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2012/3 (n° 99)


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Présentation

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Initialement publié dans l’Annual Review of Sociology en 2000 [1][1] Référence originale : Benford (R. D.), Snow (D. A.),..., cet article de Robert D. Benford et David A. Snow (traduit ici par Nathalie Miriam Plouchard [2][2] Une note de la traductrice précise, en fin de texte,...) propose une vaste synthèse de la littérature consacrée à l’étude des cadres et des opérations de cadrage dans l’analyse des mouvements sociaux. Plus d’une décennie auparavant, dans un article séminal publié en 1986 [3][3] Snow (D. A.), Rochford (E. B.), Worden (S. K.), Benford..., D. Snow et son équipe amorçaient en effet un « tournant cognitif » dans la sociologie des mouvements sociaux, jusqu’alors focalisée sur la question des ressources et des conditions matérielles de la protestation. En empruntant à Erving Goffman le concept de « cadre », ils plaçaient au centre de l’analyse la question des perceptions de l’injustice et des constructions du sens de l’action collective. Quinze ans plus tard, les cadres et le cadrage sont devenus des outils clefs dans l’analyse des mouvements sociaux. Ils ont donné lieu à une importante production scientifique. L’article traduit ici se propose d’en dresser un bilan ordonné et de systématiser le vocabulaire conceptuel qui en relève. Il constitue ce faisant une référence importante pour ceux qui s’intéressent aux mouvements sociaux et à l’analyse des cadres.

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Robert D. Benford a soutenu une thèse de sociologie en 1987 à l’Université du Texas à Austin, où il travaille avec D. Snow et participe à la publication de l’article fondateur de 1986. Il est aujourd’hui professeur de sociologie à l’Université de South Florida à Tampa. Ses travaux portent sur les mouvements sociaux et notamment sur les mouvements de défense de l’environnement et sur les mobilisations contre les armes nucléaires.

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David A. Snow est Distinguished Professor de sociologie à l’Université de Californie, Irvine. Ses travaux portent sur l’action collective et la sociologie des mouvements sociaux dont il constitue l’une des principales figures outre-Atlantique. Il a notamment étudié la marginalité sociale et économique en contexte urbain. Il a présidé la Society for the Study of Symbolic Interaction et est actuellement vice-président de l’American Sociological Association.

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Le concept de cadre occupe désormais une place importante dans les sciences sociales. Que ce soit dans un but descriptif ou analytique, ce concept – ainsi que celui, plus fluide, de processus de cadrage – est souvent mentionné en psychologie, en particulier en psychologie cognitive [4][4] Bateson (G.), Steps to an Ecology of the Mind, New..., en linguistique et dans l’analyse de discours [5][5] Tannen (D.), ed., Framing in Discourse, New York, Oxford..., en sciences de la communication et des médias [6][6] Pan (Z.), Kosicki (G. M.), « Framing Analysis: An Approach..., de même qu’en science politique et dans les études des politiques publiques [7][7] Schon (D. A.), Rein (M.), Frame Reflection: Toward.... Mais c’est surtout en sociologie que l’analyse et l’étude empirique de ce concept et des processus apparentés ont été les plus poussées, sans doute en raison de l’influence de l’ouvrage d’Erving Goffman [8][8] Goffman (E.), Frame Analysis: An Essay on the Organization... sur le sujet.

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En sociologie, le concept de cadrage a été appliqué à d’abondants travaux sur les mouvements sociaux et l’action collective. L’intérêt que suscitent les processus de cadrage a contribué à l’enrichissement des connaissances théoriques et empiriques sur les mécanismes qui sous-tendent les mouvements sociaux. Cette tendance est attestée (a) par des ouvrages récents qui rassemblent des textes présentés lors de conférences sur les mouvements sociaux [9][9] Johnston (H.), Klandermans (B.), eds, Social Movements... ; (b) par l’impressionnante multiplication d’articles, de chapitres et de textes sur le lien entre cadrage et mouvements sociaux depuis le milieu des années 1980. On compte en effet une seule référence en 1986 dans Sociological Abstracts mais quarante-trois en 1998 – sachant que presque deux tiers des références recensées sur cette période, soit deux cent cinquante environ, ont été effectuées à partir de 1994 ; (c) par la multiplication tout aussi importante des citations des trois articles fondamentaux autour du concept de cadrage et des mouvements sociaux [10][10] Snow (D. A.), Rochford (E. B.), Worden (S. K.), Benford.... On dénombre en effet sept citations en 1990 mais cent six en 1998 – sachant que, sur plus de cinq cents citations, plus de deux cent cinquante ont été effectuées après 1995 ; et (d) par diverses critiques qui se sont récemment centrées sur certains aspects conceptuels de la littérature scientifique sur le cadrage des mouvements sociaux [11][11] Benford (R. D.), « An Insider’s Critique of the Social... ou sur la relation entre les cadres et d’autres perspectives [12][12] Goodwin (J.), Jasper (J. M.), « Caught in a Winding,.... Force est de constater, depuis une quinzaine d’années, le foisonnement de travaux sur les cadres de l’action collective et les processus de cadrage à l’œuvre dans les mouvements sociaux, tant et si bien que ces processus – au même titre que la mobilisation des ressources et les opportunités politiques – sont désormais considérés comme essentiels à la compréhension des mouvements sociaux.

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Cet article vise à dresser le bilan de cette littérature en plein essor en lui adressant deux questions générales. Premièrement, peut-elle être consolidée ou ordonnée dans une perspective un tant soit peu cohérente ? Comment élaborer une telle perspective, à partir de divers pans de cette littérature, pour affiner notre compréhension de la relation entre processus de cadrage et fonctionnement des mouvements sociaux ? Deuxièmement, cette perspective améliore-t-elle notre compréhension des mouvements sociaux en mettant en lumière des dynamiques que d’autres approches auraient sous-estimées ou purement et simplement ignorées ? En somme, quelle est l’utilité de cette littérature pour la compréhension des processus qui sont au principe des mouvements sociaux, en particulier leur genèse, leur diffusion et la fonction des idées et des significations dans une mobilisation ou une contre-mobilisation ? Nous abordons ces questions sous l’angle des concepts et des théories qu’elles ont permis de développer et à travers une sélection de travaux auxquels nous nous intéressons tout particulièrement. Nous articulons cette étude autour de quatre grands axes fondamentaux que les questions précédemment évoquées imposent à la fois de déployer et de synthétiser : conceptualiser la notion de cadre de l’action collective et en décrire les caractéristiques ; identifier les processus de cadrage qui relèvent de la genèse, de l’élaboration et de la diffusion de ces cadres ; préciser les différents facteurs liés au contexte socioculturel qui contraignent et/ou facilitent les processus de cadrage ; détailler les conséquences ou les implications de ces processus sur d’autres processus des mouvements sociaux ou sur leur dénouement. Nous cherchons ponctuellement aussi à expliciter les liens entre les processus de cadrage et d’autres concepts relatifs aux mouvements sociaux, en particulier la notion d’idéologie. En nous appuyant sur la littérature sur les cadres de l’action collective et en évaluant en quoi elle éclaire ces différents points, nous esquissons des réponses aux deux questions générales évoquées précédemment.

Les cadres de l’action collective

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Le travail de construction de sens, encore largement ignoré par la littérature sur les mouvements sociaux jusqu’au milieu des années 1980, constitue le point problématique central pour les chercheurs s’intéressant aux processus de cadrage. Un tel travail consiste à produire et à définir le sens des idées destinées à mobiliser ou à contre-mobiliser [13][13] Même si, historiquement, la littérature sur les mouvements.... Ces chercheurs n’envisagent pas les mouvements sociaux simplement comme porteurs d’idées et de significations disponibles qui refléteraient des arrangements structurels, des événements imprévus ou des idéologies existantes [14][14] Au vu des récents travaux sur le lien entre culture.... Au contraire, les acteurs des mouvements sociaux sont considérés comme des agents signifiants activement engagés dans des activités de production et de reconduction du sens auprès des autres membres, des adversaires, ainsi que de leurs auditoires ou des observateurs [15][15] Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Ideology, Frame Resonance,.... Comme les médias, les autorités locales et l’État, ils sont intimement impliqués dans ce qui a été appelé une « politique de la signification [16][16] Hall (S.), « The Rediscovery of Ideology: Return to... ».

Le cadrage comme construction de sens

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Les spécialistes des mouvements sociaux conceptualisent ce travail de signification et de construction du sens par le biais du verbe « cadrer [17][17] Gamson (W. A.), Fireman (B.), Rytina (S.), Encounters... ». Ce phénomène actif et processuel de construction de la réalité implique une « capacité d’agir » (agency) et une dimension conflictuelle. Ce phénomène est actif en ce que quelque chose est effectué et processuel au sens où il s’agit d’un processus dynamique et évolutif. Ce phénomène implique une capacité d’agir dans la mesure où ce qui évolue reflète bien le travail des organisations de mouvement social et de leurs militants. Il est conflictuel dans la mesure où il engendre des cadres interprétatifs qui diffèrent non seulement des cadres existants, mais qui remettent aussi en cause ces derniers. On appelle « cadres de l’action collective » les produits de cette activité de cadrage.

Caractéristiques des cadres de l’action collective

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Le concept de cadre, tel qu’il est utilisé dans l’étude des mouvements sociaux, est essentiellement inspiré du travail d’E. Goffman [18][18] Goffman (E.), Frame Analysis…, op. cit.. Selon ce dernier, les cadres correspondent à des « schèmes d’interprétation » qui permettent aux individus de « localiser, percevoir, identifier et étiqueter [19][19] Ibid., p. 21. » des situations au cours de leur vie et dans le monde en général. Les cadres permettent de donner du sens à des événements et à des situations, organisant ainsi l’expérience et orientant l’action. Les cadres de l’action collective remplissent également cette fonction interprétative en simplifiant et en condensant des aspects du « monde externe », mais « de manière à mobiliser des adhérents et membres potentiels, à obtenir le soutien de leurs auditoires et à démobiliser des adversaires [20][20] Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Ideology, Frame Resonance,... ». Aussi les cadres de l’action collective sont-ils des ensembles de croyances et de significations, orientés vers l’action, qui inspirent et légitiment les activités et les campagnes des organisations de mouvement social.

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Certains spécialistes [21][21] Par exemple : Johnston (H.), « A Methodology for Frame... ont tendance à considérer les cadres de l’action de la même manière qu’ils considèrent certains concepts empruntés à la psychologie, tels que celui de « schème », ignorant ainsi le caractère interactif et constructionniste des processus de cadrage des mouvements sociaux. Un élément crucial dans la distinction entre, d’une part, les cadres de l’action collective et, d’autre part, les schèmes et autres concepts apparentés réside dans le fait que « les cadres de l’action collective ne se réduisent pas à un agrégat d’attitudes et de perceptions individuelles mais sont aussi l’aboutissement de la négociation d’un sens partagé [22][22] Gamson (W. A.), Talking Politics, New York, Cambridge... » [23][23] Plus concrètement, on peut exprimer la distinction....

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Les cadres de l’action collective se définissent par deux faisceaux de caractéristiques : le premier concerne leur fonction, orientée vers l’action – les « opérations essentielles de cadrage » (core framing tasks) d’une organisation de mouvement social [24][24] Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Ideology, Frame Resonance,... ; le second se réfère aux processus interactifs et discursifs qui ont trait à ces opérations essentielles de cadrage et qui engendrent ainsi des cadres de l’action collective [25][25] Gamson (W. A.), Talking Politics, op. cit. ; Snow (D..... Nous examinerons les processus discursifs ultérieurement, lorsque nous aborderons la question plus générale des processus et des dynamiques de cadrage.

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Opérations essentielles de cadrage. – Les cadres de l’action collective se construisent lorsque les adhérents définissent une condition ou une situation comme problématique et devant être changée, lorsqu’ils en attribuent la responsabilité à quelqu’un ou à quelque chose, et lorsqu’ils proposent un ensemble d’alternatives et exhortent d’autres individus à participer au changement. Dans le prolongement de John Wilson [26][26] Wilson (J.), Introduction to Social Movements, New..., selon qui l’idéologie se compose de trois éléments, David A. Snow et Robert D. Benford [27][27] Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Ideology, Frame Resonance,... se réfèrent à trois opérations essentielles de cadrage : le « cadrage de diagnostic » (diagnostic framing) (identification et attribution des problèmes), le « cadrage de pronostic » (prognostic framing) et le « cadrage motivationnel » (motivational framing). Lorsqu’ils accomplissent ces opérations essentielles de cadrage, les acteurs des mouvements sociaux se confrontent aux problèmes consistant à mobiliser du consensus et à mobiliser de l’action [28][28] Klandermans (B.), « Mobilization and Participation:.... En clair, tandis que le premier favorise ou facilite l’accord, le second favorise l’action, poussant les spectateurs à devenir des acteurs.

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Jusqu’à présent, les spécialistes se sont attachés, sur le plan empirique, à identifier et analyser les différents types de cadrages de diagnostic, de pronostic et de mobilisation de l’action, construits par certains mouvements et leurs organisations [29][29] Par exemple : Benford (R. D.), « “You Could Be the.... En ce qui concerne le cadrage de diagnostic, plusieurs études de cas se sont concentrées sur ce que William A. Gamson et ses collègues [30][30] Gamson (W. A.), Fireman (B.), Rytina (S.), Encounters... appellent les « cadres d’injustice [31][31] Anheier (H. K.), Neidhardt (F.), Vorkamp (W.), « Movement... ». Bon nombre d’études attirent l’attention sur les manières dont les mouvements identifient les « victimes » d’une certaine injustice et amplifient leur victimisation [32][32] Benford (R. D.), Hunt (S. A.), « Dramaturgy and Social.... Dans l’ensemble, ces études abondent dans le sens de W. A. Gamson et ses collègues [33][33] Gamson (W. A.), Fireman (B.), Rytina (S.), Encounters... qui conçoivent initialement les cadres d’injustice comme un mode d’interprétation – préliminaire à une désobéissance collective, à une protestation ou à une rébellion – produit par des acteurs qui définissent comme injustes les actions d’une autorité. Ces études démontrent clairement, et sur des bases empiriques, que ces cadres d’injustice se retrouvent dans divers types de mouvements sociaux. Cependant, l’affirmation plus radicale de W. A. Gamson, selon laquelle tous les « cadres de l’action collective sont des cadres d’injustice[34][34] Gamson (W. A.), « The Social Psychology of Collective... » est peu étayée théoriquement et empiriquement. Il en va de même pour l’affirmation moins ambitieuse selon laquelle tous les cadres de l’action collective comportent un élément d’injustice [35][35] Gamson (W. A.), Talking Politics, op. cit.. Par exemple, dans le cas de nombreux mouvements religieux, d’autosupport et identitaires, l’idée qu’un cadre de l’action collective inclurait nécessairement la dénonciation d’une injustice est en effet discutable. Néanmoins, il semble que les mouvements préconisant un changement politique et/ou économique comportent généralement des cadres d’injustice.

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Puisque les mouvements sociaux cherchent à modifier une situation problématique, la cible de leur action dépend de l’identification de cause(s) et de coupable(s). Cette composante attributionnelle du cadrage de diagnostic concerne l’identification d’une faute ou d’une responsabilité. Un accord sur la nature du problème n’aboutit cependant pas automatiquement à un consensus sur la cause du problème. Il est fréquent que des controverses sur ce point éclatent entre les différentes organisations de mouvement social ou au sein de celles-ci. Dans son étude sur le mouvement pour le désarmement nucléaire des années 1980, R. D. Benford [36][36] Benford (R. D.), « An Insider’s Critique of the Social... a affirmé que cette composante attributionnelle des cadres de l’action collective était souvent source d’amers conflits au sein des mouvements. Les groupes pacifistes étaient en effet divisés sur la question de l’attribution de « la cause la plus saillante de la menace nucléaire ». Fallait-il l’imputer à un déclin général de la morale, à des développements technologiques effrénés, à l’industrie de la défense, au capitalisme, à une structure géopolitique dépassée, aux États-Unis et/ou à l’Union soviétique [37][37] Benford (R. D.), « An Insider’s Critique of the Social... ?

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Nombre de spécialistes ont évidemment constaté l’importance de tels processus d’attribution dans l’action collective bien avant l’émergence de la framing perspective des mouvements sociaux [38][38] Ferree (M. M.), Miller (F. D.), « Mobilization and.... Plus récemment, les théoriciens des mouvements sociaux ont attiré l’attention sur les manières dont les militants déploient un « cadrage de frontières [39][39] Hunt (S. A.), Benford (R. D.), Snow (D. A.), « Identity... » (boundary framing) et un « cadrage qui définit les adversaires [40][40] Gamson (W. A.), « Constructing Social Protest », in... » (adversarial framing) – deux processus attributionnels connexes qui cherchent à délimiter les frontières entre le « bien » et le « mal » ainsi qu’à identifier les protagonistes et les antagonistes du mouvement. Ces cadrages antagonistes du mouvement ne sont pas toujours effectifs, comme l’illustre une récente étude comparative menée par Bert Klandermans et ses collègues [41][41] Klandermans (B.), De Weerd (M.), Sabucedo (J. M.),... sur les mobilisations d’agriculteurs aux Pays-Bas et en Espagne. Ils ont constaté que de nombreux agriculteurs, que des militants cherchaient à mobiliser, ne savaient pas qui tenir pour responsable de leurs griefs. Il existait une dissonance entre les composantes cognitives et affectives des cadres antagonistes de ces agriculteurs. Bien que, selon eux, l’Union européenne soit responsable, leur colère était dirigée contre le gouvernement néerlandais ou contre la politique en général.

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La seconde opération essentielle du cadrage, le cadrage de pronostic, implique que soit proposée une solution au problème, ou du moins un plan d’attaque, ainsi que des stratégies permettant de mener à bien ce plan. En somme, il aborde la question du « que faire ? » ainsi que les problèmes de construction du consensus et de l’action. Bien que cette question reste empirique, des études suggèrent que le cadrage de diagnostic d’une organisation de mouvement social tend à correspondre à son cadrage de pronostic [42][42] Benford (R. D.), « An Insider’s Critique of the Social.... Autrement dit, l’identification de problèmes et de causes spécifiques tend à restreindre le champ des possibles en termes de solutions et de stratégies « raisonnables ».

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Des études ont identifié d’autres contraintes pesant sur les cadrages de pronostic. Comme pour d’autres activités de cadrage, il est important de rappeler que le cadrage de pronostic s’effectue dans une arène multi-organisationnelle [43][43] Evans (J. H.), « Multi-Organizational Fields and Social... qui comprend les différentes organisations formant l’économie d’un mouvement social, leurs opposants, des cibles d’influence, des médias et les auditoires auxquels ils s’adressent. Aussi n’est-il guère surprenant que l’activité de cadrage de pronostic d’une organisation de mouvement social implique typiquement de réfuter la logique ou l’efficacité des solutions préconisées par ses opposants et de justifier ses propres solutions. Nous discuterons ultérieurement plus en détail de cette dernière opération, qui a été appelée « contre-cadrage [44][44] Benford (R. D.), Framing Activity, Meaning, and Social... » (counterframing). Il est important de souligner que cette activité de contre-cadrage peut affecter les cadrages d’un mouvement, d’une part, parce que les militants sont de ce fait sur la défensive, ne serait-ce que temporairement, et, d’autre part, parce qu’elle pousse le mouvement à élaborer des solutions et des stratégies plus claires. Dans le cas du mouvement démocratique chinois (en 1989), par exemple, des étudiants ont, à juste titre, anticipé le fait que l’État définirait le mouvement étudiant comme une « contre-révolution », une « agitation » et une « perturbation ». Pour parer à ces contre-cadrages, les étudiants ont pris soin de façonner et d’articuler les objectifs réformistes et ont mobilisé un répertoire tactique en adéquation avec les narrations traditionnelles chinoises valorisant la dévotion communautaire et le sacrifice [45][45] Zuo (J.), Benford (R. D.), « Mobilization Processes....

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Des études de cas ont révélé que les organisations de mouvement social se différencient les unes des autres principalement par les solutions et les stratégies qu’elles proposent. Dans une étude du mouvement américain pour l’abolition de la peine de mort, Herbert H. Haines [46][46] Haines (H. H.), Against Capital Punishment: The Anti-Death... a constaté que le mouvement a fini par se cristalliser autour de deux pôles : les abolitionnistes et les contestataires. Les premiers défendaient l’abolition de la peine capitale, tandis que les seconds se concentraient sur « l’opération plus modeste consistant à sauver les vies de chacun de leurs clients plutôt que de sauver la classe qu’ils formaient [47][47] Haines (H. H.), Against Capital Punishment…, op. cit.,... ». Bien que ces deux factions continuent d’interagir, puisqu’elles reconnaissent mutuellement leur caractère indispensable, elles diffèrent quant à leurs cadrages des objectifs de l’action et aux techniques qu’elles prônent et utilisent.

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La dernière opération essentielle de cadrage, le cadrage motivationnel, constitue un « appel aux armes » et offre des raisons de s’engager dans une action collective. Elle passe entre autres par la construction de « vocabulaires de motifs » (vocabularies of motive) adéquats. Cette opération de cadrage implique essentiellement de développer ce que W. A. Gamson [48][48] Gamson (W. A.), « Constructing Social Protest », art.... appelle la composante « agency » des cadres de l’action collective. Dans une étude sur le mouvement pour le désarmement nucléaire aux États-Unis, R. D. Benford [49][49] Benford (R. D.), « “You Could Be the Hundredth Monkey”…... s’est intéressé à la question de l’agency en identifiant quatre vocabulaires de motifs qui apparaissent au cours de l’interaction entre militants, partisans, recrues et tiers : vocabulaires de la gravité, de l’urgence, de l’efficacité et de la justesse [50][50] La notion de justesse (propriety) s’apparente à l’idée.... Ces vocabulaires socialement construits proposaient aux adhérents des justifications convaincantes pour s’engager dans l’action collective et pour maintenir leur participation. Adoptés et combinés en fonction de leur saillance relative pour les participants, ces quatre vocabulaires de motifs se contredisaient plus qu’ils ne se complétaient. Paradoxalement, les cadrages des militants amplifiant la gravité et l’urgence de la menace nucléaire ont contribué à en minimiser l’efficacité aux yeux de ceux qui utilisent les cadres (frame articulators). Toutefois, les militants ont surmonté ce problème en développant un vocabulaire de la justesse ou du devoir. Des recherches complémentaires sont nécessaires pour préciser les conditions qui affectent la construction et l’adoption de différents vocabulaires de motifs, ainsi que pour évaluer leur impact sur la participation aux mouvements sociaux, sur les processus d’identification collective et sur d’autres activités de cadrage du mouvement.

Variabilité des cadres de l’action collective

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S’ils se sont concentrés, au niveau conceptuel et empirique, sur les caractéristiques communes aux cadres de l’action collective, les spécialistes des mouvements sociaux en ont également souligné la variabilité, notamment s’agissant des problèmes identifiés, de leur flexibilité et de leur rigidité, de leur caractère inclusif ou exclusif, de leur portée interprétative et de leur influence ainsi que de leur degré de résonance.

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Identification et attribution du problème. – Les variables les plus évidentes des cadres de l’action collective se rapportent à la nature des problèmes abordés ainsi qu’à l’orientation de l’attribution qui en découle. Force est de constater que la plupart des travaux sur le lien entre cadrage et mouvements sociaux s’est concentrée sur cette variable, produisant ainsi une longue liste de types de cadres de l’action collective [51][51] Benford (R. D.), « An Insider’s Critique of the Social.... L’utilité de cette identification est indiscutable. Il apparaît cependant que cette perspective n’a pas contribué à l’accumulation escomptée de connaissances sur les dynamiques de cadrage des mouvements sociaux.

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Quelques travaux comparatifs se sont intéressés à la manière dont variaient les processus d’identification et l’attribution des problèmes selon les différents mouvements sociaux, les organisations et les époques [52][52] Par exemple : Benford (R. D.), Valadez (D. L.), « From.... Jürgen Gerhards et Dieter Rucht [53][53] Gerhards (J.), Rucht (D.), « Mesomobilization… », art.... ont par exemple mis en évidence les différences entre deux campagnes de mobilisation ouest-allemandes dans les années 1980 quant au nombre de problèmes identifiés par les militants. Ils ont émis l’hypothèse selon laquelle « plus nombreux étaient les problèmes couverts par un cadre, plus large était le spectre des groupes sociaux susceptibles d’être concernés par ce cadre et plus important était le potentiel de mobilisation de ce cadre [54][54] Ibid., p. 580. ». Ils ont précisé que cette hypothèse ne serait valable que dans la mesure où les différents problèmes couverts par un cadre pourraient être « articulés entre eux de manière plausible ».

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Flexibilité et rigidité, inclusion et exclusion. – Les cadres de l’action collective varient selon qu’ils sont relativement exclusifs, rigides, inélastiques et restrictifs ou au contraire qu’ils sont relativement inclusifs, ouverts, élastiques et élaborés. Plus ils intègrent et articulent de nombreux thèmes ou idées, plus ils sont élaborés. En théorie, les cadres de l’action collective sont d’autant plus inclusifs et flexibles qu’ils sont susceptibles de fonctionner comme – ou d’évoluer vers – des « cadres cardinaux » (master frames).

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Portée interprétative et influence variables. – La portée des cadres de l’action collective associés à la plupart des mouvements se limite aux intérêts d’un groupe donné ou d’un ensemble de problèmes qui lui sont attachés. Cependant, certains cadres de l’action collective ont une portée plus vaste, en ce qu’ils fonctionnent en quelque sorte comme un algorithme cardinal qui teinte et contraint les orientations et les activités d’autres mouvements. Nous avons appelé ces cadres génériques des « cadres cardinaux », par opposition aux cadres de l’action collective plus communs, qui sont spécifiquement associés à un mouvement et qui peuvent dériver d’un cadre cardinal [55][55] Snow (D. A), Benford (R. D.), « Master Frames and Cycles.... Cette conceptualisation des cadres cardinaux se distingue aussi d’un autre usage commun du terme, celui de cadre général, central ou primaire d’une organisation de mouvement social [56][56] Gerhards (J.), Rucht (D.), « Mesomobilization… », art..... Les termes de « cadre organisationnel [57][57] Evans (J. H.), « Multi-Organizational Fields and Social... » (organizational frame) et de cadre spécifique à un mouvement sont plus aptes à nommer ce type de cadre d’action collective. Le simple fait qu’une certaine organisation développe un cadre primaire qui contribue au succès d’une mobilisation ne signifie pas que ce cadre soit également utile pour d’autres mouvements ou d’autres organisations. Seuls quelques cadres d’action collective ont été identifiés comme étant suffisamment importants en termes de portée interprétative, d’inclusion, de flexibilité et de résonance culturelle pour fonctionner comme des cadres cardinaux. On peut citer, par exemple, le cadre des droits [58][58] Valocchi (S.), « The Emergence of the Integrationist..., le cadre de l’autonomie du choix [59][59] Davies (S.), « From Moral Duty to Cultural Rights:..., le cadre d’injustice [60][60] Carroll (W. K.), Ratner (R. S.), « Master Frames and..., le cadre de la justice environnementale [61][61] Cable (S.), Shriver (T.), « Production and Extrapolation..., le cadre du pluralisme culturel [62][62] Berbrier (M.), « “Half the Battle”… », art. cit. ;..., le cadre du terrorisme sexuel [63][63] Jenness (V.), Broad (K. L.), « Antiviolence Activism..., le cadre de l’opposition [64][64] Blum-Kulka (S.), Liebes (T.), « Frame Ambiguities:..., le cadre de l’hégémonie [65][65] Blum-Kulka (S.), Liebes (T.), « Frame Ambiguities…... et le cadre du « retour à la démocratie [66][66] Noonan (R. K.), « Women Against the State: Political... ». Le travail de Rita K. Noonan sur la mobilisation des femmes chiliennes contre l’État illustre combien la flexibilité et le caractère inclusif influent sur le potentiel mobilisateur des cadres cardinaux ainsi que sur leur relation à d’autres mouvements sociaux. Elle a par exemple constaté que dans les années 1980, alors que le cadre cardinal de la gauche des années 1950 et 1960 n’était plus aussi robuste parce qu’il se concentrait exclusivement sur des questions ouvrières, l’émergence et le développement d’un nouveau cadre cardinal du « retour à la démocratie » se sont fondés sur l’inclusion de cadres spécifiquement liés à des mouvements comme le féminisme. Ces observations montrent que les cadres cardinaux peuvent en effet être plus ou moins inclusifs et flexibles. Leur portée interprétative est donc plus ou moins importante. Les cadres cardinaux, parce qu’ils sont ainsi variables, influent sur la mobilisation de certains groupes qui se sentent lésés. Selon William J. Swart, les cadres qui ont été adoptés par deux mouvements distincts ou plus, et qui fonctionnent dès lors comme des cadres cardinaux, n’existent pas seulement du fait des qualités précédemment mentionnées mais aussi parce qu’ils « entrent culturellement en résonance avec leur milieu historique [67][67] Swart (W. J.), « The League of Nations and the Irish... ».

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Résonance. – La quatrième variable principale des cadres d’action collective correspond à leur degré de résonance. Le concept de résonance relève de la question de l’efficacité ou du potentiel mobilisateur des cadrages disponibles. Il pose ainsi la question : pourquoi certains cadrages, plutôt que d’autres, semblent-ils être efficaces ou « entrer en résonance [68][68] Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Ideology, Frame Resonance,... » ? La variabilité en termes de résonance de cadres peut être expliquée par deux ensembles de facteurs interdépendants : la crédibilité du cadre disponible et sa saillance relative.

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La crédibilité de tout cadre repose sur trois facteurs : la cohérence du cadre, sa plausibilité empirique et la crédibilité de ceux qui l’utilisent, autrement dit des revendicateurs. La cohérence d’un cadre renvoie à la congruence des différentes croyances, revendications et actions, telles qu’elles sont articulées au sein d’une organisation. Son incohérence peut par conséquent se manifester de deux manières : lorsqu’il existe des contradictions apparentes entre les croyances ou les revendications ; et lorsqu’on peut percevoir des contradictions entre les cadrages et les actions tactiques (autrement dit, lorsqu’il existe des décalages entre ce qu’une organisation dit et ce qu’elle fait). En théorie, le ou les cadre(s) disponible(s) sont d’autant moins résonants et la mobilisation est d’autant plus problématique que ces contradictions se manifestent fortement. Les recherches sur la résonance entre cadres sont à ce jour encore éparses, même si l’on peut trouver certaines allusions à cela dans la littérature scientifique. D’après Jiping Zuo et R. D. Benford [69][69] Zuo (J.), Benford (R. D.), « Mobilization Processes..., l’un des facteurs de la mobilisation soudaine et massive de citoyens ordinaires chinois en 1989 était la cohérence, ou du moins ce qui était perçu comme tel, entre ce que les étudiants affirmaient dans leurs cadrages publics et leur comportement sur la place de Tian’anmen. Cette cohérence contrastait avec les incohérences manifestes des élites étatiques entre ce qu’elles clamaient et les politiques publiques qu’elles menaient. Dans une étude d’Operation Rescue (une organisation américaine pour les « droits contre l’avortement »), Victoria L. Johnson [70][70] Johnson (V. L.), « Operation Rescue, Vocabularies of... a constaté que les contradictions entre, d’une part, l’attachement de ce groupe au principe d’une action directe non violente, et, d’autre part, la réalité de leurs actions, qui enfreignent leurs préceptes philosophiques de non-violence, ont limité les possibilités d’élargissement des soutiens.

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Un deuxième facteur qui affecte la résonance est lié à la plausibilité empirique d’un cadre. Celle-ci renvoie à l’apparente correspondance entre les cadres et les événements du monde. L’important n’est pas tant que les diagnostics ou les pronostics soient effectivement ancrés dans les faits ou soient valides. Il s’agit plutôt de savoir si leurs référents empiriques peuvent « réellement » étayer ces affirmations [71][71] Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Ideology, Frame Resonance,.... Les revendications peuvent-elles être vérifiées empiriquement ? Y a-t-il des preuves tangibles qui permettent de confirmer les revendications qu’implique le cadrage ? En théorie, le cadrage est d’autant plus crédible et attractif que les preuves mises en avant sont culturellement acceptables et nombreuses. Ce qui importe ici n’est pas tant que le lien mis en avant soit crédible en général mais qu’il soit plausible pour un certain segment des adhérents effectifs ou potentiels. Le cas du « culte » Heaven’s Gate fournit ici un excellent exemple. Les membres de ce culte ont commis un suicide collectif parce qu’ils croyaient que la queue d’une comète était en fait un vaisseau spatial qui les conduirait au paradis [72][72] Maniscalco (M. L.), « Cult Spiri and Virtual Vertigo:.... Dans le cas du mouvement démocratique chinois, dont l’assise est plus large, les étudiants militants étaient en mesure de présenter les réformes politiques de l’Union soviétique de Mikhaïl Gorbatchev comme preuve que des réformes similaires étaient possibles en Chine [73][73] Zuo (J.), Benford (R. D.), « Mobilization Processes.... Ces exemples étayent certes suffisamment l’affirmation de James M. Jasper et Jane D. Poulsen selon laquelle « la crédibilité empirique émane du croyant [74][74] Jasper (J. M.), Poulsen (J. D.), « Recruiting Strangers... ». Les difficultés rencontrées par certains mouvements qui peinent à étendre leur assise sont sans doute dues en partie au fait qu’ils ne parviennent pas à rendre empiriquement crédibles leurs cadrages au-delà d’un petit nombre de personnes.

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Le dernier facteur qui affecte la plausibilité d’un cadre d’action collective est lié à la crédibilité de ceux qui l’utilisent. C’est un fait établi en psychologie sociale de la communication qu’un orateur est généralement d’autant plus persuasif qu’il est considéré comme crédible [75][75] Hovland (C.), Weiss (W.), « The Influence of Source.... On a constaté que la force de persuasion d’un orateur varie en fonction de son statut et de ses connaissances sur les questions abordées [76][76] Hass (R. G.), « Effects of Source Characteristics on.... En théorie, la crédibilité et la résonance des cadrages ou des revendications sont d’autant plus fortes que le statut et l’expertise de celui qui utilise les cadres (et de l’organisation qu’il représente) sont élevés aux yeux de leurs adhérents potentiels et de leurs membres. Dans ses recherches sur le mouvement pour le désarmement nucléaire, R. D. Benford [77][77] Benford (R. D.), Framing Activity, Meaning, and Social... a observé que les groupes pacifistes tendaient à recruter d’anciens membres de l’establishment de la défense, tels que l’amiral Eugene Carroll, Daniel Ellsberg et John Stockwell, pour prendre la parole lors de rassemblements et de conférences de presse afin d’accroître l’apparente crédibilité des revendications du mouvement. Dans le même esprit, Patrick G. Coy et Lynne M. Woehrle [78][78] Coy (P. G.), Woehrle (L. M.), « Constructing Identity... ont rapporté que, durant la deuxième guerre du Golfe, les militants pacifistes s’engageaient fréquemment dans un « processus d’accréditation » consistant à mettre en exergue les qualifications des organisations qu’ils représentaient.

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Au-delà des questions de crédibilité, la résonance d’un cadre de l’action collective dépend de sa saillance aux yeux des personnes ciblées par la mobilisation. On dénombre trois dimensions de cette saillance : sa centralité, sa commensurabilité d’expérience (experiential commensurability) et sa fidélité narrative [79][79] Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Ideology, Frame Resonance,... (narrative fidelity). La centralité est liée au caractère plus ou moins essentiel des croyances, des valeurs et des idées associées aux cadres du mouvement pour ceux qui sont ciblés par la mobilisation. Des recherches sur les valeurs et les croyances indiquent qu’elles sont généralement hiérarchisées [80][80] Rokeach (M.), The Nature of Human Values, New York,.... En théorie, les cibles ont d’autant plus tendance à se mobiliser que les croyances, les idées et les valeurs du mouvement leur semblent centrales ou saillantes. Cette idée est indirectement étayée par les travaux de Darren E. Sherkat et Christopher G. Ellison [81][81] Sherkat (D. E.), Ellison (C.), « The Cognitive Structure... sur le mouvement des protestants conservateurs contre la pornographie. Bien que l’importance relative de cette variable dans le succès d’un mouvement social n’ait pas encore été mise à l’épreuve directement, quelques travaux semblent la confirmer [82][82] Par exemple : Carroll (W. K.), Ratner (R. S.), « Master....

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La commensurabilité constitue un deuxième facteur contribuant à la saillance d’un cadre de l’action collective. Les cadrages d’un mouvement sont-ils en congruence ou entrent-ils en résonance avec l’expérience ordinaire des cibles de la mobilisation ? Ou sont-ils trop abstraits et trop éloignés de leur vie et de leurs expériences ? En théorie, les cadrages sont d’autant plus saillants – et donc la mobilisation d’autant plus probable – qu’ils se rapportent à l’expérience des cibles de la mobilisation. Cette idée a été soutenue à la fois par des militants [83][83] Par exemple : Alinsky (S. D.), Rules for Radicals:... et par des chercheurs [84][84] Babb (S.), « “A True American System of Finance”: Frame.... L’expérience des femmes tchèques sous le régime socialiste des années 1980 semble par exemple avoir ébranlé la résonance des cadrages féministes de la République Tchèque postcommuniste des années 1990. Alena Heitlinger explique en effet :

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« La tension entre les exigences familiales et professionnelles, le stress et l’épuisement dus aux obligations démesurées, ainsi que la discrimination envers les femmes dans le cadre professionnel ont conduit nombre de femmes à rejeter les objectifs de la parité. Ce rejet s’est vu renforcé par le fait que l’emploi rémunéré était choisi non pas par les femmes elles-mêmes mais leur était imposé par le Parti communiste désavoué [85][85] Heitlinger (A.), « Framing Feminism in Post-Communist.... »

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Ce travail d’A. Heitlinger apporte également des éclairages méthodologiques pour les chercheurs s’intéressant aux cadrages des mouvements car il constitue l’un des rares travaux étudiant l’échec d’une tentative de cadrage.

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Le dernier facteur qui semble avoir un impact significatif sur la résonance des cadres est la fidélité narrative. Dans quelle mesure les cadrages disponibles entrent-ils culturellement en résonance ? Dans quelle mesure entrent-ils en résonance avec les narrations culturelles de ceux auxquels ils s’adressent, ou ce que Joseph Campbell [86][86] Campbell (J.), The Power of Myth, New York, Doubleday,... appelle leurs « mythes », ce qu’Alvin W. Gouldner [87][87] Gouldner (A. W.), The Coming Crisis in Western Sociology,... appelle leurs « postulats » ou encore ce que George Rudé [88][88] Rudé (G.), Ideology and Popular Protest, New York,... appelle l’« idéologie inhérente » par opposition à l’« idéologie dérivée » ? En présence de telles correspondances, on peut dire que les cadrages possèdent une « fidélité narrative [89][89] Fisher (W. R.), « Narration as a Human Communication... ». En théorie, la saillance des cadrages disponibles et les possibilités de mobilisation sont d’autant plus fortes que la fidélité narrative est importante.

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D’abondants travaux confirment que cette qualité de fidélité narrative – ou « résonance culturelle », selon le terme privilégié par plusieurs spécialistes des mouvements sociaux – est essentielle à la mobilisation. Ces travaux portent sur une multitude de mouvements sociaux, tels que le mouvement des demandeurs d’asile d’Amérique centrale [90][90] Park (K.), « The Religious Construction of Sanctuary..., le mouvement contemporain de séparatisme blanc [91][91] Berbrier (M.), « “Half the Battle”… », art. cit., le mouvement liturgique du deuxième concile œcuménique au sein de l’Église catholique [92][92] McCallion (M. J.), Maines (D. R.), « The Liturgical..., le mouvement écologiste de lutte contre les incinérateurs aux États-Unis [93][93] Kubal (T. J.), « The Presentation of Political Self:..., le mouvement anti-esclavagiste en Grande-Bretagne au XVIIIe siècle [94][94] D’Anjou (L.), Van Male (J.), « Between Old and New:... ainsi que le mouvement féministe chilien [95][95] Noonan (R. K.), « Women Against the State: Political... et le mouvement démocratique chinois [96][96] Zuo (J.), Benford (R. D.), « Mobilization Processes... précédemment évoqués. En revanche, Steve Valocchi [97][97] Valocchi (S.), « The Emergence of the Integrationist... a observé que le « cadre des droits » du mouvement des droits civiques et l’idéologie intégrationniste qui lui est associée ne dépendaient pas de leur résonance culturelle. Le « cadre des droits » et l’idéologie intégrationniste reflétaient plutôt des considérations matérielles et politiques, notamment savoir « qui contrôlait d’importantes sources de financement, quelles organisations étaient en mesure de s’attirer les faveurs des élites politiques et quelles organisations étaient activement réprimées par ces mêmes élites politiques [98][98] Ibid., p. 126. ». Dans l’ensemble, ces travaux semblent formuler une critique fréquemment adressée à la recherche sur les cadrages des mouvements sociaux : cette dernière ne prendrait pas au sérieux les contraintes que les « réalités culturelles » imposent sur l’activité de cadrage des mouvements sociaux [99][99] Par exemple : Hart (S.), « The Cultural Dimension of....

Processus et dynamiques de cadrage

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Intéressons-nous à présent à la littérature scientifique consacrée à la dynamique des processus de cadrage. Pour commencer, nous examinons les processus associés au développement, à la genèse et à l’élaboration des cadres de l’action collective, avant d’examiner la manière dont les cadres se diffusent à travers les mouvements, les cultures et le temps.

Développement, genèse et élaboration des cadres

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Stephen Hart [100][100] Hart (S.), « The Cultural Dimension of Social Movements…..., entre autres [101][101] Fine (G. A.), « Public Narration and Group Culture:..., a noté à juste titre qu’au-delà de l’analyse de la façon dont les militants sélectionnent des « caractéristiques de cadre qui sauront attirer des participants potentiels », on sait peu de choses sur la manière dont « les cadres sont façonnés [102][102] Hart (S.), « The Cultural Dimension of Social Movements…... ». Il semble que la littérature scientifique offre désormais des perspectives approfondies sur bon nombre de processus associés au développement de cadres innovants [103][103] Par exemple : Cable (S.), Shriver (T.), « Production.... Ces travaux suggèrent que les cadres sont développés, produits puis élaborés non seulement par les trois opérations essentielles de cadrage déjà évoquées mais aussi par trois ensembles de processus imbriqués qu’on peut concevoir comme discursifs, stratégiques et conflictuels.

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Processus discursifs. – Les processus discursifs renvoient aux actes de langage – discussions et conversations – ainsi qu’aux communications écrites des membres du mouvement dans le cadre de ou en rapport avec les activités de celui-ci. La genèse des cadres de l’action collective s’appuie sur deux processus fondamentaux, à la fois interactifs et discursifs : l’articulation de cadre (frame articulation) et l’amplification ou ponctuation de cadre (frame amplification or punctuation). L’articulation implique la mise en rapport et l’alignement d’événements et d’expériences, de telle sorte qu’ils se coordonnent de manière relativement unifiée et convaincante. Sont ainsi assemblées, accolées et présentées des fractions de la « réalité » observée, vécue ou connue. Le caractère innovant des cadres de l’action collective ainsi produits ne réside pas tant dans l’originalité ou la nouveauté de ses éléments idéationnels mais plutôt dans la manière dont ils sont juxtaposés et articulés, de telle sorte qu’ils proposent un nouveau point de vue ou une nouvelle interprétation.

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Le processus d’amplification implique d’accentuer ou de souligner la saillance de certaines questions ou croyances et de certains événements. Les éléments ainsi accentués sont alors au centre du processus d’articulation en ce qu’ils offrent un levier ou une prise conceptuelle permettant de relier entre eux ces différents événements. Les questions, croyances et événements ainsi accentués fonctionnent en quelque sorte comme des synecdoques qui font ressortir et symbolisent le cadre ou le mouvement plus large dans lequel ils s’inscrivent. Des slogans tels que « Liberté, fraternité, égalité », « Power to the People » (« Le pouvoir au peuple »), « We shall overcome » (« Nous vaincrons ») et « Homeless, Not Helpless » (« Sans abri, mais pas sans ressources ») illustrent cette fonction.

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Peu de travaux sont consacrés à l’étude de ces processus. L’étude de W. A. Gamson [104][104] Gamson (W. A.), Talking Politics, op. cit. sur la manière dont les personnes ordinaires discutent et produisent des idées politiques lors de groupes de discussion constitue une exception notable. Une autre exception est le travail ethnographique [105][105] Snow (D. A.), Miller (J.), « An Empirical Examination... sur la manière dont les processus discursifs d’articulation et d’amplification ont participé au développement, à l’élaboration et au maintien de nombreux cadres de l’action collective au sein d’un groupe d’extrême droite en Arizona. Cette recherche indique que les cadres de l’action collective sont continuellement actualisés au cours des interactions qui ponctuent les campagnes et les rassemblements du mouvement. La compréhension de l’évolution de ces cadres repose sur les processus d’articulation et d’amplification bien plus que sur les questions et les thèmes abordés par ces mêmes cadres. Ce faisceau de recherches est problématique en ce qu’il requiert un travail intense, non seulement en raison d’un terrain à long terme, mais aussi en raison de l’accès et de la collecte d’un discours qui fait partie intégrante du processus de cadrage.

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Processus stratégiques. – Un nombre bien plus considérable de travaux empiriques a été consacré aux processus stratégiques associés au cadrage des mouvements sociaux. Ces processus sont délibératifs, fonctionnels et orientés vers un but : des cadres sont développés et déployés en vue d’un objectif spécifique – pour recruter de nouveaux membres, pour mobiliser des adhérents, pour acquérir des ressources, etc. Les efforts stratégiques que les organisations de mouvements sociaux accomplissent, en vue de rapprocher leurs intérêts et leurs cadres interprétatifs de ceux des membres potentiels et des soutiens effectifs et potentiels, étaient initialement désignés sous le terme de « processus d’alignement de cadre [106][106] Snow (D. A.) et al., « Frame Alignment Processes, Micromobilization,... » (frame alignment processes). Quatre principaux processus d’alignement ont été identifiés et étudiés : le rapprochement de cadres (frame bridging), l’amplification de cadre (frame amplification), l’extension de cadre (frame extension) et la transformation de cadre (frame transformation).

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Le rapprochement de cadres renvoie à la mise en rapport de deux ou plusieurs cadres qui sont idéologiquement congruents mais qui ne sont pas connectés et qui concernent une question ou un problème en particulier. Le rapprochement peut porter sur un mouvement et des individus, mettant en rapport une organisation et un ensemble d’individus sensibilisés mais non mobilisés ou un pan de l’opinion publique ou encore différents mouvements sociaux. Bien que peu de travaux soient pour l’instant consacrés à cette stratégie d’alignement de cadre, nous soupçonnons qu’elle correspond à l’une des stratégies de cadrage les plus répandues. Michael J. McCallion et David R. Maines [107][107] McCallion (M. J.), Maines (D. R.), « The Liturgical... rapportent que le mouvement liturgique au sein de l’Église catholique s’est appuyé sur le rapprochement de cadres en utilisant la sphère académique catholique pour créer des liens entre les professionnels laïques et les membres du clergé dont les sentiments convergeaient vers le mouvement du renouveau liturgique. J. Gerhards et D. Rucht [108][108] Gerhards (J.), Rucht (D.), « Mesomobilization… », art.... ont montré que les militants ouest-allemands se mobilisant contre la Banque mondiale et le FMI ont réussi à rapprocher leurs cadres avec ceux de mouvements pacifistes, écologistes, féministes, ouvriers et avec des groupes de riverains.

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L’amplification de cadre consiste à idéaliser, embellir, clarifier ou vivifier les valeurs ou des croyances existantes. Comme l’un des facteurs clés de la résonance d’un cadre disponible pour les participants potentiels dépend de la manière dont le cadre tire profit de valeurs culturelles existantes, de croyances, de récits, du sens commun et ainsi de suite, il n’est pas surprenant de constater que la plupart des mouvements sociaux cherchent à amplifier des croyances et des valeurs résiduelles [109][109] McCallion (M. J.), Maines (D. R.), « The Liturgical.... L’amplification de cadre est manifestement considérée comme nécessaire à la plupart des mobilisations. Elle semble tout particulièrement associée aux mouvements dont les membres participent par affinité émotionnelle ou intellectuelle (dont la participation est en ce sens notablement différente de celle des membres bénéficiaires [110][110] Paulsen (R.), Glumm (K.), « Resource Mobilization and...) ainsi que dans le cas de mouvements dont les membres ont été stigmatisés parce que leurs croyances ou leurs valeurs allaient à l’encontre des valeurs centrales de la culture dominante [111][111] Berbrier (M.), « “Half the Battle”… », art. cit.. À ce propos, l’analyse de Mitch Berbrier [112][112] Ibid. de l’émergence d’une nouvelle rhétorique raciste a révélé que les séparatistes blancs contemporains employaient des tactiques d’amplification de cadre pour transformer le stigmate attaché à la suprématie blanche, en déployant des « affects ethniques » tels que l’« amour », la « fierté » et la « préservation de l’héritage ».

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L’extension de cadre consiste à dépeindre les intérêts et le(s) cadre(s) d’une organisation ou d’un mouvement comme allant au-delà de ses intérêts originels afin d’inclure les questions et les préoccupations présumées importantes aux yeux des adhérents potentiels. Des études empiriques sur cette stratégie indiquent que, bien que les mouvements l’emploient fréquemment [113][113] Carroll (W. K.), Ratner (R. S.), « Master Framing and..., celle-ci se heurte à de nombreux obstacles et contraintes. M. J. McCallion et D. R. Maines [114][114] McCallion (M. J.), Maines (D. R.), « The Liturgical..., ainsi que R. D. Benford [115][115] Benford (R. D.), « Frame Disputes Within the Nuclear..., rapportent que les activités d’extension de cadre ont pu accroître les conflits et les disputes internes sur les questions de « pureté » idéologique, d’efficacité et de « territoires ». Dans leur analyse historique de la Fédération américaine du travail (American Federation of Labor) (1881-1955), Daniel B. Cornfield et Bill Fletcher ont conclu que les « actions des acteurs institutionnels sur le marché et les politiques publiques semblent contraindre la Fédération et lui imposer d’étendre son cadre au sein des adhérents potentiels [116][116] Cornfield (D. B.), Fletcher (B.), « Institutional Constraints... ». Dans ses travaux sur le mouvement ouvrier américain (1866-1886), Sarah Babb a montré comment la base d’un mouvement peut contribuer à une telle extension de cadre, ce qui en retour « peut conduire à une instabilité au sein du mouvement » lorsque le cadre ainsi étendu « indispose les dirigeants du mouvement [117][117] Babb (S.), « “A True American System of Finance”… »,... ». Ces travaux contribuent à souligner le fait que les processus de cadrage des mouvements sont fréquemment soumis à des contestations et à des négociations, lesquelles ne sont pas toujours maîtrisées par les élites du mouvement. Ils soulignent également que certaines stratégies d’alignement ne produisent pas nécessairement les résultats escomptés.

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Dernier processus stratégique d’alignement, la transformation de cadre consiste soit à changer la manière dont un cadre est compris et est rendu significatif, soit à produire de nouvelles significations. Peu de travaux sur les mouvements sociaux étudient explicitement cette forme d’alignement de cadre. Les travaux d’Aaronette M. White [118][118] White (A. M.), « Talking Feminist, Talking Black… »,... constituent à ce titre une exception notable. Elle étudie, par le biais d’une observation participante, comment un collectif noir féministe cherche à remettre en cause différents mythes racistes et sexistes sur le viol et à transformer la manière dont le public appréhende la gravité du viol, particulièrement au sein de certaines communautés noires américaines. Le collectif propose un contre-diagnostic puissant et saisissant du problème de l’agression sexuelle mais surtout « contrecarre les mythes sur le viol à l’aide de statistiques du FBI et de travaux sociologiques dans le but de consolider la “crédibilité empirique” de [leurs] efforts de transformation de cadre [119][119] Ibid., p. 86. ».

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Processus conflictuels. – Les spécialistes des mouvements sociaux s’accordent à dire que le développement, la genèse et l’élaboration des cadres de l’action collective font l’objet de contestations. Tous les acteurs au sein de l’arène de l’action collective qui effectuent ce travail de construction de la réalité sont engagés dans une politique de signification. Cela signifie que les militants ne sont pas en mesure de construire et d’imposer à leurs cibles la version qu’ils privilégient de la réalité, quelle qu’elle soit. Au contraire, ils sont confrontés à une multiplicité de défis. Jusqu’à présent, les travaux scientifiques en ont répertorié trois formes : le contre-cadrage des opposants au mouvement, des auditoires et des médias ; les disputes sur les cadres au sein des mouvements ; et la dialectique entre cadres et événements.

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L’existence même d’un mouvement social suggère des différences au sein de la société quant au sens de certains aspects de la réalité [120][120] Benford (R. D.), « Frame Disputes Within the Nuclear.... Les opposants aux changements préconisés par un mouvement remettent parfois en question publiquement ses cadrages de diagnostic et de pronostic. Ces efforts « pour réfuter, ébranler ou neutraliser les mythes d’une personne ou d’un groupe, ses versions de la réalité ou son cadre interprétatif [121][121] Benford (R. D.), Framing Activity, Meaning, and Social... » ont été désignés sous le nom de contre-cadrage. Il n’est pas rare que le mouvement réagisse à son tour à ces contre-cadres par un recadrage, à savoir des efforts « pour repousser, circonscrire, limiter ou inverser les éventuelles atteintes aux revendications et aux attributs du mouvement [122][122] Benford (R. D.), Hunt (S. A.), « Social Movement Counterframing... ». Ces affrontements entre les mouvements et leurs détracteurs ont été désignés sous le nom de « concurrences de cadres » [123][123] Ryan (C.), Prime Time Activism: Media Strategies for... (framing contests).

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Les allusions et les descriptions de ces tactiques de contre-cadrage [124][124] Benford (R. D.), Hunt (S. A.), « Social Movement Counterframing... ainsi que des concurrences de cadres [125][125] Coles (R. L.), « Peaceniks and Warmonger’s Framing... abondent dans la littérature scientifique. Ces travaux omettent cependant de dégager les facteurs qui expliquent la prépondérance d’un cadre sur ses concurrents, même s’ils affirment ou sous-entendent, de manière tautologique, que les acteurs qui l’emportent sont ceux qui ont su mobiliser les cadrages qui résonnent le plus. On peut toutefois formuler trois observations. Premièrement, ces concurrences de cadres se déroulent au sein d’arènes complexes, multi-organisationnelles voire parfois multi-institutionnelles [126][126] McAdam (D.), « The Framing Function of Movement Tactics:.... Deuxièmement, ce fait est souvent pris en considération par les acteurs des mouvements sociaux [127][127] Ellingson (S.), « Understanding the Dialectic of Discourse.... Troisièmement, l’activité de cadrage d’un mouvement social et son degré de résonance dépendent de son contexte culturel et politique ainsi que des cadrages et des contre-cadrages proposés par les élites institutionnelles [128][128] McAdam (D.), « The Framing Function of Movement Tactics…....

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L’aspect le plus étudié des contre-cadrages et cadrages concurrents reste sans doute la question du cadrage médiatique des mouvements. Les chercheurs [129][129] Gitlin (T.), « Spotlights and Shadows: Television and... qui ont emprunté le concept de cadrage à E. Goffman se sont en effet intéressés en premier lieu au cadrage des mouvements des années 1960 par les médias de masse. Nous ne rendrons pas compte ici de ce pan de la littérature scientifique, étant donné que cette question a fait récemment l’objet d’un examen approfondi [130][130] Gamson (W. A.), Croteau (D.), Hoynes (W.), Sasson (T.),.... À propos de cette question de la contestation des significations, rappelons simplement qu’il est rare que les militants d’un mouvement social maîtrisent le choix des sujets que les médias abordent [131][131] Entman (R. M.), Rojecki (A.), « Freezing Out the Public:... ou la manière dont ils exposent les revendications des militants [132][132] Baylor (T.), « Media Framing of Movement Protest: The....

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Des cadrages concurrents se manifestent parfois au sein même d’un mouvement et non seulement entre un mouvement et ses opposants. Conformément à l’usage du terme par E. Goffman [133][133] Goffman (E.), Frame Analysis…, op. cit., R. D. Benford [134][134] Benford (R. D.), « Frame Disputes Within the Nuclear... a désigné les désaccords internes à un mouvement, portant sur les diagnostics et les pronostics, sous le nom de « disputes autour des cadres » (frame dispute). Ces disputes portent essentiellement sur la réalité (telle qu’elle se présente ou telle qu’elle est projetée). Un troisième type de disputes, appelées « disputes autour de la résonance des cadres » (frame resonance disputes), implique des désaccords quant à « la manière dont devrait être présentée la réalité pour maximiser la mobilisation [135][135] Ibid., p. 691. ». En analysant les disputes au sein du mouvement pour le désarmement nucléaire à Austin (Texas), R. D. Benford a constaté qu’elles sous-tendaient la dynamique du mouvement, dans la mesure où elles en façonnaient la structure, les relations entre les différentes organisations et la construction d’une identité collective. Il en a conclu que les conflits internes étaient aussi utiles que préjudiciables aux mouvements sociaux et à leurs organisations. D’autres chercheurs ont tiré des conclusions similaires de leurs travaux sur la lutte pour l’abolition de la peine de mort aux États-Unis [136][136] Haines (H. H.), Against Capital Punishment…, op. c..., le Ku Klux Klan dans les années 1920 [137][137] Jessup (M. M.), « Legitimacy and the Decline of the..., un collectif féministe noir [138][138] White (A. M.), « Talking Feminist, Talking Black… »,... et le mouvement ouvrier américain [139][139] Clemens (E. S.), « Organizational Form as Frame: Collective....

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Enfin, les cadrages de mouvements peuvent être contestés, et par conséquent modifiés ou transformés, par le biais de la tension dialectique entre les cadres et les événements qui surviennent au cours d’une action collective. Stephen Ellingson [140][140] Ellingson (S.), « Understanding the Dialectic of Discourse..., dans son analyse des émeutes et du discours public autour de l’abolitionnisme à Cincinnati avant la guerre de Sécession, illustre bien cette dynamique. Il a constaté que des cadrages initiaux aidaient à légitimer et à rendre possibles certaines formes d’action et, inversement, que l’action collective transformait le sens et la structure du discours, limitant ainsi les opportunités ultérieures d’action collective. Ainsi, le discours influe sur les événements qui, à leur tour, « […] peuvent changer les idées ou les croyances sous-jacentes qui constituent les discours et les cadres utilisés par les acteurs du mouvement, redéfinir la saillance de tel ou tel ensemble de croyances collectives et altérer la signification des intérêts des acteurs ; tout cela influe sur la puissance d’un discours ou d’un cadre donné [141][141] Ibid., p. 136. ». L’analyse de S. Ellingson souligne ainsi la nécessité de développer un modèle de la relation entre action collective et cadres de l’action collective, modèle plus complexe que ne le présumait la tradition sociologique.

Diffusion des cadres

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Nous avons jusqu’ici examiné les travaux sur les processus discursifs, stratégiques et conflictuels associés au développement, à la genèse et à l’élaboration des cadres de l’action collective. Nous nous intéressons à présent au rôle que joue le cadrage dans les processus de diffusion. Comment les idées véhiculées par un mouvement, les cadres et les pratiques d’une action collective, se propagent-elles d’un mouvement à l’autre et d’une culture à l’autre ? En quoi les processus de cadrage influent-ils sur la diffusion des croyances du mouvement, de ses objets et de ses pratiques ? Sur la base de récentes théories sur la diffusion des mouvements sociaux [142][142] Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Alternative Types..., nous pouvons affirmer qu’un cadrage sert d’autant plus pertinemment les processus de diffusion lorsqu’un seul des acteurs qui prend part à ce processus – que ce soit celui qui transmet le cadrage ou celui qui l’adopte – joue un rôle actif dans le processus ; ou lorsque la similitude ou la compatibilité entre ces deux acteurs est problématique et doit être établie. En présence de ces conditions, on est face à deux processus de diffusion idéal-typiques dont les objets de diffusion – des idées culturelles, des objets ou des pratiques – sont « cadrés » de manière à améliorer leur résonance potentielle avec la culture environnante ou visée : la sélection stratégique (ou adaptation) et l’ajustement stratégique (ou accommodation). La sélection stratégique englobe les situations où l’emprunt à d’autres cultures est intentionnel. L’acteur importateur joue alors un rôle actif dans le processus dans la mesure où il les sélectionne et les adapte stratégiquement au nouveau contexte ou à la nouvelle culture environnante. L’ajustement stratégique englobe les situations où d’autres cultures sont délibérément promues. L’acteur est alors activement engagé en ce qu’il ajuste les objets et les pratiques de diffusion à la culture environnante.

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Peu de spécialistes qui se sont penchés sur les cadrages des mouvements sociaux ont à ce jour pris en considération cette question de la diffusion. Valerie Jenness et Kendal L. Broad [143][143] Jenness (V.), Broad (K. L.), « Antiviolence Activism..., ainsi que V. Jenness [144][144] Jenness (V.), « Social Movement Growth, Domain Expansion,..., ont étudié comment le mouvement gay et lesbien sélectionnait et adaptait stratégiquement les cadres de l’action collective du mouvement féministe relatifs à l’idée de « terrorisme sexuel » afin de définir la violence à l’encontre des homosexuels comme un problème social. En empruntant l’affirmation du mouvement féministe, selon laquelle « toute femme est constamment vulnérable », « les efforts pédagogiques [du mouvement] et les patrouilles de rue soulignent l’idée que les gays et les lesbiennes – de même que les personnes qu’on présume homosexuelles – sont constamment vulnérables [145][145] Jenness (V.), Broad (K. L.), « Antiviolence Activism... ».

Contraintes liées au contexte et facilitation

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Dans l’ensemble, les recherches sur les processus essentiels de cadrage indiquent que les cadres de l’action collective ne sont pas des entités statiques et réifiées. Ils sont constamment constitués, contestés, reproduits, transformés et remplacés, au gré des activités du mouvement social. Le processus de cadrage est par conséquent dynamique et continu. Mais il ne peut s’abstraire de tout contexte structurel et culturel. Au contraire, les processus de cadrage dépendent de nombreux éléments du contexte socioculturel dans lequel ils s’inscrivent. Bien qu’en théorie un nombre indéterminé de facteurs puisse influer sur ces processus ainsi que sur la teneur et la continuité des cadres qui en résultent, les travaux mettent en évidence trois facteurs primordiaux : la structure des opportunités politiques, les contraintes et les ressources culturelles, la nature des publics visés.

Structure des opportunités politiques

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Durant les vingt-cinq dernières années, les recherches sur les mouvements sociaux se sont concentrées principalement sur la relation entre, d’une part, les changements de la structure des opportunités politiques – en particulier les transformations affectant la structure institutionnelle et les relations informelles au sein d’un système politique – et, d’autre part, la mobilisation des mouvements sociaux [146][146] McAdam (D.), McCarthy (J. D.), Zald (M. N.), eds, Comparative.... Les travaux sur le cadrage des mouvements sociaux se sont également intéressés aux facteurs macrosociologiques en étudiant comment la structure des opportunités politiques contraignait ou facilitait les cadres de l’action collective [147][147] Anheier (H. K.), Neidhardt (F.), Vorkamp (W.), « Movement.... Par exemple, dans leur analyse de la mobilisation des agriculteurs aux États-Unis, Patrick H. Mooney et Scott A. Hunt [148][148] Mooney (P. H.), Hunt (S. A.), « A Repertoire of Interpretations…... ont constaté que certains cadres cardinaux agraires, tels que le « fondamentalisme agraire », présentaient des structures logiques et des qualités de rémanence qui assuraient la continuité de leur résonance, même lorsque les opportunités politiques se refermaient, contrairement à d’autres cadres cardinaux, dont la résonance auprès des agriculteurs déclinait au fil des changements de l’économie agraire. Ainsi, pour certains cadres, l’évolution des conditions matérielles a conduit à des changements de leur résonance, qui ont conduit à leur tour à un recadrage ; d’autres cadres présentaient en revanche une certaine continuité au fil des mobilisations des agriculteurs sur plusieurs décennies.

Opportunités et contraintes culturelles

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Il est en de même pour le contexte culturel dans lequel s’inscrit l’activité d’un mouvement que pour la structure des opportunités politiques, qui contraint ou facilite les cadres des mouvements et les activités de cadrage. Cette thèse est au cœur du travail de J. M. Jasper [149][149] Jasper (J. M.), The Art of Moral Protest, op. cit. ainsi que de Jeff Goodwin et J. M. Jasper [150][150] Goodwin (J.), Jasper (J. M.), « Caught in a Winding,... entre autres. Dans leur critique de la théorie du processus politique, en particulier de l’accent qu’elle met sur la structure des opportunités politiques, J. Goodwin et J. M. Jasper soutiennent que les défenseurs de cette perspective ont considéré à tort « l’analyse de cadres comme la forme privilégiée, si ce n’est l’unique forme, d’approche culturelle des mouvements sociaux [151][151] Ibid., p. 48. ». Il s’agit, selon les auteurs, d’une erreur puisque cette approche réifie la culture et ignore en quoi celle-ci façonne les processus de cadrage ainsi que les opportunités politiques. Cette question ayant été évoquée précédemment lorsque nous avons abordé les notions de fidélité narrative et de résonance culturelle, nous nous contenterons ici d’apporter quelques brefs éclairages sur le rôle que joue la culture à l’égard des processus de cadrage.

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Ce qui, sur le plan culturel, est le plus pertinent pour les processus de cadrage est le fonds disponible de significations, croyances, idéologies, pratiques, valeurs, mythes, récits et autres, qu’Ann Swidler nomme métaphoriquement une « boîte à outils [152][152] Swidler (A.), « Culture in Action: Symbols and Strategies... ». Cela constitue ainsi un ensemble de ressources culturelles à partir desquelles sont façonnés de nouveaux éléments culturels, tels que des cadres de l’action collective innovants, ainsi que le prisme par lequel sont interprétés et évalués les cadrages. Dans cette perspective, les mouvements sont « à la fois des consommateurs de significations culturelles existantes et des producteurs de nouvelles significations [153][153] Tarrow (S.), « Mentalities, Political Cultures, and... ». Comme le précise en effet Sidney Tarrow :

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« Parmi les enseignements qu’on peut tirer du mouvement des droits civiques, il y a l’idée que les symboles de la révolte ne sont pas comme de vieux costumes qu’on sortirait du placard culturel et dont on se parerait en public. Pas plus que les nouvelles significations ne sont fabriquées de toutes pièces. Les costumes dont s’habille la révolte sont tissés de fibres, à la fois héritées et inventées, et forment la trame des cadres de l’action collective face aux opposants et aux élites [154][154] Tarrow (S.), Power in Movement, New York, Cambridge.... »

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Plusieurs travaux récents sur les mouvements sociaux étayent cette idée d’une relation récursive entre une culture disponible et les cadres des mouvements [155][155] Berbrier (M.), « “Half the Battle”… », art. cit. ;.... Scott Davies [156][156] Davies (S.), « From Moral Duty to Cultural Rights…... a analysé un mouvement contemporain dans l’Ontario (Canada) qui avait fait pression auprès du gouvernement local pour financer des écoles religieuses séparées. Ses acteurs se sont ainsi appuyés sur des cadres disponibles ancrés dans les valeurs et les mythes culturels traditionnels, façonnant de nouveaux cadres à partir de valeurs émergentes. Sensibles aux évolutions de la culture politique en faveur du « multiculturalisme », les militants ont « recadré » la religion comme une culture qu’il convient de préserver. Sensibles également à la valeur de la liberté de choix individuel, ils ont soutenu que les parents devraient avoir le droit de choisir pour leurs enfants une école laïque ou religieuse. La fusion de « ces deux cadres – le multiculturalisme et le choix de l’école – est doublement stratégique car elle permet d’affirmer les droits des communautés (à savoir qu’on accorde une place à leurs cultures respectives) et des individus (à savoir le droit de choisir telle ou telle école) [157][157] Ibid., p. 9. ». Ces travaux montrent que les changements dans les résonances culturelles et dans les cadres de l’action collective influent les uns sur les autres et que les processus de cadrage reflètent typiquement des continuités et des changements culturels plus vastes.

Effets du public

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La sociologie de la communication a longtemps considéré que la cible d’un message pouvait influer sur la forme et le contenu du message. Dans l’arène des mouvements sociaux, les militants et le public qu’ils visent interagissent. De plus, les mouvements considèrent qu’il est nécessaire de solliciter plusieurs publics. Ces derniers varient en fonction de leurs intérêts respectifs, de leurs valeurs, de leurs croyances et de leurs connaissances mais aussi en fonction des divers rôles qu’ils peuvent potentiellement jouer pour un mouvement ou un contre-mouvement.

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Les travaux sur le cadrage des mouvements sociaux suggèrent que le(s) public(s) ciblé(s) constitue(nt) l’un des principaux facteurs contextuels contribuant à expliquer pourquoi les mouvements cherchent, de temps à autre, à modifier leurs cadres de l’action collective. Plusieurs chercheurs ont observé comment les facteurs liés aux cibles de la mobilisation peuvent précipiter les transformations des cadres [158][158] Coy (P. G.), Woehrle (L. M.), « Constructing Identity.... Dans son étude approfondie du mouvement des droits civiques, Doug McAdam [159][159] McAdam (D.), « The Framing Function of Movement Tactics…... a observé comment divers « publics de référence », parmi lesquels les ségrégationnistes, les médias, le grand public et le gouvernement fédéral, ont influé sur les activités de cadrage du mouvement. À partir de leur étude des controverses écologistes liées aux implantations d’incinérateurs, Edward Walsh et ses collègues [160][160] Walsh (E.), Warland (R.), Smith (D. C.), « Backyards,... ont conclu qu’« un cadrage précoce de l’idéologie de la protestation et un plus large spectre de publics visés (e.g. recyclage versus NIMBY [161][161] NIMBY : Not in my backyard. [N. d. T.]) constituent sans doute des facteurs plus importants du dénouement des protestations populaires dans les disputes écologistes » que différentes « variables statiques telles que le statut socioéconomique de la communauté environnante, que son niveau d’organisation, que son niveau de mécontentement […] et que la taille de l’installation proposée [162][162] Ibid., p. 36-37. ». En continuité avec E. Goffman [163][163] Goffman (E.), The Presentation of Self in Everyday..., d’autres spécialistes des mouvements ont indiqué que les militants ajustaient les cadres en fonction du positionnement du public ciblé, sur la scène ou en coulisses [164][164] Benford (R. D.), Hunt (S. A.), « Dramaturgy and Social.... Dans une même veine, les recherches de J. M. Jasper et J. D. Poulsen [165][165] Jasper (J. M.), Poulsen (J. D.), « Recruiting Strangers... sur le droit des animaux et sur les mouvements antinucléaires ont montré les différents mécanismes au principe du recrutement des proches et des inconnus. Ces travaux indiquent clairement que la relation dynamique entre cadres de l’action collective et publics nécessite des analyses complémentaires de la part des spécialistes des mouvements sociaux.

Impact du cadrage sur les autres processus et sur leur dénouement

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Après avoir, dans la section précédente, considéré comment divers facteurs contextuels contraignent ou facilitent les processus de cadrage, nous examinons à présent brièvement les conséquences ou les implications des processus de cadrage. Nous ne nous intéresserons pas ici aux effets de ces processus sur le plan micro ou mésosociologique de la mobilisation, du recrutement différentiel et de la participation. Conceptualisés et démontrés empiriquement, ces effets étaient au cœur de notre article. Nous examinerons en fait les effets ou conséquences des processus de cadrage – et des cadres de l’action collective qu’ils produisent – sur d’autres processus liés aux mouvements sociaux et sur leur dénouement. Chaque aspect ou presque des opérations qui sous-tendent les mouvements sociaux et leur fonctionnement pourrait permettre d’explorer cette relation. Cependant, quoique relativement éparse sur ce sujet, la littérature aborde principalement trois faisceaux d’implications : l’impact sur les opportunités politiques, l’impact sur l’identité individuelle et collective et enfin l’impact sur le dénouement d’un mouvement.

Cadrage et opportunités politiques

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Bien que la structure des opportunités politiques puisse contraindre ou faciliter les processus de cadrage de l’action collective, les opportunités politiques dans une société donnée sont rarement, sinon jamais, une entité clairement intelligible. Au contraire, leur existence et leur ouverture étant discutables et soumises à diverses interprétations, les acteurs d’un mouvement, de même que d’autres acteurs, peuvent les « cadrer ». W. A. Gamson et David S. Meyer suggèrent en fait que cette opération de cadrage est effectuée sur une base régulière, étant donné que « le cadrage des opportunités politiques est […] [une] composante essentielle des cadres de l’action collective [166][166] Gamson (W. A.), Meyer (D. S.), « The Framing of Political... ». En effet, mettre en avant un cadre revient à suggérer l’existence d’une opportunité permettant d’agir sur le social et à présenter les personnes comme « des agents potentiels de leur propre histoire [167][167] Ibid. ». De plus, si « les militants d’un mouvement soulignent les opportunités de l’espace politique plutôt que ses contraintes, ils encouragent ainsi des actions qui changent les opportunités, leur cadrage des opportunités devenant ainsi une prophétie autoréalisatrice [168][168] Ibid., p. 287. ». Les recherches de Mario Diani [169][169] Diani (M.), « Linking Mobilization Frames and Political... sur la Ligue du Nord en Italie, de même que la critique de la perspective des opportunités politiques par J. Goodwin et J. M. Jasper [170][170] Goodwin (J.), Jasper (J. M.), « Caught in a Winding,..., accréditent la thèse de W. A. Gamson et D. S. Meyer.

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Soutenir qu’il existe une relation interactive entre les processus de cadrage et les opportunités politiques ne revient pas à suggérer que ces dernières sont de simples constructions sociales. Cela conduit en revanche à penser que la manière dont elles contraignent ou facilitent l’action collective est en partie conditionnée par les cadres proposés par les acteurs du mouvement et les autres [171][171] Koopmans (R.), Dyvendak (J. W.), « The Political Construction....

Cadrage et identité individuelle et collective

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L’une des principales questions qui traversent les travaux sur les mouvements sociaux de ces dernières années porte sur la compréhension des processus identitaires, en particulier ceux liés à l’identité collective, qui sont fondamentaux pour comprendre les dynamiques des mouvements sociaux [172][172] Par exemple : Jasper (J. M.), The Art of Moral Protest,.... Cet intérêt récent pour le lien entre identité et mouvements est suscité non seulement par l’émergence de mouvements identitaires au cours des dernières décennies mais aussi par le lien tangible et durable entre identité et participation aux mouvements. Comme l’affirme W. A. Gamson, « au-delà des soupçons d’identités dénaturées ou contrefaites, il existe un apport essentiel. La participation aux mouvements sociaux implique souvent un élargissement de l’identité personnelle et offre un épanouissement et un accomplissement de soi [173][173] Gamson (W. A.), « The Social Psychology of Collective.... »

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S’il est difficile de contredire W. A. Gamson sur ce point, les chercheurs travaillant sur cette relation n’ont cependant pas su apporter des réponses satisfaisantes à la question de l’impact de la participation sur l’identité personnelle ou à celle de la correspondance entre identités collectives et individuelles. À ce propos, D. A. Snow et D. McAdam [174][174] Snow (D. A.), McAdam (D.), « Identity Work Processes... ont suggéré que les processus de cadrage de l’action collective constituaient un levier décisif. Cela serait dû au fait que les constructions identitaires seraient inhérentes aux processus de cadrage. Comme l’ont constaté S. A. Hunt et ses collègues, « non seulement les processus de cadrage lient idéologiquement les individus et les groupes mais ils présentent, renforcent et embellissent aussi les identités, qu’elles soient fondées sur une coopération ou sur un conflit [175][175] Hunt (S. A.), Benford (R. D.), Snow (D. A.), « Identity... ». Cela s’effectue de deux manières : généralement, « en situant, dans le temps et dans l’espace, un groupe pertinent d’acteurs et en leur attribuant des caractéristiques qui spécifient des relations et les lignes de conduites particulières [176][176] Ibid., p. 185. ». Plus concrètement, lorsque les adhérents et les militants parlent de leur identité [177][177] Hunt (S. A.), Benford (R. D.), « Identity Talk in the... et au cours d’autres activités du mouvement, comme par exemple lorsqu’ils préparent des communiqués de presse ou qu’ils donnent des discours publics. Les processus de cadrage ne constituent bien entendu pas le seul mécanisme permettant de comprendre la correspondance entre identités personnelles et collectives. On peut cependant affirmer – en s’appuyant sur des données théoriques et empiriques – qu’ils constituent bien l’un des mécanismes facilitant cet alignement et donc aussi l’extension de l’identité personnelle dans le cadre des mouvements sociaux.

Cadrage et dénouement des mouvements

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L’émergence des mouvements sociaux a vraisemblablement comme but de faire progresser les intérêts de leurs adhérents ou des bénéficiaires en atteignant des objectifs spécifiés qu’on appelle généralement des « résultats ». Les recherches sur ce sujet ont permis d’identifier plusieurs ensembles de facteurs (tels que l’organisation, la perturbation à des fins tactiques et la médiation politique) qui semblent influer sur les efforts du mouvement pour atteindre ces résultats [178][178] Pour un compte rendu de ces travaux, voir : Giugni.... Bien que de nombreux travaux aient souligné combien les processus de cadrage sont importants pour atteindre les objectifs du mouvement [179][179] ?apek (S. M.), « The “Environmental Justice” Frame…..., peu de travaux se sont intéressés de manière systématique à la contribution effective de ces processus de cadrage. La seule exception est le travail de Daniel M. Cress et D. A. Snow [180][180] Cress (D. M.), Snow (D. A.), « The Outcomes of Homeless... sur la manière dont les variables en termes d’organisation, de tactique, de politique et de cadrage interagissaient et se combinaient, permettant ainsi d’expliquer les différents résultats obtenus par quinze associations de défense des sans-abri, actives dans huit villes aux États-Unis. Des quatre ensembles de variables indépendantes, les cadres de diagnostic et de pronostic constituent la condition qu’on retrouve le plus parmi les six possibilités d’atteindre l’un au moins des quatre résultats identifiés. Aucune autre condition ne se retrouvait dans plus de trois possibilités. Si cette unique étude ne permet guère de démontrer de manière concluante l’importance des processus de cadrage en termes de résultats des mouvements en général, elle permet cependant d’affirmer que, au moins pour certains mouvements, les processus de cadrage jouent un rôle décisif dans la réalisation de leurs objectifs. En outre, elle invite à des recherches complémentaires sur la relation entre processus de cadrage et efforts pour atteindre des objectifs dans différents mouvements.

Conclusion

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Notre article s’est articulé autour de deux questions. Premièrement, les travaux sur les mouvements sociaux peuvent-ils être consolidés ou ordonnés dans une perspective un tant soit peu cohérente – bien qu’encore en pleine évolution – qui permettrait de comprendre de manière plus approfondie et intégrée la relation entre les processus de cadrage et le fonctionnement des mouvements sociaux ? Deuxièmement, cette perspective permet-elle d’analyser certains aspects des dynamiques des mouvements sociaux que d’autres perspectives auraient négligés voire ignorés ? Sur la base de notre présentation et de notre bilan de la littérature florissante sur les processus de cadrage des mouvements sociaux, nous pensons pouvoir répondre par l’affirmative à chacune de ces deux questions. Nous n’entendons cependant pas affirmer que nous avons résolu l’intégralité de la question des processus de cadrage. Aussi, en guise de conclusion, proposons-nous une énumération des principaux problèmes qui restent encore à résoudre, chacun d’entre eux demandant des approfondissements : les processus discursifs et narratifs au fondement des cadres de l’action collective [181][181] Fisher (W. R.), « Narration as a Human Communication... ; la relation entre cadrage et émotions [182][182] Berbrier (M.), « “Half the Battle”… », art. cit. ;... ; la relation entre processus de cadrage et les différents types de mouvements [183][183] Jasper (J. M.), The Art of Moral Protest, op. cit.... ; la relation entre les cadres de l’action collective et les actions collectives effectives [184][184] Ellingson (S.), « Understanding the Dialectic of Discourse... ; enfin, les méthodologies permettant d’étudier les processus de cadrage et d’analyser les cadres [185][185] Johnston (H.), « A Methodology for Frame Analysis…....

Note sur la traduction. Par Nathalie Miriam Plouchard

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Tout travail de traduction est traversé par une tension entre deux impératifs parfois contradictoires : la fidélité à l’auteur du texte à traduire (texte-source) et l’intelligibilité du texte traduit (texte-cible) pour le lecteur. L’exercice est d’autant plus délicat qu’il s’agit dans cet article de présenter le bilan d’un pan entier de la littérature sociologique sur les mouvements sociaux. Le texte est donc particulièrement dense, aussi bien au niveau conceptuel que par sa forme, notamment du fait de l’abondance de références bibliographiques. Cette note de traduction se propose d’éclairer certains choix qui résultent de cette tension.

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Dans un souci de cohérence, je me suis conformée dans la mesure du possible aux traductions françaises des notions issues de la sociologie anglo-américaine des mouvements sociaux, lorsque celles-ci sont stabilisées : par exemple, cadre de l’action collective (collective action frame), contre-cadrage (counterframing), processus de cadrage (framing process), organisation de mouvement social (social movement organization, souvent abrégé par « SMO » en anglais, que j’ai traduit ici, lorsque le contexte permettait un tel allégement, par « organisation »), etc. Je me suis notamment conformée aux traductions des contributions de David A. Snow [186][186] Snow (D. A.), « Analyse de cadres et mouvements sociaux..., de James M. Jasper [187][187] Jasper (J. M.), « L’art de la protestation collective..., ainsi que de Robert D. Benford et Scott A. Hunt [188][188] Benford (R. D.), Hunt (S. A.), « Cadrages en conflit... dans l’ouvrage collectif, Les Formes de l’action collective, dirigé par Daniel Céfaï et Danny Trom. Sont indiqués entre parenthèses les termes anglais qui renvoient à des notions centrales dans l’article : par exemple, tâches essentielles de cadrage (core framing tasks), cadres cardinaux (master frames), etc. Celles-ci ont acquis en quelque sorte le statut de concept.

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La traduction des notions de contested framings et de framing contests est problématique du fait de l’ambivalence des termes anglais « contested » et « contests » qui peuvent exprimer l’idée de compétition ainsi que celle de dispute. Après en avoir discuté avec R. D. Benford, il est apparu que ces notions exprimaient ces deux idées, aussi bien celle de cadres en concurrence que celle de cadres contestés. J’ai donc choisi de mobiliser ces deux champs lexicaux dans la traduction.

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La traduction de la notion d’agency s’est avérée elle aussi problématique du fait de l’absence d’équivalent dans notre terminologie. En fait, plusieurs traductions, plus ou moins heureuses, ont été proposées pour cette notion, telles qu’« agence », « agencéité » [189][189] Par exemple : De Herdt (T.), Bastiaensen (J.), « L’Agencéité..., « agencivité » [190][190] Par exemple : Fauré (B.), « L’agentivité textuelle..., « action », etc. La traduction (ou non) de cette notion fait même l’objet de plusieurs textes de Jérôme Vidal [191][191] Vidal (J.), « La question de l’agency : puissance et.... J’ai choisi de la traduire une première fois par « capacité d’agir ». Je l’ai ensuite laissée non traduite, comme c’est souvent le cas dans les textes en français qui traitent de cette notion importée de la littérature anglo-américaine, afin que le lecteur puisse l’identifier comme telle.

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La traduction ne porte pas seulement sur la langue, mais concerne aussi les conventions, notamment bibliographiques. Les conventions du système américain de références (auteur-date) permettent d’introduire de manière concise un large champ de références. Cette possibilité de renvois est d’autant plus utilisée dans cet article qu’il s’agit de dresser le bilan de tout un pan de littérature. La conversion du système américain de références bibliographiques produit un changement qualitatif important lorsque celles-ci sont insérées dans les notes de bas de page, changement qui se manifeste en particulier par un allongement de la longueur des notes, ce qui nuit parfois à leur lisibilité (cf. notes de bas de page n° 14 et n° 23).

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À l’heure de l’internationalisation des sciences sociales, alors que nous sommes amenés à lire de plus en plus de textes dans une langue qui n’est pas la nôtre, l’anglais, la traduction semble être devenue un exercice « allant de soi » qui ne poserait plus problème. En entrouvrant la « boîte noire » de la traduction, nous avons essayé de suggérer dans cette note que traduire ne relève pas seulement un défi linguistique : traduire révèle aussi des difficultés extralinguistiques liées à la l’importation en français de notions qui nous sont étrangères et à la transposition de conventions d’écriture. Sans doute gagnerait-on à ne pas reléguer ces questions dans l’impensé.

Notes

[1]

Référence originale : Benford (R. D.), Snow (D. A.), « Framing Processes and Social Movements: An Overview and Assessment », Annual Review of Sociology, 26, 2000.

[2]

Une note de la traductrice précise, en fin de texte, les choix qui ont été faits pour la traduction du vocabulaire conceptuel de l’analyse des cadres.

[3]

Snow (D. A.), Rochford (E. B.), Worden (S. K.), Benford (R. D.), « Frame Alignment Processes, Micromobilization, and Movement Participation », American Sociological Review, 51, 1986

[4]

Bateson (G.), Steps to an Ecology of the Mind, New York, Ballantine, 1972 ; Tversky (A.), Kahneman (D.), « The Framing of Decisions of the Psychology of Choice », Science, 211, 1981.

[5]

Tannen (D.), ed., Framing in Discourse, New York, Oxford University Press, 1993 ; Van Dijk (T. A.), Text and Context Exploration in the Semantics and Pragmatics of Discourse, London, Longman, 1977.

[6]

Pan (Z.), Kosicki (G. M.), « Framing Analysis: An Approach to News Discourse », Political Communication, 10, 1993, p. 55-75 ; Scheufele (D. A.), « Framing as a Theory of Media Effects », Journal of Communication, 49, 1999.

[7]

Schon (D. A.), Rein (M.), Frame Reflection: Toward the Resolution of Intractable Policy Controversies, New York, Basic Books, 1994 ; Triandafyllidou (A.), Fotiou (A.), « Sustainability and Modernity in the European Union: A Frame Theory Approach to Policy-Making », Sociological Research Online, 3 (1), 1998 [en ligne : http://www.socresonline.org.uk/3/1/2.html].

[8]

Goffman (E.), Frame Analysis: An Essay on the Organization of the Experience, New York, Harper Colophon, 1974.

[9]

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[10]

Snow (D. A.), Rochford (E. B.), Worden (S. K.), Benford (R. D.), « Frame Alignment Processes, Micromobilization, and Movement Participation », American Sociological Review, 51, 1986 ; Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Ideology, Frame Resonance, and Participant Mobilization », International Social Movement Reseach, 1, 1988 ; Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Master Frames and Cycles of Protest », in Morris (A. D.), Mueller (C. M.), eds, Frontiers in Social Movement Theory, op. cit.

[11]

Benford (R. D.), « An Insider’s Critique of the Social Movement Framing Perspective », Sociological Inquiry, 67, 1997 ; Fisher (K.), « Locating Frames in the Discursive Universe », Sociological Research Online, 2 (3), 1997 [en ligne : http://www.socresonline.org.uk/2/3/4.html] ; Hart (S.), « The Cultural Dimension of Social Movements: A Theoretical Reassessment and Literature Review », Sociology of Religion, 57, 1996 ; Jasper (J. M.), The Art of Moral Protest, Chicago, University of Chicago Press, 1997 ; Oliver (P.), Johnston (H.), « What a Good Idea! Frames and Ideologies in Social Movement Research », Mobilization, 5, 2000 ; Sherkat (D. E.), « What’s in a Frame? Toward an Integrated Social Psychology of Social Movements », communication à la conférence de l’International Sociological Association, Montréal, 1998 ; Steinberg (M. W.), « Tilting the Frame: Consideration on Collective Action Framing from a Discursive Turn », Theory and Society, 27, 1998 ; Williams (R. H.), Benford (R. D.), « Two Faces of Collective Frames: A Theoretical Consideration », Current Perspectives in Social Theory, 20, 2000.

[12]

Goodwin (J.), Jasper (J. M.), « Caught in a Winding, Snarling Vine: The Structural Bias of Political Process Theory », Sociological Forum, 14, 1999 ; Meyer (D. S.), « Tending the Vineyard: Cultivating Political Process Research », Sociological Forum, 14, 1999.

[13]

Même si, historiquement, la littérature sur les mouvements sociaux regorge de références aux significations, croyances, valeurs ainsi qu’à la notion plus générale d’idéologie, ces concepts ont généralement été traités de manière insatisfaisante pour deux raisons : soit ils ont été abordés sous un angle descriptif et statique plutôt qu’analytique et dynamique, ce qui est le cas dans la plupart des travaux antérieurs à 1970 ; soit ils ont été écartés au motif qu’en grande partie ils ne seraient pas en lien avec le développement des mouvements sociaux, comme c’est le cas dans les premiers travaux sur la mobilisation des ressources [voir : Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Master Frames and Cycles of Protest », art. cit., p. 135-36].

[14]

Au vu des récents travaux sur le lien entre culture et mouvements sociaux [Kane (A. E.), « Theorizing Meaning Construction in Social Movements: Symbolic Structures and Interpretations During the Irish Land War (1879?1882) », Sociological Theory, 15, 1997 ; Williams (R. H.), « Constructing the Public Good: Social Movements and Cultural Resources », Social Problems, 42, 1995] ainsi qu’entre cadres, idéologie et autres concepts apparentés [Fisher (K.), « Locating Frames in the Discursive Universe », art. cit. ; Oliver (P.), Johnston (H.), « What a Good Idea!… », art. cit. ; Zald (M. N.), « Culture, Ideology, and Strategic Framing », in McAdam (D.), McCarthy (J. D.), Zald (M. N.), eds, Comparative Perspectives on Social Movements Opportunities, Mobilizing Structures, and Framing, op. cit.], il est apparu nécessaire de clarifier la relation entre cadres et idéologie. Force est de constater que ces deux concepts ne se confondent guère. L’idéologie se définit communément comme un ensemble assez large – cohérent et relativement durable – de croyances qui influent sur les orientations politiques d’un individu mais aussi, plus généralement, sur les dispositions qu’il déploie dans la vie quotidienne. Cette conception prévaut aussi bien lorsqu’on envisage l’idéologie d’un point de vue plutôt général et neutre [par exemple : Geertz (C.), The Interpretation of Cultures, New York, Basic Books, 1973] que lorsqu’on en a une vision plus critique, dans laquelle l’idéologie a pour fonction de perpétuer les structures de classe et les rapports de domination [par exemple : Thompson (J. B.), Studies in the Theory of Ideology, Cambridge, Polity, 1964]. Dans les deux cas, le concept se réfère à un ensemble assez généralisé et intégré de croyances et de valeurs durables. En revanche, les cadres de l’action collective amplifient ou prolongent de manière innovante les idéologies ou éléments idéologiques existants – lorsqu’ils ne servent pas à les contrecarrer. Ainsi l’idéologie constitue-t-elle à la fois une contrainte et une ressource pour les processus de cadrage et des cadres de l’action collective. Nous abordons cette relation entre idéologie et cadres à maintes reprises dans cet article. Pour une discussion plus approfondie sur cette relation, voir : Oliver (P.), Johnston (H.), « What a Good Idea!… », art. cit. ; Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Clarifying the Relationship Between Framing and Ideology in the Study of Social Movements: A Comment on Oliver and Johnston », Mobilization, 5, 2000 ; Snow (D. A.), « Ideology, Framing Processes and Islamic Movements », communication à la conférence « Sociology of Islamic Social Movements », New York, 2000.

[15]

Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Ideology, Frame Resonance, and Participant Mobilization », art. cit.

[16]

Hall (S.), « The Rediscovery of Ideology: Return to the Repressed in Media Studies », in Gurevitch (M.), Bennett (T.), Curon (J.), Woolacott (J.), Culture, Society and the Media, New York, Methuen, 1982.

[17]

Gamson (W. A.), Fireman (B.), Rytina (S.), Encounters with Unjust Authority, Homewood, Dorsey, 1982 ; Snow (D. A.) et al., « Frame Alignment Processes, Micromobilization, and Movement Participation », art. cit. ; Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Ideology, Frame Resonance, and Participant Mobilization », art. cit.

[18]

Goffman (E.), Frame Analysis…, op. cit.

[19]

Ibid., p. 21.

[20]

Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Ideology, Frame Resonance, and Participant Mobilization », art. cit., p. 198.

[21]

Par exemple : Johnston (H.), « A Methodology for Frame Analysis: From Discourse to Cognitive Schemata », in Johnston (H.), Klandermans (B.), eds, Social Movements and Culture, op. cit. ; Klandermans (B.), The Social Psychology of Protest, Oxford, Blackwell, 1997 ; Klandermans (B.), De Weerd (M.), Sabucedo (J. M.), Costa (M.), « Injustice and Adversarial Frames in a Supranational Political Context: Farmers’ Protest in the Netherlands and Spain », in Della Porta (D.), Kriesi (H.), Rucht (D.), eds, Social Movements in a Globalizing World, London, Macmillan, 1999 ; Sherkat (D. E.), Ellison (C.), « The Cognitive Structure of a Moral Crusade: Conservative Protestantism and Opposition to Pornography », Social Forces, 75, 1997.

[22]

Gamson (W. A.), Talking Politics, New York, Cambridge University Press, 1992, p. 111.

[23]

Plus concrètement, on peut exprimer la distinction implicite entre schèmes et cadres en considérant les schèmes comme « des attentes des participants à l’égard de personnes, d’objets, d’événements et d’environnements dans le monde, par opposition à des alignements qui sont négociés dans une interaction particulière », ce qui correspond aux cadres [Tannen (D.), Wallat (C.), « Interactive Frames and Knowledge Schemas in Interaction: Examples from a Medical Examination/Interview », p. 60, in Tannen (D.), ed., Framing in Discourse, New York, Oxford University Press, 1993.]. Cadres et schèmes interagissent au cours d’une interaction entre deux individus ou plus. En effet, les cadres fournissent un socle interprétatif, alignant et organisant les schèmes que les participants apportent avec eux dans l’interaction. Ainsi, cadres et schèmes ne sont pas deux concepts différents qui se rapporteraient à un même phénomène. Ces deux concepts interagissent, les cadres constituant une réponse ou une définition plus large et plus interprétative de ce qu’il se passe ou de ce qu’il devrait se passer.

[24]

Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Ideology, Frame Resonance, and Participant Mobilization », art. cit.

[25]

Gamson (W. A.), Talking Politics, op. cit. ; Snow (D. A), Benford (R. D.), « Master Frames and Cycles of Protest », art. cit.

[26]

Wilson (J.), Introduction to Social Movements, New York, Basic Books, 1973.

[27]

Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Ideology, Frame Resonance, and Participant Mobilization », art. cit.

[28]

Klandermans (B.), « Mobilization and Participation: Social-Psychological Expansions of Resource Mobilization Theory », American Sociological Review, 49, 1984.

[29]

Par exemple : Benford (R. D.), « “You Could Be the Hundredth Monkey”: Collective Action Frames and Vocabularies of Motive Within the Nuclear Disarmament Movement », Sociological Quarterly, 34, 1993 ; Gerhards (J.), Rucht (D.), « Mesomobilization: Organizing and Framing in Two Protest Campaigns in West Germany », American Journal of Sociology, 98, 1992 ; Johnson (V.), « Operation Rescue, Vocabularies of Motive, and Tactical Action: A Study of Movement Framing in the Practice of Quasi-Nonviolence », Research in Social Movements, Conflict and Change, 20, 1997 ; Marullo (S.), Pagnucco (R.), Smith (J.) « Frame Changes and Social Movement Contraction: US Peace Movement framing After the Cold War », Sociological Inquiry, 66, 1996 ; McCarthy (J. D.), « Activists, Authorities, and Media Framing of Drunk Driving », in Laraña (E.), Johnston (H.), Gusfield (J.), eds, New Social Movements…, op. cit. ; Meyer (D. S.), « Framing National Security: Elite Public Discourse on Nuclear Weapons During the Cold War », Political Communication, 12, 1995 ; Nepstad (S. E.), « The Process of Cognitive Liberation: Cultural Synapses, Links, and Frame Contradictions in the US-Central America Peace Movement », Sociological Inquiry, 67, 1997 ; Weed (F. J.), « The Framing of Political Advocacy and Service Responses in the Crime Victim Rights Movement », Journal of Sociology and Social Welfare, 24, 1997.

[30]

Gamson (W. A.), Fireman (B.), Rytina (S.), Encounters with Unjust Authority, op. cit. ; Gamson (W. A.), Talking Politics, op. cit. ; Gamson (W. A.), « The Social Psychology of Collective Action », in Morris (A. D.), Mueller (C. M.), eds, Frontiers in Social Movement Theory, op. cit.

[31]

Anheier (H. K.), Neidhardt (F.), Vorkamp (W.), « Movement Cycles and the Nazi Party: Activities of the Munich NSDAP, 1925-1930 », American Behavioral Scientist, 41, 1998 ; Cable (S.), Shriver (T.), « Production and Extrapolation of Meaning in Environmental Justice Movement », Sociological Spectrum, 15, 1995 ; ?apek (S. M.), « The “Environmental Justice” Frame: A Conceptual Discussion and Application », Social Problems, 40, 1993 ; Carroll (W. K.), Ratner (R. S.), « Master Frames and Counter-Hegemony: Political Sensibilities in Contemporary Social Movements », Canadian Review of Sociology, 33, 1996 ; Carroll (W. K.), Ratner (R. S.), « Master Framing and Cross-Movement Networking in Contemporary Social Movements », Sociological Quarterly, 37, 1996 ; Klandermans (B.), Goslinga (S.), « Media Discourse, Movement Publicity, and the Generation of Collective Action Frames: Theoretical and Empirical Exercices in Meaning Construction », in McAdam (D.), McCarthy (J. D.), Zald (M. N.), eds, Comparative Perspectives on Social Movements Opportunities, Mobilizing Structures, and Framing, op. cit. ; Klandermans (B.), De Weerd (M.), Sabucedo (J. M.), Costa (M.), « Injustice and Adversarial Frames in a Supranational Political Context… », art. cit.

[32]

Benford (R. D.), Hunt (S. A.), « Dramaturgy and Social Movements: The Social Construction and Communication of Power », Sociological Inquiry, 62, 1992 ; Best (J.), « Rhetoric in Claims-Making: Constructing the Missing Children Problem », Social Problems, 34, 1987 ; ?apek (S. M.), « The “Environmental Justice” Frame… », art. cit. ; Hunt (S. A.), Benford (R. D.), Snow (D. A.), « Identity Fields: Framing Processes and the Social Construction of Movement Identities », in Laraña (E.), Johnston (H.), Gusfield (J.), eds, New Social Movements…, op. cit. ; Jasper (J. M.), Poulsen (J. D.), « Recruiting Strangers and Friends: Moral Shocks and Social Networks in Animal Rights and Anti-Nuclear Protests », Social Problems, 42, 1995 ; Jenness (V.), « Social Movement Growth, Domain Expansion, and Framing Processes: The Gay/Lesbian Movement and Violence Against Gays and Lesbians as a Social Problem », Social Problems, 42, 1995 ; Weed (F. J.), « The Framing of Political Advocacy and Service Responses in the Crime Victim Rights Movement », art. cit. ; White (A. M.), « Talking Feminist, Talking Black: Micromobilization Processes in Collective Protest Against Rape », Gender and Society, 13, 1999.

[33]

Gamson (W. A.), Fireman (B.), Rytina (S.), Encounters with Unjust Authority, op. cit.

[34]

Gamson (W. A.), « The Social Psychology of Collective Action », art. cit., p. 68.

[35]

Gamson (W. A.), Talking Politics, op. cit.

[36]

Benford (R. D.), « An Insider’s Critique of the Social Movement Framing Perspective », art. cit. ; Benford (R. D.), « Frame Disputes Within the Nuclear Disarmament Movement », Social Forces, 71, 1993.

[37]

Benford (R. D.), « An Insider’s Critique of the Social Movement Framing Perspective », art. cit., p. 67-74.

[38]

Ferree (M. M.), Miller (F. D.), « Mobilization and Meaning: Toward an Integration of Social Psychological and Resource Mobilization Perspectives on Social Movements », Sociological Inquiery, 1985 ; Turner (R. H.), Killian (L. M.), Collective Behavior, Englewood-Cliffs, Prentice-Hall, 1972 ; Zurcher (L. A.), Snow (D. A.), « Collective Behavior: Social Movements », in Rosenberg (M.), Turner (R. H.), eds, Social Psychology: Sociological Perspectives, New York, Basic Books, 1981.

[39]

Hunt (S. A.), Benford (R. D.), Snow (D. A.), « Identity Fields… », art. cit. ; voir aussi : Silver (I.), « Constructing “Social Change” Through Philanthropy: Boundary Framing and the Articulation of Vocabularies of Motives for Social Movement Participation », Sociological Inquiry, 67, 1997.

[40]

Gamson (W. A.), « Constructing Social Protest », in Johnston (H.), Klandermans (B.), eds, Social Movements and Culture, op. cit.

[41]

Klandermans (B.), De Weerd (M.), Sabucedo (J. M.), Costa (M.), « Injustice and Adversarial Frames in a Supranational Political Context… », art. cit.

[42]

Benford (R. D.), « An Insider’s Critique of the Social Movement Framing Perspective », art. cit. ; Gerhards (J.), Rucht (D.), « Mesomobilization… », art. cit. ; Nepstad (S. E.), « The Process of Cognitive Liberation… », art. cit.

[43]

Evans (J. H.), « Multi-Organizational Fields and Social Movement Organization Frame Content: The Religious Pro-Choice Movement », Sociological Inquiry, 67, 1997 ; Klandermans (B.), « The Social Construction of Protest and Multiorganizational Fields », in Morris (A. D.), Mueller (C. M.), eds, Frontiers in Social Movement Theory, op. cit. ; voir aussi : Curtis (R. L.), Zurcher (L. A.), « Stable Resources of Protest Movements: The Multi-Organizational Field », Social Forces, 52, 1973.

[44]

Benford (R. D.), Framing Activity, Meaning, and Social Movement Participation: The Nuclear Disarmament Movement, thèse de doctorat, University of Texas (Austin), 1987, p. 75.

[45]

Zuo (J.), Benford (R. D.), « Mobilization Processes and the 1989 Chinese Democracy Movement », Sociological Quarterly, 36, 1995.

[46]

Haines (H. H.), Against Capital Punishment: The Anti-Death Penalty Movement in America (1972?1994), New York, Oxford University Press, 1996.

[47]

Haines (H. H.), Against Capital Punishment…, op. cit., p. 118.

[48]

Gamson (W. A.), « Constructing Social Protest », art. cit.

[49]

Benford (R. D.), « “You Could Be the Hundredth Monkey”… », art. cit.

[50]

La notion de justesse (propriety) s’apparente à l’idée d’une responsabilité morale. Cf. Benford (R. D.) « “You Could Be the Hundredth Monkey”… », art. cit., p. 206-207 [N.d.T.].

[51]

Benford (R. D.), « An Insider’s Critique of the Social Movement Framing Perspective », art. cit., p. 414-415.

[52]

Par exemple : Benford (R. D.), Valadez (D. L.), « From Blood on the Grapes to Poison on the Grapes: Strategic Frame Changes and Resource Mobilization in the Farm Workers’ Movement », communication à la conférence de l’American Sociological Association, San Francisco, 1998 ; Berbrier (M.), « “Half the Battle”: Cultural Resonance, Fraing Processes, and Ethnic Affectations in Contemporary White Separatists Rhetoric », Social Problems, 45, 1998 ; Ellingson (S.), « Understanding the Dialectic of Discourse and Collective Action: Public Debate and Rioting in Antebellum Cincinnati. American Journal of Sociology, 101, 1995 ; Evans (J. H.), « Multi-Organizational Fields and Social Movement Organization Frame Content… », art. cit. ; Marullo (S.), Pagnucco (R.), Smith (J.) « Frame Changes and Social Movement Contraction… », art. cit. ; Mooney (P. H.), Hunt (S. A.), « A Repertoire of Interpretations: Master Frames and Ideological Continuity in US Agrarian Mobilization », Sociological Quarterly, 37, 1996 ; Taylor (V.), « Gender and Social Movements: Gender Processes in Women’s Self-Help Movements », Gender and Social Movements, 13, 1999.

[53]

Gerhards (J.), Rucht (D.), « Mesomobilization… », art. cit.

[54]

Ibid., p. 580.

[55]

Snow (D. A), Benford (R. D.), « Master Frames and Cycles of Protest », art. cit.

[56]

Gerhards (J.), Rucht (D.), « Mesomobilization… », art. cit. ; Johnston (H.), « Antecedents of Coalition: Frame Alignement and Utilitarian Unity in the Catalan Anti-Francoist Opposition », Research in Social Movements, Conflicts and Change, 13, 1991 ; Meyer (D. S.), « Framing National Security… », art. cit. ; Voss (K.), « The Collapse of a Social Movement: The Interplay of Mobilizing Structures, Framing, and Political Opportunities in the Knights of Labor », in McAdam (D.), McCarthy (J. D.), Zald (M. N.), eds, Comparative Perspectives on Social Movements Opportunities, Mobilizing Structures, and Framing, op. cit.

[57]

Evans (J. H.), « Multi-Organizational Fields and Social Movement Organization Frame Content… », art. cit., p. 454.

[58]

Valocchi (S.), « The Emergence of the Integrationist Ideology in the Civil Rights Movement », Social Problems, 43, 1996 ; Williams (G. I.), Williams (R. H.), « “All We Want Is Equality”: Rhetorical Framing in the Fathers’ Rights Movement », in Best (J), ed., Images of Issues, New York, De Gruyter, 1995.

[59]

Davies (S.), « From Moral Duty to Cultural Rights: A Case Study of Political Framing in Education », Sociology of Education, 72, 1999.

[60]

Carroll (W. K.), Ratner (R. S.), « Master Frames and Counter-Hegemony… », art. cit. ; Carroll (W. K.), Ratner (R. S.), « Master Framing and Cross-Movement Networking in Contemporary Social Movements », art. cit. ; Gamson (W. A.), Fireman (B.), Rytina (S.), Encounters with Unjust Authority, op. cit.

[61]

Cable (S.), Shriver (T.), « Production and Extrapolation of Meaning in Environmental Justice Movement », art. cit. ; ?apek (S. M.), « The “Environmental Justice” Frame… », art. cit.

[62]

Berbrier (M.), « “Half the Battle”… », art. cit. ; Davies (S.), « From Moral Duty to Cultural Rights… », art. cit.

[63]

Jenness (V.), Broad (K. L.), « Antiviolence Activism and the (In)visibility of Gender in the Gay/Lesbian and Women’s Movements », Gender and Society, 8, 1994.

[64]

Blum-Kulka (S.), Liebes (T.), « Frame Ambiguities: Intifada Narrativization of the Experience by Israeli Soldiers », in Cohen (A. A.), Wolsfeld (G.), eds, Framing the Intifada: People and Media, Norwood, Ablex, 1993 ; Coy (P. G.), Woehrle (L. M.), « Constructing Identity and Oppositional Knowledge: The Framing Practices of Peace Movement Organizations During the Persian Gulf War », Sociological Spectrum, 16, 1996.

[65]

Blum-Kulka (S.), Liebes (T.), « Frame Ambiguities… », art. cit.

[66]

Noonan (R. K.), « Women Against the State: Political Opportunities and Collective Action Frames in Chile’s Transition to Democracy », Sociological Forum, 10, 1995.

[67]

Swart (W. J.), « The League of Nations and the Irish Question: Master Frames, Cycles of Protest, and “Master Frame Alignment” », Sociological Quarterly, 36, 1995, p. 446.

[68]

Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Ideology, Frame Resonance, and Participant Mobilization », art. cit.

[69]

Zuo (J.), Benford (R. D.), « Mobilization Processes and the 1989 Chinese Democracy Movement », art. cit.

[70]

Johnson (V. L.), « Operation Rescue, Vocabularies of Motive, and Tactical Action… », art. cit.

[71]

Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Ideology, Frame Resonance, and Participant Mobilization », art. cit. ; mais voir aussi : Gamson (W. A.), « The Social Psychology of Collective Action », art. cit.

[72]

Maniscalco (M. L.), « Cult Spiri and Virtual Vertigo: The Collective Suicide of Heaven’s Gate », Sociologia, 31, 1997.

[73]

Zuo (J.), Benford (R. D.), « Mobilization Processes and the 1989 Chinese Democracy Movement », art. cit.

[74]

Jasper (J. M.), Poulsen (J. D.), « Recruiting Strangers and Friends… », art. cit., p. 496.

[75]

Hovland (C.), Weiss (W.), « The Influence of Source Credibility on Communication Effectiveness », Public Opinion Quarterly, 15, 1951 ; Aronson (E.), Golden (B.), « The Effect of Relevant and Irrelevant Aspects of Communicator Credibility on Opinion Change », Journal of Personality, 30, 1962.

[76]

Hass (R. G.), « Effects of Source Characteristics on Cognitive Responses and Persuasion », in Ostrom (T. M.), Brock (T. C.), eds, Cognitive Responses in Persuasion, Hilsdale, Erlbaum, 1981 ; McGuire (W. J.), « Attitudes and Attitude Change », in Lindzey (G.), Aronson (E.), eds, Handbook of Social Psychology, New York, Random House, 1985.

[77]

Benford (R. D.), Framing Activity, Meaning, and Social Movement Participation…, thèse citée.

[78]

Coy (P. G.), Woehrle (L. M.), « Constructing Identity and Oppositional Knowledge… », art. cit.

[79]

Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Ideology, Frame Resonance, and Participant Mobilization », art. cit.

[80]

Rokeach (M.), The Nature of Human Values, New York, Free Press, 1973 ; Williams (R. M.), American Society: A Sociological Interpretation, New York, Knopf, 1970.

[81]

Sherkat (D. E.), Ellison (C.), « The Cognitive Structure of a Moral Crusade… », art. cit.

[82]

Par exemple : Carroll (W. K.), Ratner (R. S.), « Master Frames and Counter-Hegemony… », art. cit. ; Donovan (B. L.), « Framing and Strategy: Explaining Differential Longevity in the Woman’s Christian Union and the Anti-Saloon League », Sociological Inquiry, 65, 1995 ; Evans (J. H.), « Multi-Organizational Fields and Social Movement Organization Frame Content… », art. cit.

[83]

Par exemple : Alinsky (S. D.), Rules for Radicals: A Pragmatic Primer for Realistic Radicals, New York, Random House, 1971.

[84]

Babb (S.), « “A True American System of Finance”: Frame Resonance in the US Labor Movement (1866 to 1886) », American Sociological Review, 61, 1996 ; Erwin (L.), « Neoconservatism and the Canadian Pro-Family Movement », Canadian Review of Sociology and Anthropology, 30, 1993 ; Zuo (J.), Benford (R. D.), « Mobilization Processes and the 1989 Chinese Democracy Movement », art. cit.

[85]

Heitlinger (A.), « Framing Feminism in Post-Communist Czech Republic », Communist Post-Communist Studies, 29, 1996, p. 83.

[86]

Campbell (J.), The Power of Myth, New York, Doubleday, 1988.

[87]

Gouldner (A. W.), The Coming Crisis in Western Sociology, New York, Basic Books, 1970.

[88]

Rudé (G.), Ideology and Popular Protest, New York, Knopf, 1980.

[89]

Fisher (W. R.), « Narration as a Human Communication Paradigm: The Case of Public Moral Argument », Communication Monographs, 51, 1984.

[90]

Park (K.), « The Religious Construction of Sanctuary Provision in Two Congregations », Sociological Spectrum, 18, 1998.

[91]

Berbrier (M.), « “Half the Battle”… », art. cit.

[92]

McCallion (M. J.), Maines (D. R.), « The Liturgical Social Movement in the Vatican II Catholic Church », Research in Social Movements, Conflicts and Change, 21, 1999.

[93]

Kubal (T. J.), « The Presentation of Political Self: Cultural Resonance and the Construction of Collective Action Frames », Sociological Quarterly, 39, 1998.

[94]

D’Anjou (L.), Van Male (J.), « Between Old and New: Social Movements and Cultural Change », Mobilization, 3, 1998.

[95]

Noonan (R. K.), « Women Against the State: Political Opportunities and Collective Action Frames in Chile’s Transition to Democracy », art. cit.

[96]

Zuo (J.), Benford (R. D.), « Mobilization Processes and the 1989 Chinese Democracy Movement », art. cit.

[97]

Valocchi (S.), « The Emergence of the Integrationist Ideology in the Civil Rights Movement », art. cit.

[98]

Ibid., p. 126.

[99]

Par exemple : Hart (S.), « The Cultural Dimension of Social Movements… », art. cit. ; Jasper (J. M.), The Art of Moral Protest, op. cit. ; Swidler (A.), « Cultural Power and Social Movements », in Johnston (H.), Klandermans (B.), eds, Social Movements and Culture, op. cit. ; Williams (R. H.), Kubal (T. J.), « Movement Frames and the Cultural Environment: Resonance, Failure, and the Boundaries of the Legitimate », Research in Social Movements, Conflicts and Change, 21, 1999.

[100]

Hart (S.), « The Cultural Dimension of Social Movements… », art. cit.

[101]

Fine (G. A.), « Public Narration and Group Culture: Discerning Discourse in Social Movements », in Johnston (H.), Klandermans (B.), eds, Social Movements and Culture, op. cit. ; Johnston (H.), « A Methodology for Frame Analysis… », art. cit. ; Steinberg (M. W.), « Tilting the Frame… », art. cit.

[102]

Hart (S.), « The Cultural Dimension of Social Movements… », art. cit., p. 95.

[103]

Par exemple : Cable (S.), Shriver (T.), « Production and Extrapolation of Meaning in Environmental Justice Movement », art. cit. ; ?apek (S. M.), « The “Environmental Justice” Frame… », art. cit. ; Gamson (W. A.), Talking Politics, op. cit. ; Gamson (W. A.), Fireman (B.), Rytina (S.), Encounters with Unjust Authority, op. cit. ; Johnston (H.), Snow (D. A.), « Subcultures and the Emergence of the Estonian Nationalist Opposition (1945-1990) », Sociological Perspectives, 41, 1998 ; Kubal (T. J.), « The Presentation of Political Self… », art. cit. ; Neuman (W. L.), « Negotiated Meaning and State Transformation: The Trust Issue in the Progressive Era », Social Problems, 45, 1998 ; Triandafyllidou (A.), Fotiou (A.), « Sustainability and Modernity in the European Union… », art. cit. ; White (A. M.), « Talking Feminist, Talking Black… », art. cit. ; Zdravomyslova (E.), « Opportunities and Framing in the Transition to Democracy: The Case of Russia », in McAdam (D.), McCarthy (J. D.), Zald (M. N.), eds, Comparative Perspectives on Social Movements Opportunities, Mobilizing Structures, and Framing, op. cit. ; Snow (D. A.), Miller (J.), « An Empirical Examination of Frame Articulation and Amplification », non publié.

[104]

Gamson (W. A.), Talking Politics, op. cit.

[105]

Snow (D. A.), Miller (J.), « An Empirical Examination of Frame Articulation and Amplification », non publié.

[106]

Snow (D. A.) et al., « Frame Alignment Processes, Micromobilization, and Movement Participation », art. cit.

[107]

McCallion (M. J.), Maines (D. R.), « The Liturgical Social Movement in the Vatican II Catholic Church », art. cit.

[108]

Gerhards (J.), Rucht (D.), « Mesomobilization… », art. cit.

[109]

McCallion (M. J.), Maines (D. R.), « The Liturgical Social Movement in the Vatican II Catholic Church », art. cit. ; Park (K.), « The Religious Construction of Sanctuary Provision in Two Congregations », art. cit. ; Reese (E.), « Maternalism and Political Mobilization: How California’s Postward Child Care Campaign Was Won », Gender and Society, 10, 1996 ; Skillington (T.), « Politics and Struggle to Define: A Discourse Analysis of the Framing Strategies of Competing Actors in a “New” Participatory Forum », British Journal of Sociology, 48, 1997 ; Weed (F. J.), « The Framing of Political Advocacy and Service Responses in the Crime Victim Rights Movement », art. cit. ; Williams (R. H.), « Constructing the Public Good… », art. cit. ; Zuo (J.), Benford (R. D.), « Mobilization Processes and the 1989 Chinese Democracy Movement », art. cit.

[110]

Paulsen (R.), Glumm (K.), « Resource Mobilization and the Importance of Bridging Beneficiary and Conscience Constituencies », National Journal of Sociology, 9, 1995.

[111]

Berbrier (M.), « “Half the Battle”… », art. cit.

[112]

Ibid.

[113]

Carroll (W. K.), Ratner (R. S.), « Master Framing and Cross-Movement Networking in Contemporary Social Movements », art. cit. ; Davies (S.), « From Moral Duty to Cultural Rights… », art. cit.

[114]

McCallion (M. J.), Maines (D. R.), « The Liturgical Social Movement in the Vatican II Catholic Church », art. cit.

[115]

Benford (R. D.), « Frame Disputes Within the Nuclear Disarmament Movement », art. cit.

[116]

Cornfield (D. B.), Fletcher (B.), « Institutional Constraints on Social Movement “Frame Extension”: Shifts in the Legislative Agenda of the American Federation of Labor (1881-1955) », Social Forces, 76, 1998, p. 1317.

[117]

Babb (S.), « “A True American System of Finance”… », art. cit., p. 1046.

[118]

White (A. M.), « Talking Feminist, Talking Black… », art. cit.

[119]

Ibid., p. 86.

[120]

Benford (R. D.), « Frame Disputes Within the Nuclear Disarmament Movement », art. cit.

[121]

Benford (R. D.), Framing Activity, Meaning, and Social Movement Participation…, thèse citée, p. 75.

[122]

Benford (R. D.), Hunt (S. A.), « Social Movement Counterframing and Reframing: Repairing and Sustaining Collective Identity Claims », communication à la conférence de la Midwest Sociological Society, Saint Louis, 1994.

[123]

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[124]

Benford (R. D.), Hunt (S. A.), « Social Movement Counterframing and Reframing: Repairing and Sustaining Collective Identity Claims », art. cit. ; Freudenberg (W. R.), Gramling (R.), « Middle-Range Theory and Cutting-Edge Sociology: A Call for Cumulation », Environment, Technology, and Society, 76, 1994 ; Zuo (J.), Benford (R. D.), « Mobilization Processes and the 1989 Chinese Democracy Movement », art. cit.

[125]

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[126]

McAdam (D.), « The Framing Function of Movement Tactics: Strategic Dramaturgy in the American Civil Rights Movement », in McAdam (D.), McCarthy (J. D.), Zald (M. N.), eds, Comparative Perspectives on Social Movements Opportunities, Mobilizing Structures, and Framing, op. cit. ; Meyer (D. S.), « Framing National Security… », art. cit.

[127]

Ellingson (S.), « Understanding the Dialectic of Discourse and Collective Action… », art. cit. ; Evans (J. H.), « Multi-Organizational Fields and Social Movement Organization Frame Content… », art. cit.

[128]

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[129]

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[130]

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[131]

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[132]

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[133]

Goffman (E.), Frame Analysis…, op. cit.

[134]

Benford (R. D.), « Frame Disputes Within the Nuclear Disarmament Movement », art. cit.

[135]

Ibid., p. 691.

[136]

Haines (H. H.), Against Capital Punishment…, op. cit.

[137]

Jessup (M. M.), « Legitimacy and the Decline of the 1920s Ku Klux Klan », Research in Social Movements, Conflicts and Change, 20, 1997.

[138]

White (A. M.), « Talking Feminist, Talking Black… », art. cit.

[139]

Clemens (E. S.), « Organizational Form as Frame: Collective Identity and Political Strategy in the American Labor Movement », in McAdam (D.), McCarthy (J. D.), Zald (M. N.), eds, Comparative Perspectives on Social Movements Opportunities, Mobilizing Structures, and Framing, op. cit.

[140]

Ellingson (S.), « Understanding the Dialectic of Discourse and Collective Action… », art. cit.

[141]

Ibid., p. 136.

[142]

Snow (D. A.), Benford (R. D.), « Alternative Types of Cross-National Diffusion in the Social Movement Arena », in Della Porta (D.), Kriesi (H.), Rucht (D.), eds, Social Movements in a Globalizing World, op. cit.

[143]

Jenness (V.), Broad (K. L.), « Antiviolence Activism and the (In)visibility of Gender in the Gay/Lesbian and Women’s Movements », art. cit.

[144]

Jenness (V.), « Social Movement Growth, Domain Expansion, and Framing Processes… », art. cit.

[145]

Jenness (V.), Broad (K. L.), « Antiviolence Activism and the (In)visibility of Gender in the Gay/Lesbian and Women’s Movements », art. cit., p. 417.

[146]

McAdam (D.), McCarthy (J. D.), Zald (M. N.), eds, Comparative Perspectives on Social Movements Opportunities, Mobilizing Structures, and Framing, op. cit.

[147]

Anheier (H. K.), Neidhardt (F.), Vorkamp (W.), « Movement Cycles and the Nazi Party… », art. cit. ; Benford (R. D.), Valadez (D. L.), « From Blood on the Grapes to Poison on the Grapes… » ; art. cit. ; Evans (J. H.), « Multi-Organizational Fields and Social Movement Organization Frame Content… », art. cit. ; Flam (H.), « Anxiety and Successful Oppositional Construction of Societal Reality: The Case of KOR », Mobilization, 1, 1996 ; Marullo (S.), Pagnucco (R.), Smith (J.) « Frame Changes and Social Movement Contraction… », art. cit. ; Johnston (H.), Snow (D. A.), « Subcultures and the Emergence of the Estonian Nationalist Opposition (1945-1990) », art. cit.

[148]

Mooney (P. H.), Hunt (S. A.), « A Repertoire of Interpretations… », art. cit.

[149]

Jasper (J. M.), The Art of Moral Protest, op. cit.

[150]

Goodwin (J.), Jasper (J. M.), « Caught in a Winding, Snarling Vine… », art. cit.

[151]

Ibid., p. 48.

[152]

Swidler (A.), « Culture in Action: Symbols and Strategies », American Sociological Review, 51, 1986.

[153]

Tarrow (S.), « Mentalities, Political Cultures, and Collective Action Frames: Constructing Meaning Through Action », in Morris (A. D.), Mueller (C. M.), eds, Frontiers in Social Movement Theory, op. cit., p. 189.

[154]

Tarrow (S.), Power in Movement, New York, Cambridge University Press, 1998, p. 118.

[155]

Berbrier (M.), « “Half the Battle”… », art. cit. ; D’Anjou (L.), Van Male (J.), « Between Old and New: Social Movements and Cultural Change », art. cit. ; Kubal (T. J.), « The Presentation of Political Self… », art. cit. ; Nepstad (S. E.), « The Process of Cognitive Liberation… », art. cit. ; Platt (G. M.), Fraser (M. R.), « Race and Gender Discourse Strategies: Creating Solidarity and Framing the Civil Rights Movement », Social Problems, 45, 1998 ; Taylor (V.), « Gender and Social Movements… », art. cit.

[156]

Davies (S.), « From Moral Duty to Cultural Rights… », art. cit.

[157]

Ibid., p. 9.

[158]

Coy (P. G.), Woehrle (L. M.), « Constructing Identity and Oppositional Knowledge… », art. cit. ; Ellingson (S.), « Understanding the Dialectic of Discourse and Collective Action… », art. cit. ; Evans (J. H.), « Multi-Organizational Fields and Social Movement Organization Frame Content… », art. cit.

[159]

McAdam (D.), « The Framing Function of Movement Tactics… », art. cit.

[160]

Walsh (E.), Warland (R.), Smith (D. C.), « Backyards, NIMBYs, and Incinerator Sittings: Implications for Social Movement Theory », Social Problems, 40, 1993.

[161]

NIMBY : Not in my backyard. [N. d. T.]

[162]

Ibid., p. 36-37.

[163]

Goffman (E.), The Presentation of Self in Everyday Life, Garden City, Anchor Books, 1959.

[164]

Benford (R. D.), Hunt (S. A.), « Dramaturgy and Social Movements… », art. cit. ; Kubal (T. J.), « The Presentation of Political Self… », art. cit.

[165]

Jasper (J. M.), Poulsen (J. D.), « Recruiting Strangers and Friends… », art. cit.

[166]

Gamson (W. A.), Meyer (D. S.), « The Framing of Political Opportunity », in McAdam (D.), McCarthy (J. D.), Zald (M. N.), eds, Comparative Perspectives on Social Movements Opportunities, Mobilizing Structures, and Framing, op. cit., p. 285.

[167]

Ibid.

[168]

Ibid., p. 287.

[169]

Diani (M.), « Linking Mobilization Frames and Political Opportunities: Insights from Regional Populism in Italy », American Sociological Review, 61, 1996.

[170]

Goodwin (J.), Jasper (J. M.), « Caught in a Winding, Snarling Vine… », art. cit.

[171]

Koopmans (R.), Dyvendak (J. W.), « The Political Construction of the Nuclear Energy Issue and Its Impact on the Mobilization of Anti-Nuclear Movements in Western Europe », Social Problems, 42, 1995.

[172]

Par exemple : Jasper (J. M.), The Art of Moral Protest, op. cit. ; Melucci (A.), Nomads of the Present, Philadelphia, Temple University Press, 1989 ; Snow (D. A.), Oliver (P. E.), « Social Movements and Collective Behavior: Social Psychological Dimensions and Considerations », in Cook (K. S.), Fine (G. A.), House (J. S.), eds, Sociological Perspectives on Social Psychology, Boston, Allyn and Bacon, 1995 ; Taylor (V.), Whittier (N.), « Collective Identity in Social Movement Communities: Lesbians Feminist Mobilization », in Morris (A. D.), Mueller (C. M.), eds, Frontiers in Social Movement Theory, op. cit.

[173]

Gamson (W. A.), « The Social Psychology of Collective Action », art. cit., p. 56.

[174]

Snow (D. A.), McAdam (D.), « Identity Work Processes in the Context of Social Movements: Clarifying the Identity/Movement Nexus », in Stryker (S), Owens (T.), White (R.), eds, Self, Identity, and Social Movements, New York, Aldine de Gruyter, 2000.

[175]

Hunt (S. A.), Benford (R. D.), Snow (D. A.), « Identity Fields… », art. cit., p. 185.

[176]

Ibid., p. 185.

[177]

Hunt (S. A.), Benford (R. D.), « Identity Talk in the Peace and Justice Movement », Journal of Contemporary Ethnography, 22, 1994.

[178]

Pour un compte rendu de ces travaux, voir : Giugni (M. G.), « Was It Worth the Effort? The Outcomes and Consequences of Social Movements », Annual Review of Sociology, 24, 1998.

[179]

?apek (S. M.), « The “Environmental Justice” Frame… », art. cit. ; Diani (M.), « Linking Mobilization Frames and Political Opportunities… », art. cit. ; Reese (E.), « Maternalism and Political Mobilization… », art. cit. ; Walsh (E.), Warland (R.), Smith (D. C.), « Backyards, NIMBYs, and Incinerator Sittings… », art. cit. ; Zdravomyslova (E.), « Opportunities and Framing in the Transition to Democracy… », art. cit. ; Zuo (J.), Benford (R. D.), « Mobilization Processes and the 1989 Chinese Democracy Movement », art. cit.

[180]

Cress (D. M.), Snow (D. A.), « The Outcomes of Homeless Mobilization: The Influence of Organization, Disruption, Political Mediation, and Framing », American Journal of Sociology, 105, 2000.

[181]

Fisher (W. R.), « Narration as a Human Communication Paradigm… », art. cit. ; Poletta (F.), « “It Was Like a Fever…”: Narrative and Identity in Social Protest », Social Problems, 45, 1998 ; Steinberg (M. W.), « Tilting the Frame… », art. cit.

[182]

Berbrier (M.), « “Half the Battle”… », art. cit. ; Jasper (J. M.), The Art of Moral Protest, op. cit.

[183]

Jasper (J. M.), The Art of Moral Protest, op. cit. ; Snow (D. A.), Cress (D. M.), Downey (L.), Jones (A.), « Disrupting the “Quotidian”: Reconceptualizing the Relationship Between Breakdown and the Emergence of Collective Action », Mobilization, 3, 1998.

[184]

Ellingson (S.), « Understanding the Dialectic of Discourse and Collective Action… », art. cit.

[185]

Johnston (H.), « A Methodology for Frame Analysis… », art. cit. ; Gerhards (J.), « Framing Dimensions and Framing Strategies: Contrasting Ideal- and Real-Type Frames », Social Science Information, 34, 1995.

[186]

Snow (D. A.), « Analyse de cadres et mouvements sociaux », in Céfaï (D.), Trom (D.), dir., Les Formes de l’action collective. Mobilisations dans des arènes publiques, Paris, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, 2001.

[187]

Jasper (J. M.), « L’art de la protestation collective », in Céfaï (D.), Trom (D.), dir., Les Formes de l’action collective…, op. cit.

[188]

Benford (R. D.), Hunt (S. A.), « Cadrages en conflit : mouvements sociaux et problèmes sociaux », in Céfaï (D.), Trom (D.), dir., Les Formes de l’action collective…, op. cit.

[189]

Par exemple : De Herdt (T.), Bastiaensen (J.), « L’Agencéité relationnelle », Revue du Tiers Monde, 2 (198), 2009.

[190]

Par exemple : Fauré (B.), « L’agentivité textuelle entre métatextualité et performativité : le cas des operguid dans l’industrie pétrochimique », Études de communication, 1 (34), 2010.

[191]

Vidal (J.), « La question de l’agency : puissance et impuissance d’agir et de penser en des temps obscurs » [en ligne : http://jeromevidal.blogspot.com/2010/07/la-question-de-lagency-puissance-et.html] ; Vidal (J.), « Agency et empowerment » [en ligne : http://www.revuedeslivres.fr/agency-et-empowerment/].

Résumé

Français

Ce texte est la traduction d’un article devenu classique sur l’analyse des cadres appliquée à la sociologie des mouvements sociaux, initialement publié par l’Annual Review of Sociology en 2000. La récente multiplication de travaux académiques sur les cadres de l’action collective et sur les processus de cadrage liés aux mouvements sociaux permet de constater que ces processus sont désormais considérés – de même que la mobilisation des ressources et les processus d’opportunités politiques – comme une dynamique essentielle pour comprendre la nature et l’évolution des mouvements sociaux. Cet article étudie en quoi ces travaux sont utiles pour analyser et comprendre les dynamiques des mouvements sociaux. Il éclaire en premier lieu la manière dont les cadres de l’action collective ont été conceptualisés ainsi que leurs caractéristiques et leurs variables. Il examine ensuite les travaux portant sur les dynamiques et les processus de cadrage. Après cela, il étudie les travaux portant sur les différents facteurs contextuels qui contraignent ou facilitent ces processus de cadrage. En conclusion, il rend compte des conséquences de ces processus de cadrage sur les autres processus liés aux mouvements sociaux ainsi que sur leurs résultats. Ainsi cherche-t-il à clarifier les liens entre les concepts et processus en lien avec la notion de cadrage et d’autres concepts et formulations théoriques qui relèvent des mouvements sociaux, tels que les notions de schème et d’idéologie.

English

Framing Processes and Social Movements: An Overview and AssessmentThis text is a translation of a well-known article from Robert D. Benford and David A. Snow initially published in 2000 in the Annual Review of Sociology. The recent proliferation of scholarship on collective action frames and framing processes in relation to social movements indicates that framing processes have come to be regarded, alongside resource mobilization and political opportunity processes, as a central dynamic in understanding the character and course of social movements. This review examines the analytic utility of the framing literature for understanding social movement dynamics. It first reviews how collective action frames have been conceptualized, including their characteristic and variable features. It then examines the literature related to framing dynamics and processes. Next it reviews the literature regarding various contextual factors that constrain and facilitate framing processes. It concludes with an elaboration of the consequences of framing processes for other movement processes and outcomes. It seeks throughout to provide clarification of the linkages between framing concepts/processes and other conceptual and theoretical formulations relevant to social movements, such as schemas and ideology.

Plan de l'article

  1. Présentation
  2. Les cadres de l’action collective
    1. Le cadrage comme construction de sens
    2. Caractéristiques des cadres de l’action collective
    3. Variabilité des cadres de l’action collective
  3. Processus et dynamiques de cadrage
    1. Développement, genèse et élaboration des cadres
    2. Diffusion des cadres
  4. Contraintes liées au contexte et facilitation
    1. Structure des opportunités politiques
    2. Opportunités et contraintes culturelles
    3. Effets du public
  5. Impact du cadrage sur les autres processus et sur leur dénouement
    1. Cadrage et opportunités politiques
    2. Cadrage et identité individuelle et collective
    3. Cadrage et dénouement des mouvements
  6. Conclusion
  7. Note sur la traduction. Par Nathalie Miriam Plouchard

Pour citer cet article

Benford Robert D., Snow David A.,  Plouchard Nathalie Miriam, « Processus de cadrage et mouvements sociaux : présentation et bilan », Politix, 3/2012 (n° 99), p. 217-255.

URL : http://www.cairn.info/revue-politix-2012-3-page-217.htm
DOI : 10.3917/pox.099.0217


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