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Savoirs

2006/1 (n° 10)

  • Pages : 148
  • DOI : 10.3917/savo.010.0044
  • Éditeur : L'Harmattan

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Jacky Beillerot est à l’origine du projet de publication d’ouvrages collectifs permettant une exploration de la diversité des analyses de pratiques professionnelles. Il s’agissait de recueillir les propos de « grands témoins » qui ont été à l’initiative de certaines pratiques et qui peuvent, de ce fait, en porter directement témoignage. Nous avons interrogé Jacky Beillerot aussi bien sur les raisons de sa demande d’alors que sur l’analyse qu’il faisait du succès et des éventuelles limites de ce thème.

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– Au moment où tu nous a demandé, en 1993, de coordonner le premier ouvrage collectif sur l’analyse des pratiques professionnelles, soit après deux ans de fonctionnement du DESS « Cadres pédagogiques de la formation »[2][2] Depuis l’année universitaire 1999-2000, ce DESS a été... dont tu étais responsable, quelles étaient tes intentions ?

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– Je pense que c’est le croisement de plusieurs choses. Le DESS avait deux ans, il comportait deux options, l’une orientée « Chef de projet pédagogique » et l’autre orientée vers l’analyse des pratiques. Nous avions eu un grand débat pour savoir quel intitulé donner à cette deuxième option, sans utiliser explicitement la référence à Balint. La notion d’analyse des pratiques n’avait pas encore le succès d’aujourd’hui, elle apparaissait comme très floue. L’idée d’un ouvrage collectif sur ce thème m’est apparue : j’ai pensé qu’il était préférable de réunir des contributions de praticiens plutôt que de fournir d’emblée un travail théorique. Vous vous êtes chargés de la coordination de cet ouvrage et il a rencontré plus d’écho que prévu.

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– Est-ce que tu t’attendais à cet écho, puisque sur la lancée nous avons été amenés à coordonner une série d’ouvrages qui en compte maintenant cinq ?

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– C’est vous qui avez découvert qu’il y avait en la matière davantage de références ou de modèles que je ne pensais. En fait, il s’est avéré que l’expression recouvrait une réalité plus mouvante et plus complexe que nous l’avions imaginée. Que l’expression ait eu du succès ne m’a pas trop surpris, dans la mesure où je suis assez sensible à l’air du temps.

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Sous des appellations diverses, ce qu’on appelle analyse des pratiques m’est familier depuis vingt-cinq ans. D’abord, j’ai participé à la formation à orientation psychanalytique des « superviseurs » de l’École des surintendantes (devenue l’Etsup aujourd’hui), au début des années soixante-dix, bien avant la mise en place du DSTS (Diplôme supérieur en travail social). Il faut dire qu’auparavant j’avais fait une première expérience de groupe Balint en tant que militant : il s’agissait avec cinq ou six autres militants d’interroger notre activité militante avec l’aide d’un thérapeute, et c’est là que j’ai appris le plaisir de désintriquer les aspects psychologiques des aspects sociaux. Par ailleurs, j’étais moi-même en analyse et c’est aussi à ce moment-là que je suis entré dans le groupe Desgenettes [3][3] Le groupe Desgenettes de sociopsychanalyse a été créé.... On était en 1972. En 1990, au moment de la création de notre DESS, cela fait donc une vingtaine d’années que j’ai l’expérience d’animation de groupes d’inspiration Balint et notamment dans le cadre du DESS « Conseil et formation psychosociologiques » à Paris X Nanterre dont le responsable était Jean Dubost.

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– Comment considères-tu le fait que la revue Recherche et Formation ait décidé de consacrer plusieurs n° à l’analyse des pratiques professionnelles[4][4] En 2001 le n° 36 « Le praticien réflexif », en 2002..., dont celui-ci ?

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– Je pense que Recherche et Formation répond à une demande puisqu’on réclame un peu partout de l’analyse des pratiques, et particulièrement dans le champ de la formation des enseignants, alors même que cela tarde à se mettre en place. D’ailleurs, il y aurait une enquête systématique à envisager et aussi un travail théorique à effectuer qui pourrait même faire l’objet d’une thèse.

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– Quels sont les dispositifs interrogés dans les articles de cette livraison qui t’ont le plus frappé ?

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– Toutes ces contributions me sont familières, soit que j’ai eu à connaître ces dispositifs dont il est question, soit que j’ai lu les travaux antérieurs des différents auteurs. D’autant que le numéro est centré autour de la clinique et que je suis « imprégné » de clinique.

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En revanche, ce qui serait peut-être à faire, ce serait de dégager les grands concepts à l’œuvre, quelles que soient les nuances des pratiques des uns et des autres. C’est vraiment la jonction du psychique et du professionnel qui est en jeu. On pourrait d’ailleurs demander à Gérard Mendel comment il voit ce problème ? Il était jadis très réservé sur ces pratiques. En effet, il distingue ce qui relève de la sphère du « psychofamilial » de ce qui relève du politique c’est-à-dire de l’action collective. Il serait intéressant de creuser davantage cette question de l’articulation du psychologique et du politique.

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– T’attendais-tu à un tel développement au niveau de la formation des enseignants ?

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– La question de l’analyse des pratiques à propos de la formation des enseignants a en fait quarante ans : souvenons-nous d’auteurs comme Janine et Jean-Claude Filloux, de Gilles Ferry, qui ont milité pour un travail de ce type plutôt dans une perspective de formation continue des enseignants. Il y a eu aussi les colloques de l’AECSE en 1973 à Dauphine [5][5] Cf. notamment les travaux de la Commission 12 de ce... et en 1983 à Nanterre. Lors de la mise en place des IUFM, ce sont des choses qui nous habitaient mais effectivement quand cela arrive et qu’on a « prêché dans le désert » pendant très longtemps, on est un peu surpris. Aujourd’hui l’expression très en vogue de « praticien réflexif » nous revient des Etats-Unis et du Québec. Ce serait intéressant de savoir comment cela se passe en Allemagne, par exemple en demandant à Christoph Wulf.

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– Quels sont selon toi les intérêts et les limites d’un tel développement ?

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– Actuellement, l’administration centrale de l’Éducation nationale essaie de trouver des solutions aux difficultés rencontrées par les enseignants. Les responsables semblent avoir découvert l’intérêt de ces dispositifs. La difficulté sans doute sera de trouver des modalités pertinentes pour un très grand public. Comment tenir compte du psychisme, de l’inconscient, sans que cela ne relève de la psychanalyse ? Il faudrait trouver des formes de clinique plurielle. Il faut s’affranchir de tout mouvement d’appartenance, sachant qu’il y a là une réelle complexité dans la mesure où une formation psychanalytique ou psychosociologique paraît nécessaire pour l’animateur ou le moniteur de groupes d’analyse des pratiques. L’animateur repère des effets de l’inconscient même s’il ne les traite pas en direct dans ce type de dispositif. Cela pose la question de la formation des animateurs. Nous y avions répondu dans notre DESS mais, bien entendu, à une toute petite échelle ; s’agissant de très grands nombres, que faire ? Pensons aux diverses expériences déjà conduites, les GAP de De Peretti, l’expérience menée par Jacques Nimier dans l’académie de Reims, celle développée par M.-C. Baïetto et L. Gadeau à l’IUFM de Grenoble… Sans doute pourrait-on imaginer que tous les IUFM ne fassent pas exactement la même chose, peut-être d’ailleurs faudrait-il trouver une autre dénomination, en tout cas éviter de « caporaliser » ou si l’on propose quelque chose d’obligatoire, alors il serait important de donner une diversité à l’intérieur de cette obligation.

– Compte tenu des éléments de définition avancés dans ton article des Cahiers pédagogiques[6][6] Beillerot J. (1996). « L’analyse des pratiques professionnelles :..., qu’est-ce que tu modifierais et/ou complèterais ?

– Je suis avec d’autres, par exemple comme Gérard Malglaive [7][7] Cf. Malglaive G. (1981). Politique et pédagogie en..., assez sensible à la dimension culturelle et sociale du terme de pratiques, les pratiques recouvrent pour moi à la fois les intentions, les représentations, les actes et les justifications qu’on en donne. En fait, par les témoignages et nos propres expériences, on a appris la complexité de la pratique, des pratiques. Il faudrait sans doute expliciter davantage les usages respectifs du singulier et du pluriel et réfléchir à une possible conceptualisation que la notion d’analyse des pratiques évoque.

Notes

[1]

avec l’aimable autorisation de la revue Recherche et Formation, entretien publié dans le n° 39, 2002, « Analyse des pratiques. Approches psychosociologique et clinique », p. 103-106.

[2]

Depuis l’année universitaire 1999-2000, ce DESS a été modifié et se présente sous le titre « Processus de formation et développement des compétences dans le management de projet » co-habilité et co-dirigé par le département des Sciences de l’éducation de Paris X Nanterre et la Chaire de formation des adultes du Cnam.

[3]

Le groupe Desgenettes de sociopsychanalyse a été créé en 1971 par Gérard Mendel. Jacky Beillerot a participé aux activités de ce groupe jusqu’en 1982 (cf. Un stage d’enseignants ou la régression instituée. Paris : Payot. 1977).

[4]

En 2001 le n° 36 « Le praticien réflexif », en 2002 le n° 39 « Analyse des pratiques : approches psychosociologiques et clinique », en 2003 le n° 42 « L’action située ».

[5]

Cf. notamment les travaux de la Commission 12 de ce VIe Congrès international des Sciences de l’éducation qui ont fait l’objet d’une publication spécifique : Psychologie sociale et nouvelles approches pédagogiques. Paris : Éditions de l’Épi. 1974.

[6]

Beillerot J. (1996). « L’analyse des pratiques professionnelles : pourquoi cette expression ? » in Cahiers pédagogiques. n° 346 septembre 1996. p. 12-13 (réédité in Blanchard-Laville C., Fablet D. (dir.). (2000). Analyser les pratiques professionnelles. Paris : L’Harmattan. p. 21-26.

[7]

Cf. Malglaive G. (1981). Politique et pédagogie en formation d’adultes. Paris : La Ligue de l’enseignement et de l’éducation permanente.


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