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1Les campagnes de prévention et d’information ont été nombreuses. Le recours aux multithérapies s’est généralisé au milieu des années 1990, permettant à de nombreuses personnes de retarder, voir d’éviter l’entrée dans le SIDA. Néanmoins, la maladie semble continuer de progresser en France [1], avec, en 2006, plus de 130 000 personnes séropositives (porteuses du VIH) et 6 300 personnes infectées par le virus du SIDA [2]. Or, cette nouvelle évolution de l’incidence de la maladie ne touche pas dans la même mesure toutes les régions [3]. Il faut donc essayer de comprendre l’origine des différences régionales.

Le maintien des différences régionales relatives pour les hommes

2L’incidence masculine du SIDA varie beaucoup dans le temps : jusqu’en 1994, la hausse de l’incidence du SIDA reflète, bien qu’avec un décalage dans le temps, l’augmentation de l’incidence du VIH. Puis elle est suivie d’une forte diminution résultant de la généralisation du recours aux multithérapies. Ces dernières permettent aux personnes infectées par le VIH d’éviter ou de retarder l’entrée dans le SIDA. Elles empêchent donc de considérer la baisse de l’incidence du SIDA après 1994 comme résultat d’une diminution antérieure de l’incidence du VIH, mais plutôt comme un reflet de l’activité de dépistage et donc de l’accès aux traitements. La similitude de ces variations temporelles d’une région à l’autre se traduit globalement par un maintien des différences régionales relatives.

3Cinq niveaux d’incidence masculine du SIDA se distinguent en France métropolitaine :

  • l’Ile-de-France avec des niveaux d’incidence toujours très supérieurs aux régions de province,
  • PACA-Corse avec une incidence légèrement inférieure à l’Ile-de-France,
  • les autres régions du Sud pour lesquelles on observe une incidence proche de la moyenne nationale,
  • les régions de l’Ouest Atlantique,
  • les régions du nord et de l’est, beaucoup moins touchées.

Virus du Sida

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Virus du Sida

4Mais, depuis 2000, la diminution de l’incidence du SIDA a été telle que seules l’Ile-de-France et, dans une moindre mesure, PACA-Corse, se distinguent encore du reste de la France en matière d’incidence du SIDA.

Des évolutions régionales divergentes pour les femmes

5Pour les femmes, on observe la même évolution temporelle de l’incidence annuelle du SIDA : une augmentation jusqu’en 1994, puis une diminution ininterrompue. Au-delà d’un niveau entre 4 et 5 fois moindre, la géographie de l’incidence féminine du SIDA présente des différences régionales assez semblables à celles des hommes. Au cours des années précédent la généralisation des multithérapies, l’incidence du SIDA est très proche en PACA-Corse et en Ile-de-France. Puis, à partir de 2000, la baisse d’incidence observée en PACA-Corse diffère de la légère hausse observée en Ile-de-France. En conséquence, en 2003, se distingue, plus encore que chez les hommes, une Ile-de-France avec une incidence féminine très supérieure à celle des autres régions, la situation en PACA-Corse étant légèrement plus défavorable à celle du reste de la province.

Lexique

  • VIH : Virus de l’Immunodéficience Humaine, causant le SIDA. Le VIH, qui conduit au SIDA, se transmet par voie sanguine, sexuelle ou maternelle. Mais une personne séropositive n’est pas forcément malade du SIDA. Le VIH met en général plusieurs années avant de détruire les cellules du système immunitaire, chargé de défendre contre les infections. Le seul moyen de savoir si une personne est séropositive au VIH est de faire un test de dépistage.
  • SIDA : Syndrome d’Immunodéficience Acquise. Maladie causée par un effondrement des défenses immunitaires, ce qui favorise le développement de maladies dites « opportunistes ». On parle de SIDA dès qu’une personne, préalablement porteuse du VIH, a souffert d’au moins une première maladie « opportuniste ».
  • Incidence : nombre de nouveaux cas d’une maladie apparaissant dans un pays donné, pour une période donnée – en générale annuelle – sur une population bien définie. Elle s’exprime en taux et elle est généralement précisée par sexe.
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Incidence du SIDA en France selon les régions.

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1a. SIDA résultant d’une contamination homosexuelle ou bisexuelle chez les hommes 1b. SIDA résultant de l’usage de drogues par voie intraveineuse chez les hommes 1c. SIDA résultant de l’usage de drogues par voie intraveineuse chez les femmes 1d. SIDA résultant d’une contamination hétérosexuelle chez les hommes 1e. SIDA résultant d’une contamination hétérosexuelle chez les femmes

Incidence du SIDA en France selon les régions.

La géographie du SIDA résultant d’une contamination homosexuelle ou bisexuelle

6On peut distinguer quatre niveaux d’incidence masculine du SIDA issu de contamination homosexuelle ou bisexuelle :

  • l’Ile-de-France avec l’incidence la plus élevée,
  • les régions du sud, avec un niveau d’incidence proche de la moyenne nationale,
  • les régions de l’Ouest Atlantique,
  • les régions du nord et de l’est beaucoup moins touchées.
Or, malgré la forte diminution de ce mode de contamination grâce à la généralisation du recours aux multithérapies, l’Ile-de-France se distingue encore du reste du pays pour ce mode de contamination avec une incidence légèrement supérieure, mais de façon très peu marquée.

La géographie du SIDA résultant de l’usage de drogues par voie intraveineuse

7Dans le groupe de régions PACA-Corse, l’incidence du SIDA des hommes issu de l’usage de drogues par voie intraveineuse est la plus forte. On retrouve ensuite les quatre niveaux d’incidence masculine déjà constatés : l’Ile-de-France et l’Aquitaine un peu moins touchées, les autres régions du sud, au niveau de la moyenne nationale, les régions de l’Ouest Atlantique, ainsi que les régions du nord et de l’est beaucoup moins atteintes. La forte diminution de l’incidence de ce mode de contamination, grâce aux multithérapies, est telle que, depuis 2000, seule PACA-Corse et, dans une moindre mesure, l’Ile-de-France se distinguent encore du reste de la France. C’est donc dans le sud du pays que l’incidence de ce mode est la plus élevée : surtout PACA-Corse, et l’Aquitaine de façon importante avant les multithérapies.

8Comme pour les hommes, l’incidence du SIDA des femmes issu de l’usage de drogues par voie intraveineuse est prépondérante dans la région PACA-Corse. Depuis 2000, grâce aux multithérapies, après la forte diminution de l’incidence du SIDA résultant de ce mode de contamination du SIDA, seule la région PACA-Corse se distingue clairement du reste de la France en matière d’incidence féminine du SIDA pour ce mode. En conséquence, comme pour les hommes, l’incidence de la contamination du SIDA résultant de l’usage de drogues par voie intraveineuse chez les femmes est supérieure dans le sud (PACA-Corse et, dans une moindre mesure, le Languedoc-Roussillon).

La géographie du SIDA issu d’une contamination hétérosexuelle

9Les hommes d’Ile-de-France représentent une grande partie des cas de contamination hétérosexuelle du SIDA, car, en plus d’être la région la plus peuplée, l’incidence y est la plus élevée. Mais la diminution générale de l’incidence de ce mode de contamination, grâce à la généralisation des multithérapies, est suivie, contrairement aux autres modes de contamination, d’une forte reprise de l’incidence, principalement aux jeunes âges adultes. Cette reprise est notamment marquée en Ile-de-France : aussi, depuis 2000, l’écart entre l’Ile-de-France et les régions de province augmente de façon constante.

10Pour les femmes, l’incidence du SIDA résultant d’une contamination hétérosexuelle suit la même hiérarchie des régions que chez les hommes, avec le taux le plus élevé en Ile-de-France. Et, de même que pour les hommes, la diminution de l’incidence du SIDA issu d’une contamination hétérosexuelle prend fin dès 1998, pour laisser place à une reprise plus ou moins marquée selon les régions. De ce fait, en 2003, l’Ile-de-France se détache clairement avec un niveau d’incidence très supérieur aux autres régions, atteignant des niveaux jusqu’à 3 fois supérieurs que dans les régions de province.

Le rôle des étrangers

11Les étrangers ne sont pas spécifiquement plus touchés par une contamination homosexuelle ou bisexuelle, ou par une contamination résultant de l’usage de drogues par voie intraveineuse.

  • La contamination homosexuelle ou bisexuelle du SIDA est majoritairement française : la part de l’influence des étrangers dans l’incidence de l’ensemble des hommes est quasiment nulle pour ce mode de contamination car, d’après les déclarations d’entrée dans le SIDA, ce mode toucherait essentiellement les Français.
  • La contamination issue de l’usage de drogues par voie intraveineuse n’est pas sensiblement différente selon la nationalité.
  • En revanche, on constate une forte influence des étrangers dans la contamination hétérosexuelle du SIDA. Depuis 1998, la part de l’influence des étrangers dans l’incidence de l’ensemble des hommes augmente pour ce mode de contamination ; en effet, l’incidence de ce mode de contamination est plus faible chez les Français que chez l’ensemble des hommes, notamment en Ile-de-France. En outre, on ne distingue pas du tout de reprise de l’incidence pour ce mode chez les hommes Français, mais plutôt une diminution constante depuis l’arrivée des multithérapies. Ce mode de contamination touche donc de façon plus importante les étrangers ; en conséquence, la reprise de l’incidence du SIDA résultant d’une contamination hétérosexuelle depuis 1998 est, en réalité, le fait des étrangers, notamment en Ile-de-France. L’importance de l’incidence chez les étrangers pour le mode de contamination hétérosexuelle du SIDA peut s’expliquer car souvent les personnes ne sont pas conscientes du risque encouru, elles ne se font donc pas dépister, et n’ont du coup pas accès aux traitements. Bien souvent, elles apprennent leur séropositivité alors que le stade SIDA est atteint.
L’influence des femmes de nationalité étrangère dans l’incidence de l’ensemble des femmes est encore plus importante que celle des hommes étrangers, et suit la même évolution pour les mêmes raisons, à savoir une reprise depuis 1998, surtout en Ile-de-France. Comme il n’y a pas de reprise de l’incidence de ce mode de contamination chez les femmes françaises, celle résultant d’une contamination hétérosexuelle observée dans l’ensemble des femmes est donc due aux étrangères. Ainsi, les évolutions divergentes entre les femmes de PACA-Corse et celles d’Ile-de-France s’expliquent par la différence du pourcentage des étrangers dans les populations, notamment en Ile-de-France, et particulièrement en matière de contamination hétérosexuelle.

2

Somme annuelle (pour 100 000) des entrées dans le SIDA réduites[4] des hommes, selon la région

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Somme annuelle (pour 100 000) des entrées dans le SIDA réduites[4] des hommes, selon la région

© Population & Avenir – Chiffres INVS.
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Somme annuelle (pour 100 000) des entrées dans le SIDA réduites[4] des femmes, selon la région

3

Somme annuelle (pour 100 000) des entrées dans le SIDA réduites[4] des femmes, selon la région

© Population & Avenir – Chiffres INVS.

Notes

  • [1]
    France métropolitaine et départements d’outre-mer.
  • [2]
    Selon les estimations de l’Institut de Veille Sanitaire. Les analyses suivantes sont effectuées à partir de données agrégées de cet Institut.
  • [3]
    On va procéder à quelques regroupements de régions permettant de disposer d’un effectif suffisant pour faire une analyse statistiquement robuste, tout en respectant l’anonymat des malades.
  • [4]
    L’indicateur conjoncturel d’entrée dans le SIDA est une idée présentée par Christophe Bergouignan dans son rapport pour l’Habilitation à la Direction de Recherche, décembre 2004.
Mis en ligne sur Cairn.info le 01/02/2012
https://doi.org/10.3917/popav.688.0017
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