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Introduction

1La foule est régulièrement sollicitée afin de participer à des activités initiées par des organisations. Il est à ce propos question de travail des consommateurs (Dujarier, 2008), de marketing participatif (Divard, 2011), de coproduction (Carton, 2007), de consumer made (Cova, 2008) ou bien encore de crowdsourcing (Howe 2008, Lebraty 2009, Brabham, 2013). C’est à cette dernière forme de contribution de la foule à la création de valeur d’une organisation (qualifiée de crowdsourcer) que notre recherche s’intéresse. Défini comme l’externalisation d’activités vers une foule anonyme, le crowdsourcing constitue un phénomène dont le déploiement ne cesse de s’amplifier. Grâce aux Technologies de l’Information et de la Communication (TIC), le crowdsourcing permet à des organisations de toute nature d’externaliser vers la foule des activités réalisées traditionnellement en interne ou par un prestataire identifié. Or, la foule n’a le plus souvent pas conscience de réaliser une forme de « travail » et la question de la qualification de son activité fait largement débat. En effet, les membres de la foule ne comptent pas parmi les salariés de l’organisation pour laquelle ils concourent à la création de valeur, leur activité ne donne d’ailleurs pas nécessairement lieu à une compensation monétaire. Ainsi, la foule ne s’engage la plupart du temps pas pour une question financière, son activité revêt davantage la forme d’un loisir. Pourtant, le crowdsourcing peut prendre l’aspect d’un travail déguisé. De manière quelque peu ironique, les participants aux activités de crowdsourcing sont qualifiés de clickworkers ou bien encore d’Oompa-loompas du Web (Global Sociology Blog [2], 2012) en référence au roman de Roald Dahl (1964), Charly and the chocolatery. Les Oompa-loompas travaillent dans la chocolaterie de Willy Wonka en échange de fèves de cacao. Ils ont plaisir à travailler et en tirent de nombreuses sources de satisfaction entre plaisir et amusement. A l’instar des Oompa-loompas, la foule de ceux qui participent à des activités de crowdsourcing semble souvent guidée par des sources de motivations intrinsèques (Deci et Ryan, 1985) parmi lesquelles le divertissement ou bien encore la réalisation de soi et ne s’offusque pas de ne recevoir que quelques « cacahuètes » ou « fèves de cacao » en retour de son engagement (Renault, 2013). La gamification (Zichermann et Linder, 2013) de certaines activités de crowdsourcing implique d’ailleurs que la foule puisse s’amuser tout en résolvant des problématiques fondamentales. La gamification ou ludification exprime le transfert des mécaniques du jeu dans des domaines où elles ne sont pas traditionnellement présentes. En se fondant sur le besoin de reconnaissance, de récompense et d’amusement de la foule, la gamification a pour objet d’influencer son comportement. Foldit est un exemple emblématique de nos propos. Développée par des chercheurs de l’Université de Washington, cette plateforme de crowdsourcing conçue sous un format ludique a permis à des milliers d’internautes de résoudre en trois semaines ce que des scientifiques cherchaient à solutionner depuis dix ans. Grâce à l’application en ligne consistant à réaliser des pliages de molécules, Foldit a permis de faire avancer la recherche contre le SIDA (Savage, 2012). Au travers les nombreuses formes susceptibles d’être prises par le crowdsourcing, la foule inscrit largement son empreinte dans l’activité des organisations. La foule étant donc partie prenante de la création de valeur pour les organisations, la problématique de notre recherche interroge la question de la porosité des frontières de l’organisation et du travail. Sur la base de ce fil conducteur, cet article se propose de répondre à plusieurs questions : quels sont les principaux contours du crowdsourcing ? Quels en sont les avantages pour les parties prenantes ? Quels effets pervers engendre le crowdsourcing ?

2Notre article s’articulera de la manière suivante : dans une première partie, nous dresserons les contours du crowdsourcing et nous verrons en quoi ce concept interroge les frontières de l’organisation. Dans une deuxième partie, nous poserons tout d’abord les jalons de notre démarche qualitative exploratoire. Nous présenterons ensuite plusieurs cas de crowdsourcing sur lesquels notre méthodologie repose. Nous nous pencherons notamment sur la plateforme Duolingo développée par Luis von Ahn dont nous verrons qu’il a déployé d’autres modes de crowdsourcing tout aussi emblématiques. Nous nous intéresserons également à la plateforme Creads et certaines de ses congénères ayant pour trait commun de proposer des concours créatifs. Enfin, nous interrogerons d’une part, les bénéfices du crowdsourcing pour ses parties prenantes et d’autre part, les revers de cette pratique.

1 – Définition et enjeux du crowdsourcing

3Cette partie s’attache, dans un premier temps, à définir la modalité d’innovation ouverte que constitue le crowdsourcing. Dans un second temps, nous expliquons pourquoi le crowdsourcing soulève la question des frontières de l’organisation.

1.1 – Le crowdsourcing : contours d’un néologisme

4Dans ses recherches dédiées à l’innovation ouverte, Chesbrough (2006, 2011) met en relief les limites du modèle de l’innovation fermée. Afin d’innover de façon performante, l’auteur préconise de s’ouvrir au partage et à la collaboration avec d’autres parties prenantes. L’une des facettes de l’innovation ouverte est qualifiée d’outside-in. Elle consiste pour une organisation à prendre appui sur des connaissances externes dans son processus d’innovation. Cela rejoint d’ailleurs les travaux de Von Hippel (1988, 2001) relatifs à l’innovation par l’utilisateur. C’est dans cette dynamique que s’inscrit le crowdsourcing qui implique une plus forte perméabilité des frontières de l’organisation. Tandis que l’externalisation d’activités vers la foule est un phénomène ancien, le crowdsourcing est un néologisme qui a été développé récemment. C’est en effet en 2006, dans la revue Wired, que ce terme est apparu pour la première fois sous la plume de James Howe. Composé de deux mots, crowd qui signifie la foule et sourcing qui désigne l’approvisionnement, le crowdsourcing se réfère donc à l’externalisation d’activités vers la foule (Lebraty, 2009). Les nouveaux « travailleurs » se trouvent par conséquent sur la Toile : « now it doesn’t matter where the laborers are – they might be down the block, they might be in Indonesia – as long as they are connected to the network » (Howe, 2006). Brabham (2013, p. xix) définit le crowdsourcing dans les termes suivants : « an online, distributed problem-solving and production model that leverages the collective intelligence of online communities to serve specific organizational goals ». Ce qui différencie le crowdsourcing d’autres formes plus anciennes d’implication de la foule dans les activités d’une organisation est inhérent au déploiement des TIC et en ce sens, le crowdsourcing serait une nouvelle tendance. Il ne s’agit pas, pour reprendre l’expression de Brabham (2013, p. 9) de mettre un vieux cru dans une nouvelle bouteille. Si plusieurs typologies ou taxonomies du crowdsourcing sont présentées par la littérature (Burger-Helmchen et Pénin, 2011 ; Schenk et Guittard, 2011 ; Lebraty et Lobre, 2013…), nous proposons de privilégier celle de Howe (2008) [3]. Tout d’abord, il est question de crowd creation. Il s’agit d’avoir recours au travail créatif ou non de la foule. En matière de créativité, nous pouvons donner le cas de plusieurs plateformes parmi lesquelles eYeka, 99designs ou bien encore Creads. Ces plateformes se présentent comme des intermédiaires entre une organisation qui souhaite externaliser une problématique marketing d’une part, et la foule de ceux qui souhaitent y répondre, d’autre part. Ainsi, des créatifs confirmés ou amateurs peuvent s’impliquer afin d’appréhender ce que sera l’alimentation canine du futur ou bien dessiner le logo d’une société, proposer un slogan publicitaire, créer une affiche… Il se peut aussi que l’investissement de la foule ne soit pas dans le registre créatif et qu’elle soit sollicitée pour réaliser des activités aux contours variés. Par exemple, Internet Eyes en Grande-Bretagne proposait aux internautes de veiller à la sécurité de magasins ou d’entreprises depuis leur domicile via des caméras de surveillance. Ainsi, les organisations transmettaient en direct les images de leurs caméras à Internet Eyes, à charge pour les internautes satisfaisant à plusieurs exigences de signaler le moindre fait suspect [4].

5Ensuite, nous pouvons aborder le crowd voting. Il s’agit de recueillir l’avis de la foule. Threadless.com s’appuie sur le vote des internautes pour sélectionner les T-shirts qui seront mis en vente sur son site (Brabham, 2010). Le rôle des internautes ne s’arrête pas là puisqu’ils ont pour certains en amont conçu les fameux T-shirts. Seuls ceux qui sont sélectionnés par la communauté sont in fine imprimés et disponibles à l’achat. Il est question aussi de crowd voting dans des contextes où l’internaute n’a pas conscience d’exprimer son avis. L’exemple le plus fréquemment donné est celui du pagerank, un algorithme d’analyse des liens concourant au système de classement des pages Web utilisé par le moteur de recherche Google.

6Par ailleurs, Howe (2008) fait référence au recours à la sagesse de la foule ou crowd wisdom. InnoCentive est une plateforme lancée en 2001 aux États-Unis permettant aux organisations d’adresser à la foule des problématiques R&D qui prennent la forme de concours en ligne (Liotard, 2012). Il s’agit ainsi d’externaliser la résolution de questions complexes auxquelles les compétences internes n’ont pas trouvé de réponses ou pour lesquelles l’organisation n’émet pas le souhait d’engager ses propres ressources. Dans le cas d’InnoCentive, une rémunération particulièrement incitative est attribuée aux individus qui trouvent une solution appropriée au défi posé (Liotard et Revest, 2012). Forme de brainstorming en ligne sur une période circonscrite, le Jam d’IBM repose également sur la sagesse de la foule. Des centaines voire des milliers d’internautes échangent afin de répondre à une problématique sociétale ou managériale, mais ce de manière totalement bénévole (Birkinshaw et Crainer, 2007 ; Bjelland et Chapman Wood, 2008). Le crowdsourcing permet donc à une organisation de chercher à capter un maximum de ressources et compétences en dehors de ses frontières. En externalisant vers la foule moult activités, en s’ouvrant à elle, le crowdsourcer s’expose à la question de la dilution des frontières de l’organisation et du travail.

1.2 – Vers une dilution des frontières de l’organisation et du travail

7Le crowdsourcing sous ses différents contours interroge les frontières de l’organisation. Ainsi, la conception de l’organisation n’est plus celle d’un espace de travail distinctement délimité. Outre des fournisseurs participant à la création de valeur pour l’organisation, le crowdsourcing invite la foule à y concourir également. Des individus a priori non identifiés peuvent dès lors de manière consciente ou non participer à l’activité de l’organisation et faire un « travail » qui aurait pu être réalisé en interne ou confié à un prestataire. Avec le crowdsourcing, c’est donc la question des enjeux de l’externalisation vers la foule qui se pose. A cet égard, il nous paraît opportun de revenir sur la théorie des coûts de transaction (Coase, 1937 ; Williamson, 1975, 1985, 1996) qui constitue l’un des paradigmes dominant de l’arbitrage « faire ou faire faire ». Les recherches de Williamson invitent en effet à mener une réflexion sur les déterminants d’une opération d’externalisation (Barthélemy, 2004). A la lumière de la théorie des coûts de transaction, le choix de l’externalisation vers la foule est une source de risques contractuels. Sur la base des travaux de Williamson, Barthélemy (2004, p. 12) indique que ces risques sont moindres lorsque l’activité externalisée ne repose pas sur des actifs trop spécifiques, n’est pas entourée d’une incertitude trop élevée et n’est pas utilisée trop fréquemment. En outre, Williamson (1985) identifie deux niveaux d’opportunisme dont il convient de se prémunir : un opportunisme ex ante relatif à une situation de sélection adverse et un opportunisme ex post correspondant au risque moral. Or, dans une démarche de crowdsourcing, des filtres permettent au crowdsourcer de lutter contre la sélection adverse et le risque moral. En effet, dans la contractualisation avec un fournisseur classique le client peut avoir des difficultés à évaluer le niveau de compétences de son fournisseur et plus globalement la qualité de la prestation qui lui sera rendue. En outre, il n’est pas toujours en mesure d’évaluer le niveau d’effort de son fournisseur dans l’exécution de la prestation. Or, dans le contexte de la mise en compétition de la foule dans le cadre d’activités créatives, le crowdsourcer semble pouvoir s’affranchir de ces deux risques puisque la contractualisation n’est opérée qu’ex post, sur la base du « travail » réalisé. C’est alors dans la continuité de cette réflexion que notre article s’intéresse davantage à ce qui est qualifié de crowd creation. Nous cherchons à appréhender l’incidence du crowdsourcing sur la porosité des frontières de l’entreprise et du travail. Il nous semble pertinent de souligner l’existence de deux nébuleuses.

8La première est relative à l’enchevêtrement des sphères professionnelle et privée. En matière de crowdsourcing créatif, des designers amateurs mais aussi professionnels participent afin d’offrir une réponse appropriée au défi posé par une organisation. Le crowdsourcing implique le recours aux « armes de collaboration de masse », telles que les définissent Tapscott et Williams (2010, p. 11). Pour les auteurs, aux côtés des professionnels accrédités, les amateurs sont susceptibles de « perturber » chaque activité qu’ils touchent. Il n’est ainsi pas rare que de jeunes talents s’investissent dans une action de crowdsourcing dans la perspective de trouver un futur emploi. Gagner un concours créatif serait susceptible d’ouvrir des portes, de constituer une forme de carte de visite. C’est ainsi que la plateforme Studyka dédiée aux challenges étudiants axe son argumentation sur la possibilité pour les concurrents de se voir proposer des stages ou des emplois. Sur un challenge initié en 2013 par Canal +, invitant les étudiants à imaginer un nouveau concept d’émission, était indiqué pour les cinq équipes finalistes : « vous aurez l’opportunité de présenter votre projet dans les locaux de CANAL+. Vous pourrez ainsi nouer des liens privilégiés avec la Directrice des Nouveaux Contenus et les membres du Comité de Direction du Groupe CANAL+ qui feront partie du jury. Une occasion à ne pas manquer de vous faire repérer si vous souhaitez intégrer un grand groupe média ! ». De la sphère privée à la sphère professionnelle, il n’y aurait alors que quelques pas (de géants ?). Par ailleurs, certaines organisations invitent leurs salariés à participer à des démarches de crowdsourcing. C’est le cas d’IBM concernant la pratique du Jam. Cette forme de remue-méninges est menée en ligne sur une période concise, le plus souvent trois jours. Les salariés de l’entreprise à l’initiative du Jam se trouvent alors emportés dans une aventure collective sur la durée de l’évènement et sont conviés à participer au Jam depuis leur lieu de travail mais aussi depuis leur domicile. Le Jam constitue alors un moyen pour IBM de repérer certains talents (Renault et Boutigny, 2013).

9La seconde nébuleuse est inhérente à la suppression des frontières de l’organisation et du travail : via le crowdsourcing, des travailleurs indépendants qui n’opèrent traditionnellement qu’à un niveau local peuvent avoir l’opportunité d’opérer sur de nouveaux marchés, c’est là toute la « magie » du Net et de la « proximité électronique » (Loilier & Tellier, 2001). Dans une interview accordée au JDN, le dirigeant de 99designs, une plateforme de crowd creation, tenait les propos suivants : « Le crowdsourcing supprime les frontières dans le marché du travail. Il y a beaucoup de pays isolés qui n’ont pas accès au dynamisme économique international. Des plateformes comme la nôtre peuvent donner des opportunités internationales à des PME et des freelances qui ne travaillent qu’à un niveau local. Sur notre plateforme, on se fie d’abord à la qualité du travail fourni et personne n’ira juger qui vous êtes, de quelle école vous sortez, ou dans quel village vous habitez. Dans un modèle comme le nôtre, c’est le résultat qui compte, pas la réputation » [5].

10Ainsi, le crowdsourcing permettrait d’estomper plusieurs frontières : - Frontières statutaires d’une part, puisque les amateurs se disputent aux côtés de professionnels aguerris la victoire à certains concours créatifs. Dans la mouvance des travaux de Surowiecki (2008), le crowdsourcing repose sur l’idée selon laquelle chacun des membres de la foule, indépendamment de ses compétences présumées et de son statut, peut apporter son appui à la création de valeur ; - Frontières géographiques d’autre part, parce que les TIC rendent possibles de nouvelles pratiques managériales nécessitant l’interaction, la collaboration ou bien encore la mise en compétition d’une multitude d’individus aux quatre coins de la planète. Les propos de Tapscott et Williams (2010, p. 13) enrichissent ce constat : « maintenant vous pouvez travailler pour P&G sans pour autant figurer dans leur masse salariale. Il suffit de s’inscrire sur le réseau InnoCentive où vous et deux cent mille autres scientifiques du monde entier pourrez contribuer à la résolution de problématiques R&D particulièrement délicates en échange d’une récompense financière ». Précisons que tout à chacun peut s’inscrire sur la plateforme en ligne, les questionnements y étant de nature variée [6]. Ainsi, le crowdsourcing permet à des individus aux profils de compétences et horizons géographiques différents de participer à la création de valeur d’une organisation sans toutefois compter parmi ses salariés ou prestataires contractuellement liés.

2 – Méthodologie de la recherche et présentation des cas

11Cette deuxième partie expose tout d’abord la méthodologie qualitative sur laquelle repose notre recherche. Nous centrons ensuite notre attention sur la présentation des études de cas.

2.1 – Méthodologie de la recherche

12Notre démarche s’appuie sur une méthode « netnographique » au sens de Kozinets (2002). En effet, c’est sur la sphère numérique que se déploient les plateformes de crowdsourcing. La Toile en est par conséquent le terrain d’observation privilégié. Ainsi, la netnographie se définit comme une méthode qualitative reposant sur Internet comme source de données. Afin d’éclairer le débat entourant les impacts du crowdsourcing sur la définition des frontières de l’organisation et du travail, nous avons fait le choix d’étudier en profondeur le fonctionnement de deux plateformes de crowdsourcing : Duolingo et Creads. Créée en 2011, Duolingo se présente comme une plateforme gratuite d’enseignement de langues étrangères. L’activité de crowdsourcing se matérialise par la sollicitation des apprentis linguistes dans la traduction de textes. Fondée en 2008, Creads est une plateforme de crowdsourcing créatif mettant sa communauté en concurrence afin de proposer à ses clients noms de marque, logos ou bien encore design de sites Internet. Pour enrichir notre démarche, nous nous sommes placés en tant qu’observateur participant sur ces deux plateformes (Soulé, 2007) ce qui nous a permis d’avoir une meilleure visibilité des pratiques. Dès lors, nous nous sommes inscrits en tant qu’apprenti linguiste sur la plateforme Duolingo et en tant que contributeur potentiel sur la plateforme Creads en décembre 2012. L’inscription sur ces plateformes nous a permis de mieux en cerner les principes de fonctionnement et de compter parmi les destinataires de leurs actualités.

13Nous avons également suivi les pages Facebook et les autres réseaux sociaux en lien avec ces plateformes. La période d’observation se situe entre décembre 2012 et décembre 2013. Notons que les deux plateformes ont été sélectionnées parce qu’elles apparaissent comme représentatives du phénomène du crowdsourcing. En outre, l’observation de cas secondaires est venue étayer notre recherche (eYeka, 99designs, Studyka, InnoCentive, reCAPTCHA, …). Notre article s’enrichit aussi d’une recherche plus globale menée sur le crowdsourcing depuis 2010 et de plusieurs entretiens réalisés sur les cas précédemment étudiés. Nous nous sommes donc prêtés à une analyse supplémentaire (Heaton, 2004). Enfin, une revue de la littérature managériale et académique sur cette question complète notre analyse.

2.2 – De reCAPTCHA à Duolingo

14Luis von Ahn, professeur agrégé au département de Sciences informatiques de l’Université Carnegie- Mellon aux États-Unis, est aussi un entrepreneur reconnu ayant développé les CAPTCHA [7], reCAPTCHA, l’ESP ou bien encore Duolingo. Sa thèse de doctorat a posé les bases du calcul réalisé par les humains ou « human computation » (Ahn, 2005), élément central des modes de crowdsourcing qu’il a développés. Les recherches de Ahn ont pour objet de combiner la sagesse de l’homme à la puissance du calcul informatique afin de résoudre des problématiques que ni les humains ni les ordinateurs ne pourraient résoudre seuls. ReCAPTCHA en est une parfaite illustration puisque la saisie de codes CAPTCHA permet de numériser des livres. Il s’agit de présenter deux mots pour la saisie, l’un connu de l’ordinateur, l’autre non. Le système se fonde sur l’hypothèse selon laquelle l’internaute ayant identifié avec succès le premier mot, résoudra probablement la seconde énigme. Le mot n’est toutefois définitivement enregistré que lorsque plusieurs utilisateurs le saisissent (Ahn et al., 2008). Racheté par Google en 2009, ce système est utilisé pour identifier les mots scannés que les logiciels de reconnaissance optique de caractères n’ont pas pu lire. Le cheminement entrepreneurial de Luis von Ahn s’est poursuivi avec le développement de GWAP, Game With A Purpose. En faisant un jeu, les internautes sont conduits à résoudre des problèmes. L’exemple emblématique est celui de l’ESP qui est un jeu de reconnaissance d’images dont Google a également fait l’acquisition (Ahn et Dabbish, 2004). La philosophie du jeu anime aussi la dernière plateforme de crowdsourcing développée par Luis von Ahn : Duolingo. Plateforme d’apprentissage de langues, Duolingo se fonde sur la devise suivante : « apprendre des langues sur Duolingo est entièrement gratuit - maintenant et pour toujours - sans publicité ni frais cachés ». Ces premiers propos ne suffisent pas à appréhender Duolingo comme une plateforme de crowdsourcing. Or, le service est conçu de telle façon qu’un utilisateur progressant dans son apprentissage contribue à la traduction de pages Web ou d’autres documents. Le modèle économique est présenté par le site de façon explicite : « une personne ayant besoin de traduire une page Web la met en ligne sur Duolingo. Ce document est ensuite présenté aux utilisateurs de Duolingo, qui peuvent le traduire afin de s’entraîner dans le langage qu’ils sont en train d’apprendre. Quand le document est entièrement traduit, Duolingo le renvoie au propriétaire du contenu d’origine qui, selon le type de document qu’il a mis en ligne, paie pour la traduction ». Duolingo présente un module d’apprentissage où l’internaute s’exerce à la traduction avec une interface pédagogique lui offrant la possibilité d’échanger avec la communauté sur des sources de blocage ou d’incompréhension. Conçue de manière ludique, la plateforme permet de visualiser sa progression et d’acquérir des « lingots » récompensant sa montée en compétences. Le lingot est la monnaie virtuelle de Duolingo permettant d’acheter dans le « magasin » des éléments susceptibles de faciliter la progression de l’apprenti linguiste.

15Le système de gamification encourage l’internaute à se connecter régulièrement et à parfaire ses activités de traduction afin de remporter davantage de lingots ou de points d’aptitude. Afin d’aiguiser l’esprit compétitif et in fine la pratique d’une langue étrangère sur la plateforme, les amis en ligne sont encouragés à se défier. Pour parfaire l’apprentissage, il est possible de s’adonner à la traduction de textes. L’internaute a alors la possibilité de choisir le texte qui l’intéresse en fonction de trois critères. Le premier critère est relatif au niveau de progression de la traduction : textes ayant besoin d’être traduits, d’être vérifiés ou dont la traduction est terminée. Le deuxième critère met en relief trois niveaux de difficulté : facile, moyen, difficile. Enfin, l’apprenti linguiste réalise son choix en fonction de ses centres d’intérêt : divertissement, arts et littérature, technologie, jeunesse… Afin d’étendre son aura, ce ne sont plus seulement les apprentis linguistes qui sont sollicités par Duolingo mais également ceux qui ont une parfaite maîtrise des langues vivantes. En effet, la plateforme entend développer son offre en demandant à des volontaires de l’aider à construire de nouveaux cours. Depuis octobre 2013, un incubateur permet ainsi aux internautes de mettre leurs compétences au profit de la plateforme. Cette nouvelle initiative marque le développement du recours au crowdsourcing de Duolingo. Le 19 décembre 2013, Duolingo annonçait sur sa page Facebook la naissance du premier cours développé par la communauté permettant aux russophones d’apprendre l’anglais.

2.3 – Creads

16De nombreuses plateformes de concours créatifs sont présentes sur le marché français : eYeka, Wilogo, 99designs, Studyka… Si nos observations se centrent ici sur l’une d’entre elles, nous avons pu constater que la plupart opère selon un modèle similaire. Créée en 2008 à Paris, la plateforme Creads est un intermédiaire entre des organisations rencontrant une problématique marketing et la foule de ceux qui souhaitent proposer une solution créative. La plateforme permet ainsi à sa communauté de proposer des noms de marque, designer des logos… Creads soumet la problématique de ses clients sous forme de concours. A partir des informations disponibles sur la plateforme, six phases nous semblent pouvoir caractériser le déroulement d’un concours. Le lancement du concours (première phase) : une problématique rencontrée par un client le conduit à contacter la plateforme Creads. Il y dépose un brief créatif. Ce dernier est soumis à l’appréciation de la plateforme qui peut aider le client à mieux exposer sa demande. Le client paie la plateforme afin que le concours puisse être lancé. La création (deuxième phase) : en réponse au concours, les créatifs soumettent leur(s) proposition(s). Le nombre de soumission est illimité, à l’exception des concours de noms pour lesquels seulement deux propositions peuvent être adressées. Cela se justifie par le fait que la plateforme ne souhaite pas recevoir pléthore de propositions et invite en conséquence les créatifs à mener en amont une réflexion dense. Durant la phase de dépôt, les créations ne sont visibles que par les modérateurs de Creads et le client. Le vote (troisième phase) : au sein d’une « galerie », les projets deviennent visibles par tous les créatifs. Chaque créatif dispose de dix votes pour sélectionner ses propositions favorites. Les créations bougent dans la galerie selon les votes et un classement s’opère. La décision du client (quatrième phase) : le concours est figé durant la période de choix du client. Celui-ci peut ou non prendre en considération l’avis de la communauté des créatifs qui se sont exprimés en ligne. Le client peut aussi solliciter l’opinion des personnes de son choix : famille, amis ou bien encore employés. La fin du concours (cinquième phase) : le client a pris sa décision. Le gagnant a donc été choisi. A ce stade, le client peut interagir avec le créatif afin de lui demander des retouches sur son travail. La création définitive est déposée ainsi qu’un contrat de cession. Le paiement du gain (6ème phase) : après avoir rempli une « fiche de facturation », le gagnant peut empocher sa récompense financière.

17Les plateformes de concours créatifs, comme Creads, fonctionnent grâce à l’investissement d’une communauté de créatifs professionnels ou amateurs inscrits en ligne. Par voie électronique, les membres de la communauté sont régulièrement informés des nouveaux concours référencés sur la plateforme. En outre, Creads assure une présence sur les principaux réseaux sociaux. Ainsi, Facebook ou Twitter lui permettent de faire vivre sa communauté, laquelle constitue le véritable poumon de la stratégie crowdsourcing. Au 6 novembre 2013, Creads comptait plus de 54.000 créatifs répondant aux concours d’organisations modestes ou réputées comme BNP Paribas, Bouygues, SNCF… Parmi les chiffres clés donnés par la plateforme, il est intéressant de noter qu’à la même date, Creads indique avoir orchestré 1.542 concours pour lesquels un total de 288.469 propositions ont été reçues et 672.237 euros versés. Le traitement de ces chiffres nous permet de déduire une dotation moyenne de 435 euros et de 187 propositions par concours. A l’instar de toute moyenne, il est nécessaire de considérer ces chiffres précautionneusement [8]. En effet, les créatifs sont plus prolixes concernant certaines réalisations (trouver un nom de marque), notamment parce qu’elles sont a priori moins chronophages et laissent la place à des individus disposant de compétences moins pointues.

3 – Avantages et risques du crowdsourcing pour les parties prenantes

18Si les atouts du crowdsourcing semblent indéniables, cette pratique suscite bon nombre d’interrogations. Dans une première section, nous nous attachons à observer les principaux atouts du crowdsourcing. Dans la seconde section, sont appréhendées les principales sources de dérives.

3.1 – Des bénéfices potentiels importants

19Le cas Duolingo tout comme le reCAPTCHA sont de parfaites illustrations de l’intérêt du recours au crowdsourcing dans la réalisation d’activités d’envergure. C’est une véritable armée d’internautes qui se met au service des crowdsourcers. Chacun apporte sa petite pierre à l’édifice et au final la puissance de la foule est gigantesque. Concernant reCAPTCHA, l’activité de l’internaute est contrainte et il n’en tire a priori aucun bénéfice. Certes ce ne sont que quelques secondes arrachées à chacun, mais à l’échelle de la planète ce travail de fourmi représente des milliers d’heures. Selon Ahn [9], environ 100 millions de mots par jour sont numérisés grâce au reCAPTCHA soit l’équivalent de 2,5 millions de livres par an. Dans le cas de Duolingo, des bénéfices mutuels apparaissent. L’apprenti linguiste profite d’une plateforme gratuite pour parfaire la langue de son choix. D’après Ahn5, aujourd’hui 1,2 milliard d’individus sur la planète se consacrent à l’apprentissage d’une seconde langue. Aux États-Unis, cinq millions de personnes investissent 500 dollars dans leur apprentissage. Pour le fondateur de Duolingo, un tel montant serait source d’injustices, beaucoup d’individus n’ayant pas les ressources nécessaires. Duolingo leur propose d’apprendre une langue gratuitement tout en traduisant le Web : « learning by doing ». Le client, c’est-à-dire le particulier ou l’organisation faisant appel aux services de Duolingo pour réaliser ses travaux de traduction, bénéficierait de tarifs avantageux avec un temps de réponse convenable. Certains s’interrogent pourtant sur la qualité de la traduction et par effet miroir sur celle de l’apprentissage. C’est notamment le cas de Garcia (2013) dans un article dédié à Duolingo publié dans l’International Journal of English Linguistics. Au terme de son étude, l’auteur conclut qu’il serait déraisonnable d’attendre de Duolingo des traductions complexes et élégantes même si le recours à la plateforme est satisfaisant pour des textes simples. En privilégiant une approche littérale de la traduction (presque du mot à mot), Duolingo offre un niveau de qualité similaire à celui de certains outils de traduction automatique. Toutefois, Garcia (2013) rappelle que l’intelligence humaine supplée aux manquements des systèmes artificiels, notamment parce que les apprentis linguistes font montre de bon sens et usent à bon escient de leur connaissance du monde. La plateforme dispose quant à elle d’une armée de bénévoles acceptant de s’adonner sans sourciller à la traduction de textes. Ainsi, Duolingo ne supporte pas les frais de main d’œuvre directs. C’est alors une économie conséquente, sachant qu’opérée par un professionnel, la traduction vaut environ 10 centimes d’euros par mot. En outre, au fur et à mesure de la croissance de la communauté des apprentis linguistes, Duolingo peut réduire le temps de traitement des traductions.

20A l’instar d’autres plateformes proposant des concours créatifs, Creads offre un scénario gagnant-gagnant. Les créatifs, qu’ils soient amateurs ou professionnels sont motivés par des facteurs intrinsèques et extrinsèques. Si la possibilité d’empocher un gain participe à leur volonté de concourir, ils s’engagent également par plaisir d’exercer leur potentiel créatif. L’accès à des marques de renom aiguise qui plus est la motivation de certains d’entre eux (Renault, 2013). A l’instar des observations de Mangolte (2006) à propos des communautés de logiciels libres, la motivation ne serait pas nécessairement liée à l’enrichissement individuel mais souvent bien davantage au plaisir d’exercer et de conforter son appartenance à une communauté. Les clients ont accès à des milliers de créatifs susceptibles de répondre à leur appel à projet. Si une majorité de ceux-ci est silencieuse, force est toutefois de constater que plusieurs dizaines de propositions seront soumises. Certes, quantité ne rime pas toujours avec qualité, cependant les tarifs et délais comptent parmi les atouts susceptibles d’attirer les marques vers ce type de plateforme. En tant qu’intermédiaire, le modèle économique de la plateforme se fonde sur le fait qu’elle propose un devis sur une prestation globale à son client.

21L’étude du crowdsourcing permet donc de dégager plusieurs bénéfices pour les organisations qui y ont recours. Le crowdsourcing permet de mobiliser un nombre conséquent d’individus lesquels peuvent dans une démarche cumulative, collaborative, compétitive ou bien encore coopétitive apporter une réponse idoine à la problématique rencontrée par une organisation. La force du crowdsourcing provient donc du nombre important d’individus engagés et des ressources qu’ils sont disposés à mettre à la disposition de l’organisation. En outre, les personnes impliquées dans une activité de crowdsourcing disposent de profils variés, leur pluridisciplinarité constitue alors une force conséquente. Comme nous l’avons vu, la foule n’a pas nécessairement conscience de participer à une activité utile à une organisation et dans cette perspective les contreparties financières sont souvent inexistantes voire faibles. Lorsqu’elle s’investit avec discernement pour une organisation (c’est le cas si la foule est invitée à designer un logo par exemple), des incitations financières sont fréquemment proposées mais seuls les gagnants en bénéficieront. Pour ses initiateurs, le crowdsourcing semble donc être une solution économiquement intéressante. Cependant, le crowdsourcing est également source de critiques.

3.2 – Des dérives et difficultés non négligeables

22Comme tout nouveau phénomène, le crowdsourcing est en proie à plusieurs dérives et interpelle notamment les contours de l’organisation et du travail. L’activité de ceux qui s’investissent dans des démarches de crowdsourcing peut-elle être considérée comme un travail ? En l’absence de réponse positive de la législation à cette question, quel statut pourrait être donné à ceux qui participent souvent dans l’ombre à la création de valeur d’une organisation ? Quelles sont les dérives les plus communément rencontrées ? Au regard de l’observation du fonctionnement des plateformes organisant des concours créatifs et plus encore en étudiant les critiques émises envers celles-ci, la notion de travail spéculatif apparaît. Le travail spéculatif désigne l’espoir de gagner un concours en produisant ses idées gratuitement pour un prospect ou un client. Ce sont principalement les communautés de créatifs (les « no-spec »), entendant mener une lutte contre le crowdsourcing, qui s’impliquent dans le débat relatif au travail spéculatif. Ce dernier désigne un travail gratuit s’exerçant via les plateformes de crowdsourcing, notamment celles qui reposent sur des défis créatifs. En effet, des clients y soumettent un concours et évaluent ensuite le travail de plusieurs dizaines de créatifs. Un gagnant est choisi et la somme lui est versée tandis que tous les autres n’ont rien perçu pour leur démarche. Ce qui est alors vécu comme une injustice conduit à des phénomènes de résistance à l’égard du crowdsourcing. Sur cette question, Gebauer (2012) indique que les communautés impliquées dans une action de crowdsourcing travaillent pour moins d’argent qu’une main-d’œuvre traditionnelle. Dans le cadre des concours, les récompenses attribuées sont inférieures à la tarification usuelle du marché. En conséquence, Gebauer (2012) précise que les créatifs peuvent avoir une attitude négative générale à l’égard du crowdsourcing y voyant une source de dépréciation de leurs efforts et de leur valorisation professionnelle. Des voix s’élèvent alors pour signifier que le client n’a pas nécessairement intérêt à recevoir pléthore de propositions et que qualité et quantité ne font pas bon ménage. Dans une même veine, Felstiner (2011, p. 159) indique que « certains créatifs craignent que le travail de conception soumis par des amateurs, sans aucune garantie de compensation, puisse dégrader la qualité globale de la conception et conduire à des perceptions erronées au sujet de leur importance ». Selon l’auteur, ce modèle de crowdsourcing tend à éliminer le rôle de conseil du designer. En retirant l’aspect collaboratif de la relation concepteur-client, le crowdsourcing compétitif réduit la valeur perçue des services que les graphistes expérimentés sont susceptibles d’offrir. Le client aurait alors davantage intérêt à rentrer dans un jeu d’interaction et de co-construction avec un designer de confiance. En outre, les concours auraient participé à la création d’un système sous-terrain où des designers peu scrupuleux vont rapidement proposer de nombreux travaux copiés sur le Web en les présentant comme les leurs. Mais le point sensible réside bien davantage dans le fait que de nombreux acteurs s’engagent sans la moindre assurance d’empocher un gain. Ainsi, des détracteurs s’interrogent sur l’intérêt de consacrer du temps à des activités de crowdsourcing alors qu’elles ne seraient pas rémunérées à leur juste valeur, quand bien même elles seraient présentées de manière ludique. Au contraire d’une forme d’externalisation classique, plusieurs pratiques de crowdsourcing impliquent que la foule soit conduite à réaliser une mission sans certitude que celle-ci sera récompensée. Cela étant, le bénéfice peut être d’emblée dématérialisé, gommant de facto l’épineuse question de la rétribution financière. C’est ainsi que Duolingo offre pour contrepartie principale la possibilité d’apprendre une langue gratuitement.

23Dans la sphère professionnelle, un emploi implique qu’un contrat soit passé entre deux parties : l’employeur d’une part, et le salarié, d’autre part. Le salarié s’investit dans la réalisation d’un travail en l’échange d’une rémunération. Un travailleur indépendant peut également occuper un emploi via la réalisation de multiples contrats. Dès lors, l’activité de la foule dans le contexte du crowdsourcing est dans le registre du droit du travail difficilement caractérisable. En effet, participer à une démarche de crowdsourcing est pour certains considéré comme un simple loisir, tandis que pour d’autres cela prend les contours d’une activité professionnelle. L’exemple d’Internet Eyes, présenté précédemment s’apparente de prime abord au travail d’un agent de sécurité lambda. Or tous n’étaient pas compensés financièrement des longues heures passées à guetter la sécurité d’un lieu sur le petit écran. En effet, seuls les internautes ayant détecté des fraudes ou vols avérés pouvaient toucher la somme de dix livres sterling, cela moyennant un droit d’inscription mensuel d’1,99 livre sterling. Comme l’indique Lechner (2010) d’autres plateformes de crowdsourcing réunissent une multitude de micro-tâches fastidieuses. Selon elle, Mechanical Turk constitue un exemple assez extrême de plateforme permettant à des organisations d’externaliser certaines besognes. Développée par Amazon en 2005, Mechanical Turk donne aux organisations l’accès à des travailleurs susceptibles d’effectuer une grande variété de tâches dématérialisées (Felstiner, 2011). Sur le site de la plateforme est exposée son idée fondatrice selon laquelle l’intelligence humaine s’avère dans de nombreux domaines bien supérieure à l’intelligence artificielle. Sur cette base, les êtres humains peuvent plus efficacement que les ordinateurs identifier des objets dans une photo ou une vidéo, dupliquer des données, transcrire des enregistrements audio… Mechanical Turk se présente comme une place de marché permettant de passer outre l’emploi de travailleurs temporaires dont la plateforme expose le caractère fastidieux et coûteux. Or, les salaires versés aux turkers sont dérisoires. Certes les tâches dans lesquelles ils s’investissent sont simples, mais elles sont relativement chronophages. Le crowdsourcing ne constitue pas un travail et les turkers ne peuvent prétendre à l’obtention d’un salaire minimum légal ni même être protégés par le droit du travail (Lechner, 2010). Felstiner (2011) interroge alors les motivations des turkers. En s’appuyant sur l’étude d’Ipeirotis de 2008 [10], l’auteur indique que contrairement à ce qui semble souvent avancé, seulement 20,5 % des contributeurs cherchent à « tuer le temps » et 42 % y voient une source de divertissement. 34 % voient dans leur activité en ligne la possibilité d’obtenir un peu d’argent de poche et 49 % considèrent qu’il s’agit d’une source de revenu. Ainsi, l’aspect pécuniaire est leur motivation première. Via le crowdsourcing, la foule n’obtient pas de contrat de travail, elle n’aura pas pendant une période circonscrite ou indéterminée ce que nous pourrions qualifier d’emploi rémunéré. Il est donc parfois reproché aux organisations à l’initiative de la démarche de crowdsourcing, mais également aux plateformes d’intermédiation, d’utiliser ce mode de création de valeur comme un moyen d’exploiter la foule à moindre coût. A l’instar des critiques émises envers l’externalisation, le crowdsourcing est susceptible d’être considéré comme une façon de faire faire à la foule des activités qui coûteraient trop cher si elles étaient réalisées en interne ou confiées à un prestataire extérieur. En outre, le Net rompt les frontières géographiques et il est probable que des internautes à des milliers de kilomètres de l’organisation initiatrice résolvent la problématique posée. C’est pourquoi, Divard (2011, p. 118) indique que le crowdsourcing pose des questionnements analogues à ceux engendrés par une externalisation classique : « il est clairement perçu par les professionnels menacés comme une concurrence déloyale et une forme particulièrement violente et pernicieuse de dumping social ». L’auteur ajoute que le développement exponentiel des contenus générés par les internautes a des conséquences sociales immédiates depuis les licenciements à la cessation d’activité. Encore marginale dans certains secteurs, la concurrence s’avère rude dans quelques domaines comme le design ou la photo. Appuyant ses propos sur l’emblématique plateforme iStockphoto, Divard (2011) indique que le cas de l’industrie de la photo est particulièrement frappant avec un rapport de prix de 1 à 100. Ce sont pourtant les professionnels eux-mêmes qui alimentent le site iStockphoto. Ainsi, selon les termes d’une étude menée en 2007, Brabham (2013) rappelle que 47 % de ceux qui proposent leurs photos se qualifient de professionnels, contre 23 % pour lesquels la photo constitue un hobby et 14 % d’amateurs. En outre, 58 % des « iStokers » ont fait une année au moins de scolarité dans une école de photo, d’art ou de design (Brabham, 2013).

Conclusion

24Phénomène récent, le crowdsourcing suscite de nombreux débats passionnés. La nébuleuse créée autour des frontières de l’organisation et du travail est au cœur des questionnements suscités. A l’ère du Web 2.0, le crowdsourcing permet aux organisations de s’appuyer sur les ressources et compétences de la foule. Au terme de cette recherche, nous avons souligné plusieurs des contours et enjeux du crowdsourcing. A la lumière des cas de Duolingo et Creads, nous avons notamment mis en perspective comment une démarche de crowdsourcing pouvait bénéficier à l’ensemble de ses parties prenantes : la foule, le crowdsourcer et la plateforme d’intermédiation. Le crowdsourcing a été appréhendé comme une formule spécifique d’externalisation permettant au client, le crowdsourcer, de se prémunir de l’opportunisme de fournisseurs d’un nouveau type : la foule. Le crowdsourcing se caractérise alors par la possibilité de confier une tâche à un nombre potentiellement très élevé d’individus dont on ignore ex ante l’identité. Ce faisant, notre article a soulevé la question de l’incidence du crowdsourcing sur la question des frontières de l’organisation et du travail. Tandis que la foule se voit confier certaines des étapes d’un processus de création de valeur, son investissement n’entre pas dans le champ de l’activité salariée. Le crowdsourcing ne fait que renforcer le constat selon lequel « l’aire de l’entreprise « classique » avec ses employés salariés « dedans » se rétrécit […] comme peau de chagrin » (Saussois, 1997, p. 17). Le crowdsourcing se nourrit de la richesse liée à la participation de la foule. Une armée de fourmis bénévoles génère de la valeur. C’est notamment sur l’idée selon laquelle « les petits ruisseaux font de grandes rivières » que le crowdsourcing se fonde. ReCAPTCHA ou Duolingo reposent sur ce principe. Dans ces formes de crowdsourcing, les internautes n’ont pas nécessairement conscience de participer à une démarche de création de valeur. Alors que le reCAPTCHA est contraint et n’apporte aucun autre bénéfice immédiat que celui d’être reconnu comme un être humain, Duolingo offre aux apprentis linguistes une réelle plus-value. En effet, la démarche semble s’inscrire dans une formule « gagnant-gagnant » dont l’apprenti linguiste pourrait considérer être le premier bénéficiaire. Il n’est d’ailleurs pas question de récompense financière dans cette formule de crowdsourcing, la récompense étant donc inhérente à d’autres sources de motivation au premier rang desquelles la volonté d’apprendre une langue vivante.

25Basées sur la compétition de la foule, certaines plateformes de crowdsourcing (Creads, eYeka, InnoCentive…) suscitent bien davantage des questionnements sur l’équité du système. Pourquoi ? Sans doute parce que la contrepartie financière offerte aux meilleurs contributeurs interroge plus encore les contours du travail et de l’organisation. En l’espèce, tandis que de nombreux internautes s’investissent afin d’offrir une réponse idoine à la problématique rencontrée par une organisation, seul l’un ou une modeste sélection d’entre eux pourra accéder à un gain financier. Certains critiquent ces formules en indiquant qu’elles contribuent à un dumping social et parlent alors de perverted crowdsourcing ou bien encore de travail spéculatif. Cela va dans le sens des travaux de Gosse et ses coauteur (2001) sur les frontières de l’entreprise qui témoignent que les problèmes sociaux, souvent appréhendés comme un inconvénient de l’externalisation, peuvent également constituer un levier à cette pratique. Compte tenu du flou juridique entourant la qualification de l’activité de la foule, le crowdsourcer est en quête de l’un des bénéfices classiques de l’externalisation : la diminution des coûts. Force est toutefois de constater l’engouement de la foule pour ce type de challenges. La compensation financière n’est pas une fin en soi et beaucoup acceptent sans sourciller les règles du jeu auquel ils s’adonnent avec un plaisir non dissimulé. Tandis que la foule exerce son libre arbitre, peut-on considérer qu’elle se fait abuser ? Les limites et critiques soulevées envers le crowdsourcing nous invitent à poser la question de la responsabilité sociale de l’organisation. Deux parties prenantes doivent témoigner d’une gestion éthique du crowdsourcing : le crowdsourcer d’une part, et la plateforme de crowdsourcing, d’autre part. Qu’il passe ou non par une plateforme pour solliciter les ressources de la foule, le crowdsourcer doit être conscient qu’une telle démarche engage sa responsabilité sociale. Il est nécessaire qu’il s’assure que les contreparties soient à la hauteur de l’engagement de la foule. Quant à la plateforme, elle est un intermédiaire qui guide les règles du jeu et doit aussi veiller à ce que les intérêts de son client et de la foule de ceux qui lui offriront leurs ressources et compétences soient communément préservés. En effet, la plateforme engage son image au regard de la satisfaction de ses clients, laquelle est dépendante de l’implication de la communauté. Elle tire ainsi sa force de sa capacité à mobiliser la foule. C’est donc sur les questions de responsabilité sociale et d’éthique que nous envisageons de poursuivre cette recherche : quels sont les mécanismes permettant d’atténuer la défiance de la foule envers le crowdsourcing ? Sous quelles conditions, les plateformes peuvent-elles insuffler un esprit gagnant-gagnant ? Comment fidéliser la foule ? Quelles sont les attentes et motivations de la foule auxquelles les plateformes doivent apporter une réponse ? Comment développer des modes de crowdsourcing empreints de transparence et d’éthique ?

Notes

  • [1]
    Maître de Conférences en Sciences de Gestion, IAE d’Orléans, Vallorem (EA 6296)
    sophie.renault@univ-orleans.fr
  • [2]
    http://globalsociology.com/2012/10/06/extracting-free-labor/, consulté en novembre 2013
  • [3]
    Initiateur du concept de crowdsourcing, Howe a parmi les premiers proposé d’en classifier les pratiques. L’auteur propose quatre principales catégories : crowd wisdom, crowd voting, crowd creation et crowdfunding. Nous ne développerons pas ce dernier aspect. En effet, le crowdfunding ou financement participatif est classé de manière indépendante par plusieurs auteurs qui ne lui reconnaissent pas les contours plus usuels du crowdsourcing (Brabham, 2013, p. 38).
  • [4]
    Pour des motifs financiers, la plateforme Internet Eyes a interrompu son activité en septembre 2013.
  • [5]
  • [6]
    En novembre 2013, la plateforme elle-même lançait un challenge afin d’obtenir des solutions visant à encourager la collaboration des membres de sa communauté.
  • [7]
    CAPTCHA est un acronyme qui signifie Completely Automated Public Turing test to tell Computers and Humans Apart (Ahn et al., 2003). Désignant une famille du test de Turing, les CAPTCHA permettent de différencier un être humain d’un système informatique potentiellement malveillant.
  • [8]
    Les informations données par la plateforme elle-même nous invitent à identifier des contradictions. En effet, Creads donne les moyennes en fonction du type de création de la foule : 150 propositions en moyenne pour un nom de marque, 80 propositions pour un logo, 40 propositions pour un print (réalisation de brochure ou de flyer) et 30 propositions pour le design d’un site Internet…
  • [9]
    Dans la conférence donnée en 2011 sur Ted « Massive-Scale online collaboration », Luis von Ahn indique que « l’humanité perd environ 500.000 heures par jour en saisissant ces ennuyeux CAPTCHA », disponible sur : http://www.ted.com/talks/luis_von_ahn_massive_scale_online_collaboration.html consultée en juillet 2013
  • [10]
Français

De manière consciente ou non, une armée d’internautes s’investit chaque jour dans des démarches de crowdsourcing. Ainsi, la foule apporte des ressources en termes de savoir, de temps, de compétences à des organisations ayant une problématique à résoudre. Le crowdsourcing se définit comme l’externalisation d’activités vers la foule. Les activités confiées à la foule peuvent prendre des formes variées : créer un nouveau design, traduire le Web, observer les écrans de caméras de surveillance... Or, l’activité de la foule ne donne pas nécessairement lieu à une compensation financière. Dès lors, le crowdsourcing n’est ni considéré comme du bénévolat ni comme un travail – il est davantage assimilable à un loisir permettant d’obtenir quelques « fèves de cacao ». Cet article explore alors le « brouillage » des frontières du travail et de l’organisation que génère le crowdsourcing. A l’appui d’études de cas, cette recherche synthétise les principaux atouts et freins du recours au crowdsourcing pour ses parties prenantes. A l’issue de notre analyse et en écho avec les résultats de notre démarche qualitative à visée exploratoire, nous proposons plusieurs pistes de réflexion afin que le crowdsourcing s’inscrive dans une démarche socialement responsable.

Mots-clés

  • crowdsourcing
  • frontières de l’organisation
  • externalisation
  • travail
English

Consciously or unconsciously, an army of Internet users participates every day in crowdsourcing activities. The crowd thus provides the necessary resources such as knowledge, time and skills in order to solve an organisation’s issue. Crowdsourcing consists in outsourcing tasks to large networks of Internet users. The activities entrusted to the crowd are varied : creating a new design, translating the Web, watching over surveillance cameras... However, this crowd activity is not paid. Therefore, crowdsourcing is not considered as a volunteering activity or a real job, it is assimilated to a hobby that can be rewarded by a few “cocoa beans”. This article examines the blurring of boundaries at work and in organisations generated by crowdsourcing. This research is based on case studies and summarizes the main strengths and weaknesses of crowdsourcing. As a result of our evaluation and as an echo to our qualitative and exploratory study, we offer specific recommendations to design socially responsible crowdsourcing practices.

Keywords

  • crowdsourcing
  • organisation boundaries
  • outsourcing
  • employment

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Sophie Renault [1]
Dernière publication diffusée sur Cairn.info ou sur un portail partenaire
Mis en ligne sur Cairn.info le 12/03/2014
https://doi.org/10.3917/rimhe.011.0023
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