CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Introduction

1« We are Anonymous, We are legion, We do not forgive. We do not forget. Expect us… » Même si l’impact social et politique effectif du mouvement « hacktiviste » Anonymous, qui se bat pour la liberté d’expression, reste sujet à caution, l’ontologie inédite du Nous anonyme qu’il fait advenir à l’existence ainsi que les dispositifs particuliers qui œuvrent à sa maintenance sont tout à fait fascinants. D’une part, Anonymous est un sujet pluriel « flottant » et « mouvant » qui se caractérise par un « nom impropre » qui obscurcit l’identité et le nombre de ses référents, garde la trace irrévocable de la multiplicité qui le compose et oscille en fonction des réappropriations incontrôlées dont il fait l’objet (Deseriis, 2012). D’autre part, Anonymous est un collectif dénué de hiérarchie, tout au moins officiellement, qui rejette le principe de représentation et récuse tous les critères d’appartenance culturelle ou de différenciation sociale. Refusant d’assujettir ses membres à une structure organisationnelle ou à une forme instituée préétablie, le tenir-ensemble qui le sous-tend repose uniquement sur des accords volontaires et des valeurs partagées (e.g. convictions anti-autoritaires, liberté d’expression, etc.). D’une certaine manière, Anonymous tente d’échapper à la « tragédie politique » auxquels se heurtent les collectifs modernes : même si ceux-ci émergent des activités volontaires d’affiliation et de coordination de leurs membres, ils tendent à se retourner contre ceux-là même qui sont à leur principe pour les modeler et les contraindre en retour (Kaufmann, 2010). Au cœur même du mouvement d’auto-constitution des collectifs se loge l’hétéronomie potentielle des règles et des représentants qui sont nécessaires à son maintien. Les collectifs, fussent-ils démocratiques, sont donc inévitablement des Janus à deux faces, l’une obligeante, l’autre possibilisante, qui sont susceptibles de susciter des « expériences duales » : l’expérience de l’engagement actif dans un Nous qui reste soumis à la volonté de ses sociétaires et l’expérience du dessaisissement et de l’impuissance que l’autonomisation des règles et des représentants est susceptible d’engendrer pour ceux qui en deviennent, de facto, les patients (Trom, 2010). C’est précisément l’expérience duale des collectifs que génère irrémédiablement leur « entrée en institution » que tente d’éviter Anonymous en se présentant comme un mouvement émergeant, en perpétuelle constitution, qui reste indexé à la multitude irréductible des bonnes volontés qui le soutiennent.

2Ce sont les propriétés que revendique cet être collectif étrange qui vont nous intéresser dans les pages qui suivent. Nous allons nous pencher en particulier sur les codes iconographiques et déontiques qui caractérisent les principales auto- figurations d’Anonymous qui peuplent le web. Nous le verrons, l’enquête sur les propriétés singulières d’Anonymous ainsi que sur le travail de mise en forme dont il fait l’objet est doublement intéressante pour les sciences sociales. Non seulement elle permet de saisir les nouvelles modalités de faire « être collectif » – pour paraphraser la fameuse expression de Sacks (2003) « On doing “being ordinary” » – mais elle permet également d’éclairer, pour ainsi dire en creux, le mode d’existence des collectifs plus « propres » ou ordinaires qui meublent le monde social.

Faire « être Anonymous »

Saisir l’insaisissable

3Anonymous a fait l’objet de plusieurs monographies (Bardeau et Danet, 2011 ; Olson 2012 ; Kyrou, 2012 ; Coleman 2014) qui visent pour l’essentiel à donner une substance à un collectif qui, nous le verrons, se défend précisément d’être un sujet substantiel. Le chercheur qui aborde ce type de terrain se trouve ainsi d’emblée en porte-à-faux entre, d’une part, la prolifération des traces numériques se revendiquant du mouvement (campagnes médiatiques, commentaires, fils de discussion) et, d’autre part, les techniques d’anonymisation propres aux guérillas numériques qui visent, par définition, à effacer les traces de leur présence. Facile à trouver mais difficile à saisir, Anonymous a souvent été reconstruit à partir d’une prise de contact avec des informateurs capables de recomposer l’historicité du mouvement et de reconstruire le parcours de ses acteurs et de ses épisodes clés (Olson, 2012 ; Coleman 2014). Ces analyses apportent indéniablement une meilleure compréhension de ce qui se passe à « l’intérieur » du mouvement (membres fondateurs, figures emblématiques, épisodes marquants). Mais le point de vue que nous allons adopter ici n’est pas sociographique ; il consiste plutôt à déployer l’ontologie spécifique du collectif « Anonymous » – une ontologie hésitante puisque, on le verra, Anonymous, loin d’avoir des contours bien délimités et une structure interne clairement définie, oscille en permanence entre le statut d’un groupe constitué (totus) et le statut des éléments dans leur pluralité (omnis) (Lecolle, 2013).

4Pour rendre compte de cette ontologie spécifique, deux approches nous semblent particulièrement intéressantes. La première approche, inspirée par la nouvelle anthropologie des sciences et des techniques de B. Latour ainsi que par la sociologie politique et morale de L. Boltanski et L. Thévenot, est pragmatique : elle consiste à suivre au plus près les pratiques, les énonciations, les inscriptions matérielles et les médiateurs qui permettent de « présentifier » les « inexistants » ou du moins les « êtres virtuels » et inobservables que sont les êtres collectifs (Piette, 2009). Une telle approche requiert l’ethnographie fine du travail situé et circonstancié de qualification et de traduction qui permet d’imposer tel ou tel être collectif comme un « actant » pertinent hic et nunc. Le collectif Anonymous est bien entendu confronté à ce travail polymorphe de présentification. Comme Dieu (Piette, 2002) ou l’État (Linhardt, Moreau de Bellaing, 2005), il est tantôt trace, tantôt idée, tantôt dispositif, se matérialisant sous des modalités diverses en fonction des interpellations qui le convoquent au coup par coup. La deuxième approche, d’inspiration arendtienne, est phénoménologique : elle porte sur la manière dont les sujets individuels et collectifs adviennent à l’existence et se maintiennent dans la scène de visibilité partagée que constitue l’espace public (Arendt, 1972 [1954]). Même si les collectifs ne sont que les résultats provisoires des médiations pratiques et discursives qui les soutiennent « en amont », leur existence repose ultimement sur leur validation, « en aval », par deux types de public : le public des spectateurs concernés et le public que constituent les collectifs de même grandeur dont ils se distinguent ou auxquels ils s’opposent (Arendt, 1991 [1977]). Ce procès de validation, qui est tout à la fois, pour reprendre les termes de Boltanski (2009), une épreuve de réalité et une épreuve de légitimité, est particulièrement vital pour Anonymous. Car en l’absence d’un équipement organisationnel et d’une armature normative stables, Anonymous doit gérer « à flux tendu » la reconnaissance de son existence sur une scène publique d’apparition. Il ne peut exister que s’il est « performé », au double sens de la performance dramaturgique et de l’accomplissement pratique, sur la scène fondamentalement polémique et agonistique de l’espace public.

5Bien entendu, l’approche pragmatique et l’approche phénoménologique que nous venons d’esquisser, loin d’être incompatibles, sont complémentaires entre elles (Descombes, 1992 ; Kaufmann, 2010). L’approche phénoménologique favorise la politique publique des collectifs, qui les inscrit et les situe dans un espace dramaturgique de contraste, de compétition et d’affrontement publics. Elle repose, pour reprendre les termes proposés récemment en communication organisationnelle, sur les normes discursives, les principes légitimes et les représentations globales et schématiques qui constituent le « Discours » avec un « grand D » d’une organisation [2]. Le Discours avec un grand D assure l’intelligibilité de l’organisation, lui fournit les repères collectifs, bref dessine ce que l’on pourrait appeler son centre de gravité déontique. Mais l’apparente monophonie énonciative de ce Discours majuscule ne supprime pas la polyphonie des « discours » avec un « petit d », les pratiques divergentes et les intérêts particuliers qui sont éclairés de manière privilégiée par une approche pragmatique. Ces deux registres analytiques se retrouvent dans Anonymous. En deçà du Discours qui accompagne sa figuration publique, Anonymous repose sur les pratiques effectives et les êtres singuliers qui instancient, ignorent, détournent, déplacent ou subvertissent le Discours dont ils sont censés être les dépositaires. Ainsi, en dépit de son auto-description majuscule comme un collectif horizontal et ahiérarchique, Anonymous comprend, de facto, une multitude de discours et de pratiques minuscules qui obéissent à une toute autre logique, en l’occurrence une logique éminemment méritocratique. Le mouvement est régi par une structure hiérarchique interne, celle qui sépare la majorité de ses membres et le 10 % environ des experts hackers dont la maîtrise technique et les compétences numériques (digital literacy) sont très développées (Coleman, 2014). Alors que le noyau dur des hackers, qui ont une grande expertise dans la programmation et la gestion de réseau (networking), détermine les opérations à mener, les volontaires y contribuent de manière épisodique, leur apport étant notamment décisif pour les attaques « DdoS » qui visent à faire « exploser » des sites web [3]. L’organisation d’Anonymous ne s’épuise d’ailleurs pas dans ce dispositif d’hébergement binaire ; elle fédère aussi les individus qui ne sont pas encore membres, ceux qui ne le sont plus et même ceux qui ignorent qu’ils en sont déjà partie prenante.

6Tout en prenant acte du décrochage entre d’une part la réalité structurée et les médiations socio-techniques effectives qui soutiennent le mouvement Anonymous et d’autre part le Discours « vitrine » qu’il revendique publiquement, nous allons privilégier ce dernier dans les pages qui suivent. En effet, les figurations publiques que met en exergue la politique extérieure d’Anonymous ont une portée « disruptive » et emblématique qu’une approche phénoménologique va nous permettre de déployer. Car ces figurations font œuvre, pour reprendre les termes de Jacques Rancière (1995), de « pédagogie existentielle » : elles font miroiter la puissance alternative d’un Nous d’anonymes, horizontal, égalitaire, sans autorité et sans porte-paroles, un Nous suffisamment puissant pour menacer les institutions et les autorités établies. Mais avant de nous atteler à la « phénoménalisation » de cette pédagogie, éminemment politique, sur la scène publique, il nous faut retracer les principaux jalons de l’histoire publique d’Anonymous – au risque, malheureusement inévitable, de contribuer à individuer, réifier voire dénaturer un mouvement qui se veut avant tout flexible et polymorphe.

Un collectif en (dé)formation perpétuelle : le parcours d’Anonymous

7Anonymous commence à se constituer aux environs de 2006 à l’intérieur de la section /b/ ou random de 4chan, un site de partage d’images et de textes (« imageboard ») qui repose sur un anonymat radical : les messages se signent par défaut « anonymous » et s’effacent avec l’apparition de nouveaux fils de discussion (Bernstein et al, 2011). Dans ce forum, d’abord connu pour l’abondance de matériel pornographique et eschatologique qui en fait un des lieux les plus débridés et corrosifs d’Internet, une série d’actions collectives et de raids virtuels vont se coordonner et se revendiquer sous le label « Anonymous ». Ces premières campagnes, usuellement identifiées dans le web comme des formes de « trolling », sont des actions qui visent à l’amusement (le « lulz ») aux dépens d’une tierce personne, par exemple, en rendant publiques des informations personnelles embarrassantes [4]. À ce stade, « Anonymous » se réduit essentiellement à un dispositif sociotechnique, celui du 4chan, qui utilise l’anonymat pour garantir la liberté d’expression irrévérencieuse de ses usagers et de les protéger contre d’éventuelles poursuites. Ce refus d’identification permet aussi d’éviter l’accumulation des formes individuelles de crédit et de statut et de valoriser avant tout ce qui retient l’attention des utilisateurs de la plateforme.

8C’est lors de ce premier moment de constitution, flou et hésitant, que les contours d’Anonymous se précisent, grâce aux valeurs propres à la culture des « hackers », notamment la technologie, le secret, l’anonymat, la fluidité et le sexisme, mais aussi « grâce » au dénigrement et à la répression dont il fait l’objet [5]. Ainsi, en 2007, un reportage de la chaîne de télévision américaine Fox News décrit le mouvement comme « The Internet Hate Machine [6] », déclenchant des réponses cinglantes sous la forme de vidéos satiriques, publiées sur YouTube « We are Anonymous […] we are the face of chaos… we are the embodiment of humanity with no remorse, no caring, and no sense of morality[7]… » Ces vidéos menaçantes résonnent comme un acte de baptême : c’est une des premières fois qu’Anonymous est posé en tant que sujet collectif et qu’il est figuré sous les deux modalités d’apparition principales qui vont le caractériser : d’une part, celle du « costume sans tête [8] », d’autre part, celle du célèbre masque de Guy Fawkes, rebelle catholique anglais du xvie siècle que la bande dessinée « V pour Vendetta », publiée dans les années 90, puis le film hollywoodien qui s’en inspire (2006) ont transformé en symbole de la lutte civile contre le pouvoir totalitaire [9].

9Début 2008, le collectif dit des « Anons » (abréviation des membres d’Anonymous) sort des arcanes de 4chan et apparaît à la lumière du grand public en orchestrant diverses opérations, notamment à l’encontre de l’Église de Scientologie, qui impliquent des manifestations de rue (offline) dans les quatre coins du monde. Lors de ces manifestations, des milliers de manifestants cachent leurs visages derrière le désormais célèbre masque de V. En basculant ainsi de l’espace public virtuel du web à l’espace public matériel, le mouvement Anonymous manifeste la détermination de ses membres, prêts à s’engager dans des formes de protestation plus conséquentes que les actes virtuels auxquels ils sont coutumiers. En 2010, comme en témoigne la vidéo intitulée A letter from Anonymous[10], le mouvement se rapproche encore plus explicitement de l’activisme politique et de la défense de la liberté d’expression : « We are not a terrorist organization as governements, demagogues and the medias would have you believe […]. Anonymous is a spontaneous collective of people who share the common goal of protecting the free flow of information on the Internet. » Peu après, le mouvement soutient WikiLeaks en lançant des attaques « DdoS » contre les sites web de PayPal, de MasterCard et de Visa, qui refusent d’accepter les donations versées à cette organisation (OperationPayback). Anonymous multiple également les opérations de « défaçage » ou de défiguration (defacing) de sites web. Ces actes de « piratage » font littéralement « perdre la face » aux gouvernements et aux corporations qu’ils attaquent en remplaçant les discours officiels qu’ils affichent sur leurs pages web par des graffitis numériques ou des messages politiques. Le collectif se montre aussi actif pendant le « printemps arabe » en aidant les internautes à contourner les censures gouvernementales, en amplifiant les conflits locaux, et en dirigeant des attaques contre les sites web des gouvernements. Enfin, les masques de Guy Fawkes sont présents lors des rassemblements des Indignés et d’Occupy de 2011 que Anonymous soutient à l’aide de multiples dispositifs numériques.

10Début 2013, le suicide d’un jeune hacktiviste, Aaron Swartz, accusé de divulgation d’informations secrètes et menacé de plusieurs dizaines d’années de prison après avoir mis en libre accès des articles scientifiques gérés par Jstor et accessibles via le MIT, contribue à orienter le mouvement vers la défense des libertés civiles et de la démocratie. « Protest beyond the law is not a departure from democracy. It is absolutely essential to it », dit la vidéo qu’Anonymous adresse aux « citoyens du monde [11] ». En criminalisant des pratiques que les hacktivistes considèrent comme l’exercice légitime de leurs droits civiques, notamment le droit à l’information, les autorités collaborent paradoxalement à l’unification progressive de ceux-là même qu’elles pourchassent et diabolisent. Anonymous devient ainsi le mouvement phare du « nouveau contrat social » qui lie les usagers d’Internet, un monde dans lequel, comme l’affirme la fameuse Déclaration d’Indépendance d’Internet dont il s’inspire, quiconque peut exprimer ses croyances sans craindre d’être réduit au silence ou incité à la conformité [12].

11Tout en ayant stabilisé les principaux composants qui lui confèrent, on le verra, la forme « entitative » d’un individu collectif « majuscule » qui peut agir et persévérer en son propre nom, tels la France ou le Real Madrid, Anonymous se ramifie de plus en plus. Il multiplie les sous-groupes à déclinaison régionale et coordonne les multiples opérations qu’il a annoncées dans les réseaux sociaux à l’aide des différents canaux de la plateforme IRC – principalement ceux du serveur « AnonOp’s [13] ». Cette phase de complexification se caractérise aussi par des scissions internes : certains groupes d’hackers se détachent d’Anonymous afin de sauvegarder le caractère « fluide » et même, pour certains, « amoral » de l’association fluctuante et éphémère qui était à son origine [14]. Actuellement, la majorité des actions accomplies et revendiquées par le « We are Anonymous » est de l’ordre de l’activisme ou du cyberactivisme politique ; ses interventions consistent essentiellement à relayer et à amplifier des mouvements de protestation de portée locale dans l’univers du web (Coleman, 2014).

12Ce bref aperçu de la trajectoire, bien entendu inachevée, d’Anonymous montre bien la transformation ontologique et politique qu’il a subi. Grâce à un mélange d’auto- et d’hétéro-désignations publiques, le Nous d’origine, dépourvu de « remords » ou de « sens moral » et issu des tréfonds d’internet, s’est peu à peu transformé en un Nous potentiellement politique qui s’érige contre les « ennemis » de la liberté d’expression. Dans les pages qui suivent, nous allons nous pencher sur les étranges propriétés de ce Nous pas comme les autres : tour à tour encensé comme un mouvement de « militants hacktivistes » ou de « justiciers libertaires » ou alors vilipendé comme un groupuscule de « terroristes numériques » ou de « cyber-djihadistes », Anonymous paraît osciller au gré des catégorisations sémantiques, des intérêts stratégiques et des visions politiques qui tentent de le contrer ou, au contraire, de se l’approprier. Cela étant, ce n’est pas le contenu sémantique de ce mouvement ni d’ailleurs son impact effectif qui va nous intéresser ici mais sa forme même. Car ses différentes déclinaisons sont sous-tendues par un seul et même postulat ontologique : loin d’être un collectif a priori, antérieur et supérieur aux individus, Anonymous mise sur la puissance de l’agir individuel et de l’accord des volontés. « I know I can make a difference », « The little people are not so little anymore », peut-on lire de manière récurrente dans les twitts du site http://anonhq.com. En gardant la trace irréductible de la multiplicité qui le compose, Anonymous parachève le processus de « désubstantialisation » et de « désincorporation » du pouvoir qui caractérise la démocratie (Lefort, 1986). Court-circuitant les entités en surplomb qui, au nom de la totalité qu’elles prétendent incarner, menacent les volontés qui sont à leur principe, Anonymous bat le rappel du sujet ultime de la politique moderne, aussi peu réifié et incarné que possible : le nombre, au double sens du terme [15]. En démocratie, en effet, le nombre renvoie d’une part à une puissance anonyme et incontrôlable qui soulève peurs et fantasmes chez les gouvernants et les possédants et, d’autre part, à ce que l’on ne peut nommer ou décrire, ce qui est sans forme et, littéralement, irreprésentable (Rosanvallon, 1998). Avec Anonymous, c’est bien cette puissance informe et imprévisible qui se dilue, se réfracte dans une myriade d’anonymes qui se glissent dans les moindres interstices des « non-lieux » que déploie Internet pour réaffirmer, à leur échelle, leur faculté et leur volonté d’agir [16]. Mais comme le montre le passage des « anonymous » à Anonymous, le nombre, aussi diffracté et sériel soit-il, ne peut rester inqualifié ou inqualifiable [17] : il ne peut échapper à la figuration, comme le montre sa retotalisation dans une figure unitaire dont le nom même, fût-il « impropre », fait miroiter l’existence d’une entité singulière. C’est cette figuration ambiguë que nous allons analyser maintenant en reprenant notamment les principaux jalons de la vidéo How to join Anonymous. A beginner’s guide, reproduite avec très peu de modifications dans une multitude de sites internet [18]. Pour une approche phénoménologique qui s’intéresse au mode de rassemblement et à la finalité commune qui sous-tendent et justifient l’existence publique d’un collectif, une telle vidéo est en effet riche d’enseignements. Elle déploie les exigences déontiques et l’apprêtement auxquels les membres potentiels d’Anonymous doivent se soumettre pour appartenir.

Échapper à l’institution : le pari d’Anonymous

« You are in if you want to » : l’étrange contrat d’Anonymous

13Comme le montre l’extrait ci-dessous de How to join Anonymous, le mouvement se veut sans leaders, sans idéologie et sans véritable critères d’appartenance. Le « comment joindre » commence par une affirmation de prime abord contradictoire : « personne ne peut joindre Anonymous ».

14

Nobody can join Anonymous […]. There is no charter, no manifest, no membership fees. Anonymous has no leaders, no gurus, no ideologists. In fact, it does not even have a fixed ideology. […] Nobody can speak for Anonymous. Nobody could say : you are in, or you are out[19]

15Alors que la présentification de la personne morale des institutions dans des êtres de chair a toujours été considérée, depuis Hobbes, comme le ressort essentiel de la transsubstantiation politique du « multiple en un », Anonymous refuse qu’un individu particulier s’approprie le collectif et parle en son nom. Court-circuitant un des principes clés de la métaphysique politique, à savoir « l’usurpation générique » des porte-paroles qui, en parlant et en agissant au nom du groupe, contribuent à le faire advenir à l’existence (Bourdieu, 1987), le mouvement prend acte de l’impossibilité même de la délégation : dans un collectif démocratique, le pouvoir doit rester un « lieu vide » (Lefort, 1986). Évitant ainsi la trahison et la dépossession qu’implique la matérialisation du collectif dans le « monde des corps [20] », en l’occurrence les corps visibles et faillibles de ses représentants, Anonymous entend être uniquement un énonciateur collectif. Non seulement la multiplicité des porte-voix ou, comme le dirait Erving Goffman (1987), des « machines parlantes » qui le relaient n’ont pas le droit de parler en leur nom propre mais elles sont, littéralement parlant, « faceless ». Pour garantir l’auto-constitution permanente du mouvement et désincarner la puissance collective qui appartient à tout le monde et à personne, Anonymous esquive le travail individuel de figuration que les représentants des collectifs mettent d’ordinaire en œuvre : celui, nécessairement biaisé, de la figuration du collectif au nom duquel ils prétendent parler mais aussi celui de la figuration de leur propre « personnage » sur la scène publique (Goffman, 1987 ; Malbois et Kaufmann, 2015). Loin de s’instancier dans des corps individuels, Anonymous se veut un être immatériel, composé d’une multitude d’anonymes interchangeables qui s’expriment en-tant-que-membre-d’Anonymous. « Anonymous is not an organization. It is not a club, a party or even a movement[21] », scandent ses partisans, esquissant ainsi les contours d’un collectif inédit qui se distingue des formes instituées et des anciens « répertoires de l’action collective [22] » (e.g., mouvement, organisation, parti, etc.).

16

All we are is people who travel a short distance together, much like commuters who meet in a bus or a tram. For a brief period of time we have the same route, share a common goal, purpose or dislike. And on this journey together we may well change the world[23].

17Comme le montre l’usage d’une métaphore pour le moins minimale, celle de la rencontre occasionnelle dans un bus ou dans un tram, « l’entre-nous » que propose Anonymous repose sur un alignement éphémère des actions et/ou des idées. Lors de ce voyage conjoint, les passagers partagent un « but commun », un but provisoire mais grandiose puisqu’il s’agit de « changer le monde [24] ». Pour tous ceux qui rejoignent le train en marche, les exigences demeurent toutefois faibles car Anonymous ne soumet pas ses membres potentiels aux « rites d’institution » qui, classiquement, permettent d’assigner aux nouveaux venus une identité dont ils doivent témoigner et qu’ils doivent constamment mériter (Bourdieu, 1987). En d’autres termes, ceux de Joan Stavo-Debauge (2009), les membres potentiels d’Anonymous ne sont pas soumis à « l’épreuve de l’appartenance », souvent ardue, qui force ceux qui veulent « venir à la communauté » à s’aligner à ses manières de faire et à ses allant-de-soi (Stavo-Debauge, 2010 [25]). L’apprêtement auquel les membres potentiels d’Anonymous doivent se soumettre se réduit à deux exigences ou, plutôt, à deux interdits principaux qui ne peuvent être transgressés sans être « bannis du web » (« breaching network rules generally results in a network wide ban ») : la pornographie infantile [26] et la rupture de l’anonymat, que ce soit la sienne ou celle d’autrui. Évitant la forme prescriptive des devoir-faire, l’équipement déontique d’Anonymous tend ainsi à se réduire à la forme négative de ces deux conditions d’infélicité.

18En raison de l’anonymat requis, et à la différence du tram qui crée un « entre-nous » sensorimoteur, les membres d’Anonymous n’ont pas de moyens de se reconnaître, sauf lors des rares moments où ils font acte de présence, grâce au port du masque, dans un espace public matériel.

19

How to recognize other Anonymous ? We come from all places of society : we are students, workers, clerks, unemployed ; […]. We are the guy on the street with the suitcase and the girl in the bar you are trying to chat up. We are anonymous[27]

20Les anonymous ne peuvent être reconnus que par les traces ex post du mouvement conjoint qui les anime, eux et leurs semblables. Anonymous repose sur la convergence attentionnelle et l’alignement des actions a posteriori de ses membres qui acceptent de se fondre dans la masse pour réaliser le même but et aller dans la même direction, ce dont témoigne de manière récurrente l’analogie avec les pendulaires mais aussi avec les nuées d’oiseaux.

21

Anonymous est un groupe semblable à une volée d’oiseaux. Comment savez-vous que c’est un groupe ? Parce qu’ils voyagent dans la même direction. À tout moment, des oiseaux peuvent rejoindre ou quitter le groupe, ou aller dans une direction totalement contraire à ce dernier [28].

22L’analogie au vol d’oiseaux permet de souligner deux propriétés fondamentales du mouvement. D’une part, vue par « en-dessous », la nuée d’oiseaux n’est que l’ensemble des membres qui la composent ; de la même manière, l’unité d’Anonymous, vue de l’intérieur même du mouvement, n’est finalement qu’un phénomène momentané, basé sur la synchronie des actions hic et nunc. En revanche, de loin et vu de l’extérieur, Anonymous bénéficie d’un véritable effet de Gestalt : comme la nuée d’oiseaux, il satisfait le principe gestaltique de la convergence des conduites et possède donc une « entitativité » suffisante pour être traité comme une personne collective, c’est-à-dire comme un tout « voulant et agissant » (Campbell, 1957 ; Bloom & Veres, 1999). D’autre part, les individus qui s’engagent dans le mouvement le font, dans une sorte de geste « oxymorique », « sans engagement de leur part ». L’entrée dans le mouvement ne dépend que de la volonté immédiatement performative de tous ceux qui réalisent, par exemple en regardant la vidéo de Join Anonymous, qu’ils étaient un Anonymous sans le savoir. Car pour appartenir, il suffit qu’un individu veuille appartenir et suive le mode d’emploi, c’est-à-dire les quelques règles techniques que rappelle la page web « AnonOps Network Rules » et qui permet au futur membre de performer sa « nouvelle identité ».

23

Make sure to clear all cookies before you start using your new identity, or better use a different web browser for Anonymous than for your other activities. If you have higuer needs for security, ask us about encryption, steganography, Tor, etc.[29].

24En d’autres termes, le contrat implicite que propose Anonymous à ses membres potentiels consiste en un contrat entre soi et soi. Bien entendu, il ne s’agit pas ici d’un contrat au sens formel d’une entrée officielle avec carte de membre, paiement de cotisation, bulletin d’adhésion, etc. Il s’agit d’un contrat au sens où quiconque suivant effectivement les instructions qui indiquent « comment agir pour agir comme un Anonymous » se rallie, jusqu’à nouvel ordre, aux idées et aux orthopraxies du mouvement.

25

What is the right thing to do ? The only person who can tell you what is right for you is yourself. This is also the only person you should follow. We have no leaders. You are also the only person responsible for your actions. Do what you think is right. Do not what you think is wrong[30].

26C’est cet étrange contrat qui parachève le Beginner’s guide. Loin d’être un « contrat politique » de sujétion ou de subordination « verticale » par rapport à une autorité, ou encore un « contrat social » volontaire et « horizontal » entre des êtres libres et égaux entre eux (Dumont, 1983), le contrat virtuel des militants d’Anonymous s’inscrit dans l’univers solipsiste de la volonté-qui-se-réalise. Et pourtant, comme le relève Descombes (2004), contracter fait partie de ces « verbes sociologiques », tel que commander, enseigner ou hériter, qui en appellent nécessairement à une « paire d’agents » distincts et à des statuts régis par une règle impersonnelle de complémentarité. Tout comme l’on ne peut « s’inviter à dîner soi-même », dit Descombes, l’on ne peut contracter avec soi-même car « contracter » est une activité qui implique une distinction structurale entre deux statuts. En transformant un « verbe sociologique » en un « verbe psychologique » interne et auto-référent, tel que pardonner ou décider, Anonymous modifie radicalement « ce que contracter veut dire » : contracter n’est plus un « acte social » qui présuppose sa perception par autrui et doit donc être extériorisé, adressé et avalisé par un ou plusieurs destinataires (Reinach, 2004 [1913]). C’est un acte solitaire qui ne répond à aucune condition de félicité externe, à aucune contrainte d’ajustement et ne nécessite ni reconnaissance, ni « accusé de réception » (uptake). La performativité du contrat avec soi-même est aussi immédiate qu’absolue car, au terme de la vidéo, le spectateur est d’ores et déjà devenu un membre : « We are many and you are now one of us. Welcome to Anonymous. »

27Cette performativité instantanée a une conséquence non négligeable : l’engagement dans Anonymous échappe à la logique déontique de l’engagement réciproque propre au contrat ou à la promesse – engagement qui implique non seulement la faculté subjective de déterminer son action mais également l’obligation éminemment « responsabilisante » de répondre de son action à autrui (Genard, 1999). L’acte « contractuel » d’affiliation et de désaffiliation à Anonymous se déclinant à la première personne du singulier, le Je, une fois qu’il a endossé le statut de membre du Nous, n’abandonne pas le droit de se gouverner lui-même ; il a toujours la possibilité de mettre entre parenthèses son statut de membre du Nous et les obligations qui lui sont corrélatives. Pour reprendre ici la terminologie que Descombes (1995) utilise dans un autre cadre, le membre d’Anonymous est plutôt « l’élément » d’un ensemble dont il peut s’extraire à tout moment que la « partie » d’une « totalité structurale » dont il ne pourrait se déprendre. Loin de se caractériser par des propriétés architecturales et des rapports d’interdépendance, Anonymous est fondé sur le libre arbitre et ne relie ses membres que par un rapport externe, contingent, qui les met en contact a posteriori. Tout comme l’ensemble des choses blanches est formé grâce à la propriété qu’elles ont en commun, en l’occurence la blancheur, Anonymous est le terme abrégé qui permet de rassembler provisoirement un ensemble d’individus sous une même étiquette grâce aux vagues propriétés axiologiques qu’ils ont en commun, notamment l’attachement à la liberté d’expression et à la libre circulation de l’information, et à une propriété commune, celle d’être… anonyme.

28Cela étant, si Anonymous n’est pas régi par la logique partie/tout mais par la logique particulier/général puisqu’il résulte de la généralisation d’une propriété à un ensemble d’individus, celle d’être anonyme, il a fait malgré tout l’objet d’un processus de cristallisation et de figement dénominatif qui est fort révélateur. En effet, la « morphologie plurielle » des anonymous a fait peu à peu place à la « morphologie au singulier » d’Anonymous que la « majuscule graphique » vient individuer et rigidifier [31]. En instaurant un nouveau « contrat dénominatif », rassembleur, synthétique voire même démiurgique, cette « conversion désadjectivale » (e.g. la nominalisation progressive de l’adjectif « anonyme ») marque la transformation d’un ensemble d’individus en un groupe social (Lecolle, 2013). Elle suggère, entre le nom Anonymous et ses référents, un autre appariement que celui, éminemment descriptif, d’un ensemble ou d’une « classe taxonomique », en l’occurrence celle des anonymes [32]. Elle suggère un appariement normatif et un surplus de sens qui, bien que minimes, permettent d’affirmer, avec un contributeur d’Anonymous@AnonyOps, « 4chan users might be anonymous but they are not synonymous with Anonymous[33]. »

Des Anonymous à Anonymous

Une totalisation dramaturgique

29Si Anonymous renvoie à un ensemble d’individus plutôt qu’à une totalité concrète, cet ensemble a bien des propriétés agentives et causales qui lui sont propres : le Nous n’est que partiellement décomposable en une myriade d’individus car l’on ne peut conférer une interprétation distributive à tous les prédicats collectifs qui qualifient les actes ou les volontés d’Anonymous. Tout comme l’affirmation « Rome a gagné » dont parle Descombes (1992), l’affirmation « Anonymous a « défacé » le site » n’est pas valable distributivement car elle n’implique pas que chacun de ses membres ait participé à l’attaque. Une fraction de prédications collectives reste clairement non distributive, montrant ainsi qu’Anonymous est bien un tout logique, qualitatif, irréductible aux individus qui le « supportent ». Autrement dit, Anonymous est un Nous partiellement distributif qui déborde suffisamment l’ensemble formé par la collection des êtres qui le composent pour mériter l’apposition d’un A majuscule. On l’a vu, ce débordement est logique puisqu’il manifeste la capacité d’action de haut-niveau qui caractérise l’être collectif Anonymous. Mais ce débordement est aussi dramaturgique, sa mise en scène sous la forme unitaire de V le rendant irréductible à l’ensemble de ses membres, additionnés un à un.

30Si l’on caractérise les collectifs par les processus de totalisation qui sont à leur principe, force est de constater qu’Anonymous ne se laisse pas aisément saisir. On l’a vu, Anonymous n’est pas le produit d’une « totalisation métonymique » qui unifierait le collectif en mettant en scène le corps singulier de ses représentants. Il n’est pas non plus le résultat d’une « totalisation procédurale » qui reposerait sur la mise en commun concertée et qualitative des volontés individuelles, ni celui d’une « totalisation statistique », qui procèderait à un travail d’agrégation quantitative des opinions individuelles, et encore moins celle d’une « totalisation expérientielle » qui reposerait sur le champ d’expérience et l’horizon d’attente communs de ses membres [34]. En fait, Anonymous repose essentiellement sur une « totalisation dramaturgique » : c’est la mise en scène de ses actions dans une iconographie extrêmement stable et son individuation répétée dans les discours publics qui font croire à son existence effective.

31En effet, même si le collectif officiellement horizontal que déploie Anonymous peut échapper à la question politique de la représentation, il ne peut échapper à celle de la figuration. Une telle figuration est particulière : contrairement au « double corps » du roi ou du porte-parole politique, le « simple » corps d’Anonymous est un corps non pas physique mais uniquement symbolique [35]. Ce corps symbolique s’instancie dans deux principales figures iconiques, deux « logos » qui remplissent le double rôle de « faire lien » et de « représenter » ou, plus précisément, de faire lien en représentant. Ces figures iconiques compensent le « défaçage » individuel qu’implique l’anonymat par un « refaçage » collectif aisément reconnaissable – un « refaçage » qui broie les différences potentielles de ses suppôts.

Les codes iconographiques d’Anonymous

32Les figures iconiques ont une fonction d’ancrage : elles « annonçent » ou « authentifient » « l’avoir-été-là » d’une source d’actions et de paroles, en l’occurrence Anonymous (Derrida, 1972). Mais ces figures remplissent également une fonction sémiotique, indiquant les valeurs et attributs principaux du collectif qu’elles présentifient et incarnent dans l’espace public. Nous allons le voir, l’origine et l’intentionnalité des figurations d’Anonymous sont nettement moins claires et définissables que les symboles visuels de la publicité ou de la propagande politique. Loin d’enfermer le signe dans un sens clair et défini, les figurations d’Anonymous jouent au contraire sur l’ambiguïté sémiotique. Elles mettent en scène des êtres sans visage qui, au lieu d’affirmer une identité, la laisse en suspens. Ce sujet « flottant » échappe au travail de l’individuation qui permet d’assigner des places, attribuer un statut dans le monde civil ou une position dans l’ordre social (Rancière, 1995). Privé d’identité singulière, l’être masqué ou sans tête d’Anonymous n’est que le suppôt d’une propriété générique qui délimite les contours d’un ensemble collectif.

33La première grande figure iconique d’Anonymous, probablement la plus célèbre, est le masque emprunté au film V pour Vendetta.

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34Comme l’atteste nombre de pratiques culturelles, le port du masque a toujours eu une importance anthropologique considérable. Dans les carnavals ou les fêtes populaires du Moyen Âge, il servait à ouvrir un espace à la parole populaire – un espace où pouvait enfin s’exercer la critique satirique des « puissants », le renversement des normes établies et la mise entre parenthèses des hiérarchies institutionnelles (Bakhtine, 1970). Dans le cas d’Anonymous, le masque a également une utilité pratique : il empêche l’identification de ses membres en prolongeant, lors des protestations publiques, le principe de l’anonymat numérique. Mais la reprise par Anonymous d’un objet de la « culture de masse » est également une manœuvre intertextuelle ou plutôt « intericonique » d’une grande efficacité : elle lui permet de s’approprier les connotations anarchistes et subversives du personnage « V [36] ». Bien évidemment, cette « citation » iconique ne peut être heureuse que si le public maîtrise le répertoire « encyclopédique » et l’imaginaire social auxquels elle fait allusion (Eco et Gamberini, 1994 [37]). Mais même pour les personnes qui ne connaissent pas sa signification d’origine, le masque de Guy Fawkes a une force illocutoire « endogène », celle de la contestation, notamment en raison de son sourire narquois, qui incarne « l’insolence » et « l’irrévérence » tout en gardant l’aspect « distingué » des carnavals vénitiens. Grâce à ce masque, Anonymous advient au monde des corps sous la forme reconnaissable et indéfiniment reproductible d’un sujet provocateur plutôt arrogant mais garde, toutefois, une part de mystère.

35La deuxième figure, la plus idiosyncrasique d’Anonymous, est le « costume sans tête » (suit without a head), doté d’un point d’interrogation en lieu et place du visage.

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36Une telle figure a des significations multiples et relativement indéterminées. Elle rappelle qu’Anonymous est une organisation sans leaders, que ses membres, impossibles à identifier, sont susceptibles d’infiltrer à tout moment, grâce à leur tenue de camouflage, l’univers « WASP » de l’establishment (e.g., blanc, masculin, d’âge et de classe moyennes). La reprise du fameux symbole de l’ONU que l’on distingue à l’arrière-plan, en l’occurrence les rameaux d’olivier et la carte du monde – mais cette fois « vidée » de son contenu – semble également souligner les enjeux globaux du mouvement et sa portée de plus en plus politique (Huff, 2011). Mais « l’homme sans tête » renvoie également à une créature mythologique issue de 4chan, une des sources d’inspiration d’Anonymous, the Slender Man, personnage fuyant et multiforme qui hante ses victimes à travers Internet et qui est devenu, via le « crowdsourcing », un « mème [38] ».

37Au terme de cette brève analyse, il s’avère que les deux grandes signatures iconiques d’Anonymous ont deux points importants en commun. D’une part, toutes deux fonctionnent comme un « dispositif de blocage » : pour permettre l’anonymat mais également pour satisfaire l’éthique « anti-ego » ou « anti-célébrité » du mouvement, elles bloquent les actions et les discours au niveau d’un acteur collectif abstrait qui ne peut se présentifier dans des corps singuliers [39]. D’autre part, le masque sans corps comme le costume sans tête ont des dons d’invisibilité et d’ubiquité qui les rendent physiquement mais aussi moralement insaisissables. En effet, ils restent, pour reprendre les termes de Marcel Mauss (1938), étrangers au « moi » ; ils n’ont pas de corps, pas d’ancêtres, pas de noms, pas de biens propres. Or, les êtres sans corps n’ont pas d’âme, du moins pas encore : ils ne peuvent se poser comme un « sujet » qui assumerait publiquement la responsabilité morale et politique de ses paroles et de ses actions (Benveniste, 1966, p. 259). Car l’acte d’identification n’est pas seulement un dispositif de contenance nominative qui quadrille symboliquement les individus, une technologie de contrôle et d’assujettissement qui les relie sans cesse au pouvoir central qui les a autorisé à être ce qu’ils sont. Identifier, c’est aussi reconnaître un être comme une personne singulière et responsable, en tant que telle, pour les actions commises. Le nom propre, autrement dit, permet à la question du sujet d’être posée.

38Ce sont précisément ces dispositifs d’identification, tout à la fois assujettissants et responsabilisants, qu’esquive Anonymous. En échappant à la figuration, ses membres font miroiter une force illimitée, innommée sinon innommable, qui est nécessairement menaçante. Car l’anonymat généralisé n’est supportable que s’il fait fond sur des présomptions partagées, sur des principes de régulation communs, comme c’est le cas dans les espaces publics urbains où la coprésence avec des inconnus est régie par des normes de civilité et d’indifférence mutuelles (Goffman, 1987). Or, vu l’absence de dispositifs centralisés et de porte-paroles, le partage de principes communs n’est guère garanti dans un mouvement aussi opaque et réticulaire qu’Anonymous. La seule communauté de principe qui semble garantie repose in fine sur la figure de l’ennemi – une figure centrale, on va le voir, pour l’individuation des collectifs en général et pour celle d’Anonymous en particulier.

« Agir-contre » : une opération d’individuation efficace

39Si les dénominations et les figurations sont centrales pour faire advenir les collectifs à l’existence publique, le positionnement mutuel dans un espace d’apparition compétitif et conflictuel l’est tout autant. C’est bien ce positionnement, largement négatif, que permet la figure classique de « l’ennemi » auquel s’attaque Anonymous. En effet, Anonymous est essentiellement un mouvement réactif qui contre-attaque lorsque les droits qu’il juge inaliénables sont remis en question ; il relève plus d’un agir contre que d’un agir pour, comme le rappelle la phrase récurrente « Remember Who Your Enemies Are[40]. » On le sait, l’horizon de la guerre et la configuration « ami-ennemi » est un moyen de totalisation redoutablement efficace : les collectifs s’individuent en s’opposant à des êtres collectifs de même grandeur, ils prennent forme et sens lorsqu’ils sont rapportés à ce qu’ils prétendent nier et réfuter (Simmel, 1995 ; Kaufmann, 2010). Dans cette logique « schmittienne » (Schmitt, 1992 [1932]), ce qui importe est la survie du corps héroïque qui fait la paix ou la guerre, envoie ou reçoit des ambassades, établit la sûreté et prévient les invasions, bref, gère l’entrée en scène des forces collectives dans un espace d’affrontement (Freund, 1965). Cette logique polémique et polémologique se retrouve avec Anonymous : c’est dans le jeu public des attributions mutuelles qui l’opposent à des « gros êtres », que ce soit l’Église de scientologie, le FBI ou Sony, qu’Anonymous peut en retour se produire et s’affirmer comme une entité collective [41]. Car un collectif, comme le suggère Daniel Dayan (2000) à propos des publics, est un être d’ostension : il « prend toujours, d’une certaine façon, la pose ».

40Avec Anonymous, ce jeu réflexif, mêlé à la figure totalisatrice de l’ennemi, prend une tournure encore plus symétrique. Dans un jeu de miroirs paradoxal entre transparence et opacité, visibilité et invisibilité, figuration et défiguration, Anonymous établit une forme de symétrie entre lui et « l’ennemi », tout aussi réticulaire et parfois anonyme. Car Anonymous, tout en faisant la guerre au secret, irrecevable dans une démocratie où le jugement public est un moyen essentiel de « civiliser » la conduite des puissants, fait du secret le ressort même de son mode de fonctionnement, basé sur l’anonymat et la cryptographie. Pour arracher le masque de ses ennemis, il revêt à son tour un masque qui soustrait ses « suppôts » au regard et au jugement publics. Paradoxalement, il s’agit de se masquer pour démasquer les ennemis de la liberté, que ce soit des individus ou des organisations, et pour les priver temporairement de leur existence publique en les « défaçant ». Quand Anonymous prend des individus singuliers pour cible, il s’attèle à dévoiler publiquement leurs informations privées, à les priver de leurs « oripeaux » sociaux, bref à les relâcher dans l’espace public, après les avoir « retréci » à des êtres « minuscules [42] ». Quand il s’attaque à des organisations, il vise à faire éclater l’unité apparente qu’elles revêtent dans l’espace public, à les priver de la maîtrise de leur figuration et à les réduire à un vulgaire agrégat d’individus, nécessairement vulnérables. Anonymous utilise ainsi la mise en transparence de ses ennemis comme une arme de guerre. Dans un mouvement de symétrisation, Anonymous retourne ainsi contre lui-même le dispositif de surveillance et de « disciplinarisation » panoptique que les organisations, les entreprises ou les États utilisent pour traquer, lire et prédire les faits et gestes citoyens (Foucault, 1975 ; Laval, 2011). En recourant au masque et au cryptage, un tel mouvement récuse la légitimité des divers modes de régulation du visible et du dicible. Surtout, il rejette le jeu politique de la négociation et de la communication puisqu’il ne laisse pas à ses ennemis la possibilité de répondre (de Lagasnerie, 2015).

Les controverses comme « perspicuous settings »

41On l’a vu, Anonymous n’est pas un lieu d’autorité ; c’est plutôt l’incarnation figurative du seul principe que les « Anon » peuvent « ventriloquer » et au nom duquel ils peuvent agir : la liberté d’expression [43]. Cette dernière n’est pas du même ordre, toutefois, que la liberté d’expression individuelle car elle implique une double injonction : chacun peut parler pour tous sans jamais parler de soi. Cette règle énonciative, même si elle n’est pas explicitée, constitue pourtant une des pierres angulaires du fonctionnement d’Anonymous : l’effacement volontaire du Je autorise l’expression d’un Nous fédérateur même si ce dernier est nourri de voix potentiellement infiniment plurielles.

42Ainsi, les apparitions publiques des soi-disant « porte-paroles », nécessairement auto-proclamés, d’Anonymous font l’objet de très fortes critiques. C’est ce que montre très bien la controverse autour de la présence d’un « représentant » d’Anonymous sur le plateau de l’émission de télévision française Salut Les Terriens[44]. La présence physique d’un individu parlant à la première personne de sa participation aux activités du mouvement suscite une série de réactions virulentes. Le premier type de réactions s’articule autour de la critique de l’existence même d’une telle fonction de représentation publique qui constitue de facto une usurpation puisqu’elle est contraire au principe de stricte horizontalité du mouvement [45]. De plus, la mise en scène de l’homme masqué aux côtés des autres « people » de l’émission illustre une possible connivence avec les médias, transgressant ainsi le code de communication Anonymous qui est censé favoriser, au contraire, le surgissement disruptif, l’interruption du flux médiatique orchestré par l’establishment[46]. Enfin, la présence corporelle de ce soi-disant « représentant » est en elle-même une atteinte à l’éthique du mouvement car elle peut contribuer à sa mise en danger. Comme l’ironise l’animateur en fin d’émission, qui espère que l’homme masqué ne sera pas appréhendé par les services de police à la sortie des studios, cette exposition singulière crée la possibilité d’une brèche dans l’anonymat collectif du mouvement. Un tel entretien contraste singulièrement avec les interviews des Anons qui, dans les médias américains, revendiquent explicitement le fait de ne pas être porte-parole et sont interrogés à distance dans un lieu tenu secret.

43Les membres d’Anonymous disposent donc bien de codes implicites pour distinguer les vrais « appartenants » des faux. La règle de la clandestinité électronique est particulièrement impérative, comme le montre les controverses que soulèvent les tentatives d’appropriation ou de « hijacking » du mouvement par des anonymes « qui veulent se faire un nom [47] ». Les interventions qui visent à conquérir une visibilité individuelle engendrent immédiatement des processus correctifs. Si les prises de parole échappent à tout contrôle a priori, ce qui est la condition même de la liberté d’expression, elles sont bien l’objet d’un contrôle social a posteriori. Car toutes les interventions faites au nom d’Anonymous ne sont pas légitimes, soulevant ainsi une question clé pour le collectif : qui juge et fait respecter cette légitimité ?

44En fait, la seule instance à même de juger de la légitimité des propos reste le collectif lui-même. En cas de transgression, des injonctions collectives, plus ou moins virulentes et organisées, viennent rappeler à l’ordre le fautif et l’inciter à la rétractation, voire à l’excuse publique. Dans un tel cadre, les controverses ne sont pas de simples accidents. Comme cela a été le cas au début de la libre édition, notamment celle de Wikipédia, les controverses ne sont pas le résultat d’égarements ou de déraillements momentanés par rapport à une ligne de conduite figée et préétablie ; elles représentent au contraire un processus parfaitement normal et même vital dans la vie de ce type de mouvements « auto-organisés ». Jamais stabilisée, la définition du Nous d’Anonymous s’inscrit dans un processus itératif massivement distribué qui corrige les déviances excessives et reformule sans cesse les conditions de sa propre existence à partir de quelques règles minimales [48].

45L’incitation à se fondre dans une masse d’anonymes ne constitue d’ailleurs pas une règle intangible. On l’a vu avec les opérations d’« outing » qui exposent et isolent sur la place publique le nom, les propos et les affiliations privés des ennemis supposés, la personnalisation est une arme offensive, un instrument de dégradation et de comparution. Mais la personnalisation représente également un moyen défensif, notamment pour les Anons (e.g., A. Swartz, J. Hammond, etc.) que leurs démêlés avec la justice ont sortis de force de l’anonymat. Paradoxalement, c’est au moment même où ils ne peuvent plus être anonymes qu’ils sont consacrés comme l’incarnation du collectif des Anonymes – une incarnation qui implique tout à la fois leur montée en singularité puisqu’ils sont des êtres hors du commun et leur montée en généralité puisqu’ils deviennent les emblèmes des valeurs et des luttes du « comme-un [49] ». Alors que l’héroïsme ordinaire des Anons est celui du soldat inconnu, les héros « tombés » au champ d’honneur conquièrent, pour ainsi dire malgré eux, un nom propre et même, dans une opération à la seconde puissance, un, c’est-à-dire leur « re-nomination » sous l’angle de la généralité des valeurs qu’ils incarnent [50]. Ce processus permet d’ailleurs d’intégrer a posteriori des personnes jugées emblématiques, tels les « lanceurs d’alerte » B. Manning ou E. Snowden, qui ne faisaient pas vraiment partie du mouvement. Un tel processus de cooptation rétrospective montre que, même dans un mouvement de « sans-nom », le registre emblématique de la réputation et de l’estime des « grands singuliers » ne peut être totalement esquivé.

Conclusion. Un mouvement de subjectivation politique ?

46Au terme de ce parcours, l’on voit bien qu’Anonymous s’arrête au seuil du procès d’institutionnalisation des collectifs, évitant ainsi le retournement « hobbien » qui transforme les collectifs en des « léviathans », petits ou grands, éphémères ou persistants, qui annihilent l’intentionnalité des individus qui les composent [51]. Laissant dans l’ombre la face obligeante et potentiellement aliénante des collectifs, Anonymous n’éclaire que sa seule face possibilisante, c’est-à-dire les nouvelles opportunités d’action qu’ils fournissent aux gens de bonne volonté qui le composent (Kaufmann, 2010). Le minimalisme déontique et la performativité instantanée des engagements quelque peu solipsistes (« self-binding commitments ») qui le caractérisent épargnent à ses membres une subordination que l’on pourrait dire générique : celle qui assujettit le point de vue des individus au point de vue de la totalité. Mais cette liberté a aussi un prix : en favorisant, pour la majorité de ses membres, les « liens faibles » et les engagements à éclipses [52], elle tend à supprimer les bénéfices mêmes de l’appartenance, notamment les pratiques de coopération et de protection mutuelles. En effet, si Anonymous ne constitue pas une communauté au sens de la mêmeté a priori des mœurs, des valeurs et des pratiques, il ne constitue pas non plus une communauté au sens minimal de « l’être-avec » qui unit et sépare un Je et un Tu[53]. Car l’ontologie dont se réclame Anonymous n’émerge pas de la scène primitive des collectifs que constituent bien souvent les relations intersubjectives et les liens directs et immédiats qui caractérisent les situations de co-présence. Loin de la « ligne directe » que constitue la relation interindividuelle ou l’être-avec, le lien que déploie le collectif Anonymous est une relation uniquement médiate, « une ligne brisée » et indirecte qui repose sur le rapport commun à des « tiers » déontiques et iconographiques minimaux et minimalistes [54]. La configuration relationnelle que déploie Anonymous est donc tout à fait particulière : privée de Je et de Tu, elle n’a pas de place pour d’autres pronoms que le Nous et le Eux. Une telle configuration reste bloquée au niveau du seul « invariant de la variation » pronominale qu’est le Nous (Jacques, 1979). Appartenant en commun à tous et en propre à chacun, le Nous constitue le point fixe d’une convergence d’intérêts et d’attentions qui ne peut se décliner, tout au moins publiquement, à la première personne du singulier. En ce sens, Anonymous ne peut donner prise à un processus de subjectivation individuel (en Je) pour les individus qui le composent puisque ces derniers ne peuvent et ne doivent pas répondre de leurs actes dans un espace public ; il peut uniquement donner prise à un processus de subjectivation collectif (en Nous). Ce processus de subjectivation collectif est celui qui permet aux subalternes de conquérir un pouvoir symbolique en multipliant les « tactiques » de « détotalisation » des espaces institutionnels et des techniques d’objectivation, d’identification et de surveillance des individus qui leur sont corrélatives (de Certeau, 1990 ; Deseeris, 2012 [55]). En réponse au pouvoir de nomination des autorités, qui est un moyen de circonscrire un lieu propre, la seule tactique possible pour les subalternes est de se glisser dans des lieux ou des noms impropres.

47L’on peut se demander toutefois si cette subjectivation collective est bel et bien une subjectivation politique. Dans le cadre phénoménologique arendtien qui est ici le nôtre, la réponse à cette question est tout à la fois positive et négative. Positive car tout en faisant valoir le droit du grand nombre et la puissance constituante de la multitude, comme les Indignés, – « nous sommes les 99 % », disaient-ils – Anonymous travaille à l’unification de sa figuration publique et à son apparition sur la scène publique – ce que nous avons appelé sa totalisation dramaturgique [56]. Malgré son absence de plan ou de programme spécifique, son apparition, significative et emblématique en elle-même, fait office de « performatif politique » (Arditi, 2012). De la même manière que les révolutionnaires ont inventé un « peuple » avant d’inventer son futur (Rancière, 2011 : 13), Anonymous a inventé un collectif qui rappelle à quiconque et à n’importe qui sa capacité d’agir. Mais dans un autre sens, le collectif Anonymous ne mérite guère le qualificatif « politique ». D’une part, il fabrique des outils de réparation et d’accusation fondamentalement opaques qui échappent à la délibération et au jugement publics et se dérobent « à la scène éthique », favorisant ainsi la radicalisation et l’intensification des conflits [57]. D’autre part, l’anonymat et l’interdit de la représentation soustraient aussi bien l’entité majuscule Anonymous que les anonymous minuscules qui le composent de l’obligation responsabilisante, tout à la fois morale et politique, de répondre de leurs actions. Dans ce sens, Anonymous ne s’arrête pas seulement au seuil de l’institution, voire même au seuil de ce que « faire collectif veut dire » ; il s’arrête, tout au moins potentiellement, au seuil de la politique.

Notes

  • [1]
    Laurence Kaufmann est sociologue et professeur à l’université de Lausanne/CEMS-EHESS) ; Rafael Rios Luque est sociologue et diplômé de l’université de Lausanne ; Olivier Glassey est sociologue, maître d’enseignement et de recherche à l’université de Lausanne. Les auteurs remercient vivement Fabienne Malbois pour sa relecture attentive et ses suggestions
  • [2]
    Voir notamment les travaux d’Alvesson et Kärreman (2000), Cooren (2000), Taylor et Cooren (1997).
  • [3]
    Une action DDoS consiste à inonder un site web de demandes d’accès dans un court laps de temps, le rendant ainsi temporairement indisponible. Ce type d’attaque s’accompagne souvent du « défaçage » du site, sa page d’accueil étant remplacée par un slogan et un message d’Anonymous.
  • [4]
    Le « Lulz » est une falsification du terme « Lol », acronyme de l’expression anglaise « laughing out lout » – traduit en français comme « rire aux éclats ».
  • [5]
    Sur la culture des hackers, voir la très bonne synthèse, quoique ancienne, de Jordan et Taylor (1998).
  • [6]
  • [7]
  • [8]
  • [9]
  • [10]
  • [11]
  • [12]
    We are forming our own Social Contract. […] « We must declare our virtual selves immune to your sovereignty, even as we continue to consent to your rule over our bodies. We will spread ourselves across the Planet so that no one can arrest our thoughts. » John Perry Barlow, A Declaration of the Independence of Cyberspace, 1996.
  • [13]
    Le système IRC (Internet Relay Chat) est un dispositif numérique simple qui permet l’échange instantané des textes.
  • [14]
    Ainsi, les membres du groupe LulzSec se sépareront d’Anonymous pour réclamer un retour aux origines « amorales » du « Lulz ».
  • [15]
    « How many Anonymous are there ? We are more than you think. We are more than anybody thinks. »
  • [16]
    Sur l’intéressant concept de non-lieu, Augé (1992).
  • [17]
    Pour une réflexion sur la figuration, Stavo-Debauge (2010).
  • [18]
  • [19]
    How to join Anonymous. A beguinners guide’.
  • [20]
    Pour une réflexion sur la descente des institutions dans le monde des corps, Boltanski (2009).
  • [21]
    How to join Anonymous. A beginners guide’.
  • [22]
    Sur les répertoires institués de l’action collective, Tilly (2010 [1969]).
  • [23]
    How to join Anonymous. A beguinners guide’.
  • [24]
    Étonnamment, ce guide ne précise pas la teneur de ce but commun ; ce n’est qu’en se basant sur un savoir d’arrière plan que ses destinataires peuvent identifier la raison d’être principale du mouvement, notamment la lutte contre les secrets d’État, les manœuvres des grandes corporations et surtout, la surveillance et la censure des « citoyens d’internet ».
  • [25]
    D’ailleurs, dirait Stavo-Debauge, Anonymous épargne également à ses « appartenants » « l’épreuve de l’hospitalité » qui les force à « encaisser » le choc de la différence ou du différend que représente « l’étrangéité » d’un nouveau venu.
  • [26]
    Comme l’indique un des sites de référence d’Anonymous, Anonops dans sa page AnonOps Network Rules. https://anonops.com/rules.html : « Anything related to child pornography is expressly FORBIDDEN. »
  • [27]
    How to join Anonymous. A beguinners guide’.
  • [28]
  • [29]
    AnonOps Network Rules. https://anonops.com/rules.html :.
  • [30]
    How to join Anonymous. A beguinners guide’.
  • [31]
    Nous reprenons ici les distinctions sémantique de Lecolle (2013).
  • [32]
    Comme le relève Harré (1997), les « classes taxonomiques » se prêtent à une interprétation distributive : tous leurs membres empiriques doivent satisfaire, sans exception, la propriété commune qui leur est ainsi assignée (les jeunes de moins de 21 ans, les locataires, etc.).
  • [33]
    Poste sur le compte twitter Anonymous@AnonyOps 1 sept., signé par Kthxbai Cc@DeathAndTaxes.
  • [34]
    Sur ces différents types de totalisation, Kaufmann, Les Voix de l’opinion : raisons et déraisons du jugement public, en préparation.
  • [35]
    Nous faisons bien entendu allusion au célèbre dogme théologico-politique, propre à la monarchie, du « double corps du roi » dont parle Kantorowicz (1989 [1957]).
  • [36]
    Le film hollywoodien V pour Vendetta (2006) est une adaptation de la bande dessinée écrite par Allan Moore dans les années 80. Il s’agit d’un récit « dystopique » (récit sombre d’un monde impossible à vivre – contraire au récit, optimiste, de l’utopie) qui met en scène un héros rebelle s’opposant à un gouvernement fasciste et portant le masque de Guy Fawkes, personnage historique qui, lors de la Conspiration des poudres en 1605, s’était élevé contre le roi d’Angleterre. Le récit, à fortes réminiscences orwelliennes, décrit une société anglaise postapocalyptique dominée par un gouvernement totalitaire.
  • [37]
    U. Eco (1994) identifie les stratégies de répétition intertextuelle comme une des procédures dominantes de la production culturelle contemporaine.
  • [38]
    La figure monstrueuse du « Slender Man » a été qualifiée par la BBC, en 2012, de « premier grand mythe de l’histoire d’Internet ». Le Slender Man est un personnage fictionnel, né en 2009 d’un fil de discussion du forum Something Awful. Il apparaît généralement sous la forme d’un homme grand et longiligne, portant un costume noir, une chemise blanche et une cravate, avec des bras et des jambes disproportionnés. Il hante les forêts, kidnappe les jeunes enfants et tourmente ses victimes en les plongeant dans la folie. Cf. http://scinfolex.com/2013/12/27/du-meme-au-mythe-a-qui-appartient-le-slender-man/. Même si le concept de « mème » a été proposé à l’origine par Dawkins, par analogie au gène, il est devenu un concept très populaire sur internet qui désigne un « élément culturel reconnaissable répliqué par l’imitation du comportement d’un individu par d’autres individus » et qui circule après s’être autonomisé de son contexte d’origine. Il existe d’ailleurs un site internet qui répertorie les mèmes intitulé http://knowyourmeme.com.
  • [39]
    Sur cette éthique « anti-ego », Coleman (2014).
  • [40]
    http://www.millionmaskmarch.com. La dimension réactive est systématique dans le mouvement Anonymous. Par exemple, en réaction aux attentats de Charlie-Hebdo à Paris, il produit le message vidéo suivant : « Écœurés et choqués, nous ne pouvons nous laisser abattre. Il est de notre devoir de réagir. […] La liberté de la presse est un principe fondamental de toute démocratie. C’est notre responsabilité à tous de la défendre. […] Attaquer la liberté d’expression, c’est attaquer Anonymous. […] Toutes entreprises et organisations en lien avec ces attaques terroristes doivent s’attendre à une réaction massive d’Anonymous. » https://www.youtube.com/watch?v=YY1RzHEYAjU.
  • [41]
    L’expression de « gros être » est de Linhardt (2008).
  • [42]
    Par exemple, Anonymous a publié une vidéo sur YouTube qui divulgue les informations privées sur un officier de police du NYPD, Anthony Bologna, y compris les noms de ses proches, qui a utilisé un spray à base de poivre contre des manifestants d’OccupyWallStreet. http://theanonmessage.blogspot.ch/2011/09/youtube-bans.html.
  • [43]
    Sur cette notion de ventriloquie, Cooren (2010).
  • [44]
    Le fil de discussion déclenché par l’interview d’un supposé Anonymous masqué, appelé Vicious, sur le plateau de Salut Les Terriens, émission animée en octobre 2012 par T. Ardisson, est disponible à https://www.youtube.com/watch?v=p9yRI3Axh-s.
  • [45]
    « Anonymous la dit, il n’y pas de représentant d’anonymous ceci est t’un fake ce n’est pas le masque qui fait l’anonymous. » WSla Yer https://www.youtube.com/all_comments?v=p9yRI3Axh-s&lc=DsxKkJyVD4b_LiqbNFgKSTK4ATG2fp0cHNYy7slFzDk.
  • [46]
    « Je ne pense pas qu’un Anonymous utilise les médias de masse. Je voie les Anonymous comme des personnes très discrètes. Qui ne cherche pas à amasser les populations Je pense que c’est l’émission qui a fais un « faux » anonymous bien que ce qu’il dit colle avec leur principe. » MrRyuX0 https://www.youtube.com/all_comments?v=p9yRI3Axh-s&lc=DsxKkJyVD4b_LiqbNFgKSTK4ATG2fp0cHNYy7slFzDk.
  • [47]
    Pour des exemples de ce type de controverses, récurrentes, voir par exemple les réactions suscitées par les prétentions d’un « imposteur », C.A.Sands, qui dit avoir écrit les règles d’Anonymous : https://www.youtube.com/watch?v=gxu0Nw4lqsY https://twitter.com/d33b0h/status/512228537126764544 (1714) Voir également la chute infernale du « Commander X » qui, pris par son attrait pour « le culte de la personnalité », a enfreint toutes les règles de sécurité et a fini en prison. http://www.gqmagazine.fr/popculture/gq-enquete/articles/christopher-doyon-l-anonymous-qui-voulait-se-faire-un-nom/16505.
  • [48]
    Un tel processus montre aussi le pouvoir d’exclusion du mouvement. Comme le montre les fils de discussion sur Twitter en octobre 2012, Anonymous se détache publiquement et plutôt brutalement de WikiLeaks qui a instauré une plateforme pour faire payer à ses usagers l’accès aux informations. Anonymous critique également le culte de la personnalité d’Assange. « C’est une manière de faire infecte, immonde et totalement non éthique », estime Anonymous dans un communiqué de presse. « C’est la fin d’une époque. Nous ne suivons plus @Wikileaks et nous leur retirons notre soutien. C’était une idée extraordinaire, ruinée par des egos. » https://twitter.com/youranonnews.
  • [49]
    Sur la notion de « montée en généralité » cf. Boltanski et Thévenot (1991), pour la notion de « montée en singularité », voir Heinich (2005).
  • [50]
    Sur la notion de re-nomination, Lévi-Strauss (1962).
  • [51]
    Pour une critique aiguisée de ce retournement hobbien, caractéristique de bien des modèles contractualistes des collectifs, Stavo-Debauge (2009).
  • [52]
    Sur ces liens faibles, qui caractérisent nombre de collectifs virtuels, Cardon (2010).
  • [53]
    Sur ce sens de la communauté, Nancy (1990) et Stavo-Debauge (2010).
  • [54]
    Les termes entre guillemets sont de Simmel (1999). Pour une utilisation récente de ces notions, Kaufmann (2010).
  • [55]
    Les termes entre guillemets renvoient à de Certeau (1990).
  • [56]
    Sur le pouvoir de la multitude, ni peuple, ni masse, Negri (2002).
  • [57]
    L’expression entre guillemets est de Lagasnerie (2015, p. 123).

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Laurence Kaufmann
Rafael Rios Luque
Olivier Glassey [1]
  • [1]
    Laurence Kaufmann est sociologue et professeur à l’université de Lausanne/CEMS-EHESS) ; Rafael Rios Luque est sociologue et diplômé de l’université de Lausanne ; Olivier Glassey est sociologue, maître d’enseignement et de recherche à l’université de Lausanne. Les auteurs remercient vivement Fabienne Malbois pour sa relecture attentive et ses suggestions
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
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Mis en ligne sur Cairn.info le 27/01/2017
https://doi.org/10.3917/rpub.020.0143
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