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Retraite et société

2016/1 (N° 73)


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Le vieillissement actif dans tous ses éclats Thibauld Moulaert, Sylvie Carbonnelle et Laurent Nisen (dir.), Presses universitaires de Louvain, 2014, 214 p.

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Le point de vue pessimiste sur la vieillesse, caractérisé par le déclin et la perte, évolue depuis la fin des années 1980 vers de nouveaux modèles encourageant la participation sociale des aînés. Cet engagement est aujourd’hui valorisé et formulé en termes de « vieillissement actif ». Que signifie cette notion ? Cet ouvrage, qui prolonge un colloque organisé par le réseau Braises (réseau interdisciplinaire francophone d’expertise en vieillissement) pour l’Année européenne 2012 consacrée au vieillissement actif et à la solidarité entre les générations, propose de saisir cette notion au-delà des idées reçues et de son identification comme réponse politique au phénomène de vieillissement de la population européenne. On peut s’interroger sur l’association des termes « actif » et « vieillissement », qui suscite des représentations variées et floues à travers ses différents champs d’intervention, mais aussi sur la vision positive de l’avancée en âge qui se trouve ainsi véhiculée. L’ouvrage se compose de 5 parties articulées autour de 12 chapitres. Chaque contribution aborde ce concept sous un angle qui lui est propre.

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La première partie introduit l’intérêt pour le vieillissement actif. Le philosophe Pierre-Henri Tavoillot pose d’abord la question suivante : « pourquoi vieillir ? », soulevant alors le paradoxe de la vieillesse contemporaine. Bien que l’on vieillisse en meilleure santé et pluslongtemps, ce temps de vie reste méprisé au profit d’un culte de la jeunesse. C’est donc cette appréciation du « vieillir » qui varie. Une réflexion philosophique ancienne cherche à en déterminer les avantages et les inconvénients. Les « anti-vieillesse » dénoncent le déclin et l’impuissance de l’avancée en âge quand les autres prônent le développement de la sagesse. L’auteur reconnaît dans ce débat l’idée d’un point culminant dans l’existence, idée qui disparaît à notre époque pour brouiller jusqu’aux contours même de l’âge de la vieillesse.

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Philippe van den Bosch de Aguilar propose ensuite un éclairage biologique sur le sujet. Lors du processus normal, les cellules du corps se dégradent, meurent et se renouvellent. Les cellules nerveuses se distinguent par leur capacité de résistance et par une plasticité développée par les expériences de l’individu et ses interactions avec son environnement. Cette souplesse est à la base des performances propres au cerveau humain et de l’individualité. Il apparaît donc essentiel de maintenir l’activité de ce réseau neuronal au cours du vieillissement pour entretenir la fonction cérébrale et les capacités du corps. L’enjeu est là de favoriser l’activité du sujet âgé.

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Les questions spirituelles, a fortiori davantage présentes avec l’approche de la mort, sont associées à la passivité. Catherine Bert pose l’hypothèse qu’elles s’expriment à travers des activités humaines. L’auteur s’appuie tantôt sur Platon tantôt sur Aristote pour définir l’activité. L’activité est vue comme source d’accomplissement, la passivité n’est que vide. Or, la personne se caractérise par sa spiritualité, par sa capacité à séparer l’âme du corps et du monde réel. Quel est alors le sens de l’activité ? L’auteur se sert du concept d’agentivité pour montrer qu’à l’origine des actes se trouvent des facteurs extérieurs (rôle des structures sociales, économiques et culturelles, rôle des attentes d’autrui). Actif et passif sont alors indissociables.

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La deuxième partie de l’ouvrage précise au lecteur ce qu’est le « vieillissement actif » d’un point de vue institutionnel et théorique. Thibauld Moulaert démontre d’abord la versatilité de la notion, partagée entre deux discours. La dimension internationale est explicitée avec la définition de l’OMS de 2002, selon laquelle l’ensemble des secteurs de la vie et des âges est concerné. L’approche néolibérale est développée par la Stratégie européenne pour l’emploi de 2000 et se polarise sur les parcours professionnels. L’auteur compare les littératures francophone et anglophone : la première se centrerait sur la prolongation des carrières, la deuxième aurait une approche plus globale et davantage tournée vers la santé. Il met enfin en garde contre une tendance à la normalisation et à la responsabilisation des individus quant à la gestion de leur propre vieillissement au détriment du respect de leurs choix.

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Dans son article, Kim Boudiny attire l’attention du lecteur sur le caractère particulièrement nébuleux du vieillissement actif. Elle propose une classification des principales approches qu’elle a pu analyser. À travers ces différentes conceptions subsiste un défaut : la non prise en compte du regard des acteurs sur leur propre vieillissement, et ce notamment sur le sens de l’activité. K. Boudiny défend alors une prise en considération des singularités et livre une version du vieillissement actif plus proche de la réalité des personnes concernées, l’objectif étant d’améliorer ou de maintenir une implication dans leur vie, de conserver un intérêt pour celle-ci.

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La troisième partie analyse l’expression du « vieillissement actif » par rapport à l’engagement des retraités dans la société. La contribution de Pierre-Marie Chapontraite du programme « Villes amies des aînés » en France, une démarche qui séduit par sa formule positive et dont est interrogée la finalité. Destiné à favoriser le vieillissement actif en identifiant leurs besoins, ce programme trouve ses origines dans la création d’un protocole partagé et mondial. L’auteur explique la délicate mise en place du modèle québécois au sein des villes françaises. Il remet également en question la méthode, que l’on pourrait peut-être assimiler à un outil de marketing ; il en dégage alors les limites (un échantillon pas assez diversifié, des populations parfois difficiles à toucher…) et les mérites (la valorisation du vieillissement actif, la prise de conscience politique…).

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Le chapitre qui suit présente une analyse de l’engagement des personnes âgées en Flandre, du point de vue des aînés. Sarah Dury et ses collègues s’intéressent au nombre d’aînés actifs, à leur type d’activité, aux modalités de leur participation sociale, qui recouvrent une réalité diverse. Selon les auteurs, l’enjeu est alors de créer des possibilités de libre participation sans mettre de côté les plus vulnérables.

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Lucie Dugardin et Amandine Tiberghien complètent cette réflexion en proposant un état des lieux du volontariat des aînés en tant qu’activité créatrice de valeurs. Elles y décrivent les formes et les motivations du volontariat en Belgique francophone. Le volontariat présentant de multiples avantages tant pour les personnes âgées que pour la société, elles tentent d’en identifier les principaux obstacles (obligations familiales, problèmes de santé ou de mobilité, frein économique, manque d’information sur les activités possibles…) mais aussi les principaux éléments facilitateurs (bon état de santé, niveau d’instruction élevé, proximité et bonnes relations avec l’association, absence d’obligation familiale…).

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Dans la quatrième partie, la focale se déplace vers les relations de proximité dans lesquelles s’inscrit le vieillissement actif. Blanche Leider étudie l’implication des personnes âgées dans la famille, interprétable comme une modalité du « vieillir actif ». La participation sociale des seniors (50-65 ans) dans le soutien à un parent âgé est à analyser en fonction de la nature de cet appui, de sa temporalité, de la gestion ponctuelle des crises. L’auteur élargit la notion d’engagement de l’aide concrète à l’idée, plus globale, de « souci de l’autre ». Dans cet échange entre générations, les aînés (75-89 ans) apparaissent comme des individus actifs du fait de leur investissement ; la réciprocité dans la relation et l’autonomie décisionnelle peuvent aussi être perçues comme des formes d’engagement.

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La contribution d’Eugénie de Renesse éclaire le lecteur sur le rôle des aidants non familiaux, des relations de solidarité pouvant favoriser le maintien à domicile, dans un contexte où les familles ne sont pas toujours présentes. Une société de télévigilance belge, qui met en relation les voisins lorsqu’un abonné est en détresse, mène une recherche sur le développement de la dynamique solidaire. Au niveau individuel, l’empathie augmente et influe sur les comportements. Au niveau contextuel, l’auteur attire l’attention sur la structure urbaine des villes plus ou moins favorable au lien social. Quant à la dimension relationnelle, la réciprocité et la reconnaissance nourrissent la relation et encouragent son maintien sur le long terme.

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La cinquième partie est consacrée au sens de l’activité à travers l’examen des expériences de fin de parcours. Valentine Charlot étudie l’activité des personnes âgées en institution au regard des animations proposées. Dans un contexte d’« activisme » de la part des établissements, il semble que la participation aux animations ne motive passystématiquement les résidents. L’enjeu est donc dans la définition du projet d’animation : dépasser l’occupationnel pour chercher l’intérêt, mobiliser l’équipe dans sa conception, évaluer la satisfaction, mais surtout laisser la place à l’inactivité.

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Albert Évrard interroge la place des activités spirituelles en maison de repos. Après une réflexion sémantique, l’auteur remarque que même si les législations belges reconnaissent le « respect des convictions individuelles philosophiques ou religieuses » (p. 187), les moyens ne sont pas obligatoirement mis en œuvre pour que les résidents cultivent leur spiritualité. L’auteur s’appuie sur le modèle conceptuel d’évaluation des besoins spirituels : STIV (sens, transcendance, identité, valeur) pour alimenter la compréhension et la prise en compte de la spiritualité en maison de repos.

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Enfin, le dernier chapitre de cet ouvrage est un témoignage de Marcel Bolle De Bal sur le développement d’une spiritualité laïque tout au long du parcours de vie. Il exprime ce que signifie pour lui « bien vivre, bien vieillir, bien mourir ». Au-delà de son pragmatisme, il livre sa quête de sens et sa philosophie de vie à travers une réflexion riche.

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Si l’on peut s’étonner du décalage entre le fond et la forme de l’ouvrage, les citations et les photographies proposées entre les différents chapitres donnant une vision idéaliste de la vieillesse, il faut toutefois souligner la force de ce volume qui repose incontestablement sur cette alternance de réflexions philosophique, biologique, sociologique. Tout en préservant une cohérence d’ensemble, les auteurs réussissent à amener le lecteur à une compréhension plus fine des aînés et de leur activité.

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Par Ambre POZZI

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Étudiante en sociologie à l’université Lille 3

Sociologie des âges de la vie Cécile Van de Velde, Armand Colin, 2015, 128 p.

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Dans une recherche en sciences sociales, la question de la délimitation d’un échantillon d’étude est une problématique itérative des prémisses d’une recherche et reste, bien souvent, balisée par les âges. Nos sociétés occidentales distinguent historiquement trois temps de la vie : la jeunesse, l’âge adulte puis la vieillesse. Cette stratification est aujourd’hui remise en question : tout d’abord, les recherches ethnologiques ont signalé que certaines sociétés ont des approches très diversifiées des âges ; par ailleurs, les bouleversements économiques et sociaux ont contribué à la fragilisation de ce triptyque. L’ouvrage de Cécile Van de Velde actualise ce schéma, malmené dans les sociétés occidentales depuis les années 1980, en se demandant si ces trois âges de la vie ne seraient plus qu’une illusion pour les sociétés contemporaines. L’auteur organise son propos en trois parties, avec une ouverture croissante sur les sociétés occidentales.

Trois façons d’explorer les âges de la vie, de la valse à trois temps à la valse à mille temps

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L’étude traditionnelle de la sociologie des âges par le « prisme des âges » permet d’observer l’évolution de ce « ciment social » des sociétés occidentales. À travers l’idée de « multiplication des âges », l’auteur montre la difficulté d’adaptation de cette représentation des âges en trois étapes. C. Van de Velde utilise alors l’image de la valse pour illustrer à la fois les trois temps de la vie et leur multiplication avec la découverte de « nouveaux âges ». Cette répartition par âges laisse place, ensuite, à deux autres outilsconceptuels : le parcours et les relations générationnelles. L’idée d’aborder la sociologie des âges par les parcours place l’individu au centre : « la vie n’est plus appréhendée comme une succession d’âges à traverser, mais comme un parcours individuel qui se veut signifiant » (p. 19). Avec autant de parcours que d’individus, cette diversité entraîne l’apparition de notions telles que les « bifurcations » (les diverses formes de réversibilités ou de changements dans le parcours de vie). Cette perception, qui a émergé dans les années 1990 pour essayer d’assouplir la segmentation des âges, permet de faire apparaître d’autres formes d’observations. Finalement, l’auteur fait toujours ressortir trois grandes étapes dans son discours, mais ces dernières semblent offrir plus de flexibilité : l’enfance et l’adolescence sont regroupées en une période de construction de soi ; l’âge adulte est illustré par la « maturescence », terme développé par Claudine Attias-Donfut et qui caractérise la réversibilité de cette période ; la vieillesse enfin est abordée par une série de « déprises ». Le fait de mettre au centre les expériences individuelles invite le lecteur à réfléchir sur la construction de l’individu comme « sujet ». La lecture de ce chapitre nous évoque l’ouvrage d’Alain Touraine « Pourrons-nous vivre ensemble ? Égaux et différents », dans lequel l’auteur met au centre l’expérience vécue : l’individu utilise son expérience pour devenir un sujet à part entière, pour se construire comme véritable acteur dans la société. La troisième focale mise en avant dans l’ouvrage de C. Van de Velde est l’étude de la sociologie des âges par le prisme des générations. L’individu, et ses expériences, se retrouve au sein d’une cohorte (qui réunit les individus par leur année de naissance) puis d’une génération. C. Van de Velde retient la définition de Karl Mannheim, pour qui la génération est introduite par « l’apparition permanente de nouveaux agents culturels et la disparition d’agents culturels antérieurs » (p. 33). L’auteur accorde une grande importance aux inégalités entre les générations actuelles, notamment aux inégalités économiques qui consolident le développement d’une solidarité familiale. Dans cette première partie de l’ouvrage, le sujet prend peu à peu une place centrale dans l’étude des cycles de vie, ce qui complexifie la répartition de la vie en trois étapes.

La construction du parcours de vie dans un monde inégalitaire

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L’auteur continue de se référer aux trois temps de la vie mais leur donne d’autres définitions : l’« autonomie » et sa construction ; la « mobilité » et son apprentissage ; l’« activité » et sa signification sociale. Ces catégories rappellent les trois âges de la vie mais aussi les enjeux qu’ils représentent pour la construction du sujet. Il ne s’agit plus des parcours de vie à proprement parler mais de la construction de ces derniers dans une société socialement et économiquement en évolution. L’enfant est considéré comme un individu en construction à travers les childhood studies. L’enfant, qui évolue dans un monde singulier et autonome, doit se construire en rapport avec le monde qui l’entoure. Il en va de même pour l’entrée dans la vie active : les difficultés actuelles pour l’emploi obligent les enfants à prolonger la vie au domicile parental, voire à y retourner après les études ; c’est l’effet des Boomerangs kids. L’auteur insiste sur la difficulté de se construire socialement dans un environnement économique et social difficile. Dans ce climat socio-économique incertain, le rythme en trois temps – l’enfance, l’âge adulte, et la vieillesse – est moins applicable puisqu’il occasionne des ruptures au niveau des parcours individuels. L’âge adulte n’est d’ailleurs plus représenté de façon stable ; au contraire, il pourrait apparaître comme une niche à « bifurcations » (familiales, professionnelles etc.) illustrant une constante recherche d’adaptation à la société de la part du sujet. L’auteur base alors son propos sur ceux de Catherine Negroni : « cette norme du “devenir soi” s’apparente même, selon elle, à une forme de “diktat” généralisé » (p. 70).

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La vieillesse aborde un caractère subjectif nié par les individus eux-mêmes. Ce n’est qu’après un événement important que les personnes acceptent de se sentir « vieilles », comme l’explique Vincent Caradec. Il y a une certaine pression sociale puisqu’on évolue tout au long du cycle de vie par rapport aux autres et à la société. C. Van de Velde souligne enfin le développement d’une injonction sociale au « bien mourir ». Ainsi, la construction du parcours de vie dépend de divers facteurs extérieurs (sociaux, environnementaux, de genre etc.), ce qui la complexifie.

Les parcours de vie dans les pays occidentaux : vers une évolution des relations générationnelles

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La dernière partie offre une observation des cycles de vie dans les sociétés occidentales en portant l’intérêt sur les facteurs externes à l’individu. C. Van de Velde s’appuie ici sur la typologie de Gøsta Esping-Andersen qui, à partir de trois indicateurs (la place de l’État, de la famille, et du marché du travail dans le parcours des individus), divise les pays occidentaux en quatre groupes. Le modèle social-démocrate trouverait une illustration dans les pays scandinaves : l’État et l’individualisation du parcours de vie y ont une place importante ; il est possible d’évoluer hors du monde du travail, ce qui permet aux individus d’avoir de multiples possibilités de bifurcations. Le modèle libéral, qui peut s’appliquer à l’Amérique et l’Angleterre, est porté par le marché du travail, élément clé pour l’épanouissement de l’individu au sein de ces sociétés. Le modèle continental renvoie aux modèles français et allemand, dans lesquels une place équivalente est donnée à la famille et à l’État, la famille étant sollicitée aux deux extrémités du parcours de vie. Le modèle familialiste, enfin, pourrait être observé dans les pays du Sud de l’Europe : ces pays accordent un rôle considérable à la famille ; l’objectif principal du parcours de vie y est la création et l’entretien de son propre foyer par l’individu. La division par âge s’estompe donc mais reste toujours présente, même si c’est de façon variée suivant les modèles. La crise généralisée dans les pays occidentaux provoque une harmonisation des tensions sur les relations générationnelles, dans l’ensemble des modèles, soit une augmentation des confrontations au niveau social (issues du climat socio-économique difficile) et un accroissement des aides au niveau familial. Le nouveau défi de la sociologie des âges est alors, comme le souligne C. Van de Velde, de parvenir à expliquer les effets de la crise sur les générations.

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En conclusion, les trois âges sont toujours présents dans les parcours de vie, même s’ils le sont sous des formes diluées. La problématique de l’ouvrage est orientée sur le déclin de la division des âges au profit d’existences plus individualistes. Ce cloisonnement en trois étapes n’est finalement pas remis en cause, que ce soit au niveau social, individuel ou économique. Le modèle occidental reste attaché à cette cadence en trois temps, qui semble certes malléable suivant les systèmes socio-économiques mais qui est toujours présente. Si les âges paraissent parfois brouillés, ils représentent une pression toujours forte pour la construction de l’individu.

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Cette perception en trois âges de la vie n’est pas généralisée à l’ensemble des cultures et des sociétés. De nombreux récits d’anthropologues exposent des rites initiatiques bien éloignés de nos représentations occidentales. En se concentrant uniquement sur les pays occidentaux, l’auteur manque de rappeler qu’il existe une grande diversité dans la relation de l’individu au cycle de vie, notamment dans les cultures africaines. Cependant, l’ouvrage de Cécile Van de Velde, écrit dans un style accessible, expose un large spectrede définitions et de courants de la sociologie des âges. Ce livre offre alors un cadrage de la sociologie des âges, pouvant constituer une base initiatique pour tous.

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Par Célia Broussard

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Doctorante en sociologie à l’université du Havre (UMR6266) et à l’unité de recherche sur le vieillissement de la Cnav

Intergenerational Relations : European Perspectives in Family and Society Isabelle Albert et Dieter Ferring, Policy Press, Bristol, 2013, 254 p.

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Les relations intergénérationnelles sont un thème qui présente de multiples aspects. La compréhension des flux d’aide entre générations est au cœur de cette étude, mais ces échanges doivent être considérés dans le contexte plus large de la politique sociale qui touche différents domaines de la vie publique, tels que l’emploi et les soins. Cet ouvrage apporte une contribution au vaste domaine de l’étude des relations intergénérationnelles, en associant plusieurs chercheurs européens dans le but de comprendre l’impact des transformations sociales et démographiques actuelles.

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Une courte préface des éditeurs présente les interactions entre les changements de société et les relations familiales, qui constituent le contexte de l’étude des relations intergénérationnelles. Les études antérieures sur le sujet sont évoquées et l’ambition de cet ouvrage, qui est de présenter « les avancées les plus récentes dans le domaine de la recherche multidisciplinaire sur les relations intergénérationnelles », y est également détaillée.

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Les chapitres sont ensuite organisés en trois sections : les questions conceptuelles, les perspectives « transculturelles », et les questions appliquées. Le premier chapitre, très court, aborde en sept pages et de façon discursive les politiques de régulation du marché du travail et leur effet sur les travailleurs les plus jeunes et les plus âgés. S’il n’est pas dénué d’intérêt, le contenu de ce chapitre d’introduction paraît quelque peu hors sujet. Ce n’est qu’au deuxième chapitre, qui traite de l’interaction entre la famille et l’État, que les questions conceptuelles sont abordées de manière plus détaillée. Celui-ci offre une bonne présentation du débat sur le renforcement ou l’effacement de l’État-providence. Cependant, il ne s’agit là que d’un des aspects de l’interaction entre la famille et l’État, qui s’inscrit dans le cadre plus général de la question qui vise à déterminer si le comportement des familles est influencé par les États ou bien si, au contraire, ce sont ces derniers qui s’adaptent à l’évolution des familles. Le chapitre suivant porte sur la notion d’ambivalence dans les relations intergénérationnelles, notion qui, selon les auteurs, devrait être repensée afin de permettre d’en exploiter pleinement le potentiel. Ce débat intéressera les spécialistes mais présente moins d’intérêt pour le grand public, qui se trouve confronté à la complexité d’une définition de cette ambivalence sans pour autant disposer d’une argumentation claire quant à ce que le « plein potentiel » pourrait représenter pour les décideurs politiques. Cette section s’achève par un chapitre en faveur d’une « politique intergénérationnelle », qui peut s’appliquer dans différents domaines tels que l’éducation ou les droits de l’homme. Quelques idées originales y sont présentées mais elles restent assez obscures dans leur présentation.

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La deuxième section commence par deux chapitres qui traitent avant tout des dimensions psychosociales des relations intergénérationnelles. Le premier présente l’importance et les limites de la théorie de l’attachement dans le domaine des relationsintergénérationnelles. Le second porte sur la transmission des valeurs entre parents et enfants. Ici, les auteurs s’adressent avant tout aux psychologues qui ne manqueront pas de trouver ce contenu très intéressant. Ces chapitres sont suivis d’une étude de cas de la Roumanie, où il est souligné que « les résultats observés jusqu’ici plaident en faveur d’une stabilité des valeurs… ». Il s’agit là du seul chapitre entièrement consacré à un pays en particulier. Viennent ensuite un chapitre sur le conflit intergénérationnel traité davantage sous l’angle psychologique et individuel qu’au niveau macro de la répartition des ressources, et ensuite un court chapitre sur le « grand-parentage », dans un style plus accessible. La section se termine par la question de la pertinence de la théorie de Kagitcibasi au sujet de l’évolution de la famille. Si cette partie n’est pas dénuée d’intérêt, son style tranche nettement avec le reste de l’ouvrage, dans le sens où elle suppose que l’évolution de la famille dans une perspective interculturelle peut être interprétée selon une approche théorique relativement nouvelle.

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La dernière section comprend trois chapitres consacrés à des questions appliquées relatives aux relations intergénérationnelles et à une étude pratique du sujet (les soins aux parents âgés). Un premier volet, ambitieux, plaide en faveur d’une approche sociologique de cette question mais peine à apporter une réelle contribution aux études existantes dans ce domaine. Un deuxième chapitre sur les soins aux parents âgés fournit un résumé détaillé de quelques études importantes sur les conséquences des facteurs socioéconomiques et du genre sur le soutien intergénérationnel. Enfin, le dernier chapitre de cette section porte sur les soins aux parents âgés dans une perspective psychologique du développement à tous les stades de la vie.

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La lecture de cet ouvrage inspire des sentiments mitigés. D’un côté, le fait que, dans de nombreux chapitres, le thème des relations intergénérationnelles soit traité selon une approche psychologique du développement à tous les stades de la vie est louable. Cette approche fait défaut dans les études existantes et certains développements de la psychologie et leur application aux relations familiales sont présentés de façon convaincante. L’introduction de l’ambivalence en tant que concept fondamental dans l’étude des relations intergénérationnelles constitue aussi un aspect positif, même si l’utilité et l’application de ce concept pour améliorer la compréhension des relations intergénérationnelles ont leur limite, les questions essentielles semblant en effet relever davantage de la philosophie que des sciences sociales. Néanmoins, l’ouvrage attire l’attention sur la complexité de l’étude de ces relations et sur la nécessité d’appuyer davantage les recherches sur une base théorique. Les spécialistes de ce domaine y trouveront sans aucun doute matière à réflexion.

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D’un autre côté, le livre déçoit dans la mesure où il ne constitue finalement pas un ensemble de chapitres rédigés autour d’un thème commun. Il est difficile de différencier les trois sections thématiques. Certains chapitres présentent de nouveaux développements théoriques, tandis que d’autres résument brièvement des études existantes. Certains sont écrits dans un style conforme à ce qu’on attend d’une revue spécialisée tandis que d’autres sont davantage destinés au grand public. Malgré ces faiblesses, l’ouvrage trouvera son public auprès des spécialistes et des étudiants.

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Jim Ogg

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Responsable de l’unité de recherche sur le vieillissement, Cnav

Plan de l'article

  1. Le vieillissement actif dans tous ses éclats Thibauld Moulaert, Sylvie Carbonnelle et Laurent Nisen (dir.), Presses universitaires de Louvain, 2014, 214 p.
  2. Sociologie des âges de la vie Cécile Van de Velde, Armand Colin, 2015, 128 p.
    1. Trois façons d’explorer les âges de la vie, de la valse à trois temps à la valse à mille temps
    2. La construction du parcours de vie dans un monde inégalitaire
    3. Les parcours de vie dans les pays occidentaux : vers une évolution des relations générationnelles
  3. Intergenerational Relations : European Perspectives in Family and Society Isabelle Albert et Dieter Ferring, Policy Press, Bristol, 2013, 254 p.

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