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Psychologie clinique et projective

2003/1 (n° 9)

  • Pages : 460
  • DOI : 10.3917/pcp.009.0227
  • Éditeur : ERES

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INTRODUCTION THÉORIQUE

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La pluralité des approches de la schizophrénie, ou des schizophrènes, n’a pas permis, à ce jour, la mise en évidence d’un paradigme explicatif consensuel. Comme l’évoque Bovet (1995) dans son séminaire, « rien dans le domaine de la schizophrénie n’est assuré : sa délimitation clinique est floue et controversée, on ne trouve aucune association fiable entre symptômes et lésions ou dysfonctionnements cérébraux quelconques, aucune association fiable avec un pattern quelconque de structure relationnelle familiale [...], aucun marqueur biologique ou neurophysiologique qui soit à la fois suffisamment sensible et suffisamment spécifique ». Néanmoins, la majorité des chercheurs concluent que la génétique aurait un rôle important dans l’étiolo-gie de la schizophrénie, même si la génétique est une condition nécessaire mais non suffisante du développement d’une schizophrénie.

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Depuis l’origine, le terme de schizophrénie et son corrélat « la dissociation » ont trouvé dans le temps et selon le courant de pensée différentes définitions. Deux grandes tendances se dessinent : le courant organiciste neuro-anato-physiologiste dont le précurseur fut Wernicke, et à sa suite Bleuler (Hulak, 2000) à qui l’on doit le terme de schizophrénie ; et un autre courant dynamique, psycho-analytique. Le premier courant, partagé par les chercheurs actuels en neurosciences, développe l’idée d’un déficit dans les fonctions cognitives de synthèse, Wernicke parlait de « séjonction » pour décrire l’éclatement des différentes fonctions mentales devenues indépendantes entre elles.

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Aujourd’hui, beaucoup d’auteurs s’accordent sur le principe de l’existence de troubles du spectre schizophrénique et d’une vulnérabilité pré-existante à l’éclosion schizoprénique (Andreasen, 1989 ; Exner, 1995), d’où l’idée d’un continuum entre pré-schizophrénie ou schizoïdie et schizophrénie au sens du DSM-IV. Cette idée que la schizophrénie est une complication, ou un mode d’évolution possible d’une pathologie de base est ancienne (Minkowski, 1927). C’est le thème de recherche présenté dans cet article avec la volonté de décrire les troubles de pensée schizophrénique et de les comparer avec ceux des pré-schizophrènes. Les indicateurs retenus et placés sur un vecteur changeraient alors non de nature mais d’amplitude.

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Nous avions illustré cette idée dans d’autres travaux (Rebourg, 2001a) à partir de l’analyse d’un cas unique en amont et en aval de la décompensation schizophrénique en repérant des constantes transversales entre les deux protocoles de Rorschach. L’observation d’adolescents accueillis dans notre service, entre 13 et 15 ans, pour des symptômes en premier lieu à valence polysémique (troubles du comportement, et/ou troubles de l’humeur) et suivis dans leur évolution jusqu’à l’éclosion d’une franche dissociation schizo-phrénique, nous a conduits à travailler dans des observations longitudinales sur les indicateurs précurseurs ou pré-dissociatifs de la pathologie en question. Nina Rausch de Traubenberg en 1957 parlait déjà de l’intérêt des études longitudinales et se posait la question : « Puisque nous parlons de phases, est-il possible de voir dans les trois groupes mis en évidence (jeunes schizophrènes présentant des caractéristiques différentes au niveau de l’interprétation quantitative et qualitative du Rorschach) des stades, ou correspondent-ils à des structures morbides différentes et quel est alors le pronostic ?»

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Notre analyse psycholinguistique des protocoles de Rorschach inspirée des travaux de Cosnier (1975) et de Rossel, Husain et Merceron (1986, 2001) remet en question l’équivalence posée entre quantité de signes pathologiques et gravité du trouble à la manière du DSM-IV, dans des « constellations de signes », approche atomiste et conception additive avec indépendance des signes entre eux. Au niveau des signes observés, la différence nous semble de nature qualitative et non quantitative. Ainsi, nous pouvons repérer des graduations possibles au sein d’un seul signe cognitif et établir une articulation en système ou structure, de signes dépendants les uns des autres (approche modulaire et structurale). « Pour Rorschach, et la plupart de ses continuateurs, seuls les mots substantifs ont statut de réponse, le contexte de ces mots ou les phrases sans “contenu” sont négligés [...], un tiers des mots sont codés et utilisés pour établir le psychogramme » (Cosnier, 1975).

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De fait, seule la fonction référentielle du message est retenue au Rorschach, faisant référence aux contenus, mais la fonction conative (expressions adressées à l’examinateur) et la fonction métalinguistique (réponses décrivant la structure physique des planches, comme par exemple : « C’est rouge et symétrique ») sont négligées. Or, certaines pathologies comme la schizophrénie vont privilégier, nous le verrons, la fonction métalinguistique.

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Nous avons développé dans nos travaux antérieurs l’intérêt de l’analyse des séquences linguistiques obtenues au Rorschach, dans leurs aspects syntaxique, sémantique et communicationnel (Rebourg, 2001b) afin d’y repérer les nuances qui font la différence dans le « comment c’est dit ». Nous avons pu, par cette approche, repérer les graduations possibles des signes cognitifs au Rorschach, comme :

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- la « perplexité » antérieure à la « certitude » délirante ;

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- la « fuite des images » antérieure à l’abstraction et la dissolution des formes ;

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- la « dissonance cognitive » (tiraillement entre deux tendances contradictoires mais sans résolution) antérieure à la discordance manifeste (équivalence non critiquée entre des antagonismes simultanés).

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Nous développerons ces thèmes dans le présent article.

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Beaucoup d’auteurs ont tenté des constellations de signes schizophré-niques : Perse et Massuyeau (1984), Bohm (1955), Palem (1969), Exner (1995), quand d’autres ont souligné l’intérêt de l’analyse de certaines particularités de langage et du lexique pour approcher la pathologie (Minkowska, 1956 ; Consoli, 1979 ; Cosnier, 1975 ; Rossel et coll., 1986). Nous rejoignons Rossel et coll. dans leur approche psycholinguistique d’inspiration piagétienne, mais nous ne nous attacherons pas, comme les auteurs, à définir le mode de relation d’objet, le type d’angoisse spécifique, et les mécanismes de défense propres à la structure de personnalité du sujet, qui concernent le champ de la psychanalyse.

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Notre intérêt pour l’approche de la schizophrénie est du côté de l’analyse des processus de pensée très inspirée des théories neurocognitives qui posent le problème de l’articulation entre cerveau et esprit, entre processus cérébraux et processus mentaux. L’objectif consiste à identifier des altérations du traitement de l’information sous-jacentes aux manifestations schizophré-niques sur le plan psycho-cognitif. Les informations réalisées concernent :

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- le champ de la perception ;

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- l’idéation ;

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- le langage et la communication.

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Reprenant les travaux très éclairants de Musiol et Trognon (2000) sur l’approche pragmatique en psychopathologie cognitive, qui prend le langage et la communication comme domaines princeps d’investigation, nous analyserons « la production contextuée » (Trognon) que représente un protocole de Rorschach, dans le champ des troubles du spectre de la schizophrénie. Deux sujets, un locuteur schizophrène ou pré-schizophrène et un destinataire-psychologue vont définir un contexte et des règles tacites de communication autour d’un matériel (le test de Rorschach) à la fois répétitif (dix planches symétriques et aux formes fortuites) et variable (planches achromatiques et chromatiques), à l’interface de la perception et de la projection.

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Cette expérience perceptive et discursive, guidée par un but, une intention préalable, un contexte, sera évaluée dans ses différentes modalités pour observer, comme Wawrzyniak (1986), que « dans la psychose, ce sont les outils de l’image et du langage qui sont cassés ». L’expérience de la clinique nous amène à ajouter qu’il n’y a pas « que la suite faite aux fausses notes qui compte : ce qui leur précède compte énormément » (Wawrzyniak reprenant un propos de Miles Davis). Ce propos vient au soutien de l’idée qu’un dysfonctionnement cognitif préexiste à l’éclosion schizophrénique, que nous analyserons sans intention d’une recherche radicale de prédictibilité des signes étant donné la plasticité cognitive liée à l’âge des sujets d’étude.

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Nous avons travaillé sur un corpus de 170 séquences linguistiques extraites de 40 protocoles de sujets schizophrènes, âgés de 18 à 25 ans. 15 sujets parmi les 40 retenus avaient été évalués quelques années auparavant en amont de la décompensation schizophrénique. Nous exposerons les constantes et les variations observées au Rorschach dans une analyse transversale des protocoles, en définissant en première partie les caractéristiques des processus de pensée schizophréniques.

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Les séquences linguistiques ont été choisies en fonction de leur lisibilité, de leur « scriptibilité », terme emprunté à Roland Barthes, c’est-à-dire de leur connotation sémantique, du pouvoir que le clinicien a de leur donner un sens. Un protocole de Rorschach n’est pas un texte uni et lisse : certains fragments de discours sont évocateurs de sens, quand d’autres le sont moins.

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Les formes de schizophrénie présentes à la clinique étaient simples ou paranoides, mais sans troubles affectifs surajoutés. Nous pensons que, dans la schizophrénie, il est plus question de moments productifs et de moments déficitaires en alternance dans l’histoire d’un même sujet, que de familles clairement distinctes et différenciées.

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Dans une première partie, nous définirons les caractéristiques rencontrées dans la population des schizophrènes et les comparerons, dans une seconde partie, à l’échantillon de nos pré-schizophrènes ou schizoides.

TROUBLE DES PROCESSUS DE PENSÉE CHEZ LES SCHIZOPHRÈNES

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Nous avions dit, reprenant les termes de Trognon (2000), que la réponse Rorschach est à considérer comme une « production contextuée » dans un cadre spécifique à l’intérieur duquel un sens et une finalité vont se dessiner. La production discursive au Rorschach impliquerait donc :

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- Une représentation du sens de sa propre action ;

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- Un traitement de la situation en termes contextuels ;

26

- Une activité inférentielle consistant à attribuer des contenus mentaux et intentionnels à autrui pour ajuster son discours à ce contexte (Georgieff,

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1999).

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Beaucoup de travaux dans le champ des sciences neurocognitives abordent la question d’un trouble du contexte dans la schizophrénie. Rochester, Martin et Thurston (1977), précurseurs d’une hypothèse en faveur d’un déficit dans les stratégies sémantico-pragmatiques des schizophrènes, ont montré que ceux-ci avaient une certaine inaptitude à gérer le « contexte dialo-gique », notamment par l’emploi de référents incertains (Musiol, Trognon, 2000). Les fragments discursifs sont alors déliés des actes de langage du psychologue.

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Exemple (à l’enquête) :

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- Question du psychologue : « Vous avez parlé d’un chat ici ?»

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- Réponse du schizophrène : « Oui, ma grand-mère aime les jardins »

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Cohen et Servan-Schreiber (1992) font état d’une difficulté accrue des schizophrènes si l’exercice cognitif demande un traitement complexe (ex : détection d’une répétition comme la symétrie au Rorschach) nécessitant une analyse constante du contexte. « Les schizophrènes n’exploiteraient pas la redondance des stimuli. Il en résulterait une difficulté à sélectionner et exploiter les informations pertinentes. La pertinence est définie ici par rapport à un plan d’action, un but ou une intention qui constituent les critères de sélection des stimuli et des réponses » (Georgieff, 1999).

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Dans les protocoles de Rorschach, nous remarquons les commentaires itératifs autour de la symétrie ou du matériel (des taches d’encre) accompagnés de manifestations d’étonnement, et ceci à plusieurs planches successives, témoignant de la non-intégration des expériences antérieures et de la stéréo-typie cognitive. L’évidence n’est jamais intégrée puis stockée dans la mémoire pour ensuite utiliser l’énergie de penser dans l’exploration de nouvelles données. Inlassablement et de façon répétitive, le schizophrène traite ce qui n’est plus à traiter et néglige ce qui devrait être pris en compte.

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Les schizophrènes exploitent mal le contexte situationnel pour lever les ambiguïtés (Cohen, Servan-Schreiber, 1992 ; Hardy-Bayle, 1992) et en position de locuteur ils ne respectent pas les règles pragmatiques de conversation. Ils s’avèrent peu aptes à communiquer à l’interlocuteur les informations pertinentes comme s’ils ne se représentaient pas le savoir du destinataire. Or, l’activité de communication présuppose un sujet capable de se représenter les états mentaux d’autrui (Musiol, 1999), ce que le schizophrène ne peut faire. Le locuteur ne peut tenir compte des intentions de l’auditeur parce qu’il perd le sens de sa propre pensée, ce que nous verrons plus tard. De fait, le traitement d’un discours schizophrénique par un auditeur « normal » apparaît particulièrement coûteux, imposant des contextualisations permanentes (Swartz cité par Musiol, 1999).

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Ce que Ricœur nomme « l’idemté » et Aulagnier (1984) la « mêmeté », à savoir se retrouver dans l’autre comme un semblable, est ici perdu. On le retrouve dans ce défaut de sens commun propre au schizophrène, c’est-à-dire à la perte du sens de ce qui est adéquat. Cette perte du sens commun pousse certains schizophrènes ou membres de l’entourage, voire le testeur à abuser de lieux communs, de clichés, tant l’évidence fait défaut. Nous savons en tant que testeur comment certains schizophrènes, le temps de l’enquête au Rorschach, nous amènent à poser des questions absurdes ou tautologiques, analysées en tant que telles dans l’après coup. Le système question/réponse à l’enquête amène à des « débrayages conversationnels » ainsi définis par Musiol et Trognon, montrant chez le locuteur schizophrène une inaptitude à « ajuster sa parole à la pensée source » initiatrice, et à l’acte de langage de l’interlocuteur ainsi qu’au contexte situationnel. Musiol et Trognon parlent de « non congruence dialogique ».

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L’absence de coordination discursive très bien décrite dans les travaux de ces auteurs sur la pragmatique montre l’inaptitude à gérer le « contexte dia-logique » et l’incapacité à connaître les intentions du testeur et à s’ajuster à la pensée source. Dans leurs énoncés au Rorschach, les schizophrènes se particularisent par des ruptures intra- et inter-énonciatives, des changements inopinés de sujet, des enchaînements par contiguïté et des décrochages conversationnels (Pachoud, 1992). Il y a à la fois « rupture illogique de linéarité discursive » et « rupture illogique de rationalité thématique ».

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Ex : I : « Un scarabée, le diable, quelque chose de tragique, une tache, la vie ».

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L’accordage affectif (Bovet, 1995 ; Stern, 1985) ou le partage intersubjectif des affects et des pensées fait alors défaut, ce que les auteurs nomment « les processus d’amodalité ». Le contexte très particulier du Rorschach propose un espace transitionnel comme en parle Pelsser (1978) : un espace ni conforme à la réalité, ni créé de toutes pièces, un « lieu de repos précieux de l’illusion ».

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Consoli (1979) parle d’un matériau offert par la planche qui, au lieu d’être accepté comme un simple support pour l’imagination du patient, peut être considéré par ce dernier comme une réplique infidèle d’une réalité extrinsèque que le sujet doit s’efforcer de « re-présenter » une nouvelle fois. Nous citons Consoli :« La fiction n’est plus ici un jeu de possibilités créatrices, mais une divination, une exhumation [.]. La réponse serait là, depuis un temps immémorial, texte sacré à exhumer et à proférer tel un oracle et qu’il faudrait deviner, reconstituer face à l’examinateur ».

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Les rorschachiens parlent « d’absence de conscience interprétative »:

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Exemples :

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IV : « Il y a beaucoup de formes là-dedans, mais je n’arrive pas à les reconnaître »; IX : « Donc là il y a quelque chose de caché par le vert, mes yeux diraient une forme mais laquelle je sais pas ».

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Le psychotique a de la difficulté à se situer dans le registre du transition-nel, là où les choses sont sans être vraiment et là où les choses ne sont pas, tout en étant (Pelsser, 1978). Il ne parvient pas à prendre le symbolique pour ce qu’il est vraiment et à « considérer le symbolisant et le symbolisé comme reliés et distincts ». Zenoni (1973) dit : « Le psychotique n’a pas à sa disposition ce domaine réservé où les représentations peuvent être sans être vraies. Son discours est fou parce qu’il ne sait pas prendre vis-à-vis de ses idées l’altitude de la fiction ».

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Comment sera envisagé par le schizophrène cet espace perceptivo-projec-tif, ou transitionnel qu’est le Rorschach ? Nous aborderons deux champs :

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- Le champ du visible, ou champ du perceptifavec toutes les questions posées par le schizophrène : est-ce moi qui vois ce qui est vu ? (référence à la métareprésentation et à l’implicite) ; ce que je vois existe-t-il ? Avec ce constat que ce qui est vu ne peut être pensé par le sujet et ne tient pas dans le temps (fuite des images et abstraction de la forme). L’énergie de pensée vise alors à construire l’évidence dans une alternance entre hyperréalisme déjà cité par d’autres auteurs et interprétativité arbitraire.

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- Le champ de l’invisible ou champ des idées : De façon paradoxale, ce qui est pensé est vu, l’idée prend forme dans des « concrétisations d’idées abstraites » qui deviennent au sens propre des vues de l’esprit. La para-doxalité marque des contenus où cohabitent des contradictions.

Le champ du visible

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Dès l’énonciation de la consigne au Rorschach, certains schizophrènes se trouvent confrontés à l’ambiguïté qui existe pour eux autour des termes « voir, imaginer, penser », d’où des questions du type : « Je dois dire ce que je vois ou à quoi je pense ? » « Je dois dire ce que je vois ou à quoi ça ressemble ? » « À quoi ça ressemble ou ce que j’imagine ? »

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La perplexité est fréquente : la formulation « Je ne sais pas » itérative et stéréotypée, non pathognomonique de la schizophrénie, sera couramment accompagnée de commentaires faisant état d’un sentiment de bizarrerie ou d’étran-geté face au matériel jugé : « bizarre », « spécial », « pas connu », « pas réel », « pas normal », « inhabituel », « surnaturel », « préhistorique », « futuriste », « pas encore né », etc.

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Consoli (1979) avait mis en évidence un « jeu d oscillations, de répétitions, de transformations graduées d un noyau sémantique initial », ce que nous retrouvons au Rorschach :

50

Ex : VIII : « C’est un loup, non pas un loup, un lion, non une lionne, un félin, un rat, non une souris, alors un chat peut-être, je ne sais pas ».

51

Cette perplexité témoigne de l inaptitude ou de la difficulté à mettre en place un percept continu dans le temps et ferme quant à ses limites, mais les troubles de la représentation du monde des objets visibles vont jusqu’ à un questionnement en amont de la perception, à savoir : qui voit ? La parole comme la perception du schizophrène restent soumises à une incertitude fondamentale quant à celui qui en serait l’auteur : Qui parle, et au nom de qui ? Qui est l’auteur du discours qui s’énonce ?

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Le fait marquant est l existence d une rupture entre la sensorialité (impression que quelque chose se passe au Rorschach) et l’attribution d’une forme, d un sens, aux stimuli présentés.

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Ex : I : « Je crois voir quelque chose mais je ne sais pas si je le vois ».

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Des énoncés de ce type ont été pointés 29 fois sur les 170 séquences linguistiques analysées. Dans la schizophrénie, il n’ y a plus de locuteur ou d « actant » comme disent les linguistes. Le sujet ignore qu’ il est à l origine de sa réponse. La perception est remise en question et plus encore « l appareil à penser les pensées » (Bion). Qui pense ? Qui voit ? Qui sent ? Cette absence de métareprésentation ou rupture entre le sujet et sa perception est patho-gnomonique de la schizophrénie.

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Nous avions développé dans des travaux antérieurs (Rebourg, Ertle, 2001) la notion d’implicite pour illustrer la rupture ou « Spaltung » ou dissociation entre différentes fonctions psychiques. Nous entendions par implicite que quelque chose est perçu par le sujet, mais non reconnu comme lui appartenant. Le sujet aurait l’intuition d’une forme, ceci de façon immotivée, comme si l’engramme perceptif, de façon éphémère et fugace, sollicitait la mémoire puis s’effaçait.

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Exemples :

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III : « J’ai une impression d’animal, mais je sais pas si je le vois »;

58

VIII : « Une fleur, je sais pas pourquoi, c’est dans ma tête mais je sais pas si je le vois »;

59

IX : « Ça vient de me faire penser à une fleur mais pourquoi je la vois pas »;

60

V : « Un papillon, pourquoi j’ai dit un papillon là »;

61

VIII : Une ascension, je sens ça c’est tout »;

62

II : « Un craquement, je vois rien, ça se casse là ».

63

On ne peut concevoir une pensée sans un sujet pensant et un objet pensé. Or, l’approche cognitive telle qu’initiée par Frith (1996) suggère que cette méta-représentation (c est-à-dire représentation de l acte de représentation lui-même ou de l intention de l acte) ferait défaut dans la schizophrénie. L’hypothèse pour les cognitivistes (Pachoud, 1992) serait qu’il existe un trouble d appréhension de la visée intentionnelle de ses actes chez le schizophrène, responsable des troubles de la communication : absence de méta-représentation de ses propres actes, pensées et affects, et absence de métare-présentation des actes d autrui. La lecture neuropsychologique de la schizophrénie a pour intérêt de montrer comment cette approche cognitive des troubles conduit à la question fondamentale de la conscience de l’action (Widlöcher, 1986).

64

Le sujet « normal » est a priori susceptible d intentionnalité subjective de l expérience discursive, au sens où celle-ci est associée à une « capacité méta-représentationnelle ». Musiol (1999) dit : « De nombreux symptômes positifs chez le schizophrène relèveraient d un dysfonctionnement de la conscience de l action intentionnelle, de sorte que le patient confondrait ses propres actions avec celles d autrui et ne les concevrait plus comme une conséquence de sa propre volonté ». Le locuteur schizophrène perd le sens de sa propre pensée et perception, et vit le drame de « l inquiétante énigme de l origine de l énonciation » (Maleval cité par Wawrzyniak, 2000).

65

Exemples :

66

I : « À vrai dire, un grand papillon je crois, mais là je vois rien, y’a rien, ça peut pas être un papillon, pourquoi j’ai dit papillon »;

67

VII : « Quand je force mes yeux, mes yeux pensent à Pâques, mais je sais pas pourquoi ».

68

L’observation des neuropsychologues selon laquelle l’intégration entre données endogènes (mémoire) et exogènes (un percept au Rorschach) serait particulièrement mise en question par la clinique schizophrénique, éclairerait les exemples précités.

69

Les symptômes schizophréniques de premier rang (hallucinations, automatismes mentaux) montreraient une dissociation fonctionnelle entre la perception et l intention ou la conscience de percevoir. Rorschach avait déjà pressenti que l on puisse définir la perception comme une assimilation associative d engrammes disponibles (souvenirs) à des complexes de sensations récentes (perception au test) : « C est cette perception intérieure d une équivalence imparfaite entre le complexe de sensations et l engramme qui donne à la perception le caractère d une interprétation ». Or, chez le schizophrène, « l’interprétation » cède au profit du caractère implicite des éprouvés, d’origine obscure.

70

Dans les exemples d’intuition de senti, les éprouvés sont isolés les uns des autres, « hallucinatoires » et dissociés du contenu visible :

71

IV : « Un sentiment de guerre, de violence, on le retrouve pas sur le dessin mais je le sens »;

72

VIII : « Je ressens la liberté mais je sais pas ce que c’est ça »;

73

II : « De la douleur là, et je sais pas ce que c ’est »;

74

VIII : « Une ascension, je sens ça, c’est tout »;

75

II : « Un craquement, je vois rien mais ça se casse là »;

76

IX : « Qu’est ce que ça peut être ça, ça a l’air dur, c’est tout frappé dans la masse, c est tout ».

77

À partir d’un stimulus impossible à identifier, nous trouvons l’idée d’une rupture entre perception visuelle et perception proprioceptive, alors que la « normalité » voudrait un accordage entre des perceptions provenant simultanément par des canaux sensoriels différents. Bovet (1995), de façon très intéressante, expose cette possible entrave dans les capacités d amodalité du jeune enfant, futur schizophrène, et évoque un possible dysfonctionnement très précoce (avant un an) de cette amodalité qui, dans un développement harmonieux, permet de coordonner les sensations entre elles et les sensations avec les mots correspondants.

78

Au Rorschach, les perceptions sensorielles, visuelles et proprioceptives sont sollicitées de concert. La réponse adaptée au Rorschach est donc à considérer comme un processus intégré des différentes fonctions avec leur synthèse simultanée. À l’inverse, dans la schizophrénie nous observons une approche séquentielle discontinue avec le traitement isolé des différentes perceptions visuelles, proprioceptives. Les différentes perceptions s isolent et laissent le sujet dans une perplexité inquiète quant à l origine de ses éprouvés.

79

Dans l analyse du champ du perceptif et du visible opéré par les schizophrènes, nous aborderons la question de la fuite des images. Cette référence au fait qu’une image surgit puis disparaît de la conscience nous amène à introduire cette notion largement développée par le courant phénoménologique et les travaux de Wawrzyniak (1986, 2000). Nous observons dans notre corpus l énonciation très fréquente de réponses sous forme de listing où les contenus se succèdent sans syntaxe et se dévident.

80

Exemples :

81

I : « Un lézard géant, un crabe, un hippopotame, Satan, un scarabée »;

82

VIII : « Un mélange de quelque chose, un chat, pas un chat, un puma ou un lion, non une lionne, quelque chose ».

83

Ce phénomène est répertorié 77 fois sur notre corpus de 170 énoncés dont 55 portent la marque, au terme de la réponse, de l’abstraction de la forme.

84

La forme se détériore, prend un caractère indéterminé, vague, puis ne tient pas dans le temps, se dissipe, ne laissant qu’ une trace approximative pour aboutir à un graphisme élémentaire en termes de verticale, horizontale et couleurs. Nous parlerons d un défaut de fixateur, pour emprunter un terme au langage photographique.

85

Exemples :

86

IV : « Elle fait peur, on voit beaucoup de choses dedans, bizarre à cause de trop de formes dedans, je ne sais pas expliquer »;

87

IX : « Je pensais et je pense toujours à une forme tout court »;

88

X : « Je voulais voir, j’ai vu mais je sais pas, je vois plus rien »;

89

II : « Ça aurait pu devenir une autre forme mais je le vois pas »;

90

I : « Une tête, et plus on regarde moins ça fait penser à une tête ».

91

La rapidité de passage des formes dans la conscience sans pouvoir en fixer une de façon ferme est très explicite ici. Les phénoménologues abordent la question de la temporalité discontinue dans la schizophrénie, qui ne permet pas la permanence et la durée de l image, ni le sentiment d identité personnelle ou de conscience de soi continue.

92

Wawrzyniak (1986) cite Hume : « L identité personnelle est une fiction. Nous n’ existons pas, nous ne sommes qu’ une suite de sensations, de perceptions [.]. À l inverse du sujet normal, qui fait sien le flux de ses perceptions, flux unifié par un soi durable, le sujet schizophrène vit une dislocation continuelle de son être au monde ». Une des composantes essentielles de notre sentiment d identité est sa trame temporelle : la temporalité explorée au niveau philosophique par Heidegger (1927), au niveau psychopathologique par Minkowski (1968) et au niveau neurophysiologique par la théorie de la mémoire et de la conscience (Edelman, 1992). Le schizophrène vit « la folie d une existence faite d une suite de moments sans que la durée ne parvienne à établir la continuité nécessaire à l avènement du sentiment de réalité ». Wawrzyniak parle du schizophrène comme d un « Sisyphe de la durée vécue ». Il différencie clairement les images sujettes à transformation des adolescents « normaux », des images des délirants. Dans le premier cas, non pathologique, « l image ne se dissout pas, elle laisse plutôt place à une autre sur le mode de l alternative et de l instantanéité. De plus, les adolescents, non schizophrènes, sont tout à fait conscients de ces transformations ».

93

Dans notre corpus d énoncés, la fuite des images donne lieu à des listings hétérogènes où des substantifs s égrènent sans syntaxe, hétéroclites, faisant éclater la classification élémentaire. Les catégories sont atteintes dans un mélange des classes et la contextualisation fait défaut.

94

Exemples :

95

I : « Un papillon, une araignée, un œuf fécond, quelque chose de tragique sur fond blanc »;

96

V : « Un ibis, une chauve-souris, un cafard, un aigle, un escargot avec des ailes, après je ne sais plus, ça se passe au milieu, l ibis je le vois plus ».

97

Les contenus défilent dans un mélange de catégories abstraites et concrètes, sans commentaire ni mots de liaison permettant l explicitation du propos, sans mot adressé à l interlocuteur qui se retrouve face à un message linguistique hermétique, « surréaliste », à la manière des « cadavres exquis », donnant lieu parfois à des effets poétiques non voulus. Les mots, les contenus ne respectent plus le principe de contextualisation dans un récit où tout peut être dit sans sélection pertinente ni hiérarchisation, ni classement, sans schéma narratif.

98

L’absence d’isotopie du corpus des énoncés ou absence d’homogénéité sémantique ne permet pas une tonalité de base perceptive maintenue tout au long du protocole, qui lui donnerait un certain ton, une certaine couleur. Ou bien, à l inverse, peut-être devrions-nous considérer cette absence d isotopie comme la couleur particulière de l expression de la discordance ? Dans un article sur l identification et la qualification au Rorschach (Rebourg 2001b), nous disions que « lorsque l isotopie fait défaut nous parlons d hétérogénéité sémantique avec des ruptures d ambiance dans le protocole, amenant à des effets de dissonance cognitive et affective ». Le discours schizophrénique est elliptique, sans fonction cardinale pour un minimum d intelligibilité, sans développement de l axe syntagmatique. Les ruptures dans l enchaînement - ou « anacoluthe » (Dupriez, 1984) - avec la suppression de toutes les conjonctions — ou « asyndète » - ou bien un piétinement syntagmatique avec une circularité du propos et des stéréotypies rendent le propos hermétique.

99

« Ce qui fait surgir un mot à la conscience dépend de son contexte verbal. Le contexte d un mot peut influencer son sens dans la mesure où certaines de ses associations sont momentanément renforcées, tandis que d autres reculent et deviennent moins disponibles. Ainsi, certains types d associations paraissent fort improbables du fait de leur faible occurrence dans un même contexte [...]. Les psychotiques semblent moins sensibles à la force associative de certains mots dans la langue. Pour eux, tout mot peut toujours être associé à un autre, même si les liens associatifs unissant ces signes nous paraissent extrêmement relâchés » (Braccini, Bertagni, 1980). Les auteurs citent les associations par contiguïté extrêmement fréquentes dans les listings de mots, ce que nous retrouvons.

100

Ex : II : « Une blessure, une maladie, du sang, un vampire, Adjani » (référence à l’actrice dans le rôle de Nosferatu).

101

Le dévidement des contenus alterne avec des superpositions d’images ou contamination : le temps nécessaire pour l installation du percept étant absent, les formes se superposent et amènent à des contenus hybrides, improbables.

102

Exemples :

103

IV : « Une espèce de monstre sanglier, chien, ça peut faire d une multitude de têtes »;

104

VIII : « Un mélange de quelque chose pour moi, un chat-lion »;

105

V : « Je vois un papillon avec des ailes de chauve-souris, un papillon rongeur ».

106

Dans le champ du visible, les contractions de différentes formes en une seule pour aboutir à un amalgame hybride (contamination) et le dévidement des contenus jusqu’ à la dissolution des formes sont très caractéristiques de la population des schizophrènes. Exner (1993) donne la pondération maximum de 7 à la contamination, une des 6 cotations spéciales de son système synthétique, indicateurs de troubles de la pensée. « La contamination patho-gnomonique pour lui de la schizophrénie obéit à un principe voisin de celui qui conduit à certains néologismes : tous deux sont issus d un télescopage » (Fleig, Rebourg, 1989). Nous avons relevé dans notre corpus 6 contaminations. Le phénomène, même s il est pathognomonique de la schizophrénie, est rare en fréquence statistique (4%), à l’inverse de la fuite des images et de l’abstraction des formes (42%).

107

Dans la dissolution progressive de la forme, les contenus se dévident, de plus en plus indéterminés, puis résidus d une vague trace formelle, donnée purement physique et abstraite et non plus image stockée dans la mémoire y prenant sens. Wawrzyniak citant Delaunay (2000) évoque le mécanisme de la « Spaltung » qui préside un processus de dévidement, une logique du vide et qui aboutit à la dissolution des formes : « Celles-ci s altèrent, se transforment, se schématisent, là où “le réel” ne peut être analysé que du point de vue abstrait ».

108

Exemples :

109

VII : « On voit, y’a deux êtres qui s’observent, c’est difficile à définir, ça peut être des bêtes, ça n’ a pas l air humain, ça se voit, des formes en fait c est tout »;

110

VII : « Ça me fait penser à des petits fours, ce sont les restes, ils n’ont pas deforme, rien »;

111

VII : « Sur cette image, je vois Napoléon Bonaparte, enfin le chapeau, non les épaulettes, enfin une forme blanche »;

112

VIII : « Un conifère saupoudré de neige, il n’ y a pas de conifère mais il reste la neige, le blanc là »;

113

VI : « Une croix avec le Christ dessus, on le voit très bien, non juste la tête, aussi le corps enfin non la croix, une ligne verticale et une ligne horizontale »;

114

V : « Ça me rappelle un escargot, les antennes seulement, peut-être la coquille, on la voit pas, je dirai un escargot sous une feuille, on le voit pas »;

115

II : « Un chat, des moustaches, des traits horizontaux »;

116

II : « Une forme de danse, des danseurs peut-être, juste la forme de danse »;

117

V : « Ça, une chauve-souris, un oiseau, un volatile noir, je sais pas, une tache »;

118

VI : « Un chat, peau de chat, peau de renard, des moustaches, une forme »;

119

VI : « Je vois presque une peau de renard étendue sur le carton, la peau je sais pas

120

mais l’ensemble de couleurs grisâtres ».

121

Cette dévitalisation progressive de la forme très présente dans les protocoles de schizophrènes renverrait au vécu de déréalisation. Le réel se démantèle, perd sens et fixité et renvoie le sujet à sa propre perplexité.

122

L’importance accordée par le schizophrène à l’appréhension perceptive du matériel a maintes fois été soulignée par les auteurs y voyant - pour ceux du courant psychanalytique - un mécanisme de défense « pour éliminer tout apport subjectif » (Chabert, 1987 ; de Tychey, 1986). « Nous voyons une tendance visible dans la limitation de l expression verbale. Aux interprétations sont substituées de simples considérations intellectuelles et lointaines. À propos de ces réponses, comme détachées de la personne, nous voyons autant d essais d éloigner le contact direct des choses et de prouver l attraction vers le formel, le rigide » (Rausch de Traubenberg, 1957).

123

Quant à nous, nous nous rangeons du côté de l avis des neuro-cognitivis-tes qui estiment peu adéquat de considérer les symptômes négatifs comme une stratégie d’adaptation, si celle-ci ne permet pas au patient de mieux fonctionner (Frith, 1996). Le « défaut » du schizophrène consisterait en un dysfonctionnement très primaire au niveau de l enregistrement de l information et du réel, au premier temps du « recevoir les données du réel », en amont du « concevoir les données », pour reprendre les catégories phénoménologiques citées par Minkowski. « Il faut commencer par recevoir les données du réel pour finir par les concevoir et pouvoir créer ainsi une réalité, notre réalité » (Wawrzyniak, 2000).

Le champ de l’invisible ou champ des idées

124

Nous avions énoncé un paradoxe observé dans la population des schizophrènes, à savoir que ce qui doit être mis en forme ne peut être pensé et reçu comme une évidence par le sujet et, à l inverse, ce qui appartient au champ de l invisible, à savoir le monde des idées et des émotions, est sans difficulté « perçu » par le sujet, réalisant des « concrétisations d idées abstraites » ou vues de l esprit au sens propre. Cette inversion, très caractéristique de la schizophrénie, est très présente dans notre corpus d énoncés (34 énoncés sont répertoriés, soit 28% de l’échantillon).

125

De nombreux auteurs avaient évoqué bien avant nous l existence patho-gnomonique des « concrétisations » (Rossel, Husain et coll., 1986, 2001 ;

126

Weiner, 1966 ; Klopfer, 1954 ; Holt et Havel, 1960 ; Perse et Massuyeau, 1984 ; Exner, 1995 ; Chabert, 1987). Parler de concrétisations d’idées abstraites amène à rappeler les rapports entretenus entre symbolisant et symbolisé. Les mots de la langue ont valeur de symbole parce qu’ ils renvoient aux choses. « Il existe de la sorte un rapport de représentation entre les mots et les choses qui fait que ceux-ci sont à la fois reliés et distincts [...]. Le mot rend la chose présente mais seulement d une certaine façon puisque cette dernière reste finalement absente en réalité. Le symbole sépare et met ensemble. Le sens du symbole se découvre dans ce qui est à la fois brisure et lien de ses termes séparés » (Pelsser, 1978)

127

Or, le psychotique ne parvient pas à prendre le symbolique pour ce qu’ il est vraiment, à considérer symbolisant et symbolisé comme reliés et distincts. Weiner (1966), cité par de Tychey (1986), parle d’un « déficit au niveau de la formation des concepts et de l abstraction comme d un indice spécifique de la schizophrénie ». Au Rorschach, nous citerons l interprétation symbolique des couleurs et l utilisation d images concrètes pour représenter des idées abstraites. Holt et Havel opposent le symbolisme conventionnel, héritage culturel, né de correspondances unanimement reconnues, au symbolisme idiosyncrasique et hermétique des schizophrènes.

128

Exemples :

129

I : « C’est un danger de chaque côté, une lutte pour chercher le Bien »;

130

IV : « Un sentiment de guerre, de violence, on le retrouve pas sur le dessin mais je le sens »;

131

V : « Je ressens tout de suite un mot qui me saute aux yeux, c’est le paradis, la liberté »;

132

VIII : « Je ressens la liberté, mais je sais pas ce que c’est là »;

133

IX : « Le bleu clémence et le rose souffrance »;

134

IX : « Au fond là-bas, il y a quelqu’un de méchant, on voit des yeux, souvent les gens au fond sont méchants »;

135

III : « Une marmite, quelque chose qui se prépare à cuire, ça risque de bouillir, c’est les nerfs »;

136

III : « Le symbole féminin »;

137

IX : « Dans les couleurs équilibrées le symbole de la renaissance et du renouveau ».

138

Dans certains de ces exemples, la métaphore conventionnelle est rayée au profit d’une manipulation inappropriée de l’abstraction et des symboles.

139

Dans les troubles cognitifs observés nous évoquerons la paradoxalité qui marque les contenus de la cohabitation d’antagonismes flagrants. Les paires d’opposés sont prises comme semblables, et les équivalents divisés en contraires. Nous avons répertorié :

140

- soit une contradiction entre un éprouvé et un contenu [tx]Exemples :

141

X : « De belles couleurs, très douces, un dessin explosif »;

142

V : « Carrément inquiétant la couleur, forme positive »;

143

I : « Une tête d’animal très plaisant, la couleur est agressive, sombre »;

144

V : « Un joli papillon, la couleur c’est pas supportable ».

145

- soit une contradiction au sein d’éprouvés concomitants [tx]Exemples :

146

IX : « C’est vraiment un cauchemar très agréable, des choses inquiétantes »;

147

III : « Positif et négatif, mutation donc, impression de stabilité »;

148

V : « Des formes solides, ça pèse, c’est aérien ».

149

- soit des contradictions au sein des contenus concomitants [tx]Exemples :

150

V : « Ça a le genre de papillon, ça n’en a pas l’air, c’est pas un papillon »;

151

IX : « Une grotte tout à fait, mais c’est pas ça »;

152

I : « Un papillon tout à fait, non une tortue, pas une tortue, c’est une poule ».

153

Consoli (1979) avait mis en évidence dans l’analyse de récits psychotiques « la juxtaposition de contraires narratifs, la coexistence de représentations opposées dont aucune n’est plus vraie ni plus vraisemblable que l’autre ». Il ajoute que « la particularité du texte de psychotique ne réside pas dans la simple coexistence de possibilités narratives contradictoires, mais bien dans leur juxtaposition sans aucune transition [...]. Dans d’autres récits (non psychotiques), les possibilités narratives peuvent être énoncées dans leur polymorphisme, mais d’une manière articulée par la syntaxe dans l’expression “ou alors” ».

154

Cette illustration de la dissociation psychique ou « Spaltung », rupture au sein de l’unité psychique, ou désagrégation (Minkowski), renvoie à la clinique schizophrénique et ramène en permanence au concept de conscience de soi et de métareprésentation, lieu de supervision et d’intégration des différentes fonctions cognitives, qui fait qu’un sujet puisse s’appréhender comme un tout unifié et constant (« l’ipséïté » de Ricœur) et différent de l’autre mais relié à lui comme un semblable (« l’idemté » de Ricœur), conscient d’être à l’origine de ses actions et pensées.

TROUBLES DES PROCESSUS DE PENSÉE CHEZ LES PRÉSCHIZOPHRÈNES

155

Hafner et Maurer (1991) ont, dans leurs travaux cités par Bovet (1995), montré que la période prodromique de la schizophrénie était plus longue que ce que l’on imaginait. Nous souscrivons à cette observation en relevant dans notre service d’hospitalisation l’arrivée très précoce de jeunes en difficulté (13-14 ans) dont l’attitude laisse pressentir l’évolution pathologique, confirmée par la suite.

156

Conrad (cité par Bovet, 1995) décrit une phase initiale au cours de laquelle le sujet se sent pris dans une élévation progressive de tension liée aux incertitudes qu’il ressent sur son avenir. Au cours de cette période, le sujet peut rechercher à l’extérieur des signes indicatifs de son futur destin : « C’est le transitivisme qui fera glisser le sujet peu à peu dans la phase dite apo-phantique au cours de laquelle le sujet extrait de certains signes extérieurs une signification indicative de ce destin (thèmes à teinte métaphysique, ontologique, comme l’éternité, le bien, le mal, la nature, la vérité) ».

157

La vulnérabilité, toujours selon Bovet, serait caractérisée par une fragilité du sens de soi avec des troubles de l’intersubjectivité et une difficulté concomitante à s’anticiper dans l’avenir. Les sujets manifestent une attitude d’attente face au futur, sans pouvoir s’anticiper dans un avenir qu’ils vivent prédéterminé venant à leur rencontre. Par ailleurs, ils manifestent un défaut du sens commun, « capacité à distinguer ce qui est pertinent de ce qui ne l’est pas, ce qui est vraisemblable de ce qui ne l’est pas ». La peur de devenir « fou », de perdre pied est souvent exprimée, ainsi que le vécu d’une déchirure interne qui rend l’extérieur insolite ou insupportable.

158

Au Rorschach, la question autour de l’origine de l’énonciation n’est pas présente comme chez le schizophrène décompensé. Le sujet se sait l’auteur de ses réponses, mais méconnaît le réel et s’interroge sur ce qu’il appréhende comme étrange ou bizarre. Dans le système de communication, le destinataire (psychologue) existe : une parole lui est adressée, même si un sens commun reste difficile.

159

Exemples :

160

I : « Vous notez tout ! c’est vous qui avez peint ?»;

161

II : « Tout le monde voit la même chose ?»;

162

VII : « Heureusement que vous êtes psychologue, vous jugez pas »;

163

I : « Ça va vous paraître idiot, je vois deux types qui s’accrochent à un scooter »;

164

V : « Je dois être plus prolixe ou ça va ? ».

Le champ du visible

165

Dans le champ du visible, l’inquiétude et la perplexité face à la perception renvoient le schizoïde à une réalité intrigante, rébus à déchiffrer qu’il traitera par certains mécanismes compensatoires tels que :

166

- La désinvolture hypomaniaque [tx]Exemples :

167

I : « Celui qui a fait ça, il avait bu ! On voit rien !»;

168

II : « Un vaisseau spatial ! le jour où vous en voyez un comme ça, vous me le dites ! ».

169

- La référence à l’empirisme

170

Ex : I : « Un papillon bizarre, j’en ai jamais vu des comme ça, mais peut-être que ça existe quelque part ».

171

- La référence à la temporalité

172

Ex : I : « Une chauve-souris étrange, peut-être préhistorique, y avait des animaux tellement bizarres, on peut pas tous les connaître ».

173

- La référence à la télévision, la science-fiction [tx]Exemples :

174

I : « Un ange négatif... n’importe quoi !, depuis un an je lis des bandes dessinées sur les anges alors je vois plus que ça !»;

175

VI : « Un totem indien, je sais pas pourquoi je pense à ça, si je l’ai vu à la télévision, c’est à cause de l’actualité à la télévision ».

176

- La référence à l’absurde

177

Ex : III : « Je sais pas, j’ai l’impression que ça c’est une jambe de femme avec des talons et en haut des hommes. Ça peut représenter l’ancienne domination des hommes par rapport aux femmes . c’est absurde ce que je raconte !»

178

Pour cette dernière rubrique, la référence d’un espace « hors norme » est citée. Souvent les pré-schizophrènes feront allusion à leur appréhension de deux espaces, celui de la réalité et celui d’un imaginaire « inquiétant » et flou. Ils gardent à la conscience les deux espaces différenciés mais néanmoins adjacents, aux frontières perméables.

179

La délimitation fragile mais encore présente entre soi et l’autre, intérieur et extérieur, réel et espace délirant, se retrouve au niveau du traitement des informations perceptives. On ne note aucune contamination mais beaucoup d’arrangements confabulatoires ou d’adjonctions inappropriées (INCOM d’Exner) suivis de commentaires critiques.

180

Certains exemples sont à la frontière de la contamination : deux percepts sont pris dans un fondu enchaîné au niveau temporel, stade antérieur à la contraction temporelle où les deux percepts se superposent et fusionnent.

181

Exemples :

182

V : « Une sorte de papillon avec des ailes d’oiseau, cette partie là ressemble assez à un truc de papillon et le reste plus à des ailes d’oiseau »;

183

II : « Un visage animal, en fait au premier abord un visage d’un être humain qui a finalement pris l’apparence d’un animal dans un second temps »; IV : « Alors on dirait une chauve-souris croisée avec un dragon, les membres ailés, une tête improbable, mais bon »;

184

I : « Tout d’abord comme un loup puis après je l’aperçois tel un papillon de nuit, c’est la couleur noire qui est marquante, elle m’a suggéré le loup et le papillon de nuit ».

185

La temporalité s’inscrit un instant entre les deux percepts. Le glissement d’un percept à l’autre n’aboutit pas à l’abstraction de la forme comme dans la schizophrénie, ni à la contamination où deux images cohabitent sans sélection dans l’espace et dans le temps, véritables figures d’inclusion perceptive, plus graves que les « fondus enchaînés » et adjonctions inappropriées qui démontrent un effort de discrimination perceptive puis de synthèse, fut-il dans le temps inefficace.

Le champ de l’invisible ou champ des idées

186

Dans le champ des idées, pour le maniement des catégories, on relève une délimitation encore possible entre une chose et son contraire, un affect et son contraire, une idée et son contraire. À l’inverse des jeunes schizophrènes pris dans des antagonismes simultanés inconciliables, les contradictions seront pointées, évaluées mais non résolues. Elles sont citées dans leur effet de contraste, mises en présence, mais sans que le sujet ne puisse se déterminer par rapport à l’une ou l’autre des propositions.

187

Ce brouillage conceptuel et affectif porte pour nous le nom de « dissonance cognitive », dernière balise avant la discordance cognitive. La dissonance cognitive dont il est question dans cet article n’a pas à voir avec la définition qu’en donne la psychologie sociale. Le sujet possède la notion des deux catégories élémentaires - affirmation et négation -, la notion d’appartenance ou non à une classe, mais il ne peut résoudre l’état de tension né d’un balancement permanent entre les deux possibilités.

188

Exemples :

189

IX : « En haut, le vert m’évoque la nature et ici le brame des cerfs, là j’y peux rien c’est le rose de la chair, le haut du corps ne va pas avec le bas »;

190

III : « Deux êtres humains et des cœurs accrochés, on dirait qu’ils s’aiment mais en bas ils tirent chacun, ça se contredit le haut par rapport au bas »;

191

X : « Deux insectes, y’a aussi un rapport de force entre eux et éventuellement deux personnes comiques, c’est surprenant qu’il y ait sur la même image deux personnes comiques et le rapport de force, c’est pas compatible »;

192

III : « J’y vois deux choses : la première, deux êtres, face à face, quelque chose de très symbiotique, mais ils se déchirent quelque chose, alors un partage à l’amiable peut-être. Ce qui m’étonne c’est que les cœurs sont réunis alors qu’ils se déchirent quelque chose »;

193

II : « Ça va pas ensemble, une image de fraternité, c’est calme et en même temps y’a ce sang comme s’il était rajouté après »;

194

X : « C’est très complexe et très ambigu pour l’instant, une image floue parce qu’il y a à la fois des couleurs chatoyantes mais des formes désorganisées »;

195

II : « Mais qu’est ce que ça pourrait être... peut-être des éléphants qui se font un bisou avec la trompe, on pourrait trouver ça, mais dans ce cas c’est gentil, ça collerait pas avec le sang ».

196

L’ouvrage de Jankelevitch (1964), dont nous avions repris les trois catégories - figures d’alternance ; figures d’antithèse ; figures d’indivision -dans une communication sur « La manie, une figure baroque de la maladie mentale » (Rebourg, 1992), nous inspire cette analyse. Intentionnellement, nous ne développerons pas ici la notion de mécanisme de clivage, terme emprunté à la psychanalyse, même s’il éclaire de façon intéressante les trois catégories citées car le champ conceptuel choisi pour cette recherche est l’approche neurocognitive. Mais il est évident qu’un énoncé est toujours pluriel, comme le dit Roland Barthes, et qu’il présente plusieurs entrées possibles et pertinentes. Pour des raisons de clarté d’exposé, nous avons fait le choix de l’exclusivité d’un champ théorique, même si dans notre pratique clinique, d’autres champs sont mis en travail de façon conjuguée.

197

- Dans le cas de l’alternance, les contraires se succèdent mais bien différenciés.

198

Exemple : V : « Dans ce sens, une chauve-souris s’envole, et dans l’autre elle s’écrase » (réponse d’un patient maniaco-dépressif).

199

- Dans le cas de l’antithèse, les contraires apparaissent ensemble dans un contraste criant.

200

Exemple :X: « Dans le visage de cet homme, quelque chose ne va pas car il fronce les yeux, il a un regard méchant, or il sourit avec la bouche. Le bas est gentil ».

201

- Enfin, dans l’indivision, les contraires se résorbent dans « l’au-delà d’une synthèse conciliatrice ».

202

Exemple : « C’est inquiétant, très positif ».

203

Les figures d’alternance nous semblent corrélées étroitement avec les troubles bipolaires de l’humeur. L’antithèse est une alternance où les contraires successifs sont devenus simultanés, mais encore tenus comme différents. Nous les retrouvons dans notre population de pré-schizophrènes. Enfin, l’indivision, figure de dissociation, est très clairement pointée dans notre population de schizophrènes.

CONCLUSION

204

Tous les indicateurs cognitifs au Rorschach relevés, analysés et développés dans notre travail de recherche valident l’hypothèse de l’existence d’un trouble du spectre schizophrénique où peuvent s’inscrire sur un vecteur des variations. Les différences pointées entre pré-schizophrénie et schizophrénie sont d’ amplitude et non de nature. Nous retrouvons des constantes dans les processus de pensée de nos deux populations qui nous permettent d’évoquer l’hypothèse d’un noyau commun schizophrénique.

205

La différence essentielle réside dans le niveau de conscience de soi. Un pré-schizophrène est encore un sujet pensant, propriétaire de son territoire psychique, même si la frontière ténue entre réalité et délire est chaque jour redéfinie et redessinée ; alors que le schizophrène, en rupture avec le monde et lui-même, n’est plus un sujet.

206

La perplexité cognitive touche les deux populations, mais le traitement cognitif en rapport sera différent. En amont de la décompensation, un locuteur existe ainsi qu’un destinataire, à qui la parole est adressée, parole tenue dans une syntaxe, alors qu’en aval de la décompensation schizophrénique, la syntaxe éclatera. Des pirouettes, des réponses confabulées, des arrangements, des mises en lien sont autant de réponses face à la perplexité pour aborder une évidence qui sera progressivement démantelée. Quand les contradictions arrivent, elles sont citées avec des points d’articulation (« et aussi. » « mais alors. » « encore que. » « même si. » « tout de même »), le sujet pré-schizophrénique conservant la conscience du caractère antagoniste improbable dans la réalité. Le sujet schizophène « divisé », dissocié, ne commentera plus le caractère paradoxal de ses perceptions et éprouvés, car la conscience de soi et de l’autre a volé en éclats.


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Notes

[1]

Psychologue clinicienne, responsable d’un laboratoire de psychologie, Centre Hospitalier Spécialisé, Rouffach (Alsace).

Résumé

Français

Après une introduction théorique indiquant les travaux essentiels réalisés dans le cadre de l’analyse du langage des schizophrènes au Rorschach, l’auteur s’attache dans une première partie à rendre compte du trouble de l’analyse du contexte et de la communication dans la schizophrénie en relevant certaines caractéristiques selon la psychopathologie cognitive. La deuxième partie est consacrée aux troubles des processus de pensée chez les préschizophrènes. L’auteur conclut sur l’idée que les troubles de pensée schizophréniques et préschizophréniques se différencient en fonction de leur amplitude et non selon leur nature, ce qui renvoie à la notion d’un noyau commun schizophrénique.

Mots clés

  • Schizophrénie
  • Processus de pensée
  • Psychopathologie cognitive
  • Rorschach

English

After a theoretical introduction indicating the essential studies carried out in the framework of language analysis of schizophrenics when taking the Rorschach test, the author proposes to demonstrate, in the first part of the article, the troubles of context analysis and communication analysis in schizophrenia by showing certain characteristics as they are understood in cognitive psychopathology. The second part of the article deals with troubles of the thought process in preschizophrenics. In conclusion, the author presents the idea that thought process troubles in schizophrenics and preschizophrenics are differen- tiated as a function of their amplitude and not according to their nature, which comforts the notion of a common schizophrenic core.

Key words

  • Schizophrenia
  • Thought process
  • Cognitive psychopathology
  • Rorschach

Español

Luego de una introducción teórica indicando los trabajos esenciales realizados en el cuadro del análisis del lenguaje de los esquizofrénicos en el Rorschach, el autor se dedica, en una primera parte, a dar cuenta del disturbio del análisis del contexto y de la comunicación en la esquizofrenia dando cuenta de ciertas características según la psicopatologia cognitiva. La segunda parte està consagrada a los disturbios de los procesos de pensamiento en los pre-esquizofrénicos. El autor concluye sobre la idea que los disturbios de pensamiento esquizofrénicos y pre-esquizofrénicos se diferen-cian en función de su amplitud y no según su naturaleza, lo que reenvia a la noción de un nucleo común esquizofrénico.

Palabras-clave

  • Esquizofrenia
  • Procesos de pensamiento
  • Psicopatologia cogni-tiva
  • Rorschach

Plan de l'article

  1. INTRODUCTION THÉORIQUE
  2. TROUBLE DES PROCESSUS DE PENSÉE CHEZ LES SCHIZOPHRÈNES
    1. Le champ du visible
    2. Le champ de l’invisible ou champ des idées
  3. TROUBLES DES PROCESSUS DE PENSÉE CHEZ LES PRÉSCHIZOPHRÈNES
    1. Le champ du visible
    2. Le champ de l’invisible ou champ des idées
  4. CONCLUSION

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