CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Le rôle de la Chine dans le commerce international est un sujet de controverse politique récurrent, notamment aux États-Unis où il a animé les trois dernières élections présidentielles. La part de la Chine dans le commerce international a en effet connu une hausse sans précédent depuis le début des années 2000, avec des répercussions sur les marchés de l’emploi des pays développés, même si la balance courante chinoise connaît aujourd’hui une phase de rééquilibrage.

Quels ont été les leviers de la croissance des exportations chinoises dans les années 2000 ?

2La Chine a connu au cours des années 2000 une progression continue de ses parts de marché à l’export dans le commerce mondial (OMC, 2017). Concernant les produits manufacturés, les exportations chinoises représentent même 18 % des exportations mondiales. Quatre mécanismes ont principalement joué dans cette croissance.

3Premièrement, en raison de la hausse du niveau de qualification de sa population, la Chine a progressivement acquis un avantage comparatif [1] pour la production de biens intensifs en main-d’œuvre (Zhu, 2012). En 2010, le coût salarial unitaire chinois, pondéré par la productivité, équivalait ainsi à 60 % de celui des États-Unis (le salaire horaire proprement dit était quant à lui vingt fois plus faible).

Figure 1

La hausse substantielle du rôle de la Chine dans le commerce mondial dans les années 2000

Figure 1

La hausse substantielle du rôle de la Chine dans le commerce mondial dans les années 2000

Lecture : la part des exportations chinoises dans le commerce mondial de marchandises est passée de 3 % en 2001 à 13 % en 2016.
Source : OMC, 2017

4Deuxièmement, la hausse des parts de marché chinoises à l’exportation résulte également de la baisse progressive des droits de douane entamée à partir de 1997, dans la lignée des réformes lancées en 1978 par le président Deng Xiaoping, favorisant l’importation d’intrants [2], ainsi que par un accès facilité au territoire chinois pour les entreprises étrangères.

5Troisièmement, les exportations chinoises comprennent principalement deux composantes : un commerce dit de « processing », soit des exportations correspondant à l’assemblage de biens importés en Chine par des entreprises à capitaux étrangers, et un commerce « ordinaire », à partir d’intrants locaux par des entreprises chinoises. Ce dernier est aujourd’hui le principal moteur de la croissance des parts de marché à l’export (Lemoine et alii, 2015).

6Enfin, au total, la hausse des exportations chinoises a permis dans les années 2000 d’absorber une part importante de la production chinoise, ne pouvant être consommée par une demande intérieure contrainte par la faiblesse des salaires. Cette situation généra dès lors des excédents chroniques de la balance courante, culminant à 10 % du PIB en 2007, ainsi que des réserves de changes considérables, de 3 000 milliards de dollars en 2016 (FMI, 2017).

Quels impacts sur les économies des pays développés ?

7La croissance des exportations chinoises a eu différents effets sur les économies des pays développés : d’un côté, une baisse de la production industrielle des pays développés et une diminution des emplois et salaires dans ces pays, de l’autre une diminution du prix des biens bénéfiques pour les consommateurs.

8L’augmentation des parts de marché chinoises dans les exportations mondiales s’est traduite par un effet négatif sur la production industrielle dans les pays développés, avec des transferts de production vers la Chine (mais également d’autres pays émergents). Ainsi, sur la période 2001-2011, les États-Unis et la zone euro ont respectivement perdu 4 et 3 points de pourcentage de parts de marché à l’export.

9De même, la concurrence des exportations chinoises a eu un effet négatif sur les emplois et les salaires dans les secteurs les plus exposés. Aux États-Unis en particulier, la littérature empirique suggère que la concurrence des importations chinoises serait responsable d’un quart de la baisse des emplois industriels observée dans les années 1990 et 2000 (Autor et alii, 2013 ; Pierce et Schott, 2016).

10Les pays développés n’ont pas moins bénéficié de l’ouverture commerciale de la Chine, avec une baisse significative du prix des biens importés. L’entrée en 2001 de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) se serait ainsi traduite par une baisse des prix manufacturiers aux États-Unis de près de 8 %, en raison de la baisse des droits de douanes sur les importations en Chine, répercutée ensuite sur les prix des biens exportés vers les États-Unis (Amiti et alii, 2017).

Quelles évolutions récentes des exportations chinoises ? Une croissance effrénée ?

Figure 2

Déclin de la balance des paiements rapportée au PIB (%)

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Déclin de la balance des paiements rapportée au PIB (%)

Lecture : les excédents courants de la Chine ont diminué de 2,7 % en 2015 à 1,7 % en 2016, et le FMI prévoit qu’ils ne représentent plus que 0,4 % en 2022.
Source : FMI, 2017

11Si les parts de marché à l’export de la Chine continuent à croître, ses excédents courants tendent depuis 2008 à diminuer (FMI, 2017), sous l’effet de la hausse des importations et de la baisse des termes de l’échange.

12Le rééquilibrage de la balance courante chinoise s’explique d’abord par la hausse de la demande intérieure, du fait d’une politique de relance ayant notamment consisté entre 2014 et 2016 en une baisse du taux d’intérêt, un assouplissement des règles prudentielles sur le marché de l’immobilier et une hausse du déficit public, de 0,9 à 3,7 % sur la période (FMI, 2017).

13La réduction des excédents courants résulte également de la baisse des termes de l’échange [3] du fait d’un plafonnement de la montée en gamme des biens exportés (Lemoine et alii, 2015). Cette détérioration des termes de l’échange profite à l’inverse aux pays développés, qui voient leurs propres termes de l’échange progresser.

Notes

  • [1]
    Se rapporter à l’encadré « Qu’apportent les théories économiques à la compréhension du commerce international ? » pour une explication précise de la théorie des avantages comparatifs.
  • [2]
    Les intrants désignent en économie les quantités fournies en début de processus de production, en entrée, pour obtenir un produit.
  • [3]
    Les termes de l’échange représentent le pouvoir d’achat, en termes de biens importés, du revenu des exportations chinoises.

Bibliographie

  • Amiti M., Dai M., Feenstra R., Romalis J. (2017), « How Did China’s WTO Entry Benefit U.S. Consumers ? », NBER Working Papers no. 23487.
  • En ligneAutor D., Dorn D., Hanson G. (2013), « The China syndrome : Local labor market effects of import competition in the United States », American Economic Review, vol. 103, no. 6, pp. 2121-2168.
  • Fonds monétaire international (2017), Staff Report on People’s Republic of China for the 2017 Article IV Consultation.
  • Lemoine F., Poncet S., Ünal D. (2015), « L’usine du monde au ralenti ou la mutation du commerce extérieur chinois », Document de travail du CEPII.
  • Organisation mondiale du commerce (2017), World Trade Statistical Review 2017.
  • En lignePierce J., Schott P. (2016), « The Surprisingly Swift Decline of U.S. Manufacturing Employment », American Economic Review, vol. 106, no. 7, pp. 1632-1662.
  • En ligneZhu X. (2012), « Understanding China’s Growth : Past, Present, and Future », Journal of Economic Perspectives, vol. 26, no. 4, pp. 103-104.
Antoine Imberti
Alizé Papp
Laurène Tran
(RCE)
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Mis en ligne sur Cairn.info le 05/07/2018
https://doi.org/10.3917/rce.021.0058
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