidence du Faso, n° 121, novembre 2005).
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En comparant les taux de bulletins nuls par région et les taux de participation régionaux à l’élection présidentielle, il apparaît que les régions où il y a eu les plus forts taux d’abstention ne sont pas celles où il y a eu les plus forts taux d’invalidité, et vice-versa. C’est même presque l’inverse (voir par exemple les régions des Hauts-Bassins et de Ziniaré). Si le vote nul était une forme d’abstention volontaire, un message politique négatif passé à travers le vote, on en retrouverait le plus grand nombre dans les régions où l’abdication du vote est déjà également la plus forte, ce qui n’est justement pas le cas. On peut dès lors se demander si l’hypothèse de l’incompétence, ou du moins celle de la faible maîtrise du bulletin unique par l’électeur, ne se trouve pas ainsi corroborée.

Le bulletin de l’élection présidentielle du 13 novembre 2005
© Photo : J. Dubus

Notes

[1]

S. Diallo, ministre d’État chargé de l’agriculture, des ressources hydrauliques et halieutiques, est considéré comme le « bras droit » du président Compaoré.

[2]

Décision n° 2005-007/CC/EPF. Le Conseil constitutionnel a rejeté les demandes en annulation de la candidature du président sortant, en soulignant que la révision de la Constitution en 2000, qui a fait passer le mandat présidentiel du septennat au quinquennat et a rétabli la limitation du nombre de mandats, ne pouvait être rétroactive et ne s’appliquait donc pas aux mandats précédents de B. Compaoré.

[3]

Voir le procès-verbal du Conseil constitutionnel, en date du 25 novembre 2005, paru notamment dans L’Observateur-Paalga, n° 6527, 28 novembre 2005 et L’Opinion, n° 425, 30 novembre-6 décembre 2005. Sont mentionnés quelques problèmes d’organisation – ainsi, certains villages de la région de l’Est n’ont pu voter, le matériel électoral n’ayant pu être acheminé à temps – et, par endroits, des pratiques parfois douteuses – des tentatives d’influence, l’installation de bureaux dans des domiciles privés. Mais l’Observatoire indépendant des élections a donné un satisfecit.

[4]

L’Espérance, n° 26, 20 décembre 2005, p. 4.

[5]

Voir la déclaration de politique générale du Premier ministre Ernest Yonli, Le Pays, n° 3588, 24 mars 2006, p. 8.

[6]

Burkina Faso, Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP), Rapport de la 4e conférence de table ronde des bailleurs de fonds du Burkina Faso, Ouagadougou, 4-5 mars 2004, p. 13.

[7]

Les résultats des deux sondages du CGD dirigé par l’auteur du présent article avaient révélé l’écart entre le candidat Compaoré et ses rivaux en matière d’intentions de vote. La plupart des leaders de l’opposition ont préféré dénigrer ces résultats. Il est vrai que c’est la première fois que des sondages étaient réalisés sur la scène politique, suscitant méfiance et scepticisme ; ils ont pourtant été largement confirmés par les résultats du scrutin : en septembre 2005, dans l’enquête nationale, les intentions de vote étaient de 68,7 % pour B. Compaoré, 4,1 % pour B. Sankara et 1,5 % pour L. Bado, à comparer avec les résultats officiels du scrutin, respectivement 80,35 %, 4,88 % et 2,60 %.

[8]

La dernière date d’octobre 2003. Parmi les 16 personnes arrêtées et jugées, 14 étaient des militaires issus pour la plupart du régiment de sécurité présidentielle. Les deux civils étaient un pasteur et le leader d’un parti sankariste (Front des forces sociales), Norbert Tiendrébéogo, qui a depuis été blanchi, puis libéré, après six mois d’emprisonnement.

[9]

Ce dernier a admis « ne nommer aux postes de responsabilité que les magistrats qui lui sont acquis ». Voir L’Événement, n° 58, 25 décembre 2004 et n° 59, 10 janvier 2005, et L’Indépendant, n° 593, 18 janvier 2005.

[10]

Les élections de mai 2002 ont été marquées par le recul du parti au pouvoir, qui doit désormais se contenter de 57 sièges sur 111, contre les 101 députés qu’il comptait dans la législature sortante.

[11]

À la différence de la proportionnelle aux plus forts restes, la méthode de la plus forte moyenne génère des distorsions en faveur des grandes formations : avec ce système, le parti au pouvoir a remporté en 1992 près de 73 % des sièges parlementaires avec environ 48 % des voix, et en 1997, 91 % de sièges avec 69 % des voix.

[12]

Le Conseil de sécurité de l’Onu a mandaté une commission d’enquête internationale qui n’a pas encore exonéré les autorités burkinabè dans cette affaire.

[13]

Interview publiée dans le quotidien français La Croix, 16 décembre 2002.

[14]

Interview accordée au quotidien français Le Parisien, 21 janvier 2003.

[15]

Loi n° 12-2000/AN du 2 mai 2000, modifiée par la loi n° 12-2001/AN du 28 juin 2001 portant financement des activités des partis politiques et des campagnes électorales.

[16]

Selon une déclaration de l’Unir-MS, B. Compaoré aurait ainsi reçu de l’argent des présidents togolais et libyen, entre autres. Cette déclaration a suivi les accusations du quotidien d’État Sidwaya, n° 5550, 16 mars 2006, qui affirmait que Yaméogo avait perçu 650 millions de francs CFA du président ivoirien L. Gbagbo.

[17]

L’Espérance, n° 26, 20 décembre 2005, p. 3 ; L’Observateur-Paalga, n° 6522, 21 novembre 2005.

[18]

Sidwaya Plus, 19-20 novembre 2005.

[19]

Ce choix est symbolique : dans les années 1970, il existait déjà une UNDD, qui représentait les intérêts de Maurice Yaméogo, le père de Hermann, président déchu de ses droits civiques après le coup d’État de 1966. À l’élection présidentielle de 1978, le candidat UNDD avait réussi l’exploit de mettre en ballottage le président sortant Lamizana, dans une Afrique alors en proie au monopartisme.

[20]

Selon certains, ce ralliement fort opportun aurait été encouragé en sous-main par le pouvoir pour que l’ADF-RDA supplante, par le nombre de députés, le groupe parlementaire « radical » PDP-PS, afin que le titre (officiel) de chef de l’opposition revienne ainsi à un « modéré ».

[21]

La composition du gouvernement nommé le 6 janvier 2006 confirme cette interprétation, puisqu’il comprend deux responsables de l’ADF-RDA: Gilbert Ouédraogo, ministre des Transports, et Hippolyte Ouédraogo, ministre délégué à l’Enseignement technique et professionnel.

[22]

San Finna, n° 338, 21-27 novembre 2005, p. 2.

[23]

Ibid.

[24]

Le recensement général de la population et de l’habitat effectué en 1996 avait dénombré près de cinq millions d’électeurs potentiels. On peut donc estimer que ce nombre a dû sensiblement augmenter depuis. Une révision des listes a eu lieu pour le scrutin présidentiel de novembre 2005, qui a permis l’inscription de 921 117 nouveaux électeurs.

[25]

Voir F. Subileau, « L’abstentionnisme : apolitisme ou stratégie ? », in N. Mayer (dir.), Les Modèles explicatifs du vote, Paris, L’Harmattan, 1997, p. 245 et suivantes.

[26]

Voir la déclaration de l’Aneb publiée dans San Finna, n° 337, 14-20 novembre 2005. Voir la contribution de J. Mazzocchetti dans ce numéro.

[27]

D’où leur recours à des modes non conventionnels d’expression politique (marches, meetings, sit-in, grèves, voire déprédations sur les biens publics), considérés par le pouvoir comme des troubles de l’ordre public.

[28]

Sur l’élection à Koudougou, voir la contribution de M. Hilgers dans ce numéro.

[29]

L’Observateur-Paalga, n°6527, 28 novembre 2005 ; L’Opinion, n° 425, 30 novembre-6 décembre 2005.

[30]

L’indicateur de la province du Kadiogo (dont les limites administratives correspondent à peu près à celles de la région Centre), était de 0,613 selon un rapport publié par le Pnud en 1998, alors que celui de la province du Houet, classée deuxième, était de 0,356 (Pnud, Burkina Faso. Rapport national sur le développement humain, Ouagadougou, 1998, p. 235).

[31]

Il n’y a pas d’indicateur unique pour cette région, mais les provinces qui la composent se situent en général dans le deuxième tiers supérieur du classement des différentes provinces en matière d’éducation.

[32]

L’Observateur-Paalga, 29 novembre 2005, cité dans Bendré, n° 368, 5 décembre 2005, p. 10.

[33]

Ces reports ont été justifiés d’abord par un manque de ressources financières, puis par le manque de préparation de la Ceni et des partis politiques, et enfin par la nécessité de valider un arrêté du président de la Ceni, jugé illégal par le Conseil constitutionnel en février 2006.

Résumé

Français

Le 13 novembre 2005, Blaise Compaoré remportait sa troisième élection présidentielle consécutive, avec plus de 80 % des suffrages. Ce plébiscite est pourtant paradoxal, compte tenu de la forte mobilisation contre le régime de la fin des années 1990 et du mécontentement persistant de la population. Il s’explique par la puissance de la machine clientéliste du parti au pouvoir, la popularité reconquise par le président à l’occasion de la crise ivoirienne et la faiblesse entretenue de l’opposition. Mais la faiblesse de la participation témoigne de la désaffection de l’électorat au moins autant que de son incompétence politique.

English

The presidential election of the 13th of November, 2005. A plebiscit by defaultOn 13 November 2005, Blaise Compaoré was elected president for the third time in a row, with 80 % of votes countrywide. This fine score is paradoxical given significant opposition to the Compaoré régime in the late 1990s and ongoing dissatisfaction on the part of the population at large. It is best understood in terms of the ruling party’s powerful clientelist machine, the president’s newfound popularity in the face of the Ivoirian crisis, and the opposition’s state-sponsored weakness. Widespread disinterest in the formal political life of the country is due as much (if not more) to disaffection on the part of the electorate as to a lack of political sophistication.

Plan de l'article

  1. Le bilan en demi-teinte du président sortant
    1. Le Burkina Faso entre performances macro-économiques et pauvreté
    2. Le Burkina Faso entre stabilité politique et façade démocratique
    3. L’image externe trouble du régime Compaoré
  2. Les atouts indiscutables du président sortant
    1. Compaoré, « héros national » ?
    2. L’incomparable capacité redistributive du président Compaoré
    3. L’émiettement de l’opposition : la main invisible de Compaoré ?
  3. Un plébiscite en trompe-l’œil : l’électeur burkinabè entre abstention et incompétence
    1. La faiblesse de la participation électorale
    2. Des électeurs incompétents ?

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