CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Plus qu’un simple service d’espionnage, le renseignement turc peut apparaître à l’historien et au stratégiste comme l’armature occulte de la République. Conscientes des conséquences et des fragilités intrinsèques de la position de carrefour géopolitique de leurs pays, les élites turques ont toujours vécu dans la hantise d’un effondrement brutal. La disparition de l’Empire Ottoman (1918) puis la menace soviétique ont ancré chez les Turcs l’idée que l’indépendance et la puissance n’étaient pas des faits acquis. Dès lors, s’impose la nécessité d’une organisation qui puisse assurer en toutes circonstances la continuité de l’État. Au crépuscule de l’Empire, « l’Organisation Spéciale » (OS) remplit cette mission. Au lendemain de la première guerre mondiale, c’est dans ses réseaux que Mustapha Kemal trouve ses premiers partisans. La Guerre froide accélère la mise en place de cette hiérarchie parallèle. État dans l’État ou “État profond” (Derin Devlet), les membres de l’OS œuvrent à la protection des intérêts nationaux, y compris par des moyens illégaux. Trois ennemis intérieurs attirent les foudres de ses membres : la réaction religieuse, le séparatisme et le gauchisme. Légataires de la doxa républicaine, les SR turcs obéissent aux mots d’ordre laïcs, nationaux et unitaires de la révolution kémaliste. Or, l’arrivée au pouvoir des islamo-conservateurs de l’AKP (Adalet Kalkinma Partisi – Parti de la Justice et du Développement) en 2002, bouleverse cette donne historique. Après s’être attaqués à l’establishment militaro-kémaliste, les islamistes ont assez rapidement investi, via les confréries religieuses, les arcanes du pouvoir. Le MIT (Milli Istihbarat Teskilati – Service de Renseignement National) n’échappe pas à cette règle. Le propos de cet article est de retracer succinctement l’historique de ce processus de “retournement”, de manière à le mettre en perspective, compte tenu des soubresauts politiques que la Turquie connaît actuellement.

L’Organisation Spéciale

2À l’aube du xxe siècle, l’Empire Ottoman est à l’agonie. Mutilé à l’extérieur, corrompu à l’intérieur, envahi d’éléments allogènes et perclus de dettes, la Turquie n’est plus que l’ombre d’elle-même. La colère gronde. Formés dans les écoles européennes, de jeunes officiers contestent le régime autocratique d’Abdülhamid II (1842-1918). Le Comité Union Progrès (CUP) regroupe les mécontents. La ville de Salonique, sanctuaire de l’Organisation, est aussi une place forte de la maçonnerie turque [1]. À la croisée des loges et des casernes, le Comité est entouré d’un halo de mystères. Ses rites, la froide résolution avec laquelle ses membres sont capables de sacrifier leur vie et celle des autres, dessinent les traits d’une organisation subversive. Au Comité Union et Progrès se juxtapose à partir de sa prise du pouvoir (1908), une troupe de choc. Ce groupe, centré sur la personnalité d’Enver Pacha, prend le nom de Teskilat-i Mahusa (Organisation Spéciale) [2]. Elle attire de jeunes officiers rompus à l’action clandestine. Son premier responsable, Süleyman Askeri (1884-1915) conçoit une unité d’élite équipée et entraînée à la guerre irrégulière. La plupart des hommes ont fait leurs premières armes en Libye, où ils ont supervisé la constitution de corps-francs autochtones derrière les lignes italiennes. Tous partagent un même culte de la force et un goût prononcé pour les méthodes expéditives. À la fin de la deuxième guerre balkanique (1913), des hommes de l’Organisation Spéciale sont infiltrés en Thrace occidentale. En vertu du traité de Bucarest (10 août 1913), cette région peuplée de musulmans aurait dû revenir à la Bulgarie. Mais la population proteste. Cemal Pacha relate l’épisode dans ses mémoires :

Les autorités turques avaient pris l’engagement formel de ne pas faire franchir les rives de la Maritza à ses soldats. Cependant, tout en faisant mine de respecter ces engagements le gouvernement déploie à l’ouest de la rivière ses services spéciaux[3].
Le 31 août 1913, un gouvernement provisoire est instauré. La nouvelle république de Thrace occidentale se dote d’un drapeau. Le blanc symbolise la liberté retrouvée, le noir, les exactions commises contre les musulmans, le vert, l’Islam, et le croissant doublé d’une étoile, la turcité. Des timbres sont émis, un hymne national est même composé. Des bandes de bachi-bouzouks expulsent les populations slaves. Pourtant, au bout de 56 jours d’existence, cette “République de Thrace occidentale” disparaît. En fait, elle est une monnaie d’échange destinée à obtenir le retour d’Andrinople sous giron ottoman. Cette expérience est révélatrice à plusieurs titres. Elle pose les balises d’un “service action” passé maître dans l’art du soulèvement des minorités turco-musulmanes. De surcroît, la création ex nihilo d’un état autonome est amenée à faire école. C’est en s’inspirant de ce précédent que les Turcs imagineront une éphémère République Azerbaidjanaise (1918). C’est toujours avec ce modèle en tête que Mustapha Kemal proclame la République turque en 1923. La république turque de Chypre (1983) en est l’ultime écho [4]. Petit à petit, les SR turcs deviennent l’État véritable. Leur mission est d’offrir une solution de rechange permettant d’assurer en toutes circonstances la permanence de l’État à travers le temps. L’Histoire de la Turquie moderne, à travers plusieurs épisodes structurants, va en être l’illustration.

De la première guerre mondiale au traité de Lausanne

3La Grande guerre est le tombeau de l’Empire Ottoman. Le ralliement de la Porte aux puissances centrales dès octobre 1914, est incompréhensible si l’on ne prend pas en compte le rôle du triumvirat Jeune-turc aux commandes : Cemal (1872-1922), ministre de la Marine, Enver (1881-1922) ministre de la Guerre, Talat (1874-1921), ministre de l’Intérieur. Le Sultan et le Grand Vizir sont ravalés au rang de simples exécutants. Tout indique que le cœur occulte du gouvernement bat derrière l’Organisation Spéciale. Pour compliquer les choses, il existe deux organisations emboitées. L’une sous le contrôle d’Enver, l’autre sous celle de Talat [5]. Cette gémellité reflète la sourde lutte d’influence des deux hommes pour le pouvoir. Les membres de l’OS sont en majorité des militaires, même si l’on trouve ici ou là quelques diplomates, des fonctionnaires et des journalistes. La nature semi-légale de l’Organisation complique son financement. À la recherche de fonds, le triumvirat unioniste se tourne vers Berlin. Jusqu’en 1918 les services du Reich (la Division III B), subventionnent l’OS à hauteur de 4 millions de livres or. Conséquence, les Unionistes deviennent les obligés des Allemands. Lorsqu’ éclate les hostilités, l’Organisation Spéciale est employée dans deux directions différentes. À l’intérieur des frontières, elle surveille et réprime les menées séparatistes. À l’extérieur, elle dissémine ses espions ; des agents sont envoyés en Iran, Afrique du Nord, Asie centrale, Inde, Indonésie [6]. Au nom du Djihad, ils cherchent à soulever les populations musulmanes. Ces agents rencontrent des fortunes diverses. Si l’échec est patent au Maghreb, le succès est plus net en Libye. Sous occupation italienne depuis 1911, l’ancienne province ottomane est mal pacifiée. Les confréries religieuses permettent de garder le contact. Des sous-marins allemands convoient membres de l’OS et armes. La réussite est telle qu’à la fin de la première guerre mondiale, les Italiens contrôlent à peine une étroite bande littorale. En Égypte, l’Organisation Spéciale envisage un temps le sabotage et la destruction des barrages sur le Nil. L’opération échoue faute de moyens. En Iran, l’OS participe à l’infiltration d’hommes de la Division III B, et en particulier de Wilhelm Wassmuss (1880-1931), le Lawrence allemand. Deux groupes d’agents, sous la couverture d’un cirque ambulant, passent la frontière perse et assurent un soutien logistique. Les espions ottomans n’ont pas tous le même parcours. Si la majorité des cadres du service sont sensibles aux idées pan-turquistes, il arrive à l’OS de collaborer avec les tarikats religieuses et les réseaux panislamistes [7]. À l’intérieur des frontières impériales, l’OS organise l’éradication des populations arméniennes d’Anatolie. La déroute ottomane de Sarikamis face à la Russie (décembre 1914-janvier 1915) génère un sentiment de trahison. La crainte d’une cinquième colonne arménienne alliée aux Russes, explique pour une part la décision de déporter les populations arméniennes, et la part active qu’y prennent les bureaux de l’Organisation Spéciale. Dans les provinces arabes, la lutte contre le séparatisme prend une autre tournure. La révolte arabe (1916) et l’or anglais obligent l’OS à s’investir dans la contre-guérilla. En échange d’un tribut régulier, les Turcs s’assurent la loyauté des clans kurdes d’Irak. Toutefois, ces contre-feux arrivent trop tard et graduellement, l’OS perd le contrôle de la péninsule arabique.

4La débâcle de l’Allemagne à l’automne 1918 signe l’arrêt de mort du pouvoir unioniste et le glas des jeunes-turcs, mais leurs réseaux subsistent. L’occupation de l’Anatolie et la volonté des puissances de l’Entente de se partager les dépouilles de l’Empire, sont à l’origine d’un sursaut national. Au milieu des ruines, surgissent des phalanges de jeunes officiers, de soldats démobilisés. Ces hommes arborent le mauser au revers de l’ample ceinturon militaire, le kalpak (couvre-chef haut) et les bottes de cuir. Ils ont le visage émacié, brûlé par le soleil et dans les yeux un regard lourd d’amertume. En douze ans, écrit Yakup Karaosmanoglu (1889-1974), ce nouveau type humain a “déclenché deux révolutions et géré trois grandes guerres […]. De tous les points de vue, il est devenu le seul organe de la nation turque qui fonctionne” [8]. Rescapés des tranchées des Dardanelles ou de Palestine, ils semblent avoir apprivoisé la mort. La guerre les a fondus dans un moule qui les a rendus insensibles à la pitié. Vouée corps et âmes à l’action, cette jeune génération d’anciens combattants n’a que faire de la paix, encore plus si celle-ci est celle des vainqueurs. Les rebelles rassemblés autour de Mustapha Kemal (1880-1938) prennent quartier aux confins du plateau anatolien, à Ankara. Créée fin 1918 à Istanbul, l’association Sentinelle (Karakol) se charge du recueil des anciens cadres unionistes dispersés aux quatre coins du pays. Sans trop se mettre en avant, les chefs unionistes contrôlent en sous-main la nouvelle organisation. Bientôt, un étroit maillage corsète le territoire. Des dépôts d’armes clandestins sont constitués et un maximum d’équipement soustrait aux commissions d’armistice.

5L’action de l’organisation se décline en trois termes :

  • presse
  • propagande
  • espionnage

6Un organe de propagande, incisif et mordant, Ileri, est diffusée à grande échelle. Contre le traité de Sèvres (1920), tous les moyens sont bons. Humiliée par l’Occident, la Turquie n’a pas d’autre choix que de se tourner vers l’Est en liant son sort aux “damnés” du nouvel ordre international. L’Organisation éparpille ses émissaires de Berlin à Moscou. Cause du peuple et cause de la nation se rejoignent dans un même élan. Les Bolcheviks, à l’automne 1919, versent quelques subsides à Karakol. Grâce à des complicités dans le personnel d’occupation, Sentinelle intercepte télégrammes et communications et les fait suivre à Ankara [9].

7Mais en mars 1920, l’Entente occupe Istanbul, arrête les principaux membres de l’organisation et les déporte à Malte. Cet événement permet à Mustapha Kemal, qu’un différend personnel oppose à Enver et aux Unionistes, d’asseoir sa place de chef de la résistance nationale. Dès la fin 1920 un nouveau service de renseignement, le Service de Police Militaire, (Askerî Polis Teskilati) entièrement sous la coupe de Kemal, fonctionne à Ankara.

8Le traité de Lausanne (1923), qui restaure la souveraineté turque, clôt la guerre d’indépendance. Il consacre un ordre nouveau sur les décombres de la théocratie. La nouvelle république turque est l’enfant de la génération des tranchées, des comités militaires clandestins ; d’hommes qui désirent exercer leur droit “naturel” au commandement dans la guerre comme dans la paix. Les élites républicaines sont presque totalement issues des cercles unionistes pour ne pas dire de l’Organisation Spéciale et de ses épigones. La République kémaliste est le fruit d’une situation catastrophique, d’une réaction à un projet de partition. Elle est aussi plus profondément la revanche de l’homme d’arme jusqu’alors relégué dans une position subalterne sur le “marchand”, de l’idée nationale sur le “cosmopolitisme”.

La république kémaliste et le service de sécurité national

9La république kémaliste est un système politique à vocation totale. L’instauration du régime à parti unique à partir de 1925 renforce ce tropisme [10]. La conception républicaine de la politique induit son primat sur tous les aspects de l’existence individuelle ou collective. C’est le rôle dévolu à l’État, lui aussi pensée comme outil de régénération d’un homme nouveau. Toute opposition est synonyme de trahison.

10Dans cette perspective, les SR ont d’abord pour mission la sauvegarde de l’État et de l’unité nationale. Centrés sur les affaires intérieures, les Services turcs obéissent à la maxime kémaliste “paix dans le monde, paix dans le pays”. Mais au tournant des années 1920, Kemal ressent le besoin de disposer d’un outil de renseignement moderne calqué sur le modèle occidental. Naturellement, les Turcs se tournent vers les Allemands auxquels les lient une longue fraternité d’armes. Ils contactent à Vienne Walter Nicolaï (1873-1947). Nicolaï a dirigé la Division III B, le renseignement du Reich entre 1913 et 1919. Mis à la retraite, il est consulté à titre d’expert [11]. À l’occasion d’un voyage d’étude à Ankara fin 1926, il finalise l’organigramme du futur service turc. Le 5 janvier 1927 le Service de Sécurité National (Milli Amele Hizmet-MAH) est porté sur les fonds baptismaux. Il comporte 13 directions réparties en 4 branches :

  • espionnage : cette mission est confiée à un personnel militaire.
  • contre-espionnage : il est pris en charge par des employés du ministère de l’Intérieur et de la gendarmerie.
  • Propagande : elle échoit à des diplomates du ministère des Affaires étrangères.
  • Logistique : elle est assurée par des civils [12].

11Mis sous la tutelle du Premier ministre et du ministère de l’Intérieur, le MAH est volontairement éloigné de la sphère de compétences des armées. Dans l’esprit de Mustapha Kemal, il est essentiel de stabiliser le régime et de mettre fin au cycle de la révolution permanente. Domestiquer l’armée, c’est intégrer son armature cachée à l’appareil d’état et la placer du même coup sous contrôle d’un ministère civil. Néanmoins, son premier directeur, Sükrü Ali Ögel (1886-1973) est un homme d’arme. Polyglotte, homme du monde, Eric Ambler (1909-1998) lui emprunte ses traits dans son roman d’espionnage La Croisière de l’angoisse (1940) pour son personnage du Colonel Hakki. C’était un “homme de grande taille aux joues maigres et musclées, à la bouche petite et aux cheveux gris coupés à la prussienne. Avec son front étroit, son nez long et recourbé et son allure légèrement voutée, il faisait vaguement songer à un vautour. Il portait une tunique d’officier d’une coupe impeccable, des culottes de cheval et des bottes de cavalerie luisantes et très ajustées”[13]. Sous sa poigne de fer, les SR turcs connaissent un essor sans précédent. À l’étranger, trois bureaux permanents sont ouverts. Le premier à Vienne couvre les Balkans et l’Europe orientale. Le second à Téhéran est chargé de la collecte d’informations en provenance d’URSS et d’Asie centrale. Le dernier, au Caire, est chargé de la surveillance de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient [14]. Le MAH s’inquiète surtout des visées italiennes en Méditerranée orientale. L’occupation de l’archipel du Dodécanèse à quelques encablures des côtes turques, le bombardement de Corfou, les revendications de Mussolini sur l’Adriatique et l’Albanie alarment Ankara.

12En 1938, le MAH remporte un succès au moment de la rétrocession du Sandjak d’Alexandrette à la Turquie. Un agent turc réussit à dérober une dépêche du Quai d’Orsay, où il est précisé que Paris n’a pas l’intention de risquer “la moindre goutte de sang” dans l’affaire d’Alexandrette. L’information permet à Ankara de maximiser ses exigences sans avoir à craindre de rétorsion [15].

13Durant la seconde guerre mondiale, gardant en mémoire le désastre du premier conflit et conscient de l’état d’impréparation du pays, Ankara choisit une voie médiane [16]. Sans déclarer la guerre au Reich avec lequel il entretient d’excellentes relations commerciales, le gouvernement turc se rapproche de la France et du Royaume-Uni. Les Turcs craignent par dessous toutes les conséquences du pacte Staline-Ribbentrop qui relie, aux deux extrémités d’une même chaine, les menaces soviétique et italienne [17]. L’armée turque met à disposition du 2e Bureau français plusieurs terrains d’aviation. Des avions d’observation s’envolent vers les installations pétrolifères de Bakou et du Caucase. Le MAH se concentre dans la lutte contre l’espionnage italoallemand et soviétique. Les services allemands peuvent compter sur de solides complicités parmi les techniciens et les coopérants employés des arsenaux turcs. Au mois d’avril 1940, le MAH arrête un agent de l’Abwher en possession d’un microfilm contenant des clichés de sites sensibles. Avant de se suicider, l’espion livre le nom de son supérieur, l’archéologue Hans Hennig von der Osten (1899-1960). Un tribunal militaire le condamne à 11 ans de prison ; mais il est libéré l’année suivante [18]. Les succès de l’Axe amènent, en effet, Ankara à réviser ses choix. L’invasion de l’Union Soviétique est accueillie en haut lieu avec satisfaction [19]. Que le pays soit républicain ou ottoman, l’ennemi héréditaire demeure la Russie et son hypostase impériale l’URSS. En clair, explique Tuncay Özkan (1966-) “Tout est fait pendant la seconde guerre mondiale, pour maintenir un point d’équilibre dans les relations germano-turques. Parce que les Allemands à partir de la fin de l’Empire et du début de la République ont influencé les techniques et les hommes de la Turquie nouvelle”[20]. Le 18 juin 1941, Ankara et Berlin signent un pacte d’Amitié et de coopération. Les SR des deux pays se rapprochent logiquement. L’Abwher s’efface au profit du SR de la SS. Cette collaboration atteint son apogée entre 1942 et 1943. Walter Schellenberg (1910-1952) responsable du Service de Sécurité, (Sicherheitsdienst-SD) arrange les contacts au moment de l’Opération Zeppelin. Des Caucasiens, Azéris, Turcophones d’Asie centrale, spécialement entraînés, sont envoyés de Turquie en Russie méridionale et au-delà de l’Oural. Les renseignements collectés sont échangés entre les deux agences [21]. L’un des groupes est cependant appréhendé. Les protestations soviétiques obligent le MAH à faire machine arrière. L’affaire Cicéron est un autre exemple de collaboration (indirecte) avec les services du Reich. Eleysa Bazna (1904-1970), valet de chambre de l’ambassadeur du Royaume-Uni à Ankara, vole et photographie des documents sensibles. Contre rémunération, les microfilms sont remis aux Allemands. Ainsi, fuitent vers Berlin le compte rendu de la conférence de Téhéran (1943), les plans de la campagne de bombardement sur les champs pétrolifères roumains et les projets d’invasion du continent européen. Les Allemands soupçonnent vite le valet de chambre de ne pas travailler seul [22]. Derrière Cicéron, se profile l’ombre du MAH. Une brochure historique éditée en 2002 par le SR turc revendique Eleysa Bazna comme un des siens [23]. À cet égard, une note de la CIA confirme la proximité de l’ancien valet de chambre avec les services turcs [24]. Il semble que le MAH aie voulu, à travers Cicéron, avertir l’Allemagne de l’imminence de l’ouverture d’un second front à l’ouest et en même temps freiner le retour d’Ankara dans l’orbite des Alliés. Cette bonne volonté s’applique aussi aux agents. Début mai 1945, Rudolf von Sebottendorf (1875- ?), fondateur de la Société de Thulé, est exfiltré au Caire et sa mort maquillée en suicide sur le Bosphore [25].

14La fin de la guerre va placer la Turquie dans une situation impossible. L’URSS exige des compensations territoriales en Anatolie orientale et un droit de regard sur les détroits. Mécaniquement, la Turquie se rapproche des États-Unis. La CIA et le MAH fusionnent une partie de leurs plans de renseignement. Les Américains entretiennent un bureau de liaison pléthorique. Tout l’équipement arrive de la centrale américaine. Le personnel est envoyé en stage intensif Outre-Atlantique [26]. Priorité est donnée à la chasse aux espions de l’Est. La Turquie est en première ligne. À la faveur de l’arrivée de réfugiés turcs de Bulgarie, les services communistes infiltrent des agents [27]. D’autres cas similaires sont signalés dans le Sud-Est anatolien [28]. Jusqu’en 1989, 85 agents bulgares sont démasqués. Ce chiffre monte à 27 pour les Soviétiques et à 2 pour les Roumains [29]. L’autre préoccupation du MAH est la prolifération d’agents arabes sur son territoire. Inquiets des progrès du panarabisme et du tropisme soviétique, des colonels syriens et égyptiens, les services turcs, iraniens et israéliens coordonnent leurs efforts dans le cadre de l’opération Trident (1958). Elle pose les premiers jalons d’une collaboration entre Tel Aviv et Ankara destinée à s’amplifier.

15À l’inverse des autres pays de l’Alliance Atlantique, les services turcs se tiennent à l’écart des réseaux Stay-Behind, cellules clandestines chargées de lutter sur les arrières d’une éventuelle invasion du Pacte de Varsovie. Leur organisation relève de l’armée via le Département de la Guerre Spéciale (ÖHD-Özel Harp Dairesi) [30]. Ces méthodes de guerre subversive trouvent une première application au moment du pogrome anti-grec du 6 septembre 1955. Il est à l’origine une provocation sous faux drapeau, œuvre du MAH [31]. Un étudiant turc, Oktay Engin, (1933-) fait exploser une bombe dans la maison natale d’Atatürk à Salonique. [32] Le soir même, les quartiers grecs d’Istanbul sont mis à sac. La passivité des forces de police face aux émeutiers et l’extrême degré d’organisation de ces derniers démontrent l’implication des organes de sécurité [33]. Les autorités turques, en pleine négociation sur Chypre, cherchent à mobiliser leur opinion. L’épouvantail de l’ennemi intérieur a un double usage : d’une part, il canalise et soulage les pulsions populaires, de l’autre, il permet de maintenir élevée la cohésion nationale. À Chypre même, le MAH participe à la création de l’Organisation de la Résistance Turque (Türk Mukavemet Teskilati-TMT). Sous la houlette d’un militaire de carrière, Riza Vuruskan, (1912-1979) elle forme la force d’autodéfense des Turcs de l’île [34]. Les membres de l’organisation se recrutent chez les militaires, les étudiants, les lycéens. En riposte aux attaques incessantes des Grecs, le TMT lance des actions punitives contre l’EOKA (Organisation Nationale des Combattants Chypriote). L’équipement est sommaire : revolvers, fusils et parfois quelques armes automatiques venues du continent. Sur le long terme, le mouvement favorise la partition de l’île d’Aphrodite et la création d’une République autonome. En dehors de son environnement proche, l’activité du Service de Sécurité Nationale reste discrète. Cependant, à la fin des années 50, le MAH organise en collaboration avec l’armée, plusieurs livraisons d’armes au FLN algérien, sous couvert de transfert de surplus usagés aux armées libyennes et tunisiennes [35].

L’empire des ombres : de 1950 aux années 2000

16La fin du système à parti unique et la libéralisation du régime kémaliste au lendemain de la seconde guerre mondiale marquent une rupture. Les militaires, à l’origine de la République, sont contraints à une ouverture contrôlée. Entre 1950 et le début des années 2000 deux entités se côtoient [36]. Au grand jour, un gouvernement civil, expression du jeu électoral gère les affaires courantes. Plus en retrait, l’appareil bureaucratico-militaire veille. En cas de défaillance des civils, les militaires incarnent l’État de rechange. Garante de l’unité nationale, l’armée tire le glaive et restaure l’ordre “normal” des choses. Tel est le fil rouge des pronunciamientos successifs (1960, 1971, 1980, 1997).

17Or, si le SR turc est à l’origine une pièce maîtresse de l’État profond, son allégeance à l’establishment militaro-laïc pose question. Effectivement, à travers le ministère de l’Intérieur, c’est le pouvoir civil qui contrôle le levier sécuritaire [37]. Les gouvernements islamistes ou conservateurs savent parfaitement jouer de ce décalage pour placer leurs hommes. À la longue, le profil des agents évolue et les militaires disparaissent. En ce sens, la transformation en 1965, du Service de Sécurité Nationale (MAH) en Service de Renseignement National (Milli Istibarath Teskilatli-MIT) est un premier pas. Elle accroît l’emprise des civils sur le service et conforte l’autorité du Premier ministre.

18Les années 1970 sont des “années de plomb”. La Turquie essuie le ressac du mai 68 européen. Aux menées subversives des groupuscules gauchistes sous influence soviétique répond un contre-terrorisme de droite derrière lequel on devine la main de l’Alliance Atlantique. De 1975 à 1980 la vague de terreur fauche 15 à 20 victimes quotidiennes. Les meurtres et les attentats n’ont pas d’objectifs précis si ce n’est de décrédibiliser les autorités civiles. L’expansion du chaos légitime à brève échéance une intervention militaire. L’implication du MIT dans la fusillade de la place Taksim, à l’occasion du défilé du Ier mai 1977, est l’acmè de cette stratégie de la tension [38]. Le coup d’État militaire du 12 septembre 1980 met un point final à l’agitation gauchiste. Les partis et les syndicats sont décapités, leurs cadres emprisonnés ou contraints à l’exil. Le MIT reprend le fil de ses activités. Au cours des années 1980-1990, Turcs et Grecs se livrent à un duel mortel. La délimitation de l’espace maritime constitue la principale pomme de discorde. Des deux côtés, les opérations de déstabilisation sont légion. Le MIT soupçonne ainsi son homologue grec d’avoir favorisé les émeutes de 1995 dans les quartiers alévis (secte islamique hétérodoxe) d’Istanbul [39]. Des suspicions similaires pèsent sur la mort en quelques années des hommes du commando qui firent flotter les couleurs turques sur le rocher de Kardak (Imia) en 1996 [40]. Les bases militaires de la mer Égée sont sous haute surveillance. Ces installations sont d’autant plus sensibles qu’elles relèvent de la IVe Armée, prépositionnée face à la Grèce.

19En Grèce même, le MIT jouit d’intelligences au sein de la minorité turque de Thrace occidentale. Au renseignement humain s’ajoute à Edirne une puissante station d’écoute électromagnétique [41]. Au paroxysme des tensions entre les deux pays, le MIT, de l’aveu de l’ancien Premier Ministre, Mesut Yilmaz (1947-), n’a pas hésité à incendier les forêts grecques. Entre 1995 et 1998, 200 000 hectares partent en fumée [42].

20Sur un autre front, le MIT se consacre à la traque des terroristes arméniens. En réponse à la vague d’assassinats orchestrés par l’ASALA (Armée Secrète Arménienne de Libération de l’Arménie) contre le corps diplomatique turc, le MIT envoie en France une quinzaine d’activistes des Loups Gris (droite radicale). Beaucoup sont en délicatesse avec la justice. Au lendemain du coup d’état de 1980, les militaires turcs leur offrent une occasion de s’amender à bon compte. Dans leur équipée sanglante, les Turcs commettent des dizaines d’attentats anti-arméniens. Les cadres du MIT ferment les yeux sur la drogue qui alimente ces réseaux [43]. Au final, se développe aux marges du MIT, une nébuleuse avec ses codes et sa hiérarchie propre. Lui sont dévolues les basses œuvres de la guerre contre le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan). Ce jeu triangulaire entre service de renseignement, milieux mafieux et cercles nationalistes scande toute la décennie 90 [44].

21L’arrivée aux commandes de l’AKP (2002) brise l’équilibre entre pouvoir civil et militaire. À la différence de leurs prédécesseurs, les islamistes turcs ont un plan de conquête globale de l’appareil d’État. Plus qu’un parti, l’AKP est un paravent derrière lequel s’avancent les confréries religieuses. C’est dans ce vivier habitué à la semi-clandestinité que la formation islamiste puise ses cadres. Les renaissances sont toujours le fruit de minorités ascétiques capables de concilier pensée et action. Dans le bras de fer qu’il livre à l’état-major, l’AKP a besoin d’avoir barre sur les SR. Ils sont aux yeux du gouvernement islamiste, la seule façon d’enrayer un nouveau coup de force. Par touches successives, le service est investi, neutralisé, retourné. Plusieurs raisons expliquent la rapidité du basculement. Un contexte favorable : le processus d’adhésion à l’Union Européenne entraîne le retrait de l’armée des institutions. Une rupture sociologique : alors qu’au début des années 1990, les militaires représentent 30 % des effectifs du MIT, leur part tombe à 4 % une décennie plus tard [45]. L’arrivée massive de civils encourage l’entrisme des confréries religieuses. Par conséquent, la doctrine évolue. De gardien de la République et de son corpus séculariste inamovible, le MIT se mue en protecteur du suffrage universel de la majorité islamiste. Le parcours d’Hakan Fidan, (1968-) nouveau secrétaire de l’agence, est à ce titre exemplaire. Sous-officier, il démissionne et s’engage sur le tard dans une carrière universitaire. Proche conseiller du Premier ministre Tayip Erdogan (1954-), il succède à Emre Tanner (1942-) en 2010. Désormais en guerre ouverte avec les autres composantes de l’État profond, le MIT triomphe des réseaux Ergenekon, arborescences des bandes politico-mafieuses des années 1980-1990 [46]. Jusqu’à cette date, les rivalités entre confréries demeurent souterraines. Priorité est donnée à la lutte contre l’establishment militaro-laïc. Erdogan (lié aux Nakshibendis) assure le versant politique de la manœuvre. La confrérie de Fethullah Gülen (1941-) gère le volet répressif. Une fois les factieux liquidés, les rapports des deux entités se dégradent. Pas plus Erdogan que la confrérie de Gülen ne souhaitent partager le pouvoir. Or, explique Ahmet Sik (1970-), “du point de vue de la tarikat, les services sont un rouage essentiel de la machine étatique” [47]. Le tarikat a déjà pris dans ses filets l’essentiel de la police et de la justice. Seul les SR manquent à l’appel. Hakan Fidan, pressenti comme possible successeur d’Erdogan, est l’homme à abattre [48]. Leurs adversaires éliminés, les islamistes se disputent donc les dépouilles de l’État profond [49] d’une manière féroce, ainsi que le montrent les événements de début 2014.

22Quoi qu’il en soit des combats fratricides entre islamistes, la boucle est bouclée. D’extérieur au système politique les islamistes ont pris leur revanche sur le radical-kémalisme des généraux. Le message de grandeur de la Turquie nouvelle va de pair avec une réappropriation sans complexe du passé ottoman, alors qu’à l’origine la République s’était construite sur son rejet. “L’âme d’une nation se révèle dans ses services secrets” écrit John Le Carré. Le cas de la Turquie actuelle est particulièrement illustratif de cette maxime.

Notes

  • [1]
    Hamid Bozarslan, Histoire de la Turquie, De l’Empire à nos jours, Taillandier, Paris, 2013, p. 242.
  • [2]
    Nurettin Simsek, Süleyman Askeri Bey hayati, siyasi ve askeri faaliyetleri,[La vie de Süleyman Askeri et ses activités politiques et militaires], Deniz Saraç, Istanbul, 2008.
  • [3]
    Cemal Pacha, Hatiralar, [Mémoires], Tamamlayan ve Düzenleyen : Behçet Cemal, Istanbul, çagdas yayinlari, 1977, p. 118.
  • [4]
    Erik J.Zürcher, Turkey a Modern History, I.B Tauris, New York, 2004, pp. 109-110.
  • [5]
    Op. cit. (1), pp. 284-285.
  • [6]
    Tuncay Özkan, MIT’in gizli tarihi, [Histoire secrète du MIT], Alfa, Istanbul, 2003, p. 67.
  • [7]
    Kaya Karan, Türk Istihbarat tarihi, [Histoire du renseignement turc], Istanbul, mars, 2008, p. 51.
  • [8]
    Op. cit. (1), p. 302.
  • [9]
    Op.cit. (6), pp. 89-110.
  • [10]
    Sevan Nisanyan, Yanlis Cumhuriyet, [La fausse république], Kirmizi, Istanbul, 2008, pp. 39-105.
  • [11]
    Ilhan Bahar, Teskilat-I Mahusa MIT ve Istihbarat örgütleri, [Les organisations de renseignement de l’Organisation Spéciale au MIT], Kum Saati yayinlari, Istanbul, 2008, p. 98.
  • [12]
    Op. cit. (6), p. 167.
  • [13]
    Eric Ambler, Journey into Fear, Penguin classic, London, 2009, p. 26.
  • [14]
    Op. cit. (6), p. 169.
  • [15]
    Ibid., pp. 170-172.
  • [16]
    Frank G. Weber, The Evasive Neutral, University of Missouri Press, Columbia, 1979, pp. 46-65.
  • [17]
    René Massigli, La Turquie devant la guerre, Mission à Ankara 1939-1940, Paris, Plon, 1964, pp. 222-293.
  • [18]
  • [19]
    La Politique allemande (1941-1943), Documents Secrets du Ministère des Affaires Étrangères d’Allemagne, Turquie, Traduit du russe par Madeleine et Michel Eristov, Editions Paul Dupont, Paris, 1946, p. 43.
  • [20]
    Op. cit. (6), p. 176.
  • [21]
    Walter Schellenberg, Le Chef du contre-espionnage nazi parle, Librairie Académique Perrin, Paris, 1957, pp. 335-341.
  • [22]
    Ibid., p. 352.
  • [23]
    Erdal Ilter, Kurulusunun 75. Yili anisina Millï Istibarat Tarihçesi, Millî Emniyet Hizmet Riyâseti (MEH)/(MAH), (1927/1965), [Historique du Service de Renseignement National pour le 75 eme anniversaire de sa fondation], Millî Istihbarat Teskilât Müstesarligi, Ankara, 2002.
  • [24]
  • [25]
    Mark J. Sedgwick, Against the Modern World : Traditionalism and the Secret Intellectual History of the Twentieth Century, Oup, New York, 2009, p. 124.
  • [26]
    Kolektif, MIT-CIA iliskisi, [La relation entre le MIT et la CIA], Kaynak Yayinlari, Istanbul, 1996, p. 53.
  • [27]
    Service Historique de la Défense-10 T 433-10 juillet 1953-n°368/383.
  • [28]
    Service Historique de la Défense-10 T 435-SDECE-19 octobre 1953-A.02.582
  • [29]
    Op. cit (6), pp. 543-557.
  • [30]
    Suat Parlar, Kontrgerilla kiskacinda Türkiye, [La contre-guerrilla fixée en Turquie], Mephisto Kitapligi, Kuramsal kitap dizisi, Istanbul, 2006, p. 43.
  • [31]
    Isa Yilmaz, Gladio Ilk düellosu, [Le premier duel de Gladio], Kentkitap, Ankara, 2010, pp. 166-120.
  • [32]
    Sabah, 7 septembre 2008, Ecevit Kiliç, “Bombayi atan da vali oldu”, [Celui qui a jeté la bombe était aussi préfet].
  • [33]
    Service Historique de la Défense-10 T 433- Rapport du colonel Charpy le 19 septembre 1955, n° 457.
  • [34]
    Hürriyet, 3 août 2008, Soner Yalçin, “Gizli teskilatin silahlari akdeniz’in dibinde yatiyor”, [Les armes de l’organisation secrète ont été déversées par le mer Égée].
  • [35]
    Entretient le 20 avril 2004 avec son Excellence Ilter Türkmen (1927-), Ministre des Affaires étrangères (1980-1983) et fils de Behçet Türkmen (1899-1972) Secrétaire du MAH de 1953 à 1957.
  • [36]
    Cüneyt Arcayürek, Derin Devlet 1950-2007, Darbeler ve gizli servisler, [L’État Profond, 1950-2007, Coups d’État et services secrets], Detay Yayincilik, Istanbul, 2007, pp. 11-13.
  • [37]
    Op. cit. (1), p. 381.
  • [38]
    Dogan Yurdakul, Soner Yalçin, Bay Pipo-Bir MIT görevlisinin siradisi yasami : Hiram Abas, [Bay Pipo-Une vie hors du commun au service du MIT], Dogan, Istanbul, 2008.
  • [39]
    Op. cit. (6), p. 407.
  • [40]
    Milliyet, 18 juillet 2012, “Kardak Komandolarini yunan ajanlar öldürdü”, [Le commandos de Kardak ont été tués par des agents grecs”.
  • [41]
    Hürriyet, 29 décembre 1999, “MIT ajanini ask”, [L’agent du MIT amoureux].
  • [42]
    Milliyet, 1er janvier 2012, Taki Berberakis “Komsudan Türkiye’ye suç duyurusu”, [Plainte de sa voisine à la Turquie].
  • [43]
    Frank Bovenkerk, Yücel Yesilgöz, The Turkish Mafia, A History of the Heroin Godfathers, Milo Book Ltd, 2007, pp. 211-219.
  • [44]
    Op. cit. (6), pp. 301-320.
  • [45]
    Ferhat Ünlü, “The national intelligence organisation” in Ümit Cizre, Almanac Turkey 2005 : Security sector and democratic oversight, centre for the democratic control of armed forces, Geneve, 2006, pp. 110-117.
  • [46]
    Ahmet Sik, Kontrgerilla ve Ergenekon’un anlama kilavuzu [Manuel pour comprendre la contre-guerrilla et l’Ergenekon], Ithaki yayinlari, 2010, Istanbul.
  • [47]
    T-24, Bagimsisz internet gazetesi, 25 novembre 2013, “Ahmet Sik : AKP’nin elinde Gülen cemaatinde bitirecek bir arsiv mi var ?”, [L’AKP tient-elle en main la confrérie de Gülen par ses archives ?], in, t24.com.tr/haber/ahmet-sik-akpnin-elindegulen-cemaati-bitirebilecek-bir-arsiv-var/244702
  • [48]
    Sabah, 18 octobre 2013, “Hakan Fidan’a ölüm tehdidi”, [Hakan Fidan menacé de mort].
  • [49]
    Hürriyet, 30 novembre 2013, Ismet Berkan, “9 soruda cemaat hükümet kavgasinin arkeolojisi ve gelecegi”, [9 questions sur l’archéologie de la lutte du gouvernement contre la Confrérie et de ses développements].
Tancrède Josseran
Tancrède Josseran, professeur certifié d’histoire, spécialiste de la Turquie, attaché de recherches à l’ISC. Doctorant à l’université de Paris-Sorbonne (Paris-IV). Auteur de La Nouvelle puissance turque, L’adieu à Mustapha Kemal, Ellipses, 2010.
Mis en ligne sur Cairn.info le 24/07/2015
https://doi.org/10.3917/strat.105.0131
Pour citer cet article
Distribution électronique Cairn.info pour Institut de Stratégie Comparée © Institut de Stratégie Comparée. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.
keyboard_arrow_up
Chargement
Chargement en cours.
Veuillez patienter...